Chapitre XVIII – LA MER ROUGE DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Les Anglais réagirent à cette offensive italienne en contre-attaquant Gallabat en novembre 1940 mais ils ne purent reprendre la ville.Le général Wavell décida, à la suite de cet échec, de renforcer la résistance intérieure éthiopienne contre l’Italie en attendant que l’arrivée des renforts attendus de l’Inde, de l’Afrique du Sud et de l’Afrique occidentale lui permette de développer son plan offensif. La conception fondamentale de ce plan était l’exécution par les forces régulières d’un très large mouvement en tenailles venant d’une part du nord, du Soudan à travers l’Erythrée, d’autre part du sud par le Kenya à travers la Somalie et se réunissant au centre de l’Ethiopie, à proximité d’Addis Abeba. En outre, d’importantes forces de partisans éthiopiens devaient s’emparer de tout l’ouest de l’Ethiopie.

Carte 26

Campagne d’Ethiopie 1940-1941

 

Les troupes britanniques s’ébranlèrent des bases du Kenya le 10 février 1941. Elles prirent Kismayu le 13, traversèrent la rivière Juba le 16 et entrèrent à Mogadiscio, capitale de la Somalie italienne, le 25 février. Plus de 30 000 soldats italiens avaient été tués ou faits prisonniers. Une autre division britannique, la II African Division poussa vers le nord à marches forcées et, malgré les difficultés de traversée d’une région désertique, parvenait à Djidjiga le 17 mars, à plus de 1 000 kilomètres de Mogadiscio, coupant ainsi la retraite aux troupes italiennes qui occupaient Berbera. Puis, obliquant à l’ouest en suivant le chemin de fer de Djibouti à Addis Abbeba, elle atteignit Harrar le 25 mars et Dire Daoua le 29, faisant sa jonction avec les forces amphibies de l’Air Marshall Reid qui, parties d’Aden, avaient débarqué et repris Berbera le 16 mars.

Poursuivant son avance, la division britannique lança vers Addis Abbeba la 22e East African Brigade qui atteignit la capitale le 6 avril 1941.

En huit semaines, les forces du général Cunningham, parties du Kénya, avaient couvert 2 700 kilomètres dans une contrée extrêmement difficile et effectué une remarquable manoeuvre grâce à une excellente organisation logistique et un esprit offensif de haute valeur.

Dans le nord de l’Ethiopie, les combats étaient plus rudes. Les 4e et 5e Divisions indiennes, commandées par le général Platt, et les troupes françaises de la Brigade Libre d’Orient, sous les ordres du colonel Monclar, se heurtaient à une très forte résistance des Italiens accrochés à un terrain montagneux, hérissé de gorges profondes. Les troupes alliées avaient effectué un double mouvement. Le gros venant de Khartoum, avait pris Kassala le 19 janvier et enlevé successivement Keru, Aicota, Barentu et Agordat mais avait été arrêté devant Keren par de puissantes unités italiennes. Le reste, composé de la 7e brigade indienne et des troupes françaises du Bataillon Garbay et de la Brigade Montclar avait débarqué à Mersa Taclai, au nord de Massawa, et rejoint le gros des divisions alliés devant Keren.

Le Bataillon Garbay avait été transporté par voie de terre du Tchad à Souakia et par mer jusqu’à Mersa Taclai. Il fut engagé dans les combats du Cub-Cub le 21 février. Le gros de la Brigade Monclar parti de Douala à la fin de décembre 1940 avait fait le long détour par le Cap et débarqué à Port Soudan d’où il fut transporté par mer à Mersa Taclai le 25 février. Il rejoignit d’abord le secteur nord de Keren et faillit couper la retraite de la garnison italienne sur la route d’Asmara. Après de furieux combats, Keren tomba le 29 mars. Les forces britanniques foncèrent sur Massawa où elles firent leur entrée le 8 avril, précédées par les légionnaires de la Brigade Libre d’Orient. Ceux-ci, sous les ordres du colonel Monclar, chargés de flanc-garder vers l’intérieur la 7e brigade indienne qui attaquait Massawa du nord au sud dans le secteur de la mer, enlevèrent brillamment les forts de la ceinture de défense de Massawa et le colonel Monclar, entrant le premier dans la base navale, eut l’honneur de recevoir la reddition de l’amiral Bonetti, commandant de la Marine.

Un magnifique monument, élevé à l’entrée de la base navale éthiopienne de Massawa par Jean Legrain, Consul de France en Erythrée de 1955 à 1960, et inauguré en janvier 1959 par l’amiral Barjot, en présence de l’Empereur Haïlé Sélassié, rappelle le souvenir des exploits de nos soldats. Il contient les restes de ceux qui tombèrent en Erythrée pour la libération de l’Ethiopie.

Après cette rapide campagne, il ne restait plus, du côté italien que quelques divisions coloniales en Galla-Sidamo. Elles furent rapidement réduites, en particulier par une force expéditionnaire belge venue du Congo jusqu’en Ethiopie. Ce fut le général belge Gillaert qui reçut la capitulation des forces du Galla-Sidamo le 6 juillet 1941.

Il faut souligner, pour tenter d’expliquer l’ampleur de cette catastrophe militaire, le rôle puissant joué d’août 1940 à avril 1941 par les mouvements éthiopiens de résistance intérieure animés par les missions anglaises.

