Chapitre 3 – Les premiers pas de la stratégie nucléaire et la guérilla – des références clausewitziennes limitées

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il existe assez peu de liens entre Clausewitz et les premiers théoriciens de l’arme nucléaire. Comme l’a fait remarquer Bernard Brodie, les stratégistes de l’époque ont généralement une formation d’économiste, de politologue, des connaissances en philosophie, parfois en physique (c’est le cas de H. Kahn). Mais généralement, ils se donnent peu la peine d’étudier l’histoire.[1]

Pourtant certains stratégistes se sont vus affublés une étiquette de néo-clausewitziens. Il convient donc de reprendre les écrits de quelques théoriciens et de tenter de cerner l’impact des références éventuelles du Prussien dans leur travail. Robert Osgood et Henry Kissinger seront placés dans cette partie de l’analyse de façon plutôt arbitraire. En effet, les ouvrages cités de ces deux penseurs ne concernent qu’en partie la problématique du nucléaire ; ils touchent à d’autres sujets comme les alliances, la guerre limitée, la guerre conventionnelle, etc. Toutefois, il paraissait plus adéquat de les placer ici car leur œuvre consacre de façon évidente la notion de dissuasion stratégique.

Lorsque le général Eisenhower est à la Maison Blanche dans les années 50, il se décide à entreprendre des changements dans la politique de défense des Etats-Unis. Sous sa présidence sera introduit le concept de new look. Selon Eisenhower lui-même, le new look consistait à redistribuer les ressources entre cinq catégories de forces [c’est-à-dire : (1) les forces d’attaque ou de représailles nucléaires ; (2) les forces déployées outre-mer ; (3) les forces devant assurer, en cas d’urgence, la liberté des routes maritimes ; (4) les forces destinées à protéger les Etats-Unis contre une attaque aérienne ; (5) les forces de réserve]. Un accent particulier était posé sur le rôle à la fois préventif et destructeur des armements nucléaires ainsi que sur la défense aérienne.[2] En d’autres termes, l’administration américaine s’engage dans une stratégie qui donne la prééminence au nucléaire. C’est l’époque de la doctrine des représailles massives. Un des objectifs de cette stratégie est la recherche d’économie ; l’arme nucléaire a un potentiel destructeur plus important que les forces conventionnelles, mais elle nécessite naturellement moins d’effectifs.

Vers 1956, un mouvement s’amorce en défaveur de cette doctrine. Les généraux James Gavin, Maxwell Taylor et Matthew Ridgway de l’U.S. Army protestent et finissent même par démissionner. Cela leur permet de diffuser leurs critiques auprès de l’opinion publique. Si on peut lire des craintes corporatistes dans leur geste – c’est effectivement l’armée de terre qui a le plus à perdre dans les compressions budgétaires ; elle dispose des effectifs les plus élevés – il existe aussi une importante critique de fond. En 1957, John Foster Dulles, pourtant un des initiateurs de la doctrine de massive retaliations, commence aussi à remettre le concept en question. La communauté des théoriciens de la stratégie suit le mouvement avec Henry Kissinger, Bernard Brodie, William Kaufmann, Robert Osgood, etc.[3]

Pourquoi cette réaction ? La période correspond à l’érosion du monopole américain de l’atome. L’Union soviétique développant alors des capacités équivalentes à celles des Etats-Unis, il devenait pour le moins risqué d’adopter une doctrine du tout ou rien. De plus, cette doctrine avait déjà été mise à mal par l’expérience de la guerre de Corée. A cela, il faut encore ajouter l’apparition des armes thermonucléaires. Au total, la doctrine de représailles massives menaçait soit de faire tomber le monde dans un abîme, soit de réduire à une peau de chagrin la marge de manœuvres des Etats-Unis.

Quelques protagonistes de la remise en cause des représailles massives emprunteront des arguments à Clausewitz pour défendre leur cause. Tout d’abord, Robert E. Osgood fait publier Limited War, the Challenge to American Strategy en 1957.[4] Le point de départ de la critique d’Osgood est la constatation que les Etats-Unis ne sont pas à même de mener des guerres avec un objectif politique clairement délimité. Par contre, toujours pour Osgood, les Etats totalitaires (il fait toutefois une exception pour l’Allemagne hitlérienne où le fanatisme réduisait à néant la Raison) sont en mesure d’appliquer la Formule avec de moindres difficultés que les Etats démocratiques. Il prend la filiation marxiste – en y incluant Mao Zedong – de Clausewitz à témoin. Osgood montre qu’un Etat totalitaire peut museler son opinion publique. Ce faisant, l’Etat réduit l’impact que les sentiments et les passions populaires – qui peuvent conduire à la croisade morale – peuvent jouer dans la politique étrangère. Le tout évite des distorsions dans la conduite rationnelle et réaliste de la guerre. Il s’agit en quelque sorte d’un cynisme rationnel. En appliquant la Formule, modèle de rationalité de l’utilisation de la force, il deviendrait donc possible de limiter la guerre, et par conséquent de faire reculer la menace d’un holocauste nucléaire. Osgood se réfère encore au Prussien lorsqu’il évoque la tâche des hommes politiques : ils doivent réfléchir à la nature de la guerre dans laquelle ils s’engagent. Ils ont pour obligation de replacer la guerre dans un cadre strictement limité et déterminé par le politique, conception conflictuelle avec la réaction de MacArthur en Corée. Limitation des objectifs, limitation des moyens employés – donc critique du modèle de la guerre d’anéantissement -, et limitations géographiques s’imposent pour ne pas perdre le contrôle des conflits et empêcher l’escalade. Robert Osgood, comme Kissinger dans Nuclear Weapons and Foreign Policy, n’est pas contre l’utilisation d’armes nucléaires tactiques. Mais pour Osgood, pour éviter l’escalade, il faut employer les forces comme un moyen d’envoyer des signaux politiques à l’adversaire en vue d’une résolution diplomatique ultérieure des conflits. L’analyse de Robert Osgood est bien à replacer dans le contexte du containment. Elle tente de donner à cette doctrine une plus grande marge de manœuvre.[5]

