Après le Blitzkrieg :
le réveil de la pensée militaire française
(
juin 1940 – mars 1942)
Le rôle de la revue
La France Libre

 

Christian Malis

 

Tout au long du second conflit mondial, l’affrontement entre les belligérants ne fut pas seulement physique mais fit également rage sur le champ immatériel des idées. Si l’on connaît bien la lutte des propagandes, par laquelle se disputait l’empire politique sur les esprits[1], on néglige générale­ment le débat stratégique qui, spécialement du côté allié, se poursuivit dans la presse générale et la littérature spécialisée.

À cet égard la revue La France Libre, liée au mouvement du général de Gaulle, qui parut entre septembre 1940 et la fin de 1945 à Londres, offre un cas tout à fait particulier : revue de l’exil, elle ne fut diffusée dans la France métropolitaine, où l’opinion était sous surveillance et la presse soumise à censure, que sous forme de minces rouleaux parachutés par l’aviation britannique. Rapidement devenue en Grande-Bretagne une institution du fait, notamment, de la qualité de ses chroniques militaires, elle constitue un remarquable observatoire du débat stratégique d’ensemble qu’anime une lancinante question : quel est le secret des fou­droyantes victoires allemandes ? Un nouvel art de la guerre, basé sur la manœuvre aéro-blindée, a-t-il réelle­ment vu le jour, ou l’adversaire a-t-il été avant tout servi par des circonstances favorables ? “Anciens” et “Modernes” s’affrontent à ce sujet.

Paradoxalement en effet, les spectaculaires victoires de la Wehrmacht en Pologne, en Norvège, en France, dans les Balkans, ne suffisent pas à signer le triomphe des Modernes. Les controverses se poursuivent dans la continuité de celles qui avaient entouré les événements militaires de la guerre d’Espagne, ban d’essai des nouvelles méthodes. C’est la campagne de Russie, illustrant l’efficacité des tactiques spécifiques de “contre-Blitzkrieg”, qui marque le point de basculement et le ralliement général aux thèses modernistes.

Un débat français spécifique se détache sur ce fond, et s’attache particulièrement à comprendre les causes de la déroute de mai 1940. Sa richesse offre un puissant contraste avec l’ankylose intellectuelle des années trente[2]. L’historiographie récente, à la suite de l’ouver­ture des archives françaises pendant les années 70, tend à remettre en cause le concept de Blitzkrieg[3]. Elle s’effor­ce aussi de réhabiliter les autorités militaires françaises dans leur compréhension et leur préparation de la guerre “moderne”[4]. Cette tendance à la “révision” nous paraît parfois poussée jusqu’au paradoxe en masquant l’événe­ment lui-même de la défaite française et sa brutalité sidérante. Elle met de côté la perception des contempo­rains, que nous voudrions ici reconstituer.

Cet article voudrait principalement démontrer que la mise en cause du concept de Blitzkrieg, opérée par l’historiographie récente, reproduit dans une certaine mesure le débat de l’époque entre “Anciens” et “Modernes” : les protagonistes français du débat, au premier rang desquels La France Libre, se rangent résolument dans le camp des Modernes, dont les vues s’imposent avec la campagne de Russie : en effet, si le Blitzkrieg allemand échoue dans les vastes plaines d’Union soviétique, c’est que les méthodes défensives du contre-Blitzkrieg, méconnues des Français, sont désor­mais au point.

L’électrochoc de la défaite est à l’origine d’un brutal réveil de la réflexion militaire française, prélude au renouveau spectaculaire des années 1945-1965 ; dans ce renouveau, la revue La France Libre joue un rôle majeur ; elle constitue ainsi, dans l’histoire de notre pensée militaire, l’un des “chaînons manquants” entre l’avant- et l’après-guerre.

Après avoir décrit l’équipe de rédaction et son approche originale des problèmes stratégiques, nous exa­minerons le diagnostic porté par La France Libre sur la défaite militaire française et les caractéristiques des nou­velles méthodes de guerre allemandes. Les positions prises étant à situer dans le contexte plus large du débat militaire allié, nous examinerons la nature des contro­verses britanniques en nous appuyant notamment sur les analyses contemporaines de Liddell Hart. Avec les premiers mois de la campagne de Russie, nous verrons, revenant sur les chroniques de La France Libre, com­ment les thèses modernes trouvent dans les méthodes opératives et tactiques soviétiques une confirmation de leurs approche de la révolution militaire du Blitzkrieg.

La France Libre[5] et les protagonistes du débat militaire français
Une équipe internationale et pluridis­ciplinaire

Les circonstances de la création de la La France Libre ont été notamment rapportées par Raymond Aron[6]. Fondée par André Labarthe, alors proche collaborateur du général de Gaulle[7], à l’été 1940, cette revue mensuelle veut matérialiser une présence culturelle de haut niveau pour la France en exil qui a choisi de poursuivre le combat. Pendant plusieurs années, elle accueille de prestigieuses signatures, françaises et étrangères : Mari­tain, Bernanos, H.G. Wells, Henri Focillon, Albert Cohen, pour ne citer que quelques écrivains, mais aussi des diplomates, des scientifiques, des économistes. Parachu­tée en France par la Royal Air Force sous forme de rouleaux, elle y est lue clandestinement – par exemple par Jean-Paul Sartre qui témoignera plus tard de la qualité des analyses stratégiques. Le positionnement politique de la revue, marqué par la rupture bruyante de Labarthe avec de Gaulle et l’indépendance intellectuelle et politique ostensible d’Aron vis-à-vis du chef de la France libre fit l’objet, notamment à partir de 1942, de vives polémiques avec les gaullistes ; ce n’est pas notre objet d’aborder ces questions[8].

À côté de la “chronique de France” qu’Aron, sous le pseudonyme de René Avord, consacre à la vie en France occupée, la chronique militaire fait partie des rubriques régulières. Anonyme, elle est en fait l’œuvre de Szymonzyk, dit “Staro”. Polonais né à Katowice, Staro avait fait la Première Guerre comme officier d’artillerie dans l’armée austro-hongroise, avant de servir dans l’armée polonaise après 1918. Il déserta à la fin de la guerre, appartint longtemps au parti communiste alle­mand. Spartakiste, il fit le coup de feu en 1923 à Hambourg contre les troupes de Noske, résida en Union soviétique, milita dans l’Allemagne de Weimar.[9] Ayant abjuré son communisme, il aurait fait partie de l’équipe de Labarthe dans le premier cabinet de Pierre Cot, quand celui-ci fut ministre de l’Air dans le premier Front Populaire (1936)[10].

Agé à cette époque d’une quarantaine d’années, Staro est un intellectuel, “d’une intelligence remar­quable[11], connaisseur brillant des problèmes militaires. Très grand lecteur de Clausewitz, qu’il cite sans cesse dans les conversations, il a lu avec assiduité au cours de l’entre-deux-guerres toute la littérature militaire de l’époque, notamment celle d’Allemagne, si riche : dans les années vingt et trente paraissaient outre-Rhin plusieurs remarquables revues militaires (Deutsche Wehr, Militä­rische Rundschau,...) tandis que de nombreux spécia­listes militaires ou géopoliticiens multipliaient les essais : Karl Justrow, le Pr Banse, etc. sans oublier l’illustre historien militaire Hans Delbrück, dont Aron fera une de ses lectures militaires favorites. Staro dévore également ce qui s’écrit en Grande-Bretagne, en Russie soviétique, en France (De Gaulle, Castex, Rougeron). À Londres, il a réussi à emporter avec lui une bibliothèque considérable.

