Chapitre 4 – En quête d’une nouvelle approche de Clausewitz

Section 1 – Les obstacles à la compréhension

Il est difficile de suivre les références à Clausewitz dans le discours stratégique américain de la fin de la guerre du Vietnam à nos jours. En effet, les références au Prussien partent dans tous les sens. A première lecture, il paraît quasiment impossible de tirer une cohérence quelconque de l’objet – un élément de réponse à l’hypothèse de départ s’ébauche. Pour gagner en clarté, on découpera le sujet en quelques grandes rubriques qui permettront de rendre le sujet plus commode à l’étude.

Tout d’abord, il semblait intéressant de connaître les raisons évoquées par certains textes pour ne pas lire le Traité. Autrement dit, il faut envisager les obstacles à la lecture de ce texte. Ensuite, il sera utile de voir de quelle manière le discours appréhende la méthodologie clausewitzienne – utilisation de l’histoire, philosophie, guerre en tant que science ou art. Ces thèmes, en particulier ceux consacrés à l’histoire et la science, permettront de passer aux principes de la guerre et de voir en quoi ils ont évolué.

Enfin, les références à Clausewitz en rapport avec la charnière politico-stratégique – sur la Formule, la Grand Strategy, la définition trinitaire de la guerre, etc. – seront traitées. D’autre part, une littérature abondante existe sur les concepts clausewitziens appliqués à l’art opérationnel – génie, moral, centre de gravité, etc. Ces deux catégories peuvent être dissociées avec une relative facilité.

Mais, comme ont l’a déjà indiqué, il convient de commencer par étudier les difficultés mentionnées à l’égard de la lecture de Clausewitz. En effet, le Traité est toujours considéré comme un ouvrage d’accès difficile. Plusieurs auteurs du discours stratégique américain s’en sont plaint à diverses occasions. Pêle-mêle, on peut citer plusieurs raisons évoquées par ceux-ci. Il y a d’abord la tonalité philosophique – et en particulier la sémantique datée – de l’oeuvre et le fait que le livre soit inachevé. Ensuite, la structure du Traité est aussi pointée du doigt. Son aspect est complexe car Clausewitz tient compte des interactions, il laisse donc une place aux réactions de l’ennemi, et que les arguments s’entrecroisent sans cesse. Donc, l’œuvre se laisse très difficilement abréger, résumer ou condenser.[1] Mais d’autres considérations entrent en ligne de compte. Premièrement, certains reprochent à On War de faire fi de la puissance navale. Deuxièmement, le Traité serait trop décalé par rapport à notre environnement. Il est vrai que Clausewitz n’a pas connu la puissance aérienne, ni la puissance nucléaire – qui a permis à de nombreux commentateurs de remettre en cause la valeur de la Formule -, ni les nouvelles menaces contemporaines – par exemple, lutte contre les narcotrafiquants, les opérations anti-terroristes liées à l’érosion du cadre de l’Etat-nation, bref, les phénomènes transnationaux -, ni la constitution de forces de maintien de la paix – le rôle dit de police militaire ou constabulatory force en anglais.[2] On verra toutefois que bien des auteurs sont parvenus à réconcilier le travail de Clausewitz en dépit de ces décalages.

Sur un autre plan, des considérations éthiques constituent parfois un obstacle supplémentaire. Ce point est valable pour ceux qui assimilent le Prussien à sa descendance marxiste.[3] D’autres voient en lui un ancêtre des Nazis. Eric Alterman remarque que l’on retrouve chez Clausewitz des passages antisémites – ce qui est exact. Pour cet auteur, lorsque l’on évoque le génocide des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, Clausewitz est spirituellement bien présent. De plus, le Prussien est ici perçu comme un glorificateur de la guerre. Dans ce schéma, la Formule n’est plus envisagée que sous le jour d’une excuse dont le militaire peut se prévaloir lorsque le politique manque de connaissances en stratégie. En d’autres termes, la Formule ne servirait plus qu’à justifier toutes les erreurs des militaires.[4]

Suivant un autre raisonnement, l’importance du politique dans On War met des officiers mal à l’aise. Pour eux, le livre est tellement entremêlé de considérations sur la politique qu’il pourrait suggérer aux soldats qu’ils ont un mot à dire dans l’édification de celle-ci. Or, tout ceci est largement contraire à la tradition américaine, et même plus largement anglo-saxonne. David MacIsaac rapporte encore un obstacle à la diffusion du Traité – obstacle qu’il démonte dans son article. Selon certains, On War est un ouvrage de stratégie qui concerne les plus hautes instances militaires, pas les officiers subalternes. Pourtant, c’est bien aux officiers juniors qu’est enseignée la pensée de Clausewitz. Dès lors, il serait facile de comprendre le moindre intérêt de ces jeunes officiers. Pour MacIsaac, Clausewitz peut être utile à des officiers juniors car certains de ceux-ci monteront dans la hiérarchie et qu’ils n’auront alors probablement plus le temps de lire Clausewitz.[5]

A côté de cette liste d’obstacles à l’enseignement des idées de Clausewitz, il existe pourtant de nombreux éléments qui permettent d’affirmer que le Prussien est maintenant plus accessible outre-Atlantique. En ce qui concerne la difficulté d’aborder On war à cause de sa tonalité philosophique et du vocabulaire, on notera les progrès de la nouvelle traduction du Traité par Peter Paret et Michael Howard. Cette édition corrige des erreurs présentes dans les éditions précédentes – comme celle relative au retournement de la primauté du politique sur le militaire – mais elle rend également la lecture plus aisée, certains diront au détriment de l’authenticité du texte. L’ouvrage est complété par des essais de Peter Paret, Michael Howard et Bernard Brodie. Ces textes fournissent un contexte utile à la compréhension de Clausewitz. On a toutefois critiqué le premier de ces essais, celui de Bernard Brodie. Son texte est intitulé, The Continuing Relevance of Clausewitz.[6] Il y met en évidence les raisons valables pour continuer à lire Clausewitz. Il est vrai que Brodie apporte peu au débat ici.[7]

Brodie a écrit un second commentaire dans l’ouvrage. Il s’agit d’un guide d’aide à la lecture qui figure à la fin du livre. Ce commentaire procède en établissant de nombreux parallèles historiques qui sont des espèces d’illustrations. Mais ici la critique est divisée. Bien entendu, le caractère pragmatique et l’utilité de cet essai sont indéniables.[8] Mais le traitement de Brodie fait passer au second plan toute la richesse théorique du Traité.[9]

Notons aussi que certains regrettent l’absence d’index dans la nouvelle traduction de 1976. Il existait pourtant un index sommaire à l’édition de 1873 (traduction du colonel J.J. Graham). Un deuxième index fut ensuite réalisé dans les années 60 sur ordinateur mainframe. Cet index était tellement long qu’il en devenait quasiment impropre à l’utilisation. L’édition de 1984, basée sur celle de 1976 de Peter Paret et Michael Howard, contient par contre un court index des noms propres. Depuis, un nouvel index conceptuel a été réalisé en 1994-95 à Fort Leavenworth par l’U.S. Army’s School of Advanced Military Studies et un deuxième pour le compte de la Clausewitz Homepage de Christopher Bassford que l’on peut trouver sur l’Internet.[10] Ces index constituent bien entendu des aides supplémentaires à la compréhension de l’oeuvre du Prussien.