En 1979, Robert Osgood reprendra les thématiques développées dans Limited War dans un ouvrage intitulé Limited War Revisited. L’ouvrage est d’abord une critique de la guerre du Vietnam. L’auteur y fera une utilisation identique de Clausewitz.[6]

Ensuite, l’année où paraît Limited War, the Challenge to American Strategy, paraît aussi le célèbre ouvrage Nuclear Strategy and Foreign Policy de Henry Kissinger. Henry Kissinger y fait le point sur la situation internationale en s’attardant bien entendu sur la relation entre le monde communiste et les Etats-Unis. Cet ouvrage s’organise autour de la critique de la doctrine des représailles massives car elle laisse les Etats-Unis, et plus particulièrement leur diplomatie, sans liberté d’action digne de ce nom. Dans cette lignée, le futur diplomate critique les idées de Douhet ; l’arme nucléaire donne une trop grande puissance aux armées. De plus, l’aspect force-in-being des flottes de bombardiers, soit de forces qui peuvent intervenir en permanence tant qu’on ne les a pas complètement éradiquées, s’avère très déstabilisant. Douhet serait donc obsolète.

Par contre, les Etats-Unis doivent se doter de capacités à mener des guerres limitées. La signature de pacte, la création d’une doctrine unifiée entre services du Pentagone, le développement d’une défense civile, la dispersion des bases stratégiques, l’adaptation des forces en vue de combats en milieu contaminé sont autant de moyens à considérer pour restaurer la marge de manœuvre diplomatique. Ces moyens donneraient de la crédibilité à la posture américaine. Henry Kissinger remet aussi en cause certaines idées largement répandues à l’époque : la probabilité d’une attaque nucléaire surprise est faible pour lui ; la modification de l’équilibre nucléaire par l’introduction d’une révolution technologique peu probable ; la réduction des armements atomiques est loin d’être la panacée ; et les conceptions selon lesquelles l’U.R.S.S. n’adhère pas à l’idée du rôle dissuasif des armements nucléaires est à relativiser. Henry Kissinger prend parti en faveur de l’utilisation des armes nucléaires tactiques. Il reviendra ultérieurement sur cette idée car la différenciation entre armes stratégiques et non stratégiques est trop ambiguë pour donner un rôle de combat, et non de dissuasion, à ce dernier type d’engins.[7]

Nuclear Weapons and Foreign Policy a été considéré comme clausewitzien car son auteur tente de rendre une fonction positive à la stratégie, à militer pour un retour des stratégies d’action. Il faut noter que Henry Kissinger cite le nom de Clausewitz à plusieurs reprises. Mais lorsqu’il le fait, c’est avant tout pour mettre en évidence l’utilisation par les chefs politiques soviétiques. Henry Kissinger ne réduit pas Clausewitz à l’idée d’anéantissement, ou de la rupture de la volonté de l’adversaire. Il insiste sur la Formule et le fait que la violence ne naît pas d’un vacuum mais d’une situation donnée : il ne peut y avoir de guerre totale conduite selon des considérations uniquement militaires. L’auteur conçoit bien que la politique, rationnelle dans son essence, a un effet limitatif sur la guerre – et en cela on peut aussi affirmer que son analyse est totalement compatible avec celle de Osgood. Kissinger implique que l’occident devrait prendre exemple sur Clausewitz comme le font les Soviétiques.[8]

Kissinger montre à première vue une bonne compréhension de Clausewitz. De là à le classer parmi les réels disciples du Prussien s’avère peut-être exagéré. En dehors de l’ouvrage Nuclear Weapons and Foreign Policy, Kissinger cite peu Clausewitz dans ses autres écrits.[9] Dans un ouvrage sur le diplomate, Bruce Mazlish note que celui-ci s’est forgé une Weltanschauung à partir d’éléments de la pensée de divers personnages historiques ; Spengler, Toynbee, Kant, Hegel, Marx, Dostoïevsky, Clausewitz, etc. En dehors de la compréhension de la Formule, la lecture de Clausewitz par Kissinger paraît globalement assez superficielle, et certainement très peu dogmatique. Bien que le diplomate ait rappelé aux Américains que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, il reste flou sur la politique qui sert de référence.[10]

En résumé, Kissinger et Osgood remettent en valeur la Formule. Au sein de l’armée, certains textes vont dans la même direction à l’époque. Parmi ces textes on peut constater que les termes Politics et policy sont confondus dans la Formule (voir infra pour plus de détails à l’égard de ces deux notions). On note aussi que, déjà à l’époque, la division entre politique interne et extérieure, est de plus en plus considérée comme surannée vu les nombreuses interconnections existant entre celles-ci. Les concepts de subversion et d’idéologie jouent un rôle non négligeable à ce propos. En tout cas, les tenants de cette approche ne voient plus en Clausewitz le chantre de l’anéantissement à tout prix. De même, ils ne le rendent pas responsable de la conception de reddition sans conditions, à laquelle le Prussien n’aurait probablement jamais donné son aval.[11]