Les chroniques militaires mensuelles qu’il conçut ou rédigea tout au long de la guerre dans La France libre contribuèrent grandement à la réputation et à l’autorité intellectuelle de la revue. Pour l’essentiel, c’est à l’exper­tise militaire de Staro qu’Aron doit la qualité de son propre apprentissage des questions stratégiques. Les articles militaires sont en effet le fruit d’une collabora­tion entre les deux hommes, car Staro ne maîtrise ni l’anglais ni le français, il s’exprime et écrit en allemand pour se faire comprendre. En outre, il n’a pas l’habitude de rédiger des articles ; aussi est-ce à Aron que les chroniques militaires doivent leur facture de splendides dissertations.

Sait-on qu’une autre figure majeure du débat stratégique français de l’après-guerre, Pierre-Marie Gallois, fut placée à la même école et en retira les plus grands fruits ? Le capitaine Gallois avait rejoint la Royal Air Force au milieu de 1943, à partir de l’Afrique du Nord. Au cours des années précédentes, il s’était attiré les foudres de Vichy en prononçant, en 1941, sur la base aérienne de Marrakech, des conférences historiques sur l’Allemagne de tonalité peu favorable au IIIe Reich[12]. Affecté à des missions nocturnes de bombardement sur l’Allemagne, Pierre Gallois se rendait à Londres pendant les temps de récupération ; il y fréquentait dans la journée la bibliothèque du Petit Lycée Français, où enseignait d’ailleurs Aron.

C’est là qu’il rencontra en juillet 1943 André Labarthe, qui lui proposa d’écrire dans La France Libre à propos de ses missions aériennes. À cette époque, Raymond Aron ne venait plus que très rarement à la revue : c’est Pierre Gallois qui prit sa suite pour aider Staro à rédiger les chroniques militaires, ce qui fut pour lui une formation incomparable[13]. Enfin, l’équipe fut rejointe à partir de 1943 par un écrivain militaire déjà réputé, transfuge de la France occupée, Camille Rougeron. Cet avocat de l’aviation militaire de bombar­dement avant-guerre, chroniqueur de L’Illustration, de Science et Vie et d’Interavia de 1940 à 1943, ajouta dans les colonnes de La France Libre ses remarquables études technico-opérationnelles.

Une approche globale des questions stratégiques

Les analyses militaires de Staro ne sont pas la seule contribution de La France Libre au commentaire de l’actualité stratégique. Dans ses chroniques de France, Aron/Avord revient sur les causes militaires de la défaite de 1940 à la lumière des débats du procès de Riom[14]. Mais c’est surtout sous l’angle de la sociologie et de l’histoire philosophique que l’émule d’Elie Halévy aborde la dynamique de la révolution militaire à la lumière du contexte politique de l’entre-deux-guerres en Allemagne et en Russie soviétique, la contribution de la propagande à la lutte militaire, ou bien les chances que les nouvelles techniques militaires offrent aux impérialismes du xxe siècle. S’ajoutent enfin à cet ensemble les chroniques consacrées à l’étude de la guerre en cours sous les aspects de la stratégie économique et de la stratégie des ressour­ces. Les premières sont signées par Robert Vacher, pseudonyme de Robert Marjolin[15], et examinent en une suite de monographies remarquables la manière dont les différents belligérants organisent la mobilisation de leurs ressources industrielles et financières au service d’un conflit de plus en plus “total”. Dans les secondes l’atten­tion se concentre sur l’enjeu que constitue la course au contrôle des matières premières, et spécialement du pétrole, dans la stratégie de la guerre.

Ces traits de la revue lui composent un visage unique : celui d’un organe de presse animé par une équipe qu’on appellerait aujourd’hui “pluridisciplinaire”, apte à saisir la guerre dans ses multiples dimensions. Ainsi se hisse-t-elle d’emblée au niveau de la “grande stratégie”, selon le concept que la pensée militaire anglo-saxonne a commencé de populariser dans le courant des années trente[16]. S’il nous est aujourd’hui difficile de savoir si un comité de rédaction élaborait concrètement la maquette de chaque numéro, on discerne nettement, d’un article à l’autre, l’unité et la complémentarité des vues entre l’analyste militaire, l’analyste économique et le politologue, produit manifeste de fréquents échanges.

La France Libre était la seule revue française à Londres. Le journal France, de tendance socialiste, dirigé par Henri Combaux[17], ne contenait pas d’analyse mili­taire digne de ce nom. Il en va bien sûr différemment dans la presse métropolitaine. L’évolution des opérations militaires est suivie avec attention et commentée dans la presse quotidienne (Le Temps) et les magazines popu­laires, comme L’Illustration, mais il faut convenir que l’analyse proprement dite demeure courte et ne s’élève guère au-dessus de l’événement. Beaucoup plus spécia­lisés et nombreux sont les articles que l’on peut lire dans Science et Vie : plusieurs auteurs y signent des articles d’une richesse remarquable sur l’évolution accélérée des techniques d’armement : méthodes du bombardement aérien ou de la guerre sous-marine, développement des parades contre les chars, évolutions des porte-avions… Mais il s’agit plus d’ingénierie militaire que de stratégie et, pour des raisons compréhensibles, la tonali­té politique reste d’une prudente neutralité.

Indéniable, le rayonnement de La France Libre, dépassant largement les frontières de la petite commu­nauté des Français en exil, touche notamment l’ensemble de la communauté intellectuelle militaire. En témoigne la préface élogieuse que l’un des chroniqueurs britanni­ques en vue, “Strategicus”, consacre à La Guerre des Cinq Continents[18], réunion en livre des articles de Staro, paru en 1943, ou bien encore l’intérêt que lui porte un J.F.C. Fuller[19] : tout indique que La France Libre s’est hissée au rang de véritable institution, ce que confirme le témoignage de Raymond dans ses Mémoires. Soulignons notamment que les articles militaires font l’objet de toute l’attention de la part du War Office britannique qui les fait régulièrement traduire et étudier par ses services[20]. De fait on y trouve l’écho des grandes interrogations stratégiques auxquelles se trouvent affrontées autorités politiques et états-majors dans l’exercice de la conduite de la guerre : portée et limites de la guerre-éclair allemande, nouveaux atouts de la puissance terrestre (l’Allemagne), face à la puissance navale (Grande-Bretagne), etc. En France occupée, où sa lecture est clandestine, son impact est signalé par le témoignage de Jean-Paul Sartre, qui au lendemain du conflit mondial loua

le critique militaire anonyme qui a su prendre, pour expliquer les batailles et la stratégie de cette guerre universelle, un point de vue mon­dial et montrer en chaque cas comment le sort des armes et la lutte économique se comman­daient étroitement[21].

Le Blitzkrieg et les causes militaires de la défaite française

L’étude du débat militaire de l’époque montre que l’opinion selon laquelle un art de la guerre novateur, reposant sur la manœuvre aéro-blindée, se trouvait à la base des surprenants succès allemands, ne s’est que progressivement imposée en dépit d’un scepticisme répandu. Si, pour ceux que nous appellerons les Moder­nes et dont Staro est l’une des figures, la campagne de France illustre particulièrement les principes nouveaux de l’attaque, c’est la campagne de Russie qui va donner l’exemple d’une défense stratégique moderne.

