LE nouveau concept stratégique de l’OTAN et le champ de La dissuasion nucléaire

André Dumoulin

La stratégie de l’Alliance atlantique a toujours fonc­tionné autour du binôme constitué des composantes nucléaires et conventionnelles, la riposte massive puis la “flexible response” en furent longtemps les concepts doctrinaux. Avec la fin de la guerre froide et la signature du Traité FCE organisant l’équilibre conventionnel en Europe et l’impossibilité d’engager une attaque classique par surprise victorieuse, l’OTAN s’est engagée dans une redéfinition de sa doctrine de défense en général, et de celle relative aux armes nucléaires en particulier. Il est vrai que le concept de riposte flexible, impliquant la perspective d’emploi d’armes nucléaires tactiques sur un champ de bataille européen afin de compenser ou de surclasser une supériorité supposée d’armes conventionnel­les chez l’adversaire, a toujours été controversé.

Le processus de politisation de l’atome au sein de l’OTAN fut inauguré en 1988 avec l’adoption du terme “d’armes substraté­giques”, remplaçant celui “d’armes tactiques” jugé trop impopu­laire[1]. Entamée de manière plus approfondie dès octobre 1989 par le lancement d’études politiques sur les “Rôles, missions et caractéristiques souhaitées pour les systèmes nucléaires de l’Alliance[2], la révision de la posture nucléaire et l’adoption d’une nouvelle stratégie reposaient sur plusieurs événements politico-militaires et diplomatiques.

En juillet 1990, à Londres, l’Alliance sans la France avait, dans un premier temps, donné aux armes nucléaires le qualifi­catif “d’armes de derniers recours” (weapons of last resort)[3]. Dans la déclaration finale, on pouvait lire que “le retrait total des forces soviétiques stationnées en Europe et l’exécution d’un accord sur les FCE permettront aux Alliés concernés de moins dépendre des armes nucléaires. (...) Ces mêmes alliés seront en mesure d’adop­ter, dans une Europe transformée, une nouvelle stratégie de l’OTAN qui fasse véritablement des forces nucléaires l’arme du dernier recours”.

Le 8 novembre 1991, les chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord à Rome adoptèrent un document appelé “le concept stratégique de l’Alliance”.

Ce texte solennel et signifiant fut le résultat d’un constat émis par le Conseil de l’OTAN réuni au même niveau, à Londres, en juillet 1990, quelques mois après la chute du mur de Berlin et selon lequel il y avait nécessité d’adapter l’Alliance atlantique à l’ère nouvelle et plus prometteuse qui s’ouvrait en Europe. L’OTAN prenait note de la transformation fondamentale de la nature de l’Europe de l’après-guerre froide[4]. La mise en chantier de ce réexamen stratégique approfondi aboutit finalement au Concept stratégique de 1991, tournant en grande partie la page d’une guerre froide et de stratégies nucléaires qui “avaient repré­senté la quintessence de cette adéquation entre l’usage de la force et la territorialisation des intérêts, entre la légitimité de la violence armée et la souveraineté politique portée par le cadre national[5].

Cet ajustement des concepts sécuritaires et stratégiques de l’OTAN s’est organisé à trois niveaux distincts. Primo, les repré­sentants permanents se sont efforcés, dans le cadre d’un vaste “brassage d’idées”, de définir le rôle et les missions dont l’orga­nisation sera appelée à s’acquitter, compte tenu de l’élargisse­ment du contexte politique. Secundo, un groupe sur la révision de la stratégie (SRG) s’est occupé de la mise au point d’un concept stratégique directeur pour la future doctrine, structure de forces et tactiques opérationnelles, en lieu et place de la riposte gra­duée. Tertio, les autorités militaires se sont employées à élaborer un document qui traitera des répercussions du nouveau concept sur le plan militaire[6].

Ce document, dont le général Klaus Naumann de la Bundes­wehr fut un des pères spirituels, était structuré en quatre parties. Une présentation du nouvel environnement stratégique reconnaissait la fin de la guerre froide, l’identité européenne de sécurité et de défense et le renforcement de la CSCE. Un second chapitre recensa les nouveaux types de menaces et de risques que l’Alliance devait être prête à affronter, dont la prolifération des armes de destruction massive. Ensuite, le document approfondit quelque peu les politiques de sécurité en insistant sur le dialo­gue, la coopération et le maintien d’un potentiel de défense, une façon d’étendre l’ancienne doctrine Harmel. Enfin, le Concept de 1991 fixa les orientations pour la défense que le Comité militaire devrait suivre pour mettre en œuvre la nouvelle stratégie.

En réalité, la décision d’élaborer ce Concept stratégique était bien la réponse à l’ajustement des plans nationaux requis par l’évolution de l’environnement stratégique tout autant que la volonté de montrer que l’Alliance pouvait changer car l’URSS avait accepté l’unification de l’Allemagne.

En matière nucléaire, le document de Rome restait prudent et confirmait le maintien d’une combinaison appropriée de forces nucléaires et de forces conventionnelles basées en Europe qui resteraient nécessaires dans un avenir prévisible. S’il intégrait la décision du président Bush de septembre 1991 sur le retrait unilatéral des armes nucléaires tactiques à lanceurs terrestres et la décision de Taormina sur la réduction de moitié de l’arsenal aéroporté de théâtre[7], il insistait sur la fonction de dissuasion contre toute menace visant le territoire d’un État-membre de l’OTAN et sur la préservation de l’équilibre stratégique en Europe.

Aussi, à cette époque, “les capacités militaires et le potentiel de renforcement de l’URSS, avec leur dimension nucléaire, consti­tuent toujours le facteur le plus important que l’Alliance doive prendre en compte dans le maintien de l’équilibre straté­gique en Europe” (paragraphe 14)[8].

De la même façon, le concept stratégique précisait dans son paragraphe 55 que “la garantie suprême de la sécurité des Alliés est assurée par les forces nucléaires stratégiques de l’Alliance, en particulier celles des États-Unis”, ajoutant dans l’esprit de la déclaration d’Ottawa de juin 1974 que les forces nucléaires indé­pendantes du Royaume-Uni et de la France contribuent à la dissuasion et à la sécurité globales des Alliés, “même s’ils rem­plissent un rôle de dissuasion qui leur est propre”.

Le paragraphe suivant insistait sur le fait que “les forces nucléaires basées en Europe et affectées à l’OTAN constituent un lien politique et militaire essentiel entre les Européens et les membres nord-américains de l’Alliance”. Cette solidarité s’expri­me également dans la planification de la défense collective, la participation aux rôles nucléaires, au stationnement en temps de paix de forces nucléaires sur leur territoire et aux dispositifs de contrôle, de commandement et de consultation.

C’est pourquoi “l’Alliance maintiendra des forces nucléaires appropriées en Europe. Ces forces doivent avoir les caractéris­tiques nécessaires, la souplesse et la capacité de survie appropriées pour qu’elles soient perçues comme un élément crédible et efficace de la stratégie des Alliés visant à la prévention de la guerre[9]. Elles seront maintenues au niveau minimum suffisant pour préserver la paix et la stabilité”.

Tableau 1 : Évolution du potentiel nucléaire tactique
et substratégique de l’OTAN en Europe

Nombre de têtes nucléaires (estimations)

Systèmes (1)

1965

1981

1988

1991

1993

2001

SNF (2) Lance

     0

   692

   692

   692

       0

     0

SRINF (3) Pershing-1A

  200

   293

   100

       0

       0

     0

SAM (4) Nike Hercules

  990

   686

   100

      75

       0

     0

Charges ASM (5)  B-57

     0

   192

   192

    192

       0

     0

Mines ADM (6)

  340

   372

      0

       0

       0

     0

INF (7) Pershing-2

     0

       0

   234

       0

       0

     0

INF GLCM (2)

     0

       0

   443

       0

       0

     0

SNF Honest John

1 900

   198

      0

       0

       0

     0

SNF Sergeant

   300

       0

      0

       0

       0

     0

Bombes aéroportées

1 240

1 729

1 400

1 400

 < 800 

  150

Obus 203 mm

   975

   938

   738

   240

       0

     0

Obus 155 mm

     0

   732

   732

   732

       0

     0

Total

5 905

5 792

4 631

   3 331

< 800

  150

(1)    Le tableau ne prend pas en compte les forces nucléaires tactiques et substratégiques françaises et britanniques mais le seul arsenal nucléaire américain déployé en Europe dans le cadre de la double clef ou de la clef unique. Toutes les armes nucléaires tactiques retirées d’Europe durant ces années et résiduellement encore stockées aux États-Unis ont été détruites à partir de 1999.

(2)    Short-range Nuclear Force = Forces nucléaires de courte portée.

(3)    Short-range Intermediate Nuclear Force = Forces nucléaires intermé­diaires de plus courte portée.

(4)    Sol-Air Missile.

(5)    Anti-sous-marin.

(6)    Atomic Demolition Munition = Mines nucléaires de démolition.

(7)    Intermediate Nuclear Forces = Forces nucléaires intermédiaires.

(8)    Ground-Launched Cruise Missile = Missile de croisière lancé du sol (“Gryphoon”).

Ici, la référence au nucléaire reste traditionnellement asso­ciée à la fonction politique de l’arme nucléaire, - “préserver la paix et prévenir la guerre ou toute forme de coercition[10] -, à la solidarité commune mais aussi au poids transatlantique et amé­ricain dans le champ de la dissuasion. L’arme nucléaire implique toujours la dominance américaine dans l’Alliance sans nécessai­rement répondre à une menace concrètement perceptible.