Ensuite, la lecture de Clausewitz sera facilitée par l’émergence d’articles et autres textes sur sa vie et ses écrits. De nombreux textes cherchent à expliquer qui était Clausewitz, quelles étaient ses idées, dans quel contexte il vécut et comment apprécier son œuvre au regard de ses filiations.[11] La qualité de ces textes est souvent considérable. Ils permettent de faire connaître et de rectifier les nombreuses erreurs d’interprétations qu’a subi le travail de Clausewitz. Ils donnent également des conseils au lecteur désirant aborder On War. Ainsi, dans un cours que Michael I. Handel enseigne aux élèves du Naval War College figure un texte intitulé Who is Afraid of Carl von Clausewitz ? – littéralement, Qui a peur de Carl von Clausewitz ? Si ce document est une introduction toute personnelle, elle constitue néanmoins l’un des guides de lecture le plus didactique qui existe. L’auteur y recommande de commencer la lecture du Traité par le Livre II dans lequel résident les fondements méthodologiques de l’analyse. Michael Handel prend également en compte quelques autres difficultés relatives au livre, ce qu’il considère être des contradictions – par exemple entre les concepts de point culminant et de continuité. Pour lui, pour surmonter les difficultés de On War, la meilleure solution est de le relire attentivement à plusieurs reprises.[12] Lloyd J. Matthews suggérera également que pour améliorer la compréhension de l’ouvrage, s’aider d’interprètes historiques peut s’avérer utile.[13]

Il existe aussi des articles qui tentent de condenser la pensée de Clausewitz en quelques pages. Ceux-ci mènent parfois à un résultat assez paradoxal. Bien que les articles en question « vénèrent » l’aspect non dogmatique de Clausewitz, son approche philosophique, sa méfiance des lois de la guerre, ils finissent par définir l’œuvre du stratégiste en termes étroits et quasi-jominiens, ressemblant aux principes de la guerre.[14] Nul doute qu’une telle approche aide également à la compréhension de On War mais elle tend à figer l’analyse clausewitzienne. Par contre, l’approche de Handel mentionnée ci-dessus est peut être trop moderne, mais elle a l’avantage de développer un questionnement critique. Les textes qui résument Clausewitz en rapidité donnent parfois l’impression de vouloir se débarrasser de lui aussi rapidement que possible. Quoi qu’il en soit, Clausewitz n’est en tout cas plus simplement un nom que l’on cite pour rehausser le contenu d’un écrit. Il est devenu source d’intérêts à part entière.

Section 2 – La méthode de Clausewitz et le rôle de l’histoire

Evoquer la méthode Clausewitz est aussi une étape importante pour mieux comprendre son oeuvre. Du point de vue académique, sa méthode est devenue un sujet de discussions acharnées. Mais on constate également que certains des commentateurs militaires ont réellement pris le temps d’analyser les fondements théoriques de la pensée de Clausewitz. Il est vrai que ces commentaires ne sont pas légion, ni foncièrement originaux, par comparaison aux travaux académiques. Mais notons que l’originalité ou l’intellectualisme à tous crins ne sont pas les objectifs premiers du soldat, qui veut comprendre pour transformer cette connaissance en capacité. Il convient donc de rendre justice à l’effort fourni par plusieurs auteurs des forces armées. Ceux-ci auraient largement pu se passer du labeur méthodologique. Au total, ce travail dénote bien souvent un intérêt réel pour Clausewitz et une volonté « d’aller plus loin ». Indéniablement, ces auteurs ont encore facilité la tâche de compréhension du Traité. Bien entendu, c’est le rôle de l’histoire qui est le plus largement illustré, discipline traditionnelle à l’étude militaire et élevée au rang d’incontournable dans l’armée prusso-allemande de von Moltke.

Dans le discours stratégique américain, on peut bien entendu retenir le rôle général, illustratif et didactique, qui est conféré à l’histoire. Ainsi le FM 100-5 d’août 1982 donne pour exemple de l’approche indirecte la bataille de Vicksburg. Ensuite, l’exemple de passage réussi de la défense à l’offensive, est celui de la bataille de Tannenberg.[15] L’histoire sert aussi à donner une assise à la réflexion sur la Grand Strategy.[16] Elle devient quasiment la recette de la réussite militaire, comme la mise en évidence du cas du général Patton le montre. Celui-ci exigeait de ses officiers une lecture quotidienne de 30 minutes minimum d’histoire militaire.[17] En résumé, on constate que l’étude historique a pris une place d’envergure au sein du mouvement des réformateurs militaires.[18]

Dans ce contexte, on posera la question de savoir pour quel motif la relation qui lie Clausewitz à l’histoire militaire est évoquée dans le discours stratégique américain ? La réponse est en fait assez simple. Clausewitz et sa méthode permettent de comprendre la guerre au travers d’une analyse historique. Mais sous cette simplicité apparente, le rôle conféré à l’étude historique varie selon les auteurs. Un élément de consensus émerge toutefois parmi ceux-ci ; la guerre n’est pas une science – dans le sens de science dure – mais le domaine des frictions et du moral. La guerre est donc plutôt perçue comme un art, d’autant plus que selon Clausewitz elle appelle le génie. Vu que la guerre n’est pas une science, l’histoire devient nécessaire à son étude.[19]

Mais plus précisément, comment l’histoire peut-elle aider à analyser la guerre ? Pour Jay Luvaas, la méthode de Clausewitz amènerait en fait son lecteur à se placer dans la peau de chacun des grands capitaines qu’il étudie au travers de sa méthode critique.[20] Se mettre dans la peau d’un personnage historique c’est aussi, plus largement, revivre les événements du passé. De cette manière, les étudiants de la School of Advanced Military Studies de Fort Leavenworth ou de la School of Advanced Airpower Studies de Maxwell A.F.B. sont amenés à raisonner sur base d’hypothèses du type : que se serait-il passé si … La pratique de cette méthode implique au départ une connaissance honnête de l’histoire militaire, principalement au niveau opérationnel. Un investissement personnel en la matière est nécessaire. La méthode employée au sein de ces écoles constitue en fait la base de la critique militaire. Et cette critique militaire n’est rien moins qu’une véritable théorie.[21] Plus accessoirement, le rôle de l’histoire dans la formation identitaire du militaire professionnel est aussi mentionné. Quoi qu’il en soit, il existe malgré tout une coupure entre l’historien académique, pratiquant une recherche scientifique et l’historien militaire dont la vertu est d’être didactique.[22]

Mais cette vertu pédagogique ne doit-elle pas d’abord être attribuée à Jomini, et non à Clausewitz ? On voit déjà poindre une brèche dans le soi-disant caractère irréconciliable des deux penseurs. Cette brèche s’élargit encore lorsque l’on évoque la question des principes de la guerre. En effet, pour l’U.S. Army, le rôle de l’histoire est devenu primordial dans l’étude des principes de la guerre. La méthode d’investigation historique critique de Clausewitz – découverte des faits et agencement de ceux-ci, recherches effets-causes, évaluation des moyens employés – passe ici au premier plan.[23] Par conséquent, les principes jominiens prennent leur pleine validité au travers de l’enquête historique clausewitzienne.

