III – Racines et champs d’influence de la technique dans l’environnement stratégique

Lorsque des chercheurs centrent leurs réflexions sur la technologie, ils n’envisagent que rarement le rapport entre son histoire et la structuration mentale qu’elle induit, car très souvent la technologie n’est perçue qu’en tant que moyen-terme dans l’équation adaptant les fins aux moyens[1]. Ses tenants, ses aboutissants et ses racines sont cependant complexes et démontrent un enracinement dans les Lumières, dans l’idée de progrès, et aussi dans le positivisme de Comte[2], avant qu’émerge le concept de déterminisme technologique, et ses projections dans les méthodologies de la planification stratégique ; dans les organisations militaires et dans le rapport au combattant. 

1) Science, technique et technologie : concepts ponctuels ou système conceptuel ? 

En soi, la technique est variablement appréhendée et ne vise pas systématiquement sa rentabilité – et encore nécessite-t-elle une définition, différente de l’ingénierie en tant que science appliquée[3], d’une suite d’innovations[4] ou plus simplement, des seuls matériels[5]. Ross voit ainsi en elle la combinaison d’un hardware (la machine) et d’un software (ses impacts organisationnels et son procès)[6] et soutien la définition de Robert Merrill, pour qui la technologie est « un corps de techniques, de savoirs et de procédures pour fabriquer, utiliser et faire des choses utiles »[7]. Plus loin, Saunders inclut dans le concept de technologie les techniques d’apprentissage et le savoir-faire inhérent à une technique[8], une vision qui trouve un relais dans l’actuelle émergence d’une technologie du commandement[9]. Reprenant l’équation dans le sens inverse, Nef voit dans la technologie le symbole d’une progression vers les méthodes scientifiques et mathématiques qui s’incarnerait, pour ce qui concerne ce mémoire, dans l’artillerie, mais aussi dans les applications à la tactique terrestre et navale des mathématiques et de la géométrie[10]. Il existe ainsi une dichotomie entre les tenants d’une technologie entendue au sens large – dans sa conception, son impact autant technique, politique que social et sa mise en oeuvre – et ceux d’une technologie au sens restreint, limitée à ses seules racines scientifiques et… ethnocentriques. Visant en soi à la rentabilité, faisant fi de toute exception culturelle et ayant en lui une portée universelle, le second type de conceptualisation technologique s’envisage aussi comme un ensemble relativement linéaire, dégageant son praticien de toute contrainte et de tout frein social[11]. Or, la technologie et les armes sont d’abord des objets socialement construits[12] (et dont la construction est datée[13]), perçus et soumis à des résistances qui leurs sont propres[14], y compris dans le monde militaire[15], comme le montre M. Van Creveld[16] ou, dans le cas des systèmes de guidage des missiles stratégiques, et de façon fort stimulante, McKenzie[17].

1.1. Les formes du déterminisme technologique

Par ailleurs, le passage de la technologie du niveau du concept à celui de facteur ne peut se faire sans en évaluer son emprise sur la pensée du décideur politique comme militaire, ce que tente d’expliciter le concept de déterminisme technologique. Partant du constat que la révolution industrielle a engendré des référents techniques ayant influé les développements politique, militaire et économique, plusieurs auteurs ont tenté d’en apprécier son impact sur la culture américaine[18] et y ont vu une transition d’un déterminisme souple (soft determinism, ou constructivisme social) ver un dur (hard determinism)[19]. Défini comme « la croyance que les forces techniques déterminent les changements sociaux et culturels »[20], le hard determinism est envisagé comme une idéalisation de la technique qui autorise un lien entre puissance et technologie, notamment lorsque la technologie permet l’autarcie[21] et qu’elle représente à la fois l’exemple et la garantie du progrès[22]. Derrière cette descendance conceptuelle du positivisme comtien[23] – dont on sent l’influence dans toute étude sur le sujet – se profile aussi pour les auteurs l’émergence d’une culture américaine typiquement technologique, que l’on retrouve lorsque le Pentagone considère les USA une nation aérospatiale, une position aux accents politiques[24]. Dans leurs rapports aux modes de production, les classifications marxistes de l’histoire seraient elles aussi technologiquement déterministes, comme chez Nef, un point que conteste toutefois Bimber[25] au nom de l’objectif social que Marx attribue à sa théorie.  

Il existe une variation critique du déterminisme dur, représentée par des auteurs tels qu’Ellul[26], Mumford[27] ou Winner[28] et qui craint une autonomisation de la technologie par rapport à la société, sans guère proposer de solutions[29]. On doit toutefois nuancer ces points de vue : si Ellul et, dans une moindre mesure, Mumford, voient clairement une technique autonomisée absorbant la société au risque d’en exclure l’homme, Winner assume plutôt une combinaison relativement harmonieuse entre la première et la seconde[30]. Plus tard, Winner cherchera à développer une philosophie du contrôle de la technologie par la société qui le rapproche des constructivistes sociaux[31], mais aussi de technophiles modérés évaluant les politiques technologiques par le biais d’un Constructive Technology Assessment assurant une conduite politique de la technologie contre un technology assessment lié au déterminisme pur et qui serait trop axé sur de simples calculs de coûts/bénéfice[32]. Dans la même optique, le constructivisme social a d’emblée une charge politique selon Bijker ou Pinch[33], car il envisage un contrôle de la technique par le politique et la société civile[34], tout en y articulant l’élément culturel. Si cette vision autorise une pluralité de solutions face à un problème et légitime des approches autres qu’occidentales, force est aussi de constater les faiblesses d’un dirigisme sous lequel tout scientifique travaillerait, freinant l’innovation et déresponsabilisant le scientifique[35]. Dans le même temps, l’approche constructiviste connaissait elle aussi un courant contestataire lorsque certains des travaux de l’école de Francfort développaient une attitude radicale à l’encontre d’un homme menacé par le déterminisme et perdant – malgré la pratique constructiviste – le contrôle d’une société techniquement oppressante. Des auteurs critiquant l’utilisation des technologies militaires comme moyen de l’expansion  coloniale et de l’impérialisme n’en sont pas très éloignés[36].

1.2. La projection stratégique des déterminismes

Tout en représentant des apports indéniables, les approches souples et dures du déterminisme technologique laissent cependant sceptique à leur examen pratique, surtout dans le champs stratégique. Le changement technique et sa charge déterministe est rarement pris au comptant par des acteurs dont la technophilie/technophobie est variable ; qui sont soumis à des sociologies propres et qui doivent assimiler le changement technique pour l’intégrer dans des doctrines et des stratégies. Dans les années cinquante, toute percée dans l’avionique impactant la masse d’un avion de combat était mal vue de pilotes continuant à considérer que la manœuvrabilité et la capacité d’emport étaient primordiales. Dans le sens d’une technophilie, le combat spatial ou l’avion nucléaire n’ont jamais été concrétisés par la science. Là comme ailleurs, la possibilité d’erreur d’appréciation existe, ruinant les apports technologiques potentiels[37].

A ce stade, les hard et soft determinist constituent les reflets du débat primautaire visant à établir la prééminence de l’homme (soft) ou de la technique (hard) sur la société et par extension, sur les études stratégiques. La diffusion de ce débat dans les organisations et dans les pensées stratégiques se projette au travers de la très économiste dichotomie des technology push/pull[38] montrant les schèmes relationnels entre offre scientifique et demande politique et/ou militaire. Dans le premier cas de figure (ou discovery push), une dynamique technologique autonomisée produirait des outputs structurellement et doctrinalement intégrés, alors que le second modèle (ou demand pull) renvoie à une demande politique.

Si Szyliowicz considère qu’environ 70% des matériels répondent à un technology pull[39], force est aussi de constater que les push et du pull ne constituent pas en soi des instruments absolus. Eisenhower autorisa le Manhattan Projet après qu’Einstein l’eut informé de la faisabilité d’une arme atomique et des présumées avancées allemandes en la matière[40]. Le résultat final est-il alors le résultat d’un push scientifique ou d’un pull politique ? Chiffrer l’impact du « Push » s’avère relatif de la valeur imputée à un système et cette valeur est plus politique que scientifique. Dans la foulée, Canby considère que ces catégories sont réductrices, le premier manquant d’emprise sur le dilemme de la sécurité et le second trivialisant la science[41].  

Pour dépasser la trop stérile dichotomie entre soft et hard determinism, Hughes propose une notion de technological momentum[42] devant démontrer l’interaction entre la société et la technologie et faisant alterner les déterminismes[43]. Cette vision n’est pas nécessairement médiane : plutôt, il s’agit de prendre en compte une certaine forme d’interactivité renvoyant à Schumpeter, à la dynamique de l’innovation[44] et à son intégration dans tous les aspects de la vie, nécessitant la prise en compte de l’évolution de tous les acteurs impliqués[45] et dépassant un monolithisme des déterminismes que Possony, Pournelle et Kane contestent[46]. Une vision suivant laquelle le hard determinism serait plus approprié aux macro-analyses et le soft determinism aux micro-analyses en est proche[47]

Si le technological momentum semble limiter l’impact conceptuel du déterminisme technologique en le remplaçant par un agrégat aux contours flous, il renvoie aussi à une dynamique suivant laquelle la percée technologique devient action dans la course aux armements, tout en utilisant une rationalité de nature économique. Le domaine de recherche est fertile et constitue toujours un des champs les plus actuels des relations internationales, tout en ne constituant qu’une partie de l’épistémologie de la théorie génétique.

La pratique de cette dernière par ses auteurs montre une connection au domaine stratégique (et à son paradigme) plus qu’à une autonomisation du facteur technologique (qui se répercute dans une très actuelle dichotomie entre évolution et révolution), de sorte que « la guerre technologique est un mélange de stratégie et de technologie et de leurs interactions » pour Possony, Kane et Pournelle[48]. Ces analyses présentent la technologie comme un facteur certes dynamique mais externe à la société, quand elles ne sont pas centrées sur quelques systèmes en évitant de les contextualiser ou de retracer leur histoire, pourtant riche en enseignements pour l’analyste et le praticien[49]. C’est une des raisons pour lesquelles le seul déterminisme technologique, ses variations et ses modalités de contrôle se révèlent insuffisant à appréhender de façon monocausale les développements des stratégies génétiques. La spécificité des systèmes militaires et décisionnels, les racines culturelles et stratégiques d’un certain nombre d’entre-eux et l’influence de phénomènes aussi dynamiques que le dilemme de la sécurité est mal rendue par la vision finalement généraliste du déterminisme. Et si la prégnance du facteur génétique doit beaucoup selon C. Hables Gray à la tendance récurrente depuis la fin de la Première Guerre mondiale[50] de la recherche systématique de la plus grande efficacité possible[51], elle se diffuse dans le réel et plus particulièrement dans trois grands champs d’action s’empilant et encadrant la stratégie : la méthode ; l’organisation et le combattant. 