Mai 1940 : Infériorité tactique et fautes stratégiques 

Dès novembre 1940, Staro tâche d’éclairer les grandes lignes de la stratégie allemande. Dans un article prophétique où il pronostique une guerre longue[22], il reconnaît que l’Etat-major allemand, se refusant à une nouvelle guerre de positions avec les hécatombes qu’elle entraîne, a su trouver dans l’aviation et les divisions blindées employées en étroite collaboration l’instrument de rupture et d’exploitation du succès. Mais il relativise l’originalité des méthodes allemandes, inventées ailleurs, pour l’essentiel :

Peu originaux dans leurs conceptions – toutes leurs prétendues nouveautés sont empruntées à des théories et pratiques étrangères (De Gaulle, Rougeron, Castex, Liddell Hart, expérience russe des parachutistes et de la motorisation) – les Allemands appliquèrent les idées des autres avec une conscience et un esprit de système remarquable[23].

Notre chroniqueur croit nécessaire de revenir sur une analyse proprement militaire des événements en janvier 1941 dans “La bataille de France”. Depuis des mois les discussions n’ont pas cessé au sujet de l’“étrange défaite”, et prennent une coloration nouvelle avec les opérations en Afrique : les Anglais de Wavell étrillent les forces italiennes du maréchal Graziani dans une cam­pagne toute de mouvements blindés et motorisés. La thèse générale de Staro est la suivante : dans la guerre moderne il y a non seulement une stratégie offensive mais également une stratégie défensive que le Comman­dement français, dans la bataille de France, a été inca­pable de prévoir, a fortiori de mettre en pratique : peut-être ne l’aurait-elle pas été faute de moyens modernes de combat, aussi la bataille de France ne fut-elle pas une expérience authentique de guerre moderne, dont les Anglais montrent au contraire l’exemple en Libye[24].

Depuis des mois les aspects tactiques de la bataille de France ont été abondamment commentés dans la presse et suscité des analyses à peu près convergentes sur lesquelles Staro ne croit pas nécessaire de s’appesan­tir : on a maintes fois souligné en effet l’infériorité française en matériels modernes, la tactique appropriée des divisions blindées, la combinaison des bombardiers en piqué et des tanks, les erreurs commises par l’état-major français dans la doctrine d’emploi des diverses armes. L’élément véritablement frappant est ailleurs :

Que les 90 divisions de l’armée française aient été détruites en six semaines, l’étude tactique et technique ne suffit pas à en rendre compte. La stratégie de la bataille de France fournit le complément d’explication.

Face au plan de campagne allemand, l’analyse du plan de Gamelin, par les vices qu’elle révèle, permet de s’élever à une compréhension des principes et méthodes de la stratégie moderne qui témoigne, de la part de notre commentateur, d’une lucidité remarquable.

Le plan allemand fut, selon Staro, une variante du plan Schlieffen[25], qui consistait primitivement, à la faveur d’un rapport de 1 à 7 entre l’aile gauche et l’aile droite allemandes, à franchir rapidement la ligne étroite Anvers-extrémité nord de la ligne Maginot, pour occuper les ports de la Manche, prendre ensuite Paris, enfin se lancer dans la destruction définitive de l’armée française, soit vers le Jura soit vers les Pyrénées, selon la direction de la retraite qu’elle adopterait. La marche de 1940 vers les ports de la Manche répondait donc sans doute au souci d’encercler l’armée franco-britannique avancée en Belgique, mais aussi à l’idée fondamentale de Schlieffen : par un vaste mouvement tournant couper la retraite à l’armée française qui livrerait sa grande bataille d’arrêt sur Paris et livrer bataille à front renversé. La percée par la Meuse, variation sur l’idée initiale, rendit encore plus difficile la stratégie de retraite redoutée par le Comman­dement allemand. Dans son ensemble la manœuvre rééditait, à une échelle gigantesque, le mécanisme tacti­que de la bataille de Leuthen, remportée par Frédéric II en 1757sur les Autrichiens. D’une manière générale, la guerre motorisée restaure les possibilités d’enveloppe­ment conduisant à la destruction de l’armée ennemie. Les figures historiques de référence sont constituées par les batailles de Cannes, Leuthen et Leipzig (bataille des Trois Empereurs)[26].

Peu importe en l’occurrence que le chroniqueur de La France Libre ignore la véritable histoire de la genèse du plan allemand[27], révélée par la suite : le plan Manstein, appuyé sur l’aptitude prêtée aux divisions blindées de Guderian à la percée et à l’exploitation rapide sur la Meuse, remplaça une version initiale qui était lui une pale copie du plan Schlieffen, celui-là même auquel s’attendait Gamelin[28]. De même, dans la réalisation de la manœuvre, on sait aujourd’hui à quel point le Haut-Commandement de la Wehrmacht tenta de freiner l’avancée rapide des corps blindés en direction de la Manche, redoutant pour le mince couloir une contre-offensive depuis le Sud de la part des armées françaises. Incontestablement, selon la formule de Liddell Hart, “Guderian et ses hommes remorquèrent l’armée alleman­de et furent ainsi à l’origine de la plus éclatante victoire de l’histoire moderne[29]. Ces révélations postérieures servent notamment à la nouvelle historiographie pour mettre en doute l’idée même de Blitzkrieg, et attribuer la défaite française à “des facteurs contingents, politiques et une évidente malchance”. On réhabilite la “grande stratégie” de Gamelin (défense stratégique, victoire sur la longue durée), on souligne la compréhension lucide qu’avait Gamelin des méthodes mises en œuvre par les Allemands en Pologne, ainsi que ses efforts incessants pour améliorer l’armée française en conséquence[30].

Un commentateur militaire proche de l’événement comme Staro est plutôt frappé par les fautes stratégiques du plan d’ensemble de Gamelin. Selon le chroniqueur de La France Libre en effet la meilleure riposte au plan Schlieffen aurait été le verrouillage de la ligne Anvers-Sedan : mais en l’absence d’une organisation de la ligne et d’un accord avec l’armée belge, cette riposte pouvait être et est devenue en fait mortelle. Aussi fallait-il être en mesure, comme Joffre, d’effectuer une retraite aussi longue que possible avant d’opérer le rétablissement après regroupement des forces. Au lieu de cela, le Haut-Commandement français a, selon le chroniqueur de La France Libre, jeté en Belgique, dans l’espoir d’une bataille d’arrêt, les meilleures forces de combat, mais représentant seulement une quarantaine de divisions face au gros des forces allemandes, selon la logique de Schlieffen (une centaine de divisions), parties les pre­mières et mieux armées pour l’offensive car plus moto­risées[31]. L’armée française, peu mobile, destinée à se battre sur une ligne fortifiée, fut précipitée dans une aventure presque désespérée. Elle fut attaquée, avant même d’avoir pris position, par des divisions concentrées aux points décisifs, sans jamais opposer aux attaque de l’ennemi plus qu’une fraction de ses forces disponibles. Selon l’image employée plus tard par J.F.C. Fuller, on opposa la vieille défense linéaire aux modes nouveaux d’attaque par pénétration, un peu comme un homme qui voudrait barrer la route à un boxeur en étendant les bras.

Pourquoi, demande Staro, jeter ainsi des forces insuffisantes et mal préparées ? On n’avait rien voulu risquer, parer à toutes les éventualités : il fallait simultanément protéger les ports de la Manche, sauver l’armée belge, retenir l’ennemi aussi loin que possible de la riche région indus­trielle du nord, ne pas dégarnir la frontière de l’Est[32].