Notons aussi qu’il existe une certaine similitude entre l’approche choisie par les écoles militaires de l’armée de terre et de la force aérienne avec celle choisie au sein du Naval War College. Les membres de cette dernière institution pensent que leur but est plus d’éduquer des officiers que de les entraîner techniquement. Dans ce processus, l’histoire est encore une fois mise en évidence. Mais pour cette école, le précepte est surtout attribué à Alfred Thayer Mahan.[24]

Néanmoins, dans le cadre du Military Reform Movement, quelques-uns critiquèrent l’ampleur prise par l’étude de l’histoire. N’est-elle pas déjà assez étudiée ? Chaque situation historique n’est-elle pas trop particulière que pour établir des enseignements valables aujourd’hui ?[25] Dans un article sur Clausewitz, Patrick M. Cronin mettait également ses lecteurs en garde contre l’abus d’histoire – ou plutôt contre les comparaisons douteuses.[26]

Mais alors où situer le point d’équilibre entre trop de comparaison et pas assez ? Clausewitz sert encore à éclairer le chercheur sur ce point. Il envisage quatre possibilités d’utilisation de l’histoire: pour expliquer un phénomène, pour montrer l’application d’une idée, pour démontrer la possibilité d’existence d’un phénomène ; ou pour déduire une doctrine.[27] C’est sur ce dernier point que les difficultés se montrent réellement car il convient de convenablement différencier ce qui ressort du contexte et ce qui est valable en dehors de celui-ci.[28] Malgré tout, la valeur de l’histoire dans le développement des idées – dans le domaine de l’imagination – est largement reconnue.[29]

Toujours dans le domaine de la méthode historique, mentionnons que la voix de l’historien militaire britannique Michael E. Howard se fait encore souvent entendre au sein du discours stratégique américain. Michael E. Howard insiste sur la nécessité d’étudier l’histoire dans son contexte, le contexte social en particulier, et on retrouvera là un des enseignements de Clausewitz. Le rôle de la technologie doit aussi être relativisé selon cette approche.[30] Les prescriptions méthodologiques de l’historien sont régulièrement rappelées : objectivité, utilité, et caractère littéraire – literacy – ensuite nécessité d’étudier le passé dans son contexte, en profondeur et en largeur.[31] Peter Paret, lui, se sert aussi des enseignements clausewitziens pour affirmer que toute histoire militaire ne peut se contenter de considérations uniquement … militaires. Ce qui s’avérait vrai en 1827 conserve toute sa validité à l’époque de la guerre du Golfe.[32] L’arrivée de nouvelles technologies au sein des forces armées – la révolution dans les affaires militaires – ne réduit pas à néant le besoin d’histoire. Les enseignements de Clausewitz servent encore de justificatifs sur ce point.[33]

Pour terminer, citons le travail pionnier de Eliot A. Cohen et John Gooch dans Military Misfortunes, publié pour la première fois en 1990. La méthode de Clausewitz, sa Kritik, a servi de point de départ à la rédaction de cet ouvrage sur les grands échecs militaires. Plutôt que de copier les réussites des grands capitaines, les auteurs trouvent plus intéressant de découvrir les raisons de leurs échecs majeurs grâce à quelques analyses de cas : Gallipoli, la guerre anti-sous-marine américaine en 1942, l’action des forces aériennes françaises en mai-juin 1940, etc. Par ailleurs, les deux chercheurs se sont conformés au principe de Clausewitz selon lequel il vaut mieux connaître en profondeur un ou deux événements militaires – relativement récents – et non une multitude d’entre eux en surface.[34]

Section 3 – La philosophie

La relation entre Clausewitz et la philosophie est largement discutée dans les travaux académiques de Peter Paret, Azar Gat, Raymond Aron , Amos Perlmutter, etc. Mais, ici, on portera attention à des textes de plus grande distribution au sein du discours stratégique américain, comme ceux publiés dans la Military Review ou la Naval War College Review.

En fait, il y a assez peu de discussions à l’égard de l’approche philosophique de Clausewitz. Dans les revues professionnelles, sa méthode est souvent comparée à celle de Hegel et sa dialectique ou à Kant pour sa différenciation entre la réalité et la théorie. Le sujet porte à débat. Bernard Brodie, lui, rattachait d’abord Clausewitz à Hegel et ensuite à Kant. Le concept d’idéal, et ses manifestations, propre aux socratiques, est aussi évoqué. Les auteurs plus pointilleux citent tout d’abord Montesquieu, dont Clausewitz admirait le style direct.[35] Clausewitz est aussi représenté comme un « enfant de son époque », soit l’époque de l’Aüfkalrung, ou des Lumières. Dans un sens large, loin d’être étroitement philosophique, il faut bien le reconnaître, il est cité aux côtés de Schiller, Herder, Fichte, Ranke, les frères Humboldt, etc. Cela permet de découvrir que son entourage était composé d’éducateurs, de poètes, d’économistes, d’historiens et de réformateurs politiques. Son époque est décrite comme celle de mouvements contradictoires : la continuation de l’âge de la Raison, le Romantisme, ou la synthèse des deux courants auxquels Clausewitz se raccrochait.[36]

Mentionnons aussi Richard M. Swain qui rédigea un article sur les concepts philosophiques de Clausewitz au travers de l’analyse de Raymond Aron – ce qui ne l’empêche pas de citer les travaux de Peter Paret. Reprenant Paret, l’auteur conçoit la méthode de Clausewitz comme phénoménologique : le Prussien considère le phénomène guerre et le fait varier dans son imagination. De cette manière il est en mesure de percevoir quels éléments sont, ou ne sont pas, nécessaires à sa définition. Cette façon de procéder l’amena a établir le concept de guerre absolue. Ensuite, c’est à Raymond Aron qu’il s’adresse en vue de donner les différentes définitions de la guerre selon le Prussien : moniste d’abord (la guerre est le moyen d’asseoir notre volonté face à l’autre), dualiste ensuite (la lutte entre deux adversaires avec pour résultat l’ascension aux extrêmes) et trinitaire pour terminer.[37]

Par contre, certains cours dispensés dans les écoles militaires, comme ceux de Michael I. Handel, s’attardent nettement moins à l’apport philosophique chez Clausewitz. Michael Handel évoque le mot gestalt, pointant par-là l’impératif de la totalité dans l’analyse clausewitzienne. Il mentionne aussi le terme d’idéal-type de la guerre absolue par rapport à la guerre réelle, mais il ne cite pas le nom de Max Weber, ou de Montesquieu, au passage.[38] Michael I. Handel comparera tout de même la guerre absolue chez Clausewitz à la méthode de Newton. Pour Handel, le physicien théorisa la gravité dans un monde sans frictions. Il confronta ensuite son modèle à la réalité.[39]

Bref, comme on l’a vu, il existe depuis la fin de la guerre du Vietnam, un intérêt certain pour Clausewitz. Cet intérêt a permis à plusieurs auteurs de s’aventurer non seulement dans le contenu de l’œuvre du Prussien, mais aussi, en moindre mesure il faut le concéder, dans les fondements épistémologiques de son travail. Indéniablement, ce fourmillement de réflexions a amélioré la compréhension de Clausewitz et fait régresser bien des appréciations abusives de son Traité.

Section 4 – Les approches scientifiques de la guerre

Grossièrement, deux optiques prévalent au sein du discours stratégique américain quant au rôle de la technologie. La première est parfaitement compatible avec Clausewitz et s’appuie même souvent sur celui-ci. Selon cette approche, la guerre est une activité sociale irréductible à une science parfaite, « mathématisable » et prévisible. La guerre est le fruit de la société de laquelle elle émerge ; elle est soumise au politique ; elle laisse place aux frictions, au moral, au génie militaire et ; le rôle de l’histoire pour la comprendre est primordial.[40] De cette « école » découle une relativisation de l’importance à accorder aux moyens automatiques utilisés dans la guerre – principalement ceux qui servent à traiter l’information. Parfois, cette approche pousse la relativisation jusqu’à la méfiance.[41] Après tout, comme le faisait remarquer Bernard Brodie, l’époque de Clausewitz est surtout marquée par une révolution politique et non par des changements technologiques.[42] Le Prussien est donc bien perçu comme idéaliste et non matérialiste. De cette « école » découle également l’idée que On War n’est pas un livre de recettes mais une réflexion sur la guerre.[43] Cette approche entre en conflit avec la tendance qui consiste à affirmer que les technologies dont disposent maintenant les forces armées américaines sont de nature à venir à bout des frictions. Les tenants de la deuxième approche seront peu décrits ici car la plupart du temps, lorsqu’ils prennent la parole dans le discours stratégique américain, ils ne font pas mention à Clausewitz, même pas pour le dénigrer.

