La “guerre de partis” au xviie siècle en Europe

 

Sandrine Picaud

Les écrivains militaires comme les historiens se sont souvent trouvés embarrassés, lors­qu’il s’est agi de retracer l’origine des troupes légères et de leur tactique, tactique de guérilla appelée aussi suivant les époques, “petite guerre” ou “guerre de partis”. Quelques-uns se sont essayés à dater l’appari­tion de ces troupes spécialisées : selon Rüstow, les plus anciennes parmi celles qui sont relativement bien con­nues des historiens, seraient les peltastes, fantassins légers d’Iphicrates[1]. Walter Laqueur pense que la pre­mière mention de la tactique de guérilla et de troupes irrégulières dans l’histoire écrite date du xve siècle av. J.-C., quand un roi hittite se plaignit dans un courrier sur papyrus, de ce que les “irréguliers” ennemis n’osaient tomber sur lui que de nuit. Il reconnaît cepen­dant que la “tactique de guérilla” pré-exista sans nul doute à toute trace écrite, et qu’elle fut même antérieure à la guerre régulière[2]. C’est aussi l’avis du major Brandt[3]. La plupart du temps cependant, on admet seu­lement que la petite guerre est “aussi vieille que la guerre[4].

C’est dire que, quand les premiers traités sur l’art de la petite guerre paraissent au xviiie siècle, leurs auteurs n’écrivent pas sur table rase, loin de là. Ils sont les héritiers des théoriciens de l’art de la guerre en général, comme la petite guerre du xviiie siècle fut l’héritière d’une tradition guerrière plus ancienne. Nous voudrions, en étudiant la petite guerre au xviie siècle, éclairer ce qu’elle devint au xviiie siècle, par ce qu’elle avait été au siècle précédent, dans la pensée des écrivains militaires et dans les conflits du temps, avant les changements introduits par la prise en compte, à partir de la fin du xviie siècle, de la petite guerre de cavalerie des hussards hongrois, prise en compte qui donna lieu à la levée de nombreux régiments. S’il est particulièrement intéres­sant d’explorer la place de la petite guerre dans l’art militaire du xviie siècle du point de vue français, au moins pour le volet théorique, c’est parce que ce siècle vit des transformations majeures affecter l’armée, et que la France fut “à la pointe de ces transformations[5].

La place du xviie siècle dans l’historio­graphie de la petite guerre

Il faut avouer que la réflexion sur ce sujet est encore maigre. Les théoriciens de la petite guerre parais­sent être bien placés pour nous informer sur ce qui ressortit à cette tactique dans les époques antérieures. Or, par souci d’efficacité sans doute, parce qu’ils devaient être mania­bles et portatifs, les premiers traités sur le sujet (au xviiie siècle, et parus d’abord en France) ne comportent le plus souvent pas de véritable exposé historique introduc­tif. Ray de Saint-Genies est le seul des théoriciens publiés à proposer à ses lecteurs un développement circonstancié retraçant l’histoire de la “cavalerie légère” en France, expression dont la valeur sémantique s’affadit au fil du temps, et qui méritera une explication plus ample dans une partie ultérieure[6].

Le xixe siècle vit encore la publication de nombreux traités de petite guerre, pendant que l’importance de celle-ci dans la tactique des armées diminuait, au moins pendant l’époque napoléonienne, si l’on en croit D. Davidoff, A. von Boguslawski et K. Hron[7]. Et désormais, ces traités sont issus majoritairement du monde germanique, puisque les Allemands prirent alors la relève de la France dans le domaine de la pensée mili­taire. Cette fois, on y trouve le plus souvent un histo­rique introductif de la petite guerre. Approcher la petite guerre au xviie siècle par ces historiques est intéressant dans la mesure où ils ne sont pas l’objet d’étude principal de leurs auteurs. Ils sont donc courts et ont fait l’objet de choix drastiques. La grande place (proportionnellement au reste) du xviie siècle peut être jugée représentative, au moins de la façon dont la petite guerre de ce temps a marqué les mentalités à travers les siècles. Son impor­tance demande cependant à être confirmée par les apports des historiens. De fait, mon objet ici étant plus une étude de la pensée tactique des théoriciens du xviie siècle au sujet de la guerre de partis, qu’une étude de détail sur le terrain à partir d’une ou de plusieurs campagnes, je me bornerai, pour la périodisation de son utilisation à travers les siècles en général, et au xviie siècle en particulier, à rassembler les jugements des théoriciens et des historiens.

Brandt ne s’attarde un peu que sur la place des troupes légères chez les Grecs et les Romains ; Schels s’étend surtout sur la place de la petite guerre au xviiie siècle et au début du xixe siècle. Mais Decker, Davidoff, Rüstow, Boguslawski, Hron, mettent le xviie siècle en exergue. Pas tout le xviie siècle : le seul conflit auquel ils accordent de l’attention – le seul qui est cité du reste, chez les quatre derniers auteurs – est la guerre de Trente Ans. Rüstow expédie la deuxième moitié du siècle en rappelant seulement le développement de la tactique linéaire concomitante de l’affermissement de la monar­chie absolue, hostile à des formations légères indépen­dantes de la masse de l’armée régulière. Davidoff et Boguslawski commencent même leur exposé par la guerre de Trente Ans, avant de passer aux xviiie et xixe siècles[8]. L’intérêt pour ce conflit, ou du moins la place qu’il tient dans les mentalités quant à la petite guerre, ne s’est pas démenti au xxe siècle. Quand M. Hoched­linger veut rappeler que la petite guerre et les troupes légères ne sont pas des innovations du xviiie siècle, c’est l’exemple des Croates de la guerre de Trente Ans qui lui vient à l’esprit ; simple allusion, parce que là n’est pas le sujet de son ouvrage ; mais allusion significative[9]. W. Laqueur, J. Ellis, H. Münkler[10] accordent aussi une place à la guerre de Trente Ans dans leur réflexion. Ce n’est pas un hasard.

Dans le détail, les mêmes noms reviennent inlassa­blement sous la plume des théoriciens du xixe siècle comme des historiens de la tactique de guérilla. Ce sont des princes protestants ou condottieri à leur service, en particulier pour l’utilisation qu’ils firent de leurs dragons pour la petite guerre : contre l’empereur se battirent ainsi en partisans le comte de Mansfeld, le duc Christian de Brunswick, George, margrave de Baden, Jean, duc de Brandebourg, Bernard de Saxe-Weimar ; ce sont d’autres condottieri, au service de l’empereur du Saint-Empire cette fois, conduisant des Croates, des Hongrois, des Transylvains à leur avant-garde : Wallen­stein au premier chef, mais aussi Jean de Werth, Isolani, Pappenheim, le comte de Tilly. Le roi de Suède Gustave-Adolphe lui-même est retenu au nombre de ces partisans à plusieurs reprises, pour l’utilisation qu’il fit de ses troupes légères, réorganisées en divisions de 500 hom­mes. De cette liste, outre Wallenstein, le plus connu, les partisans de plus grande valeur semblent avoir été Mansfeld, Christian de Brunswick et Jean de Werth. Davidoff (pp. 19-20) et Hron (p. 6) opèrent des rappro­che­ments avec les grands chefs partisans du xviiie siècle au service de l’Autriche. W. Laqueur renchérit à propos de J. de Werth : “The main practitioners of the art of raiding parties were Johann von Werth in the last phase of the Thity Years’War and the Austrian commanders Trenck and Nadasdy with their Croats and Pandurs who caused considerable trouble to Frederick the Great[11].

Curieusement, tous ces auteurs[12] laissent de côté la figure du vicomte de Turenne qui, du côté français, était favorable à la guerre de mouvement et aussi au “style indirect”, et est réputé comme tel dans l’historiographie française récente. Le général F. Gambiez, qui met en lumière cet aspect essentiel de la pratique guerrière du maréchal général, définit le style indirect comme alliant, du point de vue stratégique, l’alternance de concentra­tions et de dispersions des forces ; et du point de vue tactique, des entreprises non contre l’ennemi lui-même, mais contre sa logistique et ses communications[13]. Le style indirect du point de vue stratégique, favorisait la petite guerre du point de vue tactique ; on nuisait à l’ennemi “en détail”. Ainsi, Turenne accordait-il une grande importance aux partis de guerre. Hostile à la guerre de positions, guerre de sièges qui allait prévaloir dans la pensée stratégique française après sa mort, il était aussi circonspect vis-à-vis de la bataille (comme après lui le serait Maurice de Saxe), qu’il n’engageait qu’avec prudence. La prudence était du reste un trait de son caractère ; réfléchi, il apparaissait même secret à ses contemporains, ne dévoilant son plan d’ensemble que par étapes, et n’étant pas soucieux d’être didactique. Au reste, ses écrits théoriques (les Mémoires sur la guerre) ont peu marqué la réflexion militaire, au contraire de ceux de son rival et adversaire Montecuccoli. Homme d’action plus que de plume – mais c’est souvent le cas des grands chefs de guerre, “Turenne apparaît comme le manœuvrier idéal[14] ; c’est-à-dire, expert pour mener des actions combinées dilatoires des forces de son armée, en vue, soit d’éviter la bataille, soit d’amener son ennemi à l’accepter dans de mauvaises conditions ; avec une adap­tation constante aux conditions nouvelles du terrain et aux mouvements de l’adversaire. La dialectique des buts de la manœuvre mise en lumière dans l’historiographie du xixe siècle pouvait trouver des applications successi­ves et non contradictoires[15].

Commentant la campagne de Turenne en Allema­gne en 1643, Clausewitz remarque qu’à cause de la fai­blesse du nombre des avant-postes couvrant les armées de ce temps, les attaques par surprise jouèrent presque toujours un grand rôle[16]. Turenne lui-même, malgré sa prudence, se laissa surprendre plusieurs fois. Le marquis de Feuquière rapporte ainsi que le comte de Monte­cuccoli, commandant les troupes de l’Empereur, réussit à faire enlever un convoi de pain de l’armée française pendant la campagne d’Allemagne de 1673 (en septem­bre) : “Si en l’année 1673, M. de Montecuculli n’avait pas enlevé le convoi de pain qui sortait de Wirtzbourg [Würzbourg] pour l’armée de M. le Maréchal de Turenne, il est certain que ce général ennemi n’auroit pu forcer M. de Turenne à abandonner la Franconie pour aller cher­cher du pain à Philisbourg [Philippsbourg], & qu’ainsi n’osant laisser l’Armée du Roi au milieu de l’Allemagne et à proximité des États héréditaires de l’Em­pereur, sans l’observer de près, il lui auroit été absolu­ment impossible de marcher au bas-Rhin, d’y arriver avant M. de Turenne, & de se joindre aux Hollandois et aux Espagnols[17]. C’est donc toute la campagne d’Allemagne qui en eût été changée, semble-t-il. Feu­quière exagère le rôle de cet enlèvement, peut-être par souci pédagogique. D’abord, l’armée française souf­frit non seulement de l’enlèvement de ce convoi, mais de plusieurs magasins. Et bien d’autres facteurs entrèrent en ligne de compte : l’armée de Montecuccoli était plus nombreuse que celle de Turenne (32 000 hommes, contre quelque 20 000), le généralissime des troupes de l’empe­reur était général d’aussi grande valeur que le maréchal français, sachant comme lui user de marches et de contre-marches ; les Français ne reçurent pas d’abord les renforts réclamés par Turenne ; la population de Franco­nie leur était plutôt hostile ; et l’évêque de Würzbourg, en laissant les troupes de Montecuccoli passer par sa ville (au mépris d’un traité passé avec les Français, selon Feuquière), ne leur permit pas seule­ment de prendre le convoi de pain, mais de se dérober face à l’armée du roi… On voit bien là cependant, comme une conséquence de l’importance vitale de l’approvision­nement des armées, l’impact d’opérations relevant fina­lement de la petite guerre.

Jean Bérenger a montré que les campagnes d’Alle­magne de 1644 à 1648, pendant la guerre de Trente Ans, peuvent être considérées comme le meilleur exemple de la guerre indirecte menée par Turenne ; en particulier la campagne de 1646. Pendant toute sa carrière en réalité, Turenne sut alterner style direct et style indirect, et c’est en ce sens aussi, qu’il fut un manœuvrier idéal[18].

Essai de définition de la “guerre de partis” du xviie siècle

Cette insistance sur les années 1618-1648, dans la littérature sur la tactique de guérilla des xixe et xxe siècles, tient à la fois à l’ampleur que prit alors la guerre de partis, et à un tournant dans la définition que l’on peut en faire. “La guerre de Trente Ans, guerre de bri­gands qui ravagea l’Allemagne et les pays voisins au xviie siècle, offrit en tout état de cause le champ le plus large pour les opérations de petite guerre[19]. Mieux : par moments, c’est toute la guerre elle-même qui se dilua en une petite guerre. Une petite guerre menée désormais “en grand”, c’est aussi l’argument avancé par Boguslaw­ski et Hron pour justifier sa place dans leur présentation historique[20]. Ce changement fut lié d’abord à la croissance continue des armées : c’est à partir de ce conflit, dit Davidoff, que les effectifs devinrent trop nom­breux pour que les armées pussent s’approvisionner sur le terrain, et elles durent avoir recours à des magasins ; les lignes de communication s’allongeant, il devenait difficile de les protéger et une petite guerre active put se développer ; parce que le rôle de la guerre de partisans, au-delà de la prise ponctuelle de postes, est précisément la rupture de la communication des ennemis avec leur base arrière par des moyens indirects, sans affronter l’armée adverse de front… Le changement cependant fut très progressif. Le système de contribu­tions prévalait encore[21]. Ainsi les troupes de partisans, n’ayant pas si souvent le loisir de s’emparer de convois ou de dépôts de vivres, faisaient du butin en mettant le pays traversé en coupe réglée, nuisant souvent plus à la population locale qu’à l’adversaire.

