La diplomatie navale au service du maintien de la paix :
l’opération Saphir II et l’indépendance de Djibouti[1]

Laurent Suteau

L'Intervention, action extérieure, assistance rapide …par trois fois depuis un quart de siècle les gouvernements de la Ve République ont cherché à définir la réponse qu’ils ont apportée aux défis que l’outre-mer n’a jamais cessé de lancer[2]. L’assaut des paras français sur Kolwezi, au mois de mai 1978, a toujours été considéré comme la première et la plus marquante des actions extérieures post-coloniales. Ce type d’opération succède, dans la pensée militaire fran­çaise, à l’intervention extérieure qui s’inscrivait essen­tiellement dans le cadre des accords de défense avec les anciennes colonies. Se résumant à un rôle de gendarme[3], l’armée intervenait moins pour les défendre contre une menace étrangère que pour prévenir les crises internes. Cette diplomatie militaire devait permettre de maintenir la stabilité dans la sphère d’influence née de la déco­lonisation en Afrique, en donnant à ces pays les moyens de pérenniser leur indépendance. À partir des années 1970, et plus particulièrement après la guerre du Kippour, le contexte international change. On passe alors des interventions aux actions extérieures. “Il s’agit désormais de répondre à toute menace, que ce soit pour honorer des accords, protéger des intérêts vitaux ou faire obstacle à des manœuvres de déstabilisation[4]. Leur théâtre privilégié est l’outre-mer en général, l’Afrique en particulier, et concerne avant tout l’armée de terre.

Cependant, un an avant Kolwezi, la marine a déployé une force aéronavale sans précédent au large de Djibouti au printemps 1977. L’opération Saphir II a pour objectif d’assurer l’intégrité de ce territoire au moment de son indépendance. Aussi important soit-il, ce déploie­ment est passé, à l’époque, quasi inaperçu et reste aujourd’hui encore méconnu. La presse généraliste n’a fait, le plus souvent, qu’évoquer en quelques mots la présence du porte-avions Clemenceau[5] et seul Le Monde y consacre une partie d’un entrefilet[6]. Dans ce contexte, l’article du Guardian du 9 mai 1977 apparaît plus éloquent que ces quelques allusions : “to maintain the peace during the transition period and immediatly after independence it has assembled the biggest naval force it as never had in the idian Ocean, led by the aircraft carrier the Clemenceau and seventeen other ships of various sorts[7]. Dans la presse militaire officielle, les opérations ne sont jamais décrites. Cols Bleus se contente de dresser un rapide bilan du déploiement en soulignant les capacités d’intervention de la Marine outre-mer sur une longue période[8]. Armées d’Aujourd’hui n’y consacre, pour sa part, que deux petites brèves qui annoncent Saphir II comme un simple mission de présence[9]. Les chroniques dans les mensuels, la Revue Maritime et Défense nationale, n’évoquent que tardive­ment le déploiement, en juin 1977, soit avec trois mois de retard, et ne publient son bilan qu’en avril 1978, quatre mois après le retour du dernier navire[10]. La littérature scientifique ne lui fait guère plus d’honneur. Seule la thèse de Jean-Marc Balencie[11], et les deux articles qui en sont issus[12], abordent de manière développée cette opération. Les autres études, sur la géostratégie ou la géopolitique de l’océan Indien ne lui consacrent au mieux que quelques lignes[13] ou ne traitent que de l’indépen­dance du territoire[14]. Les témoignages des acteurs, et non des moindres, comme les mémoires du président Valéry Giscard d’Estaing[15], se concentrent uniquement sur les enjeux politiques et diplomatiques de l’indépen­dance et n’évoquent que très rarement l’opération navale.

Pourquoi un tel désintérêt ? Georges Buis, dans Le Point, dès janvier 1973, avance une première explica­tion : “La Méditerranée, ce lac, tout le monde connaît ou croit connaître. L’Atlantique ? On en parlerait plutôt trop. Le Pacifique ? On sait qu’il est un champ clos à la démesure des super-grands […] L’océan Indien, lui, est oublié[16]. Mais la raison principale tient avant tout au déroulement même des opérations. L’indépendance du Territoire Français des Afars et des Issas s’est déroulée sans qu’aucun coup de canon ne soit tiré, sans ces coups d’éclat qui font la une des journaux.

Doit-on alors considérer Saphir II, dans un contexte de décolonisation tardive, comme une simple mission de présence, c’est-à-dire une des dernières interventions française outre-mer ? Ou au contraire, de par l’impor­tance du déploiement et des enjeux, comme la première action extérieure, un an avant Kolwezi ?

Pour y répondre, les phases de l’opération seront décrites dans une première partie, avant d’analyser le contexte et les enjeux politico-militaires régionaux.

Une intervention navale d’une ampleur inégalée

La France reconnaît le droit à l’indépendance pour le Territoire Français des Afars et Issas au printemps 1975. Dans la perspective de l’organisation d’un référen­dum d’autodétermination, le ministère des armées prépare, dans le plus grand secret, dès 1976, un déploie­ment naval, apparu également inéluctable pour le maintien de la paix et de la sécurité dans la région.

La marine envisage, dans un premier temps, l’envoi sur zone du Foch qui s’avère cependant indisponible jusqu’en mai 1977[17]. Dans le même temps, le deuxième porte-avions, le Clemenceau, voit sa capacité opération­nelle, et donc la durée de son déploiement, se réduire par une limitation de son crédit de catapultage[18]. Pour mener à bien la mission qui lui a été confiée, l’état-major doit, dès le mois de janvier 1977, préparer la permuta­tion en mer Rouge des deux navires. Le 4 mars, le Clemenceau reçoit un préavis de mission de caractère secret, levé le 17. Le 25, le porte-avions, sous les ordres du capitaine de vaisseau Capelle, reçoit l’ordre d’appa­reiller le 5 avril. Il forme, avec la frégate anti-sous-marine Tourville et le pétrolier ravitailleur Saône, le Task Group 423.1. Il arrive sur zone le 16 avril après un transit en mer Rouge sans incident. Cette traversée est facilitée par des consignes prudentes de l’amiral commandant la zone maritime de l’océan Indien (ALINDIEN), les manœuvres aériennes étant interdites à moins de cinquante nautiques des côtes du Yémen et de l’Ethiopie. Cette première force est renforcée par des éléments détachés de l’escadre de la Méditerranée[19], déjà sur place, ou des forces maritimes de l’océan Indien : les escorteurs d’escadre lance-missiles Dupetit-Thouars et Kersaint (relevé par le Bouvet), les navires amphibies Ouragan (relevé par l’Orage) et Edic 9094, le pétrolier Lac Tonle Sap (relevé par l’Aberwrac’h) et enfin par les avisos escorteurs stationnés en permanence dans cette zone. ALINDIEN constitue à partir de ces navires des Tasks Groups occasionnels[20]. Cette force imposante qui a compté jusqu’à dix-sept navires dans le golfe d’Aden, est la plus importante déployée par la France, dans cette région, depuis la deuxième guerre mondiale.

