Sea Power 21 et l’avenir de la posture stratégique de l’US Navy

Alain De Neve et Joseph Henrotin

Le 12 juin 2002, la 52e édition du Current Strategy Forum a été l’occasion pour l’amiral Vernon Clark, Chief of Naval Operations (CNO) de l’US Navy (USN), de présenter le nouveau concept opérationnel devant sous-tendre les forces nava­les américaines dans l’après-11 septembre. C’est un jalon important dans le vaste processus de réflexion ouvert en 1992 avec “…From the Sea. Preparing the Naval Service for the Twenty-First Century[1] co-signé par l’USN et le Marines Corps (USMC), et portant sur le futur de leurs stratégies. Certes, comme l’indique fort justement N. Vilboux, la Navy est réticente à couler son action dans un carcan doctrinal[2] et, à ce titre, From the Sea n’était qu’une simple déclaration conjointe ne possédant pas la force et l’aura d’une doctrine. Par rapport aux transfor­mations que connaissent actuellement les forces améri­caines, la forme est cependant toute relative en regard des enjeux que portent Sea Power 21, notamment en matière de présence de l’USN sur les zones de crises potentielles.

Sea Power 21 dans le processus doctrinal de l’US Navy

Pour l’USN, Sea Power 21 cherche à l’“une vision claire, concise et efficace de ce (que la Navy) peut apporter à la nation, dans les décennies à venir[3] en visant “l’intégra­tion complète des forces navales au sein des forces armées à travers toute l’étendue d’un champ de bataille unifié[4]. Suivant cela, Sea Power 21 traduit la volonté de l’USN d’exploiter pleinement des avantages tels que la supériorité informationnelle, la maîtrise des mers, la mobilité, la furtivité, la précision, la portée et la puissance de feu. Concrètement, Sea Power 21 entend, plus immédiatement, tirer les leçons de l’opération Enduring Freedom conduite en Afghanistan. Le concept est avant tout le fruit des réflexions de l’amiral Clark[5], pour qui le succès remporté en Afghanistan a été produit par l’étroite coopération entre la force aérienne et la Navy, alors qu’il considère que l’USMC “représente le partenaire stratégique numéro « 1 » de la Navy”. Contre les analyses critiques des principes interarmées dans le combat, il insiste sur la multiplication pratique des synergies entre les services (armées) et y voit la clé des succès opérationnels futurs de la Navy.

La structure conceptuelle de Sea Power 21

Au-delà, Sea Power 21 a pour préoccupation princi­pale une guerre d’expédition où la Navy doit “projeter une puissance de feu offensive et persistante. Dans le même temps, le concept procède d’une continuité par la double recherche de la sûreté des mers et d’une posture défen­sive pour les coalitions de forces navales interopérables[6]. Pour y parvenir, Sea Power 21 se fonde sur un socle de trois notions : Sea Strike, Sea Shield et Sea Basing.

Sea Strike et le renforcement des capacités offen­sives de l’USN

Sea Strike vise à “projeter une puissance offensive dominante et décisive” à l’encontre de cibles détermi­nées[7] et envisage une large palette de moyens létaux et non-létaux, l’emploi de missiles à longue portée, des opéra­tions basées sur la supériorité informationnelle ou le recours à des forces spéciales et au Corps des Marines. Les forces navales devront ainsi être capable de saisir l’initiative du combat et de perturber l’ordonnancement chronologique et spatial de l’adversaire. Sea Strike déter­mine donc les manœuvres tactiques par lesquelles l’US Navy doit pouvoir assurer une domination dans les espa­ces de combat qui ne pourra être garantie, selon le vice-amiral Dawson, que par la maîtrise de l’information. Comme pour les autres services, l’information consti­tuera à l’avenir le multiplicateur de forces qui devra permettre à l’USN et l’USMC de chercher et de rencon­trer l’adver­saire en tout lieu et tout instant et de lui opposer une force de combat décisive grâce à une accé­lération du rythme des opérations[8].

Plates-formes et systèmes d’arme

Sur le plan matériel, l’USN et l’USMC comptent sur la modernisation et l’acquisition de nouveaux systèmes de senseurs et de détection radar. Ceux-ci permettront d’obtenir une vision plus exacte de la zone de combat et une connaissance plus fidèle de la réalité du théâtre d’opérations. Par ailleurs, les armements de toutes les catégories de plateformes seront centraux dans toutes les approches, et la Navy conduit des programmes inno­vants sur tous les types d’engins, des missiles hyper-véloces (à l’horizon 2015) aux torpilles Mk-50.

Pour ce qui concerne l’aéronavale, le recours au F/A-18E/F Super Hornet et au F-35 Joint Strike Fighter (JSF) accroîtra de façon sensible la puissance offensive des unités de combat tout en augmentant la furtivité de leurs plates-formes et donc, leur survie en opération. Ce sera notamment possible grâce au radar Advanced Electroni­cally Scanned Array (AESA). Il offre en effet la possibilité d’intégrer plusieurs senseurs, mais aussi de doubler, voire de tripler, la portée de détection habituelle des radars. Couplées à cette technologie nouvelle, les plates-formes de combat devraient disposer d’une maî­trise assurée des opérations offensives et défensives dans les domaines air-air et air-sol[9].