Le poids américain dans les chapitres nucléaires du Concept stratégique amena les Alliés à entériner préalablement des docu­ments préparatoires venus directement de Washington, dont le document MC-400 du Comité militaire intitulé “Applications militaires de la nouvelle stratégie”, fortement inspirés par les États-Unis et restés confidentiels sur les aspects opérationnels du nouveau jeu nucléaire.

Mais la notion de dernier recours inscrite dans le texte de Londres n’apparaît plus dans le document de Rome, dans la mesure où l’Alliance souhaitait réaffirmer le principe d’un possi­ble “first use” et éviter de trop gêner Paris, bien que la France ne se soit pas associée aux paragraphes 56 et 57 concernant les aspects opérationnels de la dissuasion[11]. La notion d’ultime recours était encore lue par la France, à cette époque de boule­versements géopolitiques, comme la reconnaissance d’un emploi jugé trop tardif du nucléaire, alors que la doctrine française d’ultime avertissement avait pour fonction d’envisager le recours précoce au nucléaire en semonce afin, paradoxalement, d’éviter la bataille nucléaire généralisée.

Le seul débat qui eut lieu toucha la question de l’inclusion dans le document de la notion d’ “arme du dernier recours” à pro­pos de l’arme nucléaire. L’inclusion de cette terminologie deve­nait possible ; le nouveau paysage géopolitique et le nouvel équi­libre en matière conventionnelle suite au Traité FCE permet­taient l’allongement important des délais de réaction, rendant dès lors une automaticité rapide d’emploi des armes nucléaires tactiques inutile ou contre-productive.

Mais la spécificité de la doctrine nucléaire française – impli­quant la gesticulation dissuasive et la notion de menace de frap­pe préstratégique inhibitrice apte à faire renoncer, dès les pre­miers instants d’un conflit majeur, toute poursuite de l’agression classique - ne pouvait se satisfaire, à ce moment, de l’expression d’“arme du dernier recours”. S’il devenait évident que la notion de riposte graduée (MC 14/3) n’était plus porteuse d’avenir dans le nouveau paysage européen, Paris ne pouvait cependant admet­tre le caractère trop lointain, trop hypothétique et trop flou de cette posture. Ce qui aboutit finalement à un compromis où cette expression fut gommée dans le document de Rome, au profit d’une phrase : “Les circonstances dans lesquelles ils pourraient avoir à envisager une utilisation quelconque de l’arme nucléaire deviennent ainsi encore plus lointaines” (§ 57).

Alors que Paris adoptait une lecture traditionnelle de la nouvelle doctrine de l’Alliance[12], l’OTAN envisageait plutôt le nucléaire comme un outil extrême et peu crédible de gestion des crises, les seuils ayant disparu. S’il reste toujours l’idée de riposte et de graduation, la montée aux extrêmes et l’escalade délibérée semblent avoir déjà bel et bien disparu, par le retrait des armes nucléaires tactiques et l’équilibre classique en passe d’être atteint aujourd’hui en Europe. On joue encore sur l’incertitude devant laquelle est placé l’agresseur éventuel mais on veut éloigner le moment d’emploi et réduire autant la probabilité d’emploi. En réalité, même non inscrite dans la Déclaration de Rome, la notion d’ultime recours restait bel et bien présente dans les esprits des militaires et fonctionnaires de l’OTAN[13]. La décision de Rome était avant tout le symbole d’une volonté de réduire la dépen­dance de l’Alliance vis-à-vis des armes nucléaires, que ce soit dans sa structure des forces, sa politique et sa planification[14].

Reste que la notion de “dernier recours” est virtuellement présente au paragraphe 57 avec ce refus de l’escalade délibérée, sans déduire spécifiquement que l’emploi de l’arme nucléaire par l’OTAN figurera toujours en dernière position[15] dans le panel des ripostes possibles à une hypothétique agression. La volonté d’incertitude demeure, elle qui fut apparente pour les Européens dès que Washington abandonna la notion des représailles massives.

A contrario, dès l’instant où l’OTAN recherchait “un niveau plus stable et le plus bas de forces nucléaires nécessaires à la prévention des conflits[16], l’Alliance ne s’était-elle pas déjà rap­prochée de la doctrine de suffisance française ? Une évolution vers une certaine symétrisation des doctrines et des outils sem­blait en tout cas apparaître à travers le cheminement de l’OTAN et des puissances nucléaires alliées ne sachant choisir entre la pleine redéfinition conceptuelle et la prudence de l’attente straté­gique telle qu’elle nous fut décrite par le général Poirier.

Le rapprochement pouvait théoriquement s’opérer entre le concept de dernier recours des armes nucléaires de l’OTAN et l’ultime avertissement de la frappe préstratégique française, même si cette dernière doctrine pourrait avoir, dans le futur, moins de visibilité en France, suite aux propositions du Comité stratégique entérinées en partie par le président de la Répu­blique Jacques Chirac en février 1996. La différence qui pouvait encore exister entre les deux concepts ne concernerait plus alors que le degré de précocité ou de retardement de cet avertissement et surtout le maintien d’une certaine autonomie de décision hexagonale[17].

Néanmoins, si la frappe préstratégique était officiellement encore en synergie avec la frappe stratégique, le concept de der­nier recours dans la stratégie de l’Alliance semblait être décon­necté du stratégique central américain. Dans les deux cas, la gesticulation nucléaire devient message politique.

La disjonction entre les forces classiques multinationales et les installations nucléaires américaines de l’OTAN est aujour­d’hui complète et le concept sous-jacent de dernier recours cache mal une interprétation restrictive de la volonté américaine de mobiliser sa dissuasion nucléaire pour la défense de l’Europe.

Ceci expliqua à tout le moins l’extrême prudence des chapi­tres nucléaires du Concept de 1991, rédigé au moment où l’URSS était encore une entité en apparence structurée. Mais le docu­ment de Rome fut en grande partie “dépassé par l’histoire”, celle qui fut enrichie par la dissolution du Pacte de Varsovie, la disparition de l’Union soviétique, la guerre du Golfe et le désastre balkanique.

Par la suite, lors de la réunion du Groupe des plans nucléai­res à Gleneagles (Écosse) en octobre 1992, les ministres de la Défense s’accordèrent sur de nouveaux principes politiques pour la planification et la consultation nucléaires. Ces nouveaux prin­cipes étaient plus généraux, suite à l’imprévisibilité des risques et l’augmentation des délais en temps de crise, permettant dès lors d’élaborer à ce moment sans trop de crainte des directives complémentaires à l’intention des autorités militaires de l’OTAN.

En novembre 1994, le Groupe des plans nucléaires décidait la restructuration des forces nucléaires tactiques et une mise à jour des procédures de consultation et de planification, sachant que la fin de la guerre froide permet de développer des directives plus souples, avec définition de lignes de conduite au cas par cas.

Enfin, le Comité militaire de l’OTAN terminait en février 1996 une nouvelle version du MC-400 (le MC-400/1) intégrant la nouvelle analyse sur les risques et menaces impliquant les armes de destruction massive. Cette étude, qui fut approuvée par les ambassadeurs permanents du Conseil et par les Seize ministres réunis à Berlin en juin 1996, intègre aussi l’adaptation de la politique nucléaire et de la disponibilité (“readiness”), l’étude sur les stocks d’armes nucléaires substratégiques, la disponibilité pour les déploiements intra-régionaux, les mesures de sécurité, la planification nucléaire, l’entraînement et la procédure de consultation nucléaire.

Vers un nouveau Concept stratégique

Même si l’on avait inscrit le Concept stratégique de 1991 dans un cadre évolutif[18], après ces événements mais aussi avec l’adoption en juin 1992 (Oslo) et décembre 1992 (Bruxelles) du principe des missions de maintien de la paix sous parrainage CSCE et ONU, sans parler de l’élargissement, de l’IESD et du concept GFIM/CJTF, la “bible” de Rome ne pouvait plus être le reflet exact de la politique de l’Alliance atlantique. Le concept de 1991 ne remplissait donc plus “son objectif politique, à savoir exprimer ce que l’Alliance représente à l’heure actuelle[19], éludant, entre autres, les notions de gestion de crise ainsi que l’intégration précise des moyens non militaires que devrait sous-tendre la notion de sécurité globale.

Parce qu’il fut pris de vitesse par de nombreux événements, le concept stratégique de Rome restait en réalité “une déclaration d’intention s’inspirant plus des idées traditionnelles que d’une nouvelle pensée[20], bien que dans le domaine nucléaire, il annon­çât déjà l’importance que la non-prolifération des armes de des­truction massive allait prendre dans la stratégie de l’OTAN.

Le poids du maintien de la paix et des opérations de gestion de crise devient prégnant. Dès lors, il ne faisait plus aucun doute que l’adaptation du concept stratégique était inéluctable. Un mandat fut donc lancé à Madrid en juillet 1997 et entériné à Bruxelles la même année, en faisant travailler les capitales (draft), le groupe politico-militaire, le Policy Coordination Group (PCG)[21] et le secrétariat international de l’OTAN. Un premier débat d’orientation eut lieu en avril 1998, ceci afin d’engager un début de rédaction en septembre[22], un examen intermédiaire en décembre de la même année, avant de le présenter et de l’entéri­ner officiellement dans le cadre du grand sommet transatlantique de Washington des 24 et 25 avril 1999 dans le cadre du 50e anniversaire du Traité de l’Atlantique Nord.

Si les principales questions de ce “nouveau Concept straté­gique”[23] devaient concerner les nouvelles missions périphériques et les opérations autres que la guerre (au sens géographique et militaire du terme), les moyens militaires futurs (ne pouvant plus aussi facilement faire le lien entre les scénarios de menaces et la planification des forces) et les relations inter-organisationnelles avec le tandem Union européenne-UEO, l’OSCE et l’ONU, il était déjà certain que la dimension nucléaire ne pouvait être priori­taire, mais elle pouvait néanmoins engendrer quelques débats assez délicats post-guerre froide entre alliés.