L’importance du nombre de navires, le déploiement du groupe aéronaval et le commandement par deux amiraux[21] est un avertissement sérieux pour les pays riverains et les grandes puissances. Plus qu’une simple démonstration de puissance, elle peut être utilisée par la France dans des buts plus coercitifs. Quiconque ne respecterait pas l’intégrité du nouveau territoire risque­rait des représailles conséquentes. Les forces maritimes sont adaptées à ce type de mission. Elles présentent, en effet, une grande souplesse d’utilisation, une endurance et une autonomie d’action. Elles permettent aussi une réactivité quasi immédiate, grâce à leur flexibilité d’emploi et des capacités opérationnelles diversifiées.

Cette dissuasion prend trois formes. Le simple accroissement du nombre des bâtiments, et donc du potentiel naval, dans le golfe d’Aden, représente à lui seul un avertissement de poids contre toute intervention étrangère. Les concentrations, ensuite, d’une ampleur inhabituelle, dans le port de Djibouti (6 à 10 navires) ont une très forte valeur symbolique pour les pays riverains, accentuée par la présence exceptionnelle des porte-avions. Au-delà du simple rapport de forces, elles ont un impact psychologique indéniable sur les opinions publi­ques de la région. Enfin, le groupe aéronaval effectue deux sorties dites d’entraînement, mais qui ne sont rien d’autre qu’une démonstration des capacités de la flotte française.

La première de ces sorties s’effectue du 25 au 29 avril 1977. Elle consiste dans la mise en place des dispositifs et des plans d’opérations. Les bâtiments s’entraînent aux tâches qui pourraient leur être confiées et à appliquer les différents dispositifs prévus faces aux menaces potentielles. Sept bâtiments, renforcés par un avion Atlantic, participent à ce déploiement. Le scénario prévoit : une protection aérienne à partir du porte-avions stationné entre Aden et Berbera contre une menace venant du nord (Yémen), anti-sous-marine et de surface face à une menace venant du sud (Berbera). Les adver­saires sont ainsi bien défi­nis : les capacités aériennes et navales somaliennes, yéménites et soviétiques[22].

Lors de la deuxième sortie, du 6 au 12 mai, le groupe doit assurer la surveillance du Territoire Fran­çais des Afars et des Issas et ses approches aéro-mari­times pendant les élections du 8 mai. Il a pour objectif de contrôler les activités maritimes dans le golfe d’Aden et de maintenir en alerte des moyens renforcés d’assaut et de défense aérienne pendant les journées des 7, 8 et 9 mai. Dix bâtiments, renforcés par un Atlantic, partici­pent au déploiement. Ces dispositions ont permis un transit du porte-avions sous protection multimenaces, la maîtrise opérationnelle de la zone en surface et sous-marine, l’appui et la surveillance du territoire.

Le Clemenceau quitte Djibouti le 11 juin. La relève par le Foch s’effectue en mer Rouge, sans incident, le 14[23]. Le Clemenceau accoste le 21 à Toulon.

Bien que le Foch participe au maintien de la paix dans les atterrages de Djibouti, la diplomatie navale mise en œuvre par la France durant le deuxième semestre de 1977 se rapproche davantage des missions de présence du milieu des années 1970. Le bâtiment effectue 105 jours à la mer durant son séjour (jusqu’en novembre 1977) contre 30 pour le Clemenceau et relâche deux fois hors de la zone d’opération, à l’Ile Maurice et à Ceylan[24].

L’opération Saphir II a atteint ses buts. Le réfé­rendum du 8 mai 1977[25] et les fêtes qui font suite à la proclamation de l’indépendance, le 27 juin, se sont en effet déroulés sans incidents. La situation navale dans le golfe d’Aden est également restée calme, compte tenu du fort accroissement du potentiel français. Les forces somaliennes et éthiopiennes n’ont effectué aucun mouve­ment, le rapport des forces étant nettement en leur défaveur.

 

Composition des marines somalienne et éthiopienne en 1977[26]

 

Somalie

Éthiopie

Vedettes lance-missiles

3

 

Vedettes lance-torpilles

8

 

Patrouilleurs

5

6

Bâtiments de débarquement

1

2

Bâtiments école

 

1

 

Les bâtiments soviétiques ont été particulièrement discrets dans la zone. Ils semblent n’avoir marqué un bref intérêt à la présence du groupe Saphir qu’au début de la première sortie à la mer de chacun des porte-avions. Le nombre de bâtiments du bloc de l’Est a d’ailleurs fortement diminué dès le 30 avril. L’activité sous-marine est également réduite à la présence d’un sous-marin de type Foxtrot, dont le rôle se limite à la pratique du renseignement au profit de la Somalie ou du Yémen. Il ne constituait donc qu’une menace indirecte[27]. Il est possible d’interpréter ce désintérêt comme la volonté des Soviétiques de ne pas se trouver entraînés dans une action aéronavale entre la France et les pays riverains du Golfe. Le seul incident à évoquer est l’accro­chage, sans emploi des armes, entre deux Crusader français et deux Mig yéménites le 7 mai[28]. Cet engage­ment aérien ne s’inscrit nullement dans le cadre des opérations, mais doit plutôt être considéré comme un incident frontalier entre la France et le Yémen.