On verra donc comment le discours stratégique américain organise sa réflexion à propos du rapport qui unit Clausewitz et l’idée de science, ou plus généralement de l’approche dite scientifique de la guerre.

En premier lieu, il convient de retenir des auteurs qui critiquent l’approche bureaucratique et managériale du Pentagone. Cette tradition trouve principalement son origine à l’arrivée de Robert S. McNamara à la tête du département de la défense en 1960.[44] Il est assez aisé de montrer un parallélisme entre ces méthodes managériales, basées sur des comparaisons coût-efficacité ou analyse des systèmes, et le paradigme jominien de la guerre. Le lien les unissant est indéniablement le rationalisme extrême et le pragmatisme que recherche tant le soldat américain dans des sources prescriptives. A contrario, Clausewitz pose problème à ce niveau. Sa tonalité romantique et le peu d’indication qu’il donne sur le « comment » de l’agir constituent de véritables obstacles pour l’utilitarisme à court terme.[45]

Comme on l’a vu, Bernard Brodie mettait déjà en garde ses lecteurs, dans les années 60, contre les limites des approches recelant de formules et de chiffres. Le stratégiste poursuit sa critique en 1976 en prenant appui sur Clausewitz. Pour Brodie, lorsque Clausewitz désirait comparer la valeur relative des différentes armes de son époque – cavalerie, infanterie, artillerie – il lui était facile de calculer le coût individuel de chaque Arme. Par contre, la comparaison de la valeur des différentes composantes de l’armée entre-elles lui était un problème autrement plus délicat. Le résultat d’une telle comparaison ne pouvait être que le fruit d’une situation donnée. Quelle que soit la méthode employée, pour Brodie, il subsistera toujours un degré d’intuition dans ce type de recherche.[46]

Edward N. Luttwak est un autre ténor de la critique de l’approche managériale.[47] Pour lui, l’histoire doit jouer un rôle fondamental dans l’apprentissage. C’est grâce à cette discipline que l’on peut éviter de retomber dans les écueils bureaucratiques de l’équipe McNamara. Dans cette critique, Luttwak s’appuiera aussi sur Clausewitz.[48] L’opinion de ce réformateur n’est toutefois pas partagée par tout le monde. Richard K. Betts par exemple considérera que Luttwak va trop loin. Bien entendu, note Betts, les classiques de la stratégie sont d’un apport certain, mais ils demeurent insuffisants pour faire face à toutes les questions modernes. Betts pense donc qu’il est nécessaire d’établir un bon équilibre dans l’usage qui est fait des outils techniques, mathématiques, logiques et des outils historiques, parmi lesquels les classiques de la stratégie.[49]

James J. Schneider remettra aussi en cause les approches dites scientifiques. Il mentionne cinq raisons à ce propos : (1) les approches scientifiques manquent d’une vision interdisciplinaire unifiée ; (2) lorsqu’elles sont le fruit de civils, elles sont défaillantes par rapport à l’image qu’elles donnent de la réalité du combat (3) ; il n’existe pas de relations symbiotiques entre l’historien militaire et le scientifique militaire (4) ; souvent le leadership militaire ne pose pas les bonnes questions aux scientifiques (5) ; l’art opérationnel est souvent non traité par ces approches. Schneider propose donc un retour aux grands classiques et à l’histoire. Il cite en vrac : Clausewitz, T.E. Lawrence, R. Aron , Paul Kennedy, Schlieffen, Gustave Adolphe, Moltke l’Ancien, Jean Bloch, Mikhaïl V. Frounzé, Mikhaïl Toukhatchevsky, J.F.C. Fuller, B.H. Liddell Hart, etc. Le retour aux classiques est bien entendu envisagé en vue d’apprendre, ou de réapprendre, l’art opérationnel.[50]

Globalement, lorsque le nom de Clausewitz apparaît dans la thématique des approches scientifiques de la guerre, il sert à remettre en valeur les facteurs intangibles de ce phénomène, ceux qui peuvent être abordés mais jamais complètement analysés par l’histoire. Clausewitz est généralement mis au regard d’une vision non seulement plus historique de la guerre mais aussi plus proche des sciences sociales. Pour illustrer ce point, une critique du Makers of Modern Strategy, de Peter Paret,[51] publiée en 1987 dans International Security est très éclairante. Pour son auteur, Stephen Walt, la lecture de l’ouvrage édité par Paret montre un manque de rigueur scientifique. Les essais présentés dans le Makers of Modern Strategy ne sont pas suffisamment critiques. De tous les classiques présentés, seuls les essais sur Clausewitz et, dans une moindre mesure, sur Hans Delbrück, résisteraient mieux à l’épreuve du temps. Walt préconise une approche systématique et une enquête critique de la stratégie. Il prône en fait une méthode proche de la sociologie, capable d’analyser des phénomènes comme les rivalités inter-services, l’opposition à l’innovation, le rôle du politique, etc.[52] Constatons aussi la réaction de Michael I. Handel face à l’assertion du britannique John Keegan selon qui, chez Clausewitz, la guerre est une activité purement rationnelle toute faite de calculation. Handel contredit vivement une telle opinion. Pour lui, les concepts de coup d’œil, charisme, créativité sont inconciliables avec une vision purement rationnelle de la guerre.[53]

Enfin, le nom du Prussien sert aussi à rappeler que les possibilités de mathématisation des recherches en relations internationales sont limitées. Les prédictions sont très difficiles à établir, car, entre autres choses, les mathématiques ne permettent pas de prendre en compte les facteurs moraux ou idéologiques.[54]

A l’opposé de cette tendance qui consiste à utiliser Clausewitz pour relativiser l’importance des théories scientifiques, Trevor N. Dupuy s’est servi du Prussien de façon étrange, voire même déconcertante. Cet auteur a tenté de développer un modèle mathématique de la guerre. Mais, le plus surprenant est de constater qu’il s’inspire très largement – et très librement il le reconnaît – de Clausewitz. Considérant l’histoire comme matière première, Dupuy commence son exposé par un tour d’horizon des classiques de la stratégie (Jomini, Clausewitz, Ardant du Picq, D.H. et T.H. Mahan, etc.) et de leur apport. Il livre ensuite treize affirmations qu’il considère être des vérités immuables du combat : l’impératif de mener des opérations offensives pour obtenir des résultats positifs au combat ; la défensive comme forme la plus forte de la guerre ; la nécessité de prendre une position défensive lorsque le passage à l’offensive s’avère impossible, l’initiative comme moyen d’appliquer sa puissance de façon prépondérante ; le fait que la puissance de combat supérieure gagne toujours ; etc. Après maints « calculs », Dupuy finit par présenter la formule P = N.V.Q. où P est la puissance de combat, N le nombre de troupes, V les circonstances variables affectant le combat et Q la qualité des forces. V n’étant pas défini, on peut se demander quelle est la valeur de l’exercice.[55]

Aujourd’hui, les développements de la R.M.A. ont soulevé des craintes parmi les tenants d’une étude historique et classique de la stratégie. Williamson Murray se demande si l’importance accordée actuellement aux facteurs techniques, au matériel, n’est pas de nature à faire retomber la pensée stratégique américaine dans des travers identiques à ceux qu’elle a connu pendant la guerre du Vietnam. Le sentiment qu’il est possible de se débarrasser des frictions clausewitziennes, grâce aux moyens de renseignement, de commandement et de contrôle, ne serait rien de plus qu’une illusion.[56] Bien que l’on vive à l’âge du traitement automatisé des informations, les « clausewitziens » font malgré tout remarquer que les subjectivités continuent d’opérer et qu’à côté de la sphère physique, une sphère morale coexiste. Ils ajoutent que la chance ne peut-être proprement quantifiée. L’emploi d’un jargon technique donne peut être une impression de scientificité aux théories militaires, mais c’est à mauvais escient.[57] Ceux qui s’inspirent de Clausewitz ont la bienséance de mettre en garde les nouveaux « faiseurs de systèmes ».