Nous avons vu que la mission du colonel Sandford avait pénétré en Ethiopie le 12 août. Elle fut suivie le 20 novembre 1940 par celle du Major Ode Wingate qui avait acquis en Palestine de 1937 à 1939 une grande expérience de la guerre subversive en formant et en menant au combat contre les Arabes des partisans juifs. Sandford et Wingate mirent sur pied le mouvement de résistance « Patriote » qui avait pour but de dominer une vaste zone dans le Godjam pour y installer l’Empereur et propager la révolte vers l’intérieur de l’Ethiopie.

Les forces intérieures étaient composées d’un bataillon soudanais et de deux bataillons de maquisards éthiopiens. En outre, des unités spéciales furent formées : elles comptaient un officier et cinq sous-officiers anglais et quelques éthiopiens triés sur le volet. Leur rôle consistait à animer les mouvements de résistance, à conseiller les partisans et à superviser l’instruction, le ravitaillement et la direction des combats.

Le 21 janvier 1941, l’Empereur accompagné de Wingate franchissait la frontière éthiopienne et, pour la première fois depuis 1935, le drapeau impérial flottait de nouveau en Ethiopie. Wingate, grand lecteur de la Bible, avait donné le nom de « Gideon Force » à l’expédition subversive qu’il mena. La plus grande difficulté était était le transport des ravitaillements sur une distance de 900 kilomètres, à travers une région les plus sauvages de l’Afrique. Des milliers de chameaux l’assurèrent mais périrent en totalité par suite d’une mauvaise estimation de leurs possibilités sur ce terrain et du manque d’orge.

Rapidement, les conséquences de l’action subversive se firent sentir ; la révolte s’étendait et le commandement italien s’en exagérait encore les moyens et l’importance. Des replis volontaires libérèrent le Godjam occidental. Le 18 février 1941, Dangila, ville située entre l’ancienne capitale, Gondar, et la nouvelle, Addis-Abebba, était occupée par l’Empereur. A cette époque, les unités régulières avaient commencé leur avance en Somalie et en Erythrée et s’approchaient des frontières de l’Ethiopie.

En une série d’actions rapides consistant en embuscades, raids de nuit, diversions, harcèlements de postes, attaques inopinées, Wingate obligea les Italiens à se retirer de Burrye sur Debra-Markos, les refoulant ainsi sur la capitale. L’Empereur entrait à Debra-Markos le 6 avril, jour de la prise d’Addis Abbeba.

En ces six semaines, « Gideon Force », avec les patriotes locaux, avait libéré tout le Godjam, repoussant les forces italiennes s’élevant à seize bataillons coloniaux, deux groupements de bandes auxiliaires, quatre bataillons de « Chemises Noires », avec une importante artillerie et aviation, le tout s’élevant à 35 000 hommes. Le maximum des effectifs de Wingate avait été de cinquante officiers et vingt sous-officiers britanniques, huit cents tirailleurs soudanais, huit cents éthiopiens, quelques mortiers et postes de radio mais sans aucun appui aérien. Son butin s’élevait à onze cents prisonniers italiens, quatorze mille cinq cents soldats des troupes coloniales, douze canons, de nombreuses armes et dépôts.

Après la libération de la capitale, « Gideon Force » en coopération avec les colonnes régulières pourchassa le Duc d’Aoste vers l’Amba Alagi, continuant à soulever les tribus au nord du lac Tana, obligeant des garnisons italiennes à capituler, répandant partout l’insécurité pour les Italiens. Succès d’autant plus remarquable que les mouvements patriotiques étaient difficiles à mener, divisés par des rivalités de tribus ou de politique intérieure. Grâce à cette campagne subversive et de pénétration lointaine, l’Empereur retournait dans son pays en conquérant : l’Ethiopie était le première nation libérée de l’agression et de l’occupation fasciste.

Deux avis britanniques soulignent les actions de la « Gideon Force » de Wingate. L’un affirme : « Proportionnellement les succès des forces de Wingate ont été beaucoup plus grands que ceux des armées régulières opérant sur chacun de ses flancs ». Et l’autre insiste : « Il n’y a pas de doute que si des avions avaient été disponibles durant cette campagne, « Gideon Force » aurait pu provoquer la capitulation totale des trente cinq mille Italiens bien équipés du Godjam et occuper la capitale Addis Abbeba longtemps avant que les troupes des armées conventionnelles ne la menacent ».

Ainsi, en tout cas, dès le milieu de 1941, les résultats stratégiques de la campagne d’Ethiopie étaient atteints : destruction du gros des forces italiennes d’Afrique orientale, suppression de la menace sur la mer Rouge. Les conséquences immédiates en étaient la possibilité d’organiser en toute sécurité l’Egypte en une vaste base d’opérations contre la Libye, de renforcer les forces armées luttant en Cyrénaïque, de permettre aux navires américains de circuler en une mer Rouge qui n’était plus zone de guerre, allégeant ainsi les lourdes charges du tonnage maritime britannique.