2) OR, OA et SA : optimiser mathématiquement les appareils stratégiques

Dans l’optique d’une rentabilisation des moyens disponibles, l’utilisation des mathématiques et des méthodes prévisionnelles est systématique dès la Première Guerre mondiale et donne naissance aux techniques de l’Operationnal Analysis (OA) [52] et de l’Operationnal Research (OR)[53]. Prioritairement affectées à la gestion d’armées mécanisées dont la demande logistique explose[54], elles permettent aussi d’optimaliser la conduite des opérations de bombardement sur l’Allemagne et le Japon, avant de se diffuser dans les sciences sociales[55], participant de facto à la légitimation de la théorie du déterminisme technologique.

Les militaires ont rapidement critiqué l’approche défendue par les tenants de l’OR et de l’OA, qui négligeaient des variables humaines peu quantifiables[56], alors que des analystes civils feront les mêmes remarques[57]. Par ailleurs, la quantification induit l’illusion d’une science de la guerre alors que la guerre reste par essence le domaine de la friction et du « brouillard de la guerre »[58] que même des auteurs généto-centrés reconnaissent. De ces critiques naîtra le system analysis (SA), qui croise les données de l’OR et celles issues des sciences humaines, tout en cherchant à déterminer l’efficacité des armements futurs[59] et dont la guerre du Vietnam serait l’expression la plus aboutie[60], alors que la Seconde Guerre aurait été le triomphe de l’OR. L’approche promue est toutefois restée largement cantonnée aux USA, bien que de nombreux exercices de l’OTAN aient fait appel aux techniques de la SA, notamment lorsque le combat en ambiance nucléaire a été conceptualisé[61], en bonne partie d’ailleurs par les thinks tanks américains[62]. Surtout, elle reste largement dépendante de variables quantitatives qui s’accommodent mal de comportements que l’on ne sait que peu déterminer à l’avance[63], en particulier lorsque l’histoire ne fournit pas de cas d’étude[64].

Si cette approche ne fait pas l’unanimité au sein des cercles militaires européens, il faut aussi constater que les concepts mathématiques – et au-delà d’OR et de SA – trouvent aujourd’hui un second souffle, au travers notamment des concepts de prospective et de l’émergence contestée de sciences de la prévision[65]. Si leurs praticiens se défendent de tout déterminisme technologique[66] et se conçoivent en tant que prospectivistes[67] plus qu’en tant que futurologues[68] ils envisagent des applications scientifiques précises à leurs concepts. En particulier, les théories du chaos et leur application à la biologie ou à la météorologie laisse espérer la résolution de questions mondiales aux répercussions sur la sécurité[69]. Par contre, appliquée aux sciences sociales, la méthode prospective reste soit : 1) du domaine de l’isolation de tendances lourdes sur des périodes historiques données et de l’extrapolation socio-polititique et éventuellement mathématique d’une série de scénarios. C’était notamment le cas chez Fuller[70] et c’est aussi le sentiment qui domine à la lecture de la plupart des documents américains envisageant le futur de la guerre[71]. C’est sans doute ainsi qu’il faut voir une certaine vision de la planification stratégique lorsque McNamara déclarait que « lorsque j’étais secrétaire à la Défense, j’ai été contraint à maintes reprises de décider quelles forces nous devions développer aujourd’hui (…). Ces décisions reposaient sur de simples hypothèses et elles se fondaient sur des informations incomplètes, souvent contradictoires et en évolution constante »[72] ; ou 2) de l’application des modèles économétriques à l’extrême limite entre chaos et anarchie[73], mais surtout très vulnérables aux critiques[74].

La place tenue par la rationalité dans les modèles économétriques est patente, mais elle choque le praticien des sciences sociales dans son rapport à la réalité plus que dans celui à la construction intellectuelle[75]. Par ailleurs, la surprise, positive ou négative, stratégique ou technologique, est insuffisamment prise en compte dans ces modèles[76]. On y trouve là une justification économique et militaire au renseignement, mais aussi un avertissement quant au trop de valeur que l’on pourrait lui attribuer[77], ainsi qu’un plaidoyer pour la conservation des concepts issus des sciences sociales dans les analyses[78]. Pratiquement, la réalité des armées permet de nuancer et montre pour les USA une différenciation des méthodes selon les armes[79] ; un des meilleurs exemples d’utilisation des méthodes prospectives dans la planification des achats autant que des menaces émergentes[80] ; la récurrence de la demande prospective[81] ; mais aussi une institutionnalisation de ces méthodes[82]. Mais quelle que soit la méthode, la capacité prévisionnelle des analystes a cependant été maintes fois démentie dans la pratique, y compris lorsque les plus reconnus s’y essayaient[83], de sorte que l’application aux sciences sociales de modèles mathématiques issus de l’économétrie apporte une aide. C’est le cas en matière d’art du commandement ou de décision dans un environnement marqué par le brouillard de la guerre. Dans le sens inverse, J. Sapir tire des leçons stratégiques applicables à l’économie[84], dévoilant avec d’autres la forte congruence théorique entre les concepts de gestion économétriques et militaires, mais aussi entre les méthodes de gestion des entreprises et des armées[85], une tendance à l’assimilation forte dans les années cinquante[86], au moment même où le béhaviorisme est le plus marqué dans les sciences sociales. Actuellement, la liaison existant entre la RMA américaine et le concept de Revolution in Business Affairs (RBA)[87] est claire[88] et perpétue la « tradition mathématique » dans la gestion des programmes militaires, mais aussi des opérations et des organisations. Toutefois, la pertinence de la RBA est largement contestée[89], en raison notamment de la récurrence dans le temps des concepts qui la sous-tendent.

3) Bureaucratisation et organisations militaires

Politiquement encouragées, l’OR, l’OA puis la SA visaient à l’optimalisation d’organisations dont la physionomie a radicalement changé depuis l’époque classique et qui disposent de leurs propres modèles de développement qui s’accommodent variablement des raisonnements rationnels des visions  précédentes[90]. Dès 1789, la conscription induit une massification des armées, qui accroît considérablement les besoins logistiques des forces par rapport aux armées précédentes[91]. Les guerres totales n’auraient su se faire sans un approvisionnement démographique qui a connu des formes différenciées d’aménagement[92] et qui ont toutes nécessité de fortes capacités techniques et idéologiques de mobilisation et d’entretien. Au plan technique, si Napoléon puis les stratèges révolutionnaires[93] trouveront dans le ravitaillement sur le terrain un expédient aussi pratique que chrono-stratégiquement significatif[94], force est aussi de constater que la logistique dépasse l’approvisionnement alimentaire et le soutien médical pour, selon Chaliand et Blin, inclure les fonctions « entretien-transport », « évacuation » et « remise en condition »[95]. C’est surtout le cas lorsque les états-majors réalisent la valeur du chemin de fer dans la manœuvre stratégique: dès 1866 et plus encore durant la guerre de 1870, Berlin utilise massivement le rail comme moyen de projection, la défaite des Français à la même époque étant partiellement attribuable à une gestion incorrecte de leur réseau ferré selon Dandecker[96]. La logistique renforce sa centralité dans la stratégie lorsque Schlieffen conçoit ses attaques en fonction de réseaux ferrés russes et français moins bien développés que ceux de la Prusse et compte sur ce déficit pour freiner les mobilisations et permettre des offensives brèves et victorieuses. 

De la sorte, la technologie intervient comme un moyen terme unifiant les capacités démographiques et stratégiques des Etats[97]. Au cours des vingt dernières années, la démassification des armées[98] n’a pas fait décroître la demande logistique. La nécessité de projeter les forces, essentiellement depuis les années septante et quatre-vingt[99] n’a fait qu’augmenter, au point de constituer un véritable débat stratégique[100], la suite logistique des matériels modernes s’accroissant en permanence[101]. Technique et stratégie se sont ainsi substituées à la démographie comme légitimation de la logistique.