 Rüstow ajoute, pour rendre compte de l’importance de la guerre de partis, des considérations politiques : la relative inorganisation des États monarchiques, encore incapables de régler la pratique de la guerre de manière rationnelle. Il met aussi en lumière le rôle des individus, l’ascension de ces chefs de partis travaillant pour leur propre compte.

La généralisation de l’entreprise militaire explique pour partie les divergences entre la petite guerre du milieu du xviie siècle et son homologue du xviiie siècle. Les princes passaient des contrats avec des entrepre­neurs militaires, des condottieri, qui levaient à leurs frais des armées. Loin d’un quelconque attachement patrio­tique, ces condottieri avaient, dans le meilleur des cas, pour ambition leur gloire personnelle ; souvent cepen­dant, leurs armées étaient pour eux le moyen de s’enri­chir. Leurs hommes leur ayant coûté cher et étant un moyen de gagner de l’argent, les chefs étaient peu enclins à en hasarder la perte dans un engagement général, dont le caractère décisif n’entrait pas non plus dans leurs intérêts. Ils gagnaient plus à harceler l’armée ennemie, et surtout à piller et à dévaster. La petite guerre était mise au service de la grande avec des liens assez lâches ; cette tactique n’était pourtant pas mise, en la circons­tance, au service de motivations idéologiques distinctes de celles du prince comme dans une “guérilla” au sens strict. Il s’agissait ici plutôt d’une petite guerre dont le cadre légal était le prétexte à un enrichissement personnel ; une guerre dont les auteurs pourraient être qualifiés de “capitaines-brigands” souvent[22].

Au-delà de l’énoncé des conditions de l’épanouisse­ment de la petite guerre au xviie siècle, nous sommes entrés ici déjà dans des éléments de définition qui la singularisent par rapport aux autres époques, et qu’il convient de synthétiser : la guerre de partis du milieu du xviie siècle est semblable, dans sa tactique de base, à la petite guerre de tous les temps : reconnaissances, prise de postes, enlèvement de tout ce qui transite par les routes et, d’une manière générale, toutes les entreprises nuisant à l’ennemi par la surprise et par un harcèlement continu en dehors d’un engagement général. Elle se distingue de celle du xvie siècle par son ampleur, liée à l’accroissement des effectifs armés ; elle annonce le xviiie siècle par son rôle dans la rupture des communications de l’adversaire avec sa base d’opérations, surtout à partir du moment où se met en place un système d’approvision­nement en vivres privilégiant les places-relais ; elle se distingue du xviiie siècle parce qu’elle est encore bien imparfaitement mise au service des armées, d’une straté­gie d’ensemble ; elle reste relativement anar­chique ; et à cause de ce manque de contrôle des États à son endroit, elle reste aussi empreinte de violence et de cruauté, dont sa réputation souffrira longtemps au xviiie siècle. La “Parteigänger-Krieg” du xviie siècle reste, le plus souvent, une “Freibeuter-Krieg” (guerre de flibus­tiers) selon Hron, le seul des théoriciens du xixe siècle que nous avons consultés, à brosser un tableau assez clair de l’évolution de la définition de la petite guerre du xve au xixe siècle. “[…] alle Thaten und Feldzüge des Grafen von Manns­feld, die Züge des Herzogs Christian von Braunschweig etc. etc., gehören in die Kategorie des ‘kleinen’ Krieges. Es waren thatreichen Freibeuterzüge, welche mit den Zielen und Mitteln des ‘grossen’ Krieges wenig oder gar nichts gemein hatten. Immerhin ist jedoch ein solcher Freibeu­terkrieg auch noch sehr vers­chieden von dem, was man in der Kriegs­wissenschaft unter ‘kleinem Kriege’ eigentlich versteht[23]. La canalisa­tion et la limitation de la guerre dans son ensemble, et de la petite guerre en particulier, au xviiie siècle, serait, entre autres, une réaction à ces excès de la guerre de Trente Ans[24]. Toutefois, à la petite guerre, une certaine indépendance perdura.

Ces définitions sont reconstruites a posteriori, par des théoriciens et des historiens. Au xviie siècle lui-même, les écrivains militaires avaient-ils une vision claire de ce qu’était la petite guerre, et en trouve-t-on la trace dans leurs traités ? À part deux exceptions (celle d’Antoine de Ville et celle d’un traité resté manuscrit et aujourd’hui disparu, écrit par Folard), le xviie siècle ne connut pas de traité théorique sur l’art de la petite guerre. Cette tactique est nommée alors “guerre de partis” dans les écrits sur l’art de la guerre ; Le “parti” étant un détachement d’effectif réduit, auquel étaient assignées des missions de reconnaissance ou de harcèle­ment de l’ennemi. L’expression de “petite guerre”, utilisée au xviiie siècle, se rencontre déjà pourtant dans des sources de la fin du xvie siècle, notamment dans le récit des guerres de religion en Bretagne fait par le chanoine Moreau. Le sens en est indubitablement le même que celui des sources du xviiie siècle[25]. À notre connaissance, l’expression n’apparaît pas dans les traités du xviie siècle sur l’art de la guerre. Cette éclipse d’un siècle est curieuse. Tout se passe comme si la nation française, traumatisée dans sa conscience collective par la série de guerres civiles que furent les guerres de religion, “oublia” pendant un temps l’expression qui avait servi à désigner cette tactique de “coups d’épingle”, qui avait fait l’essen­tiel des combats de ce temps funeste.

Le seul traité de petite guerre publié au xviie siècle est celui d’Antoine de Ville[26]. Il est inclus dans l’un des deux ouvrages majeurs de cet ingénieur militaire, De la charge des gouverneurs des places[27]. De Ville combattit sur divers théâtres d’opération européens. Il était présent aux campagnes menées par Louis XIII contre les protestants dans le sud-ouest de la France. Il fut aussi un temps au service des Provinces-Unies, puis de la république de Venise, avant de revenir en France. Riche­lieu l’envoya alors travailler dans les places frontières du nord de la France ; De Ville fut témoin des sièges entre­pris contre les Espagnols. Il laissa une relation de celui d’Hesdin, la même année que la parution de son Gouver­neur. Homme de terrain, il acquit ainsi une expérience militaire solide et put commenter par exemple, dans le même Gouverneur, la façon de combattre des Croates impériaux et la façon de les contrer[28] ; expérience riche d’enseignements dans la perspective de la petite guerre. Homme méthodique, annonçant l’esprit scientifique du xviiie siècle, il était convaincu que la guerre doit être préparée minutieusement dans tous les domaines, et c’est aussi avec cette arrière-pensée qu’il faut lire les conseils donnés dans son traité de petite guerre. Homme réaliste, il avait des intuitions que l’on retrouvera déve­loppées plus d’un siècle après lui dans des traités d’art de la petite guerre (et encore, pas les premiers) ; mais il était conscient de leurs limites d’application en fonction de l’avancement des techniques de son temps (par exem­ple pour l’emploi de l’artillerie à la petite guerre).

Son jugement devait être pénétrant en matière de fortification, même si l’Histoire depuis l’a plutôt éclipsé au profit du grand ingénieur de Louis XIV, le maréchal de Vauban, puisque ses deux ouvrages principaux étaient encore étudiés dans l’armée française à la veille de la guerre de 1870[29]. De même, pour notre sujet, son traité de petite guerre fut traduit encore au milieu du xviiie siècle, et sans le reste de l’ouvrage, ce qui témoigne de la portée de ses conseils et de l’estime où on le tenait jusqu’au-delà des frontières de la France[30]. La petite guerre pratiquée pendant la guerre de Trente Ans trouve donc déjà un condensé théorique. C’est un traité assez bref (pp. 276-291 du Gouverneur), “d’une brièveté serrée” (notre traduction ne peut qu’être ici maladroite), dit W. Hahlweg[31] ; l’essentiel est dit cependant sur les buts et les moyens, dans la perception que l’on a au xviie siècle de la petite guerre ; et dans ce qui est du domaine de spécialité de De Ville, les places fortes.

Parce que son ouvrage entend cerner ce qui est de la responsabilité du gouverneur d’une place, De Ville n’envisage que les partis sortis des places. Ils étaient aussi selon lui les plus fréquents. On sait que des partis pouvaient être détachés également de l’armée, mais du point de vue des buts assignés à ces détachements et aux moyens d’action, il n’y avait pas de différence : on trouvait dans les deux cas des partis défensifs, visant à une simple reconnaissance, et des partis offensifs, en­voyés pour attaquer l’ennemi en vue d’un gain particu­lier (faire des “courses”, p. 277). En allant en parti en effet, “on s’occupe aux moyens de donner quelque incom­modité à l’ennemy, et en retirer quelque avantage” (p. 276) ; ces opérations ont un caractère secondaire à la guerre ; on les met en œuvre l’hiver, quand les troupes sont en quartier, “et lors qu’on n’a à faire autre chose” (ibid.). Chacun était censé savoir ce qu’était un parti ; De Ville ne le dit pas. L’appellation restait fluctuante ; De Ville dit “celui qui conduit ‘la partie’” (par exemple, p. 279, pp. 288-289). Il ne parle pas de “guerre de partis” mais de “faire” des parties (pp. 280, 283, passim). Plus connue de nous est l’expression toute simple “aller à la guerre”, significative de la fréquence quotidienne de la petite guerre dans une campagne : le chef ayant décidé d’aller en parti devait assembler les capitaines qu’il avait choisis pour l’accompagner, “et leur dira qu’il veut aller à la guerre, et qu’ils advertissent leurs camarades, ce qu’ils feront sans sonner trompette ni sourdine” (p. 279).

Quoique les Mémoires de Montecuccoli soient d’un contenu beaucoup plus large que la petit guerre, ils comprennent un chapitre qui, sous le titre : “Des combats particuliers”, nous présente bien en effet un panorama des différentes missions qui en relèvent, voire des élé­ments d’une définition globale, expression d’une réflexion en marche dès le xviie siècle. Les combats particuliers “consistent en escarmouches, en surprises, à forcer ou à défendre des retranchements, des passages, des rivières, en rencontres imprévues et en retraites[32]. Un peu plus loin, il précise que les escarmouches peuvent avoir, entre autres, pour but de reconnaître un poste, ou de faire des prisonniers et prendre langue. Tout cela aurait besoin d’être classé plus rigoureuse­ment, d’autant que l’auteur ne parle des embuscades que plus loin encore dans le chapitre. Mais l’essentiel y est : importance de la recon­naissance, du renseignement ; les incontournables sur­prises de postes et embuscades, les rencontres impré­vues. La définition nous semble meil­leure, quoique res­treinte à la cavalerie légère, dans la partie sur la guerre contre le Turc : “La cavalerie légère sert à faire des cour­ses, à escorter, à prendre langue, à ruiner le pays de l’ennemi, à harceler son armée, à la tenir toujours sous les armes, et à le charger dès qu’il plie […]”. Elle a la même vocation que les soldats d’Ambio­rix : “c’est-à-dire, de charger l’ennemi quand il fuit, et de fuir quand il tourne le visage[33].

La tactique, vue par les théoriciens du xviie siècle : exemples et remarques

Si la perception globale de ce qu’est la petite guerre au milieu du xviie siècle se trouve synthétisée seulement explicitement chez Antoine de Ville et chez Montecuc­coli, le détail de la tactique des surprises de postes, des em­buscades, etc., est aussi présent dans plusieurs traités d’art de la guerre, ce qui permet une étude comparative des contenus, voire des évolutions au long du siècle.

Les Mémoires de Montecuccoli sont incontourna­bles[34]. Montecuccoli sut allier, ce qui n’est pas si fréquent, une brillante carrière militaire et une œuvre de théoricien remarquée, fruit de son expérience sur de nombreux théâtres d’opérations. Issu d’une vieille famille de Modène, le comte de Montecuccoli devint en effet généralissime des troupes de l’empereur autrichien. Il fit toutes les campagnes de la guerre de Trente Ans et fut le grand rival de Turenne, qu’il combattit encore pendant la guerre de Hollande. Comme lui, il fondait sa stratégie sur la manœuvre. “Ses ennemis l’accusaient de n’être pas entreprenant, et ils l’appelloient le temporisa­teur : Mais il étoit si éloigné de se deffendre de ce reproche, qu’il fit toute sa vie gloire d’imiter Fabius Maxi­mus, à qui les Romains donnèrent un nom semblable”. Le choix du style indirect fut celui de sa dernière campagne contre Turenne : “En 1675, Mr de Montecuculi revint sur le Rhin pour s’opposer à Mr de Turenne. Comme il connaissait la valeur des Français et l’expérience de leur général, il ne chercha qu’à éviter le combat […]”[35]. Montecuccoli a aussi pour nous l’avantage d’avoir commandé l’armée impé­riale entre 1661 et 1664, pendant la guerre contre les Turcs. Il fut à même de voir la guerre pratiquée par les Hongrois et par les Otto­mans ; style de guerre qui impressionna visiblement notre auteur, puisque deux des trois livres de ses Mémoires y ont rapport.