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* *

Sur mer, les opérations des Italiens ne furent pas plus heureuses. Il faut dire que la longue côte de l’Afrique orientale qui s’étend de Massawa à Mombassa par la mer Rouge et le golfe d’Aden ne possédait que des installations portuaires médiocres, si l’on exceptait Djibouti, neutralisé par l’armistice franco-italien. Aussi, les forces navales italiennes restèrent-elles concentrées à Massawa et ne profitèrent même pas de la prise du Somaliland pour lancer, à partir de Berbera, des opérations contre les lignes de communications maritimes des Alliés. Assab, Obbia, Mogasdiscio, Kisimayu, n’étaient que de petits ports ou des rades foraines et la marine italienne, complètement privée d’aviation, de soutien et d’appui, préféra placer ses forces sous la protection des batteries de D.C.A. de sa principale base navale.

Elles s’enfermèrent dans Massawa, puissamment défendue vers le large par l’Archipel des Dahlak et vers la terre par les défilés montagneux et les routes escarpées qui conduisent de Massawa à Asmara. Gênées par l’insuffisance de leur entraînement, la faiblesse de leurs moyens et le manque d’adaptation de leurs navires au terrible climat tropical de la mer Rouge, les forces navales italiennes, malgré leur nombre furent d’une inefficacité totale.

Pourtant, la route maritime de la mer Rouge constituait la voie normale de pénétration des convois à destination du Moyen-Orient pour alimenter le front terrestre de Cyrénaïque. « Sur un total de 590 convois de diverse importance, écrit l’amiral Bernotti, signalés à l’entrée du détroit de Bab el-Mandeb par les M.A.S. (vedettes rapides) de la station de Raheita, deux seulement furent attaqués par des forces de surface avant la chute de Massawa »239.

On comprend que les généraux et amiraux anglais aient été rapidement rassurés :

 

« Nos appréhensions, écrit l’amiral Cunningham, s’étaient jusqu’à ce jour révélées sans fondement. Les convois passaient régulièrement et pratiquement intacts, grâce à l’efficacité de la R.A.F. qui parut suffisante pour les protéger contre les attaques aériennes aux passages les plus dangereux. Les destroyers et les sous-marins de Massawa paraissaient en pleine léthargie, aussi la menace d’un débarquement au Yemen qui avait un moment inquiété la Grande Bretagne s’envola rapidement ».

 

 

Le commandement naval anglais anglais en mer Rouge avait fait partie des attributions du commandant en chef la Flotte de la Méditerranée jusqu’au moment de la conquête de l’Ethiopie par l’Italie (1935). Depuis cette époque, et pour reprendre l’organisation du commandement qui avait fait ses preuves pendant la première guerre mondiale, il était rattaché au commandement des Indes orientales si bien que d’Aden à Alexandrie, l’acheminement des renforts dépendait de deux amiraux indépendants l’un de l’autre. Cette situation illogique, dont l’armée se plaignait à juste titre, persista jusqu’au mois d’octobre 1941. L’amiral Cunningham commandait à Suez tandis que l’amiral Leathian avait la charge de surveiller les atterrages de l’océan Indien. Pour ce faire, il disposait de la base d’Aden sur la côte d’Arabie, du poste de surveillance de Périm en plein détroit de Bab el-Mandeb et de Port Soudan en mer Rouge. Les ports de Berbera et de Zeilah au Somaliland ne pouvaient abriter que de petits bâtiments ; ils devaient tomber aux mains des italiens dès le mois d’août mais ceux-ci ne s’en servirent point.

A la veille des hostilités, Cunningham détacha aux ordres de Leathian quatre destroyers Kimberley, Kandahar, Kingston, Khartoum et le Capetown de la 3e escadre de croiseurs. Le vieux Cérès et le Hobart (australien) plus un certain nombre de petits avisos (Falmouth, Shoreham) et quelques chalutiers armés complétaient les forces permanentes de la division navale d’Aden. Au gré des circonstances, ces forces se trouvèrent renforcées par les escortes des convois.

Nous avons vu plus haut que les hostilités proprement dites commencèrent par les bombardements aériens réciproques effectués par les Anglais sur Massawa et sur Assab ; par les Italiens sur Port-Soudan, Aden, Berbera, Zeilah et Djibouti. En même temps, l’amiral Bonetti avait préparé une offensive sous-marine dont les résultats se révélèrent décevants. La Marine italienne tirait quelque fierté de fait que ses sous-marins étaient les seuls sous-marins avant-guerre à s’entraîner en mer Rouge où les conditions de navigation et de plongée sont très pénibles, surtout à la période de l’année où s’ouvrait la campagne. Elle n’en fut pas moins prise au dépourvu par une série d’incidents techniques dont quelques-uns devaient avoir des conséquences dramatiques.

Dès la veille des hostilités, quatre sous-marins avaient été expédiés devant les ports alliés de Port-Soudan, Aden, Djibouti ainsi que dans le golfe d’Oman. Ce n’était plus des croisières du temps de paix. Du fait de la proximité des bases alliées, les bâtiments devaient constamment rester en plongée dans des eaux fort transparentes et phosphorescentes. Par suite du mauvais fonctionnement des appareils réfrigérateurs, de nombreux coups de chaleur compliqués d’intoxications par le chlorure de méthyle se produisirent à bord des bâtiments. Quelques jours après son départ, l’Archimède était obligé de rentrer au port avec tout son équipage intoxiqué. Six hommes succombèrent à l’hopital. Le 14 juin, le Macalle heurtait un écueil au large de Souakim et coulait. Cette erreur fut attribuée à des causes pathologiques. Plus grave encore, le 19 juin, le chalutier anglais Moonstone aperçut au large d’Aden un sous-marin à la dérive dont il s’empara sans difficultés. C’était le Galileo Galilei dont tout l’équipage fut trouvé inanimé. Cette extraordinaire aventure permit aux Anglais de s’emparer des documents secrets, des codes et des clés de chiffrement que la marine italienne dut changer aussitôt.