Malgré un bilan positif, une question reste cepen­dant en suspend : les enjeux politico-militaires justi­fiaient-ils des moyens aussi importants mais sous utilisés ? L’usage de la diplomatie navale était-il alors indispensable ?

La domination navale française en océan Indien en question

Avec l’opération Saphir II, le déploiement des forces maritimes françaises dans l’océan Indien prend une forme plus coercitive. Cette mission est, en réalité, l’abou­tissement d’un processus, enclenché au début des années 1970, qui a permis le renouveau de la diplomatie navale française dans cette région.

Après le retrait d’Indochine, au milieu des années 1950, la Marine nationale délaisse l’océan Indien. Ce dernier n’est plus considéré comme un espace de commu­nications vitales mais, au mieux, comme une zone de transit vers la Nouvelle-Calédonie et une alternative vers la Polynésie. La campagne de onze bâtiments de l’Escadre, dans le sud-ouest de l’océan Indien, durant deux mois, en 1963, reste un fait exceptionnel. La même année, l’état-major décide le déploiement d’une petite force permanente, composée de cinq à sept bâtiments dont deux avisos-escorteurs. Ces unités ont pour mission de montrer le pavillon français en assurant la liaison entre les bases françaises de Diego Suarez et de Djibouti, en relâchant régulièrement aux Comores, plus épisodi­quement à La Réunion. Le temps fort de cette modeste présence est une croisière[29] annuelle, de janvier à mars, selon un programme immuable. Depuis Diego Suarez, la flotte se déploie dans la région de la Corne de l’Afrique, en mer Rouge et en mer d’Oman. Les relâches s’effec­tuent dans les ports de Massahouah (Éthiopie)[30] et à Djibouti. La croisière se conclut par deux semaines de présence dans le Golfe avec des visites en Iran et à Barhein (base anglo-américaine) avant un retour à Madagascar. Cette routine va être remise en cause par les bouleversements régionaux.

À la suite de l’annonce du retrait britannique en 1968, retrait effectif trois ans plus tard, un nouvel ordre régional se dessine. D’autant que cette période est marquée par deux événements déstabilisants pour la présence française dans la zone ouest de l’océan. La fermeture du canal de Suez en 1967 affecte la circulation du commerce maritime. Le contournement obligé du cap de Bonne Espérance renforce le caractère stratégique des positions à proximité du canal du Mozambique. Sur la route des supertankers, à l’âge du tout pétrole et du tout Moyen-Orient, la France dispose d’une base de premier ordre dans ce secteur. La valorisation de la base de Diego Suarez, annoncée depuis les années 1950, devient en effet effective. Afin de s’adapter à cette nouvelle situation géostratégique, la marine va dans le même temps réorganiser le commandement opérationnel avec la création d’un amiral commandant la zone de l’océan Indien et accroître sa présence. Sous l’impulsion de Michel Debré, ministre des Armées, le groupe Masca­reignes rejoint l’océan Indien en février 1972 pour une première campagne de six mois. “Cette force avait une signification politique évidente, consistant à montrer concrètement la détermination de la France à demeurer et à agir dans la zone. Elle possédait également une force opérationnelle patente, en démontrant la possibilité de renforcer les FMOI[31] malgré la fermeture de Suez et la longueur de la route du Cap[32]. Ce déploiement de cinq bâtiments, conjugué au renforce­ment de la flotte perma­nente, marque le début du développement de la présence navale française. En 1972, vingt-six bâtiments se succè­dent, visitant une soixan­taine de ports dans une trentaine de territoires[33]. Le dispositif français prend de l’ampleur à partir de 1974 et la réouverture du canal de Suez en 1975 comme le montre la chronologie ci-dessous. Cependant, la perte de Diego Suarez en 1975 impose un redéploiement des forces maritimes françaises sur Djibouti et La Réunion[34].

Chronologie des campagnes navales en océan Indien de 1972 à 1977

Février / juin 1972

Groupe Mascareignes

Mai / novembre 1974

Groupe Mousson

Octobre 1974 / février 1975

Groupe Saphir (groupe aéronaval)

Mars / juillet 1975

Groupe Thétis

Juin / décembre 1975

Groupe Nérée

Décembre 1975 / mars 1976                

Groupe Aurore

Février / avril 1976

Groupe Orion

Avril / décembre 1977

Groupe Saphir II (groupe aéronaval)

Le milieu des années 1970 marque donc le renouveau du déploiement naval français dans l’océan Indien, au moment même où l’on observe un ébranle­ment des positions occidentales. Cet espace connaît, en effet, à son tour, les grands bouleversements de l’après-guerre : déclin des puissances coloniales, affrontement Est-Ouest et affirmation politique, diplomatique et mili­taire des pays riverains. Ces missions doivent donc être comprises comme un instrument de politique étrangère. Ils permettent à la Marine nationale de devancer les flottes riveraines et extra-régionales, tant sur un plan qualitatif que quantitatif. Dans les faits, ces campagnes se résument à une présence dans le canal du Mozam­bique et à une visite chez des partenaires potentiels de la région. Les anciennes colonies britanniques du sud-ouest (les Seychelles et l’île Maurice) ainsi que les pays du Golfe sont les destinations privilégiées, alors que d’autres pays, qui se sont rapprochés plus ou moins de l’URSS, restent fermés aux navires français : Éthiopie, Madagascar, Mozambique, Somalie, Tanzanie.

Saphir II s’inscrit dans une autre logique. Au moment de l’indépendance du Territoire Français des Afars et des Issas, la présence française est remise en cause. Une grande partie des territoires est touchée par une succession de crises qui les mènent parfois jusqu’à l’indépendance : Madagascar (1972), îles Éparses (1973, litiges territoriaux et juridiques), Comores et Mayotte (1975). La France doit alors éviter un retrait possible sans gloire à l’image des Britanniques. Djibouti reste un des deux appuis français dans la région avec La Réunion. Pour rester présente dans ce port stratégique sur le détroit de Bab el-Mandeb, la France doit dissuader tout agresseur potentiel de la nouvelle république. D’autant plus qu’une autre menace se précise dans la région : le développement des activités sino-soviétiques. Or, les forces françaises sont légères par rapport à leurs adversaires. En particulier, ce territoire sans profondeur, disposant d’un aéroport unique, est très vulnérable aux attaques aériennes. L’acheminement par air de renforts significatifs risquait donc d’être rendu difficile. Celui par mer aurait nécessité un délai trop long. Le groupe aéronaval, en renforçant la présence locale, a donc joué un rôle de sentinelle dans le cadre d’une action pré­ventive[35]. Par cette politique, la France s’affirme comme la puissance régulatrice des conflits dans l’ouest de l’océan Indien en général et dans la Corne de l’Afrique en particulier.