Nous avons retenu aussi, parus plus tôt dans le siècle, Le Parfaict capitaine du duc de Rohan[36], ainsi que les deux ouvrages principaux, déjà mentionnés, du chevalier Antoine de Ville. Leurs auteurs ont vécu aussi la guerre de Trente Ans de triste mémoire, mais dont il faut bien étudier l’impact dans les traités d’art militaire, puisque c’est elle que l’on retient quand on parle de petite guerre pour le xviie siècle. D’un genre différent l’un et l’autre, les ouvrages de Rohan et de De Ville faisaient partie de la littérature militaire qui était lue et appréciée au xviiie siècle (comme les Mémoires de Montecuccoli), et surtout, fait significatif pour notre objet, on les trouve cités dans des ouvrages qui enten­dent traiter de petite guerre. Ainsi, Rohan est cité par le comte de Beausobre aux côtés de Montecuccoli, Folard et quelques autres, dans ce qui est à considérer comme le premier traité de petite guerre écrit au xviiie siècle (et resté manuscrit). Évidemment, voulant mettre en valeur sa propre produc­tion, Beausobre reconnaît les mérites de ses prédé­cesseurs théoriciens, mais force le trait en disant n’y rien trouver pour son métier propre (qui est alors de mener les opérations d’un régiment de hussards, pour les offi­ciers duquel il écrit) ; parce que tous ces bons traités ont été écrits pour des généraux, dit-il, non pour des capi­taines[37]… Le marquis de Santa-Cruz de Marze­nado, qui est souvent cité dans l’Encyclopédie, se réfère encore à plusieurs reprises aux conseils d’Antoine de Ville donnés dans le Gouverneur, pour les attaques de postes[38] !

Mais d’autres traités, tombés aujourd’hui un peu dans l’oubli, sont aussi intéressants : les Pratiques et maximes de la guerre…, du chevalier de La Valière (1667)[39], et Les fonctions du capitaine de cavalerie…, du sieur de Birac (1669). Celui-ci apporte un éclairage nou­veau sur la pratique de la guerre de son temps. En une époque où l’infanterie domine désormais souvent dans les armées, il entend montrer le rôle incontournable de la cavalerie ; il insiste, dès la préface, sur le poids de la logistique dans le destin d’une campagne, et sur la façon dont une armée peut être maîtresse de la campagne par des partis de cavalerie enlevant convois et fourrageurs ennemis. Comme le traité de La Valière, celui de Birac connut plusieurs rééditions[40].

Beaucoup plus connu, le marquis de Feuquière clôt, en quelque sorte, la période qui sert de cadre à notre étude. Ses Mémoires furent publiés pour la première fois en 1730, mais l’auteur était mort en 1711 ; il tire une grande part de ses maximes de son expérience des guerres de la fin du xviie siècle. C’est lui, par exemple, qui fut chargé de conduire les détachements affectés à la levée de contributions dans le Palatinat durant l’autom­ne et l’hiver 1688-1689 ; sommes prélevées souvent sous la menace de dévastations, dans une guerre “à la tartare[41]… Son ouvrage revêt une grande importance, du point de vue de la grande comme de la petite guerre[42]. Ses écrits étaient encore jugés comme le “bréviaire des gens de guerre” à l’orée du xixe siècle, par l’éditeur des Mémoires de Lloyd[43].

Santa-Cruz trouve l’occasion de citer aussi le traité de La Valière, dans un de ses chapitres sur les sur­prises[44]. Ce n’est pas un hasard, et c’est l’occasion d’une première remarque. Parmi les missions pouvant être considérées comme relevant de la petite guerre au sein des traités retenus, la place des “surprises” de postes ou de places, est prépondérante, quand elle n’est pas exclu­sive (et c’est aussi le cas dans le petit traité de Turenne, ses Mémoires sur la guerre[45]). Dans le Parfaict capitaine, seul un chapitre sur les espions et les guides peut y avoir rapport aussi, alors que l’ouvrage se veut un traité assez complet sur l’art de la guerre, s’occupant d’intendance (les bagages, les vivres) comme de tactique (marches, batailles, sièges, usage de l’artillerie). Chez La Valière, deux courts chapitres concernent la petite guerre : l’un, sur les surprises de places ; l’autre, sur la surprise d’une armée ou d’un quartier. Le contenu du Traitté des parties de guerre de De Ville et des Mémoires de Monte­cuccoli est plus divers ; ce n’est pas étonnant, quand on se souvient que ce sont aussi les deux ouvrages qui ont la vue la plus synthétique de la petite guerre et permet­tent d’en déga­ger des principes pour le xviie siècle (voir supra). Le traité de Birac est un cas à part. Contraire­ment aux autres, il ne s’adresse pas aux généraux, mais clairement aux officiers subalternes. On n’y trouve donc pas trace de maximes sur l’attaque des places, serait-ce par surprise, cet art supposant des forces qui ne peuvent être mises en mouvement par un capitaine. Cette réserve faite, l’ouvrage se présente comme un véritable traité de petite guerre sans en porter le titre. Qu’on en juge : point de développements sur les ordres de bataille ni sur les sièges ou la façon de s’en défendre ; après une partie sur les qualités et devoirs requis de chacun des officiers, la partie tactique (“Fonctions dans le service pendant la campagne”) ne consiste qu’en conseils pour reconnaître les ennemis, poser une embuscade, de jour comme de nuit, enlever un quartier, etc.[46].

Dire que les Fortifications de De Ville s’occupent exclusivement des surprises de places, pour ce qui est du domaine de la petite guerre, est un truisme. Pour les autres traités en revanche, cela appelle une explication. Elle vaut déjà pour le xviie siècle, comme ensuite pour le xviiie siècle[47]. Tous les auteurs étudiés eurent sous leurs yeux au moins, avant d’écrire leur traité, la guerre de Trente Ans, et plusieurs, les conflits européens posté­rieurs. Nous avons vu que c’est pendant la guerre de Trente Ans que commença à être mis en place le mode de ravitaillement par un réseau de places-magasins ; nous avons vu, déjà pour cette époque, le blocage tactique et le resserrement de l’ennemi par la prises de postes succes­sifs. Aussi, si la guerre des années 1730-1740 est une guerre souvent débridée, de dévastation de la campagne, elle est aussi une guerre de places fortes et de points d’appui. Le point névralgique des armées étant la ligne de communications, il s’agit de rompre celle-ci par la prise de postes, de places (suivant la force du parti, mais l’esprit est le même).

Les principes de base des attaques par surprise (nous prenons l’exemple de l’attaque de poste, puisque c’est celle qui est le plus généralement envisagée) se retrouvent d’un traité à l’autre : l’importance des rensei­gnements sur le terrain de l’action, sur l’ennemi ; de là, le rôle des espions et des guides[48] ; le souci du secret (pour cela, il peut s’avérer nécessaire de mener les soldats successivement par petites troupes séparées jusqu’au lieu que l’on veut attaquer, et sans qu’elles sachent le but final de leur marche, dit Rohan) et la nécessité de la rapidité dans l’action[49] ; le caractère variable des effec­tifs, en fonction de la force de l’ennemi quand on peut la prévoir, et des circonstances[50]. Dans le détail, la fin de la nuit est le moment le meilleur pour l’attaque (Rohan ne le dit pas expressément, mais l’on voit que la troupe arrive de nuit près du lieu à assaillir) ; il faut y être avant le jour, car la nuit protège l’attaque, et le jour venant facilite le ralliement pour la retraite. “Entre la minuit et le jour”, dit La Valière, avec l’argu­ment supplé­mentaire que c’est le moment où la garnison d’un poste est la plus lasse. Les autres théoriciens sont plus précis : une heure ou une demi-heure avant le jour[51]. De façon tout aussi récurrente est préconisé l’emploi du pétard pour les attaques de postes ; il faut en avoir en plus grand nombre que le strict nécessaire, pour le cas où certains ne produiraient pas l’effet attendu (Rohan)[52]. Prévoir ces différents éléments et réaliser l’entreprise avec diligence dans les temps, est la condi­tion de la réussite : “… par le manquement de l’une d’icelles, dit Rohan au début du chapitre, nous voyons toutes les entre­prises se faillir ; soit pour estre prévenu par le jour, ou bien pour estre découvert de trop bonne heure, ou pour manquer de quelque pétard ou eschelle, ou en l’execution pour s’y engendrer du desordre Feu­quière[53]. Souvent, ce sont les entreprises tentées à un grand éloignement de l’armée de l’assaillant qui réussis­sent le mieux, parce que l’ennemi se méfie moins[54]. Enfin, il est évident qu’une surprise de poste ne peut réussir qu’en profitant d’une faille dans sa garde. Si le commandant en est très vigi­lant, c’est quasiment impos­sible. Ces principes d’action, et même des techniques qui paraissent rudimentaires pour le siècle des Lumières, comme le pétard (mais il faut croire qu’elles furent éprouvées) se retrouvent dans les premiers traités de petite guerre au xviiie siècle.

Les théoriciens (excepté A. de Ville) ne définissent pas ce qu’est un pétard, mais la chose est moins évidente pour un lecteur du xxie siècle et demande quelques explications. C’était une espèce de boîte en fonte, dont la forme rappelait celle d’un pot de fleurs renversé. Haut de 10 pouces (environ 27 cm), rempli de poudre et attaché sur un madrier, il devait être posé contre les portes, herses ou pont-levis de châteaux et de villes, que l’on voulait briser. Le chevalier de Ville attribue à cette invention une origine française (Fortifications…, p. 243)[55]. La pose d’un pétard était périlleuse. Il n’était pas rare qu’il y eût des morts en cours d’opération : “Et si le Petardier demande quelque chose, dit Rohan, faut [sic] que celuy qui la porte soit prest à la lui donner, n’estant permis à aucun sur peine de la vie, de quitter le rang où on aura esté mis, que pour porter au Petardier ce qui luy demandera, ou pour se substituer à la place de celuy, qui luy portant quelque chose auroit esté blessé ou tué[56]. Il faut croire néanmoins que la technique était éprouvée, car beaucoup des théoriciens que nous avons consultés la recommandent.

Les principes d’attaque posés, chaque théoricien apporte souvent, du point de vue tactique, une touche personnelle que l’on ne retrouve pas chez les autres : seuls La Valière et Feuquière établissent la distinction entre les places prises avec ou sans “intelligence”, c’est-à-dire des informateurs à la solde des attaquants, présents dans la place même. En fonction de la taille du poste, et donc de la force du détachement à y envoyer, Rohan conseille une progression différente vers le lieu de l’atta­que : “en détail” quand ce sont “des desseins sur places d’importance” et éloignées, nécessitant un gros détache­ment qui pourrait être facilement repéré (on se déplace dans ce cas successivement, en partageant le détache­ment en petites troupes qui empruntent des itinéraires différents et s’arrêtent à des étapes prévues à l’avance) ; une conduite de l’opération “en gros” (c’est-à-dire en maintenant les troupes groupées dans la marche) suffit dans les autres cas. Si l’on veut attaquer un ennemi supérieur en nombre (par exemple, un quartier de 600 cavaliers avec 300 maîtres), Birac conseille pendant l’attaque principale, de partager le reste du détachement en petits corps de quinze à vingt cavaliers, en donnant à chacun un trompette chargé de faire grand bruit pen­dant que ces groupes courent en des attaques secon­daires, donnant à croire à une troupe plus nombreuse et effrayant ainsi les ennemis.

 Plus originale est la proposition du chevalier de Ville d’associer de l’artillerie aux partis de cavalerie et d’infanterie lors d’une attaque de poste, ce que l’on ne retrouve pas dans les autres traités. Il juge qu’“on réussit mieux dans une entreprise quand l’art accompa­gne le nombre d’hommes”. Saluons la modernité de la pensée du chevalier, alors que, dans les premiers traités de petite guerre du xviiie siècle, les théoriciens abordent encore peu le sujet. Mais la portée du Gouverneur est ici limitée par l’avancement des techniques d’armement au xviie siècle. De Ville voulait faire suivre chaque détache­ment de deux pièces de canon de douze ou quinze livres de balle. Il avait beau les prévoir “fort courtes de deux pieds et demy, ou trois pieds, avec un affust fort léger”, il reste que ces pièces sont loin des canons de quatre livres de balle dits “à la suédoise” qui furent utilisés pendant la guerre de Succession d’Autriche un siècle plus tard. Seule une étude de détail des campagnes de la première moitié du xviie siècle pourrait déterminer si les conseils d’Antoine de Ville furent déjà pratiqués à l’occasion[57].