Mais les Anglais avaient eu le temps de tirer parti de cette précieuse prise et de déchiffrer les ordres transmis au Toricelli qui se trouvait en opérations aux abords du golfe Persique. Repéré sous Aden et soumis à une chasse à mort, le Toricelli (Capitaine de corvette Pelosi) gravement avarié, tenta de regagner sa base en surface. A l’aube du 23 juin, le sous-marin qui avait réussi à se glisser dans le détroit de Bab el-Mandeb et à doubler le poste de surveillance britannique de Périm, fut surpris par le sloop Shoreham, bientôt rejoint par les destroyers KandaharKhartoum et Kingston et par un second aviso. Pelosi se défendit bravement à coup de 100 et de mitrailleuses contre les cinq navires anglais et réussit même à endommager, d’abord le Shoreham puis le Khartoum sur lequel se développa un violent incendie, et qui finalement vint s’échouer sous Perim où il se perdit. La bataille dura de 5 heures 50 à 6 heures 10 et les Anglais dépensèrent sept cents coups de canon et cinq mille coups de mitrailleuses avant de mettre le sous marin italien à la raison. A 6H.15, le Toricelliencaissait son premier impact qui blessa le commandant et rendit la barre indisponible. Puis, la situation s’aggrava rapidement et Pelosi dut évacuer et saborder son bâtiment dont l’équipage fut sauvé par le Kandahar et par le Kingson. L’officier italien fut reçu avec les plus grands honneurs par le Commander Robson, commandant le Kandahar qui lui exprima sa plus vive admiration pour l’héroïque conduite de son navire que « cinq adversaires n’avaient pu ni couler ni capturer ni contraindre à se rendre ». Ces marques d’estime lui furent renouvelées à Aden par l’amiral britannique et par le commandant du Khartoum qui lui devait pourtant la perte de son bâtiment.

Le même jour, le sous-marin Galvani‘ était coulé par l’aviso Falmouth, à l’entrée du golfe Persique. Si bien qu’en treize jours d’opérations, les forces sous-marines de Massawa se trouvaient réduites de moitié. La cause principale de ces lourdes pertes résidait dans ces incidents techniques auxquels il était difficile de remédier dans une base lointaine coupée de la métropole. Ces incidents, cependant, loin de cesser se poursuivirent les jours suivants. Le 26 juin, la Perla s’échoua à son tour dans le canal sud-est de Massawa, en plongeant pour échapper à une attaque aérienne. L’amiral Bonetti envoya à la rescousse deux destroyers et un torpilleur tandis que les Anglais accouraient avec un croiseur et deux destroyers. Obligé de se tenir à distance pour éviter les récifs qui entourent l’archipel des Dahlak, le croiseur catapulta son avion qui fut repoussé par une escadrille italienne et forcé d’amérir. En revanche, l’un des destroyers put s’approcher à portée de canon de la Perla qui se défendit comme elle put sans subir d’avaries irréparables. Finalement, les Anglais se retirèrent et la Perla déséchouée trois semaines plus tard, put se réparer à Massawa.

Il ne restait donc pour l’instant que trois sous-marins disponibles : l’Archimède, le Ferraris et le Guglielmotti. Les Italiens renoncèrent à les utiliser en mer Rouge et songèrent à les envoyer dans l’océan Indien. Mais sur cet océan, ils ne possédaient que la base de Kisimaio, mal outillée pour recevoir des sous-marins. L’obligation de rentrer à Massawa après chaque croisière, outre qu’elle nécessitait chaque fois un nouveau forcement du détroit de Bab el-Mandeb, rallongeait considérablement la durée des missions. On ne signala plus aucune activité des sous-marins jusqu’au mois de février 1941.

Pour les forces de surface italiennes, il ne pouvait être question de rechercher le combat avec les forces britanniques d’Aden dont la supériorité était incontestable. Ceux des destroyers qui parviendraient d’ailleurs à sortir de mer Rouge, étaient à peu près certains de se voir couper la retraite sitôt qu’ils auraient été signalés. Il ne leur resterait alors plus d’autres ressources que de se réfugier à Kisimaio ou à Mogadiscio. Ces forces navales n’essayèrent même pas de contrarier l’évacuation de Berbera. Le commandement italien comptait les utiliser pour des attaques de nuit sur les convois dont l’approche serait signalée par la station de vedettes rapides de Raheita.