Notons pour terminer que le nom de Clausewitz revient de plus en plus régulièrement dans l’application que les militaires américains font des théories de la complexité. Ici, l’emploi des idées de Clausewitz se situe à la croisée des chemins. Les théories de la complexité se développent de plus en plus comme un nouveau paradigme scientifique. Issues des sciences de la nature, elles tendent à s’infiltrer parmi les sciences humaines, voire à les absorber et leur imposer une nouvelle lecture. Certains auteurs utilisent le modèle complexe comme une sorte de métaphore, en acceptant ses limites. Il le confronte ensuite aux idées de Clausewitz. D’autres adaptent le Prussien dans un nouveau schéma positiviste complexe. Comme l’indique John E. Tashjean, les théories de la complexité ont en tout cas l’avantage de faire régresser l’empirisme logique traditionnel du discours stratégique. Elles ont permis à des concepts en provenance des sciences sociales de s’insérer dans la réflexion des soldats.[58] Toutefois, ces dérives rationalisantes à l’extrême – encore une fois positiviste – ne sont peut-être pas si éloignées (nous traiterons plus en profondeur des théories de la complexité, voir infra).

Section 5 – Les principes de la guerre

Les quelques constatations générales établies à propos des principes de la guerre de 1945 à la guerre du Vietnam restent encore valables de la fin de la guerre du Vietnam à nos jours. Un seul point change réellement ; on ne retrouve quasiment plus d’articles d’auteurs étrangers en parlant dans les revues américaines. Par contre, on peut affirmer que les principes ont encore gagné en stature avec le mouvement de réforme militaire – non des moindres, par l’utilisation qu’en fait Harry G. Summers dans son fameux ouvrage On Strategy.[59] Etudions rapidement leur diffusion dans la structure doctrinale des différentes forces armées.

Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que l’édition de 1976 du manuel FM 100-5 avait été critiquée car elle ne renfermait pas la liste des principes de la guerre, considérés comme fondement de tout l’art opérationnel.[60] Ces principes réapparaîtront dans l’édition suivante, celle de 1982. Ils sont encore présents dans l’édition de 1993 du FM 100-5, mais répartis en deux listes : principes de la guerre et principes des opérations autres que la guerre.[61] Il avait ensuite été proposé de fondre les deux listes dans l’édition suivante du manuel.[62] Cette proposition a bien été retenue pour la dernière édition du manuel qui est maintenant rebaptisé FM 3-0, Operations.[63] Le manuel FM 100-1, The Army publié en 1978 reprenait également les principes.[64] Ce dernier manuel les reprendra encore dans sa version de juin 1994.[65] La dernière version à ce jour, juin 2001, a été rebaptisée FM 1. Elle mentionne à peine les principes – sans en donner la liste – dans la préface.[66]

Pourtant, l’actuelle révolution dans les affaires militaires n’a pas mis un terme aux discussions sur les principes. De nouveaux principes plus au goût du jour sont même proposés : tromperie, rapidité d’exécution, façonnage de l’ennemi et exploitation de la victoire. Sun Zi, Napoléon et Stonewall Jackson servent ici de modèle.[67]

Dans l’U.S. Navy par contre, le corpus doctrinal est plus rebelle aux principes. Elle ne les accepte qu’en 1994, et encore sous forme de « déclaration de politique » et non sous une forme complètement officielle doctrinale.[68] Néanmoins, les principes figurent encore aujourd’hui dans le document NDP 1 de 1994, l’équivalent du FM 100-5 (et FM 3-0 actuellement) pour l’U.S. Navy.[69]

Au sein du Corps des Marines, les principes ne figuraient pas véritablement dans le manuel FMFM 1, Warfighting. Ce dernier ne mentionnait que les principes de concentration et de vitesse et non la liste habituelle.[70] Actuellement, les principes sont repris dans les manuels MCDP 1, Warfighting de juin 1997, MCDP 1-0, Marine Corps Operations de juin 2000 (qui reprend également à deux reprises le concept de points décisifs) et MCDP 5, Planning de juillet 1997. De plus, le manuel MCDP 1-1, Strategy de novembre 1997 fait référence aux principes sur base de la pensée de Corbett. Par contre, le MCDP 1-2, Campaigning ne les contient pas.[71] Ajoutons aussi que dans un White Paper commun à l’U.S. Navy et au Corps des fusiliers marins – Operational Maneuver from the Sea -, on trouve des principes exprimés sous une forme légèrement modifiée.[72] Au total, pour le Corps des Marines, tout comme pour l’US Navy, la référence aux principes est moins systématique qu’au sein de l’armée de terre.

Pour l’U.S. Air Force, le document AFM 1-1 reprenait les principes. Il en va de même pour le manuel AFDD 1 plus récent.[73] Les principes sont cités aux côtés de concepts clausewitziens comme les frictions ou mis en parallèle avec Sun Zi.[74] Sous une approche assez similaire, le colonel Phillip S. Meilinger, de l’U.S. Air Force, les utilise aussi dans un document nommé Ten Propositions Regarding Airpower. Ce colonel historien montre un certain scepticisme vis-à-vis des principes mais rappelle qu’ils correspondent à une attente réelle de la part des soldats.[75]

La doctrine interarmes consacre également les principes. On retrouve la liste de principes de la France, des Etats-Unis, de la République Populaire de Chine, de l’ex-U.R.S.S., de la Grande-Bretagne / Australie dans le manuel AFSC Pub. 1, The Joint Staff Officer’s Guide de 1997.[76] La liste figurait aussi dans Joint Publication 1, Joint Warfare of the Armed Forces of the United States, de 1995, et dans Joint Doctrine, Capstone and Keystone Primer, de 1997. On trouve une référence à Sun Zi en rapport avec les principes dans ce dernier manuel.[77]

Il convient de se demander maintenant ce qu’il en est du contenu et des réflexions tournant autour de ces listes. On a déjà indiqué que les constatations émises à ce propos avant la fin de la guerre du Vietnam restent majoritairement valides. Les textes sont avant tout très peu dogmatiques à l’encontre des principes. Tout un chacun peut encore proposer un raisonnement qui permet de modifier ou additionner un principe. On citera, à titre d’exemple, la tentative de proposer le soldat individuel comme principe supplémentaire et de faire valoir la nécessité de le protéger, le « blinder », entre autres en le plaçant dans un véhicule … blindé.[78] Ailleurs, dans un article signé par le général Starry, celui-ci pense que la valeur du soutien populaire pourrait être un facteur supplémentaire répertorié parmi la liste des principes[79] Il arrive également que le discours stratégique américain assimile Sun Zi aux principes de la guerre.[80] Le penseur chinois est toutefois légèrement différencié de l’approche jominienne. Les catégories utilisées dans l’œuvre de Sun Zi ont des racines autres que celles de Jomini : harmonie et chaos, vide et solide, méthode directe et indirecte – crafty et straightforward -, disposition et puissance – form et power.[81]

Ensuite, on affirme toujours que les principes doivent être étudiés dans le contexte de l’histoire militaire. Ainsi, un auteur se servit des principes comme schéma d’analyse de l’opération Just Cause menée à Panama en 1989.[82] On ajoute également qu’ils ne constituent pas une check-list mais un outil théorique.[83]

