Chine : les leçons militaires de la guerre en Irak

 

Valérie Niquet

 

Selon le quotidien de Hong Kong Wenwei Po, avant même le début des opérations, la RPC avait dépêché de nombreux experts et analys­tes militaires dans les pays voisins de l’Irak et mis en place un système renforcé d’observation par satellite. La guerre d’Irak, véritable cas d’école pour Pékin, a donné lieu à un flot considérable de littérature dont le courant n’est pas tari[1]. L’objet de ces observations va de la modi­fication des rapports de force induits ou révélés par la guerre, aux leçons militaires, d’autant plus essentielles pour Pékin qu’ils impliquent les États-Unis, principal rival et adversaire potentiel de la RPC. Le premier élément qui frappe, à la lecture de ce corpus, est d’ail­leurs la fascination pour la puissance militaire améri­caine, qui ressort du caractère minutieux, très détaillé, de ces observations ; comme si les auteurs ne pouvaient se retenir de citer longuement l’ensemble de ces nou­velles armes, quasi magiques, utilisées par les forces américaines pendant les opérations[2].

Le cadre d’analyse : la prééminence du conflit

Ce conflit s’inscrit dans un contexte qui, depuis la fin de la guerre froide, a vu les États-Unis émerger comme l’unique superpuissance ayant à la fois la capa­cité et la volonté de limiter les ambitions chinoises en Asie, notamment sur la question, essentielle pour le pouvoir chinois, de Taiwan. Cette montée en puissance s’est effectuée selon un continuum marqué par un certain nombre de conflits qui tous ont suscité l’attention inquiè­te des stratèges chinois, de la première guerre du Golfe à cette dernière guerre d’Irak en passant par le Kosovo et l’Afghanistan. Pour les analystes chinois, ces conflits constituent en effet les étapes d’une “conquête du monde” qui passe notamment par une main mise renforcée sur le Moyen Orient et le pétrole du Golfe. Ultime exemple, la guerre d’Irak est donc perçue comme une illustration de cette “strike first policy” définie par les analystes chinois comme devant permettre à Washington de “dominer le monde[3], mais elle ne constitue pas une rupture dans l’évolution des rapports de force internationaux depuis la fin de la guerre froide. Au niveau militaire, elle s’inscrit également dans le cadre des “guerre locales de haute technologie” dont la guerre du Golfe avait été le premier exemple[4].

Cependant, et c’est ce qui inquiète Pékin, la guerre d’Irak a confirmé l’absolue supériorité des États-Unis – y compris dans leur capacité à agir seul – et donc, a contrario, les limites irréductibles des capacités diploma­tiques et militaires de la République populaire de Chine.

Comme le souligne un commentateur sur un ton d’admiration mal dissimulé : “[Ce sont] les États-Unis [qui] mènent toutes les évolutions militaires depuis la guerre du Golfe[5] et qui maîtrisent ainsi, contrairement aux préceptes enseignés par Sun Zi, les rythmes d’évolu­tion et le choix des priorités[6].

Il s’agit donc pour Pékin – dans un contexte de très grand déséquilibre – de tirer les leçons de cette nouvelle guerre d’Irak pour préparer un possible conflit futur avec les États-Unis : “d’étudier cette guerre afin de saisir correctement les développements actuels et futurs de la RMA, d’accélérer les changements militaires en Chine et de se préparer au combat[7].

Le cadre d’analyse pour Pékin demeure fondamen­talement conflictuel, en dépit du discours officiel sur l’intégration de la Chine au système mondial. Le régime chinois, idéologiquement fragile, s’inquiète de la vision messianique de l’actuelle administration américaine. Pour les analystes chinois, Washington veut remodeler le monde à son image en procédant à des changements de régime, et dispose des moyens militaires de le faire.

Et ce d’autant plus que, depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine et les attentats du 11 septembre, la RPC a vu ses marges de manœuvre, tant sur Taiwan que sur la prolifération d’armes de destruction massive ou le soutien ouvert aux États voyous, fortement réduites[8]. Une fois de plus, Pékin ne peut donc que déplorer que Washington refuse de “laisser les peuples de chaque pays s’occuper de leurs propres affaires en dehors de toute ingérence [et tente] d’imposer sa propre idéologie ou ses propres valeurs [selon] le rêve de ceux qui s’autoproclament des « sauveurs »[9].

Par ailleurs, alors que la Chine n’est pas “prête”, la guerre d’Irak a démontré une fois de plus, et hors de tout contrôle international contrairement au Kosovo ou à l’Afghanistan, que la guerre était possible et que Pékin ne disposerait peut-être pas du temps nécessaire à une véritable montée en puissance de ses capacités économi­ques et militaires. Cette évolution impose à Pékin de reconsidérer la stratégie mise en œuvre depuis vingt ans qui consistait à gagner du temps afin de construire d’abord le socle de la puissance économique chinoise pour mieux établir ensuite sa puissance militaire et échapper surtout à l’impossible course aux armements qui avait déjà coûté la vie du système soviétique. Face aux États-Unis, Pékin se trouve, en effet, dans une situation bien plus difficile que ne l’était l’ex-URSS.

Si les attentats du 11 septembre avaient rendu un certain espoir aux dirigeants chinois quant à leur inté­gration au “camp du bien” dans la lutte contre le terro­risme, la guerre d’Irak a démontré à leurs yeux que personne n’était à l’abri d’une intervention décidée à Washington selon des critères définis par les seuls États-Unis. Avec la guerre d’Irak ces derniers ont démontré, aux yeux des analystes chinois, qu’ils pouvaient “utiliser la force, procéder à des changements de régime et utiliser les frappes préventives pour répandre au Moyen-Orient une soi-disant démocratie”, renforçant ainsi leurs positions[10].

