Entre Hitler et Staline, le mythe Milosevic

Le choc de deux représentations infernales

Qui est Slobodan Milosevic ?

Il ne s’agit pas de faire sa biographie au sens classique du terme. Cherchons à cerner les traits majeurs d’un acteur stratégique qui décide et agit dans un milieu spécifique et qui, depuis dix ans, est touché par la guerre.

En préalable, écartons toute ambiguïté, M. Milosevic ne représente ni politiquement, ni spirituellement le peuple serbe. Pas plus qu’il n’incarne la symbolique qui prévaut aujourd’hui dans certaines parties des Balkans. Pour autant, l’homme ne tombe pas du ciel. Il est né et a vécu là. Avant que le fils ne devînt communiste, le père était Monténégrin. Impitoyable apparatchik d’une bureaucratie communiste, il a fait son chemin en jouant de tous les rouages. Il a su se faire protéger, puis éliminer ses protecteurs. Il a compris qu’il fallait, assez tôt, épurer ses propres protégés. Pour autant, l’homme connaît son environnement mieux qu’aucun des diplomates et des analystes occidentaux. Sans doute sa vision est-elle tronquée par son amoralisme, son acharnement à conserver le pouvoir par tous les moyens. Considérons qu’il mène la guerre, “sa guerre”, avec ces compétences et ces tares.

Pourquoi cet arrêt sur le bourreau ? C’est qu’il faut et faudra bien expliquer les raisons des oppositions, des méprises et autres malentendus qui conduisirent à la guerre de mars 1999. Tous les exercices militaires, jeux de guerre et autres simulations de conflits invitent à entrer dans l’esprit de l’ennemi. Pour penser en ses termes, pour évaluer sa différence. Il s’agit de chercher à prévenir la surprise de comportements décisionnels imprévisi­bles. Comprendre l’adversaire, c’est aussi se défaire des taies qui nous aveuglent. Qu’est-ce qui trouble notre propre jugement ?

Conscience malheureuse et compulsion de répétition

Le caractère exceptionnel de la focalisation sur le person­nage Milosevic tient moins à sa mise en situation d’ennemi qu’au choc catastrophique entre deux incarnations du Mal dans l’histoire de l’Europe, Hitler et Staline. Milosevic devient une sorte de clone historique de ce phénomène : il est, pour certains dirigeants euro-atlantiques, le génocidaire Adolphe Milosevic. Simultanément, il crée son propre mythe. Dans l’ombre de Staline, défenseur de la patrie russe contre Hitler en 1941, appa­raît la figure de Joseph Milosevic, nouveau héros national du peuple serbe.

Ce choc des tragédies n’est certes pas celui des civilisations. Bien au contraire, il s’agit des retrouvailles entre des niveaux de perception du social (pas du monde) sur un même continent, avec des décalages de référentiels historiques dans une gigantesque désynchronisation. Hasardons des comparaisons : pour la France, les Lumières de la Révolution contre la Vendée ; aux États-Unis, la guerre de Sécession.

On confond moraliser et moderniser. Et le Nouveau veut liquider l’Ancien qui ne comprend pas ce qu’on l’on exige de lui.

Ainsi l’Europe (ou les Europes ?) n’en finit-elle pas depuis dix ans d’exsuder son passé. La fin de la guerre froide apparaît comme un retour de l’histoire, au sens où l’on parle de retour du refoulé. Des fantômes, congelés par la bipolarité, reviennent hanter les consciences européennes. Sans doute les gouverne­ments sont-ils moins obsédés par la morale qu’ils veulent bien le paraître. Mais on pense, gouverne et agit avec les schémes mentaux disponibles. Yalta, Munich constituent autant de modes d’interpellation des opinions. Sortes d’électrochocs de la cons­cience collective : Milosevic-Hitler, Saddam Hussein-Hitler, et rappelons-nous, en 1956, Nasser-Hitler. Sur les esprits pèse encore le sens de la faute irréparablement commise. Les Franco-Britanniques vivent sur le sentiment de la faute originelle de Munich. Les Allemands ne s’affranchissent que difficilement de ce qui fut, de 1933 à 1945, leur désastreux rapport à l’Europe. Cette culpabilité s’accompagne de la peur de la répétition, si obsessionnelle qu’elle conduit à d’autres erreurs de jugements et à renouveler cela même que l’on cherchait à éviter.