Les plates-formes navales connaîtront, de la même manière, une amélioration sensible de leurs capacités. On notera ici une approche conceptuelle prudente, en ce que la Navy a privilégié une transition graduelle vers ses nouvelles générations de plates-formes, comme dans le cas des porte-avions. Dans le même temps, certaines options semblent évacuées, comme la Mobile Operating Base (MOB). Du CVN-77 Georges H. Bush au CVN–21, la conduite des opérations sera plus automatisée, fera plus massivement appel à des senseurs intégrés[10], le porte-avions renforçant sa fonction de maillon central d’une force navale.

De nombreux espoirs sont également placés dans la famille des navires combattants de surface (SC-21). Le plus avancé de cette nouvelle génération est le destroyer multi-missions DD(X), issu des travaux exploratoires qui avaient été tenus jusqu’en 2001 dans le cadre du projet DD-21 Zumwalt. Le DD(X) devrait être doté de l’Advan­ced Gun System (de 155 mm) et de 80 cellules verticales de lancement de missiles de croisière Tomahawk, de missiles surface-air SeaSparrow évolués (ESSM - Evol­ved SeaSparrow Missile). Le DD(X) se révèle, cependant, problématique et a souffert de nombreuses redirections programmatiques. Nombre d’observateurs dénoncent, en effet, les incertitudes qui grèvent ce système d’arme et qui traduisent l’existence d’un réel malaise dans la défi­nition de la technologie la mieux appropriée au contexte stratégique des 20 prochaines années. Dans l’état actuel du calendrier, ce ne sont pas moins de 17 ans qui sépa­reront, au final, le lancement du programme (dans sa version exploratoire SC-21, en 1994) de la date prévue pour les premières livraisons (échéance fixée à 2011)[11]. Aux difficultés structurelles rencontrées par le program­me, s’ajoutent les réticences du Congrès à préserver le rythme de financement initialement consenti. Des réduc­tions ou rééchelonnements éventuels de la manne budgé­taire sont toujours envisageables et pourraient affecter la crédibilité opérationnelle de Sea Power 21.

Le concept Sea Strike entend également s’appuyer sur les plates-formes de nouvelle génération Littoral Combat Ship (LCS), des patrouilleurs lourds tendant à faire penser que le Pentagone, dans sa recherche d’un combat interarmées, met de côté l’option des frégates. Ces bâtiments, en effet, doivent agir au plus près des côtes, dont le contrôle est considéré comme crucial, autant par la Navy que par les Marines. L’intégration de la plateforme comme système d’arme, constitutive du concept Sea Strike atteste de la prise en considération de la nécessité de la gestion du feu dans des combats littoraux, asymétriques, chaotiques, denses et instables. Le LCS est orienté vers la lutte contre les mines, les sous-marins à propulsion anaérobie ou les actions terroristes.

La configuration du LCS puisera dans les travaux conceptuels alimentant le DD(X), sa spécificité résidant dans sa grande modularité. Pour chaque type de mission qui lui sera imparti, le LCS pourra s’adjoindre un module technologique spécifique. Plus généralement, il est prévu d’installer, une plateforme héliportuaire, éga­lement prévue pour l’emport et le lancement de drones Fire Scout. À cela s’ajoute la capacité d’emploi de drones navals de surface Spartan et le chasseur de mines AQS-20. Bien que visant à répondre à un besoin sans doute plus urgent et immédiat que le DD(X), le LCS demeure lui aussi tributaire de la confian­ce du Congrès dans la plus-value que pourrait générer la plateforme dans les combats navals de demain.

L’accroissement de la puissance de feu de la Navy passe aussi par la reconfiguration de quatre SSBN de la classe Ohio en lanceurs de missiles de croisière (154 Tomahawks en VLS) et en plateformes pour forces spéciales (sous-marins Advanced SEALS Delivery Vehi­cle - ASDV). À cette capacité combinée s’adjoignent les 3 SSN-21 de la classe Seawolf et les nouveaux bâtiments de la classe Virginia (disposant tous de VLS), la Navy considérant qu’elle devra disposer de 55 sous-marins de chasse pour 2015. Ce dernier type de navire est le premier à avoir inclus dans sa conception l’utilisation d’Unmanned Aerial Vehicules (UAV ou drones), dont l’amiral Clark a mis en exergue les attentes nourries à leur endroit. De systèmes d’intelligence, de surveillance et de reconnaissance – notamment pour l’USMC, très actif en ce domaine – ils deviennent des plates-formes offensives.

Le RQ-1 Predator, drone de reconnaissance, a ainsi été récemment employé au Yémen et l’utilisation de drones offensifs en Irak a été confirmée par le Penta­gone[12]. La Navy travaille par ailleurs sur une version du RQ-1 lancée depuis des porte-avions. À côté de leurs avantages (furtivité, concentration des effets et non des masses, préservation des vies des pilotes, etc.), les drones font toutefois face à des difficultés d’intégration dans les cultures des différents services. T. G. Mahnken souligne ainsi que la culture du pilote qui règne aujour­d’hui au sein de l’Air Force et de l’USMC semble porter un frein à l’emploi offensif d’UAV[13]. Comme bien souvent dans le domaine militaire, l’intégration de nouvelles technologies et méthodes de combat reste tributaire de la culture militaire en vigueur.

Sea Shield : une protection multidimensionnelle et réseaucentrée

Approche conceptuelle

Deuxième socle du concept du CNO, Sea Shield vise la projection d’une puissance défensive depuis la mer, dans le cadre plus global de la Homeland Defense. Sea Shield vise la protection du territoire des États-Unis, la défense des alliés outremer, ainsi que la dissuasion d’adversaires potentiels, mais aussi l’accès aux littoraux conflictuels (dans le cadre de missions de domination, mais aussi d’évacuation ou de soutien aux forces déployées)[14]. Il s’agit ainsi d’étendre une garantie de sécurité maximale par le déploiement de forces avancées (forward presence).