Plus préoccupant encore pour les analystes chinois, la guerre d’Irak a réaffirmé le caractère incontournable de la puissance militaire dans les relations internatio­nales, confirmant ainsi leur conception “réaliste” de relations internationales fondées exclusivement sur les rapports de force et rendant inévitable “une nouvelle course aux armements”. Pour Pékin, l’Irak a donc démon­tré que “la puissance militaire demeure un instrument vital permettant d’assurer la survie d’une nation et la réalisation de ses objectifs[11] alors qu’elle mettait dans le même temps en évidence, par Irak interposé, les très grandes faiblesses de la Chine face à l’“hyperpuissance” américaine. Les analystes chinois ont ainsi noté précisé­ment, et avec une inquiétude sensible, l’ensemble des lacunes irakiennes, dont le catalogue pourrait être celui des lacunes de la Chine.

Dans ce cadre conflictuel, marqué par un sentiment d’urgence et de vulnérabilité, ce qui frappe dans la littérature militaire chinoise consacrée à la guerre d’Irak, c’est donc la coexistence de deux pôles, celui de la guerre rêvée, qui multiplie les analyses et les références aux aspects les plus modernistes de la RMA, et celui des capacités réelles, beaucoup plus réaliste et pragmatique. Ce sont ces deux pôles qui structurent la réflexion chinoise sur la stratégie contemporaine, sans que les tentatives de réconciliation de ces deux extrêmes soient toujours convaincantes.

L’observation de la guerre d’Irak

La guerre d’Irak et la RMA en action

La guerre d’Irak apparaît donc dans les commen­taires chinois comme un modèle, celui de la guerre “high tech” vers lequel la Chine doit tendre. Plus précisément, franchissant un échelon de plus sur l’échelle de la haute technologie dans la mise en œuvre de la RMA dont les Chinois sont de fervents admirateurs[12], la guerre d’Irak constitue pour eux la mise en œuvre des théories de la guerre de l’information, étape supérieure dans le déve­loppement de la guerre qui irait du contrôle des espaces terrestres, à celui des espaces maritime, aérien, puis spatial, électromagnétique, informatique (cyberspace) psychologique et enfin spirituel – dans le sens de contrôle de l’esprit de l’adversaire – selon une application très “mécaniste” du processus cognitif. Plus concrètement, la première conséquence que les analystes chinois ont tirée de cette analyse réside dans la priorité vitale à accorder aux moyens de contrôle de l’espace et donc de l’infor­mation, qui, reposant sur des réseaux “de satellites, d’AWACS, d’avions espions, de système de brouillage et de drones équipés de senseurs,  a ainsi autorisé, au profit des forces de coalition, une transparence à sens unique[13].

Autre élément de cette guerre de l’information, l’utilisation massive des armes de précision permettant de remporter “un grand succès au moyen d’une petite frappe” et de mettre en œuvre, selon les analystes chinois, la nouvelle doctrine opérationnelle américaine de “Blitzkrieg de précision[14]. Ce mode opérationnel intéres­se d’autant plus les stratèges chinois qu’il rejoint le principe de rapidité et d’économie dans l’offensive prôné par les classiques chinois de l’art militaire.

Toutefois, dans le cas de la guerre d’Irak, l’économie qui repose sur la rapidité des combats n’implique pas une modestie de moyens puisqu’au contraire, les commenta­teurs chinois ont observé avec inquiétude les “attaques aériennes massives” et les “30 000 sorties, 950 missiles de croisière et 20 000 armes de précisions” utilisés pendant la guerre, calculant par ailleurs que “les armes de préci­sions étaient passées de 8 % pendant la guerre du Golfe à 35 % pendant la guerre du Kosovo, 56 % pendant la guerre d’Afghanistan et 68 % pendant la guerre d’Irak[15]. La guerre d’Irak a dénoté ainsi une accélération de la montée en puissance des capacités militaires améri­caines.

Mais la guerre d’Irak a également mis en évidence l’importance plus classique de l’autre dimension de la guerre de l’information, qui est celle de la guerre de pro­pagande destinée à conquérir psychologiquement l’enne­mi et à détruire sa volonté de combattre. Les observa­teurs chinois ont noté l’utilisation par les forces de la coalition de moyens de propagande tels que l’usage des fausses nouvelles ou le largage de tracts destinés à pousser l’ennemi “à se rendre sans combattre[16]. Rejoi­gnant, derrière la modernité hyper-technologique de la RMA en action, une conception classique – et léniniste – de la guerre en Chine, qui prône de s’attaquer à l’esprit de l’ennemi, la guerre d’Irak peut ainsi se réinscrire dans le cadre de la culture stratégique chinoise et l’état de développement réel des capacités militaires de la Chine.

Mais si cette dimension de la guerre de l’informa­tion peut apparaître comme plus accessible aux stratèges chinois, elle ne peut leur faire oublier le contexte de très grand déséquilibre des forces dans lequel s’est déroulée la guerre d’Irak.

Un déséquilibre confirmé

En effet, l’autre constatation effectuée par les commentateurs chinois, et qui fonde les leçons que la Chine en tire en termes d’évolution doctrinale et de choix d’équipement, est la confirmation de la très grande insuf­fisance des capacités conventionnelles de la Chine face aux États-Unis et la constatation que, en dépit des efforts consentis par Pékin pour la modernisation de son outil militaire depuis le premier choc de la guerre du Golfe, face à la puissance américaine, le rattrapage n’a pas eu lieu, au contraire[17].

