La petite guerre au XVIIIe siècle. L’exemple des campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, mises en perspective dans la pensée française et européenne

Introduction 

I – Le vocabulaire de la petite guerre

1. Richesse des mots, richesse de l’héritage

L’expression de “petite guerre” était consacrée par l’usage, au milieu du xviiie siècle. Pourtant, les contemporains ne l’utilisaient pas systématiquement. Cerner les contours de cette tactique n’est donc pas toujours simple de prime abord.

Même les auteurs de traités portant exclusivement sur la petite guerre ne se privaient pas de faire usage d’expressions diverses, dont certaines étaient désuètes au xviiie siècle. Ainsi, lorsque Ray de Saint-Geniès évoque les précautions à prendre pour défendre un camp ordi­naire, il conseille d’envoyer la cavalerie en parti et utilise ce vocabu­laire hérité du xvie siècle : “La cavalerie s’ouvre de nouveaux passages dans les endroits les plus convenables ; on lui donne par écrit les lieux où elle doit battre l’estrade, c’est plus sûr[1]. Or, c’étaient les Stradiots qui battaient l’estrade, cette cavalerie légère albanaise qui se jeta sur les bagages de l’armée de Charles VIII à la bataille de Fornoue (1495)[2]. “Estrade” est un mot suranné dès 1694 : “il n’est plus en usage que dans ces deux phrases usitées parmi les gens de guerre. Battre l’estra­de [en italique dans le texte], qui signifie, Battre la campagne avec de la cavalerie pour avoir des nouvelles des ennemis. Bateurs d’estrade[3]. Saint-Geniès n’est pas le seul écrivain militaire à se complaire dans l’emploi de ce vocabulaire à la longue histoire. On trouve encore “battre l’estrade” chez Beausobre, La Roche, Lacuée de Cessac[4]. Sous la plume d’autres écrivains militaires, tels que Sionville ou Aubert de La Chesnaye des Bois, l’expression vient naturellement, sans que soit recherché un quelconque effet de style[5]. Rien que de très sérieux et instructif, dans le Dictionnaire militaire de La Chesnaye ; point de recherche littéraire, comme on pourrait en soupçonner Cessac[6], ni d’effet “d’époque”. Mais s’il est un auteur que l’on peut encore moins soupçonner d’effet de style, c’est Maurice de Saxe, général saxon au service de France, qui écrivait un français approximatif assorti d’un nombre de fautes impressionnant[7], même en tenant compte des fluctua­tions orthographiques de l’époque[8]. Sous sa plume, c’est son langage courant qui transparaît : écrivant en 1732 à son père, le roi de Pologne Auguste II, pour lui représenter les avantages de la levée d’un corps de troupes légères et la composition que ce dernier devrait avoir, le comte de Saxe insiste bien sur le service spécifique d’une telle troupe par rapport à l’armée de ligne. “Tout leur service journalier ne doit consis­ter qu’en une troupe de cinquante, qu’ils doivent donner pour les pro­menades & courses du Général ; mais ils doivent tous les jours avoir plusieurs partis dehors pour battre l’estrade, selon que le Général le leur indiquera[9].

Autre héritage du passé, on lit plus d’une fois que les hussards et les troupes légères étaient comme des “enfans perdus” de l’armée, en référence à la manière particulière de combattre qu’avaient ces prati­ciens de la petite guerre. Joly de Maizeroy explique ainsi l’origine de cette expression : “Comme on sentoit le besoin [à l’époque du roi de France François Ier] d’avoir des gens qui fissent les fonctions des vélites chez les Romains, on se contentoit de détacher quelques troupes d’arquebusiers, ou de prendre des gens de bonne volonté qui alloient à la petite guerre, & servoient un jour d’action sous le nom d’enfans perdus”. Il les qualifie aussi d’“escarmoucheurs[10]. L’image était encore fréquemment utilisée au xviiie siècle : Turpin de Crissé, en 1754, explique que les hussards doivent “être journellement exposés comme les Enfans perdus de l’Armée[11].

Que des mots du xvie siècle fussent encore utilisés deux siècles plus tard montrait peut-être la pérennité, l’actualité constante, de cette guerre en style indirect au sein de l’art de la guerre en général, à travers les siècles. C’était, certainement, témoigner des héritages et d’une part de continuité dans la façon de la pratiquer. C’était en tout cas ajouter à la richesse étonnante du vocabulaire pour la dénommer, et en souligner, aussi, le caractère en partie mouvant dans le temps (puisque les termes qui l’exprimaient se démodaient, en dépit de leur emploi durable), et imprécis pour une période donnée (au vu du nombre de noms de sens voisin dont on l’affublait).

Au xviiie siècle, faire la petite guerre, ce pouvait être en effet “aller en parti” (Saint-Geniès, Feuquière) ou faire “la guerre de parti” (Guignard)[12], “envoyer [des troupes] à la découverte[13], “faire des courses[14] ; c’était aussi “harceler[15] ou “inquiéter[16] l’ennemi ; c’était faire “la guerre de détail”, comme le montre Bohan qui, s’appuyant sur la guerre de Sept Ans et sur les avis du maréchal de Broglie et de Frédéric II, écrit : “Tels sont les exemples et les autorités qui me déterminent à l’avis d’avoir une cavalerie particulière, destinée aux avant-gardes, aux découvertes, aux enlèvemens de postes, aux escortes, aux convois, aux attaques imprévues, à la guerre de détail enfin, que la cavalerie proprement dite ne peut faire avec avantage, parce qu’elle est montée sur des chevaux trop grands, et qu’elle a des hommes trop élevés pour faire des courses rapides et continuelles, qui la mineraient infailliblement[17]. Des détachements qui pratiquaient la petite guerre au xviiie siècle, on disait encore qu’ils menaient des “combats particuliers[18] ; que c’étaient des “détachements perdus[19]. On pouvait, de façon plus vague, parler de “rencontres[20] ; on pouvait, en fonction du type de troupes en action, “houzarder” ; on pouvait “faire l’insulte[21].

Le baron d’Espagnac[22], dont les relations des campagnes de la guerre de Succession d’Autriche sont minutieuses et détaillent souvent des accrochages entre détachements, est le plus représentatif des mémo­rialistes de son temps quant aux synonymes désignant la tactique de petite guerre. Évidemment, sous sa plume, les termes qui rapportent les étapes d’une attaque par surprise sont les mêmes que pour une bataille : on marche sur l’ennemi, on enveloppe, on attaque, on tue, on bat en retraite, on craint d’être coupé, etc. Tout cela s’applique autant chez d’Espagnac à l’attaque d’un corps de uhlans (lanciers) des Volontaires de Saxe par des hussards ennemis, par exemple, qu’à l’enlèvement d’un poste ou au compte-rendu d’une bataille. Il est plus pertinent de repérer les mots qui révèlent une opération de petite guerre sans que l’auteur la détaille : termes globaux désignant vraiment cette tactique. On a recensé ces termes, pour la guerre de Succession d’Autriche, d’après l’Histoire de Maurice, comte de Saxe (édition de 1773). La “petite guerre” y est présente, bien sûr. Mais l’expression même n’est pas très fréquemment employée[23] ; “faire des courses” n’apparaît qu’une fois[24] ; il en est de même des “alarmes continuelles” par lesquelles le maréchal de Saxe tenait les ennemis. La fréquence observée n’est guère plus grande pour “harceler”, “empêcher [ou interrompre] la communica­tion” (2 occurrences), pour les risques d’“insulte” ou d’“incursion” des ennemis (3 occurrences)[25]. Alors ? Dans le langage courant, celui des officiers sur le terrain – on le suppute car, pour écrire ses récits de campagne, d’Espagnac se basa en grande partie sur la correspondance entre la cour et les officiers à l’armée, à laquelle il eut accès ; il en cite parfois des pièces –, dans ce langage courant, donc, ce dont on parlait le plus fréquemment, c’était “d’inquiéter” l’ennemi dans ses subsistances, dans ses communications, inquiéter un fourrage, une arrière-garde, “donner de l’inquiétude” aux assiégeants ou aux assiégés d’une ville, etc.[26].

D’autre part, au xviiie siècle, l’expression de “petite guerre” semble l’emporter sur celle de “guerre de partis”, usitée surtout au siècle précédent pour désigner cette tactique. Werner Hahlweg est d’avis que les Français furent à l’origine de l’expression de “petite guerre” ; il fait remarquer son emploi au xviiie siècle, mais ne la date pas[27]. Avant W. Hahlweg, Max Jähns pensait aussi que l’invention de l’expression était française[28]. Les traités spécialisés qui parurent, d’abord en France, au xviiie siècle, portent bien en titre “La petite guerre” ; à la différence, par exemple, d’un chapitre du Gouverneur d’Antoine de Ville qui, au xviie siècle, portait sur les “parties de guerre” ; à la différence aussi de ce fameux traité de Folard demeuré introuvable aujourd’hui, écrit vers 1689, au titre fluctuant selon les auteurs qui en parlent, mais qui tous évoquent un traité sur la “guerre de partisans” ou sur les “partis de guerre[29]. Certes, Guignard (dans son École de Mars) comme Feuquière (dans ses Mémoires), publiés au xviiie siècle et lus par la plupart des officiers cultivés du milieu dudit siècle, parlent de “guerre de partis”. Mais ces deux auteurs restaient des hommes du règne de Louis XIV plus que du xviiie siècle.

L’expression de “petite guerre”, que l’on trouve déjà, à l’occa­sion, au xvie siècle[30], prit donc le pas dans les écrits, au fil du xviiie siècle, sur celle de “guerre de parti”. Puis elle fit florès jusqu’à la fin du siècle, et au-delà. On la trouve employée chez les biographes de Maurice de Saxe, d’Espagnac et Néel, dans des journaux de souvenirs tel celui du chevalier de Ray, dans les dictionnaires, tel celui de La Chesnaye, dans des mémoires manuscrits destinés aux bureaux de la Guerre comme celui de Scouand, ainsi que dans des traités sur l’art de la guerre, tels ceux de Turpin de Crissé, Joly de Maizeroy et Warnery[31].

Cette petite guerre était la guerre du quotidien. Est-ce pour cela que l’on ne prenait souvent pas la peine, qu’on fît la “guerre de partis” au xviie siècle, ou la “petite guerre” au xviiie, d’aller jusqu’au bout de l’expression, se contentant souvent d’envoyer ou d’aller “à la guerre”, ce que tout un chacun comprenait comme “envoyer quelqu’un [ou aller] faire la petite guerre” ? À propos du titre du traité de fortification passagère de Lecointe[32], E.-G. Léonard dit : “On se souvient que ‘la guerre’, c’est la guérilla des partisans[33]. On disait qu’un parti ou un détachement va à la guerre, revient de la guerre ; que l’on mène, ou que l’on conduit, une troupe à la guerre[34]. C’était usuel dans les traités sur l’art de la petite guerre, et dans ceux sur l’art de la guerre en général. Cela l’était encore plus dans la correspondance des officiers à l’armée ; où l’expression entière de “petite guerre” apparaît finalement assez peu, proportionnellement. Nous l’avons observé entre autres en dépouillant entièrement, pour 1746, la correspondance relative à Simon-Claude de Grassin ainsi que celle qui concernait son régiment, dit “Arquebusiers de Grassin”. Ce colonel de troupes légères écrit le 13 juillet au comte d’Argenson, secrétaire d’État de la Guerre : “…J’ai actuellement 500 hommes a la guerre du coté de Westerloo [Westerlo], Heverbote [Averbode], Montaigue [Montaigu] et Diest”. Les exemples du même type sont nombreux[35]. Mieux que cela : “faire la guerre”, au milieu du xviiie siècle, c’était faire la petite guerre. Le comte de Ségur, pendant la manœuvre de la Mehaigne, en août 1746[36], écrivit à Maurice de Saxe : “…Lorsque j’auray huit bataillons et dix escadrons de cavalerie, je me serviray des deux brigades d’infanterie et de dragons des Volontaires Royaux que j’ay avec moy pour faire la guerre, les feray soutenir, lorsqu’il en sera besoin, et ce corps en imposera bien davantage pour la deffense d’entre Sambre et Meuze…[37]. Si la petite guerre à elle seule était capable, au moins dans l’expression, de résumer la guerre dans son ensemble, c’est qu’elle était dans les faits, sinon dans les mentalités, la vraie guerre, moins propre à frapper l’imagination, mais plus prégnante au quotidien, que les rares batailles ; moins facilement définie, mais plus propre à encourager l’ardeur combattante du soldat, que les sièges aux étapes codifiées et compassées, où l’on cherchait la capitulation de l’assiégé au plus tôt, plus que l’affron­tement.

2. Le problème des traductions au xviiie siècle

La “petite guerre”, une expression inadéquate ?

Pour Werner Hahlweg, les choses sont simples : à côté de l’expression d’origine française “petite guerre” naquirent les traduc­tions de “kleiner Krieg” en allemand, et de “small war” et “little war” en anglais[38]. La traduction allemande est effectivement littérale, au xviiie siècle, dans les publications de traités français en Allemagne puis de traités écrits par des Allemands[39]. Certains termes restent parfois libellés en français comme, dans la traduction allemande du traité de Vernier (1773), le “détachement”, si fréquent à la petite guerre[40].

Mais, pour ce qui concerne la traduction anglaise, W. Hahlweg se trompe, au moins pour le xviiie siècle : on n’y trouve dans aucun traité publié le vocable de “small war”, non plus que de “little war” ou d’un autre équivalent littéral, qui n’existait pas. Ainsi, le traducteur de Jeney, en 1760, choisit de garder l’expression en français dans sa dédicace : “the petit guerre [sic, et en italique dans le texte] may not improperly be deemed a kind of miniature Portrait of the great Art of War[41]. Stevenson suit l’exemple en 1770, en utilisant lui aussi l’expression française dans le titre comme dans le corps de son traité. Il ne s’agit plus cette fois d’une traduction, où le choix de garder les mots d’origine pouvait se justifier pour être au plus près du sens, mais d’un écrit britannique. Or, ce n’est pas l’expression équivalente allemande qui est choisie. Parce que le français était la langue de l’Europe éclairée, sans doute ; mais aussi, sûrement, parce que c’est en France que naquit l’expression.