Un convoi signalé le 6 octobre ne put être retrouvé par les destroyers et les torpilleurs qu’on avait tous fait appareiller de Massawa et la flottille rentra bredouille. Le 19 du même mois, Raheita annonça l’envoi d’un gros convoi qui faisait route au nord-ouest à 10 noeuds. Le lendemain matin, un avion de reconnaissance put déterminer sa composition : trente six bâtiments de 10 à 20 000 tonnes escortés par deux croiseurs et des destroyers. Les destroyers Pantera, Leone, Nazario Sauro Francesco Nullo et Cesare Battesti sortirent aussitôt par le canal du sud-est au devant de la formation ennemie. Il faisait un beau clair de lune. A 23 heures 30, le Pantera aperçut le convoi sur lequel il lança deux torpilles à une distance de 5 à 6 000 mètres, crut observer deux explosions et se retira promptement pour rentrer à Masawa par le canal sud. La section Nazario SauroFrancesco Nullo ne trouva pas l’ennemi tout de suite mais manoeuvra pour se tenir sur sa route. A 1 heure 50, le Nazario Sauro aperçut l’escorte avancée et put venir se placer sur le travers des navires marchands qu’il attaqua à la torpille à 2 heures. Sous un feu très violent, il parvint à se retirer sain et sauf et pensa voir couler un navire anglais. Mais le Francesco Nullo qui avait perdu le contact avec son sectionnaire eut alors une avarie de barre qui lui fit faire deux girations complètes sous un feu très dense. Il réussit à réparer et à venir se réfugier sous la protection de la batterie de côte de l’île Harmil cherchant à gagner l’entrée du canal nord-est. Mais le Kimberley qui l’avait poursuivi jusque là l’engagea alors au canon et l’atteignit de deux projectiles qui firent explosion dans ses machines et provoquèrent sa perte. De son côté, le Kimberley fut atteint par la batterie d’Harmil et les Anglais durent le remorquer jusqu’à Port Soudan.

Par suite de la pénurie de mazout, aucune autre attaque ne fut prononcée avant le mois de février 1941.

L’action du 3 février fut très comparable à celle du mois d’octobre. Toutefois, il n’y avait pas de lune. Il s’agissait encore d’un gros convoi montant signalé par Raheita et reconnu par l’exploration aérienne comme composé de 31 navires escortés par deux croiseurs et quatre destroyers. Les navires italiens Pantera, Tigre et Nazario Sauro appareillèrent encore par le canal du nord dont ils débouchèrent à 22 heures pour mettre le cap au sud. Le Sauro vit le convoi à 1 heure, lança six torpilles. Les Anglais contre-attaquèrent à la torpille sans succès et les trois destroyers italiens s’en revinrent intacts. Un sous-marin qu’on avait envoyé sur l’avant du convoi ne parvint pas à gagner une position de lancement.

Ce furent les dernières actions de la marine italienne contre le trafic anglais en mer Rouge.

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Après la percée de Kassala, l’amiral Bonetti savait que la base de Massawa, qu’il avait la charge de défendre, était condamnée à plus ou moins brève échéance. Quel serait le sort des bateaux ? Ni les destroyers ni les torpilleurs, ni les M.A.S. (vedettes rapides) n’avaient le rayon d’action nécessaire pour atteindre un port neutre ou ami. L’Etat Major général de la marine italienne décida qu’on les garderait tout d’abord à Massawa pour participer à la défense et qu’ils s’y saborderaient à la dernière extrémité. Par contre, trois des quatre sous-marins survivants, le Guglielmotti, le Ferraris et l’Archimède pouvaient espérer gagner le Japon. La Perla, plus petite pouvait chercher refuge soit dans un port portugais d’Afrique australe soit dans l’une des petites principautés arabes du golfe Persique. Puis, il fut décidé de les renvoyer tous les quatre à Bordeaux où le commandement allemand avait concédé une base aux sous-marins italiens opérant en Atlantique. Mais c’était un voyage de 13 000 milles nécessitant un approvisionnement de 250 tonnes de gas-oil qu’aucun des quatre bâtiments ne pouvait embarquer au départ ; la Perla, en particulier ne pouvait prendre plus de 100 tonnes.

La Kriegsmarine apporta la solution de ce problème en proposant deux rendez-vous de ravitaillement en mer, l’un avec avec le croiseur auxiliaire Tamesis au sud de Madagascar pour la Perla, l’autre avec le Nordsmark dans l’Atlantique sud pour un ravitaillement des trois sous-marins de 800 tonnes et un second ravitaillement de la Perla. Les ordres de route furent établis en conséquence pour que la Perla puisse se trouver le 28 mars au rendez vous du Tamesis par 35° sud et 50° est à 600 milles au sud/sud-est de Madagascar et tous les quatre le 10 avril pour retrouver le Nordsmark par 25° sud et 20° ouest, soit à 900 milles dans le sud-ouest de Sainte Hélène, en plein milieu de l’Atlantique sud.

La Perla prit la mer le 1er mars (lieutenant de vaisseau Napp), l’Archimède (Capitaine de corvette Salvatori) appareilla le 3 au matin ; le Ferraris (Capitaine de corvette Piomarta) le soir du même jour et le Guglielmotti (Capitaine de Frégate Spagone) vint quatre heures plus tard.

Deux heures après son appareillage, alors qu’elle chenalait en surface, la Perla dut s’immerger précipitamment dans le canal sud pour échapper à un avion anglais. Elle fit surface une heure plus tard par le travers de l’île Shumma pour subir une nouvelle attaque à la bombe qui lui mit son sondeur à ultra-sons hors service. Cette fois, Napp dut conserver la plongée jusqu’à hauteur d’Assab puis, à l’aube suivante, se poser à nouveau sur le fond afin de se présenter de nuit dans le détroit dont la traversée s’effectua sans incident. Les trois autres sous-marins passèrent sans encombre au cours des nuits des 4, 5 et 6 mars et rencontrèrent un temps favorable jusqu’au 17 où une violente tempête les assaillit entre les 10° et 30° parallèles sud, à hauteur de Madagascar.