Il faut encore prendre en compte le physicien et futurologue Herman Kahn (né en 1922). Herman Kahn a été très critiqué par Anatol Rapoport (sur Anatol Rapoport, voir infra) et qualifié par ce dernier de néo-clausewitzien.[12] Pourtant, le faisceau de preuve permettant de tracer un lien entre le Prussien et Kahn est mince. Christopher Bassford n’a pas trouvé de référence à Clausewitz dans On Thermonuclear War ni dans Thinking About the Unthinkable.[13] Par contre, il existe une mention à Clausewitz dans On Escalation – De l’Escalade pour la traduction française. Kahn y utilise l’officier prussien pour décrire le caractère froid, « machiavélique », dénué d’émotions, de la politique étrangère soviétique. Pour Kahn, la doctrine militaire des marxistes trouve son origine dans la pensée de Clausewitz. Il fait référence à la comparaison de Clausewitz entre guerre et commerce.[14] Une deuxième référence apparaît dans un ouvrage écrit en collaboration avec Anthony J. Wiener. Il s’agit de L’An 2000 – The Year 2000 – où Clausewitz est de nouveau cité en relation avec sa filiation marxiste. Et ici aussi, la citation reprend la comparaison entre la guerre et le commerce dans la correspondance entre Marx et Engels datée de 1857. La citation est issue de l’édition de 1943 de Makers of Modern Strategy.[15] Ces mentions s’avèrent toutefois insuffisantes pour déterminer si l’auteur a bien lu l’officier prussien. On peut donc se poser la question de savoir pourquoi Kahn a été qualifié de néo-clausewitzien. Il semblerait que cette étiquette provienne du rôle qu’il attribue aux armes nucléaires dans son œuvre ; elles peuvent devenir des instruments actifs du pouvoir politique et ne pas se contenter de servir la dissuasion.[16] C’est donc encore une fois la conception de l’anéantissement, nucléaire, qui surgit par ce biais. L’approche de Kahn envisage tellement de moyens d’utiliser la force qu’il convient plutôt de prendre ses précautions quant à voir en lui un disciple de l’anéantissement. Kahn ne rejette ni n’accepte cette modalité de la guerre, il constate simplement son existence parmi d’autres façons d’employer la force : le blocus, l’embargo, les mesures de rétorsion, etc. En fait, l’une des qualités les plus marquée de Kahn est son objectivité ; il ne réfute aucune modalité d’usage a priori – même si personnellement il semblait enclin à préférer une politique de no first use et ressentait des affinités pour un modèle de gouvernement mondial. On constatera que le sociologue français Raymond Aron critiquera l’approche par scénarios en matière de stratégie nucléaire, donc principalement celle de Herman Kahn, car celle-ci fait preuve de refus de conceptualisation théorique. Pour Aron, les études stratégiques doivent porter plus d’attention au phénomène interdisciplinaire. Elles ne doivent pas accorder une importance unilatérale soit à l’histoire, soit à l’économie mais sont surtout obligées de tenir compte du mécanisme de friction. Aron mentionnera que ni Kahn ni, par ailleurs, Albert Wohlstetter ne méritent le surnom de clausewitzien car leurs approches diffèrent trop de celle du Prussien.[17]

Enfin, il faut prendre en compte le cas de Thomas C. Schelling (né en 1921). Bien que non étiqueté néo-clausewitzien, cet auteur est un des pionniers de la recherche en matière de dissuasion. Un des ces principaux ouvrage est The Strategy of Conflict publié en 1963. Le livre est issu de la mouvance de la RAND Corporation.[18] Toute l’analyse de l’auteur repose sur la théorie des jeux. Mais cette approche oblitère la face humaine de la guerre. L’auteur ne nie d’ailleurs pas les limitations intrinsèques à ses outils théoriques. Toutefois Thomas C. Schelling introduit la notion de bargaining – marchandage – dans la stratégie nucléaire. Il donne donc un rôle positif, dans le sens de l’action, à l’arme nucléaire et ce malgré que son travail rentre dans le cadre de la dissuasion.[19] On lui reprochera d’être plus concerné par la maximisation de l’impact des actions de coercition que par la réduction des risques découlant de la pratique de la stratégie nucléaire.[20]

Le seul « véritable clausewitzien » parmi les pères fondateurs de la pensée stratégique nucléaire aux Etats-Unis est Bernard Brodie (1910-1978).[21] Avant la guerre, il mène des recherches sur la stratégie navale. Avec l’apparition de l’arme nucléaire, il s’intéresse aux problèmes du choix des cibles. Il se montre alors favorable aux idées de Douhet et en faveur de bombardements coercitifs en vue de mettre bas au régime soviétique en cas de guerre. La perpective de Brodie est ici d’envisager l’utilisation des armes nucléaires lors d’un conflit. Il faut attendre 1952 pour qu’il place le concept de dissuasion au centre de ses considérations stratégiques. Cette époque correspond à l’apparition de l’arme thermonucléaire.