Au-delà de l’erreur, largement soulignée depuis, que constitua la fameuse variante “Dyle-Breda” de la manœu­vre en territoire belge, qui conduisait notamment à se priver de toute réserve stratégique en engageant la 7e armée placée initialement autour de Reims, compro­mettant la stratégie globale d’attente et de sécurité[33], l’intérêt des commentaires de La France Libre est de montrer que c’est le concept même de la défense straté­gique française qui est périmé. Faute d’avoir su recon­naître la restauration des conditions de la mobilité sur le champ de bataille, on a continué de privilégier un modèle statique de défense, c’est-à-dire fondé sur un dispositif linéaire – et non échelonné en profondeur – et peu manœuvrant. Au contraire,

comme toute manœuvre de la guerre moderne la retraite employée comme méthode straté­gique suppose une préparation minutieuse : destructions de toutes espèces par des unités spéciales, procédés anti-tanks (mines, fossés, barrages…), organisation du pays ; le réseau routier, splendide, de la France, aurait dû être utilisé pour les manœuvres de la défense élas­tique et non pour l’évacuation des populations.

La conclusion est sans appel : la campagne de France n’a pas offert un exemple authentique de cam­pagne moderne. Ce diagnostic sévère rejoint la sentence formulée à peu près à la même époque par Camille Rougeron, esprit indépendant et depuis des années avocat des “armes nouvelles” : les succès foudroyants n’ont pas été remportés par l’attaque sur la défense, mais par l’attaque type 1939 sur la défense type 1918[34].

Le débat britannique

Comment ces analyses s’inscrivent-elles dans le cadre du débat militaire en Grande-Bretagne ? À vrai dire, dans le pays qui continue la lutte, les débats n’ont pas cessé au fil des mois de guerre : au témoignage de F.O. Miksche, les milieux militaires comme les cercles politiques sont plongés dans un véritable “désarroi doctrinal”, dont on tente de sortir par des explications excessives des succès allemands : pour les uns les chars, pour les autres l’aviation sont la clef unique. Au lende­main de la conquête de la Grèce et de la Yougosla­vie un parlementaire en vue réclame ainsi la mise sur pied d’une force de “50 000 chars”. Cependant la convic­tion concernant la supériorité radicale des méthodes alle­mandes est loin d’être unanime, d’autant que l’échec du Blitz, à l’automne 1940, a donné un coup d’arrêt à l’enchaînement des victoires militaires sur le continent depuis septembre 1939.

Liddell Hart, chef de file des Modernes

Parmi les arguments généralement employés par les sceptiques on trouve la dépendance logistique des forces blindées, qui oblige à les accompagner de nom­breuses troupes auxiliaires et de véhicules non blindés pour les aider à forcer les postes fortifiés et à passer les rivières, ainsi que leur inaptitude probable à opérer dans des milieux au relief accidenté. Plus généralement, la presse conserve l’habitude de mesurer la force militaire au nombre d’hommes sous les armes, et donc à la quantité de divisions d’infanterie. Le déroulement des événements voit s’affirmer les progrès des “modernes” dont les thèses sur la supériorité absolue des nouvelles méthodes de guerre sont peu à peu confirmés par les faits. À vrai dire ces débats prolongent ceux de l’avant-guerre, voire de la drôle de guerre. Ils transposent dans l’univers international ceux qui avaient eu lieu au sein même de l’armée allemande, quasiment jusqu’à la guerre, et qu’a rapportés Guderian dans ses mémoires[35].

Avec la campagne-éclair des Balkans, en avril 1941, les Modernes marquent des points décisifs. En effet, se référant à la résistance acharnée de 1914, l’Etat-major britannique tablait sur une résistance prolongée des forces grecques et yougoslaves à la faveur de la protec­tion offerte par le relief montagneux. Escomptant ouvrir un second front continental, comme dans le précédent conflit mondial, il avait débarqué à cet effet un corps expéditionnaire, mais la Wehrmacht par une série de manœuvres rapides de percée et d’enveloppement[36] met en pièce le dispositif de défense et contraint les forces de sa Gracieuse Majesté à un nouveau Dunkerke. Staro ne manque pas de tirer la leçon de ce “Blitzkrieg à l’Est” dans la livraison du mois de mai :

Après la campagne de Pologne, de Norvège, des Flandres ou de France, la campagne des Bal­kans vient de confirmer la supériorité irrésis­tible d’une armée équipée avec des armes mo­dernes, organisée et conduite selon les principes du nouvel art des batailles, sur toute armée, à qui manque l’une ou l’autre des armes essen­tielles ou dont l’état-major reste prisonnier des conceptions vieilles de vingt ans seulement mais aussi anachroniques déjà que les charges des chevaliers bardés de fer contre les armes à feu, ou de l’infanterie contre les nids de mitrailleuses.

À cet égard notre chroniqueur campe résolument sur la même ligne qu’un Basil Liddell Hart, qui voit dans les événements la confirmation de ses thèses de l’avant-guerre[37]. Depuis des années le célèbre écrivain militaire avait en effet préconisé la restructuration d’ensemble des forces armées britanniques, appelées selon lui à délaisser le nombre des divisions d’infanterie au profit d’une force beaucoup plus réduite mais mobile et décisive, à base de divisions blindées et mécanisées. Une telle armée aurait apporté un concours beaucoup plus décisif à l’armée française en mai-juin 1940, juge-t-il après la campagne de France, et elle se trouverait beaucoup plus adaptée à la défense des positions au Proche-Orient (Irak, Liban) que les forces “type 1914”.

Commentant la campagne des Balkans dans le Daily Mail[38], Liddell Hart met en garde, au début de l’offensive, contre les “habituels marchands d’illusion” qui, dans la presse en général et le Times en particulier, croient, comme en Norvège un an plus tôt, voir s’ouvrir la perspective d’un second front[39]. La couverture offerte par les montagnes à la Grèce du Nord-Est et la Serbie du Sud-Est a été plus que compensée par l’extension de leurs frontières et le manque d’armes modernes. Les Allemands en ont profité pour développer leur “stratégie caractéristique de l’approche indirecte” : l’avance en Croatie avait une visée essentiellement politique, tandis que leur poussée à travers les montagnes faiblement défendues du sud-ouest prouvait une fois de plus que “les obstacles naturels, aussi formidables soient-ils, sont géné­ralement un obstacle moins grand qu’un front solidement défendu[40]. En définitive, Liddell Hart exhorte la Grande-Bretagne à se consacrer au développement d’une “armée moderne petite mais puissante, en consacrant au front civil intérieur [le front de la production de guerre] les ressources en main-d’œuvre qu’il serait vain aujour­d’hui d’utiliser pour la constitution de pléthoriques divi­sions d’infanterie”.

Position quelque peu extrême, mais fort caracté­ristique parmi les Modernes, de la part d’un Liddell Hart qui considère que la réalité de la force allemande, sa “force de frappe” réside dans ses forces blindées et motorisées appuyées par l’aviation d’assaut et les troupes aéroportées, tandis que les divisions d’infanterie “type 1914” valent avant tout pour l’occupation des régions conquises de l’Europe. Il existe en Grande-Bretagne d’autres commentateurs réputés, comme le commandant E.W. Sheppard, rédacteur dans Army Quarterly, ou les commentateurs à pseudonymes du Spectator (“Strategicus”) et du journal français libre d’obédience socialiste France (“Miles”).

Les positions de F.O. Miksche

F.O. Miksche, écrit lui, dans le Manchester Guardian, tout en appartenant à l’Etat-Major Particulier du général de Gaulle, détaché de l’armée tchécoslovaque, ce qui le place en quelque sorte à l’intersection du monde de la France libre et de l’univers anglo-saxon[41]. Avec Liddell Hart et Staro, il est l’un des rares à s’efforcer de dégager des événements une vision globale en dépit du désarroi général. Avec eux il partage la conviction que les méthodes de guerre allemandes illustrent l’avènement d’une révolution de l’art militaire. Tacticien remar­quable, il tâche d’en faire percevoir les grandes lignes dans un ouvrage de 1941 significativement intitulé Blitzkrieg[42].