Selon l’ambassadeur américain à l’OTAN, Alexandre Ver­shbow, “le nouveau concept stratégique devrait définir de façon encore plus large les défis auxquels seront confrontés les intérêts alliés au xxie siècle et fournir des directives aux autorités mili­taires de l’OTAN concernant les menaces et les défis auxquels sera confrontée l’Alliance[24]. Dès lors, comment présenter la dimension nucléaire de l’Alliance au moment où les relations avec la Russie sont en pleine mutation ? Comment intégrer la dissuasion nucléaire transatlantique face aux prémices d’une négociation START III ? Comment appréhender la doctrine nucléaire de l’OTAN dans une perspective de contre-prolifération ou dans un hors zone en ambiance NBC ? Faut-il approfondir au sein de l’OTAN l’intérêt pour la non-prolifération ? Comment argumen­ter la pérennité d’un “first use” otanien avec une dissuasion nucléaire ne pouvant probablement plus jouer que face à des menaces de même ordre, sinon biologiques ? Les intérêts vitaux peuvent-ils encore être exclusivement associés au nucléaire ?

Si cette notion et la volonté politique de les défendre devaient être inscrites dans le nouveau concept, celle d’équilibre stratégique était devenue quelque peu anachronique. Elle néces­siterait “un changement radical du mode de pensée des tradition­nalistes qui considèrent l’Alliance seulement en termes de dissua­sion d’agresseurs extérieurs potentiels et de besoin de défense collective[25].

Il est vrai que le processus de “conventionnalisation” de la plupart des missions nucléaires tactiques - sans parler du jeu subtil que devrait avoir la Révolution des Affaires militaires (RAM) et les enseignements de la guerre au Kosovo sur le concept même de dissuasion - donnent à penser que le nucléaire se fait de plus en plus discret. En outre, le caractère délicat de la mise en œuvre d’un appareil de réflexion politique, diplomatique et militaire au sein de l’OTAN à ce sujet explique le malaise croissant de l’Alliance à ouvrir largement le débat.

Le nouveau champ de la dissuasion

Quatre thèmes principaux étaient virtuellement porteurs avant l’ouverture des débats dans le cadre du nouveau Concept stratégique et plus largement dans le balisage des réflexions sur l’avenir du nucléaire dans le futur de la sécurité européenne : la question du no first use, la posture nucléaire dans le cadre de l’élargissement, les dépôts WS-3 et l’avenir des bombes B-61 et enfin, l’OTAN face à la contre-prolifération.

La question du “no first use

La question du non emploi en premier, qui fut souvent portée par les mouvements pacifistes durant la guerre froide, semble aujourd’hui renaître dans un environnement plus officiel. Après les nombreuses déclarations officielles américaines durant les années 70[26] semant déjà le doute sur l’emploi en premier, les déclarations de la “bande des quatre” au printemps 1982 dans Foreign Affairs[27], voici maintenant l’Académie nationale des sciences aux États-Unis[28] qui suggérait, dans un rapport intitulé “The Futur of US Nuclear Weapons Policy”, l’adoption par les États-Unis du no-first use.

Tout comme le Secrétaire britannique à la Défense, le tra­vailliste George Robertson, souhaitant faire prévaloir l’idée d’un débat ouvert sur l’avenir du nucléaire dans l’OTAN[29], son homo­logue allemand, Rudolf Scharping, ainsi que le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, respectant un engagement pris entre les sociaux-démocrates et les Verts, auraient défendu l’idée d’aborder la question du “no first use” dans le cadre des discussions préliminaires sur le nouveau Concept stratégique. Ces propositions, qui furent soutenues éga­lement par les autorités canadiennes, danoises et norvégiennes, furent toutes très mal accueillies à Washington[30], où l’on a craint que ceci puisse miner la stratégie dissuasive de l’Alliance[31] et le concept d’incertitude et d’ambiguïté propres à l’esprit de la dissuasion. Or, aujourd’hui, le flou devient socle, sachant qu’“une pensée stratégique peut travailler et être opératoire en se passant d’une doctrine sur un Autre unique. Plus exactement, elle doit ériger en élément de doctrine l’absence même d’ennemi désigné dans l’espace européen”[32].

Même si le banc d’essai allemand subit de fortes pressions américaines ainsi qu’un refus des puissances nucléaires euro­péennes, le général allemand Stöckmann, du commandement allié en Europe, déclarait, le 9 décembre 1998 lors d’une confé­rence au Centre d’études de défense (Bruxelles), que le débat sur le nucléaire devrait être ultérieurement entrepris, sous-enten­dant probablement que le 50e anniversaire de l’OTAN associé à l’adoption du nouveau Concept stratégique ne pouvait être gâché par des divergences en cette matière.

Reste que certains observent aujourd’hui une contradiction entre la notion “d’arme du dernier recours” et la notion d’emploi en premier. Pour Harald Müller[33], “comment expliquer de maniè­re crédible à un pays qu’il doit s’abstenir d’acquérir des armes nucléaires quand les organisations militaires les plus puissantes au monde, qui ne sont sous aucune menace sérieuse, sont inca­pables de renoncer au premier emploi de ces armes ?” Question qui nous renvoie à celle de Rebecca Johnson : “Sous quelles conditions l’OTAN, avec son imposante force conventionnelle, déciderait-elle d’aggraver un conflit en faisant usage d’armes nucléaires ?”[34].

La nouvelle posture conventionnelle, largement au bénéfice des forces de l’Alliance sur le Vieux continent, peut renforcer l’idée que le non-emploi en premier serait politiquement porteur, de l’ordre du symbolique sans aboutir à vulnérabiliser la plus forte alliance politico-militaire qui ait jamais existé.

Progressivement, plusieurs critères en faveur du nucléaire vont perdre de leur substance ou disparaître. Il est probable que parmi ces arguments, les seuls qui pourront être finalement mis en avant à propos du jeu de la dissuasion seront liés à l’existence d’armes de destruction massive, et précisément d’armes nucléai­res et biologiques.

Le nucléaire ne pourra plus jouer son rôle de moteur dissuasif que face à d’autres armes nucléaires, y incluant éven­tuellement les autres armes de destruction massive (biologiques et chimiques) bien que, pour ces dernières, une pondération tactico-opérationnelle reste nécessaire : leur emploi complexe et incertain ne peut pas les rendre comparables dans leurs effets immédiats et différés aux armes thermonucléaires.

Ici, la question du no first use est associée à la dimension prolifération nucléaire[35] dans un environnement où la réalité militaire de la “sur-puissance” de l’Alliance ne peut qu’aboutir à une posture où le nucléaire ne dissuaderait de manière crédible que les armes de destruction massive. Dès lors et paradoxale­ment au moment où la Russie renonce (dès 1993)[36] à l’engage­ment de non-emploi en premier, souhaitant rétablir psychologi­quement l’équilibre géostratégique par le nucléaire (devenu outil de prestige rémanent et compensateur d’une infériorité conven­tionnelle face à la puissance américaine, sur fond de tensions liées au processus d’élargissement), la question de l’adoption du no first use pourrait être argumentée. Adopté par la Chine (vu son incapacité à organiser une seconde frappe), souhaité timide­ment par quelques gouvernements européens, le no first use serait inéluctablement associé à l’état de non-alerte des forces nucléaires et à la notion de dernier recours.

Dès l’instant où le nucléaire tend à ne dissuader que des autres armes de destruction massive et que la notion de coup de semonce nucléaire perd de sa crédibilité, le principe de non-emploi en premier semble être implicitement intégré dans les paramètres stratégiques (la politique officieuse du no first use n’est pas loin avec la notion de non-initiative d’emploi précoce) avec la notion de garantie de sécurité négative[37] adoptée par les puissances nucléaires en avril 1995 dans le cadre de la résolution 984 du Conseil de sécurité. Certes son adoption n’est pas à l’ordre du jour vu son caractère délicat et ne pourrait être qu’un objectif à long terme, le “débat” amorcé par l’Allemagne étant, en grande partie, verrouillé par Washington fin novembre 1998.

Mais le no first use pourrait subtilement s’inscrire dans le paysage nucléaire post-2000 alors que la fonction tactique massi­ve des armes nucléaires est en voie de disparaître, et que se met en place depuis 1988 la Discriminate Deterrence, une capacité anti-forces classique signifiante, au moment où la “convention­nalisation” des frappes préstratégiques devient possible. Le Comité des plans de défense de l’OTAN reconnaissait d’ailleurs le 17 décembre 1998 “que dans l’environnement de sécurité actuel, il est extrêmement improbable que se présentent les circonstances dans lesquelles il pourrait s’avérer nécessaire d’envisager une quelconque utilisation de l’arme nucléaire”.

L’intégration d’un no first use imposerait nécessairement une condition collective — tous les États doivent l’adopter — tout autant que la résolution de la question sur le type de riposte à une frappe biologique, impliquant peut-être l’adoption d’une clause de sauvegarde associée à cette posture doctrinale.

Mais ne peut-on voir dans la défense américaine du first use au sein de l’OTAN, au-delà de la notion d’incertitude garante de la dissuasion, la capacité de pouvoir faire jouer une légitimité alliée européenne à travers l’OTAN, dans une frappe préemptive nucléaire dans un scénario de contre-prolifération au Sud ?