Dans ses premiers textes, comme The Absolute Weapon, Brodie ne met pas en évidence le rôle de la diplomatie.[22] Il réfléchit surtout à la possibilité de mener une guerre nucléaire courte où l’effet de la politique pourrait sembler moindre.[23] Dans une allocution de 1950 à l’Air War College, il rejette même la validité de la Formule.[24] En fait, c’est principalement à partir de Strategy in the Missile Age, publié en 1959, que Brodie commence à largement se référer au Prussien.[25] Le théoricien constate clairement l’avènement de la rupture introduite par les armes thermonucléaires.[26] A partir de là, il va poser les jalons de la plupart des sujets de réflexion des années à venir sur la stratégie nucléaire : dynamique de mesure et contre-mesure ; difficulté de se défendre contre une attaque nucléaire – temps d’alerte et durée d’attaque raccourcis, difficulté de se protéger efficacement par des moyens passifs au cœur de l’explosion, phénomène de radioactivité – ; critique de la doctrine de massive retaliation ; doute quant aux notions d’attaque et de guerre préventive ; guerre limitée – de manière à influencer l’adversaire – et non recherche de la victoire par l’anéantissement ; effet stabilisateur des armes atomiques en Europe.[27] Strategy in the Missile Age cherche a évaluer l’adéquation qui peut exister entre l’atome et les théories de l’Airpower en prenant appui, pour commencer, sur les classiques de la stratégie. Au travers la lecture de Foch, Colin, Ardant du Picq, Grandmaison, Brodie note la supériorité généralement accordée à l’offensive par les militaires. Il confronte alors cette « école » de l’offensive aux enseignements de Clausewitz. Brodie suit le raisonnement suivant : Clausewitz affirme que le politique fixe l’objectif et le militaire est le moyen pour y parvenir. Par conséquent, la forme de la guerre – l’offensive ou la défense – dépendra du choix de l’objectif, donc du politique. Ensuite, il n’existerait pas de supériorité intrinsèque de l’offensive mais simplement une relation entre fins et moyens particulière à chaque situation (il s’agit aussi donc d’un refus du dogme de l’anéantissement). Brodie critique également les tenants de l’offensive à outrance de faire fi de concepts tel que le point culminant de la victoire et de ne pas reconnaître les limites de la théorisation possible de la guerre au travers des frictions (où l’on revient à la relation fins – moyens, qui est la seule que la théorie permet d’appréhender).[28] Bernard Brodie s’attarde ensuite sur la pensée de Douhet. Il constate que le douhetisme a eu un impact important parmi les forces aériennes américaines. Il fait remonter la filiation des idées de l’Italien au sein de l’U.S. Air Corps au milieu des années trente.[29] Cette affirmation sera pourtant contestée.[30]

Quoi qu’il en soit, pour Brodie, les théories de Douhet n’ont pas été validées par la Seconde Guerre mondiale.[31] Douhet développe l’idée selon laquelle la guerre moderne devrait devenir convulsive ; son intensité augmenterait dramatiquement dans une durée de temps compressée – et ce grâce à l’emploi des aéronefs. On est loin de la vision clausewitzienne tentant de faire rentrer la guerre dans le cadre de la rationalité politique. Avec Douhet, comme c’était le cas pour l’école de l’offensive à outrance, le risque de perdre de vue l’objectif politique est évident.[32] L’ouvrage Strategy in the Missile Age est bien accueilli dans les milieux militaires, à l’exception du reproche que fait l’auteur aux militaires de manquer d’intérêt pour l’étude de la stratégie.[33]

Selon Marc Trachtenberg, si Brodie est revenu à la valeur de la Formule c’est en considérant que si l’objectif politique de tout conflit doit être rationnel, les procédures d’emploi des armes doivent aussi l’être ; la règle de proportionnalité doit être respectée.[34]

Une démarche similaire à celle de Brodie – refus du dogme de la bataille d’anéantissement et primauté du politique -, avec référence à Clausewitz,[35] est aussi perceptible dans deux articles publiés respectivement en 1964 et 1972. Le premier texte, édité dans l’U.S. Naval Institute Proceedings prend comme point de départ la confrontation entre les Etats-Unis et Cuba. L’auteur montre à quel point les nouvelles technologies militaires peuvent imposer leur tyrannie sur le comportement des acteurs stratégiques. La question soulevée est celle de savoir comment utiliser l’armée, instrument du pouvoir politique, dans le contexte de la guerre froide.[36] Le deuxième article, publié dans la Military Review, montre que dans le cadre de la dissuasion, insuffisante mais nécessaire, la recherche d’objectif « absolu » est devenue trop dangereuse. La guerre totale est maintenant devenue une possibilité réelle. Il est donc vital que le politique apprenne à limiter son emploi de la force, comme Clausewitz l’enseigne.[37]