Sans résumer l’ensemble de l’ouvrage, on retiendra notamment deux points. Conformément à la doctrine de Clausewitz, tout d’abord, les Allemands fondent leur méthode offensive sur la surprise, la vitesse (dans l’exploitation), la supériorité en matériel ou en puissance de feu (localement dans la conception allemande, et non sur un large secteur du front selon la doctrine française) :

C’est la coordination de ces trois éléments - motorisation comme moyen de transport, méca­nisation comme moyen de rupture, aviation comme moyen d’appui, de protection et de transmission – qui donne à la guerre actuelle un caractère entièrement différent de celui de la dernière guerre mondiale.

Cependant la mise au point des tactiques sur lesquelles repose ce retour à l’offensive a nécessité des expérimentations pour lesquelles, selon l’ancien des Brigades Internationales qu’est Miksche, la guerre d’Espagne a servi de laboratoire en grandeur réelle. À cette époque, l’attention des armées européennes s’était concentrée sur la bataille de Guadalajara, en 1937 : de la défaite italienne, consécutive à une attaque menée par une colonne blindée/motorisée, on avait généralement conclu que les armes motorisées et mécaniques ne permettaient pas la guerre-éclair. En France notamment les Français se convainquirent que leur conception géné­rale de la bataille sur un front très étendu demeurait valable, et que les engins modernes (char, avion) étaient vulnérables aux armes anti-chars et aux armes anti-aériennes (c’est ce qu’avait conclu Les Leçons militaires de la guerre d’Espagne (1937), d’Helmuth Klotz (en fait un officier de marine), qui conforta les stratèges de la défensive.

Conclusion trop hâtive, selon Miksche, d’une expéri­mentation mal conduite par les Italiens (exploitation trop lente, faible soutien aérien, conditions atmosphériques mal choisies), ignorant les perfectionnements auxquelles les années 1938 et 1939 devaient permettre d’aboutir pour les troupes engagées par Allemands et Italiens : on vit apparaître “la tactique d’infiltration[43], celle des con­centrations massives sur fronts étroits en vue d’attaques profondes progressant à toute allure, on vit aussi se perfectionner la tactique des îlots de résistance, en deux mots – les nouvelles méthodes[44].

Le regard en arrière de l’officier tchécoslovaque illustre la continuité des débats, des années trente à 1941. Paradoxalement, la défaite spectaculaire des armes françaises ne provoqua pas le basculement en faveur des Modernes, avocats des “nouvelles méthodes”, que l’on aurait pu escompter : c’est plutôt la campagne de Russie, illustrant le succès de nouvelles méthodes défensives comme les “îlots de résistance”, qui marqua l’étape décisive.

La campagne de Russie et les méthodes du contre-Blitzkrieg

Pour la première fois du conflit, le choc de deux armées modernes

Avec la première phase de la campagne de Russie s’achève, sur un échec de la Wehrmacht, la phase des guerres-éclair. Les méthodes soviétiques pour faire obstacle à la machine de guerre allemande illustrent pour Staro les principes tactiques d’une défense straté­gique moderne, telle que l’armée de Gamelin s’est révélée incapable de les mettre en œuvre. Elles révèlent aussi, contrairement à l’opinion qui a prévalu couramment depuis concernant l’“impréparation” de l’URSS au conflit, que l’armée soviétique était sans doute une des mieux armées, intellectuellement et matériellement, pour faire face au choc qui l’attendait.

Déclenchée le 22 juin 1941, l’opération Barbarossa vise la destruction du gros de l’Armée rouge à l’ouest de la Dvina et du Dniepr, ainsi que l’occupation des pays baltes et de Leningrad, avant la prise de Moscou. Si au cours des trois premières semaines la campagne paraît bien se dérouler “conformément au plan” et reproduire le schéma trop connu des années précédentes, dès la mi-juillet la résistance soviétique, en dépit de pertes énor­mes, se raidit sur tous les fronts. À la mi-août, la force propulsive initiale est épuisée sans que l’objectif de destruction globale de l’adversaire ait été atteint par les troupes du Reich. Hitler doit relancer l’offensive selon de nouveaux axes d’efforts qui font d’ailleurs l’objet de vifs débats avec le Haut-Commandement. Le mois de septem­bre est alors consacré à une offensive éclair contre l’Ukraine menée par Guderian, avant l’assaut contre Moscou en octobre-novembre. Les premières rigueurs de l’hiver, l’élongation des lignes de communication, et la résistance farouche de l’adversaire finissent par l’enrayer.

Si la foudre s’abat à l’Est, elle vise indirectement l’Angleterre et derrière elle les États-Unis, juge notre chroniqueur avec lucidité en se plaçant au niveau de la grande stratégie. Envisageant désormais la perspective d’une guerre longue, l’État-Major allemand cherche en éliminant l’URSS à acquérir une position continentale inexpugnable en Europe, avant le règlement de comptes final avec les “puissances maritimes[45]. Sans présager de la tournure que vont prendre les opérations, Staro sou­ligne dès le mois de juillet la singularité de la nouvelle campagne :

Pour la première fois, une armée moderne se heurte à une armée moderne : des milliers de tanks et d’avions des deux côtés, une tactique moderne d’attaque contre une tactique moderne de défense (…) La conception linéaire de la frontière ou du front disparaît : le sens de la profondeur domine à nouveau la pensée stratégique[46].

Certes, la force militaire de la Russie “est un mystère[47], et tout le pari des Allemands repose sur un effondrement militaire rapide. Chez l’assaillant on méprise en effet la technique des Russes et l’on tient leur industrie pour incapable de renouveler le matériel moderne que la guerre consomme avec une incroyable rapidité. La sous-estimation par la Wehrmacht, ses services de renseignement, et Hitler lui-même du potentiel de guerre soviétique, tant au plan des effectifs, des matériels, que des capacités industrielles a été confirmée depuis[48]. Seul à l’époque Guderian exception à l’optimisme général.

Staro cependant, qui a suivi pendant toute l’entre-deux-guerres à travers la littérature spécialisée l’évolu­tion des affaires militaires en Russie, insiste au contraire sur la transformation de l’armée russe depuis 1934, en particulier à travers la motorisation fortement poussée, et la construction de milliers de chars et d’avions servis par un personnel d’élite. Il cite également les premières expériences d’emploi des troupes parachutistes, effective­ment réalisées par les Russes au début des années trente, base de la tactique de l’“enveloppement vertical” pratiquée avec succès par les Allemands en Hollande, en Belgique et en Crête notamment.

Modernité des conceptions opération­nelles soviétiques

L’idée même de guerre motorisée telle qu’appliquée par les Allemands trouve d’ailleurs, selon Staro, son origine dans l’idée russe de la concentration de forces de cavalerie pour forcer un front linéaire : elle avait été mise en œuvre en 1920 par Budienny qui enfonça le front polonais en massant toute sa cavalerie dans un seul secteur, puis continua sa charge, entraînant la retraite polonaise jusqu’à Varsovie (une simple manœuvre tacti­que obtenait un résultat stratégique[49]). En outre, contrairement aux soldats français déstabilisés sur la Meuse par les attaques aériennes et l’irruption des chars les 13 et 14 mai 1940, les soldats russes ont été préparés au choc nerveux de la guerre moderne :

Les Russes savent lire et écrire, ils ont été entraînés aux sports, on leur a appris à tirer, à se jeter en parachute. Corps, esprit, nerfs ont été préparés à la guerre moderne (…) La guerre aérienne, si effrayante au premier abord pour ceux qui n’en ont pas l’expérience, n’a pas pour l’Armée rouge le même caractère de révélation terrifiante que pour l’armée française. Les Russes ont résisté nerveusement au premier choc[50].