Quand les écrivains militaires anglo-saxons ne gardent pas les termes français, ils trouvent des circonlocutions, des dérivatifs : le major Lewis Nicola, au lieu de chercher une traduction possible de “La petite guerre”, par quoi Grandmaison commence le titre de son traité, élude purement et simplement le début de ce titre, pour n’en garder que le développement baroque qui suit[42]. L’officier traducteur de Jeney (traduction de l’édition française de 1759) remplace “petite guerre” par “war in detachment” dans le titre (édition anglaise de 1760). Quant à Kirkpatrick, il décrit en un paragraphe les différentes missions qui pourront être remplies par le corps de troupes légères qu’il conseille de lever (prendre d’assaut un camp la nuit, etc.) mais ne qualifie pas ce type de guerre[43].

Les théoriciens anglais étaient bien conscients, au xviiie siècle, de la relative faiblesse de leur langue dans le domaine militaire : 

Nous n’avons pas été les premiers dans ce pays à copier les grands maîtres de l’art de la guerre, mais par surcroît nous sommes redevables à nos voisins, de beaucoup de termes de cet art, et pour cette raison, chaque terme utilisé dans cet essai, sans qu’il ait été adopté par nos diction­naires Anglais, sera l’objet d’une explication au fur et à mesure[44].

À titre d’exemple de ces emprunts linguistiques, voici l’énoncé d’un projet formé par les Anglais au milieu du mois de juillet 1747 (pendant le siège de Berg-op-Zoom par les Français) pour surprendre le poste de Zandvliet (entre Anvers et Berg-op-Zoom). L’auteur suppose que des troupes des Alliés[45], parlant français et vêtues comme des Français, pourront tenter l’attaque avec des chances de réussite parce que l’ennemi ne s’attendra pas à ce “coup de main” (l’expression est employée en français dans le projet) : “As the Enemy, now in possession of Sandvliet, can have no notion of any Coup de main, they [les troupes des Alliés] may be admitted without difficulty[46]. Plus surprenant à première vue est l’emploi de l’expression française de “compagnies franches” dans une lettre du duc de Cumberland adressée au lieutenant-général Hawley le 5 octobre 1745[47]. Rappelons que Henry Hawley commandait alors en second la cavalerie britannique en Flandre. Il avait proposé, en 1728, un projet pour la levée d’un régiment de dragons légers, ce qui prouvait son intérêt pour la petite guerre. Si le choix du français à cette occasion étonne, c’est que l’expression était aussi employée couramment en anglais (“free companies”), on le voit dans la correspondance adressée au duc de Cumberland[48]. Il faut tenir compte du fait que la langue française fut fort en usage dans les courriers échangés entre eux par les Alliés pendant les campagnes de Flandre. Langue des lettrés de l’Europe, le français était aussi le moyen de communication le plus simple pour les coalisés Anglais, Autrichiens et Néerlandais, de langues maternelles diverses.

Pour revenir à l’expression de “petite guerre” même, elle connut pourtant une traduction littérale dans d’autres langues que l’allemand. Par exemple, en 1812 fut publié en Pologne le traité de Grandmaison sous le titre : Mała woyna czyli Opis slusby letkich pulkow w czasie woyny, przez P. Kapitana de Grand-Maison,… (“La petite guerre [Mała woyna], c’est-à-dire la description du service des régiments légers en temps de guerre, par M. le Capitaine de Grand-Maison”). Dans un passage où il justifie son travail, le colonel Dziewanowski, traducteur, reprend l’expression : “Comme durant quelques années, j’ai décidé de me retirer à la maison, je me suis mis à traduire l’œuvre de M. Grand-Maison, c’est-à-dire le service de la guerre légère – ou, comme il la nomme, la petite guerre …” (sur la 3e page suivant la page de titre, non paginée)[49].

Confrontée au problème de la traduction d’une expression qui n’existait pas au xviiie siècle, l’historiographie anglo-saxonne contem­poraine, après beaucoup d’hésitations, dispose aujourd’hui de plusieurs termes concurrents pour désigner la réalité tactique de la petite guerre d’alors (“little war” puis “small war” chez Peter Paret ; “small war” aussi chez Walter Laqueur ; “light warfare”, “irregular warfare” et “partisan warfare” chez Robert A. Selig et David Curtis Skaggs…). C’est dire qu’aucun d’entre eux ne semble donner entière satisfaction, ni recouvrir le sens exact de l’expression française ; à moins que les historiens n’aient craint de verser dans l’anachronisme.

La traduction allemande semble ne poser aucun problème : depuis le xviiie siècle, l’équivalent de “petite guerre” dans le monde germanique est “kleiner Krieg”, en deux mots le plus souvent ; parfois en un seul (der Kleinkrieg)[50]. Mais dans ce dernier exemple, V. Regling utilise l’expression de petite guerre pour qualifier ce qui, en fait, relevait de la “guérilla”, ou de la guerre de partisans (à savoir, la guerre d’indépendance nord-américaine). Comme c’est le cas ici, l’expression “kleiner Krieg” fut souvent galvaudée par l’historiographie, au point de ne plus signifier ce que les auteurs du xviiie siècle européen y entendaient. Aussi W. Hahlweg, tout en affirmant la pertinence de l’expression pour désigner la tactique de la petite guerre, propose de la scinder suivant les circonstances en “Nebenkrieg” – lorsqu’elle était menée dans le cadre de conflits classiques, accompagnant ou complé­tant les opérations des armées régulières de chaque bord (le sens donné à l’expression par les théoriciens européens du xviiie siècle) – et “Volkskrieg” quand il s’agissait de révoltes ou de guerres civiles[51].

II – Définitions

Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle :

Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,

Tantôt entre au fond du naseau.

Jean de La Fontaine, “Le lion et le moucheron”

 (Fables)

1. Critères de définition : la tactique ou l’effectif ?

La petite guerre était une tactique de harcèlement de l’ennemi, un style de guerre différent de celui de la grande guerre[52] des sièges et des batailles. “On nomme ainsi, définit La Chesnaye, les courses que fond [sic] les partis détachés de côté et d’autre, pour surprendre ou inquié­ter l’ennemi ; et quelquefois sous ce nom, on fait sentir à outrance toutes les calamités de la guerre à un pays que l’on s’est proposé d’abimer[53]. Cela posé, à lire les théoriciens de la petite guerre, on s’aperçoit tout de même de certaines divergences de vues : certains ont tendance à lier la tactique aux effectifs engagés (on passerait à la grande guerre dès qu’un seuil d’ampleur des opérations serait atteint, sans qu’on sache jamais lequel exactement) ; d’autres jugent que l’on peut parler de petite guerre dès que la méthode employée implique la surprise, quel que soit le nombre d’hommes engagé dans l’attaque.

L’exemple le plus patent est celui des attaques de postes par surprise. Jeney parle effectivement d’attaques de “postes”, et dément qu’il soit possible, pour un partisan, de s’en prendre à une place de guerre ; son traducteur, von Nicolai, cite au contraire des exemples de surprises de places, comme faisant partie intégrante de la petite guerre[54]. Si les deux hommes définissaient la petite guerre comme une tactique particulière, le premier la liait aussi aux effectifs ; pas le second. Dans la même veine, von Nicolai cite des exemples d’enlè­vements de petits corps comme de surprises d’armées entières, les deux relevant à son sens de la petite guerre, par la tactique employée[55].

Il est vrai que le vocabulaire hérité du xviie siècle et celui de la législation en vigueur au milieu du xviiie siècle n’aidaient pas beaucoup à clarifier la situation. Le synonyme le plus fréquent de la petite guerre restait la “guerre de partis” ; on envoyait des “partis à la guerre”. Ces deux expressions, “petite guerre” et “guerre de partis”, recouvraient-t-elles des réalités semblables ? Strictement, non ; dans les faits, oui. Un parti, en effet, était un corps de troupes détaché pour aller “à la décou­verte”, composé d’infanterie ou de cavalerie. La guerre de partis était donc celle qui se faisait par détachements, avec des effectifs réduits. Un parti était commandé par un “partisan” – en principe, un officier. Quelques exemples pour preuve : dans le Code militaire de Briquet, on lit qu’un parti d’infanterie, de cavalerie ou de dragons détaché de l’armée ou sorti d’une place, “ne pourra être commandé que par un officier ayant caractère et commission de Sa Majesté” ; pour le baron de Wüst, “Le partisan doit au moins avoir le grade de colonel, pour que le général puisse lui communiquer avec confiance ses projets secrets, et se consulter en même tems prudemment avec lui dans chaque affaire[56]. Cessac, lui, écrit pour des officiers particuliers, expression sous laquelle il dit englober les officiers depuis le grade de lieutenant-colonel inclusivement, jusqu’à celui de sous-lieutenant, mais aussi les sergents[57]. De fait, d’après le Journal de Simon Delorme, une commis­sion fut donnée en 1742 à un sergent, donc à un bas-officier, pour faire la petite guerre[58]… Pour la définition du partisan – chef d’une troupe allant en parti ‑, les divergences de vues, et de pratique sur le terrain, étaient aussi grandes que pour la définition précise de la petite guerre, son activité[59].

Un parti, aux termes du Dictionnaire de Trévoux et de l’Encyclo­pédie, est un “corps de troupes”, “une troupe de gens de guerre”, sans précision de l’effectif[60]. Un détachement “est un Corps particulier de gens de guerre, tiré d’un plus grand Corps, ou de plusieurs autres, soit pour les attaques d’un siège, soit pour tenir la campagne[61]. Un déta­chement n’était pas synonyme d’un parti, ce dernier étant destiné à la petite guerre, quand le premier pouvait l’être, ou pas. Il est important de le savoir lorsque l’on a à déceler des opérations relevant de la petite guerre dans les mémoires ou la correspondance du xviiie siècle relatant les campagnes militaires, où l’expression “petite guerre” est rarement employée. Mais cette distinction n’était pas d’un usage très rigoureux[62].

Dans sa définition, on remarque que La Chesnaye se garde de chiffrer l’effectif maximum d’un détachement. De même, une ordon­nance du 1er avril 1707 fixe un minimum requis pour qu’un parti soit autorisé (25 hommes) mais ne prescrit pas de maximum[63]. Il en est de même dans l’ordonnance sur les partis de 1710, encore en vigueur au milieu du xviiie siècle : un parti “ne pourra être en moindre nombre que de vingt-cinq hommes d’Infanterie, ou de vingt Cavaliers ou Dragons[64]. En théorie, la petite guerre était celle qui, sans considéra­tion d’effectifs (d’une vingtaine d’hommes à quelques milliers !), utili­sait pour vaincre l’ennemi une tactique indirecte. Pour autant, au xviiie siècle, la nuance de vocabulaire n’apparaissait pas entre “petite guerre” et “guerre de partis”, et les deux expressions étaient employées indif­féremment, parce que la petite guerre se faisait le plus souvent par des partis d’effectifs limités, et parce que les missions des partis relevaient de la petite guerre.

De ce point de vue (la place de l’effectif dans la définition de la petite guerre), observe-t-on une évolution de la réflexion des théori­ciens de l’art de la guerre, petite ou grande, au long du xviiie siècle ? Au début du siècle, Guignard est succinct sur les missions dévolues aux partis : reconnaître l’ennemi, inquiéter la marche d’un convoi ou l’exécution d’un fourrage ; lever des contributions. Il est clair en revan­che que ces opérations sont de faible envergure : “[…] dans les occa­sions de Parti, on trouve à tous momens celle de faire en petit les principales choses qu’un Général doit faire en grand[65]. L’avis est le même chez Scouand en 1756 (“Un partisan doit faire en petit tout ce que le Général fait en grand[66]) ; le même aussi chez Jeney en 1759. Ce qui prime aux yeux de La Roche (en 1770), c’est au contraire la méthode d’attaque ; c’est ce qui vient sous sa plume dès le début de son traité : “[Les principes de la petite guerre] sont tout a fait distincts de ceux de la guerre ordinaire, qui a ses principes généraux. Il y en a de particuliers pour la petite guerre”. Et la compréhension de ce point lui paraît d’importance : il y vient à nouveau au sujet de l’attaque des postes[67]. Mais Grimoard, en 1782, retourne à des conceptions que l’on aurait pu croire révolues : “Les maximes de la grande et de la petite guerre sont les mêmes, à quelques modifications près : c’est pourquoi on s’est dispensé de les appuyer par des exemples, qui ainsi que les détails sur le service journalier des troupes légères, eussent grossi inutilement ce volume[68]. Il n’y a donc pas vraiment d’évolution observable dans le temps. Tout se passe comme si, en la matière de la définition de la petite guerre, chaque théoricien faisait part de ses réflexions sans tenir compte de la progression des idées chez ses prédécesseurs (alors que plusieurs d’entre eux justifient leur production par les lacunes de ces mêmes prédécesseurs, nous le verrons[69]).

Malgré ces limites, c’est à partir de l’extrême fin du xviie siècle, et au xviiie siècle surtout, que l’on établit de véritables définitions de la petite guerre, dans les dictionnaires et encyclopédies, puis dans les traités théoriques : l’expression est définie dans le Dictionnaire de l’Académie française (1ère édition, de 1694) ; dans le Dictionnaire militaire d’Aubert de La Chesnaye des Bois (1745) ; dans l’Encyclo­pédie de Diderot (1751-1780) ; dans le Dictionnaire de Trévoux (1752) ; dans les volumes Art militaire de l’Encyclopédie méthodique, de Cessac, Jabro, Servan et Kéralio (1784-1797, 4 vol.) ; dans le Dictionnaire critique de la langue française, de Jean-François Féraud (1787-1788).

En opérant la synthèse des contenus, à la fois, des dictionnaires et des traités d’art de la guerre et de la petite guerre, on peut affirmer que, d’un point de vue tactique, toutes les expéditions entrant dans le cadre de la petite guerre pouvaient être ramenées à trois missions principales. La première, qui visait à reconnaître l’adversaire, à “apprendre de ses nouvelles”, dit Grandmaison, était simplement une mission de reconnaissance. La deuxième comprenait le harcèlement de l’ennemi, la surprise d’un poste, d’un détachement, d’un convoi, d’une arrière-garde, de fourrageurs, etc. ; toutes opérations que Trévoux résume en disant que les partis doivent “battre la campagne”. C’était une mission d’attaque de l’ennemi. Et puis, la petite guerre visait aussi à établir des contributions, ce qui revenait finalement à une mission d’auxiliaire de l’administration. Remarquons qu’au milieu du xviiie siècle, ce dernier rôle semble avoir été secondaire car Le Blond (qui écrivit les articles militaires de l’Encyclopédie) et Grandmaison le citent en dernier parmi les buts assignés à la petite guerre[70].