On peut aussi retrouver l’idée de la primauté du politique sur la grammaire militaire dans les écrits de politologues, spécialisés en relations internationales, généralement classés parmi l’école dite réaliste. Ainsi, Hans J. Morgenthau cite Clausewitz dans son ouvrage Politics Among Nations. Il adapte en fait la Formule, en notant qu’alors que la guerre était la continuation de la diplomatie par d’autres moyens, la diplomatie est devenue, pendant la guerre froide, un moyen de pratiquer la guerre.[38] Kenneth N. Waltz, un des fondateurs de l’école néoréaliste aux Etats-Unis, cite aussi Clausewitz dans Man, the State, and War en 1954. Il pense que bien que la guerre est un spectacle horrible, les Etats qui tiennent à la paix doivent se préparer au conflit de manière à ne pas inviter à l’agression. Par conséquent, le concept d’équilibre des puissances – balance of power – ne doit pas faire perdre de vue que l’utilisation de la violence est toujours possible.[39] Waltz citera aussi Clausewitz, par le biais de Brodie, dans son très polémique Nuclear Weapons – More May Be Better. Dans cette étude, il ne renie pas la valeur de la Formule à l’âge nucléaire.[40] Waltz y prétend que la diffusion des armes nucléaires ne serait peut-être pas si négative qu’on pourrait le croire. Partant de l’idée que le nucléaire dissuade uniquement du nucléaire, l’auteur pose que ce type d’armes est en mesure de sanctuariser le territoire. Elles pourraient donc assurer une plus grande stabilité dans l’ordre international.

Kenneth Waltz attribuera aussi un raisonnement clausewitzien à John F. Kennedy lors de la Crise des Missiles à Cuba. Pour Kennedy, ce n’était pas le premier pas qui importait dans le conflit potentiel, mais le cinquième ou le sixième … Waltz fait donc référence à la notion d’ascension de Clausewitz.[41] Toutefois, il est difficile d’affirmer que J.F. Kennedy a lu Clausewitz. On sait par contre que lors de la Crise des Missiles, le président lisait The Guns of August, un ouvrage sur le déclenchement accidentel de la Première Guerre mondiale. Or cet ouvrage contient un certain nombre de références à Clausewitz, le plus souvent en rapport avec l’idée de bataille décisive.[42]

Il faut encore indiquer que le diplomate George F. Kennan mentionne une fois Clausewitz dans ses Mémoires. L’homme était devenu célèbre par la rédaction d’un article intitulé The Source of Soviet Conduct publié dans la revue Foreign Affairs en 1947 et signé d’un X.[43] Cet article fut ensuite symboliquement considéré comme l’énoncé de la politique américaine de containment. Dans ses Mémoires, il cite le Prussien aux côtés de Machiavel, Galliéni et Laurence d’Arabie – il s’agit d’une référence à l’ouvrage Makers of Modern Strategy de Edward Mead Earle. Il milite pour une étude plus attentive des classiques de la stratégie en vue de mieux comprendre la guerre froide.[44]

Dans un ouvrage consacré à Kennan, D. Mayers rapporte que celui-ci croyait en la Formule de Clausewitz et pensait que la diplomatie, comme l’armée, constituait un outil de la politique. L’auteur met en évidence l’apport clausewitzien mélangé aux valeurs chrétiennes dans la vision de Kennan à propos des armes nucléaires. Pour le diplomate, l’utilisation de l’arme atomique n’est pas seulement non rationnelle, mais elle deviendrait un blasphème, un acte de nihilisme, qui ne peut revenir à l’homme mais à Dieu seul.[45]

Il convient d’ajouter dans cette partie quelques remarques sur le lien entre Clausewitz, la guerre de guérilla et la guerre limitée. En effet, le développement de la stratégie nucléaire est allé de pair avec celui des théories sur la guerre de guérilla et la guerre limitée. L’adoption d’une stratégie de riposte graduée avait pour corollaire la possibilité d’utiliser des forces à un niveau réduit. Il convenait donc de rechercher les références à Clausewitz en cette matière. On constatera d’abord, comme dans d’autres domaines, que Clausewitz et la guerre limitée sont parfois discutés par des auteurs étrangers dont les articles sont reproduits dans des revues américaines.[46] En dehors de cela, plusieurs points sont mis en évidence quant à l’apport du Prussien dans la petite guerre. Pour commencer, bien entendu, c’est le point de vue politique qui ressort. Dans la guerre de guérilla, l’élément politique est nettement plus visible que dans la guerre conventionnelle. La politique se manifestera souvent à des échelons inférieurs, par exemple, par l’idéologisation des combattants. Ensuite, les conceptions du Prussien sur la nature de la guerre, phénomène aux contours mal définis, espèce de spectre allant de l’observation armée à la bataille d’anéantissement, permet à certains de mieux classer et comprendre ce type de conflit. Clausewitz donnerait ici l’opportunité de relativiser le rôle de l’anéantissement et de mettre en évidence les différentes modalités d’exercice de la force. Tout cela convient très bien à la prise de conscience de la nouvelle donne internationale : guerre froide et arme nucléaire. Une fixation sur la notion d’anéantissement risquerait de trop polariser les relations entre l’Est et l’Ouest laissant entrevoir un possible échange nucléaire apocalyptique à terme. Enfin, l’idée des populations civiles armées et encadrées par des troupes régulières, que l’on peut trouver dans On War, offre des rapprochements possibles avec la situation vietnamienne. Clausewitz permet également d’attirer l’attention, au travers de quelques articles, sur le poids de l’opinion publique dans la stratégie. Il comble donc une carence des principes de la guerre qui ne mentionnent pas ce facteur si important dans la guerre de guérilla.[47]