Laissé libre du choix de sa route, la commandant de la Perla prit la décision le 14 mars alors qu’il se trouvait à 120 milles du Cap d’Ambre, de doubler Madagascar par l’est. Mais la tempête l’obligea le 17 mars, à prendre le cap route inverse jusqu’au 19 où le vent sauta au nord-est. Profitant de l’embellie, le sous-marin reprit sa route et parvint au rendez vous du Tamesis avec deux jours d’avance qu’il mit à profit pour réparer ses avaries de mer. Le ravitaillement s’effectua aisément le 28 mars puis, le temps se gâta de nouveau par le travers du Cap des Aiguilles que la Perla laissa à près de 200 milles. Enfin, après quelques journées à la cape, le lieutenant de vaisseau Napp put se diriger vers le second point de rendez vous qu’il atteignit le 20 avril et où il dut attendre jusqu’au 23 pour prendre contact avec le Nordmark. Le reste du voyage ne fut marqué que par de menus incidents mécaniques qui n’empêchèrent pas la Perla de se présenter le 20 mai 1941 devant l’estuaire de la Gironde où une vedette allemande l’attendait pour l’escorter jusqu’à Bordeaux.

L’Archimède souffrit quelque peu du mauvais temps pendant la traversée du canal de Mozambique mais arriva en avance au rendez-vous du Nordsmark.

Carte 27

Engagements anglo-italiens en mer Rouge

31 mars – 3 avril 1941

Tandis qu’il attendait le ravitailleur, le Ferraris et le Guglielmotti rallièrent à leur tour. Le Nordsmark ne se manifesta que le 14 avril pour fixer le 16 un nouveau point de rendez vous à 60 milles plus à l’ouest car il avait eu connaissance d’un avion d’exploration ennemi. Les trois sous-marins ravitaillés rallièrent Bordeaux sans encombre les 6 et 7 mai.

Un sort plus tragique attendait les navires de surface : quatre d’entre eux pouvaient espérer s’échapper grâce à leur rayon d’action. C’étaient l’aviso colonial Eritrea et les trois croiseurs auxiliaires Ramb I, Ramb II et Ramb IV. Le dernier fut transformé en navire-hopital en vue d’une évacuation des blessés et des malades qui se révéla impossible. Capturé par les Anglais à Massawa, le Ramb IV devait tomber le 10 juillet 1942 sous les coups de la Luftwaffe au large des côtes d’Egypte. L’Eritréa et le Ramb II, appareillés de Massawa le 18 février, réussirent à se glisser à travers le détroit de Bab el-Mandeb puis, à travers l’océan Indien et le détroit de la Sonde, arrivèrent à Kobé le 23 mars. Le Ramb I, parti isolément, fut coulé au canon par le croiseur anglais Leander à l’ouvert du golfe du Bengale.

Sur l’ensemble des quelque cinquante vapeurs qui se trouvaient bloqués à Kisimayu et à Massawa, une douzaine seulement tentèrent de s’échapper. L’Himalaya traversa l’océan Indien et le Pacifique, doubla le Cap Horn et parvint à Rio de Janeiro. Les autres essayèrent de chercher refuge à Diego Suarez, où deux seulement arrivèrent. Le reste fut coulé en route ou capturé par la Marine anglaise.

Plutôt que d’utiliser les torpilleurs comme des batteries flottantes pour la défense de la place avant de les saborder, l’amiral Bonetti proposa de les sacrifier dans une sortie désespérée soit contre les forces d’Aden, soit contre Port Soudan. L’Etat Major général de la Marine Italienne donna son accord et prescrivit qu’après cette action, les navires iraient se saborder à la côte du Hedjaz. Sur ces entrefaites, une reconnaissance aérienne allemande effectuée au milieu du mois de mai révéla la présence dans le golfe de Suez d’une trentaine de navires anglais attendant le passage du canal et fit naître l’idée d’une attaque des torpilleurs de Massawa concertée avec un raid des appareils de la Lutwaffe basée à Rhodes.

De Massawa à Suez, il y a 975 milles soit une cinquantaine d’heures de route dans des eaux étroitement surveillées par l’ennemi. Il était impossible de compter sur la surprise. On choisit les trois Pantera ; les Manin qui n’avaient pas le rayon d’action suffisant, seraient lancés sur Port Soudan.

Le 29 mars, après la chute de Keren, il fut décidé que l’opération serait fixée au 31. Mais au dernier moment, l’Etat-Major allemand fit savoir qu’il ne pourrait y faire participer la Luftwaffe. Toutefois, l’Etat-Major général italien maintint sa décision. La sortie devrait se faire de nuit par l’un des chenaux secret balisé par des feux discrets. L’affaire commença mal. Le chef de flottille, le Leone heurta une pointe de roche inconnue et dut être abandonné. Les deux autres l’achevèrent au canon puis rentrèrent à Massawa car ils étaient trop en retard pour espérer atteindre Suez. On décida donc de les joindre aux trois Manin pour l’opération contre Port Soudan. Ce même jour, le général Fusei avait téléphoné à l’amiral Bonetti qu’il n’y avait plus aucun espoir d’arrêter l’invasion. L’ultime mission de la marine italienne devait s’effectuer sans aucun appui aérien. Il ne restait plus aucun appareil. Le dernier groupe de renfort, arrivé le 20 février avait été attaqué et incendié, à peine atterri.