Il a déjà été mentionné que Clausewitz et Jomini étaient parfois confondus comme sources des principes dans le discours stratégique américain de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la guerre du Vietnam. C’est toujours le cas, mais de manière moins fréquente.[84] Le Prussien est ainsi parfois assimilé au principe d’économie des forces – défini comme l’utilisation du minimum de forces requises en vue d’accomplir une mission.[85] Dans un autre cas, il est mis en regard du principe du moral, en complément de Jomini.[86] Quant à l’ouvrage Principles of War, qui avait largement contribué à la confusion entre le Suisse et Clausewitz, il est encore largement disponible. Ce document fut réimprimé en 1987 et est actuellement disponible sur l’Internet.[87] Mais la critique tend à considérer ce texte comme accessoire à son œuvre. On War est donc devenu un point de passage obligatoire à la compréhension de Clausewitz. Les Principles ne sont pas considérés comme un résumé du Traité.[88]

On assiste donc à un effort notable du discours stratégique américain en vue de mieux comprendre Clausewitz et ne pas le réduire à une liste de principes. Il y a pourtant matière à critique. Parfois, des articles publiés dans les revues des différents services des forces armées simplifient à outrance On War, ou des parties de cet ouvrage. Par exemple dans un article publié en 1980 dans l’Air University Review à propos de On War, chaque titre de paragraphe est mis en évidence comme le serait un principe : (1) la connaissance doit devenir capacité ; (2) la guerre est un moyen sérieux d’un but sérieux ; (3) le courage est la première nécessité du soldat ; (4) la guerre est le domaine de la souffrance physique et de la violence ; (5) en tactique, comme en stratégie, la supériorité du nombre, est l’élément le plus commun de la victoire ; (6) la guerre est instrument du politique.[89]

Proche de cette description, on trouve un autre texte, de Patrick M. Cronin, paru dans la Military Review en 1985. Le Traité y est résumé comme suit : (1) la guerre est la continuation de la politique par des moyens violents ; (2) la guerre est le résultat des interactions du gouvernement, du peuple et des forces armées ; (3) le politicien donne forme à la stratégie militaire ; (4) le politicien doit être au fait des affaires militaires ; (5) le politicien guide la guerre ; (6) le soldat aide le politicien à formuler les buts de la politique ; (7) la théorie est un guide ; (8) la guerre est le domaine des frictions ; (9) la défense est la forme la plus forte de la guerre ; (10) les forces armées ennemies figurent parmi les objectifs principaux ; (11) les forces numériques sont fondamentales mais insuffisantes à assurer une victoire ; (12) l’offensive est le moyen d’obtenir un but positif, etc. La méthode se rapproche une fois de plus de celle de Jomini et de ses principes.[90]

Néanmoins, ces travaux s’avèrent fondamentaux pour la compréhension de On War. Mais il est dommage que cette façon de procéder réduise pratiquement à néant l’aspect dynamique du travail de Clausewitz. Il est vrai que les principes de la guerre se limitent le plus souvent à un concept dont l’interprétation est large, tandis que les articles tentant de résumer Clausewitz établissent des espèces de maximes qui mettent généralement deux éléments en relation, ce qui est un premier pas vers une approche plus dynamique. Dans un article publié en 1965, Peter Paret mettait déjà en garde contre l’appauvrissement des tentatives de résumer Clausewitz sous cette forme. Cela conduit le plus souvent à oublier, ou reléguer au second plan, les aspects méthodologiques et « dialectiques » du travail de l’officier prussien.[91]

En fait, l’inimitié notable sur le plan intellectuel de Clausewitz et Jomini, quand ils étaient encore vivants, ne dérange pas outre mesure le discours stratégique américain. Les deux approches longtemps considérées comme incompatibles deviennent complémentaires.[92] Cet aspect des choses sera encore plus visible lorsque les concepts de point décisif et de centre de gravité (voir infra) seront abordés.[93] Pour Richard M. Swain, Clausewitz a tenté de ramener tout son travail à un point focal. Jomini, lui, n’est pas tant mauvais, qu’il est plus limité dans son approche : la somme de l’œuvre du Suisse n’est pas plus grande que ses parties. Swain pense que chacun des penseurs occupa une sphère d’activité différente. Il serait inutile de les opposer car leurs cadres de référence sont différents.[94] Mais l’enthousiasme pour Jomini n’est pas partagé par tout le monde. Pour Christopher Bassford, Jomini a été complètement absorbé dans la façon d’écrire la doctrine militaire. Ce qui n’est pas le cas de Clausewitz.[95]

Notons aussi la réaction de Phillip Crowl envers les principes. En prenant appui sur Mahan, Crowl pense qu’il peut affirmer qu’il n’existe pas de principes scientifiquement historiques de la guerre. L’auteur propose donc d’étudier la guerre sous la forme d’une série de questions, constituant une sorte de cadre d’analyse : comment se présente la stabilité du front domestique, quelles sont les alternatives aux opérations, quel en est l’objectif, etc. L’histoire aide bien entendu celui qui veut comprendre la guerre, mais elle est insuffisante. Et Crowl de conclure que la notion clausewitzienne de génie arrive en renfort lorsque les plans s’avèrent désuets en cours d’opération.[96]

[1] On retrouve des considérations assez identiques de la part d’un critique britannique : Thorne I.D.P., « Correspondance On Clausewitz », The Army Quaterly and Defence Journal, octobre 1971, p. 116.

[2] Shepard J.E., Jr., « On War : Is Clausewitz Still Relevant? », Parameters, septembre 1990, pp. 85-99.

[3] Voir par exemple : Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », Military Review, août 1985, p. 48 (article reproduit pour le Congressional Research Service, The Library of Congres, par exemple disponible à le site : www.au.af.mil/au/awc/awcgate/clausewitz/clswtz-c.htm) ; Matthews L.J., « On Clausewitz », Army, février 1988, pp. 20-24 (republié dans la Military Review, août 1988, pp. 83-84).

[4] Alterman E., « The Use and Abuse of Clausewitz », Parameters, été 1987, pp. 27 ; 30-31.

[5] McIsaac D., « Master at Arms: Clausewitz in Full View », art. cit., p. 83.

[6] Brodie B., « The Continuing Relevance of Clausewitz », dans On War, pp. 45-58.

[7] Lowenthal M., « Carl von Clausewitz – Reviews of Books », art. cit., p. 609.

[8] Voir l’opinion positive de : Luttwak E.N., « Reconsideration: Clausewitz and War », dans Luttwak E.N., Strategy and Politics (Collected Essays), New Brunswick & Londres, Transaction Books, 1980, p. 261 (initialement publié dans The New Republic, mai 14, 1977).

[9] King J.E., « On Clausewitz: Master Theorist of War », Naval War College Review, automne 1977, p. 31.

[10] Bassford Ch., « Indexes to Clausewitz’s On War », (s.d.) (http://www.mnsinc.com/cbassfrd/cwzHOME/wordndx.htm). Les deux derniers index sont consultables sur l’Internet.

[11] Voir, par exemple : Cannon M.W., « Clausewitz for Beginners », art. cit., pp. 48-57.

[12] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ? A Guide to the Perplexed, Department of Strategy and Policy, United Naval War College, 6th Edition, été 1997.

[13] Matthews L.J., art. cit., pp. 20-24.

[14] Par exemple : Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., 40-49 ; Cole J.L. Jr., « ON WAR Today? », Air University Review, mai-juin 1980, pp. 20-23.

[15] Romjue J.L., « The Evolution of AirLand Battle Concept », art. cit., p. 14.

[16] Baumann R.F., « Historical Framework for the Concept of Strategy », Military Review, mars-avril 1997, pp. 2-13.

[17] Dietrich S.E., « To Be Successful Soldier, You Must Know History – (review essay : The Patton Mind », Military Review, août 1993, p. 67.

[18] Cette place accordée à l’histoire s’avère durable. Voir par exemple en 1990 : Krause M.D. & Newell C.D., « Introduction », Military Review, septembre 1990, p. 1. Voir aussi l’impressionnante revue commentée d’ouvrages d’histoire militaire par Richard M. Swain publié dans la Military Review. Y figurent pêle-mêle T.E. Lawrence, John Keegan, Napoléon, Liddell Hart, Churchill, van Creveld, etc. Swain R.M., « The Written History of Operational Art », Military Review, septembre 1990, pp. 100-105.