La Corne de l’Afrique, enjeu straté­gique pour la France

Depuis le premier choc pétrolier de 1973, les routes du pétrole ont pris une dimension nouvelle et le détroit d’Ormuz est, plus que jamais, le principal passage pour cette zone de production de l’or noir. Avec la réouverture du canal de Suez, en 1975, la mer Rouge cesse d’être une mer intérieure sans issue et le détroit de Bab el-Mandeb retrouve son caractère stratégique. L’augmentation du nombre de passages dans le canal de Suez atteste de ce regain d’intérêt.

La mer Rouge peut également être abordée comme un lien entre l’océan Indien et la Méditerranée. Le détroit de Bab el-Mandeb et le canal permettent de relier les mondes oriental et atlantique. Des bâtiments de guerre stationnés dans cette zone peuvent soutenir des opérations tant d’un théâtre méditerranéen qu’arabo-persique. Dans cette perspective, un port comme Djibouti apparaît comme un point de relais pour la flotte fran­çaise, car situé approximativement à mi-chemin entre Toulon et le golfe d’Oman. Ainsi, au moment même où l’état-major de la Marine abandonne ses bases outre-mer pour privilégier des flottes de soutien, il maintient deux bases en océan Indien. Il aménage, d’une part, le port de La Réunion et se maintient, de l’autre, à Djibouti[36]. Ces points d’appui ont alors pour rôle d’assurer la présence en océan Indien tout en manifestant les capacités de projection de la France dans ces zones stratégiques[37].

Pour comprendre totalement la situation straté­gique de Djibouti en 1977, on ne peut cependant pas écarter l’analyse traditionnelle, qui privilégie une appro­che terrestre de la question. Le Territoire des Afars et des Issas est, en effet, au cœur d’enjeux territoriaux et ethniques qui se cristallisent autour de la persistance des menaces expansionnistes de l’Éthiopie et de la radicalisation de sa position. L’instabilité de la Corne de l’Afrique pourrait, dès son indépendance, remettre en cause l’intégrité de Djibouti. Plus que le déploiement militaire, cette question est au cœur des préoccupations des journaux français, toutes tendances confondues. Les titres des articles sont révélateurs de cette tendance : “Djibouti sur le chemin de l’indépendance : horizon menacé”[38] ; “Djibouti, une corne menacée”[39] ; “Djibouti : avenir problématique dans une région instable”[40] ; “Djibouti l’indépendance des incertitudes”[41]. Le Nouvel Observateur compare ainsi  la région à “une montagne de poudre” où “il ne manque plus qu’une étincelle pour enclencher un désastre[42]. Christian Hoche, dans l’Express, s’inquiète “qu’aux portes de Djibouti campent […] des armées étrangères, prêtent à guider les premiers pas de la nouvelle république” et “que les deux pays, aujourd’hui socialistes, s’observent le doigt sur la détente[43]. L’Humanité rapporte les propos du président Valéry Giscard d’Estaing annonçant que “la France est prête à garantir la sécurité extérieure du nouvel État”, tout en se demandant “Qu’est-ce que cela signifie ? Qui est visé ?[44]

D’abord la Somalie, dont l’étoile blanche aux cinq branches du drapeau symbolise une grande Somalie qui réunirait les territoires de l’ex-Somalia italienne, l’ex-Somaliland britannique, la province éthiopienne de l’Ogaden, le Northern Frontier District kenyan et le Territoire des Afars et des Issas. Dès son indépendance en 1960, la Somalie refuse de reconnaître les frontières issues de la colonisation faisant de cet irrédentisme un objectif politique primordial. Après un premier échec contre l’Ogaden, en 1963-1964, ce pays, un des plus pauvres de la planète, se dote, en quelques années, d’une des armées africaines les mieux équipées. Cette politique n’a été possible que grâce à la coopération militaire de Moscou. Le soutien soviétique a été tel, qu’en 1977, la Somalie aligne une armée forte de 23 000 hommes, soit l’équivalent de la moitié de l’armée de l’Éthiopie pour­tant près de six fois plus peuplée[45].

Ce potentiel est également susceptible, du moins en apparence, de déstabiliser les forces françaises. Bien qu’adoptant très rapidement une attitude non belligé­rante en promettant de respecter l’indépendance de Djibouti, Mogadiscio entretient des relations tendues avec la France. “Quant à nous, rappelle le président somalien Syad Barré à un journaliste du Monde en janvier 1977, nous avons déclaré solennellement que nous étions déterminés à respecter l’indépendance et l’intégrité du territoire de Djibouti. […] Mais ce à quoi on voudrait nous amener, c’est à admettre publiquement que les habi­tants de Djibouti n’appartiennent pas au peuple soma­lien. Or, c’est impossible puisque cela reviendrait à nier un fait historique indiscutable[46]. Il ne comprend pas les inquiétudes de la France, qui émet des doutes quant au respect du processus jugé démocratique et pacifique. Au moment même où débute une nouvelle offensive soma­lienne contre l’Ogaden (janvier 1977), Syad Barré par un propos qui se veut rassurant, précise que la dernière chose à quoi songe la Somalie, soyez-en bien sûr, c’est à un conflit armé[47].