Car il ne suffit pas de rappeler les fantômes des erreurs, il faudrait, pour les apaiser et s’en reposer, les interroger vraiment. Le lâchage de la Tchécoslovaquie en 1938 reposait sur le fait que ni les Français, ni les Britanniques ne disposaient des moyens d’arrêter Hitler sur la voie d’une agression dans cette région. Ce qu’il advint un an plus tard ne valait guère mieux. Liés à la Pologne par un impraticable traité, nous sommes entrés en guerre sans pouvoir faire quoique ce soit en faveur de notre allié qui fut écrasé entre les mâchoires nazie et soviétique. Que signifie le soutien aux populations albanaises du Kosovo, dès lors que l’on a décidé qu’il n’y aurait pas de troupes au sol ?

Étrange interdit que ce : “rien à terre”. Ce n’est plus le mythe mais la mythologie qu’il faut invoquer. Le Ciel s’oppose à la Terre, Ouranos à Chronos, la Lumière à l’Obscurité.

Aux Alliés appartient l’air. La terre est le triste séjour des bourreaux et le lot de leurs victimes. Depuis le début de cette reprise de l’Histoire sur le territoire la République de Yougos­lavie, il n’est question que de territoires, de terres jusque dans ces fosses, ces charniers, ces histoires de cimetières antiques. Dans le ciel, les avions, dans l’espace, les satellites traquent les traces de terre fraîchement remuées. Ce n’est plus le labour, c’est l’hécatombe dont on recherche les traces dissimulées.

Une stratégie aérienne cherche à forcer une stratégie chtonienne. Comment nier que ces représentations mythiques ne soient directement à l’œuvre ? Elles touchent également ceux qui a priori n’ont aucune sensibilité culturelle à cette tradition. M. Clinton est rattrapé par la Terre et par la politique alors même qu’il a voulu placer sa tête dans les sphères de la fluidité du capital mondialisé. Ce n’est pas une critique. Je relève simple­ment que l’on ne change pas d’époque en une ou deux généra­tions, quelle que soit l’accélération de l’information, de la commu­nication, des transferts. L’Ancien s’accroche, résiste, revient là où on ne l’attendait plus.

Donc M. Milosevic est Hitler

Mais s’il réalise cette différence absolue, comment avoir pu songer qu’il céderait, au bout de quelques jours de bombarde­ments, passivement encaissés ? Pourquoi le Mal aurait-il, par bonté, manqué à ses devoirs ? En ce cas, c’était bien le pire qu’il fallait prévoir. Or tout indique la surprise des responsables occidentaux, qui semblent avoir pensé que M. Milosevic se com­porterait comme eux-mêmes en de telles circonstances. L’incohé­rence logique se combine à une surprenante ignorance du tragique de l’histoire. À partir de là, s’explique une cascade d’erreurs.

Première erreur sur Milosevic : ne pas parvenir à le penser. L’approche de M. Holbrooke, ô combien critiquée pour sa rudesse, était finalement la moins mauvaise. On ne cherche pas à comprendre. On parle intérêts et l’on négocie brutalement sur cette base. D’autres négociateurs ont cru reproduire ce schéma. Mais il fallait l’adapter à un enjeu qui avait changé. Milosevic voulait bien d’un accord sur la Bosnie. Le Kosovo ne relevait pas de la même logique.

Deuxième erreur, le croire plus vulnérable, notamment par rapport à ses militaires, en fondant l’efficacité des frappes aériennes sur l’espoir d’un putsch qui l’aurait renversé.

Troisième erreur, pousser Milosevic à la politique du pire, au vertige du désastre complet. “Quel artiste périt avec moi !” sont les derniers mots de l’empereur Néron. On ne pousse pas dans les cordes un adversaire si on n’entend pas lui asséner le coup final, ou si, pire encore, on ne se trouve pas en état de le faire.

