Le meilleur des ambassadeurs. Théorie et pratique de la diplomatie navale

Avant-propos

Ce travail, commencé au début des années 1980 par l’étude du cas soviétique[1], poursuivi au hasard des informations glanées dans les chroniques de la presse militaire (Cols bleus en tout premier lieu, Marine, la Revue maritime, Défense nationale…), a donné lieu à une première esquisse il y a un peu plus de vingt ans[2], paradoxalement à l’invitation du Deutsche Marine Institut, suivie par une étude plus détaillée de l’activité des porte-avions français[3]. Le dossier est resté pendant longtemps sans suite notable, faute d’intérêt des chercheurs, hormis deux exceptions, de très grande qualité : le livre du commissaire de la marine Fourès, Au-delà du sanctuaire (1985), suivi par la thèse de Jean-Marc Balencie sur La diplomatie navale française dans l’océan Indien de 1967 à 1992 (1993). L’impulsion n’a pu venir que beaucoup plus tard, en 2001, lorsqu’il a enfin été possible de créer, après maintes propositions, un séminaire sur la diplomatie militaire (très exactement aérienne, grâce au colonel Michel de Lisi, qui commandait alors le groupement Air) au Collège Interarmées de Défense. Le commissaire lieutenant-colonel Grattepanche, de l’armée de l’air, grâce au libéralis­me d’un cadre-professeur éclairé, a réalisé un énorme travail de docu­mentation qui lui a permis de recenser près de 350 opérations et missions depuis la seconde guerre mondiale. Le travail a été repris et poursuivi, l’année suivante, par un groupe de stagiaires du CID dans le cadre d’une étude à option, sous l’impulsion du chef de bataillon Vincent Kytspotter. Le présent livre a largement profité de cet extraor­dinaire banque de données, même si, entreprise par un officier de l’armée de l’air et continuée par un officier de l’armée de terre, c’est précisément dans sa partie navale qu’elle a le plus besoin d’être complétée. Son ambition est de proposer une synthèse provisoire, en attendant des études de cas qui permettront d’affiner l’analyse. Malgré l’étendue des lacunes dans l’information, il est permis d’espérer qu’un tel panorama suffira à mettre en valeur l’importance de ce champ d’étude.

Bien évidemment, l’enquête ne prendra sa pleine signification que dans une perspective comparatiste, à la fois internationale et interarmées. La première partie de ce programme suppose une concer­tation internationale, difficile à concevoir faute de moyens. La deuxiè­me est plus facile à réaliser et elle est déjà amorcée puisque devrait sortir, après le présent ouvrage, un volume sur la diplomatie aérienne, écrit en collaboration avec le lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois et le commissaire lieutenant-colonel Jacques Grattepanche. Il faudrait maintenant que quelqu’un acceptât de s’intéresser à la diplomatie mili­taire “terrestre”, pour laquelle on ne possède actuellement que quelques bribes. Ce n’est qu’une fois ce préalable levé qu’il sera possible de tenter une première synthèse interarmées.

L’appareil critique a été “allégé”, officiellement pour ne pas abu­ser de la patience de l’éditeur et du lecteur. Le véritable motif est d’un autre ordre : la collecte des informations, glanées au hasard des échos de presse et des chroniques de revues depuis près de 30 ans, n’a pas toujours été faite avec la rigueur souhaitable. J’ai exhumé bon nombre de coupures de presse dépourvues de références. J’ai donc pris le parti de ne pas citer les simples échos et notes brèves et de ne retenir, à titre d’exemples, que les articles un peu plus fournis. Mais toutes les infor­mations contenues dans ce livre émanent de sources ouvertes, aucune dérogation n’a été demandée pour consulter des archives classifiées. L’ouverture de celles-ci apportera évidemment des éléments nouveaux et permettra de combler les lacunes de la reconstitution ici opérée. Le travail est déjà commencé au sein du Service historique de la Défense, section Marine, avec les monographies du projet Diplomatie navale longtemps conduit par l’enseigne de vaisseau Laurent Suteau et aujour­d’hui poursuivi par l’enseigne de vaisseau Mathieu Le Hunsec, ainsi qu’au sein de Collège interarmées de Défense, avec plu­sieurs mémoires rédigés par des officiers de marine sous ma direc­tion. Il faut souhaiter leur prompte parution, sous réserve de l’obtention des autorisations nécessaires. Je n’ai pas incorporé dans ce livre les rensei­gnements très intéressants qu’ils pouvaient fournir, à mon très vif regret.