[19] Allen R.L., « Piercing the Veil of Operational Art », Parameters, été 1995, pp. 111-119.

[20] Luvaas J., « Thinking at the Operational Level », Parameters, printemps 1986, p. 3.

[21] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit. ; King J.E., « On Clausewitz: Master Theorist of War », art. cit., pp. 7 et 17.

[22] Winton H.R. & Swain R.M., « The Fog of Military Education – Review Essay », Military Review, janvier 1991, pp. 73-77.

[23] Swain R.M., « On Bringing Back the Principles of War », art. cit., pp. 40-46 ; Hassler W.W. Jr., « Military History: The Army Pivotal Study », Military Review, octobre 1976, pp. 29-33

[24] Crowl Ph.A., « Education versus Training at the Naval War College: 1884-1972 », Naval War College Review, vol. 26, n°3, 1973, pp. 2-10.

[25] Davis M.T., « Military Reform Movement and Military History », Marine Corps Gazette, août 1986, pp. 27-28.

[26] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 44.

[27] L’utilisation de la méthode historique – critique – de Clausewitz est aussi prônée dans le cadre de l’évaluation des achats de matériel en complément à des approches plus centrées sur les systèmes. Anderson W.M., Acquisition Renaissance: The Birth of Critical Analysis in the Acquisition Workforce (A Research Paper Presented to the Research Department Air Command and Staff College – In Partial Fulfillment of the Graduation Requirements of A.C.S.C.), Air War College, Maxwell A.F.B., mars 1997, 37 p.

[28] Swain R.M., « Military Doctrine and History », Military Review, juillet 1990, pp. 80-81 ; voir aussi Winton H.R., « Reflections on the Air Force’s New Manual », Military Review, novembre 1992, pp. 20-31.

[29] Marvin F.F., « Using Military History in Military Decision Making », Military Review, juin 1988, p. 31.

[30] Howard M.E. & Guilmartin J.F. Jr., Two Historians in Technology and War, S.S.I. Paper, U.S.A.W.C., 5th Annual Strategy Conference, juillet 20 1994.

[31] Skaggs D.C., « Michael Howard and the Dimensions of Military History », Military Affairs, octobre 1985, p. 182 et Howard M., « The Use and Abuse of Military History », Parameters, printemps 1981, p. 14, texte déjà publié comme : Howard M., « The Use and Abuse of Military History », Military Review, décembre 1962, pp. 8-12.

[32] Paret P., « The New Military History », Parameters, automne 1991, p. 18.

[33] Baumann R.F., « Historical Perspectives on Future War », Military Review, mars-avril 1997 (voir http://www-cgsc.army.mil/milrev/index.htm).

[34] John Gooch est un professeur britannique qui enseigne à Yale et l’U.S. Naval War College. C’est d’ailleurs de cette dernière école qu’est sorti le projet de ce livre. Cohen E.A. & Gooch J., Military Misfortunes, The Anatomy of Failure in War, New York, Vintage Books, 1991 (1990), pp. 44-46. Cet ouvrage a été très bien reçu par la critique de la Military Review : Hughes D.J., « Military Misfortunes – Book Reviews », Military Review, septembre 1990, p. 118.

[35] Par exemple : Simpson B.M. III, « The Essential Clausewitz », Naval War College Review, mars-avril, 1982, p. 54 ; Coats W.J., « Clausewitz’s Theory of War: An Alternative View », Comparative Strategy, vol. 5, n° 4, 1986, p. 356 ; Cannon M.W., « Clausewitz for Beginners », art. cit., pp. 48-57.

[36] King J.E., « On Clausewitz: Master Theorist of War », art. cit., pp. 5-7.

[37] Swain R.M., « Clausewitz for the 20th Century: The Interpretation of Raymond Aron « , Military Review, avril 1986, pp. 38-47.

[38] Voir par exemple : Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[39] Handel M.I., Masters of War – Classical Strategic Thought, (second, revised ed.), Londres, Frank Cass, 1996 (1991), p. 205.

[40] Scales R.H. Jr. & van Riper P., « Preparing War in the 21st Century, Parameters, été 1997, pp. 4-14 article initialement publié dans la Strategic Review, été 1997). Voir aussi l’historien israélien Creveld M. van, « The Eternal Clausewitz », dans Handel M.I., Clausewitz and Modern Strategy, op cit., pp. 35-50.

[41] Betts R.K., Surprise Attack, Washington D.C., The Brookings Institution, 1982, pp. 186-187.

[42] Brodie B., « Technological Change, Strategic Doctrine, and Political Outcomes », dans Knorr K. (dir.), Historical Dimensions of National Security Problems, Lawrence, the University Press of Kansas, 1976, p. 266.

[43] Vaughn Th.B., « Clausewitz and Contemporary American Professionalism », Military Review, décembre 1982, pp. 39-44.

[44] Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il fut assigné a un poste du quartier-général de la 8th Air Force en Grande-Bretagne, McNamara rentra au service de la Ford Company (1946) avec huit autres experts en management. Ils étaient connus sous le nom de whiz kids – approximativement, « gamins géniaux ». Sa carrière dans la compagnie a été très rapide grâce à ses prouesses en matière de redressement financier. En 1960, il devient président du constructeur automobile, le premier président ne faisant pas partie de la famille Ford. Peu après, l’administration Kennedy lui demanda d’assumer le poste de secrétaire à la défense, ce qu’il fera jusqu’en 1968 sous la présidence Johnson. Pendant cette période, il diminue le poids des armes nucléaires dans la défense des Etats-Unis au profit de plus de forces conventionnelles. Il organise l’envoi de troupes au Vietnam (de 1961 à 1967) mais prendra position contre l’escalade vers la fin 1965. Il commençait alors à douter de la politique choisie. On lui doit l’introduction – assez systématique – de méthodes d’analyse basées sur des comparaisons coûts-bénéfices dans les procédures d’achat de matériel et d’armes. De 1968 à 1981, il sera à la tête de la World Bank. Sweeney J.K. (dir.), A Handbook of American Military History, From the Revolutionary war to the Present, Boulder, Westview Press, 1996, p. 282.

[45] Palmer G., The McNamara Strategy and the Vietnam War, Westport, Greenwood Press, 1978, pp. 3-17. Gregory Palmer est un analyste de la défense britannique.

[46] Brodie B., « Technological Change, Strategic Doctrine, and Political Outcomes », dans Knorr K. (dir.), Historical Dimensions of National Security Problems, op. cit., p. 303. Sur la même thématique, voir aussi : Cannon M.W., « Clausewitz for Beginners », art. cit., pp. 48-57.

[47] Luttwak E.N., « The Decline of American Military Leadership », art. cit., pp. 82-88.

[48] Id., « Reconsideration: Clausewitz and War », dans id., Strategy and Politics, op. cit., p. 261.

[49] Betts R.K., « Conventional Strategy – New Critics, Old Choices », art. cit., pp. 141-162.

[50] Schneider J.J., « Theoretical Implications of Operational Art », Military Review, septembre 1990, p. 218-25.

[51] Paret P. (dir.), Makers of Modern Strategy, op. cit.

[52] Walt S.M., « The Search for a Science of Strategy », International Security, été 1987, pp. 140-165.

[53] Handel M.I., Who Is Afraid of Carl von Clausewitz ?, op. cit.

[54] Falk K.L. & Kane Th.M., « The Maginot Mentality in International Relations Models », Parameters, été 1998, pp. 86 et 90.