Aux côtés de la Somalie, l’Éthiopie représente une menace non négligeable depuis le renversement de l’Empire par un régime militaire marxisant en 1974. Initialement favorable à la présence de la France, gage de stabilité, allié des États-Unis, le pays va progressi­vement basculer dans le bloc adverse. Suite à un coup de force interne, radicalisant le régime, on observe, à partir de 1977, un recul de l’influence occidentale et, en contrepartie, un renforcement de la présence sovié­tique[48]. L’administration Carter, à l’instar du Congrès, refuse de soutenir le nouveau régime dictatorial et marxiste éthiopien. Le choix de l’isolationnisme par les Américains, au moment où débute la guerre de l’Ogaden, a pour conséquence un risque accru pour la survie de l’indépendance de Djibouti[49]. La situation en Érythrée est une autre source d’inquiétude pour Paris. La séces­sion de cette province engagée par la rébellion, active entre 1974 et 1978, aurait des conséquences dramati­ques. L’Éthiopie pourrait être ainsi privée de son seul accès à la mer. Le port de Djibouti deviendrait alors vital pour son économie[50].

La France doit donc prendre en compte cette dimension géopolitique d’autant plus que si la Somalie et l’Éthiopie sont les deux principaux acteurs de la Corne de l’Afrique, elle doit également tenir compte des inter­ventions ponctuelles des pays arabes. C’est le cas particulièrement du Soudan, de l’Égypte, du Yémen du Sud ou de l’Arabie Saoudite. De même, l’URSS, avec le retrait diplomatique des États-Unis, apparaît, en 1977, comme la puissance extra-régionale régulatrice des conflits locaux. Djibouti n’est plus alors uniquement une affaire de politique locale, mais aussi un enjeu pour l’ensemble de la présence française en océan Indien. La marine soviétique est, en effet, active dans le golfe d’Aden à partir de ses installations de Berbera, en Somalie, et au Yémen du Sud. Les livraisons d’armes russes ont, dans le même temps, permis aux marines locales de se développer. En mars 1976, l’amiral de Joybert, chef d’état-major de la Marine, s’inquiète “de la prodigieuse montée en puissance de la flotte soviétique” dans l’océan Indien[51]. Cette crainte d’une mer Rouge soviétique est partagée par l’ensemble des observateurs. Elle est aussi au cœur de l’argumentation des partisans du maintien de Djibouti dans la République française. Michel Debré, ancien chef du gouvernement[52], déclare ainsi, en février 1976 : “Le départ français, c'est-à-dire le retrait de nos troupes, représenterait un signal d’une gravité extrême pour l’avenir de cette partie de l’Afrique et pour les chances occidentales dans l’océan Indien. Je dis bien « occidentales »”[53]. En assurant l’indépendance du terri­toire, la France permet aux Occidentaux de détenir une base dans cette zone stratégique.

Face à ces menaces multiples, Paris va mener un effort diplomatique dont le mode opératoire est des plus classiques : déclaration visant à expliciter notre politi­que, négociations avec les pays de la Corne de l’Afrique et du golfe d’Aden et visites aux gouvernements locaux. En parallèle, le gouvernement va prendre des mesures militaires et particulièrement navales. Ces actions ont “pour objectif majeur le maintien de la paix dans la région qui pourrait être mise en question en l’absence d’indépendance réelle du territoire[54]. Elles doivent donc permettre de mener à bien le processus d’indépendance “sans guerres intérieures et sans difficultés extérieures”[55].

Conclusion

Au final, Saphir II a contribué indéniablement au maintien de la paix et au passage sans heurt à l’indé­pendance. Le ministre français de la Défense, Yvon Bourges, dans un discours prononcé lors du retour du Clemenceau, met en évidence l’action essentielle de la Marine dans la politique étrangère du pays. “Assurant la présence [et] apportant l’amitié française en de nombreux points du globe, plus que jamais dans son histoire, la marine nationale est appelée à un rôle exceptionnel pour le soutien et le respect des intérêts de la France”[56].

Cette utilisation diplomatique des bâtiments de combat, encore appelée diplomatie navale, est particu­lière et souvent méconnue. Elle doit être comprise comme l’exploitation du potentiel naval et l’affirmation de la puissance militaire au service de buts politiques clairement définis, mais dont la concrétisation exclut un usage massif de la force[57]. Face à un risque essentiel­lement aérien et terrestre, mais dans un cadre maritime complexe, la France a privilégié le déploiement préventif de bâtiments de guerre dans le golfe d’Aden. La projec­tion d’une force navale, son comportement, sa compo­sition et ses activités (ou inactivités) peuvent être perçus comme un indicateur de tension prévalant sur un théâtre donné. En y disposant les moyens militaires adéquats, qui lui assurait, avec le renfort de Mirage III, la suprématie aérienne, tout en respectant les eaux territoriales, la République a protégé l’allié djiboutien. Elle a assuré une pression diplomatique sur ses deux principaux voisins. Les marines de guerre, qui peuvent maîtriser la mer, contrer les aviations et soutenir de leurs feux des opérations terrestres, sont ainsi très bien adaptées pour satisfaire aux obligations d’une diplomatie musclée. Une force navale en général, et le porte-avions en particulier[58], a une forte capacité de réaction : “à la fois illimitée dans le temps, graduée dans l’espace et calibrée quant aux moyens”[59].

Le navire de guerre ne doit cependant pas être réduit à la fonction de bras armé de la diplomatie. Il a aussi une fonction politique de par son caractère d’extra-territorialité. Il est symboliquement une parcelle du territoire national mobile et visible à l’étranger. “Sa présence ou son absence, son activité ou son immobilisme recèlent toujours une grande signification politique”[60]. La sortie du groupe aéronaval pendant la période du référendum en est une bonne illustration. Ainsi d’une manière spécifique, la présence d’une flotte française dans le golfe d’Aden atteste de la réalité des capacités d’engagement de la France. Dans le cadre d’une crise régionale, le groupe aéronaval a rempli une fonction symbolique mais de grande importance : témoigner, plus que les deux superpuissances, du statut mondial de la France.

