Chapitre XV – LA NEUTRALITÉ ÉTHIOPIENNE PENDANT LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

L’incident Holtz-Karmelich (1917)

La déclaration de guerre du 4 août 1914 n’avait pas été précédée, à Abdis Abebba, de contacts étroits entre Turcs et Allemands. Le texte du Traité d’Alliance, qui datait du 2 août 1914154, n’envisageait que des opérations de défense du territoire ottoman ou à prendre parti dans le cas où la Russie interviendrait dans le conflit entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie.

Les Turcs, cependant, s’intéressaient aux trois millions de musulmans qui, en 1914, entraient dans la composition de la population de l’Ethiopie, évaluée à cette époque de 8 à 9 millions d’habitants155.

Croyants sans fanatisme mais obstinés, les Turcs formaient une masse homogène, compacte et disciplinée, une des forces de l’Islam. Leur influence dans l’Islam avait crû et se développait encore au détriment des Arabes. Elle bénéficiait des avantages de l’indépendance politique que les autres pays musulmans avaient perdue156.

Depuis quatre cent ans, le khalifat était héréditaire dans la dynastie des Sultans osmanlis. C’était une situation de fait sinon de droit, et elle n’était pas contestée, tout au moins dans la région centrale du monde musulman.

L’obédience au Khalife turc se manifestait principalement par la prière (dite khotba) prononcée en son nom dans les mosquées de l’Empire Ottoman , de l’Afrique du nord-est – en particulier en Ethiopie, des Indes, de l’Asie centrale (sauf l’Iran), de la Russie et des Balkans.

Dès 1905, des intellectuels musulmans avaient conçu l’espoir de mettre en oeuvre l’évolution économique indispensable sans ruiner les forces morales coraniques ni la structure traditionnelle de leur société. Des mouvements nationaux d’allure révolutionnaire avaient ainsi surgi (Perse 1909-Egypte même époque). Les « Jeunes Turcs » (1908) avaient été de beaucoup les plus hardis de ces novateurs nationalistes ; ils n’hésitaient pas à déroger aux préceptes du Coran, en vue de précipiter l’évolution ; ils réduisaient leur souverain héréditaire à un rôle d’apparat, ils voyaient dans les capitulations, l’origine de l’asservissement économique à l’Europe et prétendaient réserver aux seuls musulmans les bénéfices du commerce et de l’industrie en Orient. Les idées de ces révolutionnaires se répandaient par contagion morale dans l’Islam où la réaction contre la pénétration européenne trouvait des partisans de plus en plus nombreux157.

Déjà, vers 1880, l’écrivain Djemal ed Din avait lancé l’idée du panislamisme, union des musulmans qui pouvait s’obtenir autour du Khalifat. Les masses islamiques restaient ignorantes de cette théorie par inaptitude aux idées générales, mais réagissaient un peu plus vivement à chaque nouvel empiétement des puissances occidentales ; les classes instruites et les partis politiques avancés songeaient de plus en plus à utiliser cette arme contre l’impérialisme économique et militaire de l’Europe. L’invasion de la Tripolitaine par les Italiens (1911) provoquait l’intervention active de l’ordre des Senoussis et, dans des pays de toutes races, des protestations publiques, des souscriptions, des engagements de volontaires. Bien que la foi coranique se trouvât en somme en régression et que le fond de la lutte fut la rivalité économique, l’agitation religieuse éprouvait une recrudescence.

L’éclosion du panislamisme ne pouvait laisser le Khalife turc indifférent. Le Sultan Abd ul Hamid II avait discerné ses avantages ; redoutant d’éveiller la défiance de l’Europe, il avait très prudemment fait de secrets efforts pour nouer des relations entre les groupements musulmans. Il avait fondé des consulats ottomans jusqu’en Australie. Ses envoyés mystérieux négociaient avec le Sultan du Maroc (1877), le Grand Senoussi (1882), les ordres religieux de l’Afrique du Nord (1897), le Shah de Perse. Le monde musulman coopérait par ses souscriptions, pour un tiers, à la construction de la voie ferrée ottomane Damas-Médine, la voie des pèlerinages. (1906) Nul ne pouvait déterminer si le mouvement panislamique était spontané ou artificiel, profond et étendu ou superficiel et local. Les puissances coloniales n’abdiquaient pas leurs desseins, mais les enveloppaient de certaines précautions telles que concession d’une autonomie limitée, adaptation des institutions locales, publications de décisions théologiques de complaisance qui déclaraient : « Dar Ul Islam » (Pays de l’Islam) les colonies sagement administrées. Cette conduite prévoyante était celle de l’Entente. Mais l’Allemagne, tard venue dans le domaine colonial, exploitait le panislamisme contre ses rivales ; elle faisait valoir qu’elle était l’amie et non la suzeraine de l’Islam ; sa politique était symbolisée par Guillaume Ier qui, au cours de son retentissant voyage en Palestine en 1908, déclarait à Damas : « Ich werde immer der freund der dreihundert millionen mohamme daner bleiben… Je resterai toujours l’ami des trois cents millions de musulmans158.