Au xviie siècle, la réflexion sur la guerre de partis est en marche : Birac, dans son chapitre sur l’enlève­ment d’un quartier, parle de “partisans” ; il a bien conscience d’écrire sur la petite guerre. Mais c’est une réflexion qui, à l’orée du xviiie siècle encore, est seule­ment en marche : Feuquière, dans son chapitre sur les partis de guerre, se contente d’envisager ceux qui sont destinés à se rensei­gner sur l’ennemi, pour doubler les informations des espions. Et il réserve à d’autres chapitres ses dévelop­pements sur les escarmouches, les embuscades, les enlè­vements de convois, de bagages, de places, de postes, et surprises de tout poil. Or, toutes ces surprises étaient précisément l’objet de la guerre dite “de partis”. De même, il donne au lecteur un chapitre sur les combats particuliers. Il entend ici des combats n’enga­geant pas l’armée dans son ensemble, et montre ailleurs (chap. sur les escarmouches) comment une simple escar­mouche peut parfois dégénérer en un combat particulier, et celui-ci, en “une affaire générale”. Or nous avons vu que, dans ses Mémoires, sous l’expression de “combats particuliers”, Montecuccoli entendait en fait toutes les missions habi­tuelles de la guerre de partis. Feuquière ne fait aucune­ment référence à ces divergences d’interpré­tation. Les choses ne seront clarifiées que plus tard…[58]

Si la réflexion tactique est en marche, la réflexion morale est très lacunaire, et parfois totalement inexis­tante. Pourtant, la petite guerre du xviie siècle s’accom­pagnait souvent d’exactions de toutes sortes car la disci­pline laissait à désirer. C’est cette mauvaise réputation, à laquelle on associa bien sûr au xviiie siècle les troupes qui en étaient les spécialistes, hussards et troupes légères, qui fut à l’origine en partie, de la rédaction des traités de théoriciens visant à la réhabiliter. Pour le xviie siècle, il est plus difficile de déterminer qui faisait la petite guerre. En réalité, si les sources restent souvent évasives à ce sujet, c’est que les troupes affectées à la petite guerre pouvaient être très diverses, et qu’elles connurent aussi des modifications, d’un bout du siècle à l’autre.

Les zones d’ombre

Le titre adopté pour cette partie peut paraître un jeu de mots bien maladroit, associant deux sujets sans grand rapport entre eux. Les deux problèmes abordés ici ont en fait un fondement commun, l’État moderne abso­lutiste encore en formation, qui d’une part contrôle mal la petite guerre et la laisse dégénérer en dévastation, dans un climat guerrier où toute l’armée elle-même se livrait souvent à des excès à l’encontre des populations civiles. Ces excès étaient favorisés par les difficultés de l’État à gérer convenablement l’entretien et le logement des gens de guerre. D’autre part, l’organisation adminis­trative imparfaite se manifeste dans la diversité des troupes affectées au service de la petite guerre, à l’égal des troupes de l’armée dans son ensemble. L’évolution y est assez sensible sur le siècle, favorisée par les influen­ces étrangères adoptées en France au rythme des contacts armés. Dans ce domaine comme dans celui de la définition de la petite guerre, le travail de l’historien est compliqué par les incertitudes et les imprécisions du langage des contemporains lorsqu’ils parlent par exem­ple de cavalerie “légère”.

Deux ombres majeures sur la pratique de la petite guerre du xviie siècle, donc, sont issues chacune de l’imperfection de la bureaucratie militaire, et de sa volon­té ou de ses efforts de contrôle : une ombre à la réputa­tion de sa tactique, pour son temps et pour la postérité ; une ombre à la claire compréhension de ses liens avec de véritables troupes légères, préoccupation sporadique des théoriciens contemporains et casse-tête des historiens.

La sombre petite guerre : contributions et dévastations

Chacun connaît Simplex Simplicissimus, ce roman réaliste sur fond de guerre de Trente Ans, écrit par Grim­melshausen. Il eut du succès dès sa parution et a marqué l’imagerie allemande. Il nous fait approcher l’horreur des déprédations commises par la soldatesque pendant toutes ces années de guerre, avec les limites qu’impose le roman comme source historique, bien sûr. Mais l’auteur, né en Hesse en 1621 et témoin de la guerre, y mit beau­coup de sa vie, “en la rendant tout à la fois plus épique et plus sordide”, dit Jean Amsler. Or le saccage et les massacres perpétrés par des cuirassiers suédois dans la ferme du père du jeune Allemand Simplex, dès le début du roman, ne sont que le prélude à bien d’autres descriptions du même genre : un jour, c’est un village que Simplex trouve en flammes, “car un parti de reîtres venait de le piller, d’y mettre le feu, de tuer une part des paysans, d’en chasser un grand nombre et de faire quel­ques prisonniers…” ; le lendemain, c’est Simplicius lui-même qui se voit “environné de 40 à 50 mousquetaires ; ceux-ci, quoiqu’ils s’étonnassent de l’étrangeté de ma personne, saccagèrent pourtant ma cabane, cherchant ce qui y était introuvable, car je n’y avais que des livres…” ; beaucoup plus tard, Simplex lui-même est fait prisonnier par un “parti de Croates”, ceux-ci “raflant en chemin ce qu’ils pouvaient emporter”, en allant vers l’abbaye de Fulda…[59]

Ces excès, auxquels répondaient ceux des paysans ulcérés, étaient le fait de déserteurs et pillards. Ralf Kroener a montré qu’ils n’étaient pas à confondre avec les soldats malades, blessés, par suite licenciés et deve­nus errants, qui mendiaient et volaient pour survivre, et dont Grimmelshausen parle aussi (quoiqu’il se mêlât occasionnellement à ces groupes de “maraudeurs” des criminels de l’armée et d’autres marginaux)[60]. Mais il s’agit ici des “malheurs de la guerre”, de ces pillages commis par la soldatesque en général à l’encontre des populations civiles le plus souvent. Pillages ne signifient pas “petite guerre”. Certes, Simplicius parle de “partis”, dans les extraits cités. Stricto sensu, un parti était seule­ment un détachement d’un effectif réduit. Le mot ne suffit donc pas à caractériser le style de guerre dans le roman.

Pourtant, Les aventures de Simplicissimus repré­sentent selon Boguslawski (p. 10) un exemple bien meilleur que tout autre ouvrage d’histoire militaire pour témoigner de la manière dont fut utilisée la petite guerre autrefois en Allemagne. De fait, Simplex devint lui-même dragon en Westphalie, et dès lors on le voit “batteur d’estrade”, menant des partis contre les ennemis (“tant à pied qu’à cheval, j’étais des opérations de parti­sans”, p. 168), harcelant leurs garnisons, enlevant leurs convois, si bien qu’il se taille une réputation à la hauteur de ses hauts-faits. Grimmelshausen en fait un cavalier respec­tueux des populations locales, gage de l’obtention de bons renseignements sur les ennemis ; ce qui ne l’empêche pas, avec quelques camarades de sa compa­gnie, de partir voler du pain et du lard en un village voisin, pour nourrir la troupe à court de nourriture alors qu’elle est embus­quée et attend un convoi à attaquer. Les dégâts restent ici limités, mais la petite guerre dégénérait souvent, comme la guerre dans son ensemble, en de vastes pillages pour compte personnel. Ces brigan­dages sont à distinguer de la levée de contributions sur le pays conquis, d’une part, et du butin fait sur l’ennemi (en chevaux, en bagages…) au bénéfice de la proupe du partisan d’autre part. Ces deux types de prélèvements étaient autorisés et théoriquement réglementés : “Le général comte von Götz avait laissé en Westphalie trois garnisons ennemies, que je harcelais vigoureusement car ici ou là, à savoir à Dorsten, Lippstadt et Coesfeld, pres­que chaque jour, je m’embusquais à leurs portes avec de petits partis et ramassais maint bon butin” (ibid.)[61].

Les théoriciens du xviie siècle ne parviennent pas à séparer la petite guerre du pillage : s’il faut attaquer un poste un peu avant le jour, dit De Ville, c’est que “ce qui reste de nuit donne temps pour faire l’exécution de tous costez, et le jour venant est fort propre pour le pillage, et pour empescher le désordre”. Le terme est imprécis. On devine qu’il s’agit ici du butin autorisé, dont le produit sera ensuite vendu et partagé entre les officiers et les soldats. Mais De Ville ne pose pas clairement les limites de ce qui est autorisé ou défendu. Tout au plus déplore-t-il avec force les incendies répétés des villages ou des postes attaqués, dont le roman de Simplicius foisonne : “c’est contre les lois de la guerre, si ce n’est en cas de nécessité, et pour quelque raison considérable[62], affirme-t-il. Cette prise en compte du jus in bello est neuve au xviie siècle. Le ravage du pays contribue à l’affaiblisse­ment de l’ennemi et est à mettre au nombre des “courses à faire faire par la cavalerie, selon Birac : “C’est elle encore qui réduit les ennemis à de grandes necessitez, en enlevant leurs convois, leurs fourrageurs, & mesme leurs quartiers tous entiers, & ravageant aussi tout leur pays par des partis fréquents, & par des courses continuelles. Encore moins que De Ville, Birac ne donne d’indication sur les limites du butin. Elles lui semblent peut-être évidentes, car il envisage des attaques contre les troupes ennemies, pas contre la population civile. Ainsi, l’enlève­ment d’un quartier est l’occasion de “faire un grand butin[63]. Nous savons par une description minutieuse de De Ville comment ce butin était, une fois la troupe revenue au camp, vendu à l’encan, et son produit réparti entre les membres du parti, à proportion du grade[64]. Finalement, c’est Rohan qui se veut le plus exact sur les bornes que la petite guerre ne devait pas dépasser. Lorsque l’on a réussi à pénétrer dans un poste ennemi, il faut que les officiers et les sergents veillent à ce que les soldats ne s’écartent pas pour “se jetter au pillage. Il établit, lui, une nette différence entre pillage et butin : “…que chacun ait sa part du butin ; n’estant permis de butiner par autre ordre, & faut punir severement, ceux qui commenceront le pillage. Donc, prendre du butin à l’ennemi (et non aux villageois) ne suffisait pas pour que cela fût licite. Il fallait aussi que le gain résulte d’une opération menée par un parti, sur ordre d’un officier, et non d’un brigandage individuel. C’est pourquoi Rohan insiste sur la nécessité de donner à chacun des chefs de détachement, avant l’arrivée au lieu de l’attaque, un ordre par écrit sur ce qu’il a à faire[65]. Sans cet ordre écrit en effet, les troupes prises par l’ennemi étaient condam­nées comme brigands.

Il y avait pourtant loin souvent des principes à la réalité. André Corvisier rappelle que le code Michau de 1627, contenant entre autres des mesures visant à répri­mer les abus des gens de guerre, ne connut pas d’appli­cation immédiate[66]. Quant à la législation sur la petite guerre, elle était fort indigente au xviie siècle. La première ordonnance réglementant les partis de guerre date de 1595[67]. Bardin fait aussi mention d’une déclara­tion de 1677. Le major Michel, dont le recueil d’ordon­nances militaires en 1707 se veut un abrégé des quinze tomes d’ordonnances du roi, n’y fait pas référence. Il utilise, pour ses quelques pages consacrées aux détache­ments ou partis, une ordonnance du 15 février 1589, qui condamne, du côté français, les soldats ennemis des partis dits “sans aveu” (c’est-à-dire n’ayant ni le nombre d’hommes minimum requis pour aller en parti, ni un passeport écrit du gouverneur ou du commandant de la garnison dont il est sorti) aux galères perpétuelles. Les partis sans aveu capturés par les ennemis étaient laissés à leur discrétion. La force minimale des partis faisait l’objet de cartels entre les États belligérants. En 1689, elle était de 19 hommes, de cavalerie ou d’infanterie[68]. Pour le reste, Michel détaille seulement la composition et l’ordre de marche des détachements.

Quant aux levées de contributions pour les besoins de l’armée entière (c’est-à-dire, contributions des popula­tions à l’entretien de l’armée d’occupation, en argent ou en nourriture, chevaux, bétail, etc.), elles faisaient déjà partie du rôle des partis de guerre au temps de la guerre de Trente Ans. Le dragon Simplicius se vante de ces missions lucratives : “Finalement on en vint à ce que, si une localité devait être mise à contribution, c’était moi qui devais m’y mettre ; ainsi ma bourse devint aussi vaste que ma réputation[69]. Il était théoriquement interdit aux soldats de profiter de l’occasion pour s’enrichir person­nellement. Mais la législation précise à ce sujet n’inter­vint qu’entre 1676 et 1678, pendant la guerre de Hollande. Les représentants du roi de France et d’Espa­gne convinrent qu’il ne pourrait être prélevé de contri­bution dépassant le montant des impôts dûs par la région considérée en temps de paix, et que l’on devait réserver un traitement différent aux communautés ne pouvant s’acquitter du montant des réquisitions, et à celles qui ne le voulaient pas... Etienne Rooms considère la deuxième moitié du xviie siècle comme une période de transition entre le pillage incontrôlé des populations civiles qui sévissait au xvie siècle et dans la première moitié du xviie siècle, d’une part, et la levée de contribu­tions organisée du xviiie siècle[70]. Mais dans la deuxième moitié du xviie siècle, malgré ces améliorations, le chemin était encore long, vers une humanisation de la guerre (et a fortiori pour la petite guerre, moins contrôlable).