La guerre d’Irak a, en effet, démontré la capacité des forces américaines à “écraser l’adversaire” et à remporter la victoire dans le temps le plus court en exploitant le très grand déséquilibre des forces entre les deux parties. En ce sens, le modèle de combat des forces américaines fondé sur “un assaut de haute technologie multidimensionnel” constitue aussi une menace pour la République populaire de Chine en cas de confrontation. Un analyste chinois constate en effet que “les forces irakiennes et celles de la coalition appartiennent à deux générations différentes : celle de la guerre mécanisée et celle de la guerre de l’information”, alors qu’un autre analyste reconnaît la faiblesse des fondements technolo­giques de l’APL et affirme que la Chine doit accomplir un “bond en avant technologiquement” afin de passer direc­tement d’un stade de développement “semi mécanisé” au processus conjoint de mécanisation et d’informatisation de ses forces[18].

Au-delà de ce déséquilibre global des forces, les commentateurs chinois ont relevé les points faibles ira­kiens qui sont également ceux de la RPC, notamment en ce qui concerne la défense anti-aérienne et le contrôle du ciel, les lacunes de l’équipement terrestre et celles – particulièrement préoccupantes – de la logistique. Ainsi, dans la presse militaire chinoise, les exercices de défense antiaérienne sont présentés comme une priorité, mais ils ne concernent que l’artillerie antiaérienne dont l’utilité, face aux moyens mis en œuvre par les États-Unis, est à peu près nulle[19]. Les commentateurs chinois ont égale­ment noté l’inefficacité et la vulnérabilité aux systèmes de brouillage des batteries anti-missiles SAM dont l’Irak était équipé, alors que les quelques batteries de SAM 300 acquises auprès des Russes et basées autour des centres de pouvoir pékinois constituent les éléments les plus modernes de la capacité antiaérienne des forces chi­noises[20]. Les analystes chinois ont également noté l’inu­tilité des forces blindées irakiennes, “dont la puissance n’est que nominale et la capacité réelle au moins deux générations en deçà de celle des forces américaines”. Constat qui peut s’appliquer en totalité à la situation chinoise[21].

Autre point noté par Pékin qui a fait l’objet d’obser­vations précises : la capacité des forces de la coalition à maintenir des lignes d’approvisionnement particulière­ment longues. Les capacités logistiques constituent, en effet, l’une des principales lacunes de la RPC, élément pourtant essentiel pour la mise en œuvre de toute opéra­tion intégrée. En dépit des efforts accomplis depuis un peu moins d’une dizaine d’année, pour se doter de capacités logistiques “complètes, multidimensionnelles, rapides et efficaces condition sine qua non de la réussite d’opérations rapides et décisives[22] la Chine s’avère inca­pable de déplacer massivement et efficacement des hom­mes et du matériel en dehors d’exercices exceptionnels, soigneusement préparés et qui n’offrent une apparence de réussite qu’à la suite d’une mobilisation massive des capacités, mais ne représentent pas l’efficacité de fonc­tionnement d’un système dans son ensemble. L’exemple des très grandes difficultés rencontrées par la Chine au mois de décembre 2003 pour acheminer des secours sur les lieux de la catastrophe industrielle qui a eu lieu sur un site gazier de la province du Guangdong – pourtant l’une des plus développées de Chine – et a fait plus de 300 morts, a mis en évidence ces lacunes persistantes.

Dans une posture plus offensive, contre Taiwan par exemple, la guerre d’Irak, qui s’est traduite par une offensive rapide et un effondrement de la volonté de combattre de l’adversaire aboutissant “au moindre coût aux objectifs stratégiques définis par l’État”, constitue également un modèle pour la Chine, mais un modèle aujourd’hui inaccessible si l’on ne tient compte que des capacités conventionnelles de la RPC. En revanche, si la leçon retenue est celle de la nécessité de créer une situation de déséquilibre massif ou de dissymétrie, on peut supposer que la Chine cherchera à mobiliser toute ses capacités “d’impressionner” l’adversaire, y compris les capacités non conventionnelles, les seules aujourd’hui qui fassent la différence avec Taiwan ou permettent de rétablir un semblant d’égalité avec les États-Unis[23].

Les leçons de la guerre d’Irak

De l’observation minutieuse de la guerre d’Irak, les analystes chinois ont donc tiré un certain nombre de constats qui confirment la supériorité militaire massive des États-Unis, supériorité impossible à rattraper et qui doit être contournée par d’autres moyens. Dans ce cadre, la première leçon de la guerre en Irak a été la confir­mation de l’importance vitale de la puissance militaire pour à la fois dissuader et imposer ses objectifs. Pour la Chine les deux éléments, dans l’hypothèse de conflit la plus probable avec Taiwan, sont par ailleurs concomi­tants : il s’agit d’imposer ses objectifs à Taiwan tout en dissuadant une intervention américaine. Ainsi, pour les stratèges chinois, “la guerre d’Irak a fait prendre cons­cience à tous les pays du monde de la nécessité d’accroître leurs investissements militaires afin d’accélérer le développement d’armes de haute technologie[24].