Ce travail a été mené de manière spontanée et indépendante, sans aucun soutien institutionnel ou financier. J’en revendique l’entière paternité et la responsabilité. En même temps, c’est pour moi un agréa­ble devoir de remercier tous ceux qui y ont collaboré d’une manière ou d’une autre. En premier lieu, les marins, cadres ou stagiaires, qui se sont succédé au Collège interarmées de Défense où j’enseigne depuis maintenant quinze ans. Leurs conversations ont toujours été stimulantes et instructives et plusieurs stagiaires, je l’ai dit, ont réalisé des travaux souvent remarquables. Il me faut également remercier l’équipe du Centre d’enseignement supérieur de la marine, qui m’a toujours réservé le meilleur accueil, particulièrement dans son centre de documentation, avec une mention particulière pour M. Blot, qui a répondu sans se lasser à mes multiples demandes, et M. Letot. J’ai tiré grand profit des relectures attentives de l’amiral Alain Coldefy, du vice-amiral d’esca­dre Patrick Hébrard et du capitaine de frégate Emmanuel Boulard, ainsi que de longues discussions avec le vice-amiral Gérard Valin qui fut mon “cothurne” à l’Institut des hautes études de défense nationale, le contre-amiral François Caron, le capitaine de vaisseau Claude Huan, le lieutenant-colonel Jérôme de Lespinois, M. Philippe Vial, chef de la section Recherches du Service historique de la Marine, aujourd’hui section Marine du Service historique de la Défense. Il y en a beaucoup d’autres qui m’ont apporté des renseignements ou des éclaircissements sur tel ou tel point, je ne puis les citer tous. Je remercie en bloc les stagiaires étrangers du Collège interarmées de Défense qui m’ont apporté des éclairages sur l’activité de leur marine. J’ai tiré grand profit d’un voyage d’étude au Japon, avec des conversations très fructueuses avec les chercheurs du National Institute for Defense Studies et avec notre attaché naval, le capitaine de frégate Lenfant. Ainsi que d’un voyage, déjà fort lointain (en 1990), aux États-Unis, où j’ai reçu le meilleur accueil au Center for Naval Analyses. Ce livre a été préparé avec le concours, plus que précieux, de deux officiers de réserve auxquels j’exprime ma reconnaissance : l’enseigne de vaisseau Sylvia Skoric a mis en forme les multiples versions d’un manuscrit qui a crû de manière sédimentaire, par strates successives, et l’enseigne de vaisseau Jean-François Dubos a efficacement contribué à la relecture finale. Ma fidèle collaboratrice Isabelle Redon a, comme d’habitude, mis en forme la version définitive.

Enfin, ce livre est pour moi l’occasion de rendre hommage à la mémoire de sir James Cable, l’inventeur des études sur la diplomatie navale. J’avais fait sa connaissance aux Nations unies à New York, en 1985 et nous avons correspondu pratiquement jusqu’à sa mort. C’était un vrai diplomate britannique, dont la distinction n’avait d’égale que l’érudition. Son œuvre constitue un point de départ obligé et je suis heureux de lui rendre le tribut qui lui est dû.

 



[1]    Hervé Coutau-Bégarie, La Puissance maritime soviétique, Paris, IFRI, Économi­ca, 1983. Le chapitre V du présent ouvrage est une reprise, revue et augmentée, du chapitre III, “Fonctions politiques”.

[2]    Hervé Coutau-Bégarie, “La marine dans la politique extérieure de la France”, Revue maritime, n° 430, janvier 1987.

[3]    Hervé Coutau-Bégarie, Le Problème du porte-avions, op. cit. Le ch. VIII, “La diplomatie du porte-avions”, a fourni l’embryon des présents chapitres III et IV.

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