On sait aujourd’hui que la modernisation de l’Armée rouge après la Guerre Civile avait été confiée par Staline à Toukhatchevski, qui en avait fait un des outils militaires les plus modernes de l’époque en 1937[51]. L’expérience décisive de la guerre civile et de la guerre en Pologne avait convaincu les théoriciens militaires de l’Armée rouge de la supériorité de l’offensive sur la défensive. Le concept de “bataille dans la profondeur” s’imposait alors, par opposition avec la bataille linéaire dont les opérations sur le front occidental avait donné l’exemple pendant quatre ans[52]. Dès 1932 des brigades mécanisées avait été créées pour apporter aux unités d’infanterie appui et sur­tout capacité de manœuvre. En 1936 des corps mécanisés étaient mis en place pour réaliser, au niveau d’un front d’armées, la percée tactique et l’exploitation dans la profondeur.

À l’orée du conflit les forces blindées soviétiques étaient donc très nombreuses, bien que les machines fussent vieillissantes. Toutefois, l’État-Major avait été profondément désorganisé par les purges de 1937-1938, dont Staro ne souffle mot[53]. La terreur avait été respon­sable de l’élimination d’une bonne partie des cadres les mieux entraînés et les plus capables[54]. En outre et paradoxalement, les expériences de la guerre d’Espagne et de la guerre de Finlande furent jugées décevantes par le Haut-Commandement : aussi avait-il entrepris fin 1939 de démanteler les grands corps mécanisés au profit d’unités plus petites. Il fallut l’exemple allemand en Pologne et en France pour le convaincre de l’efficacité de ses idées d’origine, reprises par la Werhmarcht, et le pousser à reconstituer, à la hâte et dans de mauvaises conditions, 29 corps mécanisés à partir de la seconde moitié de 1940[55]. L’Armée rouge est donc en pleine restructuration au moment de l’attaque allemande.

L’intuition de Staro concernant la modernité des conceptions opérationnelles soviétiques est malgré tout exacte. Ce sont surtout les méthodes défensives prati­quées par les Soviétiques qui frappent l’observateur de la France Libre. Entre les deux formes extrêmes de stratégie possible - défense aux frontières, qui s’était révélée catastrophique dans les cas précédents, ou bien retraite systématique et contre-offensive ultérieure – les Russes semblent avoir choisi une solution intermédiaire, celle d’une défense en profondeur reposant sur des lignes fortifiées, des destructions, des contre-offensives par­tielles. En bref, le type même de “défense dynamique” dont notre analyste avait stigmatisé la carence dans la stratégie opérationnelle française.

Principes tactiques de la “défense dyna­mique” : armements modernes, défense en profondeur et “bataille des poches”

Effectivement, on sait aujourd’hui que les Sovié­tiques avaient conçu et expérimenté dans les années trente l’utilisation des corps mécanisés comme outil de contre-attaque contre les pénétrations ennemies, l’échelonnement des défenses dans la profondeur avec de fortes défenses anti-chars (concept de “régions anti-chars”), la généralisation des armements anti-chars avec dotation, au moins en théorie, jusqu’au niveau du régiment[56]. Plus généralement, les Soviétiques, du fait de leur expérience de la Grande Guerre et de la Guerre civile, croyaient dans le concept de régions fortifiées (sur les axes défensifs jugés fondamentaux), plutôt que de ceinture fortifiée ininterrompue[57].

En termes d’analyse opérationnelle, le grand mérite, selon notre chroniqueur, de l’Etat-major russe est d’avoir reconnu qu’entre les engins blindés et la masse de l’armée existe un secteur de moindre résistance. Sur ces secteurs ont été dirigés les attaques et ainsi a été inhibé le développement de la tactique ordinaire des Allemands, appliquée ici sous forme d’une triple percée blindée créant des enveloppant partiels (poche de Bialystock notamment). Au mois d’août il est clair que le Blitzkrieg a échoué, l’objectif stratégique soviétique étant de retarder la décision assez longtemps jusqu’à l’automne pour que l’offensive allemande s’épuise.

Cette méthode explique l’importance des troupes massées aux frontières devant résister entre les colonnes blindées et le gros de l’armée, mais elle est possible uniquement grâce aux armements modernes (blindés, avions d’attaque au sol), aux conceptions théoriques nouvelles et à l’entraînement. Toute une bataille s’est donc développée dans et autour des poches : résis­tance des unités blindées dans la poche, injec­tion de forces fraîches par le Commandement, poussée extérieures sur le cercle d’enveloppe­ment par attaques de flanc contre les divisions blindées et contre-attaques blindées contre les troupes d’infanterie.

À nouveau l’analyse de La France Libre coïncide entièrement avec celle de Liddell Hart qui étudie les événements quasi au jour le jour dans les colonnes du Daily Mail[58]. Au vu des premières semaines d’engage­ment, pour Staro comme pour le théoricien anglais, beau­coup dépend avant l’hiver des réserves en forces blindées de l’Armée rouge. Comme on sait, ces réserves se révé­leront bien supérieures aux estimations allemandes.

Quoi qu’il en soit, la tournure prise désormais par le conflit nous éloigne de la “pure problé­matique” du Blitzkrieg et du contre-Blitzkrieg :

La phase des victoires-éclair est passée. Aussi longtemps que les Allemands avaient le mono­pole des armes et des méthodes modernes, aussi longtemps qu’ils furent les seuls à posséder l’art de la stratégie et de la tactique motorisées, ils remportèrent des victoires éclatantes et faciles. Depuis que les adversaires de l’Allemagne disposent, eux aussi, en quantités suffisantes, des moyens de combat mécaniques, depuis que les états-majors alliés ont appris l’art nouveau des batailles, les possibilités de victoires-éclairs n’existent plus[59].

Un Mische partage cette analyse, estimant certain, à la fin de 1941, qu’on ne peut plus attendre de la machine de guerre moderne des “succès aussi spectacu­laires qu’au cours des premières campagnes”. Car, de même que tout poison a son antidote, “la guerre-éclair a rencontré l’arme qui la neutralise dans la tactique défensive adaptée aux procédés d’attaque[60].

À la place, bien qu’on évolue vers une longue phase d’usure auquel par sa tactique comme sa stratégie générale le Reich cherchait par dessus tout à échapper, les opérations prennent désor­mais une figure inédite combinant le mou­vement, la bataille profonde, les traditionnels assauts d’infanterie, la guerre des partisans :

Cette intervention de la guérilla, ajoutée à la tactique des unités motorisées, achève de don­ner à la bataille de Russie un visage sans précé­dent dans l’histoire. Sur plusieurs centaines de kilomètres en profondeur, on se bat. En avant, les divisions blindées manœuvrent sur les rou­tes principales, pour rattraper et envelopper les troupes russes en retraite ; plus à l’ouest les divisions allemandes ordinaires s’efforcent de briser la résistance des zones dont les défen­seurs, qu’ils soient ou non enveloppés, conti­nuent la lutte ; en arrière, des détachements allemands se heurtent à des îlots de résistance tenus par des éléments détachés ; enfin, la gué­rilla constitue un quatrième échelon qui se prolonge loin dans les arrières de l’armée allemande[61].

La nature des opérations militaires a été profondé­ment renouvelée, mais la page ouverte par le Blitzkrieg est tournée.