Dans ce cadre, Sea Shield veut développer des capacités de combat interarmées fondées sur un large réseau de flottes, visant à accroître l’indépendance des forces armées US[15], la Navy souhaitant exploiter les atouts des forces outre-mer, sa suprématie dans le domaine aérien et maritime et la dominance informa­tionnelle. Mais ce faisant, elle reste soumise à une vulné­rabilité proportionnelle au développement des capacités, organisations et procédures d’attaques de type asymé­trique des adversaires potentiels des États-Unis.

Plates-formes et systèmes d’arme

Sur un plan capacitaire, Sea Shield repose sur la mise en œuvre d’une assurance de défense globale (Global Defensive Assurance) qui passe notamment par le déploiement d’un bouclier antimissiles de théâtre. Indé­pendamment de la question controversée de la perti­nence de la menace, la défense du territoire natio­nal ou des alliés contre les risques balistiques exigera : 1) un niveau inédit d’intégration réseaucentrée et : 2) une extension jamais atteinte de la portée et de la vitesse des missiles anti-balistiques. En raison de difficultés techni­ques et culturelles, ces deux points laissent donc à penser que Sea Shield sera évolutif. Il ne peut en effet être décrété, même si la stratégie des moyens déployés (destroyer DD-21 doté de l’“Aegis”[16] et modernisation des moyens de surveillance et de reconnaissance) semble bien assise.

Sea Shield bénéficiera en outre des informatiques Cooperative Engagement Capability (CEC) et Link 16. CEC constitue un système de récolte et de partage de l’information entre navires appartenant à une même flottille, via un appareillage aérien et où chaque plate­forme de l’USN sera dotée d’un système de distribution de données (Data Distribution System – DDS). Link 16 donne quant à lui la possibilité d’exploiter pleinement et de façon à la fois combinée et interarmes l’information au niveau tactique. CEC et Link 16 équipent progres­sivement les unités de combat de l’USN et du Marine Corps. Elles sont considérées comme des instruments essentiels en vue de développer un engagement rapide et d’une létalité maximale : elles permettent réellement la mise en réseau.

 

Sea Basing : l’adaptation de la stratégie expéditionnaire

Enfin, dernière composante de Sea Power 21, Sea Basing doit permettre la réalisation de Sea Strike et de Sea Shield en autonomisant les forces en opération et en accroissant leur capacité de manœuvre. Aussi, Sea Basing est un concept ambivalent, recouvrant aussi bien l’autonomie des forces déployées, autant en termes de gestion de l’information (impliquant les nouveaux navi­res de commandement), que de logistique (dans la foulée du Focused Logistics développé dans Joint Vision 2020) que des concepts plus anciens, mais amendés, comme le prépositionnement en mer. En l’occurrence, en cherchant la projection de la souveraineté nationale des États-Unis, Sea Basing n’exige pas une décision politique circonstanciée préalable. Pour le CNO, les forces navales basées outre-mer constituent un atout fondamental dans la prévention des crises et, le cas échéant, dans la perspective d’une intervention sur un théâtre.

De ce fait, exploitant les grandes lignes de leur stratégie navale des moyens, les États-Unis comptent disposer de navires de transport plus rapides (le très futuriste High Speed Vessel – HSV), reconfigurables pour des missions de lutte anti-mines, de commande­ment et de communication ou encore d’évacuation de civils. Dans le même temps, les T-AKR (des cargos géants) constituent de véritables bases navales d’opéra­tions intégrées à l’architecture interarmes ainsi que l’épine dorsale des forces prépositionnées. Des concepts émergents, comme la Sea Base, pourraient déboucher sur un hybride du cargo et du porte-aéronefs. Par ailleurs, le développement de sentiments anti-améri­cains dans les zones de crise a amené d’autres concepts, comme l’Afloat Forward Staging Base. Le porte-avions Kitty Hawk avait ainsi été utilisé comme base pour forces spéciales durant Enduring Freedom, offrant un concept intégrable au Sea Basing.

In fine, le CNO énumère les avantages d’une telle posture :

1.    l’effectivité – la liberté permanente d’opérer des forces navales US en conjonction avec ses alliés participe au façonnement de l’environnement international et au renforcement de la dissua­sion. L’USN comme l’USMC représentent des forces d’une disponibilité immédiate ;

2.    l’efficience – les États-Unis disposent d’un avan­tage en comptant sur la présence avancée de forces sur un théâtre régional. On évite ainsi la projection intégrale de forces basées sur le ConUS (Continental United States) - une option qui, pour nombre d’analystes, est plus coûteuse qu’une présence avancée. Sea Basing permet alors de réduire les charges organisationnelles et budgétaires de la projection des forces sur un théâtre qui serait ordinairement délaissé par les forces navales ;

3.    la dimension réseaucentrée et interarmées – les bases navales avancées sont constituées de capacités de combat réparties en de multiples plates-formes reliées entre elles dans le cadre d’un réseau. La révolution technologique dans le domaine informationnel doit permettre l’in­tégration dans un champ de bataille unifié des différentes unités de combat situées sur terre (sur le ConUS ou sur le territoire d’un pays ami ou allié) et sur mer.