Dans cette optique, l’opération Saphir II peut être considérée comme une des grandes interventions exté­rieures des armées. Cependant, ce déploiement, qui signifiait politiquement aux agresseurs potentiels la détermination de la France, “introduisait militairement des facteurs d’incertitude suffisants pour les dissuader”[61]. Cette opération doit alors être considérée comme un cas de diplomatie navale “de l’exception”, pour reprendre l’expression de Jean-Marc Balencie[62]. Le navire de guerre est ainsi utilisé comme vecteur de dissuasion ou de coercition pour atteindre des objectifs bien précis sans exclure pour autant le recours à la force. Au moyen du groupe aéronaval, la France a pu main­tenir le statu quo et empêcher une intervention de la Somalie ou de l’Éthiopie. Pour Saphir II, il s’agit avant tout d’une action préventive. Le déploiement de la force navale s’est réalisé avant le déclenchement réel et public de la crise dans l’espoir de peser sur d’éventuels signes annonciateurs.

À ce titre, Saphir II doit être considérée comme la première action extérieure de la Marine, un an avant Kolwezi. Certes, “si l’efficacité de la diplomatie navale française […] est indiscutable et finalement perceptible, son impact dissuasif ou coercitif est plus difficile à saisir[63]. Néanmoins, la République de Djibouti, coincée entre deux grands voisins en conflit permanent l’un avec à l’autre, en butte à leurs ingérences dans ses affaires intérieures, est un oasis de calme, même relatif. Mais cet équilibre, qui tient surtout à la présence des forces françaises, demeure structurellement instable. Il n’en demeure pas moins qu’un pays qui serait tenté de remettre en cause la présence française dans une zone quelconque du monde, et plus particulièrement en océan Indien, connaît les moyens coercitifs de sa marine.

Cette opération aura donc permis, à Paris, de proté­ger ses “intérêts vitaux et faire obstacle aux manœuvres de déstabilisation”[64]. Après 1977, Djibouti constitue une base arrière providentielle dans la zone stratégique du Golfe, utilisée lors des principales interventions de la marine nationale dans cette région, particulièrement durant la guerre entre l’Iran et l’Irak[65] et la guerre du Golfe[66].



[1]     Cet article a bénéficié de la relecture attentive et des remarques pertinentes du capitaine de vaisseau Serge Thébaut (chef du dépar­tement marine du Service Historique de la Défense), de Philippe Vial, Jean Martinant de Preneuf, Patrick Boureille (chargés de recherches au SHD), du CA (2S) Bruno Sifantus et de Jean-Marc Balencie. Qu’ils en soient ici remerciés.

[2]     André Foures, Au-delà du sanctuaire, Paris, Economica, 1986, p. 9.

[3]     Le terme de gendarme ne doit pas être entendu ici comme une force de police mais plus comme un élément de stabilisation. Cette expression a d’ailleurs été reprise dans le cadre des missions de la SFOR en ex-Yougoslavie (Stabilization Force).

[4]     André Fourès, op. cit., pp. 10-11.

[5]      Christian Hoche, “Sortir de Djibouti”, L’Express, 2 mai 1977 : “[…] le porte-avions Clemenceau mouille dans la rade de Djibouti” ;

   - Jean-Marc Kalfleche, “Djibouti, calme apparent”, Le Figaro, 6 mai 1977 : “[...] parfaitement rassurés par la présence du Clemenceau et d’un corps expéditionnaire de 6 000 hommes” ;

   - Anonyme, “Djibouti et ses vautours”, Le Nouvel Observateur, 9 mai 1977 : “[…] sans doute le porte-avions Clemenceau, ses avions, ses hélicoptères […] sont-ils là pour garantir la tranquillité de la transition jusqu’à l’indépendance”.

[6]     Jacques Isnard, “Un dispositif naval renforcé”, Le Monde, 4 mai 1977.

[7]     David B. Ottway, “Hanging to gether is better than hanging separately”, The Guardian, 9 mai 1977. Notons que le même journaliste annonce le déploiement français dans un premier article, “The calm before the vote”, Herald Tribune, 7 mai 1977.

[8]     René Guillemin, “M. Bourges et l’amiral Lannuzel ont apponté en Alizé sur le Clemenceau”, Cols Bleus, n° 1479, 2 juillet 1977, pp. 8-9 et “Le Foch a retrouvé Toulon après sept mois de présence en mer Rouge et dans l’océan Indien”, Cols Bleus, n° 1501, 24 et 31 décembre 1977, pp. 4-6.

[9]     EV1 Philippe Marchand, “Saphir 2 en océan Indien”, Armées d’Aujourd’hui, n° 19, avril 1977, p. 7 et “Le Clemenceau à Djibouti”, Armées d’Aujourd’hui, n° 20, mai 1977, p. 9.

[10]    Jean Labayle-Couhat, “Renfort pour l’océan Indien”, Revue maritime, n° 326, juin 1977, p. 685 ; “Retour en métropole du groupe Saphir II”, Revue maritime, n° 335, avril 1978, pp. 1783-1784 ; “Renfort pour l’océan Indien”, Défense nationale, juin 1977, p. 168 ; “Retour en métropole du groupe Saphir II”, Défense nationale, février 1978, pp. 157-159. On notera également la transcription sans analyse du discours d’Yvon Bourges, ministre de la Défense, à Toulon le 21 juin 1977, lors du retour du Clemenceau in Revue maritime, n° 328, août-septembre 1977, pp. 880-881.

[11]    Jean-Marc Balencie, La diplomatie navale française en océan Indien, 1967-1992, vingt cinq ans d’utilisation de la Marine nationale comme outil de politique étrangère, thèse en sciences politiques, sous la direction du professeur Philippe Chapal, Univer­sité Pierre Mendès-France – Grenoble II, 1992, pp. 218-275 (prix de l’Académie de Marine en 1993). Cette thèse, peu diffusée, a été récemment déposée aux bibliothèques du département Marine du Service Historique de la Défense et du Centre d’Etudes Supérieures de la Marine.

[12]    Jean-Marc Balencie, “Le renforcement de la présence navale française en océan Indien au début des années 1970”, Stratégique, 54, 1992-2, p. 257-273 et “La présence navale française dans l’océan Indien”, Stratégique, 55, 1992-3, pp. 203-233.

[13]    Hervé Coutau-Bégarie, Géostratégie de l’océan Indien, Paris, FEDN, Economica, 1993, p. 128 ; Raoul Delcorde, Le Jeu des grandes puissances dans l’océan Indien, Paris, L’Harmattan, 1993, p. 135.