Quatrième erreur, s’y prendre trop tard pour dénoncer le Mal. Si l’on voulait mobiliser les opinions au service de la protection des Albanais du Kosovo de manière à justifier une stratégie puissante incluant des forces à terre ou, à tout le moins la pressante et probable menace de leur intervention, mieux valait démoniser M. Milosevic avant qu’après les massacres dont il porte la responsabilité. Sauf à reconnaître qu’il fallait attendre l’évidence du mal s’accomplissant pour pouvoir le dénoncer. Depuis 1989, il n’avait pourtant plus besoin d’être jugé sur pièces. Et nul n’ignorait ses antécédents.

Tel est bien encore le défaut de ces gouvernements qui prétendent s’adonner à la diplomatie préventive alors qu’ils ne sont pas capables d’anticipation. Aucune préparation psycholo­gique, aucun projet stratégique. On improvise au gré de la catastrophe des autres.

Milosevic créateur de son propre mythe

Au terme d’une ultime mission sans objet (l’armée serbe était déjà lancée pour gagner ses objectifs), M. Holbrooke décrit son vis-à-vis comme un être fermé, replié sur soi-même, appartenant à une autre dimension. M. Milosevic vit et pense ailleurs, usant d’autres critères. Vertige de l’histoire, de la fin, de sa propre disparition. Que se passe-t-il dès lors qu’il n’a plus rien à perdre ? En même temps, l’homme conserve des attitudes-réflexes, des mécanismes réalistes hérités de sa culture communiste qui lui permettent d’assurer une gestion tactique de la situation. Il invite les personnalités disponibles, manipule, intimide, épure.

Communiste qui a viré au nationalisme par opportunisme, Milosevic a Staline en tête. Il se voit en “petit père du peuple serbe, version “concert de rock”, luttant seul face à l’agression des “barbares” otaniens. Psychologues et politologues s’épuisent à refaire les mêmes analyses sur ce type de dictateurs. Leur intérêt et leur existence importent plus que toute autre considé­ration. Mais ils se font aussi une certaine idée du pouvoir qu’ils détiennent. Le vertige de l’histoire les saisit comme tous les tyrans qui ont souvent intériorisé l’idée de leur propre destruc­tion. Un jour, le plus lointain possible. Aussi sordides soient-ils, ils peuvent s’étourdir dans le mythe d’une grande Serbie, d’une nouvelle Babylone, d’un nouveau Cambodge¼ etc. Le tueur d’État, parvenu aux sommets par le meurtre constam­ment renouvelé (la purge est une nécessité), se dope aux mythes d’une histoire qu’il prétend répéter en la renouvelant.

Le communisme a toujours aimé les photos d’immolation politique. La poignée de main de Milosevic avec Ibrahim Rugova appartient à cette tradition particulière du réalisme socialiste, en tant qu’art prolétarien. Combien de fois n’avons nous pas vu cette image d’un réalisme socialiste poignant ! Enveloppé de glace, le maître serre la main de sa victime dont le regard se trouble, cherche une autre direction, échappée qui contredirait la direction des mains jointes par la contrainte invisible. Comment a-t-on pu aussi étourdiment stigmatiser le “pantin Rugova”, ulti­me héritier d’une tradition tragique de dirigeants raisonnables, posés, cherchant à servir leur peuple jusqu’à risquer l’image de leur propre subordination dont la honte les emplissait. Aurait-on oublié Alexandre Dubcek alors qu’il cherchait à sauver son peuple de l’horreur de la répression de l’armée rouge d’abord et des guébistes ensuite. ? Aurait-on oublié le président Hacha “décidant” d’épargner à son peuple le bombardement de Prague ?