Pour les dictionnaires et encyclopédies du xviiie siècle, la petite guerre était enfin un style de guerre terrestre : “Les compagnies fran­ches font sur terre ce que les pirates font sur mer”, affirme La Ches­naye des Bois. La comparaison de l’action des pirates et corsaires avec celle des troupes légères dans la petite guerre ne manque cependant pas d’intérêt, car les similitudes étaient nombreuses. Les victoires de la guerre de partis ressemblaient aux victoires navales : il s’agissait de causer du tort à l’ennemi mais il n’y avait pas, le plus souvent, de conquête de territoire ; c’étaient donc des victoires temporaires. En outre, dans le cas des corsaires comme des partisans, le droit au butin était reconnu.

En résumé, retenons que sur mer comme sur terre sévissait une même tactique de “coups d’épingle[71]. À la petite guerre, il s’agissait de suppléer à la force par l’art et par la ruse, en donnant toute sa force à l’effet de surprise.

2. Troupes légères, hussards et petite guerre :
le lien entre les hommes et le type de combat

Si l’on se place au milieu du xviiie siècle, pendant les campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, on observe plusieurs catégories de spécialistes de la petite guerre, de corps légers. Pour la France, c’est le traité de Grandmaison, qui permet le mieux de cerner ces corps, par les nombreux exemples que l’auteur rapporte, tirés des guerres de Succession d’Espagne, de Succession de Pologne et de Succession d’Autriche ; sans éviter parfois les erreurs. Il annonce en effet deux régiments de hussards pour 1743. Il y en avait en fait trois, ceux de Rattsky (qui devint celui de Lynden la même année), de Berchény et d’Esterhazy[72]. Quatre régiments supplémentaires furent créés entre 1743 et 1745 : ceux de Beausobre, de Raugrave, de Polleretzky et de Ferrary.

En France, donc, on pouvait répartir les spécialistes de la petite guerre en trois catégories. D’abord (parce qu’elles étaient les plus anciennement créées), les compagnies franches traditionnelles, du type de celles qui avaient été levées à la fin du règne de Louis XIV, et dont un bon nombre fut versé dans le corps des Volontaires Royaux[73] en août 1745 ; elles n’étaient pas enrégimentées et pouvaient être de fantassins ou de dragons[74]. Deuxième catégorie de spécialistes, les régiments de hussards, cavalerie légère d’origine hongroise, tradui­saient l’influence orientale[75]. La troisième catégorie était constituée par les régiments de “Volontaires”, mixtes (d’infanterie et de cavalerie, du type des Grassins et des La Morlière), qui étaient nouveaux à l’époque qui nous intéresse, et avaient été levés suite aux échecs subis en Bohême face aux troupes de la souveraine autrichienne Marie-Thérèse ; le premier fut le régiment original des Volontaires de Saxe, de mille hommes (levé en 1743). Pour poursuivre brièvement cet historique des troupes légères de France, jusqu’à leur suppression temporaire en 1776, notons que : en 1749, les arquebusiers de Grassin (levés en 1744), les fusiliers de La Morlière (levés en 1745) et les Volontaires Bretons (levés en 1746) disparurent à leur tour au profit d’un régiment des Volontaires de Flandre. Parce que la cour ne tranchait pas entre la reconnaissance de l’utilité tactique des petits corps d’une part, et la volonté de contrôle de ces corps d’autre part (un État désormais bien centralisé supportait plus difficilement qu’auparavant leur indépen­dance d’esprit), les Volontaires de Flandre furent scindés, en 1757, au profit de deux nouveaux régiments, les Volontaires de Flandre et les Volontaires du Hainaut. Tous les régiments de Volontaires furent à leur tour transformés en légions en 1763 (à l’exception de la Légion Royale, nouveau nom des Volontaires Royaux décidé dès 1758, en considéra­tion des services desdits Volontaires[76]). Tout cela est connu[77].

Ce qui nous intéresse ici est de montrer la recherche, tout au long du xviiie siècle, d’une adéquation entre les troupes et le mode de combat : les troupes “légères” (au sens large) étaient-elles les seules habilitées à pratiquer la petite guerre ? Cette question alimenta la ré­flexion des théoriciens, comme elle sous-tendit la politique de recrute­ment des régiments de hussards, de même qu’elle motiva les réformes gouvernementales successives[78]. C’est dire l’importance du sujet.

Dans la première moitié du xviiie siècle, beaucoup d’officiers en France assimilaient la petite guerre de cavalerie aux hussards ; et ils assimilaient ceux-ci aux Hongrois. Puisque les hussards revêtaient tant d’importance, c’est le moment de rappeler les diverses interprétations qui eurent cours, depuis le xixe siècle, quant à l’origine de ce mot curieux. Par exemple, Quinteau pensait que “hussard” dérivait de “hutz”, qui signifie vingt, parce que, au xve siècle, cette milice fut levée en Hongrie en prenant un homme sur vingt habitants mâles. Susane rapporte que “Hus’ar” veut dire en hongrois “vingt sous”, d’après le baron Baude ; c’était, dit-il, la solde journalière du cavalier de cette nation. A. de Ajtay admet l’hypothèse selon laquelle le mot latin “cursor” (le coureur) aurait été transformé progressivement au cours des siècles par les Slaves méridionaux pour aboutir à “hursar” puis “husar” en Croatie au xive siècle[79].

Certes, les hussards étaient vraiment des experts en petite guerre, mais ils n’étaient pas les seuls (non plus que les autres corps légers) à la pratiquer, et à y rencontrer des succès. Au milieu du xviiie siècle en Flandre, troupes de ligne et troupes légères étaient utilisées conjointe­ment pour le service de la petite guerre. Dans l’armée française comme dans celle des Alliés, des détachements tirés de régiments de cavalerie, de dragons ou d’infanterie étaient souvent envoyés à la petite guerre ; ainsi dans une embuscade d’infanterie soutenue de hussards, qui fut tendue au comte de Beausobre près de Mons-en-Pévèle en 1744[80].

Au sein des régiments de ligne, c’étaient surtout les compagnies de grenadiers qui étaient considérées comme troupes d’élite[81] ; et cela, dans toutes les armées européennes. Ces grenadiers “vont les premiers au feu et à la tranchée”, écrit La Chesnaye[82]. Aussi, alors que, en 1749, on licenciait nombre de corps, la guerre de Succession d’Autriche étant terminée, Barbier, l’avocat parisien, se félicite que l’on ait conservé de nombreux grenadiers, dont il fait l’éloge : “… ce qu’on a mieux fait, c’est d’avoir conservé quarante-deux compagnies de grenadiers, tant des régiments supprimés que des bataillons réformés, qui ne composeront qu’un seul corps sous le nom de Grenadiers Royaux[83] et qui seront commandés par des lieutenants, capitaines et colonels réformés, et par-dessus cela par deux officiers généraux qui ne sont pas encore nommés : cela formera un corps redoutable[84]. Les grenadiers étaient souvent utilisés dans les coups de main, surtout lors des surprises de places. C’est ce que montre Beausobre dans ses Maximes, à propos de la prise de Prague en décembre 1741 (lors de laquelle lui-même, com­me colonel d’infanterie, servait dans les grenadiers, dit-il). Saint-Geniès détaille un exemple où une embuscade dressée par des grenadiers, si elle avait été mise en place, aurait évité une tentative ennemie sur un poste français, en 1747, près de Malines[85]… La petite guerre pouvait être considérée comme une partie de la grande guerre, par les troupes qui la menaient.

La recherche de l’adéquation des troupes au mode de combat devait cependant mener, soit à un recrutement sélectif (par l’origine ethnique ou régimentaire), soit à un entraînement approprié. L’alter­native amenait à choisir entre des spécialistes de formation et des hommes formés pour l’occasion.

Avant de se pencher sur la question d’une évolution, dans la pensée des théoriciens de la petite guerre, vers une dissociation entre les troupes légères et leur tactique, tout au long du xviiie siècle, il faut remarquer que l’expression de “troupes légères” recouvrait aussi une signification mouvante. Strictement, les régiments de hussards n’en faisaient pas partie. Ils prenaient rang dans la cavalerie, jusqu’à ce que la charge de colonel général des hussards fût créée, en 1778, faisant des hussards une arme autonome[86]. Les régiments de Volontaires et les compagnies franches, c’est-à-dire les deux types de formations qui étaient les “troupes légères” au sens strict, étaient comptés à part de la cavalerie et de l’infanterie. Nicolas d’Héricourt qui, dans ses Élémens de l’art militaire, livre au lecteur des informations administratives (sur les soldes des différents corps…), distingue ainsi les chapitres consa­crés aux troupes légères des chapitres consacrés à la cavalerie, aux hussards et aux dragons[87]. La typologie retenue, qui sépare les troupes légères des dragons, manque déjà de clarté pour le lecteur non averti ; parce qu’il y avait des dragons dans les régiments de troupes légères. On trouve même, sous la plume de N. d’Héricourt, le mot de “cavalerie” pour désigner les troupes montées des régiments de Volontaires[88]. Il ne fallait pas confondre, donc, les cavaliers et dragons constitués en régiments autonomes de leur arme, et les cavaliers de troupes légères, appelés aussi “cavalerie” ou “dragons”.

Dans le langage courant, la spécialité fonctionnelle l’emportait sur l’appartenance institutionnelle et, par exemple, les hussards étaient englobés dans les troupes légères par les penseurs militaires, le plus souvent. Ainsi en est-il de Beausobre, qui interpelle ses hussards comme troupes légères dans ses Maximes ; ainsi de Montesson, qui définit les troupes légères en disant que “ce sont les régimens hussards, les Grassins, les La Morlières, les Volontaires Bretons, les compagnies franches, etc.[89]. Plus rarement, on trouve une distinction entre compa­gnies franches et troupes légères enrégimentées. C’est ce que fait le mémorialiste des bureaux de la Guerre qui transcrit le récit de la campagne de 1746 : à la fin du mois d’août, le maréchal de Saxe espérait intimider les ennemis en jetant douze ponts sur la Mehaigne. “Cette manœuvre, rapporte le mémorialiste, ne fit pas dans ce moment tout l’effet qu’il en attandoit, elle n’en imposa même pas assez aux ennemis pour empêcher qu’un détachement de 2 000 hommes de com­pagnies franches ou de troupes légères aux ordres de M. Trips [com­mandant une bonne partie des troupes légères des Alliés] ne s’avança le 24 entre Judoigne et Ramellies où il attaqua deux détachements de 200 hommes chacun…[90].

 Les amalgames n’étaient pas entièrement fautifs, parce que l’on trouvait effectivement des hussards dans beaucoup de corps de troupes légères, comme ci-après au sein d’une des compagnies franches de La Croix : “En 1745, le nommé Smite, officier de hussards de la compa­gnie de La Croix, fut enveloppé à Clausen, par trois escadrons, ayant sur sa droite la Moselle, il la passa à la surprise des ennemis, et se sauva [à la nage]”[91]. Au reste, Sapin-Lignières a suffisamment montré ce phénomène des similitudes entre troupes légères et hussards, liées à la mode des hussards au xviiie siècle[92]. On pourrait presque dire que l’imprécision de l’expression de “troupes légères” dans le langage du xviiie siècle répondait à l’ambiguïté de celle de “cavalerie légère”, qui avait cours au xviie siècle[93].

Revenons à la problématique de la définition de la petite guerre, en rapport avec le type de troupes qui la menait. Dans ses Maximes (qui peuvent être considérées comme le premier traité théorique sur la petite guerre, même si elles ne furent jamais publiées), Beausobre écrit pour des officiers hussards, ceux de son régiment, et il associe la définition de la petite guerre à ces combattants, héritiers des Numides, des Sarma­tes de l’Antiquité, et des Tartares employés par les Turcs[94].

Sur l’opportunité de recruter des étrangers, comme sur la supé­riorité des corps de troupes légères à la petite guerre, la pensée des théoriciens spécialisés évolua plus nettement que celle des officiers dans leur ensemble. Ray de Saint-Geniès commence son ouvrage par un long historique des troupes légères ; parce que, effectivement, les mentalités associaient la guerre de partis à l’emploi de troupes légères. Mais quand il aborde la définition du partisan, il n’y fait plus référence : “Mais qu’entend-on par parti ? ”, dit-il. “Qu’est-ce qu’un partisan ? On entend par parti un corps de cavalerie, d’infanterie, ou de l’un ou de l’autre qui va à la découverte en pays ennemi ; et par partisan on entend un homme de guerre, un officier intelligent qui connaît bien le pays, théâtre de la guerre, qui sçait bien dresser des embuscades, conduire un parti[95]. Ainsi, la petite guerre est une tactique, indépendante des troupes qui la mènent, pourvu qu’elles soient bien exercées. L’itinéraire militaire de Saint-Geniès le dit aussi. Lui qui écrit un traité sur la guerre de partis ne fut jamais dans un corps de troupes légères. Ayant débuté comme volontaire au régiment de Clermont-cavalerie en 1734, il fit ensuite toute sa carrière au sein de bataillons de milice[96]. Tout à la fin de l’Ancien Régime, ni Grimoard ni Cessac (autres théoriciens de la petite guerre) ne firent non plus partie des troupes légères ou des hussards[97].

Il semble que le traité de Saint-Geniès (publié en 1766) marque un palier. Il ouvre la voie à une évolution (quoique très progressive dans la pensée des autres théoriciens) vers une autre culture de la petite guerre, où celle-ci n’était plus forcément associée aux hussards ni aux troupes légères.

La Croix, dont le traité fut le premier à être publié, écrit explicitement pour les officiers de compagnies franches, et commence son opuscule par un historique de ces troupes. Il y approuve d’autre part le recrutement, dans les guerres précédentes, “des gens de différens pays qui parlassent plusieurs langues[98]. Grandmaison intègre, dans le plan de sa réflexion sur la petite guerre, des conseils sur la levée d’un corps de troupes légères. Il loue les grands services rendus, entre 1744 et 1748, non seulement par les régiments mixtes tels que les Grassins, mais aussi par les hussards[99], et il recommande d’enrôler un certain nombre d’étrangers, ne serait-ce que pour servir de guides ou d’espions en pays ennemi. Jeney parle aussi du corps d’un partisan comme d’un corps de troupes légères, ce qui semble pour lui une évidence, qu’il ne justifie pas. Soit ces troupes sont celles du partisan, soit elles sont détachées de l’armée. Il souhaite qu’un corps de partisan soit composé d’infanterie, de dragons et de hussards[100].