Le problème des troupes dites “légères”

La diversité et la richesse de l’héritage historique en matière de petite guerre[71] justifient de s’interroger sur le type de troupes qui furent utilisées par les puissances européennes chrétiennes pour la pratiquer, au xviie siècle. Il faut distinguer la tactique et les troupes qui en étaient les maîtres d’œuvre. L’utilisation du vocable de troupes légères est même remise en cause parfois pour le xviie siècle. L’éditeur de Lloyd soutenait qu’il n’y avait pas eu de troupes légères aux xvie et xviie siècles, jusqu’au règne de Louis XIV ; les missions de petite guerre étaient remplies alors par les troupes de ligne, en particulier dans l’infanterie : “L’infanterie faisait la force des armées comme chez les anciens ; au service de ligne, à celui des places et des sièges, elle joignait aussi le service de campagne, elle faisait la petite guerre, et tenait lieu de troupes légères[72]. Deux siècles plus tard, W. Hahlweg lui fait en quelque sorte écho, en jugeant que les premières formations de spécialistes de la petite guerre datent au mieux de la guerre de Succes­sion d’Espagne[73]. Il est vrai qu’en 1707 le major Michel, résumant les ordonnances royales relatives aux détachements (parmi lesquels sont compris ceux qui sont destinés “pour des partis”), compose ces derniers de soldats issus indifféremment des différents bataillons de la garnison ou de l’armée[74]. Cependant, il y eut au xviie siècle des corps pouvant être qualifiés vraiment de troupes légères, par la nature des missions qui leur étaient confiées principalement. Dans le cas français, Sapin-Lignières a montré que la première troupe légère ayant eu une existence réglée furent les Gardes de Lesdiguières, pendant les guerres de religion. Cet auteur cite ensuite le régiment des fusiliers d’Hocquincourt (1652-1656), levé dans les Pyrénées pour se battre en montagne, et dissous à la mort de leur chef en 1656[75].

En réalité, les auteurs sont souvent peu à l’aise pour parler des troupes légères du xvie siècle ; parce que les études récentes manquent sur le sujet ; parce que les théoriciens du temps sont souvent peu rigoureux dans l’évocation des spécialistes de la petite guerre ; parce que le sens des mots a changé avec le temps ; parce que l’historien tente aujourd’hui d’échafauder des théories et de dresser des catégories quand le lien entre les missions et les troupes n’était pas évident pour les contemporains eux-mêmes ; à moins qu’il fût trop clair pour qu’on prît la peine de l’expliquer. Ainsi, John Childs note que la plus grande innovation tactique des xviie et xviiie siècles fut l’introduction de troupes légères, à la fois à pied et à cheval. Mais son développement ne concerne ensuite que le xviiie siècle[76].

L’interprétation de l’expression “cavalerie légère” est significative des difficultés. Au début du xviie siècle en France, on nommait ainsi en fait l’intégralité de la cavalerie, hormis les gendarmes, cuirassés jusqu’au début du siècle. Quand Ray de Saint-Genies brosse son tableau des différentes espèces de cavalerie légère créées en France depuis le xve siècle jusqu’au xviiie siècle, il note qu’“on les appellait [les compagnies d’ordonnance levées par Charles VII en 1445] chevaux-légers pour les distinguer des gendarmes qui étaient armés de pied en cap et qui ont continué de l’être jusqu’à Henri IV qui abolit totalement cette armure ; en sorte que les gendar­mes ne sont plus distingués de la cavalerie légère que par leur nom et que par leurs prérogatives”. Saint-Genies pointe le problème ; mais sans plus de commentaire ensuite, il englobe malgré tout dans son développement, toutes les troupes que les contemporains affublent du qualificatif “léger” ; il met donc cette cavalerie “légère” sur le même plan que les estradiots et les argoulets, qu’il dit avoir été (aux xve et xvie siècles) “deux autres espèces de cavalerie légère”, avant les dragons, les hussards, puis les légions mixtes du règne de Louis XV[77].

Le propos du Gouvernement de la cavallerie légère, écrit par George Basta, et que d’aucuns considèrent comme un traité de petite guerre, apparaît donc ambigu[78]. Certes, on y trouve des chapitres sur les “avant-coureurs et chevauchées, pour battre les chemins”, sur “la manière d’assaillir un quartier , sur celle de “prendre langue” (c’est-à-dire, l’envoi d’un détachement de quinze à vingt cavaliers, embusqués auprès du camp ennemi pour y enlever un soldat dont on tirera des renseignements…). Mais toute la dernière partie est une vaste discussion sur les ordres de bataille, sur le rôle des différents officiers sur le champ de bataille, sur l’effica­cité des lanciers face aux cavaliers cuirassés dans une charge par escadrons… Sous l’expression de “cavalerie légère”, Basta comprend aussi des troupes qui combat­taient en ligne. L’objet de ces chapitres est de montrer “comment la cavallerie legere doit estre rangee en bataille, contre autre cavallerie legere, à scavoir lances et arquebu­siers”. Il précise en marge de la page : “Cavalle­rie legere contient les lances et arquebusiers : les corazzes [c’est-à-dire, les cuirassiers] n’estant comprises sous ce tiltre[79]. De fait, quand on parle de troupes à cheval affectées à des coups de main et à des missions de reconnaissance dans la première moitié du xviie siècle, c’est seulement aux arquebusiers que l’on pense. Basta dit bien qu’ils étaient plus légers que les lanciers ; pour aller “prendre langue”, c’est pour cette raison des arque­busiers qu’il faut choisir : “On y envoye des arquebusiers, comme plus legiers & prompts, (non des lanciers) qui doivent estre ieunes & bien dispos, non seulement pour pouvoir resister au travail & autres dificultez, mais aussi pour mettre subitement pied à terre, et remonter gaillar­dement[80]. Quant aux lanciers, ils étaient plus propres à la ligne que les arquebusiers à cheval ; seuls, ils pouvaient éventuel­lement être opposés aux “cuirasses” (ce qui était impossi­ble à des arquebusiers à cheval), et le dernier chapitre de l’ouvrage s’attache à déterminer dans quels cas. Ce faisant, Basta étaie sa démonstration d’une comparaison avec l’armée française, en l’occur­rence avec ces compa­gnies d’ordonnance dont parle Saint-Genies comme cavalerie légère, et que l’habitude consacra encore au xviie siècle cavalerie légère, quoi­qu’elles fussent alors tout simplement cavalerie de ligne, on l’a vu : “Et pour se bien servir des lances, il faut quelles soyent reparties en esquadronceaux de vingt & cinq ou trente chevaux : & non en ordonnance à file, comme aucuns François le veulent, estant le front large trop debile…”[81].

Finalement, le traité de George Basta, même s’il accorde une grande place aux missions de renseigne­ment et de couverture de l’armée, se présente plutôt comme un traité général sur les missions, diverses, de la cavalerie non cuirassée. Et c’est bien par opposition à l’infanterie[82] que l’auteur justifie son travail, remar­quant au début de la préface que beaucoup de traités depuis l’Antiquité ont parlé de l’infanterie, mais qu’aucun ne s’est intéressé à la cavalerie (qu’il ne qualifie pas plus précisément, ici), ou au surplus, comme en passant. Il loue, une page plus loin, la compétence du duc “d’Alve” (Fernando Alvarez de Tolède, duc d’Albe, gouverneur des Pays-Bas de 1567 à 1573) qui aurait non seulement discipliné l’armée, mais aurait aussi exercé la cavalerie “légère” à être utilisée en toutes occasions, particulièrement au combat en bataille, et non plus seulement dans les courses et escarmouches.

De là il ressort que, d’une part, la “cavalerie légère” du xviie siècle, ou du moins de la première moitié du siècle, recouvre un sens plus large que celui qui fut dévolu aux “troupes légères” au xviiie siècle ; que, d’autre part, les missions relevant de la petite guerre étaient confiées à des troupes très diverses, et pas seule­ment à ce que les théoriciens du xviiie siècle entendaient par “troupes légères”.

Le sens donné par Montecuccoli à la “cavalerie légère” était peut-être plus en adéquation avec ce que l’on en attendrait aujourd’hui. Discourant sur la façon de faire la guerre aux Turcs, il décrit ainsi les fonctions de la cavalerie légère : “La cavalerie légère sert à faire des courses, à escorter, à prendre langue, à ruiner le pays de l’ennemi, à harceler son armée, à la tenir toujours sous les armes, et à le charger dès qu’il plie”. On a bien là la définition de la nature des troupes légères telles qu’on les entend au xviiie siècle, et c’est ainsi que le comprend aussi Turpin de Crissé, qui écrit en manière d’éclaircis­se­ment : “Montecucccoli entend par cavalerie légère, les arquebusiers, et les régiments de Croates à cheval, qui alors étaient en usage dans les armées de l’empereur, et qui n’étaient point cuirassés, ce qui revient à nos hussards et à nos dragons[83].

Les Impériaux firent connaître à leurs voisins euro­péens en effet (par la force des choses, pendant la guerre de Trente Ans), la valeur militaire de ces troupes vrai­ment spécialisées dans le service de la guerre de partis qu’étaient les “Croates”. On appelait ainsi les irréguliers hongrois, avant qu’ils ne fussent formés en régiments de hussards à la fin du xviie siècle[84]. Le roi de France avait intégré dans son armée dès l’époque de la guerre de Trente Ans, quelques compagnies de ces Croates, ainsi que le rappelle Saint-Genies : “Il est encore une autre espèce de cavalerie légère appellée hussards instituée en France en 1692, à moins qu’on ne veuille que les 5 compagnies de cavalerie hongroise qui étaient sous Louis XIII, de l’armée qui assiégea et qui prit Landrecies en 1637, n’ayent été des hussards…”[85]. Il est important de faire bonne place à cette cavalerie légère hongroise, dans le panorama des troupes dévolues à la guerre de partis au xviie siècle, parce que la multiplication des troupes légères un siècle plus tard, en France notam­ment, dut beaucoup à cette influence orientale.

La guerre de Trente Ans fut à l’origine d’un rôle plus grand joué par la cavalerie dans la petite guerre. L. Henninger allègue trois explications : l’implication du Saint-Empire, l’Autriche amenant au contact de ses adversaires ses auxiliaires hongrois ; “la complexité crois­sante des opérations et leur dilatation dans l’espa­ce” ; et enfin, à partir de 1632, l’enlisement du conflit, dont l’issue militaire ne semblait favoriser aucune des parties, et qui encouragea en revanche le développement d’une guerre d’escarmouches[86].

Entre le xvie siècle et la première moitié du xviie siècle apparurent dans tous les pays d’Europe occiden­tale des cavaliers que l’on peut qualifier de légers, sans protection lourde excepté le casque, et dotés d’une arque­buse à rouet, arme plus légère que celle des mousque­taires à pied. Ils furent désignés sous des noms divers suivant les États et les périodes. Au début du xviie siècle, l’appellation la plus courante était celle d’ “arque­busiers à cheval”. Nous avons vu que c’est à eux (et aux Croates) que pense Montecuccoli, selon Turpin de Crissé, quand il parle de cavalerie légère. Selon Rüstow, les Croates des Impériaux n’étaient au fond pas autre chose que des arquebusiers à cheval[87] ; les dragons dési­gnaient une cavalerie similaire. Quand Grimmelshausen imagine de faire vivre à son héros les aventures d’un partisan, il le place dans un corps de dragons[88]. Ce nom de “dragons” l’emporta en France. Traditionnellement, la création en est attribuée au maréchal de Brissac, en 1554[89]. C’est encore le terme de dragons qui remplaça celui de cara­bins à partir des années 1620.

Pour désigner les hommes appelés à pratiquer la petite guerre, les théoriciens que nous avons consultés restent souvent vagues : on parle de “troupes”, d’“infan­terie”, de “cavalerie”, de “partis”, d’“avant-coureurs”, de “vedettes avancées” (De Ville, Gouverneur, pp. 279-280), d’un capitaine marchant avec “tout son monde” ou avec “ses gens”, de “batteurs d’estrade” (Birac, p. 68-72), de “soldats”, d’un “corps de gens de guerre” (La Valière, pp. 155-157), et encore de “soldats”, d’une “troupe”, de “coureurs” (Rohan, pp. 208-210). Ils recourent pourtant çà et là à un vocabulaire plus précis. De Ville conseille d’accomplir les courses éloignées avec la cavalerie seule, mais souhaite voir cette dernière accompagnée de quel­ques “dragons” ou “mousquetaires à cheval” qui pour­raient mettre pied à terre et faire place nette le cas échéant pour la cavalerie, en rompant les palissades ou haies de jardin que le parti pourrait rencontrer sur son chemin[90]. Les mousquetaires à cheval étaient effective­ment une autre appellation des dragons, une de plus[91].

D’après Rüstow, ce fut pendant la guerre de Trente Ans que les dragons, jusqu’alors cavalerie légère simi­laire aux arquebusiers à cheval, prirent un autre sens, celui d’infanterie montée (Saint-Genies disait la même chose un siècle plus tôt). Ils furent au départ armés comme les fantassins, et divisés également comme eux, en piquiers et mousquetaires. La guerre d’escarmou­ches, dans la guerre de Trente Ans, fut menée la plupart du temps seulement par des mousquetaires. Aussi, puis­que ce sont ces mousquetaires qui commencèrent à partir en expédition à cheval pour des courses contre l’ennemi et prirent le nom de dragons, ils doivent être considérés précisément comme mousquetaires à cheval, plus que simplement comme infanterie montée (nous avons vu que c’est justement le terme employé par Antoine de Ville, qui valide ainsi la thèse de Rüstow)[92]. Rohan, lui, conseille encore de mener, pour l’attaque d’une ville par surprise, à la fois des mousquetaires et des piquiers, séparés en petites troupes pour qu’elles puissent garder une bonne discipline lors des combats de nuit dans les rues étroites de la place qu’on aura surprise[93].