Déjà centrale dans les processus de mobilisation, la technologie intègre la préparation de la guerre lorsque l’industrie est massivement impliquée lors de la guerre de Sécession et, pour ce qui concerne l’Europe, la Première Guerre mondiale : alors que l’Allemagne utilise 871 000 obus durant la guerre de 1870, la France en tire 81 000 000 pour la seule année 1918[102]. Les historiens s’accordent pour relever une explosion de la demande dans de nombreux secteurs[103] et dans tous les Etats engagés dans la guerre le département « fournitures » devient le premier des ministères de la défense. Conséquemment, la puissance politico-militaire d’un Etat devient proportionnelle à sa puissance économique pour P. Kennedy[104]. La planification des achats, de la production comme des opérations impacte la structure et l’organisation des ministères de la défense comme des états-majors. Remontant à la France du 18ème  siècle[105], « (leur) nouveauté (…)ne résidait pas dans leurs activités, mais plutôt dans leurs performances dans une structure d’administration complexe et différenciée : le « cerveau » des organisations militaires devenait collectivisé »[106]. De simples exécutants, les états-majors devinrent ensuite des acteurs en soi, mettant en évidences forces et faiblesses, développant des stratégies partiellement portées par la médiatisation de militaires de haut niveau[107]. La proportionnalité existant entre besoins logistiques et bureaucratisation des forces est assez rapidement démontrée, tout comme celle entre forte intensité technologique d’une armée et degré de bureaucratisation[108]. Dans le même temps, la « civilianisation » des institutions de défense[109] s’est diffusée, et a participé en retour à la diffusion des concepts d’OA, d’OR et de SA[110]. Si plusieurs auteurs reconnaissent la civilianisation comme un des phénomènes classiques de la technicisation des forces, la tendance a connu des variations importantes dans le temps et dans l’espace : si les Etats-Unis ont rapidement intégré des civils à des échelons allant jusqu’à l’escadron de combat[111] et que l’Allemagne en a systématiquement utilisé jusqu’au bataillon[112], la Russie s’est montrée réticente jusqu’au cœur des années quatre-vingt[113]. Au plan politologique et stratégique, cette intégration des civils a souvent été vue comme un signe marquant le passage des institutions militaires à une posture ouverte à l’innovation/révolution, comme à l’objectivation des problématiques opérationnelles, aux Etats-Unis et en Europe[114] comme en Russie. Surtout, elle est envisagée comme un méthode de rentabilisation des organisations militaires[115] le plus souvent politiquement imposée[116]. Toutefois, la hiérarchisation des organisations militaires, la réticence aux idées innovatrices proposées[117] ou le manque de perspective de certains commandants face aux innovations opérationnelles[118] ont largement contribué à présenter ces organisations comme rétives au progrès[119]. Pratiquement cependant, la différenciation fonctionnelle au sein des états-majors s’est régulièrement accrue, pour connaître une explosion dans le courant de la Première Guerre mondiale, lorsque certains réclamaient la création d’un état-major de guerre économique, pourtant initialement refusé par Moltke[120]. L’impact sur la stratégie et sa structuration ne saurait y être négligé : la militarisation de branches historiquement considérées comme civiles indique un élargissement des prérogatives tant du stratège politique et militaire que du champs d’investigation du stratégiste. On pourrait ainsi y trouver – la question, bien que très large, mérite d’être posée – certaines des racines des actuelles écoles sécuritaires/pluralistes[121]

La technicité du métier militaire fait connaître une évolution profonde à des forces armées qui ont été peu à peu marquées par la professionnalisation, les évolutions de la spécificité du métier militaire[122], celles de leur recrutement[123] et la redéfinition de leurs missions[124]. A cet égard, la typologie introduite par Moskos et Burk schématise des évolutions implémentées en une petite centaine d’années :

Tableau 1 : Evolution des caractéristiques des organisations militaires 

Variables Armée pré-moderne Armée moderne Armée postmoderne

Menaces perçues

Invasion ennemie

Guerre nucléaire

Sous-nationale et non militaire

Structure des forces

Armée de masse

Grande armée professionnelle

Armée professionnelle plus petite disposant de réserves

Impact sur le budget de la défense

Positif

Neutre

Négatif

Militaire dominant

Leader militaire

Manager ou technicien

Soldat-homme d’Etat

Soldat-académique

Employés civils

Composante mineure

Composante moyenne

Composante majeure

Source : Moskos, C.C. and Burk, J., “The postmodern military” in Burk., J., The military in new times : adapting armed forces to a turbulent new world, Westview Press, Bouler (CO.), 1994, cité par Manigart, P., “Force restructuring : the postmodern military organization” in Jelusic, L. And Selby, J., Defense restructuring and conversion  : sociocultural aspects, COST Action A10, European Commission, Directorate-general research, Brussels, 1999.

Sur ce point, l’impact de la technique, dès la Seconde Guerre mondiale est net et Janowitz met en avant l’évolution du combattant d’un ethos héroïque vers un modèle du manager, avant que le combattant ne devienne post-héroïque[125]. De plus en plus, la diffusion des modèles de combat occidentaux aboutit à une minimisation de l’usage de la violence, à la crainte des pertes et à l’émergence des conceptions de type « zéro mort »[126]. Souvent liées au paradigme de l’Airpower et amplement critiquables, ces visions sont impossibles sans l’usage d’armes guidées de précision (PGM – Precision Guided Munitions) ou la possibilité d’engager l’adversaire à distance.

Parallèlement, l’évolution des missions confiées aux forces induit une pratique décentralisant le combat de façon exponentielle et qui nécessite pour sa viabilité les apports de la technique[127]. Les forces affectent une spécialisation à chaque soldat de chaque équipe de combat[128] au détriment d’un savoir commun à l’équipe – parfois vu comme une vulnérabilité[129] -, une tendance contestée pour ce qui concerne les forces mécanisées[130]

La place de l’évolution technologique dans le raisonnement est centrale et marquerait le passage à un modèle postmoderne de la conduite de la guerre. Elle fait transparaître par extension une préoccupation pour une méthodologie « réseau-centrique » de la guerre plutôt que hiérarchique, telle qu’elle a été définie par l’amiral Owens[131], et qui se traduirait notamment par l’adoption de nouvelles structures de combat[132]. Dans la même veine, la technologie influence les changements des organisations militaires, au-delà des organisations logistiques. Les études menées sur l’A-12 n’ont ainsi pas modifié les cultures organisationnelles américaines (y compris dans le cadre du développement de programme secrets), car en relevant parfaitement, d’autres systèmes l’ont fait. La transition du char M-60 au M-1 a modifié la structure de l’US Army[133], alors qu’on peut constater une évolution dans la structuration de l’USN[134] dû à l’adoption d’une posture de polyvalence plutôt que de spécialisation dans l’aéronavale.  

4) Le combattant et la technique : au cœur du débat primautaire

La place même du combattant dans ces nouvelles structures et sa conceptualisation du combat sont elles-mêmes évolutives en fonction du paramètre technologique. Pour Hables Gray, depuis la Première Guerre mondiale, il existe une évolution progressive et non-linéaire vers le modèle du cyborg (cybernetic organism), liant définitivement l’homme à la machine afin de dépasser les insuffisances humaines. Si l’approche représente a priori une science-fiction ethnocentrée, elle n’en reste pas moins argumentée. Avant même les projets d’exosquelettes, l’identification des équipages de chars et d’avions de combat à leur équipement, leurs ergonomies[135], l’utilisation massive des sciences médicales et de modèles mathématiques de prévision comportementale[136] ont progressivement créé un véritable modèle technologique de l’intégration de l’homme à la machine en évolution quasi-permanente[137]. Les photos du cockpit de l’A-12 démontrent sans ambiguïtés la recherche d’une interface homme-machine, autant dans le pilotage que dans les fonctions d’armement de l’appareil[138], une tendance récurrente en matière d’aviation. Les derniers développements en la matière et la pratique de ces dernières années montre de nombreuses études sur un combattant devenu système d’armes, essentiellement en France[139] ou aux Etats-Unis[140]. Au-delà, certains modèles embrayent et montrent un humain-système, conceptuellement découpé en wetware (sous-systèmes hormonaux, cardiaques, cognitifs) ; software (entraînement, réflexes acquis et innés) et hardware (sous-systèmes musculaires et intégration corporelle)[141]

Dans le même temps, une argumentation précautionneuse face à la technologie peut donner des effets contraires à ceux recherchés : en mettant en avant l’humain et ses capacités, R. Peters ouvre la voie à son amélioration biochimique[142], reconnue comme un objectif par les Etats-Unis[143]. Mais qu’il s’agisse de l’une ou l’autre tentation techno-humaine, plusieurs auteurs y trouvent un signe de l’érotisation des rapports entre les hommes et leur équipements et à la guerre[144]. Le combattant représente en soi une expression de virilité que le lien à la technique décuple : c’est surtout le cas pour les pilotes et les membres des forces spéciales[145]. Mais si la position d’Hables Gray et de sa rhétorique de déshumanisation peut ponctuellement trouver un relais[146], la pratique ne coïncide pas nécessairement avec la linéarité conceptuelle du modèle. Le FELIN français est moins avancé que le très humanoïde ECAD[147] et les options choisies par Washington pour son Land Warrrior sont moins axées sur ses performances que sur son intégration aux réseaux C3I[148]. Si ce choix semble prendre en défaut l’application d’un modèle hard determinist, c’est que le facteur humain reste central dans la conceptualisation du combat, d’ailleurs plus chez les praticiens que chez les théoriciens, comme la SA était plus pratiquée par les théoriciens que par les praticiens. Conséquemment, les armes de soutien, essentielles à la viabilité technologique sur le terrain, restent sociologiquement déconsidérées par rapport aux armes de contact. Les exemples historiques montrent ainsi la réticence des combattants face à de nombreuses nouvelles technologies ou à des évolutions sociologiques telle que la féminisation des forces[149], de sorte que la primauté nette de l’ethos guerrier fait de la technologie un auxiliaire plus qu’une panacée.

5) Dynamiques déterministes et sortie des schémas isolationnistes

Si l’examen du champs technologique et de sa diffusion au travers des figures de l’organisation militaire et du combattant offre les clefs épistémologiques permettant de tracer les origines des théories génétiques, il faut aussi en souligner la dynamique au cours du temps. Dans le rapport qu’ils affichent à la technologie, les « généticiens » comme d’autres auteurs étudiant le rapport entre stratégie et technologie mettent clairement en évidence la non-linéarité de ce même rapport. S’il s’établit fermement à partir de la révolution industrielle, son évolution montre des progressions séquentielles et cumulatives[150] différenciées suivant que l’on prenne un angle macro (les politiques génétiques) ou micro (les programmes) analytique. Ainsi estime-t-on que les USA produisent leurs équipements de façon séquentielle, lorsque les nécessités du remplacement de matériels plus anciens sont là et lorsqu’ont été gagnées les longues batailles politiques et bureaucratiques quant à la réelle nécessité dudit équipement. Pour ce qui concerne notre cas d’étude, le développement de l’A-12, dès 1988, semble s’enraciner dans des desiderata de l’USN remontant en fait au début des années quatre-vingt, lorsqu’il devenait clair que l’A-6, malgré les modernisations dont il avait fait l’objet, arrivait au terme d’un carrière entamée dans la première moitié des années soixante. Bureaucratiquement parlant, la décision fut prise mécaniquement, car dans le contexte stratégique de l’époque, l’A-6 était considéré comme une pièce importante de la stratégie navale américaine, dite « de l’avant ». Devant mener des missions offensives au-dessus de cibles fortement défendues, l’Avenger II bénéficia dans sa conception des technologies furtives intégrées à la même époque dans le bombardier stratégique B-2. S’il procédait de la continuité dans la volonté de la Marine de disposer d’un appareil d’attaque à long rayon d’action – partiellement du fait de la volonté bureaucratique de disposer d’un pendant des bombardiers de l’USAF – il relevait d’un séquençage dans la progression technologique américaine, exploitant la rupture technologique induite par l’arrivée des premiers F-117 furtifs, dès 1983. 