Dans la foulée de son argumentation pro-inter­armées, le CNO insiste sur le développement de forces réseaucentrées permettant la conduite d’opérations en coalition au plan mondial. Ce souci a poussé les concep­teurs de Sea Power 21 à imaginer la constitution de FORCEnet, un réseau de commandement intégré per­mettant d’assurer la gestion d’opérations de combat interarmées depuis la mer et qui constitue la colonne vertébrale de Sea Power 21. Le Strategic Studies Group du CNO, basé à Newport (Rhode Island) a défini FORCEnet comme la “construction opérationnelle et le cadre architectural pour le combat naval à l’âge de l’in­formation, intégrant les combattants, les senseurs, les réseaux, le commandement et le contrôle, les plates-formes et les armes dans une force de combat réseaucen­trée et adaptable à tous les niveaux de conflit s’étendant du milieu maritime au milieu spatial, et de la mer à la terre[17].

FORCEnet constitue l’une des premières applica­tions de la guerre réseaucentrique (Network Centric Warfare) et devrait permettre une liaison étroite des informations d’origine navale, interarmées et nationale en vue d’atteindre une meilleure connaissance de l’envi­ronnement opérationnel. À cette fin, le CNO a établi un nouveau commandement – le Naval Network Warfare Command – situé à Norfolk, qui est chargé d’assurer la transposition de FORCEnet au niveau opérationnel[18] et permettre à l’USN et au Marine Corps d’exploiter correc­tement la révolution dans les affaires militaires et d’opti­maliser l’emploi de l’information dans les futures opérations de combat.

Perspectives critiques

Peu après sa présentation, Sea Power 21 a fait l’objet de nombreux commentaires pour le moins tran­chés, certains experts indiquant que si le concept affiche un style “lourd”, le fonds révèle une inquiétante légèreté. Les notions développées ne constitueraient pas des innovations majeures et ne semblent pas traduire de profondes modifications dans la stratégie navale US, en tous cas pas celles d’une ampleur comparable à ce qu’avait souhaité le Congrès[19]. Il y a cependant tout lieu de reconnaître que, loin de révolutionner les visions déjà développées par l’US Navy, Sea Power 21 se contente pour l’essentiel de synthétiser des préceptes déjà appliqués.

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de la dimension factuelle de ces critiques, il faut s’interroger sur la manière dont l’USN a intégré les révolutions technologiques au sein de son cadre doctri­nal. On ne saurait trop insister à cet égard sur la nécessité de différencier deux formes de révolutions que l’entendement commun tend usuellement à confondre. La première consiste en une transformation substan­tielle et inédite des conditions techniques dans lesquelles évoluent les forces armées d’une nation. Une seconde forme concerne la structure même du système mondial et la substitution à un ancien environnement de sécurité d’un nouveau dont les risques et enjeux ont changé d’identité. C’est avec un scepticisme à peine voilé que Jan S. Breemer évalue, à l’aune de ces observations, l’impact des seules innovations technologiques sur l’éla­boration des doctrines navales. D’une manière générale, les forces navales auraient inséré les innovations techno­logiques aux cadres d’action stratégique existants, plutôt que d’adapter ces derniers à l’évolution des équipe­ments[20]. Or, ce procédé s’est révélé peu promet­teur et encore moins gage de succès. Cette incapacité à pleine­ment tirer profit des nouvelles conditions techni­ques peut sans doute, dans le cas de l’USN, trouver son expli­cation dans la persistance de la vision mahanienne de la stratégie.

Celle-ci consiste à affirmer que “malgré les change­ments dans les conditions de la guerre qui se produisent d'âge en âge avec les progrès de l’armement, il y a cer­tains enseignements de l’histoire restés invariables, d'une application universelle et constante, qui peuvent être élevés au rang de principes généraux[21]. Or, pour Samuel Huntington, la vision mahanienne ne vaut plus dans des conditions internationales qui ne sont plus caractérisées par une confrontation pour la domination des mers. C’est ainsi que les forces navales doivent être orientées en direction des littoraux où se concentreront d’ici 2030, selon des estimations des Nations Unies, les deux tiers de la population mondiale[22]. Or, toutes ces questions affectent Sea Power 21 dans son identité même : est-elle simple organisation des forces ? Cadre opérationnel structurant des concepts tactiques ? Porte-t-elle un mes­sage, est-elle le reflet d’une stratégie ?

Sea Power 21 et la débat sur la présence avancée des forces US

Dans un tel contexte, une distinction claire entre les deux concepts de Sea Basing et Sea Shield s’avère fort périlleuse et engendre de nombreuses controverses. Postulant la projection de la souveraineté nationale américaine, Sea Basing ne constitue qu’une formulation nouvelle de la présence avancée de la Navy, qui consistait à affirmer que la présence de l’USN contribuait à préve­nir et contrôler les conflits et à modeler/influer l’environ­nement politique des régions où elle était déployée.