Le 3 avril à 14 heures, les cinq navires appareillèrent sous les ordres du Capitaine de vaisseau Gasparini à bord de la Pantera et mirent cap au nord-est de façon à se présenter à l’aube devant Port Soudan qui se trouvait à 300 milles. Mais les Anglais faisaient bonne garde. Empêché de traverser le canal de Suez, le porte-avions Eagle avait détaché à Port Soudan ses escadrilles embarquées. Deux heures après la sortie du port, les attaques aériennes commençèrent. Une fois de plus, la surprise était manquée. Dans la nuit, le Battisti eut une avarie qui l’empêcha de suivre le train et le chef de flottilles lui donna l’ordre de se saborder sur la côte arabe. A l’aube, sur une mer agitée par le sirroco, les destroyers se trouvaient encore à 50 milles de Port Soudan lorsque deux avions de reconnaissance apparurent au dessus de la formation. A 7 heures, les attaques recommencèrent. Le groupe Pantera-Tigre qui précédait de quelques milles le groupe Mania-Sauro apperçut dans le lointain un navire qu’il voulut aller reconnaître. Les avions anglais l’en empêchèrent. Soumis à des attaques incessantes, les destroyers italiens n’avaient plus aucune chance d’atteindre Port-Soudan. Déjà, plusieurs étaient touchés. Le Manin avait de grosses avaries et le Capitaine de Frégate Araldo Fadin, commandant la 3e escadrille était gravement blessé. Gasparini décida de faite route vers la côte arabe avant que les forces de surface ennemies n’aient eu le temps de l’en empêcher. A 9 heures, le Sauro fut atteint par une salve de bombes de plein fouet et s’engloutit en quelques instants avec tout son équipage. Le Tigre et la Pantera réussirent à se jeter à la côte mais le Manin, après s’être héroïquement défendu jusqu’à 11 heures, fut achevé par deux grosses bombes qui firent de nombreux morts et blessés. Un bâtiment anglais devait recueillir trois jours plus tard une embarcation pleine de naufragés épuisés par leur lutte contre la mer et la soif. Plus d’un tiers des occupants étaient morts ; d’autres rendus furieux s’étaient jetés par dessus bord.

A Massawa, l’amiral Bonetti avait ordonné dès le 4 avril de saborder les bâtiments incapables de prendre la mer. Ainsi furent détruits une vingtaine de navires de commerce dont les pétroliers Giove et Niobe, les citernes Sicile et Sibeto, etc. Les petits torpilleurs Acerbi et Orsini se sabordèrent à la dernière extrémité après avoir participé à la défense mais le petit patrouilleur Proto Corsini, surpris par les Forces Françaises Libres, tomba intact entre les mains des hommes du Capitaine Savey de la Brigade Monclar.

L’escadrille des M.A.S. réduite à quatre unités, avait en vain essayé de s’échapper dans la nuit du 7 au 8 avril. Aucune des quatre vedettes ne devait survivre à la défaite. Toutefois, la M.A.S. 213, commandée par le Guardia Marina Valenza put, avant de se saborder, lancer deux torpilles sur le croiseur Capetown qui fut avarié et dut être remorqué à Port Soudan.

Seuls demeuraient en liberté les équipages des batteries de côte des îles Dahlak. Un groupe de la batterie d’Harmil put s’enfuir dans un boutre et gagner le petit port d’Assab où il se joignit aux défenseurs. Il fut pris le 13 juin 1941, lors d’un débarquement anglais qui mit le point final aux opérations contre l’Italie en mer Rouge et qui ne rencontra pas de résistance notable.

Avant de clore ce chapitre des opérations aéro-navales en Méditerranée, il faut dire un mot de l’action de la Luftwaffe sur le canal de Suez. L’Allemagne, pour soutenir son allié en mer Rouge, avait choisi comme objectif le canal de Suez et avait détaché quelques unes de ses formations sur les terrains du Dodécanèse. Dans la nuit du 18 au 19 janvier 1941, elle inaugura une longue série d’attaques sur le canal de Suez qui allait se prolonger durant dix huit mois et provoquer au total soixante seize jours d’interruption du trafic. Cette première attaque ne causa ni perte ni dommages mais la navigation dut être interrompue pendant vingt quatre heures à cause de bombes non éclatées.

A l’occasion d’un nouveau raid effectué dans la nuit du 30 au 31 janvier, apparurent quelques mines magnétiques. On dut fermer le canal pour trois jours et, à sa réouverture, trois navires sautèrent, à vingt quatre heures d’intervalle, dont l’un s’immobilisa en si mauvaise posture qu’il bloquait partiellement le passage. On crut que le trafic demeurerait interrompu jusqu’au 18 février pour les navires de 15 000 tonnes et jusqu’au 5 mars pour les navires de plus fort tonnage. C’était fort ennuyeux car, sans parler des gros transports acheminés par la mer Rouge et qui ne pouvaient être déchargées qu’à Alexandrie, il y avait à assurer la sortie de la Méditerranée de l’Illustrious, gravement avarié à Malte et qui devait aller se faire réparer dans un chantier américain et de l’Eagle réclamé par l’Amirauté pour faire la chasse aux corsaires allemands dans l’océan Indien puis la rentrée du Formidable expédié d’Angleterre le 12 janvier à l’annonce des malheurs de l’Illustrious.