Mais le statut de cette furtivité, sans doute plus encore que sa diffusion, est emblématique de questionnements à la fois économiques et politologiques sur la dichotomie entre nature évolutionnaire ou révolutionnaire de l’innovation dans le domaine militaire. Couplée à la disposition de PGM, la furtivité maximise la probabilité de réussite d’une mission d’attaque et permet de réduire les forces disponibles tout en maximisant leur potentiel militaire. Mais elle pose aussi des questions quant au sens donné à la technologie autant qu’aux stratégies génétiques en tant que telles. Car si les sociologues et les historiens de la technologie cherchent un sens à ces dernières, il se situe pour le politologue comme pour le stratégiste quelque part entre la légitimation des discours qu’elles permettent et l’usage qui en est fait. En particulier, les acceptions données à la technologie militaire varient et nécessitent la prise en compte de nodes externes à la technologie : 1) les facteurs culturels constituent autant une méthode dans l’optique d’un constructivisme technologique qu’un facteur d’influence dans une optique hard determinist et 2) la charge strato-politique de l’influence des doctrines sur la conception de matériels devant les servir. De ce point de vue, il est nécessaire de dépasser une stricte conceptualisation intellectuelle pour se projeter dans un discours stratégiques qui est action en soi.    


[1] La plupart des ouvrages de L. Poirier cherchent ainsi à établir « ce qu’il se passe dans la tête du stratège ». Poirier L., Stratégie théorique II, op cit., Poirier L., Les voix de la stratégie, généalogie de la stratégie militaire – Guibert, Jomini, Fayard, Paris, 1988, Poirier, L., La crise des fondements, Economica/ISC, Paris, 1994, Poirier, L., Stratégie théorique III, Economica/ISC, Paris, 1996, Poirier, L., Le chantier stratégique – Entretiens avec G. Chaliand, Hachette, Paris, 1997, Poirier, L., Stratégie théorique, Economica/ISC, Paris, 1997.

[2] Une idée très répandue chez tous les auteurs ayant traité de la révolution industrielle, mais aussi de la sociologie et de l’histoire des technologies. De nombreux économistes assument aussi une telle filiation, y compris ceux qui s’attachent aux économies de défense. Bellais, R., Production d’armes et puissance des nations, op cit.

[3] Une différenciation qu’effectue Pacey, A ., Technology in a world civilization : a thousand years history, MIT Press, Cambridge (MA.), 1990. Toutefois, pour King, technologie et science sont symbiotiques, rendant inutile la distinction entre elles. King, A., « Science, technology and international relations : some comments and a speculation », in Hieronymi, O., (Ed.), Technology and international relations, St Martin’s, New-York, 1987. Salomon est plus nuancé et souligne que science et technologie sont de plus en plus difficilement distinguables. Salomon, J.J., Prométhée empêtré. La résistance au changement technique, Coll. « Futuribles », Pergamon, Oxford, 1981.

[4] Une vision que l’on retrouve notamment chez Basalla, G., The evolution of technology, Cambridge University Press, Cambridge, 1988. Basalla établit notamment la préséance de la technologie sur la science.

[5] Plus préoccupé de la technologie en tant que moyen du réalisme, B. Buzan échappe à une véritable définition de la technologie, comme d’ailleurs à la prise en compte plusieurs éléments-clés des études stratégiques, comme le terrorisme. Buzan, B., op cit.  

[6] Ross, A. L., op cit.

[7] Merrill, R. S., « The study of technology » in Sills, D.L. (Ed.), International encyclopaedia of the social sciences, McMillan and The Free Press, New-York, 1968, cité par Ross, A. L., « The dynamics of military technology », op cit., p. 108.

[8] Sanders, R., International dynamics of technology, Greenwood Press, Westport (CT.), 1983.

[9] Devant être replacé dans le cadre de la présumée RMA, la technologie du commandement implique aussi bien le concept de C3I (Command – Control – Communications – Intelligence) que la psychologie, la sociologie ou la médecine. Hables Gray, C. op cit. et Williams, P., « Emerging technology, exotic technology, and arms control », in Jacobsen, C.G. (Ed.), The uncertain course : new weapons, strategies and mind-sets, Oxford University Press (for the SIPRI), Oxford, 1987. 

[10] Nef., J., War and human progress, Norton, New-York, 1963. A. Gat met notamment en évidence la méthode géométrique des conceptions tactiques de l’Archiduc Charles et de Bülow. Gat, A., The origins of military thought. From the Enlightment to Clausewitz, Clarendon Press, Oxford, 1989.   

[11] Cooper et Hollick envisagent la technologie comme « the systematic application of human and financial resources toward the development of useful knowledge ». Cooper, E.D and Hollick, A.L., « International relations in a technologically advanced future», in Keatley, A.G., Technological frontiers and international relations, National Academy Press, Washington, 1985 cité par Ross, A. L., op cit., p. 109.

[12] Nourrissant la reproduction de modèles sociaux militaristes pour un constructiviste tel que Waever, O., « Securitization and desecuritization » in Lipschutz, R.D., (Ed.), On security, Columbia University Press, New-York, 1995.

[13] Sur ce point, nous renvoyons le lecteur aux nombreuses études historiques et économiques sur la révolution industrielle et sa relation avec l’émergence d’une « civilisation techno-centrée ». Voir notamment, Cochet, F., Henry, G.M., Les révolutions industrielles. Processus historiques, développements économiques, Coll « U – Economie », Armand Colin, Paris, 1995.

[14] Salomon, J.J., Prométhée empêtré. La résistance au changement technique, op cit. Malgré ses vingt ans, l’ouvrage n’a que peu perdu de son actualité.

[15] Si nous y reviendrons, les résistances à l’innovation dans le monde militaire se produisent aux trois niveaux stratégique (réticences à une utilisation de l’arme biologique contre le Japon), opératif (scepticisme allemand à l’utilisation d’armements chimiques en Belgique) et tactique (refus des pilotes américains d’utiliser des radars de conduite de tir durant la guerre de Corée). Meyer, Claude, L’arme chimique, Coll. « Perspectives stratégiques », Ellipses/FRS, Paris, 2001 ; Riche, D., La guerre chimique et biologique, Belfond, Paris, 1982 et Davis, J. F., Histoire de la guerre aérienne, Elsevier/Séquoia, Paris/Bruxelles, 1976.

[16] Qui définit la technologie en tant que « système abstrait de savoir, une attitude à l’égard de la vie et une méthode pour résoudre ses problèmes ». Ross considère que la vision du versant « non-matériel » de la technologie est fort diffuse chez Van Creveld. Van Creveld, M., Technology and war from 2000 B.C. to the present, Free Press, New-York, 1989, p. 312 et Ross, A. L., op cit.     

[17] L’auteur montre au travers d’une analyse essentiellement centrée sur la sociologie des organisations le processus d’interactions entre les instances décisionnelles privées et publiques américaines qui a conduit à la mise au point des différentes générations de systèmes de guidage des missiles stratégiques. McKenzie, D., Inventing accuracy : a historical sociology of nuclear missile guidance, The MIT Press, Cambridge (MA.)1990. 

[18] Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), Does technology drives history ? The dilemma of technological determinism, The MIT Press, Cambridge (MA.)/London, 1996.

[19] Et ce bien que plusieurs auteurs considèrent que le constructivisme social, tout en étant complètement opposé au hard determinism, ne doit pas être compris comme sa simple antithèse, mais bien comme une théorie en soi.

[20] « The belief that technical forces determine social and cultural change », Hughes, T.P., « Technological momentum » in Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), op cit., p. 102.

[21] Une vision très présente chez Coxe, aux Etats-Unis et qui se retrouve aussi derrière la guerre de blocus que mène la Grande-Bretagne à l’égard de l’Allemagne, poussant celle-ci à développer ses propres matières premières de synthèse.

[22] Y compris dans l’imagerie populaire. La rhétorique des « hommes de progrès » qui assurent le progrès par leurs inventions et leur capacité d’entrepreunariat était tout aussi promue dans l’Europe du 19ème siècle.

[23] Et plus largement d’une idée de progrès solidement enracinée dans les Lumières et l’idée d’universalité de la Raison. Braud, P., s.v. « Progrès (idée de) » in Hermet, G., Badie, B., Birnbaum, P. et Braud, P., Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Coll. « Curus », Armand Colin, Paris, 1996 et Braud, P., s.v. « Positivisme » in Hermet, G., Badie, B., Birnbaum, P. et Braud, P., Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, op cit.

[24] Par son rapprochement du néo-isolationnisme lorsque le chef d’état-major de l’USAF déclare en 1997 que « Les USA sont principalement reliés au reste du monde non par les voies terrestres et navales, mais bien par les voies aériennes ». Contrairement à ce que laissaient penser les stratèges de l’Airpower, la géopolitique n’est pas morte. Grasset, P., « Le XXIème siècle selon l’US Air Force », Science & Vie Hors Série, Aviation 1997, n°199, juin 1997, pp. 121-122.  

[25] Qui reconnaît toutefois le déterminisme se cachant derrière la vision marxiste de l’histoire. Bimber, B., « Three faces of technological determinism » in Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), op cit. 

[26] Telle que l’on peut le retrouver dans : Ellul, J., Le système technicien, Coll. « Liberté de l’esprit », Calmann-Lévy, Paris, 1977; Ellul, J., The technological society, Vintage, New-York, 1967. L’auteur argue essentiellement de l’autonomisation de la technologie par rapport à la société et de ses mécanismes d’action.  

[27] Ayant d’abord travaillé sur la mécanisation du corps humain, Mumford s’est ensuite ravisé pour devenir critique à l’égard de la sur-mécanisation de la société. Smiths, M.R., « Technological determinism in american culture », op cit.

[28] Winner, L., Autonomous technology : technics-out-of-control as a theme in political thought, MIT Press, Cambridge (MA.), 1977. 