Tel était le problème complexe posé avant la première guerre mondiale : la société musulmane était-elle capable d’évolution ? La civilisation musulmane s’adapterait-elle à la civilisation européenne par assimilation ou collaboration ?

La conflagration de la Première Guerre mondiale allait être, dans ce sens, une formidable expérience. Elle mettait à l’épreuve le loyalisme des musulmans sujets de l’Entente, offrait aux révolutionnaires et aux xénophobes l’occasion de passer à l’action directe. Les deux groupes de belligérants ambitionnaient d’utiliser la remarquable situation géographique de l’Islam (Dardanelles et Suez), les ressources matérielles de son aire, son immense réservoir de populations guerrières.

L’attitude de l’Islam dépendrait dans une certaine mesure, de l’initiative du Sultan Ottoman : le Khalife turc aurait-il l’influence nécessaire pour discipliner et entraîner la masse des croyants ? Chef spirituel, commandant de chef des armées de la Foi par définition, il acquérait plus d’importance en temps de guerre qu’en temps de paix. Son prestige reposait, en somme, sur la puissance de l’Empire Ottoman.

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Contre l’Entente, (France, Grande-Bretagne, Russie) le gouvernement turc avait recherché l’alliance d’une grande puissance économique et militaire qui n’eut jamais « spolié » l’Empire Ottoman ni « asservi » l’Islam ; l’Allemagne présentait tous ces avantages.

Si l’alliance allemande paraissait aux Ottomans très avantageuse, l’alliance ottomane semblait aux Allemands l’aboutissement naturel de longs et patients efforts. Le formidable développement de l’Empire allemand avait, dès 1878, inspiré au Chancelier Prince von Bismarck l’idée du « Drang nach Osten », voie dans laquelle il engageait l’excédent de force germanique sans y compromettre son gouvernement ; en 1888, il incitait l’Empereur Guillaume II à inaugurer la « Welt Politik » poursuivie avec une énergie croissante jusqu’en 1914. La partie la plus importante peut-être du plan d’expansion allemand visait l’Asie. Tandis que l’Autriche-Hongrie cheminait à travers les Balkans vers Salonique, les Allemands avaient pris pied dans l’Empire ottoman ; ils avaient été retardés par les prudentes réserves d’Abdul Hamid II mais avaient gagné la partie avec les Jeunes Turcs, grâce à des ambassadeurs habilement choisis, tels que le Baron Marshall von Bieberstein (ambassadeur en 1908), M. von Kühlmann (né en Turquie) et von der Goltz Pacha qui passa au total 17 ans dans l’armée ottomane159.

En 1914, les Allemands étaient fortement implantés à Constantinople. L’Ambassadeur von Wangenheim jouissait de relations d’amitié personnelle avec les Jeunes Turcs ; le général Liman von Sanders, à la tête d’une mission de 42 officiers, était grand instructeur de l’armée ottomane malgré les très vives protestations de l’Entente. Les savants (baron Oppenheim) et les Consuls étudiaient toute l’Asie antérieure au point de vue surtout militaire et économique. L’association germano-turque fondait de nombreuses écoles et des organes de propagande. Les ingénieurs construisaient le Bagdad Bahn. Le commerce d’importation allemand prenait le troisième rang. Une formidable poussée se dessinait de Hambourg au golfe Persique et laissait prévoir le Mittel Asia austro-allemand par le BBB (Berlin-Bosphore-Bagdad)160.

Le gouvernement ottoman sentait la guerre très proche : il avait l’intention d’en profiter pour réaliser au moins une partie des aspirations turques, mais il pouvait y parvenir en se rangeant aux côtés de l’Allemagne ou en négociant sa neutralité avec l’Entente. Le gouvernement turc était, à ce sujet, très divisé ; la plupart des ministres attendait le sort des armes pour se décider et certains affectaient des allures favorables à l’Entente. Mais Enver Pacha, grand admirateur de l’Empire allemand, croyait aveuglément à son triomphe ; entouré d’officiers allemands -mission Liman von Sanders- il jugeait le moment venu de lier formellement l’Empire Otttoman à l’Allemagne par un traité d’alliance, de façon à profiter du désastre certain de la Russie. Il entraîna dans ses vues le Grand Vizir Prince Said Halim, circonvenu d’autre part par l’Ambassadeur Wangenheim ; ils prirent, à l’insu des autres membres du ministère, l’initiative de demander à l’Allemagne son alliance161.

Le 28 juillet 1914, la guerre générale devenait certaine en raison de la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie. Guillaume II acceptait, en principe, les propositions des deux ministres ottomans et ordonnait d’engager des négociations. Le gouvernement allemand accorderait sa protection durant plusieurs années à la Turquie si elle mettait son armée à sa disposition contre la Russie. Le 31 juillet, la Russie proclamait la mobilisation générale et le texte du traité germano-turc était définitivement arrêté. Le 1er août, l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie et pressait la Sublime Porte de signer en spécifiant que la « Turquie interviendrait activement, efficacement ». Le 2 août, le traité était signé à Constantinople par l’Ambassadeur Wangenheim et le grand Vizir, Prince Said Halim ; il était complété par une convention militaire établie par le général Liman von Sanders et Enver Pacha.