Notre “autre Europe” et la barbarie

Donc Milosevic est un “barbare”. Mais qui prétendons nous civiliser ? Toujours obsédés par la faute mais pressés d’expédier la question au plus vite, nous voici, en Europe occidentale, victimes de notre propre intoxication par le thème publicitaire de la barbarie. Il traîne et fait recette un peu partout en Europe occidentale depuis une petite génération. Et je m’en voudrais ici d’ajouter aux dissertations pieuses et élégantes qui permettent à leurs auteurs de se sentir confortablement du bon côté de la Planète. Pour autant, le fait de se jeter à la figure l’appellation ne nous dit rien sur la barbarie, sa logique de fonctionnement et son statut politique. Entre la propagande et l’ontologie, l’expres­sion s’efforce de désigner l’existence d’un Mal actif contre lequel on ne peut rien. À la limite, la barbarie, c’est ce que l’on ne comprend pas ou ce que l’on n’ose pas comprendre, ce sur quoi on passe rapidement pour n’avoir pas à s’interroger. La barbarie tient lieu de cause et d’explication de la cause. Bref, c’est une tautologie.

Les véritables difficultés intellectuelles commencent dès lors que l’on pense sérieusement la différence et l’altérité. Le barbare pour la civilisation hellénique est celui que ne parle pas la langue grecque et fonctionne selon un système symbolique réglé par un autre code. C’est simplement l’altérité culturelle. On se fréquente donc, sans jamais se mêler. Le métèque est étymologiquement celui qui habite à côté. Ce n’est pas le voisin qui, lui, appartient au même système symbolique. C’est celui dont la maison (l’appartenance) ne saurait se confondre. Cet “à côté” renvoie à une altérité radicale mais sans intention hostile. Même chose pour le peuple “han”, pour la civilisation Chine. Et jusque là pas de problème.

Un jour des étrangers culturels sont venus, l’arme au poing. Les Perses, les Occidentaux, Guerres médiques, guerres de l’opium, traités inégaux, diplomatie de la canonnière.

Barbare, M. Milosevic ? Ou produit antédiluvien d’un système révolu ? Quel système ? Le communisme ou le nationa­lisme, ou les deux à la fois, presque confondus ? N’est-ce pas aller un peu vite en besogne et jeter un autre bébé (la nation) avec l’eau du bain (le communisme) ? Trente ans de décalage histo­rique, dit-on. Des gens de son espèce n’ont plus leur place en Europe. Mais où, en Europe ? “Européaniser les Balkans” déclare M. Védrine (21 mai 1999). Curieuse formule qui sous-entend que culture et géographie ne se recouvrent pas. Dans les Balkans, je ne suis (pas encore) européen. Chaque Européen de l’Ouest l’entend bien. Mais, ailleurs, comment la comprendra-t-on ?

Qui décide de la modernité et s’arroge le droit, au nom de quelles valeurs suprêmes, de dire la légitimité à inculquer la civilisation ? Comme au temps du colonialisme où l’on apporte la civilisation et la “culture” à des peuples dont on veut le Bien.

Européaniser les Balkans, c’est, implicitement, admettre l’altérité de l’Europe orientale. Mais on doit alors en tirer toutes les conséquences, avec humilité et sans précipitation. On ne modernise pas, on n’uniformise pas à marches forcées, sauf à recourir à la force armée, à une coercition que l’on condamne par principe, avec des perspectives de réussites modérées.

L’Europe occidentale doit forcément admettre la différence des peuples de la zone balkanique qui ne perçoivent nullement les rapports de valeur en des termes identiques ou seulement voisins des nôtres.

Serions-nous des touristes sur notre propre continent ? Repensons un instant sérieusement à la Péninsule ibérique entre 1950 et 1980. Fondamentalement, foncièrement, avec de nom­breuses exceptions locales, les Balkans pensent famille, sol, et sang. L’exercice nouveau, mené par des politiciens légers, trans­parents, aériens (hélas !), leur est incompréhensible. Il faudra tenir compte par la suite de cette authentique différence lorsqu’il s’agira d’établir les conditions d’une paix durable dans les Balkans.

Car le choc, qui pousse les ethnies les unes contre les autres n’est pas confessionnel, ni même culturel, il est d’ordre symbo­lique, dans les représentations mentales de la valeur d’échange entre la vie de l’individu, sa place dans la société et les intérêts qui motivent et justifient son action. Sujet cherche Identité.

À preuve de cette altérité, dès lors qu’il s’agit d’intégrer les pays d’Europe orientale dans le système économique, on s’aper­çoit que l’on freine des quatre fers. Il faudra une période d’adap­tation, des mécanismes d’ajustement.