[29] Rip. A., Misa, T.J., Schot, J., « constructive technology assessment : a new paradigm for managing technology in society » in Rip. A., Misa, T.J., Schot, J., Managing technology in society. The approach of constructive technology assessment, Pinter, London/New-York, 1995.  

[30] Smith, M.R., « Technological determinism in american culture », op cit.

[31] Winner, L., « Upon opening the black box and finding it empty : social constructivism and the philosophy of technology», cité par Smith, M.R., « Technological determinism in american culture », op cit.

[32] Le concept  a émergé dans les années septante, dans la foulée de l’émergence d’une préoccupation environnementale. Rip. A., Misa, T.J., Schot, J., op cit.

[33] Bijker, W.E., The social construction of technological systems : new directions in the sociology and history of technology, MIT Press, Cambridge (MA.), 1987.  

[34] Sans toutefois que les auteurs revendiquant cette approche ne définissent ce qu’est la société civile ou l’opinion publique, qu’ils veulent « raisonnablement » informée des progrès technologiques. Une telle approche a déjà été critiquée en raison du fait que la vulgarisation n’est pas en soi la connaissance technique. Roqueplo, P., Le partage du savoir, Seuil, Paris, 1974. J. Ellul considère que l’appréciation de l’auteur est correcte, mais le critique pour le simplisme de son objectif d’un partage du savoir qui ne serais effectif qu’une fois la France transformée en Etat socialiste.   

[35] Paskins, B., « Prohibitions, restraints and scientists » in Sims, N. (Ed), Explorations in Ethics and International Politics, Croom Helm, London, 1981. Selon l’auteur, le scientifique de la défense n’est pas soumis aux mêmes contraintes que le soldat et devrait prioritairement viser le respect des lois de la guerre.

[36] Leurs thèses, d’inspiration historique, mettent en évidence le rôle joué par les technologies militaires de la fin des 18ème et 19ème siècles dans la colonisation. Parker, G., The military revolution. Military innovation and the rise of the West. 1500-1800, Cambridge University Press, Cambridge, 1988 ; Hedrick, M., The tools of Empire : technology and european imperialism in the nineteenth century, Oxford University Press, Oxford, 1981 ; Mendelsshon, K., The secret of european domination. How science became the key to global power and what it signifies for the rest of the world, Praeger, New-York, 1976.

[37] L’introduction de la mitrailleuse dans les forces française constituait une percée cependant mal gérée. Intégrées à l’artillerie au cours de la guerre de 1870, les mitrailleuses ne furent jamais à portée utile de leurs adversaires.

[38] Szyliowicz, J.S., « Technology, the nation-state : an overview » in Szyliowicz, J.S. (Ed.), Technologya and international affairs, Praeger, New-York, 1991. La distinction est fréquemment répandue et est notamment utilisée par Sapir, J., Le système militaire soviétique, op cit et Sapir, J., « Information, décision, coordination : enseignements de l’histoire militaire pour l’économiste », op cit.

[39] Szyliowicz, J.S., « Technology, the nation-state : an overview » in Szyliowicz, J.S. (Ed.), Technologya and international affairs, Praeger, New-York, 1991.

[40] Delmas, C., 1945 La bombe atomique, Coll. « La mémoire du siècle », Editions Complexe, Bruxelles, 1985.

[41] Canby, S., « The quest for technological superiority – A misunderstanding of war ? » in IISS Annual Conference, The changing strategic landscape III, Adelphi Papers n°237, Oxford, Spring 1989.

[42] Que l’on pourrait maladroitement traduire par « mouvement (dans le sens d’une force inertie) technologique ». 

[43] Hughes, T.P., « Technological momentum » in Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), op cit.

[44] Cochet, F., Henry, G.M., op cit. 

[45] Salomon, J-J., Prométhée empêtré. La résistance au changement technique, op cit.

[46] Notamment lorsqu’ils considèrent la nature de la technologie : « the primary fact about technology in the 20th Century is that it has a momentum of its own. Although the technological stream can to some extent be directed, it is impossible to dam it ; the stream flows on endlessly ». Possony, S.T.; Pournelle, J.E. ; Kane, F.X., op cit., p. 14.

[47] Misa, J., « Retrieving sociotechnological change from technological determinism » in Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), Does technology drives history ? The dilemma of technological determinism, op cit. et Siranton, P., « Determinism and indeterminacy in history of technology » in Smith, M.R. and Marx, L., (Eds.), op cit.

[48] « Technological war is a mixture of strategy and technology and their interelationship », Possony, S. T.; Pournelle, J. E. ; Kane, F. X., op cit., p. 14.

[49] C’est notamment le cas chez O’Neil, R. (Ed.), New technology and western security policy, Archon Books (for the International Institute fo Strategic Analysis), Hamden (CT.), 1985.

[50] Selon lui antichambre de la Seconde, considérée comme le point tournant vers la guerre post-moderne. Celle-ci se caractérise par la centralité de l’information, l’utilisation systématique de la technologie face aux problèmes et la recherche d’une décision rapide en minimisant les pertes amies dans un contexte de généralisation des conflits de basse intensité. A bien des égards, la « guerre post-moderne » d’Hables Gray est la RMA des autres. 

[51] Hables Gray, C., Postmodern war. The new politics of conflict, Routledge, London, 1997.

[52] Dès 1914, l’OA devait déterminer mathématiquement les principaux modèles de conduite du combat, donnant naissance aux « Lois de Lanchester » (1916), une série d’équations jamais véritablement démontrées et devant spécifier les paramètres quantitatifs du combat. Lepingwell les critique en démontrant notamment les erreurs mathématiques qu’elles recèlent. Möller, B., s.v. « Lanchester’s law » in Dictionnary of alternative defense, Lynne Rienner Publishers/Adamantine Press, Boulder (CO)/London, 1995 ; Brodie, B. and Brodie F., From crossbow to H-Bomb, Indiana University Press, Bloomington, 1973 et Lepingwell, J., « The laws of combat ? », International Security, Vol. 12, n°1, Summer 1987.

[53] Visant le dépassement de l’étude mathématique pure et simple des opérations, l’OR cherche à découvrir des éléments de prédictibilité dans les organisations sociales, en considérant toujours les mathématiques comme son instrument méthodologique central. Elle a été mise au point vers 1937, lors des recherches menées en Grande-Bretagne sur l’opérationnalisation des radars. Allen, T., War games : the secret world of the creators, players, and policy makers rehearsing World War III today, McGraw-Hill, New-York, 1987.  

[54] Sur ce point, voir notamment Smith, M.R. and Whitelam, J., Military enterprise and technological change : perspectives on the american experience, MIT Press, Cambridge, 1985 et Smith, M.R., « Army ordnance and the « american system » of manufacturing, 1815-1861 » in Smith, M.R. and Whitelam, J., Military enterprise and technological change : perspectives on the american experience, op cit., Pedroncini, G., « Technique et stratégie durant la Première Guerre mondiale », Stratégique, n°56, 1992/4, Gropman, Alan, The big L. American logistics in WW II, NDU, Washington, 1997.

[55] Entre autres, il en découlera l’approche béhavioriste des relations internationales.

[56] Et qui renvoyaient à la critique de Paretto, qui a rapidement cherché à développer des équations propres à la sociologie permettant de systématiser les comportements humains et, par delà, sociaux et politiques.

[57] Halperin, M. H., Contemporary military strategy, Faber and Faber, London, 1967.

[58] Au contraire d’une biologiste telle que Solly Zuckermann, qui entends transformer la guerre en science prédictible. En guise de commentaire, l’on pourrait indiquer que les civils travaillant sur les questions stratégiques, plus enclins que leurs collègues militaires à utiliser les techniques d’OR, d’OA et de SA, ont généralement tendance à linéariser le combat et à le dépouiller de ses contraintes et spécificités. Le rôle du déficit d’expérience semble central. Allen, T., War games : the secret world of the creators, players, and policy makers rehearsing World War III today, McGraw-Hill, New-York, 1987.

[59] Kaplan, F., Wizards of Armageddon, Touchstone Books, New-York, 1983.

[60] Vickers, E., “War and games”, Creative Computing, September 1984.

[61] Une approche que l’on ressent chez Seifritz, W., « Peut-on se protéger de l’arme à neutrons ? », Revue Internationale de Défense, n°12, 1981 ou Cohen, S. T. et Geneste, M., Echec à la guerre – la bombe à neutrons, Copernic, Paris, 1980.

[62] Hables Gray, C., op cit, Meyer, J-P., op cit. et Gibson, J., The perfect war : technowar in Vietnam, Atlantic Monthly Press, Boston, 1986, cité par Gray, C.H., op cit). Le site internet de la RAND Corporation offre de nombreuses études en ligne et la simple consultation du catalogue (qui remonte aux années cinquante) démontre sans ambiguïtés la prégnance des méthodes de SA dans la résolution des problèmes stratégiques. http://www.rand.org.    

[63] Simon, H-A., « Rationality as a process and as a product of thought », American Economic Review, Vol. 68, n°2.

[64] C’est souvent ce qui a été reproché à la très linéaire et trop rationnelle escalade nucléaire envisagée par Kahn.

[65] Titre a priori ésotérique d’un ouvrage qui constitue une bonne première approche des notions de prospective et de prévision. Scheps, R. (Dir.), Les sciences de la prévision, Coll. « Points – sciences », Seuil/France culture, Paris, 1996.

[66] Et plus largement de tout déterminisme. Il y a une charge politique forte dans la rhétorique de défense de Jouvenel lorsqu’il indique que « l’avenir est pour l’homme en tant que sujet connaissant domaine d’incertitude, et pour l’homme en tant que sujet agissant domaine de liberté et de puissance ». Scheps, R., « Pourquoi la prospective – entretien avec Hugues de Jouvenel » in Scheps, R. (Dir.), Les sciences de la prévision, op cit., p. 14 et Scheps, R., « Savoir et prévoir – entretien avec Jean-Marc Lévy Leblond » in Scheps, R. (Dir.), Les sciences de la prévision, op cit.  

[67] Le terme « prospective » a été proposé pour la première fois par Gaston Berger.