Les fonctions de la présence avancée

Dans sa première acception (prévention des conflits), les tenants d’une présence avancée insistent sur l’utilité d’un déploiement expéditionnaire des services navals – l’US Navy et le Marine Corps – en vue de contenir les crises avant que celles-ci n’escaladent dans la violence et ne conduisent, à terme, à une véritable guerre[23]. Il est vrai, comme le rappelle Bruno Colson, que “l’US Navy constitue la première ligne d’observation et de défense, ce que les Américains appellent le « fil de détente » (tripwire) ou le signal d’alarme”. “La force navale”, poursuit-il, “a l’avantage de pouvoir manifester par sa seule présence dans certaines eaux, l’intérêt améri­cain pour la zone ou son souci de la situation. Elle peut aussi projeter la force rapidement, en vue d’une action offensive limitée […][24]. En réalité, la présence avancée, en tant que première ligne de défense et d’alerte, peut être déclinée en quatre fonctions essentielles et syner­gistiques :

1.   la prévention au sens strict du terme, où la présence navale continue offre aux alliés une assurance sur l’engagement des États-Unis à garantir leur sécurité. C’est l’impact psycholo­gique d’un tel déploiement qui contribue de façon essentielle à la prévention, plus que la présence physique effective.

2.   la dissuasion est nécessaire lorsque la seule présence physique ne parvient pas à prévenir une crise. Dès lors, des mesures décisives vis-à-vis d’un adversaire qui souhaiterait remettre en cause le statu quo sont prises de telle sorte que la présence avancée devient un instrument de diplomatie coercitive.

3.   la résolution vise un spectre d’emploi de la force lorsque la prévention et la dissuasion n’ont pas empêché une crise. La projection d’une force en temps et lieux nécessaires, sans que quelque autorisation préalable d’un pays étranger ne soit requise, permet l’exploitation de la dimension transocéanique de l’USN. L’opération Enduring Freedom a illustré les bénéfices tirés d’une pré­sence avancée : les bases américaines dans le nord de la mer d’Oman ont permis 72 % des sorties d’attaque tactique et le lancement de plus de 50 % des armes guidées utilisées en Afghanistan[25].

4.   la pérennité de la cessation des hostilités par le maintien d’un niveau de forces suffi­sant et crédible, doit empêcher toute remise en cause de l’équilibre issu de conflit.


La combinaison des quatre fonctions peut être synthétisée comme suit :

 

 

 

  Schéma extrait de l’ouvrage de Richard Kugler, Changes Ahead : The Future of US Overseas Military Presence, Santa Monica, Rand Corporation, 1998, p. 10.

Façonner le système international ?

La conception selon laquelle une présence avancée peut façonner le système international est plus discu­table. En dépit des avantages manifestes que semble présenter une telle posture dans des zones susceptibles de constituer de futurs théâtres de crises, de nombreuses voix se sont élevées en vue de repenser l’emploi de l’US Navy et du Marine Corps en temps de paix. Daniel Gouré a raison de rappeler que la présence outremer de la Navy autant que l’octroi aux commandements régio­naux de responsabilités diplomatiques découlent, dans une large mesure, du désinvestissement dans la poli­tique étrangère US depuis le début des années 90[26]. La présence avancée devenait donc un substitut, somme toute provisoire, mais néanmoins essentiel, à la gestion de la stabilité de régions qui restent d’un intérêt fondamental pour Washington.

En dépit des avantages que présente a priori le déploiement d’une présence avancée – et a fortiori pour l’US Navy en tant que service (armée) –, on ne peut que s’interroger sur la réelle crédibilité d’une telle contribu­tion dans le désamorçage ou l’anticipation d’une crise. Il ne s’agit pas de nier l’utilité opérationnelle de forces navales outremer. En fait, la question est plutôt : une telle capacité de réponse est-elle décisive ? Dans son acception diplomatique, l’outil naval suscite une certaine perplexité parmi les analystes ; affirmer que la présence avancée contribue à modeler l’environnement internatio­nal est une formulation quelque peu lapidaire. Que signifie “façonner” (shape) l’environnement internatio­nal ? S’agit-il d’une capacité d’influencer le jeu politique interne d’un pays dont la stabilité constitue un enjeu pour les intérêts américains ? Ou bien d’une faculté d’altérer de manière favorable la santé socio-économique d’un État ou d’une région d’une manière telle qu’elle renforce la prospérité de la nation protectrice – i.e., les États-Unis ? On le voit, la réponse à ces interrogations se révèle à la fois controversée et politiquement chargée.

Il est toutefois évident qu’on ne saurait exagérer l’apport d’une présence avancée en matière de préven­tion des conflits. Il n’existe pas d’observations qui attes­tent des réels bénéfices, coûts, avantages et inconvé­nients d’une telle posture[27]. En outre, l’envoi de porte-avions exige la mobilisation de ressources logistiques et budgétaires considérables pouvant paralyser à terme les avantages stratégiques de la puissance navale. Il faut y ajouter les contraintes liées à l’entretien, à l’entraîne­ment et à la récupération des forces projetées. Ainsi que le faisaient remarquer les commodores Wright et Ratliff de l’USN, seul un tiers des forces totales de la Navy sont déployées et prêtes à exercer depuis la mer une influence directe et décisive sur les événements.

Au surplus, la part des forces effectivement déployées tend à se réduire progressivement. Toute force navale ayant accompli une mission expéditionnaire d’une durée de six mois entre ensuite dans un cycle de récu­pération. Or, au terme de ce cycle, le degré de prépa­ration des unités de l’USN est souvent jugé comme insuf­fisant, un débat sur la préparation des forces qui avait affecté l’US Army en 2000. Aussi, les contraintes budgé­taires qui se posent pourraient-elles conduire à réduire fortement la capacité de projection de la puissance mili­taire américaine sur un théâtre éloigné[28]. Le vice-amiral McGinn remarquait ainsi que tout engagement supplé­mentaire de la Navy exigeait une réduction des opéra­tions ailleurs ou, à tout le moins, une réduction globale de la qualité de l’engagement des flottes américaines[29].