[14]    Helène Mazeran, Géopolitique de l’océan Indien, Paris, CHEAM, 1994, pp. 91-92 ; Mohamad-Reza Djalili, L’Océan Indien, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1978, pp. 67-71.

[15]    Valéry Giscard d’Estaing, Le Pouvoir et la vie, Paris, Compagnie 12, 1988.

[16]    Geoges Buis, “La France prend la relève en océan Indien”, Le Point, n° 17, 15 janvier 1973.

[17]    Le Foch a subi l’avarie d’une de ses machines le 2 juillet 1976. Après une période d’activité réduite, il entre en entretien du 17 janvier au 22 avril 1977. Il effectue des essais machines et une remise en condition opérationnelle du 25 avril au 6 mai, date de son appareillage pour Djibouti. Cette phase de l’opération est préparée dès le mois de mars 1977. Rapport de fin de commandement du porte-avions Foch, commandé par le CV Ghesquière du 26 août 1975 au 9 mai 1977. Service Historique de la Défense, département Marine, Vincennes (passim SHD-M-V), 3 BB4 RFC 142/1.

[18]    Les catapultes n’ont pas subi de visites de contrôle appro­fondies depuis le dernier entretien de longue durée (30 juin – 11 juillet 1975). Le crédit de catapultage (durée de vie de la catapulte) s’en trouve réduit. Il ne reste alors plus que 640 lance­ments au début de la mission. Afin d’économiser le potentiel des catapultes, l’activité aérienne est limitée aux besoins opérationnels et à l’entraînement minimum. Une activité aérienne significative a cependant été menée depuis la terre (BA 188) lors des escales à Djibouti. Rapport de fin de commandement du porte-avions Clemenceau, commandé par le CV Capelle du 17 décembre 1975 au 13 juillet 1977. SHD-M-V, 3 BB4 RFC 73/22.

[19]    Le groupe, constitué d’un transport de chalands de débarque­ment, d’un EDIC et d’un détachement commando, appartenait à l’escadre de la Méditerranée. Il constituait un ensemble opération­nel original envoyé en mission de deux mois dans le sud de l’océan Indien. Il a participé à l’évacuation des Mahorais de Madagascar et à la prévention d’agressions des Comores contre Mayotte. Réguliè­rement prolongé sur zone, il a finalement été intégré à la force Saphir II.

[20]    Courrier 16 EM/OPS, 12 CD, du CA Menettrier, commandant le groupe Saphir II, au contre-amiral commandant les forces mariti­mes de l’océan Indien, “compte rendu Saphir II (1re partie)” du 12 juillet 1977. SHD-M-V, 3 BB4 RFC 330/6 ; et Rapport de fin de commandement de la Marine en mer Rouge et du golfe d’Aden, par le CV Jaouen du 25 juin 1975 au 1 juin 1977. SHD-M-V, 3 BB4 RFC 363/14.

[21]    Le contre-amiral Menettrier, commandant les porte-avions et l’aviation embarquée (ALPA), est désigné pour diriger l’opération. Pour la première fois un groupe aéronaval est ainsi commandé à la mer par un officier général. ALINDIEN, pour sa part, assure le contrôle opérationnel. “Compte rendu Saphir II (1re partie)”, op. cit.

[22]    Ibid.

[23]    Durant cette opération : 433 hommes, 57 tonnes de matériels et d’armements et 10 avions ont été transférés du Clemenceau au Foch les 12 et 13 juin 1977.

[24]    Rapport de fin de commandement du porte-avions Foch. Op. cit.

[25]    “Le oui l’emporte à la quasi unanimité (plus de 98 % des votants)”, Le Monde, 10 mai 1977.

[26]    D’après Jean Labayle-Couhat, “Marines riveraines de la mer Rouge et de l’océan Indien”, Défense nationale, juin 1977, p. 168.

[27]    Message 16 CD ALINDIEN à MARINE PARIS du 13 mai 1977 portant sur l’activité des bâtiments soviétiques durant les sorties à la mer du groupe Saphir du 25 au 28 avril et 6 au 12 mai. SHD-M-V, 3 BB2/3 466. Et “Compte rendu Saphir II (1re partie)”, op. cit.

[28]    “Compte rendu Saphir II (1re partie)”, op. cit.

[29]    Terme employé dans les documents officiels.

[30]    À cette occasion, la marine participe aux Navy Days de la marine éthiopienne aux côtés des Américains, des Anglais et des Soviétiques.

[31]    Forces Maritimes de l’océan Indien.

[32]    Jean-Marc Balencie, “Le renforcement de la présence navale française en océan Indien au début des années 1970”, art. cit., p. 270.

[33]    Ibid.

[34]    La réorganisation des bases en océan Indien a été abordée lors du colloque sur les bases et les arsenaux français d’outre-mer des 22 et 23 mai 2000, notamment dans les communications de Philippe Vial, “Un impossible renouveau, bases et arsenaux d’outre-mer, 1945-1975”, plus particulièrement pp. 268-285 et Guy Pérès, “La DCAN de Diégo-Suarez (1968-1975) ou une entreprise originale de co-auto-développement franco-malgache”. Comité d’Histoire de l’Ar­mement, Service Historique de la Marine, Les Bases et arsenaux français d’outre-mer, du Second Empire à nos jours, Paris, Lavau­zelle, 2002.

[35]    Cf. Jean Drocourt, “Déploiements préventifs”, Armées d’aujour­d’hui, n° 78, mars 1983, pp. 36-38.

[36]    Les accords de défense signés dès le lendemain de l’indépen­dance permettent à la France de maintenir cette base.

[37]    Sur les approches géopolitiques et géostratégiques on peut se reporter à : Jean-Marc Balencie, La diplomatie navale française en océan Indien, 1967-1992,(…) op. cit. ; Hervé Coutau-Bégarie, Géo­stratégie de l’océan Indien op. cit.; Raoul Delcorde, le jeu des grandes puissances dans l’océan Indien, op. cit. ; Helène Mazeran, Géopoliti­que de l’océan Indien, op. cit.

[38]    Laurent Zecchini, Le Figaro, 7 mars 1977.