De ce fait, la poursuite et peut-être l’accélération du développement des capacités militaires de la Chine devrait constituer une priorité. Toutefois, ce développe­ment devrait s’effectuer en fonction de choix motivés par la modestie des moyens existants et la coexistence en Chine de plusieurs niveaux d’urgence économique, sociale et politique[25]. Mais la nécessité réaliste des choix adaptés aux capacités côtoie une réflexion doctrinale focalisée sur les derniers développement de la RMA dont la fonction semble être autant de “faire rêver” que de tracer le cadre conceptuel des évolutions futurs des forces armées chinoises.

Vers une armée “super high-tech”

Dans un registre idéal, les analystes chinois de la guerre en Irak ont observé les points forts des forces de coalition pour en tirer des conclusions quant aux objectifs de développement des capacités chinoises, dont le réalisme n’est pas la première caractéristique. Il s’agit plutôt d’un ensemble de considérations qui, selon les stratèges chinois, aurait le mérite de placer la Chine à la pointe d’une réflexion doctrinale permettant d’effectuer les bons choix – pour le futur – en matière de dévelop­pement des capacités militaires et d’acquisition. Ces bons choix doivent s’orienter vers les technologies de l’infor­mation qui font la différence sur le champ de bataille, comme l’a démontré la guerre d’Irak, et ont le mérite de pouvoir bénéficier du dynamisme de la recherche et des applications civiles[26].

La guerre d’Irak a donc confirmé la nécessité pour Pékin de “développer les capacités militaires en mettant l’accent sur les technologies de l’information et leurs applications militaires, notamment en ce qui concerne les centres de commandement, les plates-formes d’informa­tion et le systèmes de combat”. L’objectif étant d’atteindre “un haut niveau d’informatisation des troupes et du matériel, de renforcer l’intégration des forces terrestres, aériennes, maritimes, balistiques et spatiales et de viser à la création de petites unités multifonctionnelles consti­tuées en fonction de missions précises[27].

Mais, au-delà de ces objectifs lointains, des choix plus immédiats et plus réalistes devront être effectués, qui concernent notamment le comblement des lacunes les plus criantes révélées – ou confirmées – par la guerre d’Irak. Les analystes chinois sont parfaitement cons­cients du fait que la situation d’extrême asymétrie qui a caractérisé la guerre d’Irak s’appliquerait également aux rapports de forces conventionnelles entre la Chine et les États-Unis en cas de conflit. Il s’agit donc pour Pékin, dans un délai relativement bref, d’obtenir si ce n’est un renversement, au moins un relatif rééquilibrage de ce rapport de force afin de réduire la vulnérabilité paraly­sante de la RPC.

Les choix incontournables : combler les lacunes

Le thème du “grand bond en avant technologique”, qui permettrait à la Chine de combler les lacunes les plus criantes de ses capacités militaires face à la puissance de feu américaine, en passant d’un état de “semi-mécani­sation” à celui de l’application des technologies de l’infor­mation, revient constamment dans les commentaires suscités par la guerre en Irak[28].

Premier élément, Pékin met l’accent sur le dévelop­pement de ses capacités de défense anti-aériennes, dont l’absence ou l’inefficacité a entraîné une destruction des capacités de défense au sol des forces armées irakiennes et, par voie de conséquence selon Pékin, un effondrement de la volonté de combattre. Cette réflexion sur le dévelop­pement des capacités de défense anti-aérienne n’est pas nouvelle, elle s’est considérablement développée à la suite de la guerre du Kosovo, toutefois, les résultats jusqu’alors en ont été très limités. Mais il est possible que, dans les prolongements de la guerre en Irak, des efforts accrus soient accomplis en la matière, notamment en ce qui concerne les systèmes de défense antimissile auxquels la RPC s’intéresse avec discrétion.

Le deuxième effort portera sur l’autre point faible des forces chinoises, les limites de capacités logistiques, condition sine qua non pour la mise en place de toute opération “intégrée” des forces armées. Mais, là encore, les lacunes à combler sont immenses puisque comme le note un analyste qui constate le “sérieux” de la situation : “l’objectif est d’abandonner les systèmes de transmission par écrit, par téléphone ou par radio[29].

Mais, au-delà du comblement de ces lacunes, l’autre facteur de détermination des choix de développement des capacités chinoises sera leur adéquation avec les straté­gies asymétriques qui apparaissent aux stratèges chinois comme le seul moyen d’imposer les objectifs définis par Pékin. Dans ce cadre, en matière d’équipement, deux choix s’imposent à la Chine, dont l’importance a été confirmée, aux yeux des analystes, par les résultats de la guerre d’Irak. Le premier de ces choix est celui du spatial et l’autre – les deux étant d’ailleurs liés – celui des capacités balistiques et nucléaires pour ne pas parler d’armes de destruction massives. Ces “choix” constituent deux avantages dont l’Irak – tous comptes faits – ne disposait pas. Et la comparaison des situations irakienne et nord-coréenne n’a pu que confirmer Pékin dans cette analyse.

Les choix qui font la différence : guerre spatiale et armes de destruction massive

De l’observation de la guerre d’Irak, les analystes chinois ont tiré la conclusion que la suprématie dans l’espace, ou au moins la capacité d’interdire à l’adversaire cette suprématie, constituait désormais un élément essentiel de la victoire. Comme l’indique un analyste : “il est absolument nécessaire d’occuper une place dans l’espace afin d’obtenir une suprématie au moins partielle, condition indispensable à la victoire sur le champ de bataille[30]. Il s’agit en effet pour les stratèges chinois, et comme le soulignait Sun Zi, de se doter des moyens de conserver une capacité d’initiative que le quasi monopole aujourd’hui exercé en la matière par les États-Unis interdit.