À côté de ces arguments techniques, la crédibilité du rôle des forces navales, qui tire ses fondements des leçons de l’histoire, est remise en question. Ainsi, John J. Mearsheimer affiche un scepticisme résolu quant à la réelle capacité des seules forces navales d’influer sur les dynamiques régionales. Dans l’hypothèse d’un conflit affectant sérieusement les intérêts vitaux des États-Unis, il est peu probable, selon le chef de file du “réalis­me offensif”, que les autorités politico-militaires limitent leur action au seul déploiement d’infrastructures nava­les. Celles-ci devront, obligatoirement, être complétées par des dispositifs terrestres sur le théâtre de crise. Or, l’expédition outremer s’est toujours révélée fort risquée. En présentant de la sorte la dimension maritime de la puissance, Mearsheimer fait – et c’est regrettable – peu de cas des capacités de projection de force dont disposent aujourd’hui les États-Unis.

Les innovations technologiques dans le transport stratégique, l’information et la déployabilité des structu­res de commandement et de contrôle rendent, semble-t-il, les États-Unis à même d’assurer une projection de forces inédite en terme de délais et de distances. Par ailleurs, le contrôle de théâtres conflictuels implique de moins en moins l’occupation d’un territoire. Une expédi­tion militaire pourrait, selon certains observateurs, rési­der désormais dans un envoi de forces d’intervention rapide, chargées de conduire une opération “chirurgicale” aux moments et lieux critiques du cycle de violence visé (swarming). Cette capacité a conduit certains milieux à défendre un principe d’intervention paradoxalement isolationniste au terme duquel les forces stationnées sur le territoire (Continental United States – ConUS) seraient capables d’assurer la projection mon­diale des forces.

“America, come home !” ou l’attrait de la posture ConUS

Les États-Unis recherchent, depuis la fin de la Guerre froide, des principes limitant leur action politi­que et militaire dans le monde. Les responsabilités dont ils ont hérité lors de la dissolution de l’Union soviétique furent tièdement accueillies par l’opinion publique et une partie de l’establishment politique. En même temps, “l’hyperpuissance américaine” – pour reprendre les termes d’Hubert Védrine – ne peut se décharger d’une mission de civilisateur stratégique global. L’Amérique vit encore avec le souvenir des lendemains du traité de Versailles de 1919 : son retrait des affaires internatio­nales avait permis aux germes du nationalisme et de toutes les intolérances de se développer. Le succès de leur engagement en Europe après 1945 leur a montré la nécessité de ne pas se replier dans une posture isola­tionniste. Il n’empêche, l’Amérique de l’après-Guerre froide demeure séduite par l’idée de pouvoir se désen­gager de certaines régions du monde, et en tout premier lieu d’Europe. Aussi existe-t-il toujours, en Amérique, une hésitation entre le maintien d’une présence avancée et une posture sur le Continental United States (ConUS) à laquelle serait adjointe une capacité de projection de force.

Si l’on en croit Bradford Dismukes, une posture militaire avancée – basée pour l’essentiel sur l’expédition de moyens navals outremer – représente une option plus efficace et crédible qu’une simple posture ConUS[30]. L’auteur, qui affirme qu’une stratégie de type ConUS relève de la vision de ceux qui défendent un interven­tion­nisme plus modéré des États-Unis, ajoute que ceux-là mêmes ne semblent pas réaliser les inconvénients d’un tel dispositif. Parmi ceux-ci on citera, dans un premier temps, le cadre d’action nécessairement unilaté­ral d’une éventuelle intervention conduite intégralement ou pour l’essentiel à partir du territoire des États-Unis ou d’une base avoisinante. Selon cette vision, il importe ainsi de développer, au sein même des forces, un degré de technologie tel qu’une action sans le concours d’alliés ou partenaires potentiels puisse être envisageable.

Dans le cas d’une posture ConUS, le déploiement, au demeurant fort parcellaire, de forces navales ne répondrait qu’à la nécessité de disposer de bases straté­giques élémentaires qui viendraient à être complétées en temps de guerre par des contingents en provenance du sol américain, réduisant la stratégie navale américaine au Sea Basing. Diksmukes reconnaît cependant que pareille conjecture demeure encore hypothétique dans les états doctrinal et technique actuels[31].

Les attraits de la présence avancée

Aussi l’auteur milite-t-il en faveur d’une posture avancée qui, selon lui, présente de sérieux avantages par rapport au dispositif ConUS. Elle implique l’exécution d’activités secondaires mais essentielles, regroupées en servitudes selon l’amiral Raoul Castex. Comme il le rappelait fort justement, “la stratégie n'est souvent pas libre. Dans beaucoup de cas, elle est influencée par de nombreux facteurs étrangers à son propre domaine […] qui conduisent toute force à entreprendre des opérations déterminées[32]. En l’occurrence, les servitudes impli­quent un large éventail d’actions allant de la conduite d’exercices conjoints ou d’entraînements des seules forces US sur un sol étranger, des concertations entre insti­tutions militaires nationales et étrangères, l’entraîne­ment de militaires étrangers aux États-Unis ou encore la consolidation de la démocratisation des institutions militaires d’anciens États autoritaires/totalitaires, etc.