En d’autres termes, le maintien d’un possible first use n’est-il pas associé finalement au jeu d’une dissuasion/rétorsion face à une menace nucléaire, biologique ou accessoirement chimique hors zone ? Mais le nouveau Concept stratégique peut-il en défi­nitive intégrer et harmoniser les objectifs mondiaux américains, tels qu’exprimés dans la Présidential Decision Directive (PDD60), dans le champ nucléaire de l’Alliance, parallèlement aux intérêts stratégiques et régionaux européens ? Sauf à imaginer l’adoption d’une stratégie nucléaire OTAN élargie aux aspects coercitifs de contre-prolifération où nous, Européens, harmoniserions avec les Américains notre lecture et surtout les réponses à donner par l’Alliance à une prolifération belligène hors zone, aujourd’hui les positions des États membres restent encore bien divergentes.

Nous en revenons ainsi rapidement à la question du jeu entre le déclaratoire et l’opératoire, à l’image du débat franco-français sur la notion de “fort au fou”, où en plaidant pour la construction d’armes nucléaires permettant une frappe ciblée et modulable sur les objectifs militaires et décisionnels du ou des éventuels pays menaçants, l’“école opératoire” risquait, selon certains experts, d’accréditer l’idée d’une arme nucléaire à usage banalisé, en faisant de son emploi chirurgical une arme nucléaire tactique au service d’objectif stratégique dans le cadre d’une frappe de coercition sinon de préemption. Cette altération fut stoppée net par les déclarations du président Chirac.

Dès lors, le débat sur le no first use au sein de l’OTAN - en apparence mort-né mais qui reste présent discrètement et réap­paraîtra comme par enchantement très certainement au début du nouveau millénaire - rejoint subtilement celui sur la montée en puissance du concept de contre-prolifération.

Et, immanquablement, deux questions surgissent :

La réponse à des risques NBC hors zone est-elle justifiable de frappes en premier de même niveau, quand bien même les intérêts vitaux des États membres de l’Alliance ne seraient pas atteints ?

Dès l’instant où le contrôle final du feu nucléaire reste amé­ricain, le maintien du first use au sein de l’OTAN n’implique-t-il pas une forme d’acquiescement des Européens à une gesticu­lation/coercition nucléaire hors zone sous bannière américaine avec feu vert tacite du fameux consensus décisionnel OTAN ?

Mais si la peur d’aborder la question du no first use peut être interprétée avant tout aujourd’hui par la peur de codifier une politique de non emploi tout court, n’oublions pas que, dès son adoption, le first use fut considéré, non comme un moyen d’obte­nir un résultat militaire, mais plutôt comme une des options gesticulatoires permettant d’obtenir un résultat politique, destiné à obliger l’adversaire à abandonner l’agression ou, dans le cas contraire, à avertir de l’emploi hypothétique de frappes stratégi­ques. Ce qui, aujourd’hui, rend le concept d’emploi en premier quelque peu surréaliste, sans assise géostratégique réelle, même si le flou reste l’élément recherché.

Pour l’instance du Groupe des Plans Nucléaires réuni le 17 décembre 1998, “en maintenant l’incertitude sur la nature de la riposte des alliés à une agression militaire, l’OTAN démontre qu’une agression, quelle que soit sa forme, n’est pas une option rationnelle. De toute évidence, les réticences de pays membres de l’OTAN à envisager officiellement le non-emploi en premier pourraient avoir pour explication la peur que cela ne remette en cause la dissuasion nucléaire elle-même. Pour d’aucuns[38], le no first use est la négation même de la dissuasion. Il n’apporte aucune garantie en termes de “désarmement et ne sert pas le langage dissuasif.

Néanmoins, l’hypothèse de l’adoption d’un non-emploi en premier jouant dans un cadre uniquement conventionnel pour­rait être un moyen d’intégrer prudemment la nouvelle géostra­tégie post-guerre froide, tout en préservant le message “first use” dans le champ des menaces nucléaires, biologiques et chimiques.

Le nucléaire face à l’élargissement de l’OTAN

La question de la posture nucléaire dans le champ de l’élargissement fut également posée bien avant l’adoption du nouveau Concept stratégique ; ce dernier entérinant les avancées en la matière. Plusieurs questions furent en effet mises en avant à ce propos. Certaines étaient fonction de la politique volontariste qu’organise l’OTAN vis-à-vis du voisin russe. Faut-il approfondir les nouvelles relations avec Moscou en codifiant de manière plus claire le non-déploiement d’armes nucléaires américaines sur le territoire des nouveaux États adhérents ? Peut-on imaginer l’adoption du principe d’une zone dénucléarisée[39] en Europe cen­trale et orientale alors que l’article 5 se doit de ne pas être discriminatoire, nonobstant le fait que bon nombre d’États mem­bres de l’OTAN[40] n’accueillent pas de bombes B-61 à puissance variable sur leur territoire pour des raisons politiques ou philoso­phiques, sans que cette différence de posture n’entraîne une altération des principes dudit article 5 ?

Dans le document de septembre 1995 sur l’Étude sur l’élargissement de l’OTAN”, la possibilité de déployer des armes nucléaires sur ces territoires n’était pas exclue même “s’il n’y a pas d’exigence a priori en ce qui concerne l’implantation d’armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres”. À cet égard, les nouveaux membres devront contribuer “au développement et à la mise en œuvre de la stratégie de l’OTAN, y compris de ses composantes nucléaires”.

Lors de la réunion de l’OSCE à Lisbonne en décembre 1996, l’OTAN avait annoncé que ses pays membres “n’ont aucune intention, aucun plan et aucune raison de déployer des armes nucléaires sur le territoire de nouveaux membres, ni aucun besoin de modifier un aspect de la posture nucléaire ou de la politique nucléaire de l’OTAN.

Reste que l’Alliance n’a pas pris d’engagement juridiquement contraignant sur le non déploiement d’armes nucléaires à l’Est[41], mais une simple déclaration d’intention pouvant être révisée unilatéralement en fonction des circonstances, bien que l’environ­nement géopolitique et la doctrine prédisposent davantage à une réduction des potentiels.

Malgré la volonté de l’OTAN de maintenir la porte ouverte, nous pouvons dire que la notion de statut spécial de la zone centre-Europe en matière nucléaire est, de facto, présente, sans avoir d’assise juridique.

Mais le déploiement nucléaire avancé en Europe de l’Est - qui imposerait par ailleurs l’adaptation dans le cadre du budget d’infrastructure commune OTAN de nouvelle chambres fortes sur le modèle des WS3 - n’a cependant plus aucun intérêt au sens stratégique et opérationnel, tout en étant politiquement contre-productif pour l’OTAN. En effet, l’introduction d’armes nucléaires dans ces États aboutirait certainement à des mouvements d’opi­nion, relançant indirectement un débat global sur la présence d’armes nucléaires au sein de l’OTAN dans un environnement post-guerre froide fortement marqué par la question de la prolifération.

Il n’est donc pas impossible que l’esprit de l’article 5, para­graphe 3 du traité 2 + 4 portant règlement définitif concernant l’Allemagne[42], puisse être calqué sur la zone des pays d’Europe centrale et orientale au nom d’une nouvelle relation américano-russe.

Vers une virtualité des dépôts nucléaires

La question de l’avenir même des dépôts nucléaires améri­cains avancés en Europe accueillant des bombes thermonu­cléaires aéroportées et à puissance variable B-61 reste un sujet tabou et ne fut pas abordée dans le cadre de la préparation du nouveau Concept stratégique, sauf bien évidemment dans le sens d’un suivi informatif de la part du SACEUR.

Le paragraphe 46 du nouveau Concept stratégique précisait de nouveau que “l’Alliance maintiendra dans l’avenir prévisible une combinaison appropriée de forces nucléaires et de forces conventionnelles basées en Europe et tenues à niveau là où ce sera nécessaire, encore qu’il doive s’agir du niveau minimum suffisant (...). Mais ses forces conventionnelles ne peuvent à elles seules assurer une dissuasion crédible. Les armes nucléaires apportent une contribution unique en rendant incalculables et inacceptables les risques que comporterait une agression contre l’Alliance. Elles restent donc indispensables au maintien de la paix”.

Néanmoins, cette présence est associée à l’évolution du désarmement sectoriel, dont les futurs traités START III et START IV, mais aussi à une perception stratégique à renouveler où serait posée la question du retour des armes nucléaires dans les sanctuaires.

Cette nouvelle posture, qui ne pourrait probablement être appliquée qu’à la suite d’un incident nucléaire majeur, d’une décision unilatérale provenant du Congrès américain pour des raisons budgétaires ou politiques, d’un accord de désarmement substratégique américano-russe, ou d’une volonté américaine de tourner définitivement la page de la guerre froide tout en renfor­çant le régime de non-prolifération, serait, de toute évidence, une révolution des esprits, un bouleversement géostratégique.

Actuellement, on estime qu’il y a en chambres fortes spécia­les sous les hangars protégés à avions dans quelques bases aériennes alliées en Europe, environ 150 bombes à gravité américaines B-61 modèle 3 (puissances réglables de 0,3 ; 1,5 ; 60 et 170 Kt), modèle 4 (puissances de 0,3 ; 1,5 ; 10 et 45 Kt) et modèle 10 (0,3 ; 5 ; 10 et 80 Kt). Ces bombes peuvent armer, sous le régime de la double clef, certains appareils de frappe apparte­nant à des escadrilles de chasseurs-bombardiers allemands, bel­ges, grecs, hollandais, italiens et turcs ; les appareils américains F-16 et F-15E pouvant également le faire à partir des bases de l’US Air Force en Europe.

