Stratégique n°126-127. Deuxième âge spatial : concurrence et complémentarité des acteurs stratégiques à l’ère du New Space

Georges-Henri Soutou, de l’institut Éditorial
Valentin Degrange
Introduction
La géopolitique du Newspace, entre avantage et technologique et instrument de communication
Pierre Marchand L’exploitation du milieu extra-atmosphérique lointain : quels enjeux géopolitiques ? Le cas des missions spatiales lunaires
Philippe Boulanger Géopolitique du Geospatial Intelligence dans le monde
Anne Maurin « Поехали ! », la vision russe du cosmos. Tenir les points hauts : une affaire d’État
Amaury Dufay Acceptabilité des efforts spatiaux : enseignements et conséquences de l’arrivée à maturité du New Space sur la bataille du faire-savoir
Eric Bertrand Lekini Le New Space extra-atmosphérique : vecteur d’égalisation stratégique ou nouveau heartland de la distribution de la puissance ?
Réponse du Professeur Thierry Widemann
Enjeux stratégiques des activités spatiales militaires
Jean-Jacques Dechezelles Le programme SAMRO, 1977-1982. Premier programme militaire spatial de reconnaissance
Mathieu Bataille L’interaction entre New Space et secteur de la défense aux États-Unis :  quelles conséquences sur les opérations spatiales militaires américaines ?
Brian Kalafatian Du secret à sa libéralisation : le rôle des acteurs publics de la défense et du renseignement dans l’ouverture à la commercialisation de l’imagerie satellitaire aux États-Unis
Les institutions en évolution, de l’État-pilote à l’État-partenaire
Antony Dabila L’émergence des « Armées de l’Espace » et la « martialisation » des programmes spatiaux
Hugo Peter
Le New Space, quel rôle à jouer dans la création de la règle en droit spatial ?
Valentin Degrange Nouveaux acteurs, nouvelle gouvernance : faire du droit spatial à l’ère du New Space
Entretien stratégique
Avec Stanislas Maximin
Varia
Stanislas Gourlez de La Motte Le monde a changé : aide-mémoire stratégique
Actualités de la stratégie – Notes de lecture
Recension

Stratégique n°125 – Décider du juste niveau de violence

Georges-Henri Soutou, de l’institut Éditorial
Geoffroy Leray
Introduction
Axe anthropologique
Geoffroy Leray Anthropologie de la violence
Réponse du Professeur Nicolas Israël
Karine Joyeux Le rôle des femmes dans le combat : arme secrète du chef militaire de demain ?
Axe doctrinal
Nathanaël Ponticelli Sur la notion de guerre totale
Réponse du Professeur Thierry Widemann
Frédéric Blachon La maîtrise de la violence en question
Axe technologique
Damien Sauget Le commandement militaire au défi de la technologie
François-Olivier Corman Commander à l’âge de l’information : comment tirer parti du miracle (ou du mirage) technologique
Philippe Antier L’intelligence artificielle : point de situation
Arnaud Sainte-Claire Deville La technologie au prisme des opérations
Julien Sabéné Quelques leçons d’Hamilton
Arnaud Branthomme / Lauren Dargent / Michaël Huet Man-Machine Teaming : l’avenir de la guerre ?
Martin Motte
Conclusion
Varia
Geoffroy Leray / Paul La Combe Les pandémies à travers les âges : analyse et enseignements
Hugo Tierny L’armée taïwanaise au défi de l’asymétrie contre la Chine
Francis Striby L’armée et le peuple : la doctrine indonésienne de « Défense Populaire Totale » (Pertahanan Keamanan Rakyat Semesta – Hankamrata)
Tancrède Josseran Les Balkans vus par Ahmet Davutoğlu
Actualités de la stratégie – Notes de lecture
Recension

Editorial

Par Georges-Henri Soutou, de l’Institut

Les « espaces communs » (maritimes, polaires, spatiaux, électro­magnétiques…) constituent un domaine essentiel des réflexions actuelles des juristes et des politologues. Mais ils sont égale­ment le lieu de rivalités, voire de conflits, et c’est pourquoi les straté­gistes s’y intéressent de plus en plus. L’ISC ne pouvait pas y manquer.

Mais c’est une question fort complexe. La première notion a été en fait celle des espaces libres, non-appropriés et non-appropriables du point de vue du droit international. Le premier concerné a été l’espace maritime. Le droit international est apparu en fait avec la codification de la liberté des mers. Ce n’est que bien plus tard que l’on est passé à la notion, en fait différente, d’« espaces communs », sous-entendu : à l’ensemble de l’humanité.

Les années 1960-1970 ont vu en effet le développement de la notion d’« espaces communs » en droit international. C’était dans l’esprit du temps : c’était toute la philosophie mondialiste de Teilhard de Chardin[1], dont on sous-estime la considérable influence, c’était l’esprit de Vatican II, celui aussi de l’ONU. Le traité de l’Antarctique de 1959, le traité de l’Espace en 1967 définissaient des espaces communs à tous les États, non-appropriables.

À partir des années 1990 ce courant fut encore renforcé par les thèses post-étatiques et post-nationales[2]. Les frontières étaient dépas­sées par les forces transnationales (économiques, culturelles, reli­gieuses…) et les souverainetés nationales étaient appelées à se dissou­dre à terme dans une gouvernance mondiale. Tous les espaces auraient été alors communs.

Mais il y avait certains garde-fous. Concrètement on était en présence, jusqu’à tout récemment, d’un quasi-monopole occidental sur les techniques et moyens nécessaires pour l’exploitation des espaces communs, du fonds des océans à l’espace : c’était certes une mondia­lisation, mais occidentalo-centrée, donc acceptable, voire utilisable, du point de vue des grands États occidentaux. La communauté des espaces restait théorique, dans la pratique ils resteraient exploités et contrôlés par les Occidentaux et d’abord les États-Unis.

Ça a commencé à changer à partir du président Reagan et du refus américain de ratifier la convention de Montego Bay de 1982 sur le droit de la mer et des fonds marins, quand certains à Washington se demandèrent si, malgré tout, les organismes internationaux n’allaient pas brider désormais la liberté d’action américaine, et s’il ne valait pas mieux revenir à l’unilatéralisme.

Et désormais, on assiste à des tendances à l’appropriation des espaces dits communs, et à la repossession compétitive du monde. Les espaces communs sont devenus un terrain de rivalités et d’affronte­ments. La Stratégie reprend donc ses droits.

C’est tout cela que nous avons pu explorer au colloque de Toulon de 2018, grâce aux organisateurs et aux intervenants, que je remercie au nom de l’ISC, et grâce à l’hospitalité de la Marine natio­nale, et en particulier grâce au commandant en chef pour la Méditer­ranée, le vice-amiral d’escadre Charles-Henri du Ché[3], ainsi qu’au soutien de nos amis toulonnais, en particulier de la FMES.

Et de notre regretté grand ami, Olivier Boré de Loisy, vice-président de l’ISC, qui s’était comme toujours dépensé sans compter pour l’organisation et le succès de ce colloque, et nous avait reçu chez lui, lors d’une soirée que les participants n’oublieront jamais.

 

[1]        Henri de Lubac, SJ, La Pensée religieuse du Père Teilhard de Chardin, Aubier, 1962 ; Jean-Jacques Antier, Pierre Teilhard de Chardin ou la force de l’amour, Presses de la Renaissance, 2012.

[2]        Bertrand Badie, Un monde sans souveraineté, Fayard, 1999.

[3]        Cf. son avant-propos à la RDN de l’été 2019, « La Méditerranée stratégique. Laboratoire de la mondialisation ? ».