[39]    René Backman, Nouvel Observateur, 7 mars 1977.

[40]    Pierre Rondot, La Croix, 22 mars 1977.

[41]    Robert Lambotte, L’Humanité, 5 avril 1977.

[42]    René Backman, “Djibouti, une corne menacée”, Le Nouvel Observateur, 7 mars 1977.

[43]    Christian Hoche, art. cit.

[44]    Robert Lambotte, “Djibouti l’indépendance des incertitudes”, L’Humanité, 5 avril 1977.

[45]    Jean-Marc Balencie, La Diplomatie navale française en océan Indien, 1967-1992, op. cit, pp. 249-250.

[46]    André Fontaine, “Les déclarations du général Syad Barré”, Le Monde du 6 janvier 1977 p. 1 et 3.

[47]    Ibid.

[48]    La Corne de l’Afrique est, en effet, le théâtre de l’affrontement des deux blocs. Les États-Unis ont fourni une aide militaire consé­quente dès l’indépendance de l’Éthiopie en 1960. Les fournitures connaissent une très forte augmentation entre 1966 et 1975 : face au 120 millions de dollars octroyés, les Soviétiques rétorquèrent en multipliant par dix les effectifs de l’armée somalienne. Sur cette question : Annick Cizel, “L’administration Carter et la Corne de l’Afrique”, Revue française d’études américaines, n° 61, août 1994, pp. 247-253.

[49]    Annick Cizel, art. cit., pp. 248-250.

[50]    Notons que cette problématique est toujours d’actualité, même après l’indépendance de l’Érythrée. Dans un entretien, en mai 2002, le président Issayas Afeworki propose que les Nations Unies votent l’annexion de Djibouti par l’Éthiopie pour régler le problème de l’accès à la mer. Jérôme Tubiana, “Entretien avec Issayas Aferwoki”, Géopolitique africaine, n° 6, mai 2002, pp. 206-207.

[51]    Anonyme, “L’irrésistible érosion des positions françaises”, Le Monde Diplomatique, décembre 1976.

[52]    En 1976, Michel Debré est député de La Réunion. Il a été Premier ministre de 1959 à 1962, puis ministre des Affaires étran­gères (1968-1969) et de la Défense nationale (1969-1973).

[53]    Michel Debré, “L’océan Indien 1976, présence de la France, gage de paix et d’espérance”, Défense nationale, février 1976, pp. 32-33. Ce numéro de Défense nationale est une publication spéciale en faveur du maintien de Djibouti dans la République. Quatre articles sont ainsi consacrés à Djibouti ou à l’océan Indien. De même, toutes les publicités (17 annonces sur 19) sont consacrées à de grandes entreprises locales ou filiales de sociétés internationales (Air Djibou­ti, Mobil, Société des pétroles de Djibouti), voire à des commerces locaux (quincaillerie, alimentation générale, restaurants, casino, locations automobiles etc.).

[54]    Déclaration de Jean-François Poncet, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, le 10 juin 1976 devant la Commission des Affai­res étrangères de l’Assemblée nationale, Le Monde 12 juin 1976. 

[55]    Déclaration d’Olivier Stirn, secrétaire d’État aux Départements et territoires d’outre-mer, Le Monde, 11 juin 1976.

[56]    “Allocution prononcée par Monsieur Yvon Bourges, ministre de la Défense, le 21 juin 1977, à bord du porte-avions Clemenceau”, La Revue maritime, n° 328 d’août - septembre 1977, p. 880.

[57]    Jean-Marc Balencie, La Diplomatie navale française en océan Indien, 1967-1992, op. cit, pp. 13-16.

[58]    Sur le rôle du porte-avions : Hervé Coutau-Bégarie, Le Problè­me du porte-avions, Paris, Economica, 1990 et plus particulièrement les chapitres V : “À quoi sert le porte-avions ?”, pp. 79-95, et VIII : “La marine dans la politique de la France”, pp. 119-133.

[59]    Jean-Marc Balencie, La Diplomatie navale française en océan Indien, 1967-1992, op. cit, p. 34.

[60]    Ibid, p. 35.

[61]    CF Jean Drocourt, art. cit. p. 38.

[62]    Jean-Marc Balencie, op. cit., pp. 50-51. Ce type de diplomatie s’oppose, selon l’auteur, à la diplomatie du quotidien qui exclut tout recours à la violence. Pour établir cette typologie il conjugue trois paramètres. Le premier est le degré de violence suggéré ou effectif. Une diplomatie martiale violente, guerrière et plus ou moins licite s’oppose à une autre de nature pacifique (aide humanitaire). Le second paramètre est la finalité de l’acte (soutenir, assister, proté­ger, dissuader, menacer, frapper etc.). Bradford Dismukes et James Mac Connel (op. cit.), cités par l’auteur, distinguent ainsi la diplo­matie de coopération (dite encore latente ou diffuse) et celle coerci­tive (dite également active ou manifeste). Enfin Hervé Coutau-Bégarie affine cette dernière typologie en utilisant comme critère distinctif la nature de celui qui est visé. Il différencie  la diplomatie de coopération (soutien à des alliés ou des amis) et celle de coercition (exprimer sa puissance). Hervé Coutau-Bégarie, La Puissance maritime soviétique, Paris, IFRI-Economica, 1983, p. 139.

[63]    Hervé Coutau-Bégarie, “Le rôle de la marine dans la politique extérieure”, art. cit., p. 18.

[64]    André Foures, op. cit., pp. 10-11.

[65]    Sur le déploiement de la marine lors la guerre Iran-Irak : Vice-amiral Le Pichon, “Le groupe aéronaval dans l’océan Indien au cours de la guerre entre l’Iran et l’Irak (juillet 1987 – septembre 1988)”, Revue historique des armées, n° 4, 1995, pp. 53-62.

[66]    Sur la participation de la marine à la guerre du Golfe : Amiral Pierre Bonnot, “La marine dans la guerre du Golfe”, in La Partici­pation militaire française à la guerre du Golfe, Actes de la table ronde du CEHD du 2 février 2001, Cahiers du CEHD n° 21, pp. 59-77.

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