Le baron de Wüst, qui recommande en 1768 la formation d’un corps de hussards et de chasseurs[101] à pied pour la petite guerre, est encore dans ce schéma, même si sa conception du “partisan” en est indépendante : beaucoup de commandants en chef furent selon lui de grands partisans (Turenne, Maurice de Saxe, Frédéric II…)[102]. Mais en 1770, le comte de La Roche remet en cause l’efficacité des hussards, auxquels il préfère (pour le corps de troupes légères qu’il propose de lever) les dragons, qui ont des chevaux plus forts et peuvent combattre aussi à pied[103]. En 1782, Grimoard distingue bien petite guerre et troupes légères, malgré le titre de son traité ; il consacre toute une partie aux “opérations communes aux Troupes Légères et aux Pesantes”, au nombre desquelles il place les escarmouches, les harcèlements, les avant-gardes de l’armée[104]. Cessac enfin, en 1785, ne consacre plus aucune partie à la composition d’un corps de troupes légères ou à des propositions pour la levée d’un nouveau corps de son invention[105]. Il écrit seulement pour les officiers particuliers[106], de toutes armes, qui sont détachés à la guerre. Il y a ici une volonté pédagogique : le traité est destiné à tous les jeunes officiers, parce que la petite guerre était la meilleure façon d’apprendre le métier militaire. Dans cette perspective, Saint-Geniès, officier partisan n’ayant jamais fait partie d’un corps de troupes légères, était le premier des théoriciens à montrer l’exemple de l’assimilation, par les Français, d’un style de guerre dont les spécia­listes étaient réputés être jusque-là, tout au moins pour la cavalerie, les Hongrois.

3. Distinction entre “petite guerre” et “guérilla

Concernant la tactique de petite guerre à l’époque moderne en Europe, l’étude la plus récente est la solide synthèse de George Satterfield sur la guerre de partis sous Louis XIV dans les Pays-Bas (2003)[107]. Mais c’est au sein de l’école historique allemande que la réflexion est à ce jour la plus avancée[108]. Du côté anglo-saxon, avant G. Satterfield, le plus souvent – et logiquement –, les historiens ont abordé la petite guerre à propos du théâtre d’opérations américain, en lien avec la guerre de Sept Ans ou avec la guerre d’Indépendance américaine[109]. Au titre des publications récentes sur le sujet, on peut citer les articles de René Chartrand et d’Arnaud Balvay[110].

Cette approche peut être utile pour réfléchir aux liens ayant existé entre la pratique de la petite guerre en Europe et en Amérique du Nord, ainsi qu’aux influences réciproques éventuelles, sur la pratique comme sur la réflexion. Des officiers de métropole, ayant combattu dans la guerre de Succession d’Autriche, tel le chevalier de Lévis[111], ont servi en effet en Nouvelle France pendant la guerre de Sept Ans ; ils ont connu à la fois le harcèlement des irréguliers hongrois de la reine Marie-Thérèse et les raids des milices canadiennes et de leurs auxiliaires indiens… Au xviiie siècle, plusieurs auteurs, des explora­teurs surtout, écrivirent sur la “guerre à l’indienne”. Parmi les plus connus, on peut citer le baron de Lahontan : “Les Sauvages ne se font la guerre que par surprise, c’est-à-dire que ceux qui découvrent sont presque toûjours assurez de vaincre ; ayant à choisir d’attaquer à la pointe du jour ou dans les défilez les plus dangereux. Les sauvages prennent toutes les précautions imaginables pour couvrir leur marche pendant le jour, envoyant des découvreurs de tous côtez,… ”. On peut citer aussi Lafitau : “Ces partis […] vont porter la Guerre chez les peuples les plus reculés. Ils feront deux ou trois ans en chemin & feront deux ou trois mille lieües, à aller et venir pour casser une tête & enlever une chevelure. Cette petite Guerre est un véritable assassinat qui n’a nulle apparence de justice…” (On ne retrouve pas chez Lafitau la nuance de “guerre du « Bon Sauvage »” présente chez Lahontan)[112]. Ces ouvrages étaient-ils lus par les officiers appelés à servir au Canada ? R. Chartrand pense que non, en raison, en grande partie, de préjugés à l’égard d’une guerre de “sauvages”. De fait, on ne trouve nulle mention, dans les traités de petite guerre parus en France au long du xviiie siècle, de la guerre à l’indienne ou des adaptations à la canadienne qui en furent faites par les officiers canadiens français (en alliant la première, notamment, à une plus grande discipline). Les Canadiens eux-mêmes ne consignèrent pas leur tactique originale par écrit, contrairement à ce qui se passa en Europe. Inversement, il y eut un certain rayonnement de la pensée militaire européenne en Amérique du Nord, en matière de petite guerre. Il se mesure par exemple par l’existence d’éditions étrangères ; or, on connaît une édition américaine du traité de Grandmaison, parue à Philadelphie en 1777.

On ne peut savoir, la plupart du temps, si les théoriciens du xviiie siècle (en Europe) faisaient la différence entre la petite guerre, auxiliaire des troupes régulières dans les conflits dynastiques, et la guerre de partisans de populations soulevées contre l’autorité légitime (dont la guerre d’Indépendance américaine est un exemple). Ils ne parlent que de tactique, non d’implications politiques. Mais, le plus souvent, ils citent en exemple des conflits internationaux dans lesquels ils ont combattu : guerres de Succession d’Espagne, de Succession de Pologne, de Succession d’Autriche, guerre de Sept Ans. On peut en déduire qu’ils envisageaient implicitement, le plus souvent, la petite guerre comme auxiliaire des troupes régulières. Par exception, Lecointe[113], auteur entre autres d’un traité de fortification passagère, cite en exemple, lui, la façon de combattre des camisards[114], sous Louis XIV, qui relevait de la guérilla avant la lettre[115]. Chez Santa-Cruz de Marzenado, on sent plus de recul : le tome consacré aux révoltes (tome VII) est distinct des autres (de celui qui est consacré aux surprises et aux embuscades – tome II, par exemple, alors que le mode de combat de ces révoltés est aussi fait d’embuscades). Si Santa-Cruz parle de “partis” également à propos de révoltés (il cite en exemple, lui aussi, la guerre des camisards), la différence entre, d’une part, la guerre entre États (par une tactique de grande ou de petite guerre) et, d’autre part, la révolte, est matérialisée par la différence d’attitude à adopter face aux révoltés, auxquels ne s’applique pas le droit de la guerre[116] (alors qu’il s’appliquait aux partis de guerre dans le cadre des armées régulières[117]).

Du point de vue tactique, la petite guerre présente de grandes similitudes avec ce que l’on a appelé à partir du début du xixe siècle la “guérilla” ; une tactique de tous les temps, que l’on retrouve encore aujourd’hui majoritairement dans les conflits dits “de basse inten­sité[118]. Petite guerre et guérilla : ce sont pourtant deux réalités qu’il faut continuer de distinguer, sur d’autres critères que la tactique. La “petite guerre” est bien une expression issue des temps modernes, mais son nom, comme la réalité qu’elle exprime, a dépassé la période révolutionnaire. Dans ce type de guerre, la légitimité institutionnelle des combattants est reconnue dans les deux camps ; les combattants n’ont, collectivement, pas d’autre motivation personnelle au combat que le service du prince qui les emploie, que ce soient des troupes enrégimentées ou non. À preuve, l’exemple de la Flandre entre 1744 et 1748 : dans les deux camps, des soldats désertaient et allaient souvent chercher de l’emploi dans l’armée adverse. Des hussards hongrois, déser­teurs de régiments de hussards d’Autriche, venaient s’engager dans l’armée française ; on connaît aussi un capitaine Ferret, déserteur français, qui dirigeait une troupe de partisans au service des Alliés. Leurs motivations apparaissent peu claires : l’argent peut-être ; le désir d’échapper à une sanction quand ils s’étaient livrés à des excès. Nous étudions ici, donc, une tactique mise au service de la grande guerre des sièges et des batailles, au sein de conflits conventionnels entre princes. La “guérilla”, elle, supplante la petite guerre dès que s’ajoutent dans l’esprit des combattants des motivations plus passionnelles, politiques, religieuses ou sociales, dès que les combattants n’ont plus l’aval du prince, du dirigeant, du pays dominateur ; dès que la légitimité institutionnelle n’existe plus que d’un côté. Il faut placer là les guerres civiles de tous les temps ; la “guérilla” existait donc avant le xixe siècle dans les faits, même si le terme ne date que de la guerre d’Espagne (pour le xviiie siècle, on peut y placer les luttes des camisards ou celles des partisans corses)[119].

III – L’intérêt du sujet

1. La place de la petite guerre dans les guerres limitées
du xviiie siècle

Un paragraphe de Turpin de Crissé est très expressif, sur la place réelle de la petite guerre dans les campagnes du xviiie siècle : “On ne donne pas tous les jours des batailles. Comme ces actions générales ne sont jamais indifférentes, les généraux qui commandent les armées ne les donnent ou ne les reçoivent qu’après de mûres réflexions ; ainsi on peut faire deux ou trois campagnes sans trouver l’occasion d’en donner une, et ces campagnes se passent en marches, camps, détachements, embuscades, surprises, ataques [sic] de postes, de convois et de fourrages [120].

Le sujet du blocage tactique dans les guerres européennes du xviiie siècle, en particulier dans la première moitié du siècle, a été plusieurs fois traité[121]. On se bornera ici à un simple rappel, nécessaire pour comprendre la (grande) place de la petite guerre dans ce contexte. Les guerres étaient limitées de deux points de vue. D’une part, elles avaient des objectifs limités ; il ne s’agissait pas de détruire l’ennemi, mais de prendre des gages, qui seraient négociés à la paix. On s’atta­chait donc à défendre des positions et à prendre des points d’appui, d’où la multiplication des sièges. D’autre part, les guerres étaient limitées par la structure des armées, lourdes et lentes. La guerre de sièges était la conséquence, à la fois, des conditions techniques et des objectifs stratégiques ; la guerre de mouvement étant malaisée du fait des effectifs, on ne pouvait imposer la bataille et la rendre décisive – pour la suite de la campagne, c’est-à-dire au-delà de la victoire tactique – par la poursuite de l’ennemi vaincu. Sans compter que, comme le dit Turpin de Crissé, les généraux réfléchissaient à deux fois avant de livrer la bataille, coûteuse en hommes. En Flandre, au milieu du xviiie siècle, les armées qui étaient face à face alignaient une centaine de milliers d’hommes, voire, entre 100 000 et 120 000 pour celle de Maurice de Saxe au début du mois d’août 1746.

Ces armées se déplaçaient lentement, et s’étiraient sur des dizaines de kilomètres. Cette question, qui est celle de la ligne d’opérations, a occupé la réflexion de plusieurs théoriciens bien après le milieu du xviiie siècle : c’est sur ce point que l’apport de la pensée stratégique de Lloyd est neuf, par exemple, selon F. Géré. La ligne d’opérations eut encore une importance majeure dans la pensée de Jomini, au début du xixe siècle[122]… L’impératif stratégique, au milieu du xviiie siècle, était donc de maintenir la communication entre les différentes parties de l’armée ; entre les différentes places conquises ; et entre l’armée et les places d’où elle tirait son approvisionnement, qui pouvaient être éloignées. En août 1747 par exemple, le comte de Löwendal, assiégeant Berg-op-Zoom, tirait son approvisionnement de… Namur. Or, cette question de l’approvisionnement était vitale. “La pensée stratégique s’est heurtée à la soudaine croissance des effectifs et à la relative carence des moyens financiers, d’équipements et de vivres”, écrit G. Parker. Il poursuit : “À l’âge de la révolution militaire, la capacité des gouvernements et des généraux à nourrir la guerre est souvent devenue le pivot autour duquel se jouait le sort du conflit armé[123].

Comme la bataille était rare, les armées antagonistes cherchaient à se nuire l’une à l’autre en empêchant l’approvisionnement, en affa­mant l’adversaire, par des attaques de convois, par la prise des postes qui jalonnaient les lignes d’opérations, bref, par la petite guerre[124]. Pendant le siège de Berg-op-Zoom, la défense des convois allant d’An­vers à Berg-op-Zoom fut un souci constant pour l’armée française[125].

2. Une approche originale

Il y a une trentaine d’années déjà, Werner Hahlweg écrivait : “Durant les guerres du xviiie siècle, notamment durant les guerres de Succession d’Espagne et d’Autriche (1701-1713 ; 1740-1748) comme dans la guerre de Sept Ans (1756-1763), elle [la petite guerre] révéla son perfectionnement presque définitif, tant comme art que comme métier. Dans cet ensemble, des professionnels de la petite guerre audacieux et heureux, des partisans, comme on les nommait jadis, tels le maréchal de Saxe, le comte Luckner, Andreas Emmerich, le baron von der Trenck[126], Grandmaison, de Jeney et particulièrement Johann von Ewald méritent d’être cités[127]. Du côté français, en prolongeant cette intuition de W. Hahlweg, et en l’affinant, on peut dire que c’est véritablement pendant les campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, entre 1744 et 1748, que la petite guerre fut élevée au rang d’un art véritable. En 1746 notamment, Maurice de Saxe mit l’ensemble des actions des partisans au service d’une opération d’envergure visant à faire reculer l’armée entière des Alliés sans engager de bataille (la position des ennemis, qui étaient retranchés derrière la Mehaigne, étant trop avantageuse pour qu’il se risquât à un engagement général)[128]. Il montra par-là que la petite guerre pouvait avoir un rôle important, au-delà des succès ponctuels remportés par des partis quotidiens. Cette utilisation de la petite guerre convenait tout à fait au maréchal, lui qui avait encouragé la levée de nouveaux régi­ments de troupes légères à l’issue des campagnes de Bohême et de Bavière ; lui qui avait levé, même, un régiment de troupes légères original, les Volontaires de Saxe, en 1743. La stratégie du maréchal et son utilisation des ressources de la petite guerre, en ce mois d’août 1746, eurent tout le succès escompté, puisque les Alliés repassèrent la Meuse à la fin du mois, permettant à l’armée française d’entamer le siège de Namur.

La problématique qui se dessine ici est celle du passage d’une pratique à un art de la petite guerre. Passage qui est à envisager dans le cadre de changements que permet (pour le premier changement) ou dont bénéficie (pour les deux autres) la petite guerre : évolution des options tactiques – d’une guerre de positions vers, progressivement, une guerre de mouvement ; évolution des techniques – avec une utilisation de l’artillerie dans la petite guerre, notamment du canon dit “à la suédoise” ; influence orientale – avec une plus grande place prise par la cavalerie dans la guerre de partis. Les troupes françaises, dans les campagnes de Flandre, tirèrent les leçons des échecs connus en Bohême en 1742 face aux irréguliers (c’est-à-dire des soldats non enrégimentés) de Marie-Thérèse.