Ce programme OTAN dit WS3 (Weapons Storage and Secu­rity Systems) de déploiement en chambres fortes souterraines et durcies fut terminé fin 1998 et doit améliorer la sûreté et la sécurité des dépôts en matière d’intrusion et d’emploi non autorisé[43]. Si 437 chambres fortes sur 26 bases étaient initiale­ment planifiées, suite à la fin de la guerre froide, un processus de réduction à 208 chambres fortes sur 13 bases fut finalement retenu par le Senior Level Weapons Protection Group (SLOW­PIG), non compris les 24 chambres fortes de Marham (Tornado de la RAF en Grande-Bretagne) et les 10 de Brüggen (Tornado de la RAF en Allemagne).

Parallèlement, à la réduction du nombre d’escadrilles améri­caines et la fermeture de diverses facilités en Europe, certains de ces dépôts sont déjà virtuellement vides en temps de paix et n’accueilleraient de B-61 qu’en cas de crise grave avec jeu de gesticulation. Lors de la réunion du Comité des plans de défense/ Groupe des plans nucléaires de l’OTAN le 2 décembre 1997, l’Alliance annonça avoir réduit l’état de préparation de ses avions à double capacité.

Aujourd’hui, le déploiement américain en Europe a pour caractéristique un statut pré-virtuel. En effet, la non concordance entre le nombre de dépôts WS-3 sur les bases nucléaires OTAN et le nombre de bombes B-61 encore présentes sur le continent, aboutit actuellement à l’existence de chambres fortes spéciales vides d’armes, comme, en toute hypothèse, à Murted et Balikesir (Turquie) ou à Memmingen et Norvenich (en Allemagne) (cf. tableau 2).

Tableau 2 : Localisation des bombes nucléaires aéroportées américaines en Europe

Chambres fortes occupées en temps de paix (estimations)

Chambres fortes vides en temps de paix (estimations)

Localisation des bases nucléaires (1) et vecteurs d’armes

Pays hôtes (2)

11

 

Buechel (Tornado)

Allemagne

 

11

Memmingen (Tornado)

Allemagne

 

11

Norvenich (Tornado)

Allemagne

58

 

Ramstein (F-16C/D) (3)

Allemagne

11

 

Kleine Brogel (F-16A/B)

Belgique

11

 

Araxos (A-7H, F-16)

Grèce

< à 18

 

Aviano (F-16C/D)

Italie

 

6

Ghedi-Torre (Tornado)

Italie

11

 

Volkel (F-16 A/B)

Pays-Bas

 

30

Lakenheath (F-15 E) (3)

Grande-Bretagne

 

6

Balikesir (F-16 C/D)

Turquie

< à 30

 

Incirlik (F-16 C/D) (3)

Turquie

 

6

Murted (F-16 C/D)

Turquie

24

 

Marham (Tornado)

Grande-Bretagne

10

 

Bruggen (Tornado RAF)

Allemagne

NB : Toutes les données reprises dans ce tableau restent des estimations.

(1)    En théorie, les appareils britanniques (nationalement dénucléarisés depuis le retrait des bombes WE-177 le 1er avril 1998) pourraient virtuelle­ment disposer sur la base en Allemagne de bombes américaines en régime double clef si ces dernières devaient être transférées dans les chambres fortes auparavant occupées par les WE-177 britanniques. Les trois esca­drons de la RAF seront transférés vers le Royaume-Uni suite à la fermeture de la base prévue en 2002.

(2)    Les bases aériennes citées en italiques (Ramstein, Aviano, Lakenheath et Incirlik) concernent des infrastructures contrôlées en propre par l’armée de l’air américaine en Europe (USAFE) et disposant de ses propres appareils.

(3)    Dans ces bases, les appareils sont déployés par intermittence, par rotations.

Une rotation dans la localisation des charges nucléaires devient alors possible hors du cadre de l’entretien des bombes (tritium, contrôle électronique) tout comme l’avènement d’une nouvelle posture où, à terme, le nombre d’installations réelle­ment occupées pourrait se réduire, au point d’aboutir au concept de virtualité nucléaire.

Ceci faciliterait également un jeu d’échange intra-européen en zone OTAN avec la possibilité de répondre à certains scénarios de crises en périphérie de l’Alliance (ex : la Turquie) en garan­tissant les transferts de bombes de chambres fortes à d’autres pour des motifs de sécurité et de sûreté.

Dans l’absolu, toute mesure de rapatriement des bombes B‑61 vers les États-Unis laisserait intactes les chambres fortes toujours aptes à recevoir les bombes nucléaires dans un jeu gesticulatoire. La question de la présence nucléaire américaine en Europe étant avant tout une question de dominance politique, davantage qu’une nécessité stratégique - les nouveaux vecteurs nucléaires américains sont aujourd’hui développés selon des critères d’autonomie intercontinentale -, la réponse à un éventuel débat sur l’avenir des armes nucléaires résiduelles de l’OTAN sera nécessairement associée à la perception que les Européens ont des forces nucléaires françaises et britanniques[44].

Avec les paragraphes 62, 63 et 64, le nouveau Concept stratégique maintient les notions de garantie suprême de sécu­rité apportée par les systèmes centraux américains, la présence nucléaire française et britannique, la consultation commune, la flexibilité et la survie des systèmes substratégiques aéroportés à double capacité, y inclus un petit nombre d’ogives A90 de théâtre substratégiques intégrées dans les systèmes Trident britanniques (et issues du démantèlement des bombes à gravité WE-177 armant les bombardiers Tornado de la RAF).

De la non- à la contre-prolifération

Comme nous le percevons, le débat sur le no first use ne peut être dissocié complètement des problèmes de la non-prolifération dans le cadre des nouvelles missions de l’Alliance ; gommant le mythe de l’association stricte du first use avec une vision Est et de la prolifération avec une vision Sud. À tout le moins, first use et contre-prolifération sont bien les deux faces d’une même pièce.

Pour Joachim Krause, directeur de la DGAP de Bonn, il n’y a pas une seule menace de prolifération, mais sept catégories de risques :

-   la possibilité que les forces armées des États occi­dentaux opérant sur des théâtres extérieurs dans le cadre de diverses missions multilatérales (maintien de la paix ; mise en œuvre de sanctions des nations unies ou de décisions du Conseil de sécurité) se trouvent face à des adversaires équipés d’armes de destruction massive et de missiles balistiques ;

-   les menaces militaires directes contre les territoires et les populations des États occidentaux posées par des pays réfractaires, qui se sont dotés de missiles et d’armes NBC ;

-   les risques liés à une codification, de portée mondiale, de l’équilibre des forces dans une région qu’aggraverait ou accélérerait la prolifération ;

-   les répercussions sur la sécurité occidentale d’instabi­lités régionales qu’accentuerait la prolifération ;

-   les conséquences négatives d’une mise en cause des normes internationales et des arrangements de sécurité régionaux ou internationaux ;

-   le danger d’accidents impliquant des armes nucléai­res, chimiques ou biologiques ou d’emploi non autorisé des armes nucléaires ;

-   les nouvelles formes de terrorisme[45].

Mais ces différents risques n’empêchent aucunement l’appa­rition d’un phénomène manichéen d’évaluation de la situation de prolifération aboutissant à l’extrême à classer les acteurs inter­nationaux en deux catégories fixes : les bons et les méchants aux interactions typées que Pascal Boniface qualifie de “disneyli­sation des relations internationales[46].

La question de la perception face à ces États proliférants est posée. En d’autres termes, nous pouvons nous interroger sur la notion de rogue states (États dévoyés) signifiant qu’ils ne suivent pas la voie tracée, qu’ils ne sont pas conformes et qu’ils seraient inaptes à comprendre les subtilités de la dissuasion. N’est-il pas admis que ces pays, dès qu’ils disposeront d’armes de destruction massive, n’hésiteront pas à s’en servir, eux, ces États peu scrupu­leux et incultes ? Remarquons néanmoins l’extrême prudence irakienne décodant l’avertissement américain dans l’ordre du nucléaire tactique face à un éventuel tentative d’emploi d’armes chimiques visant la coalition alliée dans les sables du golfe Persique.

Observons de la même manière le jeu dissuasif israélien durant la guerre du Kippour, tout comme le rapprochement diplomatique indo-pakistanais dans la foulée de leurs tirs nucléaires d’essais. D’autre part, l’accession au statut nucléaire peut aussi paradoxalement aboutir à l’acquisition réciproque de règles spécifiques, mesures de confiance, doctrines établies à l’image des relations Est-Ouest durant la guerre froide et encore aujourd’hui entre puissances nucléaires “historiques”. L’Inde ne vient-elle pas de codifier récemment un C-3 nucléaire autour du National Strategic Nuclear Command ? Une manière pour ces États de montrer en quelque sorte leur subtilité devant les outils de destruction massive, très différente de la lecture simpliste parfois associée au Nord à certains de ces États proliférateurs.

Dans le domaine du risque impliquant les proliférations d’ordre nucléaire, biologique, chimique et balistique[47], les défini­tions, leur exacte ampleur et les réponses à fournir sont encore divergentes selon les capitales. À cet égard, le poids du rensei­gnement joue fortement dans l’évaluation des risques NBCB[48], avec une capacité américaine dominante dans la maîtrise de cet espace-temps qu’est l’information. Il n’est pas certain que la définition américaine des risques NBCB et de la sélection des États dits renégats ne soient pas dictées par des considérations d’intérêts nationaux d’ordre politique, géopolitique, militaire et commercial[49]. Il n’est donc pas étonnant que dans un document de 1996 du comité américain dit du Counterproliferation Program Review (composé du secrétaire à la défense, du secrétaire à l’énergie, du directeur de la CIA et du président des chefs d’état-major)[50], les pays suspects en matière de prolifération d’armes de destruction massive soient extraordinairement diversifiés.