Les arquebusiers à cheval ou dragons jouèrent un grand rôle dans la guerre de Trente Ans, où ils combat­taient à pied et à cheval ; c’est ainsi que Grimmel­shausen envisage le service de Simplicius comme chef de parti : “Accessoirement, tant à cheval qu’à pied, j’étais des opérations de partisans, car j’étais monté à mon avantage et plus rapide que mes semblables[94]. Ils étaient le plus souvent employés pour la couverture de l’armée, les coups de main, les surprises ; ils combat­taient cependant aussi dans les batailles. Nous avons vu que George Basta y consacre une partie de son traité. La réputation des dragons pour le service de la petite guerre traversa le siècle. Grandmaison, laconique dans l’historique des troupes légères, trouve le temps de souligner que “dans les guerres du dernier siècle, […] les Impériaux [n’avaient qu’] un très-petit nombre de hussards enrégimentés, qui n’osoit paroître devant nos dragons, qui faisoient pour lors le service de notre cavalerie legere[95].

Quant à l’infanterie affectée à la petite guerre au xviie siècle, les théoriciens de l’art de la guerre sont rien moins que précis à son sujet, à l’exception de Rohan qui, on l’a vu, parle de mousquetaires et de piquiers. Mais il s’agit ici de troupes pouvant être issues de tous les régiments de l’armée. En fait, il semble que la première apparition d’une infanterie légère date précisément de la guerre de Trente Ans[96]. L’éditeur de Lloyd, pour ce qui regarde spécifiquement l’infanterie, était près de la vérité. Plusieurs États allemands levèrent alors des compagnies de chasseurs[97]. En France, des compagnies franches existèrent dès le règne de Louis XIII. Ce furent au départ uniquement des compagnies mises à la dispo­sition des gouverneurs des places fortes des frontières du royaume. Ainsi, ce n’est pas un hasard si le premier traité de petite guerre fut écrit par un ingénieur du roi, A. de Ville, et inséré dans un manuel à destination de ces gouverneurs… Mais les progrès furent lents jusqu’à la profusion de ces compagnies franches d’infanterie (et aussi de dragons), adjointes à plusieurs régiments de miquelets (qui faisaient le service de la guerre de montagne, sur la frontière pyrénéenne, contre les Espa­gnols[98]) observée dans les guerres de la fin du règne de Louis XIV[99].

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L’apparition des premiers corps de hussards enrégi­mentés, au tournant des xviie et xviiie siècles, ne fut pas la seule mutation observable dans la pratique de la petite guerre. Il y eut l’augmentation des effectifs des “partis”, qui suivit la croissance des effectifs des armées : Antoine de Ville ne conçoit pas qu’un détachement sorti d’une place et envoyé “à la guerre” pour tenter quelque coup de main contre l’ennemi puisse dépasser le plus souvent trois ou quatre escadrons, soit quatre cents à six cents cavaliers[100] ; or en 1770, le comte de La Roche écrivait pour apprendre à ses lecteurs à diriger “un corps de deux mille cinq cents hommes de troupes légères[101]. Cette croissance des effectifs participe à la réflexion sur la nature de la petite guerre, qui s’élabora dans la deuxième moitié du xviiie siècle, à travers des traités spécialisés : un style de guerre à part entière, défini par ses missions, quels que fussent les effectifs engagés… Justement, du xviie au xviiie siècle, les buts de guerre s’élèvent : la levée de contributions, mission essentielle du xviie siècle qui faisait des troupes légères des auxiliaires de l’adminis­tration, cède la place de plus en plus aux missions de reconnaissance. Dans son court chapitre sur les “partis de guerre”, la seule réflexion de Feuquière concerne les renseignements à prendre sur les mouvements de l’ennemi[102]. Encadrées, disciplinées, les troupes légères du milieu du xviiie siècle purent être mises au service d’une stratégie d’ensemble de l’armée, au-delà des “petits avantages” que l’on pouvait seuls retirer d’une embus­cade au tournant du siècle, selon Feuquière[103]. Ce fut par l’élévation de ses buts de guerre, et par sa mise au ser­vice de la “grande guerre”, que la tactique des hussards et des troupes légères devint véritablement un art. Que tous les officiers en prissent conscience, ce fut l’enjeu de la publication de traités de petite guerre. Le traducteur allemand de La Croix, en 1755, l’avait bien compris ; aussi met-il le lecteur en garde, dans une courte introduction : celui qui considère le partisan comme un pirate n’y trouvera rien de bon à lire[104].

 

 


 

 

 

 



[1]     W. Rüstow, Die Lehre vom kleinen Kriege, Zürich, Druck und Verlag von Friedrich Schulthess, 1864, p. 19. Iphicrates était un général athénien du ive siècle avant J.-C. .

[2]     Walter Laqueur, Guerrilla. A Historical and Critical Study, London, Weidenfeld and Nicolson, 1977, p. 3.

[3]     Heinrich von Brandt (königl. Preuss. Major), Der kleine Krieg in seinen verschiedenen Beziehungen, Berlin, Verlag von Friedrich August Herbig, 1837, p. 4.

[4]     Ch. De Decker, De la Petite guerre, selon l’esprit de la stratégie moderne (traduit de l’allemand par L. A. Unger), Paris, J. Corréard, 1845, p. 9. La formule se retrouve plus ou moins exactement par exemple dans les ouvrages de J.B. Schels (Leichte Truppen ; kleiner Krieg. Ein pracktisches Handbuch für Offiziere aller Waffengat­tungen, Wien, Gedruckt und Verlage bei Anton Straub, 1813, vol. 1, p. 7), G. Bonnet (Les guerres insurrectionnelles et révolutionnaires, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Payot, 1958, p. 53), W. Hahlweg (Typologie des modernen Kleinkrieges, Wiesbaden, Franz Steiner Verlag GMBH, 1967, p. 10), L. H. Gann (Guerrillas in history, Stan­ford, Hoover Institution Press, 1971, p. 1), Y.-M. Bercé (Révoltes et révolutions dans l’Europe moderne, xvie-xviiie siècles, Paris, P.U.F., 1980, p. 155), Hervé Coutau-Bégarie (Traité de stratégie, Paris, Economica, 1999, p. 220).

[5]     André Corvisier, “Les transformations des armées au xviie siècle”, in : Maurice Vaïsse, Aux Armes, citoyens ! Conscription et armée de métier des Grecs à nos jours, Paris, A. Colin, 1998, p. 79.

[6]     Jacques Ray de Saint-Genies, L’Officier partisan, Paris, De la­lain et Crapard, 1766, préliminaire 2, pp. LVII-LXVII.

[7]     Denis Davidoff (général), Essai sur la guerre de partisans (traduit du russe par le comte Héraclius de Polignac), Paris, J. Corréard, 1841, pp. 19-20. Davidoff, général russe, est mort en 1839 ; son Essai était paru en russe à Moscou en 1822. Boguslawski, Albrecht von, Der kleine Krieg und seine Bedeutung für die Gegen­wart, nach zwei Vorträgen, gehalten in den militärischen Gesells­chaften zu Posen, Berlin, Verlag von Friedrich Luckhardt, 1881, p. 11. Karl Hron, Der Parteigänger-Krieg, Wien, Verlag von S.W. Seidel und Sohn, 1885, p. 12.

[8]     Général Denis Davidoff, op. cit., pp. 19-20, pour la justification. Albrecht von Boguslawski, op. cit., p. 10.

[9]     Theodor Horstmann, Generallieutenant Johann Nicolaus von Luckner und seine Husaren im Siebenjährigen Kriege (herausgege­ben, eingeleitet und um einen Anhang erweitert, von Michael Hochedlinger), Osnabrück, Biblio Verlag, 1997, p. 1.

[10]    L’ouvrage de W. Laqueur a été cité en note 2 ; John Ellis, A Short History of Guerrilla Warfare, London, Ian Allan ltd, 1975, p. 43 ; Herfried Münkler, “Die Gestalt des Partisanen. Herkunft und Zukunft”, in : Herfried Münkler, éd., Der Partisan. Theorie, Strate­gie, Gestalt, Opladen, Westdeutschen Verlag GmbH, 1990, p. 24.

[11]    Walter Laqueur, op. cit., p. 14.

[12]    Pour mémoire (ce sont des auteurs que nous avons par ailleurs en majorité déjà cités ; se reporter aux notes afférentes pour le détail des références non mentionnées ici ) : Schels, Decker, Davi­doff, Rüstow, Boguslawski, Hron, Hahlweg (Guerrilla. Krieg ohne Fron­ten, Stuttgart, etc., Kohlhammer, 1968), Laqueur, Ellis ; et aussi : Quinteau, La Guerre de surprises et d’embuscades, Paris/ Limoges, Henri Charles-Lavauzelle, 1884. Pour faire le point des événements de la guerre de Trente Ans, on peut consulter : S.H. Steinberg, The Thirty Years War and the conflict for european hegemony, 1600-1660, London, Edward Arnold, 1966 ; Geoffrey Parker, La Guerre de Trente Ans (traduit de l’anglais par André Charpentier, s.l., Aubier-Montaigne, 1987. Ce dernier ouvrage a l’avantage de proposer une orientation bibliographique commentée, pp. 387-410.

[13]    Fernand Gambiez, “Turenne et la renaissance du style indi­rect”, in : Turenne et l’art militaire. Actes du colloque international tenu à Paris les 2 et 3 octobre 1975, Paris, Les Belles Lettres, 1979, t. 1, pp. 15-21.

[14]    Ibid., p. 16.

[15]    Pour une réflexion sur ce sujet embrassant la longue durée, voir par exemple : François Géré, (avec le concours de Thierry Wide­mann, Arnaud Blin, Jean-Damien Pô), Dictionnaire de la pensée stratégique, Paris, Larousse/Bordas, 2000, article “manœuvre”, pp. 171-sqq. : “Au xixe siècle, deux écoles s’opposent sur la finalité des buts de la manœuvre, et tendent à figer le débat dans les termes suivants : lors d’une campagne, la manœuvre doit-elle se limiter à créer les conditions optimales de la bataille décisive ou bien, au contraire, permet-elle de se dispenser de ce risque tout en assurant le succès ? …”

[16]    Clausewitz, Strategische Beleuchtung mehrerer Feldzüge von Gustav Adolph, Turenne, Luxembourg und andere historische Mate­rialen zur Strategie. [in : Hinterlassene Werke des Generals von Clausewitz, neunter Band], Berlin, Ferdinand Dümmler, 1837, p. 155 : “Überhaupt machten die wenigen Vorposten in dieser Zeit, dab fast bei allen Unternehmungen das Prinzip des Überfalls eine Rolle spielt”.

[17]    Antoine de Pas Feuquière (marquis de), Mémoires historiques et militaires composés par feu Mons. Le Marquis de Feuquières, lieute­nant-général des Armées de France, pour l’instruction de son fils, Amsterdam, Jean Frédéric Bernard, 1735, 2 tomes, tome 1, p. 405 (la première édition date de 1730).

[18]    Voir le détail des campagnes de Turenne dans : Jean Bérenger, Turenne, Paris, Fayard, 1987, et en particulier les pp. 228-239 pour la campagne de 1646 (“1646 : une démonstration de ‘style indirect’”). Pour une vue d’ensemble plus rapide de la carrière de Turenne, on peut lire la notice que lui consacrent Martin Windrow, et Francis K. Mason, The Wordsworth Dictionary of Military Biography, Londres, Wordsworth Editions Ltd, 1997, pp. 298-302 ; les auteurs soulignent à plusieurs reprises la façon dont Turenne mène “a war of manœuvre”.

[19]    Rüstow, op. cit., pp. 21-22 : “Der dreibigjährige Raubkrieg, welcher Deutschland und seine Nachbarländer im 17. Jahrhundert verwüstete, bot nach der ganzen Sachlage das weiteste Feld für die Operationen des kleinen Krieges”.

[20]    Karl Hron, op. cit., p. 10 ; Boguslawski, op. cit., p. 10.

[21]    Martin Van Creveld, Supplying war. Logistics from Wallenstein to Patton, Cambridge/Londres/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1977, p. 36. L’auteur soutient qu’au xviiie siècle même, le système de mise à contribution du théâtre d’opérations était prépondérant : “… the limitations inherent in the technology of the age made it impossible for him [Frédéric II] to transport much more than ten per cent of the army’s requirements. Clausewitz notwithstanding, eighteenth-century armies lived off the country as a matter of course and at least one of them – the super-scrupulous Habsburg army – even organized a special supply corps with precisely this objective in mind”.

[22]    Expression suggérée par M. Ludwig Ravaille pour le xvie siècle, mais qui nous semble aussi opératoire pour le xviie siècle. M. Ravaille est l’auteur d’un mémoire de D.E.A. soutenu sous la direc­tion des professeurs Jean-Pierre Bois et Ferenc Tòth, sur Les Pra­tiques de la guerre en Europe au xvie siècle (1494-1610). Problèmes, méthodes, exemples, Université de Nantes, juin 2001. En réalité, son travail est essentiellement une réflexion sur la petite guerre au xvie siècle.

[23]    Karl Hron, op. cit., pp. 6-7.

[24]    Herfried Münkler, op. cit., pp. 23-24.

