Editorial

Par Olivier Zajec

Le 13 juin dernier, le ministre de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian, présentait le nouveau Livre blanc de la défense et la sécurité nationale dans les termes suivants : “Je refuse le déclassement stratégique de la France. […] La France res­tera le deuxième budget militaire de l’Union européenne avec 1,76 % du produit intérieur brut[1]. Tout en concédant qu’il aurait à titre personnel préféré que ce budget demeurât à 1,81 % du PIB, le ministre n’a pas caché que “la crise économique et financière” obligeait à des sacrifices importants, dont les répercussions ne pouvaient manquer d’avoir un impact sensible sur le niveau annuel de ressources que la France consacre à sa défense.

Tout ceci ne sera pas sans conséquence sur l’équilibre général de la posture de défense française. Il est donc naturel que les analyses consacrées au fond et à la pertinence du modèle défendu dans le Livre blanc se soient multipliées, les unes favorables, les autres beaucoup plus critiques. Certains experts choisissent l’angle politique, d’autres privilégient des perspectives plus stratégiques. Au terme alarmiste de “déclassement” répondent, plus neutres, ceux “d’ajustement”, de “réa­lisme” ou, pour les plus avertis, de “sûreté stratégique”. À l’évidence, il est sain que ce LBDSN soit disséqué dans le cadre d’un débat argu­menté. Le mieux serait évidemment que les catégories de l’analyse stratégique président à la discussion, qui ne saurait se résumer à l’affrontement entre d’une part un propos approbateur lénifiant, et d’autre part un rejet de principe.

Stratégique a décidé d’aborder ce débat délicat sous l’angle de la “sobriété stratégique”, terme qui revient avec insistance dans le cadre présent, fait de budgets contraints et de choix capacitaires douloureux. Y a-t-il un “juste assez” en termes stratégiques ? Comment retrouver un équilibre rationnel entre stratégie déclaratoire, stratégique opération­nelle et stratégie des moyens ? Pour apporter leur pierre au débat, les auteurs de notre dossier coordonné par Fabrice Roubelat, ouvrent des pistes intéressantes, au croisement de l’analyse stratégique et des scien­ces de gestion. Leurs conclusions ne sont pas toutes convergentes. L’un des résultats les plus tangibles de cette grille de lecture inhabituelle est néanmoins de préciser la différence qui peut – qui doit – exister entre “sobriété” et “austérité”.

Par ailleurs, comme nos lecteurs et abonnés l’auront immédiate­ment constaté, ce numéro 104 de Stratégique marque une étape impor­tante dans la vie de notre revue. Attachés à la continuité de l’œuvre d’Hervé Coutau-Bégarie, nous avons souhaité manifester l’élan continu des projets de l’ISC en offrant à Stratégique une nouvelle maquette. Fidèle aux codes visuels issus d’une longue et riche histoire, celle-ci en réinterprète la charte au travers d’une présentation classique et élé­gante. Chaque numéro sera orné d’une illustration nouvelle, en rapport avec l’objet du dossier principal. Le logo de l’institut profite également de ce “coup de jeune”. Cette nouvelle identité visuelle s’intègre dans une stratégie de diffusion renouvelée, au service de l’objectif perma­nent de l’équipe de rédaction bénévole de l’institut : le rayonnement plus que jamais nécessaire et urgent de la pensée stratégique française.

Nous vous souhaitons une excellente lecture.


[1]        “Le ministre de la Défense est venu défendre son Livre blanc”, L’Union-L’Ardennais, 14 juin 2013.

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