[68] Le terme de futurologie a été proposé pour la première fois en 1949 par O. Flechteim et devait en référer à une nouvelle science. Le manque de méthodologie des futurologues, leur obsession à déterminer des événements dépassant plusieurs dizaines d’années et le caractère événementiel des « prédictions » ne rencontrent que peu les exigences scientifiques.

[69] C’est notamment le cas de l’utilisation des ordinateurs de dernière génération à la modélisation climatique. Le climat et la gestion de ressources alimentaires ont été pointés du doigt comme une des racines potentielles de conflits futurs par les tenants du pluralisme. De façon peut-être plus inquiétante, la conceptualisation du corps humains en tant que système d’armes et les recherches assez rapidement menées en parallèle sur l’amélioration de ses fonctions vitales (HPE – Human Performance Enhancement) pourraient avoir un impact direct sur la conduite des opérations militaires.  

[70] Fuller – comme, dans une moindre mesure, Colin – utilisait l’histoire et les conditions des conflits pour tenter de déterminer quelle arme pourrait être déterminante à l’avenir, sur base de quoi doctrines et stratégies suivraient. Suivant cette méthode, A. Coroalles a cherché à étudier quelle arme serait déterminante après la guerre du Golfe. Coroalles A.M., « The master weapon – the tactical thought of J.F.C. Fuller applied to future war », Military Review, January 1991, cité par Wasinski, C., Clausewitz et le discours stratégique américain des années septante à nos jours, op cit.

[71] A cet égard, la méthode n’est pas neuve et a déjà été employée lors de la rédaction du FM-100.5 de 1976.

[72] Cité par Gsponer, A., « Science, technique et course aux armements », in GRIP, La science et la guerre, Coll. « Notes et documents », n°99, mai 1986, cité par Ayache, G. et Demant, A., Armements et désarmement depuis 1945, Coll. « Questions au XXème siècle », Complexe, Bruxelles, 1991, p. 99.

[73] Si le chaos est modélisable par plusieurs méthodes avant de conduire à un ordonnancement, l’anarchie n’y aboutit pas.

[74] Y compris celle concernant les prises de décisions qui suivraient des conclusions obtenues économétriquement. Shackle, G., Expectations in economics, Cambridge University Press, Cambridge, 1949.

[75] Simon, H-A., « Rationality as a process and as a product of thought », American Economic Review, Vol. 68, n°2. Pour une application cependant précautionneuse dans la sphère militaire : Echevarria II, A.J., « Optimizing chaos on the nonlinear battlefield », Military Review, Vol. 77, n°5, September-October 1997.  

[76] le retour d’hypothèses préalablement évacuées ou l’impact de surprises positives ou négatives sur l’établissement des modèles. Shackle, G., Expectations in economics, op cit.

[77] Confiant dans les décryptages issus du système ULTRA, Patton ne croyait pas en une percée allemande dans les Ardennes durant l’hiver 1944-45. Or, les Allemands avaient transmis leurs ordres par un autre système et se sont arrogé une surprise qui leur a prodigué l’initiative. Cole, H. M., La grande bataille des Ardennes en Belgique et au Luxembourg, Omer Marchal Editeur, Villance-en-Ardennes, 1994. Plus largement, Clausewitz se méfie de ce biais et envisage le « génie militaire » et le « coup d’œil » pour y remédier. Wasinski, C., op cit.  

[78] En particulier lorsqu’il s’agit de déterminer des évolutions stratégiques. Alain Bru insiste sur l’expérience et la capacité d’ouverture à l’innovation et à des résultats sortant des « chemins tracés » des hommes qui la pratiquent. Margeride, J-B., « La prospective : méthode ou illusion lyrique ? », Stratégique, n°49, 1991/1.

[79] L’USAF se distingue ainsi par la forte mathématisation des questions prospectives, qui doit aboutir à la définition des technologies devant être développées. Les études Air Force 2025 et SPACECAST 2020 – dont les méthodes sont explicitées en annexe II – sont très fortement marquées par de telles méthodologies. L’US Army, en utilisant la méthode des « cônes de plausibilité », décrite en annexe III, se centre plus pratiquement sur les sciences sociales en déterminant des futurs possibles au départ d’une situation déterminée dans le temps. Les éventuels demandes en termes de matériels relèveront ensuite de l’application des principes stratégiques aux différents résultats de la recherche. Marguin, J., Méthodes de prospective de défense aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, Cahiers de la Fondation pour la Recherche Stratégique, n°8, Paris, mai 1999. 

[80] Marguin, J., Méthodes de prospective de défense aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, op cit.

[81] Dès les années trente. Hoover fut le premier président américain à commander une étude prospective. En 1951, Eisenhower forme un Material Policy Group chargé de détecter les risques  à long terme de pénuries en matière premières stratégiques. L’établissement de l’OTA en tant que centre de réflexion propre au Secrétaire à la défense américain relève de la même logique. Hatem, F., Introduction à la prospective, Coll. « Gestion poche », Economica, Paris, 1996.

[82] Au travers des think tanks, bien entendu, mais aussi au travers d’institutions telles que l’Office of Technology Assessment (OTA – il dépends directement du secrétaire à la défense) ou la Defense Advanced Research Program Agency (DARPA). Si la fonction de la première est de discerner quelles technologies pourraient s’avérer cruciales, la DARPA aura en plus de cette fonction d’objectivation une réelle fonction de management de la R&D et de son financement.

[83] Herman Khan a ainsi travaillé sur les grandes percées technologiques qui se produiraient avant la fin du XXème siècle, mais la plupart des avancées qu’il avait citées ne se sont pas encore produite, alors que dans le même temps, des innovations aussi majeures que l’informatisation de la bureautique n’ont pas été entrevues.

[84] Sapir, J., « Information, décision, coordination : enseignements de l’histoire militaire pour l’économiste », op cit. 

[85] Marchais-Roubelat, A., « Stratégie militaire, stratégie d’entreprise : même combat », Stratégique, n°60, 1995/4.

[86] Pour ce qui relève particulièrement du domaine économique, Whyte, W.H., Organization man, Doubleday, New-York, 1956, cité dans Murawiec, L., op cit.

[87] Suivant lequel les militaires utiliseraient les procédures civiles en matières de recherche et de développement, mais aussi en matière d’« achats sur étagère » de matériels civils déjà existant et restant à militariser (COTS – Cost Off The Shelf technology) ou de méthode de gestion. L’implémentation du concept aux Etats-Unis remonte à McNamara (système PPBS – Planning Programming Budgetary System) et aurait une filiation directe aux notions de SA et d’OR. Murawiec, L., op cit.

[88] En fait, dès la Première Guerre mondiale, « la technologie et le management sont inextricablement connectés ». Smith, M.R., Military enterprise and technological change: perspectives on the american experience, op cit., p. 11.

[89] Bédar, S., « La réforme stratégique américaine : vers une révolution militaire ? » in Bédar, S. et Ronai, M., Le débat stratégique américain 1998-1999 : défis asymétriques et projection de puissance, Cahiers d’Etudes Stratégiques, n°25, CIRPES, Paris, 1999.

[90] Hables Gray, C., op cit. Le début des années soixante et l’arrivée de McNamara au Secrétariat à la Défense sont souvent vues comme les points paroxystiques de la volonté politique d’asseoir définitivement ces concepts. Sur cette époque : Brodie B., « The McNamara phenomenon », World Politics, July 1964 ; Meyer, J-P., RAND, Harvard, Brookings et les autres. Les prophètes de la stratégie aux Etats-Unis, op cit. ; Gibson, J., The perfect war : technowar in Vietnam, Atlantic Monthly Press, Boston, 1986.

[91] Faivre, M., Les nations armées. De la guerre des peuples à la guerre des étoiles, op cit. 

[92] Maurice Faivre propose ainsi une typologie commode, mais manquant cependant de la dynamique qui permettrait d’isoler les régularités dans les trajectoires historiques des modèles proposés :

Tableau 2 : Typologie des conceptions de nation armée (de 1914 à 1945) et lien avec les formes stratégiques.

Type

France

IIème et IIIème Reich

Grande-Bretagne – USA

URSS – Chine

Régime politique démocratique égalitaire-conservateur. démographie stable autoritaire oligarchique expansion démographique/ idéologique Démocratique libéral mercantile révolutionnaire parti-Etat totalitaire
Stratégie continentale offensive-défensive globale Continentale offensive totale maritime et périphérique puis offensive globale défensive-offensive totale
Guerre Longue usure, bataille défensive Courte, totale, bataille d’

Anéantissement

Limitée puis longue usure longue, totale, psychologique
Organisation militaire conscription, mobilisation préparée et massive Armée de caste, mobilisation rapide mais non totale Armée professionnelle réduite et réserves puis mobilisation improvisée milices populaires puis armée régulière massive, soldats militants

Source : Faivre, Maurice, Les nations armées. De la guerre des peuples à la guerre des étoiles, op cit.

[93] En la matière, l’ouvrage de Van Creveld reste un classique de l’histoire de la logistique (Van Creveld, M., Supplying war : logistics from Wallenstein to Patton, Cambridge University Press, Cambridge, 1977), alors que cette approche n’a que rarement été exploitée, d’où le très évocateur article « The forgotten dimensions of strategy» de M. Howard.

[94] L’abandon des charrois implique une simplification de la marche des armées (la marche et le passage en ordre de combat sont considérables dans l’art stratégique de l’époque classique), mais aussi la possibilité d’avancer plus rapidement.

[95] Chaliand, G. et Blin, A., s.v. « Logistique », Dictionnaire de stratégie militaire, op cit.

[96] Dandecker, C., « The bureaucratisation of force » in Freedman, L. (Ed.), War, op cit. 

[97] Il en est de même avec l’utilisation du télégraphe puis de la radio, qui connaissent une explosion dès 1914. La France achète en quatre ans 210 000 téléphones et fait passer son réseau de 406km de câbles de campagne à 470000km. (Pedroncini, P., op cit). La TSF est installée dans les chars et le général Estienne, père des blindés français propose des versions de commandement/transmissions des chars. Les théoriciens du Blitzkrieg mettront en avant la nécessité d’un réseau de communication à la fois développé et résistant aux différents types d’intrusion, d’écoute et de contre-mesures. Ferrard, S. et Eshel, D., « Les familles de véhicules blindés », Armées & Défense, n°4, avril 1990.  