[55] Dupuy T.N., Understanding War, New York, Paragon House Pub., 1987, 312 p. Cet ouvrage est en grande partie un développement basé sur un autre livre de Dupuy ; id., Numbers, Predictions and War, Londres, MacDonald and Jane’s, 1979, 244 p. Voir aussi : Sloan Brown, J., « Colonel Trevor N. Dupuy and the Mythos of Wehrmacht Superiority », Military Affairs, janvier 1986, pp. 16-20.

[56] Murray W., « Strategic Culture Does Matter », Orbis, hiver 1999 ; id., « War, Theory, Clausewitz and Thucydides: The Game May Change But the Rules Remain », Marine Corps Gazette, janvier 1977, pp. 62-69.

[57] Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., p. 44.

[58] Tashjean J.E., « The Classics of Military Thought: Appreciations and Agenda », art. cit., p. 263.

[59] Summers H.G., On Strategy – a critical analysis of the Vietnam War, Presidio, Novato, 1995 (1982), 224 p.

[60] Jones A., « The New FM 100-5: A View From the Ivory Tower », art. cit., pp. 27-36.

[61] Headquarters, Department of the Army, FM 100-5, Operations, Washington D.C., 1993, pp. 2-4 ; 2-5. Dans la liste de principes appliqués aux opérations autres que la guerre, nous retrouvons : Objective, Unity of Effort, Legitimacy, Perseverance, Restraint et Security (pp. 13-3 ; 13-4).

[62] La liste proposée consisterait en : Objective, Offensive, Massed Effects, Economy of Force, Maneuver, Unity of Effort, Security, Surprise, Simplicity, Morale, et Exploitation. Glenn R.W., « No More Principles of War? », Parameters, printemps 1988, p. 58.

[63] Headquarters, Department of the Army, FM 3-0, Operations, op. cit., pp. 4-11 et 4-12.

[64] Starry D.A., « To Change an Army », art. cit., p. 25.

[65] En fait, le FM 100-1 a connu quatre versions avant 2001 : 1978, 1981, 1986, 1991 et 1994. Johnson D.V. III, « Professional Note – Field Manual 1, The Army », Defense Analysis, décembre 2000, pp. 343-344.

[66] Headquarters, Department of the Army, FM 1, The Army, Washington D.C., 14 june 2001 (voir site : http://www.adtdl.army.mil).

[67] Dans leur ordre respectif, voici les termes originaux employés pour désigner les principes évoqués : deception, celerity (swiftness / speed), shaping the enemy, exploiting victory. Sleevi N.M., « Applying the Principles of War », Military Review, mai-juin 1998, pp. 47-52.

[68] Tritten J.J. & Donaldo L., A Doctrine Reader – The Navies of United States, Great-Britain, France, Italy and Spain, op. cit., p. 132.

[69] Naval Doctrine Publication (NDP) 1, Naval Warfare, op. cit.

[70] Voir aussi : Glenn R.W., « No More Principles of War? », art. cit., pp. 54 et 65. L’auteur notait que nous pouvions trouver une liste embryonnaire dans : FMFM 1-3, Tactics et FMFM 1-2, The Role of the Marine Corps in the National Defense.

[71] On retrouvera l’ensemble de ces manuels sur le site www.doctrine.USMC.MIL.

[72] Operational Maneuver from the Sea met en évidence six principles. Operational Maneuver from the Sea – A Concept for the Projection of Naval Power, Headquarters Marine Corps, Washington, s.d., p. 6 (voir site : http://www.dtic.mil/doctrine/jv2010/usmc/omfts.pdf).

[73] AFDD 1, Air Force Basic Doctrine, Air Force Doctrine Document, op. cit., p. 11-21.

[74] Winton H.R., « Reflections on the Air Force’s New Manual », art. cit., pp. 22.

[75] Meilinger Ph.S., Ten Propositions Regarding Airpower, School of Advanced Airpower Studies, Maxwell A.F.B., 1998 (http://www.au.af.mil/au/saas/theory/air_meil.htm).

[76] AFSC Pub. 1, The Joint Staff Officer’s Guide, 1997, National Defense University, Armed Forces Staff College, Norfolk, Virginia, p. 1-4.

[77] Joint Publication 1, Joint Warfare of the Armed Forces of the United States, 10 janvier 1995, p. III-1 à III-9 ; Joint Doctrine, Capstone and Keystone Primer, 15 juillet 1997, p. 4.

[78] Katz P., « The Additional Principle of War », Military Review, juin 1987, pp. 36-45.

[79] Starry D.A., « The Principles of War », Military Review, septembre 1981, pp. 2-12.

[80] McMillan J., « Talking to Enemy: Negotiations in Wartime », Comparative Strategy, vol. 11, n°4, pp. 447-461

[81] O’Dowd E. & Waldron A., « Sun Tzu for Strategists », Comparative Strategy, vol. 10, n° 1, 1991, p. 33.

[82] Bennet W.C., « Just Cause and the Principles of War », Military Review, mars 1991, pp. 2-13.

[83] Swain R.M., « On Bringing Back the Principles of War », art. cit., pp. 40-46.

[84] Par exemple dans : Murry W.V., « Clausewitz and Limited Nuclear War », Military Review, avril 1975, pp. 15-28 ; Starry D.A., « The Principles of War », art. cit., pp. 2-12. W.V. Murry pense que les Principles de Clausewitz sont la base On War.

[85] Argersinger S.J., « Karl von Clausewitz: Analysis of FM 100-5 », Military Review, février 1986, p. 70. A partir de la notion d’économie des forces à laquelle Clausewitz consacre un court chapitre (Chapitre 14, Livre III). On War, p. 213.

[86] Vaughn Th.B., « Morale: The 10th Principle of War? », Military Review, mai 1983, p. 37 ; Rinaldo R.J., « The Tenth Principle of War », Military Review, octobre 1987, pp. 55-62.

[87] Clausewitz C. von, Principles of War, Harrisburg, Military Service Company, 1942, 82 p. réimprimé dans Roots of Strategy, Military Classics, All in One Volume, (vol. 2 ;3), Harrisburg, Stackpole Books, 1987, 560 p. Ce volume reprend aussi Studies of Battle de Ardant du Picq et le (Precis of the) Art of War de Jomini. On pourra trouver la version électronique du texte de Clausewitz sur le site : http://www.clausewitz.com/ (avec un commentaire de Christopher Bassford).

[88] Swain R.M., « Roots of Strategy (book reviews) », Military Review, août 1988, p. 90.

[89] Cole J.L. Jr., « ON WAR Today? », art. cit., pp. 21-22.

[90] Nous avons ici repris quelques-uns des titres de paragraphes principaux de Cronin P.M., « Clausewitz Condensed », art. cit., pp. 40-49

[91] Paret P., « Clausewitz – A Bibliographical Survey », art. cit., p. 272.

[92] Harned G.M., « Principles for Modern Doctrine From Two Venerated Theorists », Army, avril 1986, pp. 10-14. Voir aussi l’article de l’israélien Lanir Z., « The ‘Principles of War’ and Military Thinking », The Journal of Strategic Studies, mars 1993, pp. 1-17.

[93] Galloway A., « FM 100-5: Who Influenced Whom? », art. cit., pp. 46-51.

[94] Swain R.M., « The ‘Hedgehog and the Fox’: Jomini, Clausewitz, and History », Naval War College Review, automne 1990, p. 107.

[95] Bassford Ch., Jomini and Clausewitz: Their Interaction, an edited version of a paper presented to the 23rd Meeting of the Consortium on Revolutionary Europe at Georgia State University, 26 février 1993.

[96] Crowl Ph., « The Strategist’s Short Catechism: Six Questions Without Answers », dans Reichart J.F. & Sturm S.R., American Defense Policy (5th ed.), The John Hopkins University Press, 1982, Baltimore, pp. 84-89 (initialement texte d’une conférence au Harmon Memorial Lecture in Military History, n°20, 1978).

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