Il faut également indiquer l’ouvrage Guerillas in the 1960’s de Peter Paret et John Shy, ouvrage publié en 1962. Les deux auteurs s’y insurgent contre la façon « mécanique » dont la guerre de guérilla est théorisée. Ce concept « à la mode » à l’époque est majoritairement traité par des « faiseurs de recettes ». Peter Paret et John Shy, eux, établissent un bilan historique du sujet. Clausewitz y trouve bien entendu une place de choix. Les auteurs établissent aussi une analogie entre la description de la relation offensive – défense décrite par Mao et le Traité. Ils montrent en quoi l’aspect politique et, plus encore, idéologique de la guérilla est fondamental et s’opposent aux réflexions purement militaires qui prévalent souvent.[48] Fait révélateur de l’approche américaine de la guerre, l’ouvrage de Peter Paret et de John Shy reçoit une critique plutôt négative de la Military Review car il n’est pas assez « prescriptif ».[49]

Samuel P. Huntington a également pris part à ce débat. Il affirme que la Formule convient non seulement aux relations entre Etats mais est aussi valable dans les guerres internes. La guerre devient donc la continuation de la lutte des groupes gouvernementaux – antigouvernementaux à l’intérieur de la société.[50] Huntington s’est aussi intéressé à la compréhension de la guerre limitée. Il pose la question de savoir quels sont les mécanismes qui permettraient aux Etats-Unis d’intervenir efficacement dans des conflits limités. Cette idée s’oppose à celle de croisade, croisade qui nourrit de nombreuses affinités avec les concepts de reddition sans conditions et anéantissement de l’adversaire. Il est vrai que l’on attribue traditionnellement aux Etats-Unis un tempérament peu enclin à limiter l’usage qu’ils font de la force, en temps de guerre, comme le fera remarquer le général Matthew B. Ridgway.[51]

Pour conclure, on constatera que le discours stratégique américain est divisé en deux tendances quant à la façon de placer Clausewitz en regard de la petite guerre. La première tendance cherche à trouver dans ses écrits des espèces d’instructions tactiques, sur un mode plutôt jominien. La seconde tendance vise la compréhension de la nature de la petite guerre et son agencement par rapport au politique.

[1] Brodie B., « Les stratèges scientifiques américains », dans Brodie B. (éd.), La guerre nucléaire – Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine, (trad.), Paris, Stock, 1965, p. 24.

[2] Eisenhower D.D., Mes années à la Maison Blanche, Tome 1, 1953-1956, (trad. de l’américain), Paris, Robert Laffont, 1963, pp. 516-517. Le terme new look était une référence à la mode féminine. Le terme aurait été rendu public par l’amiral Radford dans un discours au Press Club de Washington le 14 décembre 1953.

[3] Voir par exemple : Weigley R.F., The American Way of War, A History of United States Military Strategy and Policy, Bloomington, Indiana University Press, 1973, p. 399-440 ; Schlesinger A.M. Jr., Les 1000 jours de Kennedy, (A Thousand Days – John F. Kennedy in the White House, 1965, traduit de l’américain sous la direction de Mehl R.), Paris, Denoël, 1966, pp. 284-285.

[4] Sur Osgood, voir aussi l’opinion mitigée de : Brodie B., « More About Limited War », World Politics, octobre 1957-1958, pp. 112-122. A propos des guerres limitées et conventionnelles, rien n’indique une lecture réelle de Clausewitz de la part de Morton Halperin dans : Halperin M.H., Limited War in the Nuclear Age, Londres, J. Wiley and Sons Inc., 1963, 191 p. ; id., Contemporary Military Strategy, Londres, Faber and Faber, 1967, 156 p.

[5] Osgood R.E., Limited War, the Challenge to American Strategy, Chicago, University of Chicago Press, 1957, 315 p.

[6] Id., Limited War Revisited, Boulder, A Westview Special Study, 1979, 124 p.

[7] Kissinger changera d’opinion dans The Necessity for Choice publié en 1961.

[8] Kissinger H., Nuclear Weapons and Foreign Policy, op. cit., 455 p. (sur Clausewitz voir pp. 340-343).

[9] Voir tout de même Years of Upheaval dans lequel Kissinger cite deux fois le Prussien. Il transforme la Formule en donnant à la diplomatie le rôle de guerre sous une autre forme. Id., Years of Upheaval, Boston-Toronto, Little, Brown and Co., 1982, pp. 563 et 989.

[10] Mazlish B., Kissinger – Portrait psychologique et diplomatique, (1976, traduit de l’américain par Alexandre P.), Bruxelles, PUF / Complexe, 1977, pp. 76-77 ; 83 ; 195 ; 356. Voir aussi Bassford Ch., op. cit., p. 199.

[11] Esposito V.J., « War as a Continuation of Politics », Military Review, février 1955, pp. 54-62 (aussi publié dans Military Affairs, printemps 1958, pp. 19-26) ; O’Connor R.G., « Force and Diplomacy in American History », Military Review, mars 1963, pp. 80-89. La relation entre politique et stratégie est parfois étudiée sans référence explicite à Clausewitz. Par exemple dans : Cunnigham R.K., « The Nature of War », Military Review, novembre 1959, pp. 48-57.

[12] A ce propos, le lecteur pourra aussi consulter la critique de la revue britannique Times Literary Supplement, reprenant l’ouvrage de Peter Paret – Clausewitz and the State – et celui de Raymond Aron – Penser la guerre. Raymond Aron y est présenté comme un néo-clausewitzien aux yeux de Anatol Rapoport. Howard M., « The Military Philosopher », Times Literary Supplement, 25 juin 1976, p. 754.