Le développement des capacités spatiales militaires de la Chine – qui ne peuvent évidemment être dissociées du spatial civil – répond donc à plusieurs objectifs priori­taires qui sont ceux de l’observation, des communications et du guidage[31]. Mais conserver l’initiative implique également de se doter des moyens de limiter l’efficacité des armes américaines fondées sur les réseaux d’informa­tion. Le développement des capacités spatiales doit donc permettre à la Chine d’acquérir des moyens de destruc­tion de satellites ou de brouillage permettant de menacer l’adversaire de paralysie en s’attaquant à ses systèmes financiers, de communication ou de télécommunication par exemple[32]. La Chine s’intéresse donc au développe­ment des armes ASAT (antisatellite) afin de contrer la suprématie spatiale d’un adversaire potentiel, en l’occur­rence les États-Unis. C’est dans ce cadre que s’inscrit également l’intérêt de la Chine pour les lasers ou les microsatellites.

Mais le développement des capacités spatiales de la Chine est également lié au renforcement de ses capacités balistiques qui – couplées au nucléaire – constituent le principal, si ce n’est le seul atout de la RPC face à ses voisins mais face également aux États-Unis dans un contexte de guerre asymétrique. Il est clair, en effet, que pour Pékin, en dépit de la réaffirmation permanente du principe de non-usage en premier, l’arme atomique demeure un moyen de dissuasion essentiel, y compris contre des frappes conventionnelles du type de celles qui ont fait céder l’Irak[33]. Comme le souligne un analyste chinois : “Les pays de puissance faible ou moyenne tenteront de toutes les manières d’acquérir des capacités stratégiques anti-cités au moyen d’armes de destruction massive afin d’éviter le sort réserver à l’Irak[34]. Les missiles constituent– en termes de rapport qualité-prix – le moyen le plus efficace d’atteindre les objectifs politico-militaires que la Chine s’est fixé et qui s’inscrivent dans une stratégie coercitive au niveau régional – contre Taiwan notamment – et de dissuasion d’intervention au niveau global. Face à l’énorme différentiel de puissance avec les États-Unis, y compris dans le domaine conven­tionnel, le développement des capacités balisti­ques en matière de portée, de ciblage, de guidage et de pénétra­tion (mirvage) est donc constamment mis en avant comme une priorité majeure, liée au développe­ment des capacités spatiales de la Chine[35].

Mais le développement de ces capacités spatiales et balistiques touche à une autre dimension de la guerre de l’information – dimension qui est loin d’être nouvelle pour la Chine mais qui s’est trouvée réactualisée par la guerre d’Irak – et qui est celle de la guerre psycho­logique[36].

Comment vaincre sans combattre : la guerre psychologique alternative à l’absence de moyens

La terreur

Les capacités balistiques et nucléaires de la Chine font partie de l’arsenal de guerre psychologique de la RPC, destiné dans l’idéal à “remporter la victoire sans combattre”, en maniant notamment l’arme de la terreur qui permet d’annihiler la volonté de combattre de l’adversaire[37]. En la matière, alors que les capacités conventionnelles massivement supérieures des États-Unis leur ont permis d’atteindre à ce résultat, seules les capacités de frappes balistiques ou nucléaires offriraient à la Chine cette même capacité de paralysie.

Le moral

Autre élément de cette guerre psychologique confir­mé par la guerre d’Irak et lié au précédent : l’importance du “moral” et de la volonté de combattre. De nombreux commentateurs chinois insistent sur cet aspect mais – après l’euphorie du début, provoqué par l’apparence de résistance donné par les forces irakiennes – c’est plutôt un sentiment de préoccupation qui est perceptible. Il semble que le déroulement de la guerre d’Irak et notamment l’effondrement très rapide de Bagdad – centre du pouvoir – ait provoqué en Chine une réflexion inquiète sur la stratégie des frappes de décapitation, dirigées contre les “dirigeants, leurs familles et les hauts fonctionnaires” dans un contexte où le pouvoir, comme en Chine, est extrêmement centralisé et où l’élite semble avant tout soucieuse de préserver ses privilèges et son existence[38].

La loyauté

L’effondrement de la résistance après la chute d’un pouvoir dont la légitimité – comme en Chine encore – était pour le moins fragile a également été noté, en liaison avec le fort taux de trahison des officiers supé­rieurs, responsables de la défense des points principaux, alors que là encore la situation chinoise, où la corruption est liée à la nature même du système politique, n’est pas éloignée de la situation irakienne[39]. C’est à cette inquié­tude que l’on peut aussi rattacher les velléités de restruc­turation ou de suppression des grandes régions militaires proposées au mois de juillet 2003 par Hu Jintao, vice-président de la Commission militaire centrale. Il s’agis­sait officiellement de rationaliser le système de comman­dement sur le modèle américain, mais le souci de briser les fiefs de traîtres en puissance pourrait avoir été égale­ment présent, tout particulièrement dans les régions côtières du Sud, là où l’imbrication des intérêts économi­ques taiwanais et des élites chinoises est particulière­ment étroite. La région militaire de Pékin présente un autre cas, la chute rapide de Bagdad, alors que les analystes chinois notent qu’elle aurait été provoquée par la trahison d’un général, ne pouvant qu’inquiéter une élite politique regroupée au cœur de la capitale et dépen­dant pour sa sécurité de la loyauté de sa garde militaire[40].