Mais, plus encore, toujours selon Dismukes, la présence avancée, parce qu’elle permet de combiner les forces alliées à celles des États-Unis, répond aux préoc­cupations de l’électorat américain à la fois en matière de sécurité et quant aux risques de pertes. Là où de tels déploiements présentent un risque perçu comme élevé, Washington souhaite développer des cadres d’interopéra­bilité où l’US Army – la plus vulnérable aux pertes – ne sera pas seule à combattre. Aussi, l’USN serait-elle amenée à une action multinationale qui, au-delà de ses aspects techniques, sert également à rassurer les alliés et partenaires des Américains sur l’engagement de ces derniers – une garantie que ne peut offrir, par définition, une posture de type ConUS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Facettes de la dissuasion issue de la présence avancée

Selon Dismukes, il existe aussi une dimension dissuasive des forces expéditionnaires. Par rapport à la présence avancée, la capacité de contrainte psychologique d’une posture de type ConUS est moindre, parce qu’elle confère à l’adversaire une dangereuse capacité d’initia­tive, la concentration des forces US sur le territoire national marquant avant tout une posture défensive. Aussi, le défi auquel Washington est confronté pourrait être de découpler une posture continentale de sa conno­tation purement défensive. Et donc, de rendre possible une offensive depuis le ConUS, avant même que l’adver­saire ait pu mobiliser ses forces et saisir l’offensive. Ce coup de force stratégique requiert cependant l’intégra­tion et la maîtrise de technologies pour lesquelles il n’existe pas encore de doctrines établies et opération­nelles. En l’attente de leur avènement, les responsables politiques et militaires doivent se rendre compte des coûts qu’entraînerait le choix d’une posture continentale. Coûts socio-politiques, d’une part. Il est toujours plus éprouvant de convaincre l’opinion publique de la nécessi­té d’une projection de forces impliquant la mobilisation et le départ d’effectifs alors qu’une présence avancée permet de les déployer préventivement et de créer une normalité à la fois institutionnelle et politico-médiatique. Coûts financiers ensuite, car le déploiement de forces sur un théâtre étranger, sans l’appui et le soutien opération­nel d’alliés ou de partenaires, exigerait la préparation d’un éventail encore plus large d’effectifs, d’infrastruc­tures et de logistiques.

Une seconde raison dans le sens d’une contrainte psychologique issue de la présence avancée tient à la combinaison de la démonstration de force et du discours. La seule dimension discursive de la politique étrangère ne peut suffire à convaincre un adversaire de la résolu­tion d’un État, l’ombre de la compellence de Schelling restant portée par la réalité du monde, de sorte que toute dissuasion est directement liée à la crédibilité des forces militaires. À l’inverse, une posture de type ConUS recourt pour l’essentiel, sinon exclusivement, à une activité diplomatique évacuant toutes les autres moda­lités de “gestion de crise”.

Conclusion

Si les dehors novateurs de Sea Power 21 cachent une certaine vacuité conceptuelle, ils ne doivent pas nous faire oublier que les réflexions en cours depuis dix ans n’ont pas connu de véritables cadres structurants. De ce point de vue, si Sea Power peut apparaître limité dans ses ambitions, la controverse qu’il semble susciter illus­tre surtout l’affrontement en cours entre deux logiques, dépassant largement la stricte stratégie navale américaine.

L’administration Bush a revalorisé l’outil militaire tout en remettant en question ses cadres d’utilisation. Et si l’on parle plus désormais de transformation que de révolution, c’est que les difficultés de mise en pratique des théories issues de la RMA cachent bien mal un héri­tage stratégique fondé sur la mise à disposition de la plus large palette possible d’options aux dirigeants politi­ques. Et les options choisies par Donald Rumsfeld à ce stade dénigrent le contact par rapport à l’engagement à distance, donnant corrélativement priorité à l’Air/ Space Power. Dans un tel contexte, la Navy doit non seulement prouver son utilité, mais aussi défendre ses budgets, le secrétaire à la Défense ayant, par exemple, affiché son scepticisme sur la nécessité des porte-avions en regard d’autres options. Or, la réponse que le CNO apporte à ces interrogations met en quelque sorte l’administration au pied du mur en termes de stratégie et de vision du monde.

Derrière Sea Power 21, c’est en effet, et nous rejoi­gnons ici Dismukes, une lutte entre les tenants d’une vision interventionniste des États-Unis et ceux d’une vision isolationniste (ou faux-isolationniste)[33] qui se tient. Le nouveau concept permet certes d’amalgamer toutes ces causalités, interrogations et concepts, permet­tant des options tellement larges qu’elles en sont parfois contradictoires. Mais il lui manque cependant quelque chose qu’il n’est pas en mesure de créer, car il en dépend : une vision arrêtée de l’engagement US dans le monde.



[1]     From the Sea. Preparing the Naval Service for the 21st Century, Department of the Navy, Washington D.C., septembre 1992.

[2]     Nicole Vilboux, Les Stratégies de puissance américaine, Paris, FRS/Ellipses, 2002, p. 130.

[3]     Lieutenant David Ausiello, CNO Introduces “Sea Power 21” Construct, Newport, Naval War College Public Affairs, 12 juin 2002, http://www.chief.navy.mil/navpalib/ cno/news/clark020612.txt.

[4]     Admiral Vernon Clark, cité par Andrew Koch, “Sea Power 21 to Change the Face of US Navy”, Jane’s Defence Weekly, 19 juin 2002, vol. 37, n° 25, p. 3.