L’amiral Cunningham dut se rendre sur place pour étudier avec l’amiral Pipon les mesures à prendre. On parvint à déblayer partiellement le canal. On redoubla de surveillance et les trois quarts des soldats furent mobilisés pour repérer les points de chute. La D.C.A. fut renforcée et les meilleurs spécialistes convoqués pour les dangereuses opérations de désamorçage d’autant plus compliquées que, pour la première fois, on se trouvait aux prises avec des mines à crochet dont la mise à feu n’intervient qu’après un certain nombre de passages.

Le Formidable dut attendre en mer Rouge que la porte lui soit ouverte. Le 7 mars seulement, il put s’engager dans le Canal, resta deux jours coincé contre l’épave de l’Aghios Georgiosqui ne lui laissait qu’une marge de quelques pieds et, le 10 seulement, parvint à Alexandrie, juste à temps pour tenir son rôle dans la bataille de Matapan le 28 mars. Une semaine plus tard, l’Illustrious faisait la route inverse puis de nouvelles attaques survinrent qui, chaque fois, bloquèrent le canal pendant vingt ou quarante huit heures et l’Eagle ne put passer que le 13 avril, trop tard pour participer directement à la fin de la campagne d’Erythrée et à la liquidation des forces navales italiennes de la mer Rouge où il fut cependant représenté par ses escadrilles momentanément détachées à Port Soudan.

Ces ennuis continuèrent bien après la conquête de l’Afrique orientale italienne jusqu’au jour où la Luftwaffe fut éliminée définitivement de la Méditerranée orientale. Les offensives de mines magnétiques se succédèrent sur le canal, dans le golfe de Suez et jusqu’à l’embouchure du Chatt el Arab. En juillet et en août 1941, les attaques redoublèrent de violence : Port Saïd, Ismaïlia, Port Tewfik et Suez furent bombardées. On signala des pertes parmi la foule des navires qui se pressaient en rade de Suez ou le Georgio de 28 000 tonnes fut incendié le 14 juillet, situation d’autant plus délicate que l’on attendait les grands transports :QueenElisabethAquitaniaîle de France, bondés de troupes australiennes. Cunningham hésitera longtemps avant de se décider à les laisser pénétrer l’un après l’autre dans le canal, sous une ombrelle de chasseurs.

En septembre 1941, les Focke-Wulf, quadrimoteurs à très long rayon d’action firent leur apparition beaucoup plus profondément en mer Rouge et Cunningham dut y détacher deux croiseurs D.C.A., le Coventry et le Carlisle, puis deux autres croiseurs, la Naiad et la Galatea. La Royal Air Force ne suffisait plus à la tâche et l’on dut la renforcer de quelques chasseurs Fulmar de la Fleet Air Arm.

C’est cette situation qui amena l’Amirauté anglaise à reconsidérer la question du commandement naval en mer Rouge. Le Contre-amiral Halifax qui en avait pris le commandement à Aden sous les ordres du commandant en chef pour les Indes orientales vint s’installer à Suez et passa sous les ordres du commandant en chef de la Flotte de Méditerranée. Au total, cependant, ces attaques ne causèrent que des dégâts assez faibles pour le prix de pertes élevées. La bataille aérienne s’éteignit en mer Rouge à mesure que la Luftwaffe se trouvait absorbée par d’autres tâches. Elle reprit au mois en mars 1942 pour Suez avec une certaine violence mais il n’y eut plus d’obstruction sérieuse au trafic. Elle devait s’arrêter complètement peu après lorsque l’aviation allemande fut rappelée en Russie pour l’offensive d’été.

Forces navales italiennes en mer Rouge (1941)

Noms

Types

Déplacements

Vitesses

Armement

Forces de surface

Pantera

Destroyer

1 526 t 34,5

VIII 120-IV Tubes

Leone

Destroyer

     
Tigre

Destroyer

     
Francesco Nullo

Torpilleur

     
Nazario Sauro

Torpilleur

1 058 t 35

IV 120-VI Tubes

Daniele Manin

Torpilleur

     
Cesare Battisti

Torpilleur

     
Giovanni Acerbi

Torpilleur

670 t 30

VI 102-IV Tubes

Vincenzo Orsini

Torpilleur

     
Eritrea

Aviso Colonial

2 172 t 20

IV 120-IV 37

Ramb I

Croiseur auxiliaire

     
Ramb II

Croiseur auxiliaire

3 667 t 18  
Ramb VI

Croiseur auxiliaire

     
Porto Corsini

Patrouilleur

500 t 12

II 76

Valoroso

Patrouilleur

     

Sous-marins

Archimède      
Galileo Galilei      
Evangelista Toricelli   800 t1 231 t 16,59

VIII Tubes-II 110

Galvani      
Galileo Ferraris      
Guglielmotti      
Macalle 620 t855 t 14  8,5

VI Tubes-I 110

Perla      

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Notes:

237 8 000 hommes étaient stationnés à Djibouti depuis le début des hostilités.

238 Admiral of the Fleet Viscount Conningham of Hyndhoge, A Sailor’s Odissey, Hutchinson, Londres, 1956.

239 Amiral Bernotti (IN), La guerra sui mari, 1939-1945, Terrena, Livorne.

 

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