Toutefois, même dans son aspect négatif, la perti­nence du “facteur moral” dans un contexte de guerre psychologique est souligné et les limites entrevues pous­sent au contraire les commentateurs chinois à insister sur la “préparation morale”. Ainsi, les rapports d’exercice publiés après la guerre d’Irak mentionnent le renforce­ment de “l’entraînement psychologique” d’une unité de la seconde artillerie, insistant sur le rôle de “la sélection des troupes, de l’étude de la pensée de Jiang Zemin sur la défense nationale ainsi que sur le travail des équipes d’officiers, d’instructeurs politiques et de médecins psychologues[41].

En effet, l’une des causes de l’effondrement irakien, selon les analystes chinois, réside également dans l’inca­pacité de Bagdad à évaluer avec réalisme la volonté de combattre des troupes et de résistance de la population[42]. En ce domaine, les analyses chinoises sont également passées par trois phases, d’optimisme excessif dans les premiers jours de la guerre, puis d’ébahissement émer­veillé devant la puissance de feu des États-Unis, “pre­mière puissance militaire dans le monde[43], enfin, depuis la fin de la guerre, de retour à un optimisme relatif fondé sur la revalidation – dans un contexte défensif – des thèses maoïstes de la guerre populaire prolongée.

Le retour de la guerre populaire prolongée

Les analystes chinois ont observé avec intérêt les moyens utilisés par les forces Irakiennes pour “leurrer” l’adversaire, “réduire l’efficacité des armes intelligentes en brouillant les systèmes GPS grâce à la chaleur dégagée par les fossés amplis de pétrole enflammé, ralentir la progression ennemie et rendre l’occupation plus coûteuse en retardant la victoire[44]. Ils ont également noté ce qu’ils décrivent comme la mise en place d’une “stratégie intégrée de résistance” contre les forces adverses combi­nant, selon les principes exposés par Mao Zedong dans ses écrits militaires, l’armée irakienne, la milice et la population dans des opérations de “guérilla anti high-tech” destinées à limiter l’efficacité des armes intelli­gentes[45].

La guerre populaire appliquée à la guerre de l’infor­mation a également fait l’objet de réflexions nombreuses. On prône en Chine le recensement de tout le potentiel civil mobilisable en matière de guerre de l’information, des experts aux entreprises de haute technologie en passant par les instituts de recherche et les équipements, comme élément intégré aux plans de mobilisation. L’objectif étant de “remporter une guerre dans laquelle les capacités technologiques de l’ennemi sont supérieures en exploitant les ressources humaines par la constitution d’unités locales de guerre de l’information apportant un soutien technique sur le champ de bataille, par l’utili­sation de moyens à faible niveau de technologie[46].

Dans la période d’après-guerre, c’est la multipli­cation des attaques de la résistance qui sont notées, et leur capacité à détruire le moral de l’assaillant, ainsi que la paralysie ou l’enlisement des forces américaines “incapables de vaincre la guérilla mise en place par les forces de résistance Irakiennes[47]. Cette redécouverte des théories et des vertus de la guerre populaire face à un ennemi très supérieur est significative à plusieurs titres. Tout d’abord, elle témoigne du fait que la pensée straté­gique chinoise contemporaine ne fonctionne pas par rupture, mais plutôt par accumulation et est constituée de couches dont aucune n’est abandonnée, depuis les classiques de la littérature militaire jusqu’aux derniers développements importés de la RMA[48].

Cette redécouverte témoigne également d’un bascu­lement dans l’évaluation des capacités d’action de la puissance américaine depuis la guerre du golfe. L’inter­vention malheureuse en Somalie avait, un temps, suscité l’optimisme des stratèges chinois devant l’incapacité de combattre des États-Unis, leur “faiblesse morale” expri­mée dans les théories du zéro mort compensant leur très forte supériorité technologique apparue pendant la guerre du Golfe. La guerre du Kosovo avait remis en cause cette analyse en démontrant une capacité de frappe à distance, sans victimes du côté américain, qui rendait à nouveau la guerre possible pour Washington. Capacité confirmée par la guerre d’Afghanistan.

En revanche, la “résistance” irakienne, en réactuali­sant aux yeux des stratèges chinois les principes de la guerre populaire, vient à nouveau relativiser, dans une certaine mesure, l’invincibilité de la puissance améri­caine.

Conclusion

La guerre d’Irak a donc, pour l’essentiel, confirmé un état de fait préoccupant pour Pékin, qui est celui de la très grande supériorité des forces américaines. Au-delà d’une réflexion sans grande portée concrète à court ou moyen terme sur la révolution dans les affaires militaires et la guerre de l’information, il s’agit donc pour la Chine de combler les lacunes les plus pressantes et de déve­lopper les capacités qui lui permettraient de rétablir un certain équilibre dans un contexte conflictuel fortement asymétrique. Mais les leçons de la guerre en Irak pour la Chine ne sont pas toutes militaires.

Face aux difficultés rencontrées et à l’ampleur de la tâche, la priorité demeurera sans doute au gain de temps, tout en ayant recours à l’arsenal des moyens qui permettent de limiter les capacités d’action de l’adver­saire en évitant le combat direct en posture d’infériorité.

Il faudra donc s’attendre à un renforcement des offensives chinoises – notamment en direction de l’Europe – sur le thème du multipolarisme qui constitue essentiellement pour Pékin un instrument de guerre diplomatique. À ce titre, les stratèges chinois espèrent que la montée en puissance de la Chine à tous les niveaux renforcera ses “opportunités de jeu stratégique dans un monde multipolaire[49].