[5]     Très imprégné des principes interarmées, ses expériences aux postes de commandant du Carl Vinson dans le golfe Persique et de commandant adjoint de la Joint Task Force en Asie du Sud-Ouest ont participé à la maturation de Sea Power 21. Marty Kauchak, “Navigating Changing Seas”, Armed Forces Journal International, août 2002, p. 26.

[6]     Philip M. Balisle, “Transforming the 21st Century Surface Navy. A New Age in Sea Power”, Armed Forces Journal Interna­tional, septembre 2002, p. 62.

[7]     Admiral Vernon Clark, Sea Power 21 : Operational Concepts for a New Era, Naval War College, Current Strategy Forum, 12 juin 2002, http://www.nwc.navy.mil/pao/cnoremarksCSF.htm.

[8]     Vice Admiral Cutley Dawson & Vice Admiral John Nathman, “Sea Strike : Projecting Persistent, Responsive and Precise Power”, U.S. Naval Institute Proceedings, décembre 2002.

[9]     Vice Admiral Cutley Dawson & Vice Admiral John Nathman, art. cit.

[10]    À titre d’exemple, sur le CVN-77, l’îlot dispose de 21 antennes en lieu et place de 73 sur les navires précédents.

[11]    David H. Lewis, “Naval Technology Development Must Chan­ge”, U.S. Naval Institute Proceedings, octobre 2003, p. 2.

[12]    Craig Hoyle & Andrew Koch, “Yemen Drone Strike : Just the Start ?”, Jane’s Defence Weekly, vol. 38, n° 20, 13 novembre 2002, p. 3.

[13]    Thomas G. Mahnken, “Transforming the U.S. Armed Forces. Rhetoric or Reality ?”, Naval War College Review, vol. LIV, n° 3, été 2001, p. 95.

[14]    Sur le concept de Forward Littoral Dominance, http://www. nwdc.navy.mil/Concepts/LCS.asp

[15]    Vice Admiral Mike Bucchi & Vice Admiral Mike Mullen, “Sea Shield : Projecting Global Defensive Assurance”, U.S. Naval Insti­tute Proceedings, novembre 2002.

[16]    “Bouclier” en grec, Aegis est un radar tridimentionnel de gran­de portée qui a été déployé sur les CG-47 Ticonderoga, sur les DDG‑51 Arleigh Burke et, dans une version modifiée, sur les destroyers japonais de la classe Kongo.

[17]    Vice Admiral Richard W. Mayo & Vice Admiral John Natham, “ForceNet. Turning Information into Power”, U.S. Naval Institute Proceedings,  février 2003, p. 43.

[18]    Philip M. Balisle, art. cit., p. 62.

[19]    Critiques et observations de sources officielles et anonymes rapportées par Gopal Ratnam, “Critics Question Depth of Navy’s Sea Power Vision”, Defense News, 24-30 juin 2002, p. 12.

[20]    Jan S. Breemer, “The End of Naval Strategy: Revolutionary Change and The Future of American Naval Power”, Strategic Review, vol. XXII, n° 2, printemps 1994, p. 40.

[21]    Alfred Thayer Mahan, Influence de la puissance maritime dans l’histoire, 1660-1783, Paris, Claude Tchou, coll. “Bibliothèque des introuvables”, 2001, p. 25.

[22]    Kim Burger, “Fighting in the Streets”, Jane’s Defence Weekly, vol. 38, n° 21, 20 novembre 2002, p. 23.

[23]    Admiral Jay L. Johnson, op. cit., p. 2.

[24]    Bruno Colson, Le Tiers-monde dans la pensée stratégique américaine, Paris, Economica-ISC, 1994.

[25]    Robbin Laird & Scott C. Truver, “A New Naval/Military Model fot the 21st Century. Sea Based Forces and Military Transforma­tions”, Sea Power Magazine, décembre 2002, in http://www. navyleague.org.

[26]    Daniel Gouré, “The Tyranny of Forward Presence”, Naval War College Review, vol. LIV, n° 3, été 2001, p. 15.

[27]    Harlan Ulman, “Powers, Politics, Perceptions and Presence: What’s It All About?”, in Daniel Gouré (ed.), Naval Forward Presen­ce : Present Status, Future Prospects, Conference Report, Washing­ton D.C., Center for Strategic and International Studies, 1997, p. 42.

[28]    Cf. David K. Wright & Christopher S. Ratliff, “Balancing Act. US Navy Challenged by Need to Maintain Current Readiness While Preparing for the Future”, Armed Forces Journal International, avril 2000, pp. 43-45 ; Edward N. Luttwak, Le Grand livre de la stratégie, de la paix et de la guerre, Paris, Odile Jacob, 2002, pp. 77-81.

[29]    Déclaration du vice-amiral Dennis Mcginn, Commandant de la troisième flotte des États-Unis, devant le sous-comité sur les acqui­si­tions du Congrès, 29 février 2000.

[30]    Bradford Dismukes, “The U.S. Military Presence Abroad”, Strategic Review, vol. XXIII, n° 2, printemps 1995, p. 50.

[31]    Bradford Dismukes, art. cit., p. 51.

[32]    Cité par Hervé Coutau-Bégarie, La puissance maritime. Castex et la stratégie navale, Paris, Fayard, 1985, p. 90.

[33]    Joseph Henrotin et Tanguy Stuye, “Le faux isolationnisme américain : un retournement du monde ?”, L’Echo, jeudi 27 février 2003, p. 2.

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