[13] Exception faite de l’introduction signée par Raymond Aron dans Thinking about the Unthinkable. Bassford Ch., op. cit., p. 198.

[14] Kahn H., De l’escalade – métaphores et scénarios, (On Escalation – Metaphors and scenarios, 1965 – traduit de l’américain par Paz M.), Paris, Calmann-Lévy, 1966, p. 263.

[15] Id. & Wiener A.J., L’An 2000 – la bible des 30 prochaines années, (The Year 2000, 1967 – traduit de l’américain par Joëlle H., Malartic Y., de Vilmortin L. sous la direction de Gilbert M.), Verviers, Marabout Université, 1972, p. 411. La citation provient de Neumann S., « Military Concepts of the Social Revolutionaries », dans Mead Earle E. (dir.), Makers of Modern Strategy, Princeton, Princeton University Press, 1941, p. 158 (date de publication erronée, l’ouvrage de E. Mead Earle date de 1943).

[16] Bassford Ch., op. cit., p. 198.

[17] Aron R., « The Evolution of Modern Strategic Thought », dans Studies in International Security, Problems of Modern Strategy, (with a foreword by Buchan A.), Londres, Chatto & Widus / IISS, 1970, pp. 13-46. Voir aussi en français : id., Penser la guerre, Clausewitz, t. II, L’âge planétaire, Paris, Gallimard, 1976, p. 247 ; Id., Sur Clausewitz, Bruxelles, Complexe, 1987, p. 83 ; texte initialement paru en français dans Vom Staat des Ancien Regime zum modernen Parteienstaat, Freitschrift für Theodor Schieder, Munich, R. Oldenbourg Verlag, 1977, pp. 103-116. Albert Wohlstetter est surtout célèbre pour un article qui résume une étude menée pour la RAND Corporation sur « l’équilibre délicat de la terreur ». Aucune référence à Clausewitz n’est présente dans cet article. Wohlstetter A., « The Delicate Balance of Terror », Foreign Affairs, janvier 1959, pp. 211-234. Sur l’apport de H. Kahn dans le corpus stratégique nucléaire, voir : Garnett J.C., « Herman Kahn », dans Id. et Baylis J., op. cit., pp. 70-97. Garnett refuse aussi de comparer Kahn à Clausewitz car, pour lui, son travail est loin d’être aussi profond que celui du Prussien (p. 91).

[18] Sur la RAND, voir : Louda D., Le think tank américain: production et marketing des idées politiques, GRIP – Fondation Saint-Simon, Dossier « notes et documents », n°140, décembre 1989, pp. 27-28.

[19] Schelling Th.C., The Strategy of Conflict, New York, Oxford University Press, 1963 (publié pour la première fois en 1960), 309 p. Schelling cite indirectement Clausewitz dans cet ouvrage, à la page 9. En fait, il ne cite pas vraiment Clausewitz mais l’avant-propos de Joseph I. Greene dans On War. Dans cette citation, Schelling, comme Bernard Brodie, écrit que les soldats professionnels ne s’investissent pas assez dans la recherche stratégique. Notons aussi que l’approche de Schelling sur le bargaining sera critiquée par Bernard Brodie pour qui cette notion relève trop de l’aspect tactique et pas assez de l’aspect stratégique. Trachtenberg M., « Strategic Thought in America, 1952-1966 », Political Science Quarterly, été 1989, p. 333.

[20] Williams Ph., « Thomas Schelling », dans Baylis J. & Garnett J. (dir.), op. cit., p. 131.

[21] Sur Brodie, on lira absolument l’excellente étude de Barry H. Steiner, Bernard Brodie and the Foundations of American Nuclear Strategy, Lawrence, University Press of Kansas, 1991, 367 p.

[22] Ibid., pp. 13, 31 et 45. Brodie B. (dir.), The Absolute Weapon – Atomic Power and World Order, New York, Institute of International Studies, Yale University, Harcourt, Brace and Co., 1946, 214 p. On ne trouve pas de références à Clausewitz dans cet ouvrage, ni dans : Sea Power in the Machine Age, Princeton, Princeton University Press, 1944 (1943), 462 p. ; id., Escalation and the Nuclear Option, Richmond, Princeton University Press, 1966, 151 p.

[23] Steiner B.H., « Using the Absolute Weapon: Early Ideas of Bernard Brodie on Atomic Strategy », The Journal of Strategic Studies, décembre 1984, p. 385 (initialement publié comme ACIS Working Paper n°44 par le Center for International and Strategic Affairs à l’Université de Californie, L.A.).

[24] Steiner B.H., Bernard Brodie and the Foundations of American Nuclear Strategy, op. cit., p. 30.

[25] Brodie B., Strategy in the Missile Age, Princeton, Princeton University Press, 1959, 423 p. Voir aussi : id., « Strategy », dans The International Encyclopeadia of Social Sciences, MacMillan, 1968, vol. 15, p. 283.

[26] Cette question est déjà abordée, par Brodie, avec référence à Clausewitz, dans le cadre des développements de l’arme thermonucléaire en 1954. Id., « Nuclear Weapons: Strategic or Tactical? », Foreign Affairs, janvier 1954, pp. 217-229 (l’auteur cite Clausewitz à la page 229).

[27] Strategy in the Missile Age, op. cit., pp. 158 ; 221-330.

[28] Ibid., pp. 20-54.

[29] Ibid., pp. 20-27 et 71-74 ; voir aussi du même auteur « Some Notes on the Evolution of Air Doctrine », World Politics, avril 1955, p. 350.