La “guerre diplomatique” fait en effet partie d’une panoplie complète qui va, sans rupture, de la “prise de contrôle de l’esprit de l’adversaire” à la menace d’usage des armes de destruction massive, en passant par la prolifération, panoplie qui correspond à une culture stratégique qui n’établit d’ailleurs pas de frontière nette entre guerre et non guerre[50].

Face à cette stratégie, le monde occidental, façonné par la vision clausewitzienne de la guerre définie par l’usage de la violence, apparaît bien désarmé. Et si, pour Clausewitz, la guerre est une continuation de la politique par d’autres moyens, pour les stratèges chinois, héritiers de Sun Zi et de Lénine, l’inverse est tout aussi vrai. La guerre d’Irak a une nouvelle fois démontré à leurs yeux cette nécessité de faire la guerre sans combattre ; néces­sité qui a par ailleurs le mérite de faire oublier aux adversaires potentiels que, même sans combat, il s’agit bien d’une guerre.

 

[1]       Le Wenwei po est l’édition hongkongaise du quotidien commu­niste Wenhui bao de Shanghai. Les informations qu’il diffuse sont parfois sujettes à caution. Elles ne peuvent toutefois être négligées dans la mesure où elles servent souvent de ballon d’essai au pouvoir en place à Pékin. Wenwei po, 12 avril 2003.

[2]       Les armes “magiques” sont une tradition de la littérature stra­tégique chinoise classique, reposant notamment sur les conceptions “scientifiques” taoïstes répandues dans la société, Valérie Niquet, Les Fondements de la stratégie chinoise, Economica, Paris, 1998 ; Xinhuanet.com. “Irak War, Special Features”.

[3]       C’est une analyse commune à tous les articles publiés sur le sujet. Voir notamment : Chang Long, “Grasp the Trend of New Military Changes, Review and Prospect Frm the Gulf War to the Irak War”, PLA Daily, 28.10.2003, http://english.pladaily.com. cn ; Yang Tiemin, “Impact of Iraki war on World order and China’s response”, SIIS Journal, vol. 10, n° 2, mai 2003, pp. 8-15. Entretien avec Wu Xinbo, Chercheur, Fudan University ; Qin Zonghe, “Impact of the Irak war on International Strategic Studies”, International Strategic Studies, n° 3, juillet 2003, pp. 12-18 ; Lin Huisheng, Yu Zhongliang, “The US Strategic Consqiderations in Starting the Irak War”, idem.

[4]       Li Xuanqing, Chai Yangzhong, Bao Guoyun, “Look at the Swaying Global Military Changes”, I, PLA Daily, 17 juillet 2003.

[5]       Idem.

[6]       Sun Zi, Bing fa, (L’Art de la guerre), traduction et édition criti­que, Valérie Niquet, Economica, Paris, 1988. Sun Zi et les classiques chinois de la stratégie connaissent depuis 10 ans un renouveau d’intérêt et sont très étudiés dans les écoles de guerre de la RPC. Ceci d’autant plus que leur stratégie fondée sur l’économie et l’évite­ment du combat inégal s’adapte parfaitement aux réflexions sur l’asymétrie en vogue aujourd’hui à Pékin.

[7]       Chang Long, art. cit. ; Willy Wo-Lap Lam, CNN, 15 avril 2003.

[8]       Nous pensons notamment aux liens établis par la RPC avec le Pakistan, la Corée du Nord, la Birmanie, le Soudan, la Libye ou l’Iran.

[9]       Zhou Yihuang, “Easy to Gulp, Difficult to Digest”, PLA Daily, 5 novembre 2003. La définition chinoise des néo-conservateurs améri­cains est à ce titre très révélatrice des références idéologiques qui continuent de peser sur les capacités d’analyses de la RPC en dépit de l’ouverture que le pays a connu depuis 20 ans. Reprenant à son compte les termes d’un article du New Stateman, un analyste du SIIS (Shanghai Institute for International Studies) écrit : “les néo-conservateurs sont le produit du mouvement trotskiste américain – majoritairement juif – des années 30 et 40 qui s’est transformé en libéralisme anti-communiste dans les années 50 et 70 et finalement en une droite militariste et impériale inconnue jusqu’alors. Ils appellent leur idéologie « wilsonianism », mais en réalité ce n’est que la théorie trotskyste de la révolution permanente”. Ye Qing, “Irak War, Changing US Middle East Strategy and Post war regional Configuration”, SIIS Journal, vol.  10, n° 2, mai 2003.

[10]     Yang Tiemin, art. cit.

[11]     Qin Zonghe, art. cit.

[12]     Voir à ce propos les ouvrages de Michael Pillsbury et notam­ment China Views of Future Warfare, Washington, National Defense University Press, 1997.

[13]     Chang Long, art. cit. ; Zhou Yi, Zhu Haitao, “Operational Featu­res of the US War on Irak”, International and Strategic Studies, n° 3, 2003, pp. 18-27.

[14]     Li Xuanqing, art. cit., Chen Xinneng, “An Analysis of the features of Irak War”, International and Strategic Studies, n° 3, 2003, pp. 27-36.

[15]     Zhou Yi, Zhu Haitao, art. cit.

[16]     Chen Xinneng, art. cit.

[17]     Toutefois, cela ne signifie pas que la Chine ne constitue pas une menace. Elle constitue une menace pour ses voisins, mais également pour les États-Unis si l’on prend en compte les capacités nucléaires et balistiques couplées au recours, sur lequel nous reviendrons, à la guerre psychologique visant à obtenir une paralysie de l’adversaire sans avoir à combattre.