Conclusion

Après l’ankylose des années trente, la pensée mili­taire française a connu pendant le second conflit mondial un réveil spectaculaire sous l’effet de deux grands chocs : la défaite d’une part, d’autre part le spectacle de la puissance militaire américaine à partir de la fin 1942. Nous avons tâché de lever le voile sur le premier pan, ces deux années qui séparent le désastre de la campagne de France de la liquidation de l’armée d’Armistice. Tirant la leçon écrasante des faits, la pensée française rompt résolument les chaînes du conformisme intellectuel et se tourne, avec une passion angoissée, vers le modernisme militaire. Cet épisode prélude à l’âge d’or des années 1945-1965.

À cet égard La France Libre joue le rôle de creuset : deux des plus grandes figures du débat stratégique national de l’après-guerre, qui incarneront deux partis opposés au sujet de notre stratégie nucléaire, Raymond Aron et Pierre-Marie Gallois, s’y forment à la même école. Staro, stratège méconnu, auteur de leur initiation, fait en quelque sorte la passerelle entre la pensée militaire allemande, imprégnée de Clausewitz, et la pensée militaire française, à travers Aron et Gallois. Camille Rougeron, autre grand protagoniste, rejoint l’équipe en 1943.

Le premier grand débat, cœur de cet article, fut l’étude de la défaite et des méthodes de guerre de l’Allemagne. La convergence d’analyse des protagonistes, séparés pourtant par la Manche et le comportement face à l’Armistice, est frappante : oui, les méthodes de guerre allemandes, qui se traduisent par une stupéfiante succession de campagnes-éclairs, représentent bien une révolution de l’art militaire qui renvoie au passé l’expérience de 1914-1918 ; non, l’armée française n’avait pas su s’y adapter, prisonnière de concepts défensifs périmés : l’armée soviétique, en faisant la démonstration d’une défense dynamique d’un nouveau type, clôt un débat qui avait commencé avant guerre, et s’était manifesté au sein même de l’armée allemande.

Ces vues contemporaines certes étaient basées sur des informations très incomplètes, par la nature des choses. Emanant d’analystes militaires de premier ordre, elles devraient cependant amener, nous semble-t-il, à relativiser les tendances actuelles de l’historiographie à minimiser l’impréparation militaire française comme la notion de Blitzkrieg. Qu’Hitler ait conçu délibérément le Blitzkrieg en tant qu’outil de conquête relève peut-être bien, en effet, de la légende. Mais une “campagne-éclair” a bien eu lieu en France entre le 10 mai et le 22 juin 1940. Elle fut rendue possible par de nouvelles méthodes tactico-opératives (largement mises au point par Guderian), finalement exploitées au niveau stratégique (plan Manstein) en dépit du scepticisme d’une grande partie du Haut-Commandement. Du côté français les failles du plan stratégique ont aggravé l’infériorité des méthodes de combat et transformé la défaite en déroute. Chance et malchance ont certes joué leur rôle de part et d’autre, comme dans tous les grands épisodes histori­ques : mais la chance se provoque et, comme on sait, ne sourit qu’à ceux qui se donnent les moyens de la saisir au passage.

Au débat sur un épisode de l’Histoire militaire vieux de 63 ans fait écho, à ce qu’il nous semble, les controverses récentes au sujet de la théorie – et de la pratique – américaines de la “révolution dans les affaires militaires”. Les partisans d’une approche évolutionniste de la transformation de la guerre, et ceux portés à une vision radicale, se sont opposés au long des années quatre-vingt-dix. Anciens et Modernes, à nouveau, en quelque sorte. Les faits – une succession remarquable de campagnes ultra-rapides, sur des théâtres variés (golfe Persique, Afghanistan, Balkans) – semblent, sur la durée, ajouter crédit aux thèses des seconds.

 



[1]     Voir, par exemple, pour le côté allié, l’étude de Marie-Catherine et Paul Villatoux, “La guerre psychologique alliée (1940-1945)”, Revue Historique des Armées, 1990, 3, pp. 113-128.

[2]     Voir Ladislas Myzyrowicz, Autopsie d’une défaite, Origines de l’effondrement militaire français de 1940, Paris L’Age d’homme, 1973, 387 p.

[3]     L’excellent ouvrage de Karl-Heinz Frieser, récemment traduit, est emblématique de cette tendance générale : voir Le Mythe du Blitzkrieg, Paris, Belin, 2003, 480 p.

[4]     Phénomène marqué chez les historiens anglo-saxons, voir plus bas.

[5]     Editions Hamish Hamilton, Russel Street, Londres. Nous re­mercions Hervé Coutau-Bégarie de nous avoir donné accès à l’inté­gralité de la collection qu’il possède.

[6]     Mémoires, pp. 168 sqq. Pierre-Marie Gallois apporte de précieux compléments dans son autobigraphie, Le Sablier du Siècle, pp. 144-164. Pour une étude d’ensemble, voir Christian Malis, Raymond Aron et le débat stratégique français, Paris, ISC-CFHM-Économica, 2004, ch. II.

[7]     Ingénieur en chef du génie maritime, Labarthe avait été directeur du Service technique de l’armement au ministère de l’Air de 1936 à 1938, dans le cabinet Pierre Cot. Voir la thèse récemment publiée de Sabine Jansen sur Pierre Cot .

[8]     Voir Ch. Malis, op. cit. ; Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre, de l’appel du 18 juin à la Libération, Gallimard, 1996 ; Jean-Paul et Michèle Cointet, La France à Londres 1940-1943, Paris, Complexe, 1990, pp. 93 sqq.

[9]     Cf. Raymond, Mémoires, pp. 168-172.

[10]    Sabine Jansen, dans sa biographie du leader socialiste, n’en fait cependant pas mention.

[11]    Aron, op. cit., ibid.

[12]    Ensemble regroupé par l’auteur dans un volume de 200 pages sous le titre évocateur de Feu sur le IIIe Reich. Nous remercions vive­ment le général Gallois de nous avoir permis la consultation de ce document de premier ordre.

[13]    Entretien avec Pierre Gallois, 4 décembre 2002.

[14]    Dans “Défaite d’hier, leçons actuelles. Le problème militaire au procès de Riom”, juillet 1942.

[15]    Economiste, ancien condisciple d’Aron à la rue d’Ulm, il devait devenir un membre de l’équipe rapprochée de Jean Monnet au Plan après la guerre. Voir C. Malis, op. cit., chap. III.

[16]    Voir, pendant la guerre, E. Mead Earle, Makers of Strategy, Princeton, N.J., 1943, p. VIII. 

[17]    Père d’Edmond Combaux, ingénieur militaire qui co-écrivit plusieurs articles militaires dans les années cinquante avec F.O. Miksche.

[18]    Londres, Hamish Hamilton pour l’édition française, 300 p.

[19]    Voir J.F.C. Fuller, The Second World War, A Strategic and Tactical History, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1948, p. 79.

[20]    Selon les témoignages concordants de Raymond Aron, Mémoires et de Pierre Gallois, op. cit.

[21]    Cf. Raymond Aron, Mémoires, p. 173.

[22]    “La phase des guerres-éclairs est-elle terminée ?”. L’article paraît sous la signature d’André Labarthe, mais il est repris dans la Guerre des Cinq Continents comme de Staro. On y sent par ailleurs nettement, sur les aspects les plus politiques, la “patte” de Raymond Aron.

[23]    Jugement confirmé par les témoignages d’après-guerre. Cf. par exemple les Mémoires de Guderian.

[24]    Contesté par Liddell Hart.

[25]    Plan décrit dans une étude du général Groener, “De la Meuse à la Seine”, chapitre du livre Le Testament du Comte Schlieffen, Allemagne, 1929.

[26]    “Sur les traces d’Alexandre”, La France Libre, juin 1941. Sur les grandes figures tactiques de l’attaque et de la défense voir J.F.C. Fuller, Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, op. cit., p. 40.