[30] Smith J.B., art. cit., pp. 52-59.

[31] Brodie B., Strategy in the Missile Age, op. cit., pp. 127-131.

[32] Ibid., pp. 97-98.

[33] Barnstein H.H., « Books of Interest to the Military Reader – Strategy in the Missile Age », Military Review, avril 1960, p. 110 ; Lincoln G.A. & Stilwell R.G., « Scholar’s Debouch Into Strategy », Military Review, juillet 1960, pp. 50-70.

[34] Voir : Trachtenberg M., art. cit., pp. 301-334.

[35] Chez certains chercheurs ce rejet de la bataille d’anéantissement et acceptation de la valeur politique de l’instrument militaire peut s’exprimer sans références à Clausewitz. Voir, par exemple : Enthoven A.C., « Réflexions sur les problèmes moraux posés par la stratégie nucléaire », dans Brodie B. (éd.), La guerre nucléaire – Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine, op. cit., pp. 158-159 (initialement Allocution prononcée à l’Institut de Guerre Nucléaire de West Baden College, Université de Loyola, West Baden Springs, Indiana, 10 novembre 1963. Enthoven était vice-adjoint du Secrétaire à la Défense (analyse des systèmes).

[36] Schratz P.R., « Clausewitz, Cuba and Command », United States Naval Institute Proceedings, août 1964, pp. 24-33.

[37] Smith G.W., « Clausewitz in the 1970’s – RX for Dilemma », Military Review, juillet 1972, pp. 85-93.

[38] Morgenthau H.J., Politics Among Nations – The Struggle for Power and Peace, New York, AA Knopf, 1959, (1948) p. 339. Nous retrouvons aussi Clausewitz dans le glossaire de l’ouvrage, à la page 585, mais On War ne figure pas dans la bibliographie.

[39] Waltz K.N., Man, the State, and War, a theoretical analysis, New York, Columbia University Press, 1959 (1954), p. 221. On notera que Waltz ne cite pas Clausewitz dons son ouvrage majeur fondant le néoréalisme (Waltz K., The Theory of International Politics, New York, McGraw-Hill, Inc., 1979, 251 p.).

[40] Waltz K., Nuclear Weapons – More May Be Better, Adelphi Papers, n°171, I.I.S.S., Autumn 1981, p. 17.

[41] Waltz K.N., « Nuclear Myth and Political Realities », dans Art R.J. & Waltz K.N. (dir.), The Use of Force (4th ed.), New York, University Press of America, 1993, pp. 333-349 (article initialement publié dans The American Political Science Review en septembre 1990).

[42] Tuchman B.W., The Guns of August, New York, The MacMillan Company, 1962, 511 p. (Nous remercions M. Bruno Colson d’avoir attiré notre attention à ce propos).

[43] X [Kennan G.F.], « The Sources of Soviet Conduct », Foreign Affairs, juillet 1947, pp. 566-582.

[44] Id., Memoirs 1925-1950, Boston-Toronto, Little, Brown and Company, 1967, p. 308.

[45] Mayers D., George Kennan and the Dilemmas of U.S. Foreign Policy, Oxford, Oxford University Press, 1988, pp. 123, 308, 315.

[46] Par exemple : Bettschart (Swiss Army), « The Strategy of Political Wars », Military Review, avril 1966, pp. 39-43 (initialement publié dans Allgemeine Schweizerische Militärzeitschrift de novembre 1964) et Tiomain S.O. (Irish Army), « Clausewitz: A Reappraisal », Military Review, mai 1963, pp. 76-79.

[47] Franklin W.D., « Clausewitz on Limited War », Military Review, juin 1967, pp. 23-29 ; Downey E.F., « Theory of Guerilla Warfare », Military Review, mai 1959, pp. 45-55 ; Gordon W.I., « What Do We Mean by ‘Win’? », art .cit., pp. 3-11 ; Lincoln G.A. & Jordan A.A., « Technology and the Changing Nature of General War », Military Review, mai 1957, pp. 3-13 ; Wolff H., « 9+1=10 », Infantry, mars-avril 1965, pp. 30-33.

[48] Paret P. & Shy J., Guerillas in the 1960’s, Londres and Dunmow, Princeton Studies in World Politics, n°1, Pall Mall Press, 1962, 82 p. Avant de devenir célèbre pour ses travaux sur Clausewitz, Paret s’est intéressé à la guerre de guérilla. Voir aussi (sans références à Clausewitz) : id., « The French Army and La Guerre Révolutionnaire », Journal of the R.U.S.I., février 1959, pp. 59-69 (également disponible dans la livraison de mars-avril 1959 de Survival) ; id., « A Total Weapons of Limited War », Journal of the R.U.S.I., février 1960, pp. 62-69 (basé sur un symposium sur la guerre limitée, aussi publié dans Wehrwissenschaftliche Rundschau d’octobre 1959).

[49] Kushner E.F., « Books of Interest to the Military Reader – Guerillas in the 1960’s », Military Review, juin 1962, p. 107.

[50] Huntington S.P., « Patterns of Violence in World Politics », dans Huntington S.P., Changing Patterns of Military Politics, New York, The Free Press of Glencoe, Inc., 1962, pp. 19-20.

[51] Ridgway M.B., The Korean War, Garden City, Doubleday and Company, 1967, p. 144.

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