[18]     Chen Xinneng, art. cit. et Wu Yujin, “Explore Effective Ways to develop Military Armaments”, PLA Daily, 30 septembre 2003.

[19]     Wu Wanxiang, “Air defense in Cities Highlighted in Training”, PLA Daily, 19.05.2003 ; Guo Fangquan, “Air Raid Defense Exercise Under High Tech War Conditions”, PLA Daily, 7 mai 2003.

[20]     Chen Xinneng art. cit et Wenwei po, art. cit.

[21]     Idem.

[22]     Zhang Zhende, “Precision Logistics is the Focus of Military Logistics Change”, PLA Daily, 23 septembre 2003.

[23]     Là encore selon les principes définis par Sun Zi puis repris presque mot pour mot par Mao Zedong dans ses écrits militaires selon lesquels on ne lance une offensive qu’en position de force très supérieure afin d’obtenir une victoire rapide et assurée, ou en d’autres termes afin d’emporter une victoire “gagnée d’avance”.

[24]     Qin Zonghe, art. cit.

[25]     Ces ambitions ont reçu une traduction budgétaire, avec des augmentations sensibles (+ 12,5 % pour 2205). Cela suggère que le pouvoir “civil” se trouve largement en accord avec les analystes militaires dans la définition des priorités.

[26]     Wenwei po, 12 avril 2003.

[27]     Li Xuanqing, art. cit., I, 17 juillet 2003 ; II, 18 juillet 2003.

[28]     Li Xuanqing, art. cit. Cette illusion de pouvoir franchir d’un bond les étapes du développement n’est pas nouvelle en Chine, mais le volontarisme brouillon, inefficace et destructeur du précédent Grand Bond en avant lancé par Mao Zedong à la fin des années 1950 laisse mal augurer de cette nouvelle tentation.

[29]     Idem.

[30]     Chang Long, art. cit. 

[31]     Luan Enjie, directeur du bureau de l’agence spatiale de Chine, in Renmin ribao, avril 2000.

[32]     Hou Huailin, art. cit.

[33]     À la suite de la première guerre du Golfe, les stratèges chinois insistaient déjà sur le fait que l’absence de capacité nucléaire de l’Irak avait causé sa perte. Entretiens, Academy of Military Science, automne 2002.

[34]     Qing Zonghe, art. cit.

[35]     Hou Huailin, “New Development in Asymetric Operational Command”, PLA Daily, 02 juillet 2004.

[36]     Chang Long, art. cit.

[37]     Il s’agit de l’une des maximes de Sun Zi les plus fréquemment citées par les stratèges chinois contemporains qui cherchent ainsi à mettre en avant le caractère essentiellement pacifiste de la puis­sance chinoise.

[38]     Chen Xinneng, art. cit. Ce qui inquiète les analystes chinois c’est également le fait que la garde républicaine, décrite comme une force d’élite, très privilégiée et motivée, se soit effondrée si rapidement. Voir Xinhuanet, 20 mars 2003 pour la description de la garde républicaine.

[39]     En revanche, dans un contexte offensif contre Taiwan, il n’est pas certain qu’une stratégie de “décapitation du pouvoir taiwanais” se traduise aussi facilement par un effondrement de la volonté de résistance de la population.

[40]     Willy Wo Lap-Lam, art. cit. La fronde de 1989 constitue un pré­cédent inquiétant, de même que la tradition chinoise des seigneurs de la guerre et de la vénalité des chefs de guerre chinois. Les propositions de Hu Jintao n’ont semble-t’il pas été acceptées, il faut y voir peut-être le résultat d’une opposition de Jiang Zemin, qui a conservé jusqu’en 2004 le poste de président de la commission mili­taire et qui avait assis son pouvoir, après 1989, sur la restruc­turation des régions militaires qu’il ne souhaite sans doute pas voir remise en cause. Ni d’ailleurs ceux qui en seraient les victimes.

[41]     Feng Jinyun, Zhao Fengyun, “Second Artillery Brigade Enhances Psychological Training”, PLA Daily, 24 novembre 2003.

[42]     Chang Long, art. cit.

[43]     Chen Xinneng, art. cit. Ce dernier mentionnait notamment “les Irakiens de l’étranger qui se précipitent à Bagdad pour soutenir la patrie et rejoindre la résistance contre l’occupation militaire” et Zhou Yihuang, art. cit.

[44]     Chen Xinneng, art. cit.

[45]     Idem.

[46]     Ces moyens ne sont pas précisés, mais la littérature de la ruse et des stratagèmes dans la littérature classique chinoise est abon­dante. Chen Ke, “Thought on People’s war in the Time of Informati­zation”, PLA Daily, 20 novembre 2003.

[47]     Idem, Tian Yuan, “Irak, a hot potato for the US”, PLA Daily, 13 novembre 2003 et Zhou Yihuang, “easy to Gulp, difficult to digest”, PLA Daily, 5 novembre 2003. En revanche, la capture de Saddam Hussein a donné lieux à très peu de commentaires.

[48]     La période de la révolution culturelle a constitué la seule pério­de où la volonté de rupture théorique absolue avec le passé et le monde extérieur s’est manifestée avec force autour du slogan maoïste “du passé faisons table rase”.

[49]     Qin Zonghe, art. cit.

[50]     Selon la maxime de Sun Zi, attaquez-vous aux plans de l’enne­mi, à ses alliances et à ses places fortes seulement en dernier recours. Pour les chinois, la Stratégie ou l’art de la guerre a toujours été global, incluant le militaire mais également le diplomatique, le politique, l’économique et le psychologique.

 

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