[98] Manigart, P., « Force restructuring : the postmodern military organization » in Jelusic, L. and Selby, J., Defense restructuring and conversion  : sociocultural aspects, COST Action A10, European Commission, Directorate-general research, Brussels, 1999 ; Moskos, C.C. and Burk, J., « The postmodern military » in Burk., J., The military in new times : adapting armed forces to a turbulent new world, Westview Press, Boulder (CO.), 1994 ; Caplow, T. et Vennesson, P., Sociologie militaire, Armand Colin, Paris, 1999.  

[99] Surtout aux Etats-Unis. Le vieillissement de la flotte d’appareils du Military Airlift Command (MAC) et des transporteurs de la Navy, l’échec de l’exercice Nifty Nugget ont suscité une réflexion débouchant sur plusieurs programmes majeurs : C-17, C-141B, C-5B (USAF), transporteurs pour l’USN, création du Transportation Command (TRANSCOM) en 1987. Balaës, J., « Military Airlift Command », Carnets de Vol, n°62, novembre 1989 et Dicker, R. J. L., « Les programmes sealift de la force d’intervention rapide américaine », Revue Internationale de Défense, Vol. 16, n°7, 1983.

[100] En Europe, le programme A-400M est représentatif d’une nécessité qui y est soulignée avec force depuis la guerre du Golfe. Précédemment, la focalisation sur le secteur Centre-Europe nécessitait une capacité de transport essentiellement tactique/opératique que les opérations menées par la France ou la Belgique en Afrique n’a pas remis en question.

[101] Un char M-1 nécessite quotidiennement 60 tonnes de carburant et de fournitures. Murawiec, L., op cit. 

[102] de Weerd, H. A., « Churchill, Lloyd George, Clemenceau : l’émergence des civils » in Mead Earle, E. (Dir.), op cit. et Pedroncini, G., « Technique et stratégie durant la Première Guerre mondiale », Stratégique, n°56, 1992/4.

[103] ce que résume, le tableau suivant : 

Tableau 3 : Matériel à disposition des forces française – inventaires de 1914 et 1918

Type de matériel

Situation en 1914

Situation en 1918

 Chars                              0                      3 400
 Tubes d’artillerie lourde                          300                      5 200
 Véhicules                       9 000                    88 000
 Avions                          162                      3 437
 Mitrailleuses                       2 000                    18 000   
 Fusils mitrailleurs                              0                    48 000

Source : Pedroncini, G., « Technique et stratégie dans la Première Guerre mondiale », op cit.

[104] Kennedy, P., The rise and the fall of the great powers, Random House, New-York, 1987. Cette argumentation est encore fréquemment entendue de nos jours. C’est particulièrement le cas pour les industries de défense, qui restent moins soumises que les entreprises « civiles » aux processus de multi et de transnationalisation. Bellais, R., op cit.

[105] Irvine, D.D., « The origins of capitals staffs », Journal of Modern History, 10/2, 1938, cité dans Dandecker, C., Surveillance, power and modernity, Polity Press, London, 1990. Si le développement des états-majors a été entravé par la forte personnalisation de la stratégie par Napoléon, il a été pleinement exploité par les Prussiens dès 1840.

[106] « The novelty of war staffs lay not in their activities as such, but rather in their performance in a complex an differenciated administration structure : the ‘brain’ of military organisations became collectivized ». Dandecker, C., Surveillance, power and modernity, op cit., p. 123. L’analogie avec la théorie des réseaux et la collectivisation des savoirs est patente.

[107] Janowitz, M. The professional soldier : a social and political portrait, The Free Press, New-York, 1971.

[108] Pour plusieurs auteurs, le phénomène bureaucratique est au centre de l’émergence du concept de guerre totale. Wolf, M, « Commentary » in Wright, M. and Paszek, L. (Eds.), Science, technology and warfare. Proceedings of the third military history symposium, US Governement Printing Office, Washington, 1969. On retrouve une telle argumentation, mais atténuée chez Hall, A.R., Ballistics in the 17th Century, Cambridge University Press, Cambridge, 1969, cité par Hables Gray, C., op cit.

[109] Parmis d’autres évolutions, Janowitz note que le personnel militaire des Armes représentait 93,2% durant la guerre de Sécession, 28,8% après la guerre de Corée, et encore moins dans l’USN et l’USAF. Janowitz, M., op cit.

[110] Le cas de la symbiose pouvant exister entre les think tanks américains et le Pentagone est classique. Mais on peut y ajouter le cas soviétique. Lorsque Ogarkov a lancé la révolution dans les affaires technico-militaires, de nombreux civils – notamment issus le l’IMEMO et de l’ISKAN (respectivement les instituts de relation internationales et d’étude des Etats-Unis et du Canada) – ont intégré les appareils décisionnaires politiques et militaires. 

[111] Notamment pour les missions d’expertise technique. Dans son ouvrage sur l’histoire de la guerre électronique aux Etats-Unis, Alfred Price montre ainsi le rôle tactique joué des ingénieurs civils durant la guerre du Vietnam. Price, A., War in the fourth dimension. US electronic warfare, from the Vietnam war to the present, Greenhill Books, London, 2001.

[112] Essentiellement dans des tâches administratives, libérant les soldats pour les missions de combat. Le cas allemand doit toutefois être contextualisé à la lumière du système d’Innere Fürhung, partie intégrante d’une politique visant à maximiser les rapports entre civils et militaires, mais aussi entre subordonnés et supérieurs au sein des forces. 

[113] Sur l’intégration d’experts civils dans les structures décisionnelles soviétiques, Malleret, T. et Delaporte, M., op cit. et Jacobsen, C., «Changes in soviet defense decision-making  », International Defense Review, n°2/1990.

[114] C’était notamment un des sens donné à certains contrats du programme FAST (Forecasting and Assessement in the field of Science and Technology) de la Commission Européenne. Un des résultats en fut l’ouvrage de Salomon, J-J., Prométhée empêtré. La résistance au changement technique, op cit. 

[115] Hables Gray, C., op cit.

[116] Ibidem. La « civilianisation » se traduirait dans le même temps par la technicisation croissante des enseignements donnés aux futurs officiers. Plusieurs auteurs rappellent à cet égard que West Point, pépinière des officiers américains, est traditionnellement un école d’ingénieurs. Meyer, J-P., op cit. et Murawiec, L., op cit.

[117] Les exemples de l’attitude de Hitler face aux missiles ou de Foch face à l’aviation (« L’aviation, c’est du sport ! Pour l’armée c’est zéro ») sont classiques.

[118] Les premières attaques chimiques ou de chars ont ainsi été des échecs du fait de leur non-exploitation.

[119] Bien qu’il faille lourdement nuancer ce genre d’affirmation, que l’on croise régulièrement dans de nombreux ouvrages traitant des rapports armée-nation :

– Certains opèrent ainsi une distinction entre les forces navales et terrestres, qui seraient les plus conservatrices, et les forces aériennes. L’intensité technologique des forces est ainsi présentée comme un facteur déterminant de leur conservatisme présumé, essentiellement dans le contexte actuel. D’autres interprétations donnent à l’origine sociale des officiers un rôle déterminant (cas typique du conservatisme aristocratique de l’état-major allemand de 1914), mais manquent de souffle à l’aune des changements intervenus en cette matière dans de nombreuses armées ;

– Dans le même temps, la conceptualisation des forces face à la technologie est largement dépendante des cultures stratégiques autant que des évolutions de cette même culture. Nous y reviendrons lorsque au point 3.

[120] de Weerd, H. A., op cit. Rathenau semble avoir le plus développé cet argument dans l’Allemagne de la Première Guerre.

[121] Dans cette optique, les études stratégiques sont considérées comme le volet militaire des études de sécurité plutôt que comme leur antithèse : Nye J.S. and Lynn-Jones S.M., « International Security Studies – A Report of a Conference on the State of the Field », International Security, Vol. 12, n°4, Spring 1988 ; Chipman J., « The future of strategic studies: beyond even grand strategy », Survival, Spring 1992 ; Baldwin D.A., « Security Studies and the End of the Cold War », World Politics, Vol. 48, n°3, October 1995, Baldwin, D.A., « The concept of security », Review of International Studies, n°23, January 1997, Freedman, L., « International security : changing targets », Foreign Policy, n°110, Autumn 1998, David, C-P., La guerre et la paix, op cit. Dans le même temps, des approches strictement pluralistes ou stratégiques survivent. Krause, Keith, « Cross-cultural division of multilateral non-proliferation an arms control dialogues. An overview » in Krause, Keith (Ed.), Culture and security – multilateralism, arms control and security building, Franck Cass, London, 1999 (si l’auteur intègre le concept de culture stratégique, il minimise la stratégie). A l’opposé, des synthèses stratégiques telles que celles de Desportes ou Coutau-Bégarie épurent quasi-systématiquement les éléments « pluralistes » de leurs argumentaires. A décharge, toutefois, leur seule ambition est de se cantonner à la stratégie.

[122] Sur cette question, la sociologie militaire a donné naissance à plusieurs ouvrages de grande qualité. Caplow, T. et Vennesson, P., Sociologie militaire, Coll. « U – Sociologie », Armand Colin, Paris, 1999, Thiéblemont, A. (Dir.), Cultures et logiques militaires, Coll. « Sociologie d’aujourd’hui », PUF, Paris, 1999. Par ailleurs, Pascal Boniface a effectué en son temps une enquête sur l’armée française. , P., L’armée. Enquête sur 300 000 soldats méconnus, Editions n°1, Paris, 1990.

[123] Aben, J. (Dir.), Le recrutement militaire en Europe depuis 1945, Colloque des 5 et 6 avril 1991, Université Paul Valéry Montpellier III, 1991.

[124] Sur ce point, Burk., J., The military in new times : adapting armed forces to a turbulent new world, Westview Press, Bouler (CO.), 1994, David, C.-P., La guerre et la paix. Approches contemporaines de la sécurité et de la stratégie, op cit. 