Aujourd’hui, le concept de contre-prolifération inclut, outre le grand projet américain de défense BMD qui fait l’objet de réticences de la plupart des alliés, le renforcement des moyens de renseignement permettant de déceler d’éventuelles activités clan­destines, l’utilisation de forces spéciales, l’adoption d’un réseau anti-missiles de théâtre et l’intégration de munitions non nucléai­res perforantes et précises capables de pénétrer les installations NBC souterraines. Ces technologies sont en partie issues des enseignements de la guerre du Golfe où la coalition se trouva face à des cibles fortement durcies et bétonnées, et où fut testée la bombe perforante GB-28 à haut pouvoir incinérant.

Déjà, les outils nucléaires spécifiques aux objectifs de contre-prolifération ont été mis en place, dont les 50 nouvelles bombes thermonucléaires B-61 modèle 11 américaines (programme débu­tant en octobre 1993) destinées à armer les B-52H et les B-2 ; munitions spéciales aptes à pénétrer sur plusieurs mètres de profondeur les objectifs durcis et souterrains avant d’exploser. À cet égard, le programme stratégique américain prévoit l’amélio­ration des technologies facilitant l’identification des objectifs souterrains au niveau mondial[51].

Bien que renforcée par le syndrome de la guerre du Golfe, l’évaluation des risques de prolifération provenant de la périphé­rie extérieure de la zone OTAN fut d’ailleurs abordée au milieu des années quatre-vingt dix de manière très prudente au sein de l’Alliance. Peu motivés pour aborder ces questions au sein de l’OTAN - à l’exception de la France et du Royaume-Uni - les pays membres de l’Alliance ont fait en sorte que l’initiative en matière de non-prolifération aborde surtout les politiques traditionnelles, sans mentionner une seule fois le terme de “contre-prolifération”.

Conformément aux directives données par les chefs d’État et de gouvernement de l’OTAN en janvier 1994, l’Alliance a néan­moins entrepris d’intensifier les efforts politiques de défense de l’OTAN contre la prolifération. L’effort a porté sur la préparation des forces à des opérations militaires à mener en environnement NBC, aboutissant à une la mise en œuvre d’objectifs de forces supplémentaires. Avec le soutien des travaux du Comité mixte OTAN sur la prolifération (Groupe politico-militaire de haut niveau sur la prolifération ; Groupe Défense de Haut niveau sur la prolifération), le Conseil de l’Atlantique Nord du 10 décem­bre 1996 insistait, dans son paragraphe 26, sur l’importance de la compréhension des intentions et de la doctrine des proliférateurs.

Le Comité des plans de défense, réuni sept jours plus tard, décida d’engager des “objectifs de forces supplémentaires” afin que les risques NBC et balistique puissent être pris en compte dans le cadre des procédures existantes de l’Alliance. Le 11 juin 1998, les ministres des Affaires étrangères du Conseil de l’Atlan­tique Nord insistèrent sur la gamme de réponses politiques et militaires que l’OTAN devrait engager en matière de lutte NBC : comprendre les intentions et la doctrine des proliférateurs, ren­forcer la détection, la protection et la décontamination biologique, réagir aux actes terroristes BCW, adapter la doctrine, les plans, entraînements et exercices OTAN contre les risques résultant spécialement des armes chimiques et biologiques.

En vérité, c’est bien dans le chapitre “non-prolifération” qu’un peu de substance apparut dans le document sur le nouveau Concept stratégique d’avril 1999. Malgré certaines réticences européennes, Washington a mis à l’ordre du jour le développe­ment de capacité de contre-prolifération, y compris la recherche d’une standardisation des capacités, des C4I, des systèmes anti-missiles de théâtre et des armes intelligentes à longue portée.

Pour bon nombre de pays européens membres de l’Alliance, l’OTAN devrait continuer à se focaliser sur la non-prolifération incluant toutes les activités d’incitation non-violente, de maîtrise des armements et de pressions diplomatiques internationales et éviter qu’une dérive puisse s’opérer vers certains aspects de la contre-prolifération ; concept américain nébuleux et mouvant, soutenu par une série d’analyses contradictoires, qui place l’action militaire préemptive, unilatérale, en temps de paix parmi les options possibles.

En réalité, le caractère équivoque que le concept recèle n’est pas encore complètement dissipé au sein des pays européens membres de l’OTAN dans la mesure où perdure un fossé entre les états-majors et les opérateurs industriels intéressés par les aspects militaires du concept de contre-prolifération et les minis­tères des Affaires étrangères qui ont le plus souvent écarté cette option, pour s’en tenir à l’approche diplomatique traditionnelle des régimes de non-prolifération qui doivent être renforcés.

Si la primauté à la diplomatie est garantie par le paragraphe 40 du nouveau Concept stratégique et rappelée lors du dernier Conseil de l’Atlantique Nord[52] en décembre 2000, l’OTAN a enté­riné le projet américain d’initiative sur les armes de destruction massive avec la mise en place de procédures de dialogue et d’échanges d’informations, dont la naissance d’un centre sur les Armes de destruction massive (ADM) permanent et insti­tutionnel.

Permanence et discrétion

Au travers du nouveau Concept stratégique, l’OTAN a adopté le statu quo avec la confirmation d’une moindre visibilité du champ nucléaire. L’objectif premier est de faire le moins de remous possibles à propos d’une thématique délicate depuis la fin de la guerre froide. L’Alliance a évité dès lors de donner l’impres­sion d’être obsédée par les préoccupations typiques de la guerre froide.

La marginalisation discrète garantissant la pérennité de l’outil, l’Alliance confirme la finalité politique des forces nucléai­res à savoir “préserver la paix et prévenir la coercition et toute forme de guerre” comme ce fut écrit dans le communiqué final des réunions du Comité des plans de défense et du Groupe des plans nucléaires en session ministérielle le 11 juin 1998.

Si le positionnement géographique européen et la notion de présence à l’avant[53] sont préservés, la recherche du flou et de la discrétion a pour objectif d’éviter à la fois toute insidieuse déligitimisation et toute surévaluation au moment où l’on veut faire de la Russie un partenaire. A contrario, le concept straté­gique a donné une forte visibilité à la contribution plus élevée de l’OTAN sur la politique de non-prolifération, les enseignements du “Signal Group on Proliferation tout comme du “Defense Group on Proliferation et les différents accords de désarmement.

Mais l’OTAN n’a pas osé coupler étroitement la présence résiduelle nucléaire américaine et la lutte de contre-prolifération dans ses échelons préventif, préemptif et coercitif, le rapproche­ment restant particulièrement délicat dans la mesure où les lectures sont encore en partie divergentes entre les deux rives de l’Atlantique et que nous avons connu en France un débat particulièrement signifiant et aujourd’hui mort-né sur le concept de fort au fou. Il s’agira ici simplement de montrer que l’Alliance est déterminée et apte à décourager toute agression, d’où qu’elle vienne. Le possible first use restant implicite afin de maintenir l’incertitude et se garantir contre les armes chimiques et bactériologiques hors zone.

Aujourd’hui, pour bon nombre d’États membres de l’OTAN, le nucléaire a pour but de garantir une dissuasion générale, minimale et résiduelle contre des risques incertains, garantie ultime contre la Russie en cas de revirement politique ou contre une prolifération au Sud menaçante. En d’autres mots, maintenir du nucléaire “afin de ne pas soumettre des leaders irresponsables de certains pays à la tentation de se doter d’armes nucléaires, dans l’idée qu’ils seraient alors les seuls à les posséder[54].

Pour la plupart de ses États membres[55], le nucléaire est perçu au sein de l’OTAN comme un facteur de cohésion politique et transatlantique en entretenant aussi une culture nucléaire auprès des alliés non détenteurs des codes nucléaires[56]. Il y a donc bien en 1999 une ligne directrice dominante chez les alliés européens pour rester sous influence américaine en matière de politique nucléaire, malgré les premières lézardes germano-canadiennes sur le no first use et la volonté de certains États européens de reparler globalement de la dissuasion après le Sommet de Washington d’avril 1999.

Les incertitudes à propos de l’avenir du nucléaire demeu­reront toujours, car la question du contenu nucléaire de l’OTAN est un domaine exclusivement associé à l’évolution de la puis­sance et des objectifs nord-américains, à la politique du Congrès à Washington, et non pas au positionnement européen dans l’Al­liance. En d’autres mots, les États européens font office de figu­rants sur cette question, la clé ayant toujours été aux États-Unis.

Tableau 3 : Évolution de l’arsenal nucléaire français

Système d’armes

1995

2000

2015

Missiles de portée intermédiaire
sol-sol (Albion)

Désactivation des 18 missiles en septembre 1996 avant retrait en décembre 1999

 

 

Missiles stratégiques
mer-sol lancés de sous-marins

“64” missiles M-4 porteurs au total de “384” têtes(1) durcies TN-71D

“64” missiles  M-4 et M-45 porteurs au total de “384” têtes nucléaires furtives et durcies TN-71D et TN-75 sur 4 sous-marins, dont deux de nouvelle génération (NG)

“64” missiles  M-51 de plus longue portée porteurs au total d’un nombre total indéterminé(2) de têtes(1)  nucléaires furtives et durcies TNO sur 4 sous-marins de nouvelle génération (NG) (2)

Missiles sol-sol de plus courte portée Hadès

Décision de retrait en 1996 des 30 missiles et des lanceurs avec neu­tralisation des têtes et vecteurs en 1997

 

 

Missiles air-sol moyenne portée (ASMP)

60 avions Mirage 2000N lanceurs pour l’armée de l’air et 24 avions lanceurs aérona­valisés Super-Etendard (nombre de missiles non officiellement précisé)

60 avions Mirage 2000N lanceurs pour l’armée de l’air et 24 avions lanceurs aérona­valisés Super-Etendard (nombre de missiles non officiellement précisé)

Programme ASMP-A (Amélioré) de missile nucléaire air-sol furtif et de plus longue por­tée pour une dotation en 2008 sur les nou­veaux avions Rafale (terre et mer) (nombre de missiles non officiellement précisé)

(1)    En réalité, la France a produit moins de missiles que la dotation théorique en sous-marins pour des raisons d’économies, avec la production (hors dotation pour les tirs d’essai) de 3 lots de 16 missiles pour 4 sous-marins, avec transfert de missiles d’un bâtiment à l’autre lors des grands carénages et de rotation dans les patrouilles océaniques.