C’est en France que furent publiés les premiers traités sur la petite guerre (le premier étant celui du chevalier de La Croix, en 1752). Et ils le furent d’abord à la suite de la guerre de Succession d’Autriche. Les théoriciens, portés par les victoires françaises et forts de leur propre expérience sur le terrain, souvent dans un corps de troupes légères, pouvaient tirer sereinement les leçons des campagnes de Bohême et de Bavière ainsi que des campagnes de Flandre. Et c’est bien d’un “art de la petite guerre” que les auteurs entendent théoriser les principes[129]. Ce qui justifie d’étudier en détail les campagnes de Flandre, de 1744 à 1748, revues sous l’angle de l’utilisation de la petite guerre.

Cette approche nouvelle s’appuie, bien sûr, sur l’exploitation des fonds français (Service historique de la défense à Vincennes – archives et bibliothèque ; Bibliothèque nationale de France), complétés utilement, pour les sources publiées, par les fonds des bibliothèques suivantes : Bibliothèque militaire fédérale (BMF, auj. Bibliothek am Guisanplatz) de Berne ; Bibliothek des Österreichischen Staatsarchivs, de Vienne ; Herzog August Bibliothek de Wolfenbüttel ; Niedersä­chsische Staats – und Universitätsbibliothek de Göttingen ; British Library de Londres ; bibliothèque du National Army Museum de Londres ; Bodleian Library d’Oxford ; Staatsbibliothek de Berlin ; bibliothèque de l’École militaire (Paris). Notre travail tire profit également d’une consultation de la correspondance du duc de Cumber­land, conservée aux Archives royales du château de Windsor, et encore très peu exploitée en dehors de la thèse d’Alastair Massie.

Pour analyser la pratique de la petite guerre durant les campagnes de Flandre, nous avons choisi deux fils directeurs plus particuliers :

Une observation des événements en prenant de la hauteur ; en envisageant l’ensemble de l’armée française pour une manœuvre globale, en un espace de temps assez bref. C’est la manœuvre de la Mehaigne d’août 1746 qui a été privilégiée pour cela, comme étant la plus révélatrice de la maîtrise stratégique du maréchal de Saxe en lien avec la petite guerre.

Une observation des événements de près, en ne suivant que deux régiments (choisis parmi les plus actifs), sur un temps assez long (l’ensemble de la campagne de 1746), les arquebusiers de Grassin et les hussards de Beausobre. C’est la chronique d’une tactique à l’œuvre.

Ces deux régiments, de Grassin et de Beausobre, sont au nombre de ceux que l’on voit le plus souvent agir parmi les troupes de spécialistes de la petite guerre entre 1744 et 1748 (au vu des relations des campagnes issues des mémoires du SHD-DAT, en sous-série 1M), à côté des hussards de Berchény et des Volontaires de Saxe. Mais, autant les hussards de Berchény ont donné lieu à des monographies (au titre de la tradition)[130], parce que le régiment connut une filiation jusqu’au xxe siècle, autant le régiment de Beausobre, tout intéressant qu’il fût, tomba dans l’oubli, parce qu’il fut réformé dès 1756[131]. Le régiment de Grassin connut une destinée similaire, victime des restruc­turations des corps de troupes légères dans la deuxième moitié du xviiie siècle jusqu’à leur suppression en 1776.

Ces deux régiments sont particulièrement intéressants aussi parce que Grandmaison, théoricien de la petite guerre, fut capitaine de cavalerie dans Grassin à partir de la création du régiment en janvier 1744 ; et parce que le comte de Beausobre, mestre de camp du régiment de hussards à son nom, a lui-même beaucoup écrit, racontant ses campagnes et se faisant même théoricien de la petite guerre. Ce dernier trait est peu connu car les écrits du comte de Beausobre n’ont pas été publiés. Ils sont conservés aux ACV (Archives cantonales vaudoises) près de Lausanne ; ils ont été peu exploités d’un point de vue tactique, surtout du point de vue de la petite guerre[132]. Or, les Maximes du comte de Beausobre pour son régiment de hussards, écrites pour la plus grande partie entre 1744 et 1748, constituent un véritable traité de petite guerre, avant celui de La Croix. Et l’auteur déplore justement l’absence, à cette époque, d’une littérature militaire sur le sujet. Cette absence de manuel de formation était d’autant plus dommageable, selon lui, que la petite guerre remplissait le théâtre d’opérations par sa fréquence, bien plus grande que celle des sièges ou les batailles, et que ce style de guerre était bien particulier, un art à part entière, irréductible aux autres formes de guerre : “[…] et comme un Régiment d’hussards a plus de devoirs qu’un autre parce qu’il sert davantage, et souvent diféremment [sic], il faut appliquer à la raison du sujet et à ses diverses positions, les Réglemens généraux, et des Réglemens particuliers analogues à son état[133]. Il est remarquable que Beausobre ait écrit autant tout en guerroyant ; s’il n’a pas cherché, visiblement, à publier son traité, c’est qu’il écrit à l’intention des officiers de son régiment de hussards. Il fut le premier théoricien de la petite guerre à part entière ; certaines de ses idées étaient très neuves et ne furent pas reprises par ses successeurs[134].

Au titre des théoriciens de la petite guerre, nous avons retenu de même, outre les traités publiés, les écrits de Scouand et ceux du baron du Portal ; ils font partie des quelques mémoires soumis au secrétaire d’État de la Guerre de leur époque concernant la tactique de la petite guerre (à côté de mémoires, autrement plus nombreux, sur les troupes légères, leur état présent ou la structure qu’on se proposait de leur donner dans l’avenir). Écrit en 1789, le traité du baron du Portal a l’avantage supplémentaire d’être, à notre connaissance, le dernier traité de petite guerre écrit en France avant la fin de l’Ancien Régime. Il permet de mesurer le chemin parcouru dans la conception comme dans la réputation de cette tactique depuis les premières publications.

IV – Problématique

1. L’analyse d’un phénomène complexe

La petite guerre remplit le théâtre d’opérations au quotidien pendant les campagnes de Flandre, et les troupes françaises y rencon­trèrent de nombreux succès. Pourtant, elle avait souvent encore mau­vaise réputation. Des officiers répugnaient à “aller à la guerre” comme on disait alors ; en ce temps où la dignité était fonction du rang, les régiments de hussards, spécialistes de la petite guerre, étaient classés tout à la fin des régiments de cavalerie… Éclairer ce hiatus nécessite d’approfondir la question de la réputation de la guerre de partis, et des facteurs qui peuvent l’expliquer, en lien avec la formation théorique des officiers du temps et l’évolution des mentalités de la société dans son ensemble. Il faut s’interroger sur les facteurs tactiques (une guerre “de l’ombre”, de la surprise, par opposition à la bataille rangée, jugée la grande affaire de la guerre) ; sur les facteurs moraux (une guerre de sauvages ? La littérature, militaire ou non, nous montre les représen­tations que la population se faisait du hussard…) ; sur les facteurs sociaux de cette désaffection, de laquelle s’affligent les théoriciens (beaucoup d’officiers de petite noblesse servaient dans les troupes de spécialistes de la petite guerre par exemple, ce qui pouvait engager des officiers de plus haute naissance à privilégier des régiments plus “honorables”…).

Il ne faudrait cependant pas s’arrêter à la description et aux explications possibles de la perception de la petite guerre. Au-delà des représentations, il convient d’opérer une étude serrée du contenu des traités théoriques, confronté au terrain essentiellement à travers les campagnes que nous avons choisies, pour démêler les préjugés de la réalité, qu’elle vînt les infirmer ou, parfois, les confirmer (du point de vue moral en particulier, dans les rapports avec la population civile). Et, puisque cette petite guerre était faite par des hommes, on doit aussi accorder du temps aux troupes qui la menèrent, troupes de ligne, hussards, régiments mixtes de troupes légères à pied ou à cheval, compagnies franches non enrégimentées. Si les troupes de spécialistes du combat d’escarmouches étaient réellement efficaces sur le terrain, quels étaient les facteurs de cette efficacité ? Et quant à leur réputation de barbarie : était-elle encore fondée au milieu du xviiie siècle ?

Enfin, parce que le royaume de France était un État centralisé, la teneur de la législation, au sujet des “partis de guerre” comme du service des troupes légères en campagne, est un bon indicateur de l’intérêt qu’accordait le gouvernement à cette partie de l’art de la guerre ; ce qui pouvait expliquer par ricochet, ou tenter d’endiguer, l’opinion d’une partie de la noblesse militaire. Puisque les campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, d’un point de vue pratique, constituent le pivot de notre étude, c’est la politique du comte d’Argenson, à travers sa correspondance avec les généraux à l’armée en 1746, que nous avons choisi d’analyser en détail ; approche nouvelle, qui permet de saisir au travers de ses commentaires, conseils et déci­sions, la compréhension, par le ministre, de la stratégie d’usure liée à l’utilisation de la petite guerre. Et cela nous permet de montrer, d’une façon inédite, l’intérêt indéniable que d’Argenson manifesta pour la question, même s’il laissa carte blanche au maréchal de Saxe pour mener les opérations sur le terrain.

2. La dernière étape d’une problématique d’ensemble

L’étude de la petite guerre au xviiie siècle, telle qu’elle est présentée en détail dans le présent ouvrage, et telle que nous venons d’en tracer le fil conducteur ; l’étude de cette petite guerre, qui devint véritablement un art, est en fait celle de la dernière étape d’un long processus de transformation qui embrasse l’ensemble des xvie, xviie et xviiie siècles, et que confirme l’utilisation d’un vocabulaire suranné encore au xviiie siècle, comme on l’a vu.

Géographiquement, le cadre retenu est celui de l’Europe occiden­tale et centrale (qui sous-tend la réflexion des principaux théoriciens de la petite guerre sur lesquels nous nous appuyons), en y comprenant l’Empire germanique, l’Autriche, la Russie, et aussi la Hongrie quand elle ne fut pas dominée par l’Empire ottoman, mais en excluant les territoires turcs en Europe. Il s’agit donc d’un ensemble aux frontières orientales mouvantes au cours de ces trois siècles ; un ensemble cultu­rellement assez homogène (l’Europe chrétienne). Surtout, cet espace présente pour nous l’intérêt d’une relative unité du point de vue de l’art de la guerre, face aux peuples des steppes : à une guerre orientale de cavalerie, pratiquée sur de grandes plaines découvertes, s’opposait la guerre occidentale, guerre de positions et d’infanterie dans des terrains couverts.

Choisir l’Europe comme théâtre d’opérations de la guerre de partis n’est pas innocent : du xvie au xviiie siècle, celle-ci semble devenir de plus en plus européenne ; les influences occidentales et orientales s’interpénètrent. Le signe le plus évident, au cours du xviiie siècle, en est la perte du caractère oriental des hussards (un des types de troupes les plus exercés à cette guerre), qui ne sont plus exclusivement recrutés parmi les Hongrois, mais sont souvent, désormais, allemands, lorrains ou belges.

Ce cadre posé, notre sujet concernant au premier chef les opérations militaires, ce sont les évolutions ayant une incidence sur la tactique de la petite guerre qui doivent guider notre réflexion. Des trois étapes de la problématique d’ensemble, les deux premières (xvie et xviie siècles), qui constituent le socle historique sur lequel s’appuie notre étude, seront évoquées dans la première partie.

L’arrivée à la troisième étape, au xviiie siècle, se fit en deux temps. Tout d’abord, un nom en supplanta un autre : l’expression de “petite guerre” occupait désormais le devant de la scène tandis que la “guerre de partis” devint moins fréquente dans le langage courant. Cette modification s’affirmait au moment où les guerres en Europe occidentale virent une recrudescence de l’influence orientale, turque via le modèle du hussard hongrois et du fantassin irrégulier croate. Il faut avouer que ce ne fut qu’à partir de la guerre de Succession d’Espagne que la petite guerre à la hussarde fut véritablement prise au sérieux, semble-t-il, et bien exploitée par les officiers français (cf. infra, première partie, II) ; ce qui justifie de commencer notre étude de la petite guerre au xviiie siècle, non à l’apparition des premiers régiments de hussards en France, mais plutôt au début de la guerre de Succession d’Espagne, guerre où servirent de nouveaux régiments, ceux de Poldeak, Verseilles, Saint-Geniès (avant qu’en fussent levés d’autres encore, plus connus, comme celui de Berchény en 1719). Sans qu’on analyse ces campagnes en détail, elles doivent être prises en compte car elles servirent de base de réflexion, parmi les autres conflits du xviiie siècle, aux théoriciens dont nous étudions la pensée[135]. “Ce ne fut que dans la guerre de 1701, qu’on commença à sentir la nécessité des troupes légères…”, écrit Cessac[136].

On peut en inférer que la “guerre de partis” faisait référence, dans les esprits comme dans la réalité, à un type de guerre traditionnel en France, au xviie siècle, plutôt mené par de l’infanterie, par des compagnies franches de fusiliers et de dragons. L’adjectif “petit”, qui désigne désormais la guerre d’escarmouches, apparaît-il en lien avec la multiplication des hussards hongrois ? La coïncidence chronologique laisse à penser que le glissement de vocabulaire (et surtout ce fameux adjectif) révélerait la piètre réputation où l’on tenait cette guerre désormais faite par des hussards, sur qui planaient ces rumeurs d’une sauvagerie héritée de leurs homologues de Hongrie. Était-ce un phéno­mène nouveau ? B. Peschot a montré que la bonne noblesse turbulente du xvie siècle ne répugnait pas à aller en parti[137]. Et de même les officiers du début du xviiie siècle, aux dires de Quincy[138].

Le second temps de cette troisième étape fut marqué par les tentatives pour hisser la petite guerre au même rang que la grande : il s’agit de sa reconnaissance comme un véritable art de la guerre, sur lequel on réfléchit, en lui consacrant des traités théoriques. Nous retrouvons ici l’étape ultime qui est le centre de notre thèse.

Enfin, terminer provisoirement une étude de la petite guerre avec la fin de l’Ancien Régime se justifie par un autre changement dans la manière de faire la guerre : la fin du xviiie siècle sonnait le glas des guerres à objectifs limités[139]. Les conflits n’avaient plus pour but de prendre des gages en vue d’une future négociation, mais d’anéantir l’adversaire. Ils devinrent des “guerres à but absolu”, selon l’expres­sion de Clausewitz. Et l’apparition du terme de guérilla dans les écrits militaires du xixe siècle (notamment chez Le Mière de Corvey) peut être considérée comme le signe de l’avènement d’une nouvelle étape dans la problématique globale de la petite guerre : celle de la réflexion incluant une dichotomie entre les deux notions de “petite guerre” et de “guérilla”, deux notions exprimant deux réalités qui, dans les faits, avaient bien sûr toujours existé conjointement.