Cette Europe balkanique, c’est “nous”, notre culture, notre histoire et, ce n’est pas peu, nos guerres. En même temps, elle est notre Autre. Altérité aussi vieille que la question d’Orient, mais altérité accentuée par les quarante années de rideau de fer.

Il est bien vrai qu’il s’agit de ratraper et le temps et les mœurs ; l’économique, le social et plus encore, le mental. Allons ! Que serait la place du paysan albanais dans nos sociétés ? Peut-être en dessous du travailleur maghrébin qui dispose de deux générations d’expérience et d’adaptation.

Si un gouvernement peut se voir contesté dans sa souverai­neté par un groupe d’États au prétexte qu’ils conçoivent diffé­remment l’ordre politico-éthique qui doit uniformément régner sur l’ensemble d’un continent, la dérégulation politique qui en résulte prend nécessairement un caractère vertigineux.

Plus, sinon mieux que d’autres, M. Blair aura annoncé ce changement de règle du jeu. Il semble toutefois avoir omis d’en avertir préalablement les autres joueurs, à commencer peut-être par ses alliés, pour ne rien dire des Russes et des Chinois. Incidemment, les nouvelles règles manquent encore d’une défini­tion stabilisée et reconnue. Dès lors, la logique demande à savoir qui est un dictateur et quels sont les critères de définitions, en fonction de quelles normes, établies par qui ? À quel moment la tyrannie est-elle indiscutablement reconnaissable, légitimement condamnable et quel seuil doit-elle atteindre pour se voir combat­tue de l’extérieur ? Or les fondements de la démocratie, définis à la fin du xviie par le philosophe anglais John Locke, justifient le droit à la rébellion intérieure contre la tyrannie par les peuples eux-mêmes, quand ils en ont durablement et patiemment subi les vexations répétées.

Une telle conception repose le problème de la relation entre le discours d’État et le discours réel. Pourquoi les gouvernements acceptent-ils de discuter avec des chefs de gouvernement qui sont dénoncés pour le sang qu’ils ont versé ? On peut considérer qu’il s’agit d’intérêts sordides, exploitation de richesses minières, énergétiques, ventes d’armes, renforcement des sphères d’in­fluence. Mais il y a plus. Le simple fait de reconnaître la néces­sité d’un ordre imparfait qui fonctionne parce qu’il permet de disposer d’interlocuteurs.

Les gouvernements parfaits n’existent pas. Les gouverne­ments représentatifs ne peuvent procéder que d’une reconnais­sance intérieure. Si la légitimité est reconnue par une puissance extérieure qui ne serait pas un gouvernement international, le chaos complet pointe à l’horizon.

La France connaît cette tension de longue date. Par rapport au Maghreb, à l’Afrique noire, jusqu’à la Turquie où elle ren­contre d’autres partenaires, notamment les États-Unis pour les­quels peut se tenir le même discours via les Amériques centrale et latine, le Moyen-Orient, le Golfe, etc.

Nos jeunes loups sans dents de la défense des peuples feraient bien de songer à leur contenance si la tragédie les rattrapait un jour.

Dans le domaine de la stratégie des moyens militaires, qu’est-ce qui a été décidé et réalisé qui permettait d’améliorer les performances françaises et, plus généralement européennes face à une éventuelle crise du Kosovo. Les seules réformes structu­relles des armées ont été entreprises par M. Pierre Joxe et l’amiral Lanxade. Mais l’appareil industriel n’a guère bronché. Or nous avons disposé de dix ans. Dix ans pour reconvertir des programmes, en annuler certains, etc. L’incapacité à penser l’ennemi, l’altérité, la vraie différence, qui n’est pas de salon. La différence qui résiste, gêne, embarrasse et surtout peut incarner le mal en acte.

Donc il est devenu nécessaire de châtier le dictateur et de lui faire “rendre gorge” en restituant le Kosovo à ses habitants légitimes. Mais ce n’est déjà plus le but initial qui se voulait l’autonomie du Kosovo.

 

3 mai 1999

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