(2)    Le missile M-51 pourra délivrer de 1 à 12 charges nucléaires variables.

Durant la guerre froide, le jeu de dupes était déjà inscrit dans le réel doctrinal et la flexibilité des outils. La crédibilité de la dissuasion nucléaire américaine face aux autres ne pouvait aller au-delà de la protection directe du seul territoire américain. L’automaticité d’une riposte nucléaire américaine au bénéfice de l’Europe ne fut-elle pas classée par Henri Kissinger “au niveau des fables rassurantes mais d’une douteuse crédibilité[57] ?

L’élévation du seuil, le contrôle américain de sûreté, de sécurité et d’emploi de leurs armes avancées, la riposte flexible, la non-prolifération intra-européenne ; tout concourt à montrer combien le découplage était inscrit dans les faits, tout comme “l’ultime recours” l’est davantage aujourd’hui.

Tableau 4 : Évolution de l’arsenal nucléaire britannique

Systèmes d’armes

1995

2000

2015

Bombardiers Tornado porteurs de bombes nucléaires tactiques WE-177

Dénucléarisation au 1er avril 1998 des escadrons spécialisés/entraînés pour la frappe nucléaire de théâtre

 

 

Missiles stratégiques mer-sol lancés de sous-marins

64 missiles(1) Polaris A-3TK et Trident II D-5 (pour moitié) porteurs, au total, de 384 têtes(1) nucléaires

64 missiles(1) Trident II D-5 porteurs, au total, de 192 têtes(2) nucléaires stratégiques et substratégiques

64 missiles(1) Trident II D-5 porteurs, au total, de 192 têtes(2) nucléaires stratégiques et substratégiques

(1)    En réalité, le nombre total de missiles et têtes de la force nucléaire sous-marine stratégique de la Royal Navy est inférieur aux 58 missiles Trident commandés dans la mesure où seulement 3 lots de 16 missiles sur 4 ont été prévus pour 4 sous-marins (avec transfert lors des entretiens et changement de patrouille), hors missiles pour les tirs d’essai.

(2)    Le missile M-51 pourra délivrer de 1 à 12 charges nucléaires variables.

Or, la situation actuelle, si elle ne prédispose en aucune manière à donner une forte visibilité à la dissuasion, permet néanmoins de douter effectivement du dogme de l’automaticité d’une solidarité dans l’ordre du nucléaire[58], tout comme d’un contrôle intra-européen sur l’avenir de la politique de dissuasion de l’OTAN complètement sous dépendance politique nord-américaine.

Aussi, la question des arsenaux nucléaires européens[59] devrait, à moyen terme, prendre une plus forte visibilité politique et doctrinale, au fur et à mesure que la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) prendra davantage de maturité.

La collectivité européenne en pleine recherche de cohésion monétaire et de culture stratégique commune peut-elle être dépourvue d’une dimension nucléaire ? Telle est la question alors que le nouveau Concept stratégique n’a pas levé un tabou au point d’inverser le poids des trois acteurs nucléaires dans son inscription textuelle.

Mais la concertation en matière de dissuasion nucléaire reste un sujet délicat. Parce qu’il relève encore de la souveraineté des États qui en sont les seuls possesseurs et que la définition d’une Identité européenne de sécurité et de défense[60] et, a fortiori, d’une politique de défense commune reste encore à réaliser, le domaine de réflexion sera encore pour longtemps d’ordre inter­gouvernemental. Déjà, le processus vers une éventuelle dissua­sion nucléaire européenne ne pourrait précéder la construction d’une Europe de la défense commune[61].

Mais il n’est pas certain que la fenêtre d’opportunité à propos de l’engagement d’une concertation européenne soit présente. En effet, le délicat problème des armes nucléaires substratégiques américaines en Europe, la volonté de bon nombre d’États euro­péens de ne pas engager d’éventuelles réflexions communes ail­leurs qu’à l’OTAN, l’absence de consensus entre États-membres de l’Union européenne sur cette question, l’absence de menace prévisible impliquant une gesticulation nucléaire, le caractère suffisant du parapluie stratégique américain et des potentiels secondaires européens et l’existence d’une dissuasion générale par constat, tous éléments qui pourraient suffire à décourager toute volonté de réflexion nouvelle sur la question de la dissuasion.

Mais à moyen terme, la posture nucléaire américaine en Europe dans l’ordre du virtuel ne devrait-elle pas être le nouveau modèle, avec reconstitution des potentiels par projection et gesti­culation en cas de crise ? Alors, une réflexion prudente sera iné­luctable à propos des conséquences politiques, militaires, straté­giques et financières pour l’Europe d’une posture liée à l’hypo­thèse d’un retrait total à terme des armes nucléaires résiduelles air-sol américaines d’Europe.

Une telle analyse aurait pour but d’examiner la place qui serait affectée aux forces nucléaires secondaires françaises et britanniques dans un tel cas de figure et les conséquences, pour la redéfinition politique du concept de dissuasion, du retrait d’armes nucléaires américaines, destinées depuis longtemps aux frappes de théâtre et de bataille anti-forces, pour des missions, certes de dernier recours dans la définition doctrinale de l’OTAN, mais plus immédiatement opératoires que les systèmes balisti­ques centraux britanniques et français.

Si elle devait se confirmer à l’avenir, cette situation nouvelle, éminemment signifiante, bouleverserait toutes les réflexions sur l’avenir de la dissuasion nucléaire en Europe et les liens transa­tlantiques. Mais elle forcerait également les Européens à dépas­ser plusieurs écueils extraordinairement pesants.

Celui de croire que le nucléaire est aujourd’hui le seul étalon de la puissance alors que l’hégémonie passe aussi par tout le champ de la haute technologie classique, la maîtrise de l’espace-temps militaire et la révolution de l’information.

Celui d’imaginer que la réflexion sur le nucléaire ne peut se passer des schémas de pensée hérités de la guerre froide.

Celui aussi de repositionner le nucléaire dans le débat sur le projet de défense anti-missile BMD américaine.

Celui enfin de savoir comment résoudre l’écartèlement, de plus en plus inconfortable, entre le flou doctrinal et l’attente stratégique d’une part et l’extrême flexibilité, sélectivité et modu­larité des systèmes nucléaires, au moment où le choix[62] politique et stratégique n’est pas encore fait entre une politique abolition­niste volontariste et la pérennité d’une dissuasion nucléaire dite minimale à horizon indéfini.

Entre l’attente stratégique et un véritable aggiornamento nucléaire, l’OTAN a fait le choix de la prudence.

 



[1]       Charles Georges Fricaud-Chagnaud et Jean-Jacques Patry, Mourir pour le roi de Prusse ? Choix politiques et défense de la France, Paris, Publisud, 1994, p. 107.

[2]       Bruno Tertrais, L’arme nucléaire après la guerre froide, Paris, Économica, 1994, p. 119.

[3]       “L’avenir de la dissuasion nucléaire”, Relations internationales et stratégiques n° 6, été 1992, p. 64.

[4]       Rémi Hyppia, L’OTAN dans l’après-guerre froide, Paris-Montréal, L’Harmattan, 1997, p. 45.

[5]       Nicole Gnesotto, La puissance et l’Europe, Paris, Presses de Sciences Po, coll. “La Bibliothèque du citoyen”, 1998.

[6]       Ton Frinking et Douglas Bereuter, Le nouveau concept stratégique de l’OTAN et les derniers développements concernant le Traité sur les forces conventionnelles en Europe, Comité spécial sur la stratégie de l’Alliance et la maîtrise des armements, Assemblée de l’Atlantique Nord, Bruxelles, octobre 1991, p. 1.

[7]       Thijs van Vlijmen, La sécurité de l’Alliance, Commission de la défense et de la sécurité, Assemblée de l’Atlantique Nord, Rapport 1992, Bruxelles, novembre 1992, p. 6.

[8]       Collectif, Demain, l’ombre portée de l’arme nucléaire... L’arme nucléaire française en question, Les Cahiers du CREST, Paris, 1996.

[9]      Ces forces substratégiques seront constituées uniquement d’avions à double capacité, qui pourraient, au besoin, être complétés par des systèmes navals Mais, en temps normal, aucune arme nucléaire stratégique ne sera déployée sur un navire de surface ou sur un sous-marin d’attaque. L’artillerie nucléaire et les missiles nucléaires sol-sol à courte portée ne sont pas néces­saires, et ces systèmes d’arme seront éliminés” (§ 57).

[10]     Manuel de l’OTAN, Bureau de l’information et de la presse, Bruxelles, juin 1996, p. 44.

[11]     Bruno Tertrais, op. cit., p. 124.

[12]     Frédéric Bozo, La France et l’OTAN. De la guerre froide au nouvel ordre européen, Paris, 1991, IFRI-Masson, pp. 173-174.

[13]     André Dumoulin, “OTAN. Quel rôle face la nouvelle Europe ?”, dans Patrice Buffotot (sous la direction de), La défense en Europe. De la guerre du Golfe au conflit yougoslave, Paris, La Documentation française, 1995.