[1]     Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. II, p. 77.

[2]     Grandmaison, La Petite guerre (1756), p. 3.

[3]     Dictionnaire de l’Académie française, éd. 1694, art. “Estrade”.

[4]     ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/13, Notes… (1716-1763), p. 59 (pour 1745) ; La Roche, Essai sur la petite guerre (1770), t. II, pp. 20 et 77 ; Cessac, Le Guide des officiers particuliers… (1785), t. II, note PL, p. 134.

[5]     Sionville, Œuvres militaires (1756), t. II, p. 3 (à propos des attaques et défenses de postes) ; La Chesnaye, Dictionnaire militaire (1745), t. I, art. “Escalade”, p. 430.

[6]     Cessac est qualifié de “militaire philosophe” par son biographe Jean Humbert (J.-G. Lacuée comte de Cessac…, 1939), p. 23. Cessac était correspondant de l’académie royale de Metz depuis 1784, et en devint membre titulaire en 1785. Les commissaires de cette académie insistèrent, à propos du Guide des officiers, sur le “soin” avec lequel il avait été traité (ibid., pp. 26-27).

[7]     Jean-Pierre Bois, dans son édition des Rêveries de Maurice de Saxe (Paris, Economica, 2002) reproduit un certain nombre de ces missives autographes à l’orthographe fantaisiste.

[8]     Par la consultation du grammairien de Wailly, on voit que beaucoup d’auteurs du xviiie siècle ne respectaient pas les règles orthographiques de leur temps ; on se rend compte aussi que ces règles n’étaient pas constantes : Wailly, Principes généraux et particuliers de la langue française, Paris, J. Barbou, 1763.

[9]     De Saxe, Mémoires… (Dresde, 1757), p. 449.

[10]    Joly de Maizeroy, Traité de tactique… (1767), t. I, p. 200. L’expression “enfans perdus” aurait disparu officiellement de l’armée française en 1658. Cf. M.F. Sicard, Histoire des institutions militaires des Français, Paris, J. Corréard, 1834, t. I, p. 377.

[11]    Turpin de Crissé, Essai sur l’art de la guerre (1754), t. II, p. 165. Même référence aux “enfans perdus”, pour définir le style de guerre des troupes légères, dans Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. I, p. 25. La Roche, Essai… (1770), t. II, p. 129 ; Dictionnaire de Trévoux (1771), t. II, p. 1019, art. “Cravate”.

[12]    Par exemple : Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. I, pp. 9-10 ; Feuquière, Mémoires (1750), t. II, p. 389 ; Guignard, L’École de Mars (1725), p. 57.

[13]    Par exemple : Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. I, pp. LXV sq. ; Frédéric II, Instructions pour les troupes légères (Londres, 1772), p. 12.

[14]    Par exemple : La Croix, Traité de la petite guerre… (1752), p. 10.

[15]    Par exemple : d’Espagnac, Histoire de Maurice… (1773), t. II, p. 131 ; Guibert, Essai général de tactique (1772), p. 127 (il parle de “milice harcelante” à propos des troupes légères).

[16]    Par exemple : d’Espagnac, Histoire de Maurice… (1773), t. II, pp. 35-36, 52, 118, passim ; De Wüst, L’Art militaire du partisan (1768), p. 87.

[17]    Bohan, Examen critique du militaire français (1781), pp. 31-32 ; expression utilisée à nouveau à la p. 122.

[18]    Montecuccoli, Mémoires (éd. de 1712), livre I, p. 173. Montecuccoli était un homme du xviie siècle, mais lu par des lettrés du xviiie siècle, et ses mémoires furent commentés par Turpin de Crissé, non à titre de curiosité historique, mais à titre d’ouvrage de réflexion tactique encore d’actualité.

[19]    Frédéric II, Instructions pour les troupes légères (Londres, 1772), p. 12.

[20]    Hay du Chastelet (Politique militaire, éd. de 1757, corrigée par d’Authville des Amourettes) intitule ainsi l’un de ses chapitres (chap. IV, art. XI), pour désigner les rencontres entre partis ennemis… L’ouvrage date du xviie siècle, mais, comme les Mémoires de Montecuccoli, il était lu au xviiie siècle.

[21]    Pour ces deux dernières expressions, voir : La Roche, Essai… (1770), t. II, pp. 198 et 201.

[22]    Jean-Baptiste-Joseph Damarzit de Sahuguet, chevalier, puis baron d’Espagnac (1713-1783), servit avec distinction dans les campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, où il assura la fonction d’aide maréchal général des logis de l’armée. Connu surtout comme mémorialiste, il poursuivit une carrière militaire très honorable (brigadier en 1746, maréchal de camp en 1761, gouverneur de l’Hôtel royal des Invalides en 1766, lieutenant-général en 1780).

[23]    D’Espagnac, Histoire de Maurice… (1773), t. II, emploi de l’expression de “petite guerre” aux pp. 8-9, 35-36 (pour 1744), 73 (pour 1745), 281 (pour 1746), 328 et 330 (pour 1748).

[24]    D’Espagnac, Histoire de Maurice… (1773), t. II, p. 211 (pour 1746). ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes raisonnées sur la guerre pour mon régiment de hussards (1743-1748), t. III, vol. II, p. 295 ;

[25]    D’Espagnac, Histoire de Maurice… (1773), t. II, respectivement p. 30 ; pp. 131 et 442 ; p. 140 (empêcher la communication), 406 (interrompre la communication) ; pp. 240, 268 et 424 (insultes), pp. 334, 399 et 448 (incursions).

[26]    D’Espagnac, ibid., t. II, pp. 35-36 (pour 1744) ; pp. 40, 52, 78-79, 117, 118 et 153 (pour 1745) ; pp. 204, 241 et 279 (pour 1746) ; pp. 390, 406, 420, 442 et 452 (pour 1747) ; p. 488 (pour 1748).

[27]    Werner Hahlweg, Guerilla. Krieg ohne Fronten (1968), p. 21 : “Im 18. Jahrhundert gebraucht man den Terminus ‘petite guerre’, Kleinkrieg, den die Franzosen erfunden haben sollen”.

[28]    Max Jähns, Geschichte der Kriegswissenschaften… (1889-1891), t. 21-III, p. 2711.

[29]    On trouve la mention de ce traité de Folard sur la guerre de partis, chronologiquement, dans : Jeney, Der Partheigänger… (1765), dans le Vorrede (de F.-F. von Nicolai) ; C.-F.-H. Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse…, Carpentras, L. Devillario, t. I, 1841, art. “Folard”, pp. 493-494 ; Biographie universelle (Michaud), Paris, C. Desplaces, 1854-1865, t. 15, p. 140 ; Max Jähns, Geschichte… (1889-1891), vol. 21-II, p. 1478, et vol. 21-III, p. 2710 ; Marc de Vissac (baron), “Le chevalier de Folard”, dans : Mémoires de l’Académie de Vaucluse, 2e série, t. XII, 1912 (Avignon, F. Seguin, imprimeur-éd.), pp. 306-307 et 315 ; Charles de Coynart, Le Chevalier de Folard, 1669-1752, Paris, Hachette, 1914, pp. 27-28 ; Émile G. Léonard, L’Armée et ses problèmes… (1958), p. 106 ; John Ewald, Treatise on Partisan Warfare. Translation… by Robert A. Selig and David Curtis Skaggs, New York etc., Greenwood Press, 1991, p. 41, note 12 (note des éditeurs) ; Lucien Bély, Les Relations internationales en Europe, xviie-xviiie siècles (1992), p. 604 ; Bernard Peschot, “La notion de petite guerre en France (xviiie siècle)”, Histoire et Défense (Les cahiers de Montpellier), n° 28, II-1993, p. 142 ; Jean Chagniot, Le Chevalier de Folard… (1997), p. 34 ; Freddy Biet, “Jean-Charles de Folard, 1669-1752”, Enquêtes et Documents n° 25 (Les Armées et la guerre, de l’Antiquité à la seconde guerre mondiale), Nantes, Ouest Éditions, 1998, p. 106 ; Jean Chagniot, Guerre et société à l’époque moderne (2001), p. 310.

[30]    Voir infra, 1ère partie, chap. II, I, 2 : “Essai de définition…”.

[31]    D’Espagnac, Campagne de l’armée du roi en 1747 (1747), p. 113 ; Néel, Histoire de Maurice… (1752), t. II, p. 367 ; De Ray, Généraux et lieutenants généraux sous Louis XV…(publiés par L. Mouillard, 1895), p. 211 ; La Chesnaye, Dictionnaire militaire (1751), art. “Petite guerre” et art. “Croates” ; Scouand, Mémoire sur les troupes légères (1756, in : SHD-DAT, 1M 1721), p. 87 ; Joly de Maizeroy, Traité de tactique… (1767), t. I, p. 200 ; Turpin de Crissé, Essai… (1754), t. I, p. 22 ; du même, Commentaires sur les Mémoires de Montecuculi (1769), t. II, p. 352 ; Warnery, Remarques sur l’Essai général de tactique de Guibert… (1782), p. 146 ; l’expression apparaît aussi dans ses Remarques sur la cavalerie (Voir l’extrait cité par Michel Chabloz, “Le général de Warnery (1720-1786), ‘Remarques sur la cavalerie’”, Histoire et Défense, n° 18, II-1988, pp. 77-87).

[32]    La Science des petits postes militaires, ou Traité des fortifications de campagne, à l’usage des officiers particuliers d’infanterie qui sont détachés à la guerre… (1759). Le nom de l’auteur est aussi orthographié “Le Cointe”, de temps à autre.

[33]    Émile-G. Léonard, L’Armée et ses problèmes au xviiie siècle (1958), p. 209. Voir aussi infra, II, 3 : “Distinction entre ‘petite guerre’ et ‘guérilla’”.

[34]    Par exemple : Birac, Les Fonctions du capitaine de cavalerie… (1675), p. 40 (“D’aller à la guerre, …”) ; Feuquière, Mémoires (1750), t. III, p. 44 ; De Saxe, Mémoires sur l’art de la guerre (Dresde, 1757), p. 448 (dans sa lettre écrite à Auguste II en 1732) ; Sionville, Œuvres militaires (1756), t. I, § XIII, p. 183 ; Du Portal, Préceptes généraux sur la petite guerre (1789, in : SHD-DAT, 1M 1718), pp. 8, 15 et 35. 

[35]    SHD-DAT, A2 18, pièce n° 121, lettre de Grassin à d’Argenson, 13 juillet 1746. Voir aussi, ibid., n° 145 (Grassin à d’Argenson, 22 juillet) ; A1 3147, n° 30 (Louis de Bourbon à d’Argenson, 9 juin) ; ibid., n° 43 (d’Armentières à d’Argenson, 14 juin) ; ibid., n° 237 (Grassin à d’Argenson, 22 juillet) ; A1 3136, n° 87 (La Graulet à d’Argenson, 6 mars) ; ibid., n° 128 (La Graulet à d’Argenson, 10 mars) ; A1 3138, n° 80 (d’Armentières à d’Argenson, 14 juin) ; ibid., n° 86 (d’Armentières à d’Argenson, 15 juin) ; A1 3145, n° 123 (Löwendal à d’Argenson, 19 février ; avoir des partis “en guerre”). Il s’agit d’un échantillon de la correspondance des officiers, sélectionné pour étudier le régiment de Grassin. Il y a pléthore d’autres exemples !

[36]    Sur cette manœuvre, voir infra, 3e partie, chap. II, II : “Le maréchal de Saxe maître d’œuvre…”.

[37]    SHD-DAT, A1 3140, n° 171, lettre de Ségur à De Saxe, de Philippeville le 21 août 1746.

[38]    Hahlweg, Guerilla. Krieg ohne Fronten (1968), p. 21 : “daneben stehen der deutsche Ausdruck ‘Kleiner Krieg’ und der englische ‘small war’, auch ‘little war’”.

[39]    Voir, sur le sujet des traductions, infra, 1ère partie, chap. III, III, 2 : “Le rayonnement à l’étranger”.

[40]    Vernier, Militärische Anweisung für leichte Truppen (1773), pp. 15, 17, 40, 78 (“detachement”) ; p. 19 (mots “section” et “piquet” écrits en français) ; p. 22, pour “commandant” (“Ein Commandant soll sein Vorhaben vor der Ausführung, seinen Officiers bekannt machen”). Les mots laissés en français sont aisément repérables car ce sont les seuls dont la typographie n’est pas en gothique, mais en italique.

[41]    Jeney, The Partisan… Translated from the French of Mr. de Jeney. By an Officer in the Army (1760), dédicace. Traduction : “Il n’est pas inapproprié de considérer la petite guerre comme une sorte de portrait en miniature du grand Art de la guerre”.

[42]    Grandmaison, A Treatise, on the military service, of light horse, and light infantry, in the field, and in fortified places (1777).

[43]    Kirkpatrick, Brief considerations on the expediency of a plan for a corps of light troops, to be employed on detached service in the East-Indies (1781), p. 20.

[44]    Stevenson, Military instructions for officers detached in the field… (1770), p. VII : “In this country we have not been the first to copy the great masters in the art of war, nay we are indebted to our neighbours for the very terms of the art, for which reason an explanation of any of the terms made use of in the folowing [sic] essay, which our English dictionaries have not adopted, will be given in the course of it”. Sur la traduction de l’expression “petite guerre”, voir aussi : Sandrine Picaud, “‘Partisan warfare’, ‘war in detachment’ : la ‘petite guerre’, vue d’Angleterre (xviiie siècle)”, Stratégique, n° 84, mars 2004, pp. 13-59.

[45]    Sous le terme d’“Alliés” étaient désignés pendant la guerre de Succession d’Autriche les nations combattant contre la France : Autriche, Grande-Bretagne, Provinces-Unies. Cette armée fut aussi appelée “armée pragmatique”, car elle entendait soutenir la Pragmatique Sanction de 1713, qui faisait de Marie-Thérèse l’unique héritière des possessions autrichiennes à la mort de son père l’Empereur germanique Charles VI.

[46]    RA CP, box n° 24, pièce 155, “Project for sending 100. Men to surprise Sandvliet. 1747”.

[47]    NAM, “Hawley-Toovey papers…”, liasse 112, n° 17, lettre de H.R.H. au lieutenant-général Hawley, de Vilvorde le 5 octobre 1745. Sur Henry Hawley, M. Alastair Massie a écrit une notice biographique (aimablement communiquée par l’auteur), dans le Oxford Dictionary of National Biography (Oxford University Press, 2004). Hawley fit en Flandre les campagnes de 1744, 1745 et 1747 ; en 1746, il passa en Grande-Bretagne pour combattre la révolte jacobite.