[27]    Hitler, dans son discours au Reichstag du 19 juillet 1940, évo­quant le plan réalisé par ses armées, se garde bien d’y faire allusion et s’attribue tout le mérite de cette ruse stratégique.

[28]    Hitler se montra d’autant plus attentif aux recommandations alternatives de von Manstein que des documents révélant les inten­tions allemandes étaient tombés aux mains des alliés en janvier 1940. Il existe de nombreuses histoires du conflit mondial, parmi lesquelles nous avons utilisé : Henri Michel, La Seconde Guerre Mondiale, Paris, PUF, 1968, 2 vol. ; Philippe Masson, Une Guerre totale, Paris, Tallandier, 1990, 642 p. ; Paul-Marie de la Gorce, 39-45, une guerre inconnue, Paris, Flammarion, 1995, 640 p. Pour l’ana­lyse professionnelle des opérations militaires on consultera de préfé­rence les ouvrages des spécialistes militaires anglo-saxons : Liddell Hart (Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, Paris, Fayard, 1973, 741 p.), et, en dépit de son ancienneté, J.F.C. Fuller, The Second World War, A Strategic and Tactical History, Londres, Eyre and Spottiswoode, 1948, 431 p. Comme on sait, Liddell Hart et Fuller avaient été avant-guerre parmi les principaux “apôtres de la mobi­lité”, selon l’expression du maréchal Carver (voir Field Marshal Lord Carver, The Apostles of Mobility – The Theory and Practise of Armoured Warfare, New York, 1979, 108 p.).

[29]    Liddell Hart, op. cit. p. 78.

[30]    Voir Martin Alexander, “Gamelin et les leçons de la campagne de Pologne”, in Maurice Vaïsse, Mai-Juin 1940 – Défaite française, victoire allemande sous l’œil des historiens étrangers, Paris, Autrement, 2000, pp. 59-74.

[31]    Masse de gauche, portée en Hollande et Belgique : 30 divisions (les plus modernes et les plus aguerries : moyens motorisés, chars, DCA, divisions d’active) ; au centre : 16 divisions, la plupart de 2e ordre ; sur la ligne Maginot : 48 divisions. Voir, entre autres, A. Goutard, 1940, la guerre des occasions perdues, Hachette, 1956, 406 p.

[32]    “La bataille de France”. On sait aujourd’hui que, victime d’une opération allemande de désinformation, Gamelin pensait avoir des raisons de redouter une attaque allemande, ou italo-allemande, par la Suisse. Voir C. Vetsch, “Le rôle de la désinformation dans l’atta­que allemande contre la France en mai 1940”, Relations interna­tionales, 78, été 1994.

[33]    Voir l’excellent résumé de cette grande stratégie dans l’intro­duction de G.H. Soutou à La campagne de 1940, s.dir. Christine Levisse-Touzé, Paris, Tallandier, 2001, pp. 21-37.

[34]    Cité par Aron dans “Bataille des propagandes”, septembre 1942.

[35]    Le 15 octobre 1937, soit moins de deux ans avant la campagne de Pologne, afin de promouvoir les vues des avocats des troupes blindées contre les objections multiples au sein de l’Armée, Guderian avait fait paraître dans la revue officielle des officiers allemands un article intitulé : “L’attaque des chars des points de vue de la mobilité et de la puissance de feu”.

[36]    Percée au centre dans les zones de montagne faiblement défen­dues, analogue à la percée des Ardennes et de la Meuse en France, coupant ainsi en deux les forces adverses, puis mouvement d’enve­loppement par la côte au sud-ouest afin de couper aux forces grecques leurs lignes de retraite.

[37]    Voir, notamment, Lord Carver, op. cit., ainsi que Liddell Hart, Mémoires.

[38]    Les articles rédigés entre avril 1940 et mars 1941 dans le News Chronicle sont rassemblés dans The Current of War, Londres, 1941. Ceux parus dans le Daily Mail entre mars 1941 et janvier 1942 le sont dans This Expanding War, Londres, Londres, Faber and Faber, 1942.

[39]    “Hitler strikes again”, 6 avril 1941.

[40]    “Three moves the Nazis may make”, 12 avril 1941.

[41]    Voir Rémy Brocart, “Ferdinand-Otto Miksche, une carrière en Europe (1922-1955)”, Revue historique des armées, n° 4, 1993, pp. 47-54, et l’article de Hervé Coutau-Bégarie dans le Dictionnaire de stratégie, (Thierry de Montbrial et Jean Klein), Paris, Hachette, 2000, pp. 352-353.

[42]    Blitzkrieg – Etude sur la tactique allemande de 1937 à 1943, 1ère édition 1941, 2e édition Penguin, Harmondsworth, Middlesex, 1943, 207 p.

[43]    Karl-Heinz Frieser souligne à juste titre que ces tactiques étaient déjà en germe dans l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale avec la “tactique des troupes de choc”.

[44]    Op. cit., p. 38. Sur cet exemple on voit quel intérêt il y aurait à faire une étude sur les “leçons militaires” de la guerre d’Espagne aux yeux des diverses armées européennes.

[45]    C’est bien le but stratégique visé par Hitler : voir Philippe Masson, op. cit., pp. 161-162, qui s’appuie sur les carnets du général Halder, et Jan Kershaw, Hitler, 1936-1945, Paris, Flammarion, 2000, p. 462.

[46]    “La campagne de Russie”, juillet 1941.

[47]    La piètre prestation en Finlande avait répandu l’opinion dans les cercles militaires que l’Armée rouge était une mécanique de combat guère plus performante que son ancêtre impérial de 1914. Voir Liddell Hart, “The great gamble”, 24 juin 1941, reproduit dans This Expanding War, op. cit., p. 72.

[48]    Philippe Masson, op. cit., pp. 164-165.

[49]    Septembre 1941, “Les divisions blindées dans la campagne de Russie”. Concernant cet épisode, voir Dominique Venner, Histoire de l’Armée rouge, tome 1, “La Révolution et la guerre civile, 1917-1924”, Paris, Plon, 1981, pp. 230-231.

[50]    Ibid.

[51]    Ibid.

[52]    Voir tout particulièrement Colonel David M. Glantz, The Initial Period of War on the Eastern Front. 22 June – August 1941. Proceedings of the Fourth Art of War Symposium, October 1987, Londres, Frank Cass, 2001, 495 p.

[53]    Probablement par souci de “correction politique” de la rédaction vis-à-vis du tout nouvel allié dont la résistance à l’assaut allemand est d’une importance cruciale pour la suite de la guerre.

[54]    Voir Kenneth Macksey, “Battles in Russia”, in Military Errors of World War II, Londres, Cassell, 1987, pp. 56-57

[55]    Nous laissons de côté la thèse développée par le dissident soviétique Victor Souvorov selon lequel Staline était prêt à lancer au début de juillet 1941 une offensive à l’Ouest (Le Brise-glace, Paris, Olivier Orban, 1989) : vraie ou fausse elle ne modifie pas le style opérationnel nouveau dont les Soviétiques firent preuve face aux forces allemandes.

[56]    David Glantz, op. cit., pp. 11-13.

[57]    Id., p. 45.

[58]    Avec lequel l’écrivain militaire britannique a commencé sa colla­boration en avril 1941. Voir en particulier “Dynamic Defense in Russia”, 31 juillet 1941.

[59]    “La stratégie des routes”, 15 décembre 1941.

[60]    Op. cit., p. 6.

[61]    “Stratégie de la guerre de coalition”, 15 octobre 1941.

 

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