[25]    Ludwig Ravaille, op. cit., p. 80 : parlant de La Fontenelle, Mo­reau écrit que “plus habitué à la petite guerre, c’est-à-dire à rava­ger le bonhomme, qu’à envisager l’ennemi, La Fontenelle n’en faisait pas grand état [en l’occurrence, de la garnison de Quimper, alors que La Fontenelle faisait des courses par tout l’évêché]” ; d’après Chanoine Moreau, Histoire de ce qui s’est passé en Bretagne durant les guerres de la Ligue, Cesson-Sévigné, La Découvrance, 1997, p. 218. Guy Eder, sieur de La Fontenelle, théoriquement catholique et ligueur, écuma la Bretagne entre 1589 et 1592 autant chez les royalistes que chez les ligueurs, avec un millier d’hommes. Il fut finalement condamné à mort.

[26]    Pour des éléments biographiques sur A. de Ville, on peut con­sulter : Jean-François Pernot, “Un aspect peu connu de l’œuvre d’Antoine de Ville, ingénieur du roi (1596 ? – 1656 ?) ; approches d’un type de documents : les gravures des traités de fortifications”, Revue Historique des Armées, 1978, n° 1, pp. 29-59.

[27]    Antoine de Ville, De la Charge des gouverneurs des places, par Messire Anthoine de Ville… ; de plus est adjoustté un traitté des parties de guerre, Paris, Matthieu Guillemot, 1639. On trouve aussi des chapitres afférents à la petite guerre (sur les surprises de places…), dans l’autre ouvrage majeur d’Antoine de Ville : Les forti­fications du chevalier Antoine de Ville, Contenans la manière de fortifier toutes sortes de places […]. Avec l’ataque, et les moyens de prendre les places […]. Plus la défense, et l’instruction générale pour s’empescher des surprises […], Lion, Irenee Barlet, 1628.

[28]    Antoine de Ville, De la Charge des Gouverneurs… ; passage cité par Quinteau, op. cit., p. 81, et repris par Bernard Peschot : “La guérilla à l’époque moderne”, Revue Historique des Armées, Vincennes, 1998, n° 1, p. 6.

[29]    Jean-François Pernot, art. cit., p. 29 ; voir aussi, du même auteur, “Aux origines du renseignement français, l’époque moderne, xve-xviiie siècle”, in : amiral Pierre Lacoste, (sous la direction de), Le Renseignement à la française, Paris, Economica, 1998, pp. 101-125 (ici, p. 117).

[30]    Voir : Georg Dietrich von der Groeben, Krieges-Bibliothek der gesammlete Beiträge zur Krieges-Wissenschaft, zweyter Versuch, 1755, n° 14, “Auszug aus des de Ville Gouverneur von Parteyen”. L’ouvrage se trouve par exemple à la bibliothèque universitaire de Göttingen. Cette édition ne figure pas dans la compilation de Max Jähns, qui, en revanche, cite une traduction du Gouverneur, en alle­mand, de 1685, faite par le colonel Jacob Werdmüller sous le titre : Der Kommandanten-Spiegel, oder grüntlicher Unterrichtung wie ein Kommandant seinen Platz fortificieren, verbessern und in gutem Stand erhalten solle.

[31]     Werner Hahlweg, Guerilla. Krieg ohne Fronten, op. cit., pp. 25-26.

[32]    Raimond de Montecuccoli, Mémoires…, Paris, Nyon, 1712, 3 vol., tome I (vol. 1), pp. 173-174. La publication est posthume ; Montecuccoli est mort en 1681.

[33]    Comte Lancelot Turpin de Crissé, Commentaires sur les Mémoi­res de Montecuculi…, Paris, Lacombe/Lejay, 1769, 3 tomes, tome 3, pp. 38-39. Dans cette édition, Turpin de Crissé recopie pour chaque chapitre, le texte de Montecuccoli, avant d’y ajouter des commen­taires personnels.

[34]    Plusieurs études ont paru sur la pensée militaire de Montecuc­coli. On peut consulter : Raimondo Luraghi, “Montecuccoli et l’art de la guerre”, in : Mélanges André Corvisier. Le Soldat, la stratégie, la mort, Paris, Economica, 1989, pp. 106-117 ; Azar Gat, “Montecuc­coli : Humanist Philosophy, Paracelsian Science and Military Theory”, War and Society, vol. 6, n° 2 (sept. 1988), pp. 21-31 ; Azar Gat, The Origins of Military Thought, Oxford, Clarendon Press, 1989, chap. 1 (“Montecuccoli. The impact of Proto-Science on Mili­tary Theory”, pp. 13-24). Ce chapitre recopie en fait textuellement le contenu de l’article ci-dessus.

L’article de R. Luraghi permet une bonne approche globale de la pen­sée militaire de Montecuccoli. Il montre notamment que le géné­ra­lissime de l’Empereur récusait les principes fixes, les lois géné­rales, et était prêt à utiliser toutes les ressources de la stratégie (en adepte d’une “stratégie globale”) pour peu qu’elles fussent utiles pour vain­cre l’ennemi : bataille ou guerre de manœuvre, attaquer ou se reti­rer, tout était bon suivant les circonstances. A. Gat, tout en sur­volant les aspects tactiques et stratégiques principaux des écrits de Montecuccoli, s’attache plutôt à montrer les influences intellec­tuelles ayant marqué la pensée du stratège, notamment en dehors de la sphère militaire : Montecuccoli s’intéressait beaucoup à toutes les sciences de son temps, et à côté d’elles, aux sciences occul­tes et à la magie… Les notes de l’article de R. Luraghi fournis­sent l’essen­tiel de la bibliographie nécessaire pour approfondir la connaissance de la carrière et de l’œuvre de Montecuccoli. R. Luraghi ne cite pas Azar Gat, mais celui-ci ne semble pas connaître les travaux de R. Luraghi.

[35]    Raimond de Montecuccoli, op. cit. (éd. 1712). Les passages cités sont dans l’ “Avertissement au lecteur”.

[36]    Henri Ier Rohan (duc de), Le Parfaict capitaine. Autrement l’abrégé des guerres de Gaule des Commentaires de César… Ensem­ble d’un Traicté particulier de la guerre, Paris, 4e éd., Jean Houzé, 1643. Le traité a été réédité au xxe siècle (Le Parfaict capitaine…, Neudruck der Ausgabe von 1636. Mit einer Einführung von Werner Hahlweg, Osnabrück, 1972). C’est le Traicté particulier (118 p., sans pagination indépendante du reste de l’ouvrage), que nous avons consulté, mais pour plus de commodité et parce que le titre en est plus connu, nous citerons ce traité par le titre général de l’ouvrage (Parfaict capitaine).

[37]    Comte de Jean-Jacques Beausobre, Maximes raisonnées sur la guerre, pour mon Régiment de Hussards, 1743-1748, 3 tomes en deux volumes, tome I (dans le vol. I), Préface, p. 3 [Lausanne, Archi­ves Cantonales Vaudoises, fonds P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15].

[38]    Alvaro Navia Ossorio Puerto (vicomte de, marquis de Santa-Cruz de Marzenado), Réflexions militaires et politiques (traduites de l’espagnol par M. de Vergy), La Haye, Jacques van den Kieboom, 1739, 12 vol. [les Réflexions ont été écrites en 1724 en espagnol]. Antoine de Ville est cité vol. II, pp. 3, 7, 25-27, 37, 176.

[39]    Chevalier de La Valière, Pratiques et maximes de la guerre, enseignant les Charges des Generaux, les devoirs de tous les Officiers d’armées ; l’Ordre de marcher ; camper, combattre, attaquer et deffen­dre les Places ; surprendre et entreprendre sur des villes, Quartiers ou Armées…, Paris, Etienne Loyson, 1675 (édition consul­tée). La Valière est mort en 1647 (au siège de Lerida, apprend-on dans l’Avertissement de l’éditeur). Son traité avait été édité déjà en 1667 (même lieu, et même éditeur) ; il le fut à nouveau (outre l’édition que nous avons consultée), en 1673 à Paris et en 1693 à La Haye.

[40]    Sieur de Birac, Les Fonctions du capitaine de cavalerie, et les principales de ses officiers subalternes…, Paris, G. Quinet, 1675, préface, fol. 4 verso. Une édition parut déjà en 1669. Son traité fut réédité en 1688, puis en 1693, à La Haye. Pour ce traité comme pour celui de La Valière, une partie des différentes éditions nous a été aimablement communiquée par M. Nicolas Hacquebart-Desvignes, que nous remercions ici.

[41]    Michèle Fogel, “La désolation du Palatinat ou les aléas de la violence réglée (septembre 1688-juin 1689)”, Enquêtes et documents, n° 20, Nantes, Ouest Editions, 1993 (thème du numéro : Guerre et répression. La Vendée et le monde. Textes réunis sous la respon­sabilité de Jean-Clément Martin), p. 116.

[42]    Antoine de Pas Feuquière, (marquis de), Mémoires historiques et militaires composés par feu Mons. Le marquis de Feuquières…, Ams­terdam, J ; Frédéric Bernard, 1735, 2 tomes. La première édition date de 1730. L’édition de 1750 comporte en plus une biogra­phie du marquis, écrite par son frère, le comte de Feuquière.

[43]    Général Henry Lloyd, Mémoires militaires et politiques du géné­ral Lloyd. Servant d’introduction à l’Histoire de la guerre en Alle­magne en 1756, entre le Roi de Prusse et l’Impératrice Reine avec ses Alliés (traduits et augmentés de Notes et d’un Précis sur la vie et le caractère de ce Général. Par un officier Français), Paris, Magimel, an IX-1801 [édition posthume ; Henry Lloyd est mort en 1783], “Précis sur Lloyd”, p. XIX, note.

[44]    Santa-Cruz de Marzenado, op. cit., partie sur les surprises, chap. XIV, “Des surprises par des intelligences avec un Officier de la Place”, p. 127.

[45]    Turenne, Mémoires sur la guerre, Paris, Rollin fils, 1738. On n’y trouve guère, pour la guerre de partis, qu’un chapitre sur l’attaque d’une place par surprise, par escalade : chap. VI (“De l’attaque des places”), art. 1 (“Coups de main. Surprises. Blocus”), pp. 111-121. Par “coups de main”, Turenne entend l’attaque d’une place vigou­reusement de tous côtés en même temps.

[46]    Le contenu de cette partie est assez intéressant pour qu’on en copie ci-après la table :

-De la garde du camp, ou du quartier ;

-D’aller à la guerre pour prendre langue des ennemis ;

-D’aller poser une embuscade ;

-D’aller enlever un quartier ;

-Des fonctions du capitaine estant en garnison dans une place frontiere pendant l’hyver (l’auteur traite de sa garde, et de ce qu’il doit faire lors d’une alarme, pour s’opposer aux courses des ennemis) ;

-De ses fonctions restant en garnison pendant la campagne, dans une place frontière (ce chapitre traite en particulier des embuscades de nuit et de l’usage des espions).

[47]    Pour le xviiie siècle, voir notre article : “Surprises de postes, escalades de places : la petite guerre, aux marges de la grande”, Revue de la Société des Amis du Musée de l’Armée, n° 122, II-2001, pp. 48-54.

[48]    Rohan, op. cit., pp. 199, 202-205, 209, et surtout pp. 240-242 (chapitre spécifique sur le sujet des espions et des guides) ; A. de Ville, De la Charge des gouverneurs…, op. cit. pp. 278, 279 ; La Valière, op. cit., p. 156 ; Birac, op. cit., p. 67 (se renseigner sur la qualité du poste des ennemis), 68, 90-94 (chap. sur les espions) ; Feuquière, op. cit., t. I, pp. 362-363 (pour ces sujets comme pour les suivants, Feuquière se contente ici de peu de préceptes généraux et propose plutôt des exemples riches d’enseignements, issus des cam­pagnes des guerres de Hollande, de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne).

[49]    Rohan, op. cit., p. 206 ; A. de Ville, op. cit., pp. 280, 283 ; La Valière, op. cit., pp. 156, 158 ; Birac, op. cit., p. 74 ; Feuquière, op. cit., t. I, pp. 359, 354.

[50]    A. de Ville, ibid., p. 283 ; Montecuccoli, op. cit., livre I, p. 176 ;

[51]    Rohan, op. cit., p. 210 ; A. de Ville, op. cit., p. 283 ; La Valière, op. cit., p. 156 ; Birac, op. cit., p. 68 ; Montecuccoli, op. cit., livre I, p. 178 ; Feuquière, op. cit., t. I, pp. 360, 363.

[52]    Rohan, op. cit., p. 198 (s’en prémunir, dans la défense), 202, 211, et surtout 214-218, pour le détail de la mise en place des pétards ; A. de Ville, , op. cit., p. 284 ; La Valière, op. cit., pp. 151, 153, et surtout 154 ; Montecuccoli, op. cit., livre I, p. 180 ; Turenne, Mémoires sur la guerre, p. 114.

[53]    Rohan, op. cit., p. 202.

[54]    Par exemple : Birac, op. cit., p. 73 ; Feuquière, op. cit., t. I, p. 360.

[55]    Pour des explications détaillées sur ce qu’est un pétard et sur la façon de le poser, voir : Antoine de Ville, Les fortifications…, op. cit., livre second, pp. 243-268. Une planche explicative très claire (p. 255) nous présente le dessin de plusieurs pétards, ainsi que la manière de les porter. On trouve encore une définition du pétard (avec planche également), dans : Surirey de Saint-Rémy, Mémoires d’artillerie, Paris, Charles-Antoine Jombert, 1745, tome II, p. 78. Selon Saint-Rémy, peu d’officiers reviennent de ce genre d’expédi­tions ; si les assiégés s’aperçoivent de la manœuvre, ils visent par priorité le pétardier, et ne le manquent presque jamais.