[48]    Par exemple : RA CP, box n° 25, pièce 264.

[49]    Ces passages ont été aimablement traduits pour nous, du polonais du xviiie siècle en français du xxie, par M. Yannick Blivet.

[50]    Par ex. : Volkmar Regling, Grundzüge der Landkriegführung… (1979), p. 156 ; Josef Borus, “Bewaffnung und Taktik der Heere… ”, RIHM, Helsinki, 1991, I, p. 109.

[51]    Werner Hahlweg, Typologie des modernen Kleinkrieges (1967), pp. 9-10.

[52]    L’expression “grande guerre”, au sens tactique, par opposition à la “petite guerre”, est pour nous pratique et significative, mais elle n’était pas commune au xviiie siècle ; on parlait plutôt alors des “grandes affaires” de la guerre. On trouve l’expression “grande guerre” par exemple au xixe siècle dans la traduction française de Decker (De la petite guerre…, 1845, p. 23) ; voir la citation infra, dans la conclusion du présent ouvrage. Expression reprise par J.-P. Bois, “Stratégie et guerre de Vendée, entre petite guerre et grande guerre”, Enquêtes et Documents, n° 20 (Guerre et répression : la Vendée et le monde), Nantes, Ouest Éditions, 1993, pp. 21-33.

[53]    La Chesnaye, Dictionnaire militaire (éd. de 1751), art. “Petite guerre”.

[54]    Sur ce sujet, voir infra, 2e partie, chap. I, II, 3, b : “Des attaques de postes aux surprises des places…”.

[55]    Jeney, Der Partheygänger… (1765), p. 80, note b.

[56]    Briquet, Code militaire (1741), t. I, p. 96 (ordonnance du 30 novembre 1710, encore en vigueur au milieu du xviiie siècle) ; De Wüst, L’Art militaire… (1768), pp. 27-28.

[57]    Lacuée de Cessac, Le Guide des officiers… (1785), t. I, p. 13. Au xviiie siècle, les officiers généraux étaient les maréchaux de France, les lieutenants-généraux et les maréchaux de camp. Selon l’Encyclopédie Méthodique (t. IV, 1797, art. “Officier”), tous les autres officiers, ceux dont le grade leur est inférieur, sont dits “officiers particuliers” ; ce sont les officiers “de chaque corps composant les différentes armes employées dans une armée”. Mais les “officiers particuliers” désignaient le plus souvent en réalité les officiers subalternes (capitaines, lieutenants ; et, à partir de 1762, sous-lieutenants, qui remplacèrent les cornettes de cavalerie et enseignes d’infanterie). Cf. par exemple Cessac (1785), t. I, p. 6 : “…plusieurs autres écrivains persuadés de la nécessité d’instruire l’officier particulier, se sont occupés des connoissances militaires propres aux officiers subalternes”. On classe souvent les brigadiers parmi les officiers généraux. Ils n’en faisaient pas partie. Cf. par exemple, ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes… (1743-1748), t. III (vol. 2), p. 129, note. Beausobre écrit : “Je n’etois point oficier general, n’etant que Brigadier ; mais j’en remplissois bien les vrayes fonctions”. Voir aussi : L. Bély (dir.), Dictionnaire de l’Ancien Régime (1996), art. “Officiers généraux”, de J. Chagniot : “Les brigadiers n’étaient pas eux-mêmes des officiers généraux, puisqu’ils restaient attachés à leur arme respective, l’infanterie, la cavalerie ou les dragons”.

[58]    Journal de Simon Delorme à l’armée de Bavière en 1742 (Bibliothèque Mazarine, 2364), pp. 106-107. Extrait aimablement communiqué par M. le Professeur Jean Chagniot (10-04-2002).

[59]    Sur ce sujet, voir aussi infra, 1ère partie, chap. III, I, 1 : “Une guerre de ‘grands capitaines’… ?”.

[60]    Dictionnaire de Trévoux (éd. de 1771), art. “Parti” (t. VI, p. 552) ; Encyclopédie… (1751-1780), art. “Parti” (t. 12, p. 89).

[61]    La Chesnaye, Dictionnaire militaire (éd. de 1745), t. I, art. “Détachement”.

[62]    Michel, Les Ordonnances militaires du roy… (1707), p. 78.

[63]    Michel, Les Ordonnances militaires du roy… (1707), p. 82 : 25 hommes, tant pour l’infanterie que pour la cavalerie ou les dragons. Une précédente ordonnance, de 1689, avait fixé la limite inférieure à 19 hommes.

[64]    Briquet, Code militaire (1741), t. I, p. 96 (ordonnance de Louis XIV du 30 novembre 1710, sur les partis détachés des armées et des garnisons).

[65]    Guignard, L’École de Mars (1725), t. II, p. 384 (pour les différentes missions des partis, voir pp. 382-385, dans le chap. sur les partis de guerre).

[66]    Scouand, Mémoire… (1756, in : SHD-DAT, 1M 1721), pp. 4 et 137-138.

[67]    La Roche, Essai… (1770), t. I, pp. 3 et 137-138.

[68]    Grimoard, Traité sur la constitution des troupes légères… (1782), p. IX.

[69]    Infra, 1ère partie, chap. III, II, 1 : “Pourquoi écrire… ?”.

[70]    Encyclopédie… (1751-1780), art. “Petite guerre” (t. 12, p. 466) ; Grandmaison, La Petite guerre (1756), p. 111.

[71]    L’expression “guerre de coups d’épingle” (“mit einer Politik der Nadelstiche provozieren”) est reprise dans : Cora Stephan, Das Handwerk des Krieges (1998), p. 175.

[72]    Grandmaison, La Petite guerre (1756), pp. 331-332, 361-362, 367, passim, pour des ex. d’opérations mettant en scène les compagnies franches célèbres de Jacob et de Dumoulin ; pp. 273-274 et 276, pour des opérations impliquant respectivement les régiments de hussards d’Esterhazy et de Berchény ; p. 28, 82-83, 391-392, passim, pour des ex. d’opérations impliquant les régiments de volontaires mixtes de Grassin et/ou de La Morlière.

[73]    Le régiment des Volontaires Royaux fut créé par l’ordonnance du 15 août 1745 et était fort, à sa création, de 2 630 hommes. Le premier commandant en fut le colonel Jacob, ancien capitaine commandant d’une compagnie franche de fusiliers et d’une compagnie franche de dragons qui furent fondues, parmi d’autres, dans le nouveau corps (Sapin-Lignières, Les Troupes légères de l’Ancien Régime, 1979, pp. 48, 153, et notice n° 82, pp. 184-187). Les Volontaires Royaux servirent en 1745 et 1746 en Flandre (sous la direction du comte de Mortaigne en 1746) puis, en 1747 et 1748, à l’armée de Provence (sous la direction du comte de Chabo La Serre).

[74]    Les dragons étaient des troupes à cheval qui pouvaient aussi, à l’occasion, combattre à pied.

[75]    Pour la place des différentes nations dans la composition des régiments de hussards en France au xviiie siècle, voir infra, 1ère partie, chap. I, II, 3 : “La critique théorique des troupes légères”.

[76]    Un autre régiment porta postérieurement ce même nom de Volontaires Royaux : en 1756 fut levé un Régiment des Volontaires de Nassau-Sarrebrück, commandé par Guillaume-Henri, prince de Nassau-Sarrebrück (entré au service de France en 1756). Et ce dernier régiment prit brièvement en 1758 le nom de Volontaires Royaux de Nassau, avant de devenir le régiment de cavalerie régulière Royal Nassau ; il fut réformé en 1776.

[77]    L’ouvrage de base qui répertorie les troupes légères est : V. Sapin-Lignières, Les Troupes légères de l’Ancien Régime… (1979). Il traite à la fois des compagnies franches et des régiments de Volontaires ; voir aussi : A.-P.-J. Amiot, Panorama militaire, Paris, Corby, 1830. Pour un état des régiments de hussards au xviiie siècle en France, on peut consulter l’ouvrage suivant, ancien mais toujours utile : Choppin, Les hussards, les vieux régiments, 1692-1792 (1899).

[78]    Voir la conclusion générale.

[79]    Quinteau, La Guerre de surprises et d’embuscades (1884), t. I, pp. 88-89 ; général Susane, Histoire de la cavalerie française (1874), t. II, p. 230 ; Ajtay, “L’origine du hussard hongrois”, RIHM, Paris, 1939, n° 1, p. 18. Voir aussi : Charles-Eszlary, “L’origine hongroise des hussards de l’armée française”, Vivat Hussar, n° 3, 1968, pp. 15-16 ; Gérard Chaduc, “Les hussards au xviiie siècle, des marginaux au service du roi de France”, RHA, 1986, n° 1, p. 60 ; P. Bethlen, “Une campagne à la hussarde (1619-1622)”, Vivat Hussar, n° 30, 1995, p. 227.

[80]    ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/13, Notes… (1716-1763), pp. 56-58.

[81]    Il y avait en principe une compagnie de grenadiers (la première compagnie) dans chacun des régiments d’infanterie de ligne. Outre le sabre et le fusil à baïonnette, le grenadier avait une gibecière emplie de grenades. Dans le régiment mixte de troupes légères de Grassin, chaque compagnie d’infanterie comprenait dix grenadiers. Leur salaire journalier était plus élevé que celui des simples fusiliers ou arquebusiers. Cf. l’annexe 1, pour le régiment de Grassin. Et : SHD-DAT, coll. Saujon, vol. 44, n° 1, 1744, art. VII.

[82]    La Chesnaye, Dictionnaire militaire… (1751), art. “Grenadier”.

[83]    C’est en janvier 1745 que furent levées des compagnies de grenadiers dans les bataillons de milice (ie, des miliciens volontaires pour servir comme les grenadiers de ligne pour la durée de la campagne). À partir d’avril 1745, ces compagnies de grenadiers furent retirées des bataillons et formées en sept régiments, auxquels on donna le nom de “grenadiers royaux”. À la fin de chaque campagne, les compagnies rejoignaient les bataillons de milice dont elles étaient sorties, et l’on reformait les régiments à la campagne suivante. Après la paix de 1748, on garda les compagnies de grenadiers royaux et on en forma 11 bataillons, assemblés chaque année. Ils servirent à nouveau en régiments pour la guerre de Sept Ans. Cf. Léon Hennet, Les Milices et les troupes provinciales, Paris, L. Baudoin et Cie, 1884 (pp. 106-117 pour les grenadiers royaux).

[84]    Barbier, Journal…, t. VIII (Paleo, 2006), p. 83. Sur les grenadiers en général, voir : Mouillard, Les Régiments sous Louis XV (1882), pp. 13-14.

[85]    ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes… (1743-1748), t. II (vol. I), p. 222, note a ; Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. II, pp. 90-91.

[86]    Ce fut seulement le décret de l’an II (21 nivôse, ie le 15 janvier 1794) qui classa les hussards dans la cavalerie légère ; jusque-là, ils ne lui appartenaient pas nominalement, quoique leur service fût le même. Cf. Bardin, Dictionnaire de l’armée de terre (1841-1851), art. “hussard”, p. 2855.

[87]    D’Héricourt, Élémens de l’art militaire (éd. de 1756-1758), t. III, titre 33 (“Troupes légères et leur solde”) ; titre 37 (“Cavalerie, carabiniers, hussards, et dragons”).

[88]    Ibid., t. III, titre 33, chap. I, sur les Volontaires de Flandre (où servit Grandmaison), que d’Héricourt dit composés d’infanterie et de cavalerie ; chap. II, pp. 282 sq., sur les Volontaires Royaux, que d’Héricourt dit composés d’infanterie et de dragons.

[89]    ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes… (1743-1748), t. III, vol. II, p. 205 ; Dupain de Montesson, Les Amusements militaires (1757), p. 184.

[90]    SHD-DAT, 1M 174 (1746), p. 109.

[91]    La Croix, Traité… (1752), pp. 84-85.

[92]    V. Sapin-Lignières, “Hussards et troupes légères”, Vivat Hussar, n° 18, 1983, pp. 63-67. Voir aussi Fallou, Nos hussards (1692-1902)… (1902), pp. 8-11, où l’on voit que des régiments de Volontaires mixtes comprenaient des hussards. Voir encore : SHD-DAT, Xc 84 (compagnies franches, 1727-1749), liasse “État des compagnies franches”, composition de la compagnie franche de Gvengvesy, comprenant des hussards… (1 p., sans date).

[93]    Sur ce dernier point, voir infra, 1ère partie, chap. II, II, 3 : “Le problème des troupes dites ‘légères’”.

[94]    ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes…, t. II, pp. 9-10. Réf. aux cavaliers légers numides aussi chez : Turpin de Crissé, Commentaires sur les institutions militaires de Végèce (1779), t. III, p. 20.

[95]    Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. I, 2e préliminaire, et p. 2.

[96]    SHD-DAT, Yb 707 (contrôle des officiers de milice de 1751 à 1762), p. 484.

[97]    Grimoard est sous-lieutenant au régiment de Dauphin-infanterie dans les années 1770, avant d’occuper des fonctions plus politiques et diplomatiques à la fin de l’Ancien Régime (SHD-DAT, 7Yd 50, dossier individuel du lieutenant-général Philippe-Henry de Grimoard) ; Jean-Girard Lacuée de Cessac, entré au régiment de Dauphin-Infanterie en 1770, y est capitaine en second en 1789 (SHD-DAT, Xb 42, rapports d’inspections du régiment entre 1704 et 1790).

[98]    La Croix, Traité… (1752), p. 5.

[99]    Grandmaison, La Petite guerre (1756), pp. 8 et 14.

[100] Jeney, Le Partisan (1759), pp. 2-3.

[101] L’appellation “chasseurs” fut utilisée dans le nom d’un certain nombre de corps de troupes légères à pied ou à cheval au xviiie siècle, en France et hors de France : on citera les célèbres chasseurs de Fischer.

[102] De Wüst, L’Art militaire… (1768), pp. 13-17.

[103] La Roche, Essai… (1770), t. 1, p. 10.

[104] Grimoard, Traité… (1782), pp. 223-278.

[105] Cessac, Le Guide des officiers… (1785).

[106] Voir supra, II, 1 (“Critères de définition…”), les grades qu’il y englobe.