[14]      Gregory L. Schulte, “Les forces nucléaires de l’OTAN dans un monde en mutation”, Revue de l’OTAN, février 1993, p. 17.

[15]      L’OTAN avait intégré la décision prise à Taormina (octobre 1991) de réduire sustantiellement l’arsenal tactique de l’OTAN en Europe.

[16]    Rebecca Johnson, “Le débat international autour de l’élimination des armes nucléaires”, Revue internationale et stratégique, n° 30, été 1998, p. 87.

[17]    Marcel Duval et Yves Le Baut, L’arme nucléaire française. Pourquoi et comment ?, Paris, SPM Kronos, 1992, p. 121.

[18]    Rémi Hyppia, op. cit., p. 46.

[19]    Rob de Wijk, “Vers une nouvelle stratégie politique pour l’OTAN”, Revue de l’OTAN, été 1998, p. 16.

[20]    Roberto Zadra, L’intégration européenne et la dissuasion nucléaire après la guerre froide, Cahiers de Chaillot n° 5, Institut d’études de sécurité de l’UEO, Paris, novembre 1992, pp. 2-3.

[21]    Jan Petersen, “Le prochain concept stratégique de l’OTAN”, Revue de l’OTAN, été 998, p. 17.

[22]    Cf. la communication de Rob de Wijk lors du séminaire Rose-Roth, Maastricht, 25 juin 1998.

[23]    Afin d’éviter toutes confusions, l’adjectif “nouveau” accolé aux termes “Concept stratégique” ne concerne que celui de 1999.

[24]    L’identité européenne de sécurité et de défense, Assemblée de l’UEO, Madrid, 4-6 mai 1998, p. 33.

[25]    Rob de Wijk, op. cit., p. 18.

[26]    Citons, entre autres, Henri Kissinger (1965), Richard Nixon (1970), James Schlesinger (1974), Donald Rumsfeld (1976), le général Arthur Collins (1976), Jimmy Carter (1977), l’amiral Stansfield Turner (1984).

[27]    Bundy, Mc Kennan, Mc Namara et Smith.

[28]    Disarmament Diplomacy, octobre 1997, p. 3.

[29]    Le Débat stratégique, CIRPES, Paris, mars 1998, p. 5.

[30]    Les Nouvelles atlantiques, Agence Europe, Bruxelles, 30 octobre, 25 et 27 novembre, 2 décembre 1998 ; The Guardian, 19 novembre 1998 ; Internet www.fed.crest.fr ; USIS Washington File, 24 novembre 1998 ; Le Figaro, 3 décembre 1998 ; Le Monde, 25 novembre 1998 ; Financial Times, 9 décembre 1998 ; USIS Washington File, 24 novembre 1998.

[31]    À propos du no first use, lire Jozef Goldblat, “No-first-Use. A Prere­quisite for Nuclear Disarmament”, Security Dialogue, vol. 28 (3), 1997, pp. 265-270 ; David Gompert, Kenneth Watman et Dean Wilkening, “Nuclear First Use Revisited”, Survival, vol. 37, n° 3, automne 1995, pp. 27-44 ; Fred C. Ikle, “Facing Nuclear Reality”, The Washington Quartely, vol. 29, n° 3, été 1997, pp. 87-90 ; George Bunn, “Expanding Nuclear Options : is the U.S. Negating Its Non-Use Pledges ?”, Arms Control Today, mai-juin 1996, pp. 7-10.

[32]    Lucien Poirier, “La crise des fondements”, Stratégique, 53, 1er trimestre 1992, p. 135.

[33]    Harald Müller, “L’Europe, l’Allemagne et le débat sur le désarmement nucléaire”, Revue internationale et stratégique, n° 30, été 1998, p. 129.

[34]    Rebecca Johnson, op. cit., p. 94.

[35]    Lisa Burgess, “Nuclear Policy Battle Looms as NATO Expansion Nears”, Defense News, 30 mars-6 avril 1998.

[36]    La Fédération de Russie n’emploiera l’arme nucléaire contre aucun État signataire du Traité de non-prolifération nucléaire qui ne possède pas l’arme nucléaire, sauf dans deux cas : en cas d’attaque d’un État (non nucléaire) signataire d’un accord militaire avec une puissance nucléaire ; en cas d’action conjointe (d’un État non nucléaire avec un État possédant l’arme nucléaire) visant à effectuer ou à soutenir une invasion ou une attaque armée contre la Fédération de Russie, son territoire, ses forces armées, ses autres troupes, ou ses alliés” (déclaration de Pavel Gratchev, ministre russe de la Défense, 2 novembre 1993).

[37]    George Bunn et Roland Timerbaev, “Security Assurances to non-nuclear-weapon States : Possible Options for Change”, Program for Promo­ting nuclear non-proliferation, Issue Review, n° 7, septembre 1996.

[38]    Pascal Boniface, Repenser la dissuasion nucléaire, Paris, Éditions de l’Aube, 1997, pp. 109-111.

[39]    Cf. Jan Prawitz, “A Nuclear-Weapon-Free Zone in Central and Eastern Europe”, Program for Promoting Nuclear Non-Proliferation, Issue Review, n°10, février 1997.

[40]    À savoir le Luxembourg, la Norvège, l’Islande, le Danemark, l’Espagne et le Portugal.

[41]    Dans l’Acte fondateur Russie-OTAN, le 4e chapitre indique que “l’OTAN a décidé qu’elle n’a aucune intention, aucun projet et aucune raison d’établir des dépôts d’armes nucléaires sur le territoire de ces membres (NDLR : les trois pays nouvellement intégrés dans l’Alliance), que ce soit pour la construction de nouvelles installations de stockage nucléaire ou par l’adaptation d’anciennes installations de stockage nucléaire”.

[42]    André Dumoulin, “Enjeux et signifiants de l’extension de l’OTAN”, Études internationales, septembre 1999.

[43]    Les B-61 stockées en Europe disposent de clefs de sécurité PAL (Per­missive Action Link) avec commutateur à codes directement intégré à la bombe. Celle-ci est entièrement encapsulée dans un caisson de protection (membranes protectrices) où toute pénétration non autorisée aboutirait à la mise en œuvre automatique (grâce à des circuits électroniques anti-intru­sion et de couvertures plastiques rigides avec capteurs) d’une procédure visant à déclencher l’autodestruction des éléments vitaux de la bombe nucléaire.

[44]     À propos de la présence nucléaire américaine en Europe, lire David Yost, “The US and Nuclear Deterrence in Europe “, Adelphi Paper n° 326, 1999.

[45]    Joachim Krause, Prolifération des armes de destruction massive : risques pour l’Europe, Cahiers de Chaillot n° 24, mai 1996, p. 6.

[46]    Pascal Boniface, La volonté d’impuissance. La fin des ambitions inter­nationales et stratégiques ?, Paris, Seuil, 1996, p. 16.

[47]    Jerome H. Kahan, “Regional Deterrence Strategies for New Prolife­ration Threats”, Strategic Forum, n° 70, Institute for National Strategic Studies, avril 1996 ; Collectif, L’Europe et le défi de la prolifération, Cahiers de Chaillot n° 24, mai 1996 ; Office of Technology Assessment, Proliferation of Weapons of Mass destruction. Assessing the Risks, United States Congress, Washington, 1993.

[48]    nucléaire, biologique, chimique et balistique.

[49]    André Dumoulin, “Perspectives sur la non-prolifération”, Arès, n° 43, juillet 1999, pp. 45 et sv.

[50]    Joachim Krause, op. cit., note 3 p. 5.

[51]    Jane’s Defence Weekly, 2 septembre 1998.

[52]    Le principal objectif de l’Alliance et de ses membres dans ce domaine reste inchangé : prévenir la prolifération ou, si elle se produit, en inverser le cours par des moyens diplomatiques”.

[53]    Selon l’Institute for National Strategic Studies (INSS) dans son Stra­tegic Assessment 1997, il n’y a plus de puissances mondiales concurrentes mais risque sur le théâtre de la part de la Chine et de la Russie, imposant une présence américaine adéquate à l’avant.

[54]    Sir Michael Quinlan, “The Future of Nuclear Weapons : Policy for Western Possessors”, International Affairs, vol. 69, n°3, juillet 1993.

[55]    Miguel Marin-Bosch, “Europe’s Nuclear Family”, The Bulletin of the Atomic Scientists, janvier-février 1998.

[56]    Bruno Warrington, dans Collectif, Demain, l’ombre portée de l’arme nucléaire..., op. cit., p. 53.

[57]    Général Close (er), “La langue d’Esope”, La Libre Belgique, 2 mai 1995.

[58]    Amiral Stansfield Turner, “Europe et Amérique : les avanies d’un parapluie”, Études polémologiques, 3e trimestre 1984, p. 6.

[59]     Cf. Bruno Tertrais, “Nuclear Policies in Europe”, Adelphi Paper, n° 327, mars 1999 ; André Dumoulin, “L’Identité européenne de sécurité et de défense, Défense nationale, août-septembre 2000, pp. 20 et sq.

[60]    Cf. Beatrice Heuser, Nuclear Strategies and Forces for Europe (1949-2000), Londres, Macmillan, 1997.

[61]    André Dumoulin, L’identité européenne de sécurité et de défense. Des coopérations militaires croisées au Livre blanc européen, Bruxelles-Berne, Presses inter-universitaires européennes/Peter Lang, 1999, pp. 129-164.

[62]    André Dumoulin, L’avenir du nucléaire militaire, Problèmes politiques et sociaux, La Documentation française, Paris, 2001 (sous presse).

 

 

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