[56]    Rohan, op. cit., p. 218.

[57]    Antoine de Ville, De la Charge des gouverneurs…, op. cit., pp. 286-287. Nous avons montré dans un article la place de l’artil­lerie dans la petite guerre au xviiie siècle, à la fois dans la pensée des théoriciens en France, et sur le terrain. Voir : “Artillerie et art de la petite guerre : un long cheminement”, Carnet de la Sabretache, nouvelle série, n° 148, juin 2001, pp. 46-50. Ch. De Decker assure que de l’artillerie fut utilisée à l’occasion dans la petite guerre, pen­dant la guerre de Trente Ans. Mais il ne donne pas plus de préci­sions (Ch. De Decker, , op. cit., p. 14).

[58]    Feuquière, Antoine de Pas (marquis de), op. cit. Tous les chapi­tres cités se trouvent dans le tome I.

[59]    Nous avons utilisé l’édition suivante du roman : Grimmelshau­sen, Hans Jacob Christoffel von, Les Aventures de Simplicissimus (traduit de l’allemand par Jean Amsler, avec une préface de Pascal Quignard), Paris, Fayard, 1990. L’ouvrage fut publié pour la pre­mière fois en 1668, mais on n’en connaît pas aujourd’hui d’exem­plaire ; la première édition connue date de 1669 et parut sous le titre : Das abenteuerliche Simplicissimus Teutsch. Voir le livre I, chap. IV, pour le saccage de la maison paternelle, et pour les passages cités : livre I, chap. XIII (p. 45), chap. XIV (p. 46), livre II, chap. XIV et XV (p. 126-127).

[60]    Ralf Pröve Kroener, “‘Le maraudeur’. À propos des groupes marginaux de la société militaire au début de l’époque moderne”, in : Nouveaux regards sur la guerre de Trente Ans, Actes du colloque international, Ecole militaire, tenu le 6 avril 1998. Paris, ADDIM, 1998, pp. 167-179.

[61]    Grimmelshausen, op. cit., livre II, chap. XXX et XXXI (pp. 167-176).

[62]    Antoine de Ville, De la Charge des gouverneurs…, op. cit., pp. 277, 278, 283, 287.

[63]    sieur de Birac, op. cit., préface, fol. 3 recto et verso ; et p. 72. Aller au pillage était aussi souvent désigné par le verbe “picorer”, comme p. 75.

[64]    Antoine de Ville, ibid., pp. 288-289.

[65]    Duc de Rohan, op. cit., pp. 209, 212, 213, 220.

[66]    André Corvisier, art. cité, p. 86.

[67]    Général baron Etienne Alexandre Bardin, Dictionnaire de l’armée de terre…, Paris, J. Corréard, 1841-1851, 17 vol., article “parti” (ordonnance du 12 novembre) ; information reprise dans Quinteau, op. cit., p. 75, et dans Bonnet, op. cit., p. 54.

[68]    Michel (major du régiment d’infanterie de Rochefort), Les ordon­nances militaires du roy, réduites en pratique et appliquées au détail du service…, Liège, Jean François Broncart, 1707, pp. 78-83 (dans le chap. “Des détachemens, des reveües, & de la visite des cazernes et de l’hôpital) ; pp. 157-165 (dans le chap. “Du piquet, des gardes de la teste & de la queüe du camp, & des détachemens”)., sans référence à une ordonnance précise pour cette dernière partie.

[69]    Grimmelshausen, op. cit., p. 169.

[70]    Etienne Rooms, “L’humanisation de l’art de la guerre dans les Pays-Bas dans la seconde moitié du xviie siècle”, in : Guerre totale. Clés pour une mutation au seuil du xxie siècle. Actes du symposium 2000, Pully (Suisse), éditions scientifiques du C.H.P.M. (Centre d’Histoire et de Prospective Militaire), s.d., pp. 206-218.

[71]    Voir : Bernard Peschot, “La petite guerre au xvie siècle : formes, styles et contacts dans l’Occident méditerranéen”, in : Les Armes et la toge (mélanges offerts à André Martel, préparés sous la direction de Jean-Charles Jauffret), Montpellier, Centre d’Histoire Militaire et d’Etudes de Défense Nationale, 1997, pp. 261-272.

[72]    Général Henry Lloyd, Mémoires militaires et politiques, “Précis sur Lloyd”, p. XX, note.

[73]    Werner Hahlweg, Guerilla. Krieg ohne Fronten., p. 26 : “Um diese Kleinkriege wirkungsvoll führen zu können, bedurfte es besonderer Truppenverbände. So bildete man allenthalben - merk­bar bereits im Spanischen Erbfolgekrieg- die verschiedensten Frei­korps oder Freischaren, Parteigängerabteilungen, besondere Detach­ments, in jedem Fall kleine, hochbewegliche Truppeneinhei­ten, die aus leichter Kavallerie und Infanterie, gelegentlich auch aus reitender Artillerie bestanden”.

[74]    Michel, op. cit., pp. 78-79 et 157-158.

[75]    Sapin-Lignières, “Les troupes légères aux xviie et xviiie siècles”, Carnet de la Sabretache, 1970, n° 1, pp. 18-19.

[76]    John Charles Roger Childs, Armies and warfare in Europe : 1648-1789, New York, Holmes and Meier, 1982, pp. 116-120.

[77]    Ray de Saint-Génies, Jacques, L’Officier partisan, Paris, De lalain et Crapard, 1766, 2 tomes, tome 1, p. LVII ; p. LXV et sqq. Les estradiots étaient une cavalerie légère albanaise initialement au service de la république de Venise. Le roi de France Charles VIII leva aussi des estradiots au moment des guerres d’Italie. Les argou­lets étaient un autre corps de cavalerie légère, utilisé en France à partir du règne de Louis XI, aux dires de Gay de Vernon (Essai historique sur l’organisation de la cavalerie légère…, Paris, J. Dumaine, 1853, pp. 12-13). Les argoulets étaient armés de l’arque­buse à rouet. Ils disparurent à la fin du xvie siècle.

[78]    Comte George Basta, Le Gouvernement de la cavallerie légère (traduit de l’italien ; l’édition originale date de 1612), Rouen J. Berthelin, 1616. L’ouvrage fut réédité en 1627. George Basta fut un fameux capitaine dans les armées de Philippe II d’Espagne et dans celles du Saint-Empire. De sa carrière, l’auteur dit dans sa préface, folio 3 verso : “… esqels [c’est-à-dire, aux Pays-Bas, au service espa­gnol] ayant servi quarante ans, et monté de soldat privé, par tous les degrez, iusques à celuy de Commissaire general de la Cavalle­rie…”. George Basta avait aussi acquis une expérience de la petite guerre au contact des Turcs, comme l’atteste Montecuccoli (Turpin de Crisse, op. cit., tome III, pp. 240-241). Général de la cavalerie légère impériale, il commandait pendant la guerre de Quinze Ans des compagnies de cavalerie wallonne, stationnées en Transylvanie.

 Max Jähns (op. cit., tome 21, III, p. 2711) cite Basta comme le loin­tain prédécesseur des théoriciens de la petite guerre du xviiie siècle.

[79]    George Basta, op. cit., p. 58.

[80]    Ibid., p. 45.

[81]    Ibid., p. 72.

[82]    On retrouve cette définition de son objet d’étude par opposition à l’infanterie comme propos introductif au chap. 1, p. 1.

[83]    Turpin de Crissé, Commentaires sur les Mémoires de Montecu­culi, op. cit., tome III, livre 2, pp. 38-39, et 102-103.

[84]    L’Autriche employa des irréguliers hongrois à son service à par­tir du xve siècle. Dans la première moitié du xviie siècle, on trouvait aussi des hussards hongrois en Pologne (depuis l’époque de Stefan Bathori, 1579-1599), et en Russie (à partir de 1634, sous l’appella­tion de “Gussary”). Mais le premier régiment régulier fut levé par l’Autriche en 1688. Voir : Bernhard Poten (éd.), Handwörterbuch der gesamten Militärwissenschaften, mit Erläuternden Abbildungen, Bielefeld und Leipzig, Velhagen et Klasing, 1877-1880, vol. IV, article “hussard”, pp. 404-405.

[85]    Ray de Saint-Genies, op. cit., tome 1, préliminaire 2, p. LXVIII. La création, en France, du premier régiment de hussards, celui de Corneberg, en 1692, fut consécutive à l’intervention de la France dans les affaires hongroises lors de la révolte d’Imre Thököly (la révolte ayant échoué, une partie des hussards et des officiers qui avaient combattu contre l’Autriche vint en France). Voir : Jean Bérenger, “Le royaume de France et les Malcontents de Hongrie, contribution à l’étude des relations entre Louis XIV et Imre Thököly (1678-1689)”, Revue d’histoire diplomatique, 87e année, Paris, éd. A. Pedone, juillet-décembre 1973.

[86]    Laurent Henninger, “Une conséquence de la guerre de Trente Ans en Europe centrale et balkanique : le renouveau de la cavalerie dans les armées occidentales”, in : Nouveaux regards sur la guerre de Trente Ans, op. cit., pp. 93-112 (voir en particulier le dévelop­pement sur la cavalerie légère, pp. 95-100).

[87]    Op. cit., p. 22. L’auteur cite une liste de noms divers que prirent ces arquebusiers à cheval en Europe : “…Ringerpferde, Schützen zu Pferd, schwarze Reiter, Argoulets, Bandouliers, Dragoner, Arkebu­sierreiter, Karabiner, Bandelierreiter, Arkebusiere zu Pferd”, (pp. 20-21)

[88]    Grimmelshausen, op. cit., p. 168.

[89]    Ray de Saint-Genies, op. cit., tome I, p. LXVII.

[90]    Antoine de De Ville, De la Charge des gouverneurs…, op. cit., p. 280.

[91]    Henri Choppin, Histoire générale des dragons depuis leur origi­ne jusqu’à l’Empire, Paris, librairie militaire de J. Dumaine, 1879 ; Rüstow, op. cit., p. 23.

[92]    Rüstow, op. cit., pp. 22-23.

[93]    Rohan, op. cit., p. 211.

[94]    Grimmelshausen, op. cit., p. 168.

[95]    Grandmaison, La Petite guerre, s.l., 1756, pp. 6-7.

[96]    Laurent Henninger, art. cité, p. 95, note. Ainsi Adaridi, dans son rapide historique des corps francs, ne parle que de “Freischärler, Partisanen oder Parteigänger” pour l’époque de la guerre de Trente Ans, sans préciser plus avant la nature des troupes, mais sans expliquer non plus son imprécision. Voir : K. Adaridi, (Ehemaliger kaiserlich russ. Generalleutnant), Freischaren und Freikorps. Auf Grund von Kriegserfahrungen, Berlin, Verlag von R. Eisenschmidt, 1925, p. 9.

[97]    Voir : J.B. Schels, (kais. Östreichischen Hauptmann), Leichte Truppen ; kleiner Krieg. Ein praktisches Handbuch für Officiere aller Waffengattungen, Wien, Gedruckt und Verlage von Anton Straub, 1813, 2 vol. , vol. 1, p. 9, note. L’auteur y donne une chrono­logie de l’apparition des chasseurs, en Allemagne, puis en France. Ce fut le landgrave Guillaume de Hesse qui leva les trois premières compa­gnies de chasseurs en 1631. En 1645, le prince électeur de Bavière en avait trois régiments à son service, qui étaient utilisés aux avant-postes et à la petite guerre.

[98]    Sur les troupes légères de montagne, on peut lire : lieutenant Sevestre, “Fusiliers et arquebusiers de montagne ou du Roussillon”, Carnet de la Sabretache, cinquième série, n° 408, 1951, pp. 13-29. Ce régiment exista dans l’armée française entre 1684 et 1763. Les fusiliers de montagne étaient des troupes similaires aux miquelets, auxquels ils succédèrent et dont ils prirent sporadiquement le nom.

[99]    Voir : Sapin-Lignières, Les Troupes légères de l’Ancien Régime, op. cit., chap. 1 (“Les troupes légères au xviie siècle”, pp. 19-25). Sapin-Lignières recense un total, pour les seules troupes légères d’infanterie, de 15975 fusiliers en 1696, ce qui n’avait jamais été atteint jusqu’alors. À la fin de chaque conflit, ces troupes étaient malheureusement (car, selon l’auteur, difficiles à constituer valable­ment) licenciées. En 1699, il ne restait plus en France de troupes légères stricto sensu.

[100] Antoine de Ville, De la Charge des gouverneurs…, 1639, p. 279.

[101] Comte de La Roche, Essai sur la petite guerre, ou Méthode de diriger les différentes opérations d’un Corps de deux mille cinq cens hommes de troupes légères, dont seize cens d’infanterie et neuf cens de cavalerie, Paris, Saillant et Nyon, 1770, 2 volumes.

[102] Feuquière, Mémoires…, Amsterdam, J. Frédéric Bernard, 1735, tome I, pp. 348-349.

[103] Ibid ., tome I, p. 444.

[104] Armand-François de La Croix, (marquis de Castries), Abhand­lung vom kleinen Kriege. In : Georg Dietrich von der Groeben, Krieges-Bibliothek der gesammlete Beyträge zur Krieges-Wissens­chaft, Breslau, Johann Jacob Korn, vol. 1, 1755, p. 105.

 

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