[107] De façon plus marginale, on trouve quatre pages sur “Le métier de partisan” dans : Hervé Drévillon, L’Impôt du sang. Le métier des armes sous Louis XIV, Paris, Tallandier, 2005, pp. 385-388 ; quelques pages sur le sujet aussi dans : H. Drévillon, “Courtilz de Sandras et les valeurs militaires de la noblesse à la fin du règne de Louis XIV”, in : Combattre, gouverner, écrire. Études réunies en l’honneur de Jean Chagniot, Paris, Economica, 2003, pp. 351-367.

[108] Voir : Sandrine Picaud, “La petite guerre au xviiie siècle en Europe : une mise au point bibliographique” (avec introduction historiographique). Bibliographie Internationale d’Histoire Militaire, t. 26, Centre général Guisan, Pully (Suisse), éd. Thesis Zürich, 2005, pp. 177-225.

[109] Voir dans la bibliographie du présent ouvrage les auteurs suivants : Orville T. Murphy (1969), Martin L. Nicolay (1989), Peter Paret (“The relationship between the revolutionary war and…”, 1976), Peter E. Russell (1978), Armstrong Starkey (1998), Matthew C. Ward (1997).

[110] René Chartrand, “De l’armure aux mocassins – l’émergence d’une doctrine tactique en Nouvelle-France”, in : John A. Lynn (dir.), Coming to the Americas, Actes du xxviiie congrès de la Commission internationale d’histoire militaire (Norfolk, Virginie, 11-17 août 2002), Wheaton (USA), Cantigny First Division Foundation, 2003, pp. 93-106 ; Arnaud Balvay, “La petite guerre au xviiie siècle”, in : Alain Beaulieu (dir.), Guerre et paix en Nouvelle-France, Québec, Les éditions du GID, 2003, pp. 205-224. Voir aussi la thèse de doctorat d’A. Balvay, parue sous le titre : L’Épée et la plume : Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Presses Universitaires de Laval (Canada), 2006. À mettre en perspective avec : Jeremy Black, La Guerre au xviiie siècle, éd. Autrement, coll. “Atlas des guerres”, 2003, pp. 59-93 : “Européens contre Non-Européens”.

[111] François-Gaston, chevalier puis marquis de Lévis (1720-1787). De 1741 à 1747, il combattit en tant que capitaine, successivement, en Bohême, en Alsace, en Italie. Brigadier en 1756, il combattit au Canada sous les ordres du marquis de Montcalm ; il atteignit le grade de lieutenant-général en 1761 et termina maréchal de France.

[112] Louis-Armand de Lom d’Acre, baron de Lahontan, Œuvres complètes, 2 vol., éd. R. Ouellet et A. Beaulieu, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1990, p. 713 ; Joseph-François Lafitau, Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps, 2 vol., Paris, Saugrain l’aîné, 1724, t. III, p. 153. Pour définir la guerre à l’indienne, seul Lafitau emploie l’expression de “petite guerre”, selon A. Balvay. D’autres auteurs du xviiie siècle, peut-être moins connus, ont aussi défini ce style de guerre : Baudry Deslozières, Voyage à la Louisiane et sur le continent de l’Amérique septentrionale, fait dans les années 1794 à 1798, Paris, Dentu, 1802, pp. 23, 65, 78 ; Capitaine Bossu, Nouveaux voyages aux Indes occidentales, Paris, Le Jay, 1768, 2e partie, p. 94 ; Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane, Paris, De Bure l’aîné, 1758, pp. 426-427 ; Claude-Charles Bacqueville de La Potherie, Histoire de l’Amérique septentrionale, [1722], Monaco, éditions du Rocher, 1997, p. 503 ; Louis Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, [1794], Québec, A. Coté, 1889, et Montréal, éditions Élysées, 1974, pp. 48-49. Toutes ces références, ainsi que les extraits de ces ouvrages, nous ont été aimablement communiqués par M. Arnaud Balvay, que nous remercions vivement.

[113] Jean-Louis Lecointe de Marcillac (1729- ?), gentilhomme nîmois, capitaine au régiment de cavalerie du prince de Conti et membre de l’Académie de Nîmes. À sa mort, il aurait laissé plusieurs manuscrits d’ouvrages qui ne furent jamais publiés ensuite, dont l’un intitulé Le Partisan français. Voir : Michel Nicolas, Histoire littéraire de Nîmes et des localités voisines qui forment actuellement le département du Gard, t. I, Nîmes, Ballivet et Fabre, 1854, pp. 156-161 (chap. sur Lecointe et son œuvre).

[114] La révolte dite “guerre des camisards” opposa, de 1702 à 1704 essentiellement, mais avec des résurgences jusqu’en 1710, les calvinistes des Cévennes à l’administra­tion et aux troupes de Louis XIV.

[115] Voir : Bernard Peschot, “La guérilla à l’époque moderne”, RHA, n° 1-1998, pp. 10-12. On peut regretter ce titre ambigu qui recouvre, au vu du contenu de l’article, les deux réalités, petite guerre auxiliaire de la grande au sein de conflits classiques, et partis de guerre ayant lutté, du xvie au xviiie siècle, contre l’autorité légitime de leur pays.

[116] Santa-Cruz, Réflexions militaires et politiques (1739-1740), vol. VII, p. 161 (emploi de “parti” dans le sens de troupes légitimes du souverain envoyées pour mater les révoltés) ; p. 209 (“partis” de révoltés) ; p. 214 (la justice civile, et non le droit de la guerre, s’applique à des révoltés). En cas d’une guerre “assimilée à une rébellion contre l’autorité légitime”, Van Creveld confirme, pour les xvie-xviiie siècles, que le droit de la guerre ne s’appliquait pas, mais une répression sans rémission. Voir : Van Creveld, La Transformation de la guerre (1998), pp. 60-61 et 100-101.

[117] Sur ce sujet, voir infra, 2e partie, chap. I, III, 2 : “Les prises : jus in bello…”.

[118] Voir : Van Creveld, La Transformation de la guerre (1998), pp. 36-53 ; et quelques autres études, par exemple : Manfried Rauchensteiner et Erwin A. Schmidl (éd.), For­men des Krieges. Vom Mittelalter zum ‘Low-intensity-Conflict’, Graz, Verlag Styria, 1991 ; John A. Adam, “Heavy versus light forces : a middle ground”, Military Review 66, octobre 1986, pp. 65-73 (la tactique des troupes légères actuellement trouve son expression dans les conflits de basse intensité) ; Grant T. Hammond, “Low-intensity conflict. War by another name”, Small wars and insurgencies, 3 (1990), 1, pp. 226-238.

[119] La distinction entre petite guerre et guérilla est très bien exprimée dans : André Corvisier, La Guerre. Essais historiques (1995), pp. 385-387. Pour la Corse, voir : Dominique Buresi, Histoire militaire des Corses de 1525 à 1815. Tome 2, Guerres et révolutions en Corse au xviiie siècle (1729-1799), éd. Teissèdre. Tout au long de leur histoire, les Corses ont servi préférentiellement dans les troupes légères (selon corres­pondance avec l’auteur, septembre 2005).

[120] Turpin de Crissé, Commentaires sur les Mémoires de Montecuculi (1769), t. I, art. 1, p. 347.

[121] Voir par exemple : Yves Gras, “Les guerres limitées du xviiie siècle”, RHA, 1970, n° 1, pp. 22-36 ; J.-P. Bois, Maurice de Saxe (1992), pp. 208-218.

[122]Inventé par Henry Lloyd [1720-1783], le concept de ligne d’opérations est repris et développé par Bülow, puis systématisé par Jomini. Une ligne d’opérations est un itinéraire qui relie une base ou un point de départ à un objectif, en l’espèce une route ou un chemin praticable par une armée”. Cf. F. Géré, Dictionnaire de la pensée stratégique (2000), p. 158 ; Lloyd, Mémoires militaires et politiques (1801 – éd. posthume), pp. 272-274 ; Edward Mead Earle, Les Maîtres de la stratégie (traduit de l’américain ; éd. en anglais 1943), Paris, Berger-Levrault, 1980, chap. 4 (sur Jomini), pp. 106-107.

[123] G. Parker, La Révolution militaire (1993), p. 68.

[124] Sur la rupture des communications comme objet de la petite guerre, voir par exemple : La Roche, Essai… (1770), t. I, chap. XX, pp. 302-303. Et, parmi les études bibliographiques : J. Childs, Armies and warfare in Europe… (1982), p. 134.

[125] Saint-Geniès, L’Officier partisan (1766), t. I, p. 91.

[126] Franz von der Trenck (1711-1749), après un essai infructueux dans l’armée autri­chienne (pour cause d’insubordination), commença véritablement sa carrière militaire comme officier d’un régiment de hussards de l’armée russe. Au début de la guerre de Succession d’Autriche, il obtint de la reine Marie-Thérèse de lever un corps de pandoures de 1 000 hommes au service de l’Autriche. Cette troupe, qui atteignit ensuite 5 000 hommes, se signala par sa vaillance comme par ses cruautés. Après 1745, le baron de Trenck finit par être jugé et condamné à Vienne pour ses méfaits et son insubordination ; il mourut en prison. Nous aurons l’occasion de reparler de plusieurs autres des personnages cités ici par Werner Hahlweg.

[127] Werner Hahlweg, Lehrmeister des kleinen Krieges… (1968), p.10.

[128] Sandrine Picaud, “La manœuvre de la Méhaigne (guerre de Succession d’Autriche), chef d’œuvre du style indirect, dans le cadre du débat sur la petite guerre au xviiie siècle”. Cahiers du CEHD, n° 23 (“Nouvelle histoire bataille”, II), Paris, ministère de la Défense, Secrétariat général pour l’Administration, 2004, pp. 181-200.

[129]Art de la petite guerre”, expression employée par exemple dans : La Roche, Essai… (1770), t. I, pp. 66 et 153.

[130] Par exemple : abbé Staub, Histoire de tous les régiments de hussards, Fontenay-Paris, 1867-1869, 2 vol. En réalité, cette Histoire ne concerne que deux régiments de hussards : le n° 1 (anciennement Berchény) pour le 1er vol., et le n° 2 (anciennement Chamborant) pour le 2e vol. Dans la veine des monographies vieillies du xixe siècle, d’un intérêt limité, on peut citer celles qui furent publiées sur les régiments de chasseurs, telle : Gay de Vernon, Historique du 2e régiment de chasseurs à cheval depuis sa création jusqu’en 1864, Paris, Librairie militaire J. Dumaine, 1865. Nous n’avons pas inclus ce genre d’ouvrages dans notre bibliographie. Celle-ci comprend seulement, sauf exception (pour l’attitude face à la Révolution), les ouvrages d’une portée plus générale, ou des études particulières concernant les campagnes ou les corps ou les personnages qui sont au cœur de notre sujet. Sur Ladislas (ou László) de Berchény, on pourra consulter : Raymond Boissau, Ladislas Bercheny, Magnat de Hongrie, Maréchal de France, Paris / Budapest / Szeged, Institut hongrois de Paris, 2006 (ouvrage diffusé par le musée Massey de Tarbes).

[131] Le regain d’intérêt pour les hussards de Beausobre est antérieur à nos travaux et à ceux de P. Streit. Mais, quand il n’y a pas de publication, le sujet passe inaperçu. Ainsi avons-nous remarqué, dans le Carnet de la Sabretache (n° 5, 1970, 2e de couverture), l’annonce d’une conférence prévue au siège de la Société de la Sabretache pour le 22 mai 1971, par le général de La Tour : “M. de Beausobre et ses houzards”. Par un amusant retour du destin, nous avons nous-même donné une conférence (non publiée) au siège de La Sabretache sur “Les Maximes raisonnées sur la guerre du comte de Beausobre”, en novembre 2002.

[132] Pierre Streit a publié un article biographique sur le comte de Beausobre, à partir du fonds lausannois (“Jean-Jacques de Beausobre (1704-1783) : un hussard suisse au service de Louis XV”, RHA, n° 2-2001, pp. 113-124). Cet article fait suite à un mémoire de licence soutenu sur le même sujet en 2000. Mais l’analyse des récits de campagne et des écrits tactiques du comte n’a pas été détaillée ; ce n’était pas en effet le sujet de ces travaux. Deux volumes manuscrits du fonds concernant Beausobre aux ACV (fonds P Nelty de Beausobre) sont pour nous essentiels : 2.2.6/13, Notes… (1716-1763), Bisseuil, 1763, 240 p. ; 2.2.6/15, Maximes raisonnées sur la guerre, pour mon régiment de hussards, 3 t., de 165, 435 et 505 p. Plusieurs autres volumes, récits de campagnes ou traités tactiques, sont aussi très utiles. Voir infra, partie “Archives non publiées”.

[133] ACV, P Nelty de Beausobre, 2.2.6/15, Maximes…, vol. 1, t. 1, p. 2.

[134] Voir la 1ère partie, chap. III, II, 1 : “Pourquoi écrire… ?”.

[135] Voir l’exemple de la surprise de Crémone, en 1702, dans la 2e partie, chap. I, II, 3, b : “Des attaques de postes aux surprises des places…”.

[136] Cessac, Le Guide des officiers… (1785), t. I, p. V.

[137] B. Peschot, “La guérilla à l’époque moderne”, RHA, 1998, n° 1, pp. 3-12 ; et “La petite guerre au xvie siècle : formes, styles et contacts dans l’Occident méditerranéen”, in : Les armes et la toge. Mélanges offerts à André Martel, Montpellier (1997), pp. 261-272.

[138] Voir E.-G. Léonard, L’Armée et ses problèmes… (1958), pp. 33-35.

[139] Guiomar (Jean-Yves), L’Invention de la guerre totale. xviiie-xxe siècle, Paris, éd. du Félin, 2004. Voir notamment la conclusion, pp. 287 et suiv., “Qu’est-ce que la guerre totale ?” : l’auteur s’est demandé dans ce livre pourquoi la guerre déclenchée en 1792 est devenue, selon les historiens, totale dès l’année suivante. Il définit la guerre totale d’abord comme “guerre mettant aux prises des masses de combattants inconnues jusque-là”. Mais il introduit deux autres éléments, absents des analyses courantes : “d’abord, une guerre devient totale du fait qu’au début ses buts ne sont pas clairs et son extension montre qu’ils s’obscurcissent en devenant de plus en plus vastes et imprécis ; ensuite, du fait de cette complication croissante, une guerre totale est une guerre impossible à terminer par ceux qui l’ont déclenchée”.

Une réflexion au sujet de « La petite guerre au XVIIIe siècle. L’exemple des campagnes de Flandre de la guerre de Succession d’Autriche, mises en perspective dans la pensée française et européenne »

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