[125] Janowitz, M., The professional soldier, op cit.

[126] Pour une première approche : Hyde, C.K., « Casualty aversion : implications for policy makers and senior military officers », Air Power Journal, Summer 2000. Luttwak a particulièrement mis le concept en évidence, bien qu’il ait été repris par nombre d’analystes depuis lors et avant que la guerre du Golfe ne médiatise particulièrement le concept. Schelling et Khan, en prônant une escalade maîtrisée visaient à l’application d’un minimum de violence. Cependant, cet type de conception est largement contestée par les opérationnels et par les académiques. Au-delà du fait que toute opération implique un risque de pertes, démonstration a amplement été faite de la létalité croissante des champs de bataille. Dupuy, T.N., The evolution of weapons and warfare, Da Capo, New-York, 1984 (pour une approche historique) et Glover, M., The velvet glove : the decline and fall of moderation in war, Hodder and Soughton, London 1982. Pour l’auteur, la guerre à l’époque moderne voit l’effondrement de la modération de la violence, une tendance culminant avec l’apparition du nucléaire.  

[127] Ne fut-ce qu’en matière de communication ou de contrôle. Murawiec, L. op cit., Blaker, J.R., Understanding the revolution in military affairs : a guide to America’s 21st Century defense, Progressive Policy Institute, Washington, 1997 et Blaker, J.R., A vanguard force : accelerating the american revolution in military affairs, Progressive Policy Institute Policy Brief, Washington, November 1997. 

[128] Une tendance marquée dans les équipes de renseignement dans la profondeur (Long Range Reconnaissance Patrol – LRRP). Cécile, J-J., « Les patrouilles de reconnaissance profonde », Défense 2001, n°14, février 1996 et Cécile, J-J., « L’acquisition du renseignement sur le champs de bataille », Défense 2001, n°9, août 1995. 

[129] Car la structuration et la cohésion de cette unité serait essentiellement le fait de son chef, dont l’élimination signifierait l’effondrement de l’unité (sur l’application de cette vision dans le courant de la Seconde Guerre mondiale : Shils, E. et Janowitz, M., « Cohesion and disintegration in the german Werhmacht in Wolrd War II », Public Opinion Quarterly, n°12, Summer 1948, cité dans Freedman, L., War, op cit.). S’il faut y voir une justification au développement des différentes modalités du sniping, il faut aussi, à un niveau plus élevé, y voir un combat de la sociologie militaire face à des études stratégiques prônant l’étude de la tactique, de la stratégie et de la technologie en tant que matrice de la puissance de feu. Kinzer Stewart, N., « Military cohesion » in Freedman, L, War, op cit.  

[130] Janowitz, M., The professional soldier, op cit. Loren Baritz, sur base de l’expérience vietnamienne, considère toutefois que la technique oriente plutôt vers une désindividuation forçant le combattant à « se fondre » dans son équipe. Baritz, L., Backfire : Vietnam – American culture and the vietnam war, Ballantine, London, 1986.

[131] Suivant Owens, les Etats-Unis doivent viser la connaissance dominante de l’aire de bataille en recourrant massivement aux technologies de la communication et du commandement. Ancien numéro deux du JCS (Joint Chief os Staff) américain, Owens est un des principaux promoteurs de la RMA. Plusieurs auteurs font régulièrement référence à l’arme d’origine d’Owens en tant que porteuse de la méthode réseau-centrique. Cebrowski A. and Garstka, J.J., « Network centric warfare : its origin and future », US Naval Institute Proceedings, n°124, January 1998 ; Alberts, D.S., Garstka, J.J. and Stein, F., Network centric warfare : developing and leveraging information superiority, http://www.dodccrp.org/NCW/ncw.html, May 2001; Stein, F., « Observations on the emergence of network centric warfare », in 1998 Command and Control Research and Technology Symposium Proceedings, June 1998, http://www.dodccrp.org/steinncw.htm, June 1998 et Murawiec, L., op cit.

[132] La pratique américaine démontre une telle tendance. Les forces terrestres sont ainsi axées sur des brigades de combat autonomes, alors que les forces aériennes comptent des wings intégrant des composantes polyvalentes (F-16), interdiction (F-15E), supériorité aérienne (F-15C), bombardement (B-1B) et ravitaillement en vol. Pour les forces terrestres : Brinkkerhoff, J. R., « The brigade based new army », Parameters, Autumn 1997, Fastabend, D., « An appraisal of « the brigade based » new army », Parameters, Autumn 1997. Pour les forces aériennes : Llinares, R., « American gunfighters », Air Forces Monthly, n°168, March 2002.

[133] Demchak, C., Military organzations. Complex machines, Cornell University Press, Ithaca, 1991.

[134] Les structures de l’USN ont évolué depuis Mahan, pour qui une des principales question est de savoir si la flotte devait naviguer depuis les Côtes Est ou Ouest. Depuis la 2ème Guerre mondiale, l’USN doit combattre sur les deux fronts.  

[135] Le concept même d’ergonomie remonte à la Seconde Guerre mondiale, lorsque les concepteurs des bombardiers américains eurent à satisfaire la demande de navigants volant plusieurs heures d’affilées dans des conditions de confort altérant leur efficacité opérationnelle. L’ergonomie est ensuite restée une constante des conceptions américaines et européennes des matériels militaires, mais n’a été intégrée que difficilement par les Soviétiques et les Chinois.

[136] Orientant le combattant vers un contrôle social particulièrement « serré », suivant certaines interprétations. Radine, L., The taming of the troops : social control in the United States army, Greenwood Press, Westport (CN.), 1977. 

[137] Hables Gray, C., op cit.

[138] Aux traditionnels « viseurs tête haute » (HUD – Head-Up Display), asservis aux radars de conduite de tir et communs depuis la guerre de Corée se sont ajoutés depuis les années 80 des Helmet Mounted Sights (HMS) permettant au pilote de visualiser de jour comme de nuit les information de vol et d’armement dont il a le plus immédiatement besoin.

[139] Nucléaire, Biologique, Chimique.

[140] C’était notamment le cas de l’ECAD (Equipement du Combattant Débarqué) français. Promé, J-L., « Des super-fantassins pour l’armée française », Raids, n°126, novembre 1996.

[141] Hables Gray, C., op cit. De telles réflexions seraient aussi menées en Chine, en Grande-Bretagne ou en Allemagne.

[142] Peters, R., « After the revolution », Parameters, Summer 1995. Peters cherche surtout à limiter les investissements dans les matériels lourds, mais aussi, sur un plan plus élevé, à ne pas sous-estimer un adversaire qui ne disposerait pas d’une technologie équivalente. R. Peters est officier du renseignement et travaillait à l’époque sur les cultures.

[143] Murawiec, L., La guerre au XXIème siècle, op cit.

[144] Selon Theweleit, dès 1914, les écrits des soldats allemands et alliés en offraient ainsi de nombreuses références. L’auteur fait le constat de mécanisations réelles (apparition du char, utilisation massive de l’artillerie) et perçues (routine « mécanisante » des offensives, anomie du combattant en situation de stress et de rupture avec son environnement affectif). Theweleit en arrive à la conclusion que le sens de la technique s’oriente vers le dépassement des limitations de l’être humain. Theweleit, K., Male fantasies. Vol. 2 : psychoanalysing the white terror, University of Minnesota Press, Minneapolis, 1989. 

[145] La filmographie est très révélatrice en ce domaine : « Les chevaliers du ciel », « L’Etoffe des héros », « Pearl Harbor », « Top Gun », « Firebirds », « Navy SEAL », « Blackhawk Down », « GI Jane », « JAG », exaltent autant les valeurs militaires que le rapport à la séduction. L’expression est atténuée dans le cas de films ou de séries plus critiques, comme « China Beach », « Tour of Duty », « MASH », « Platoon » ou « Hamburger Hill ». Il est assez frappant qu’à l’exception de la première série, toutes les autres productions soient d’origine américaines. 

[146] Mc Neil, W., La recherche de la puissance. Technique, armée et société depuis l’an mil, Economica, Paris, 1992.

[147] Une combinaison intégrale assurant une ventilation propre, une protection NBC, des chaussures anti-mines, surmontée d’un casque intégral doté d’une visière holographique sur laquelle s’affichent la position de ses collègues et des systèmes de soutien, l’état des menaces, et surmonté d’une caméra. Cette dernière permet au chef de groupe de voir ce que voit chaque homme de son groupe sur un ordinateur tactique portable. Très coûteux, l’équipement est resté à l’état de prototype.   

[148] Arnold, W.C., « Manprint : battle command and digitalization », Military Review, May-June 1995.

[149] Qui feraient perdre aux forces de leur « mordant ». Si les critiques au sein même de l’institution militaire s’estompent, plusieurs auteurs mettent en évidence la perte de l’ethos combattant que signifierait une féminisation excessive (bien que non quantifiée) des forces. Il est intéressant de noter que les deux évolutions sont souvent liées. Dunlap, C., « How we lost the high-tech war of 2007 », The Weekly Standard, 29 January 1996, cité par Murawiec, L., op cit.

[150] L’opposition entre les modèles cumulatifs et séquentiels a été exprimée par l’amiral Wylie, dans un article traitant de la guerre du Pacifique. Suivant le modèle séquentiel, l’atteinte de l’objectif aux niveaux politique, stratégique, opératique et tactique s’acquiert au travers de la conduite logique d’une suite d’actions décisives, confinant aux principes stratégiques du choc dans une optique d’anéantissement (devenu ascension aux extrêmes en stratégie nucléaire). Les opérations suivant le modèle cumulatif sont conduites indépendamment les unes des autres et ne cherchent pas à l’atteinte du résultat stratégique (ou politique) suivant des actions décisives et logiques se complétant mutuellement. Elles aboutissent à l’attrition du potentiel adverse. Wylie, J.C., « Reflexions on the war in the Pacific », US Naval Institute Proceedings, avril 1952. Le concept se révèle très riche en stratégie nucléaire (et plus particulièrement dans les stratégies nucléaires limitées) Henrotin, J., Le sabre et l’esprit. Précis de stratégique sur le présent et le futur des armes de destruction massive, non publié.

 

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