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Dès que la guerre fut commencée, l’Allemagne demanda à la Turquie de :

– Fermer immédiatement les Dardanelles,

– Couper la route maritime Suez-Aden,

– Exécuter une diversion contre les Russes au Caucase et, en général, immobiliser le maximum de forces russes et anglaises.

– Proclamer la guerre sainte contre l’Entente dont les colonies musulmanes seraient soulevées.

De son côté, elle consentait, ainsi que l’Autriche, à l’abrogation immédiate des capitulations et entrait dans les vues islamiques.

Ce plan correspondait trop bien aux desseins particuliers des Jeunes Turcs pour ne pas les tenter ; la plupart de leurs ambitions seraient ainsi satisfaites : turquifier l’Empire Ottoman, le libérer de la tutelle étrangère, reconquérir les terres irrédentes de l’Egypte et du Caucase, libérer et fédérer le Touran, rétablir l’autorité du Khalife turc dans tout l’Islam. Le comité « Union et Progrès » -présidé par Talaat- et le Grand Vizir ne s’opposèrent plus aux préparatifs de guerre poussés par les Allemands et par Enver162.

Ainsi se déclenchait la guerre turque, prolongement presque inévitable de la Guerre mondiale, étant donné la mentalité des gouvernements de cette époque par rapport à la grande question de l’évolution du peuple turc et de l’Islam. Les Jeunes Turcs confondaient la solution de ces problèmes avec la destinée de l’Empire Ottoman tout entier. L’Allemagne s’élevait à la conception de la Turquie et de l’Islam mais ne voyait en eux que de simples instruments. L’Entente avait cherché obstinément le maintien d’un simple statu quo ; maintenant que la parole était au canon, elle ne songeait qu’au remaniement futur de la carte.

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A la fin de 1914, les puissances de l’Entente n’avaient pris aucune mesure d’ensemble pour parer au principal danger de la guerre turque : l’éventualité d’un soulèvement musulman généralisé à la suite de la proclamation de la Guerre Sainte par le Khalife turc.

La Guerre Sainte, recommandée par le Coran pour la propagation de la foi, avait été la principale force de l’Islam pendant toute sa période de grandeur ; elle avait excité le fanatisme religieux des foules de toute races : ses guerriers s’étaient précipités sur l’infidèle avec la certitude d’obéir aux ordres de Dieu. Proclamée par Mahomet, elle avait soumis l’Arabie avec une rapidité foudroyante. En cent ans, elle avait porté l’Islam jusqu’à l’Indus et la Loire.

Depuis lors, la même arme avait servi à surexciter les résistances et provoquer des insurrections : elle avait souvent en profondeur ce qui lui manquaient en étendue. On la retrouvait à la base de tous les mouvements musulmans contre la domination européenne proclamée par un chérif, un marabout, un guerrier heureux, un prince souverain appuyé par quelque docteur de la Loi à défaut de l’autorité khalifale. Ses exemples modernes les plus connus étaient la guerre du Mahdi de Khartoum (1898), la guerre de Tripolitaine et la marche du Hiba du Sous sur le Maroc (1912). Les peuples musulmans avaient généralement vécu dans l’attente de la suprême guerre sainte pour le triomphe définitif de l’Islam.

Les Sultans Ottomans avaient toujours usé de ce procédé pour enrôler les foules de volontaires qu’ils menaient à la conquête de la Hongrie ou de la Bessarabie. C’était le grand espoir que les Allemands mettaient dans l’intervention des Turcs ; leurs généraux restaient sceptiques, refusaient de disperser leur effort et méprisaient l’aide d’irréguliers sans instruction militaire163 ; mais leurs savants (Auguste Meller, Martin Hartmann, Hugo Grothe, C.H. Becker, Ignatz, Goldzieher de Budapest) en avaient soigneusement pesé les possibilités ; leurs diplomates espéraient par là créer, tout au moins, de grands embarras à l’Entente ; leurs voyageurs se chargeaient de répandre l’agitation dans les régions musulmanes qu’ils avaient parcourues et préparées.

Les jeunes Turcs s’étaient volontiers ralliés à cette idée ; bien que très peu fussent des croyants sincères, ils voyaient là le moyen d’acquérir une influence considérable dans le monde ; en effet, le couronnement du panislamisme serait l’encadrement de volontaires de toutes races par les officiers turcs, la régénération du monde musulman par les vertus guerrières des Turcs. Par une propagande prudente, ils avaient préparé la proclamation solennelle dès septembre 1914 ; leurs agitateurs avaient été signalés chez les Kurdes, en Egypte, dans l’Inde et en Ethiopie.

La proclamation soulevait de grandes difficultés. Sa rédaction était difficile. Elle devait exciter à une guerre sans merci, mais éviter de glorifier, comme par le passé, le meurtre, le massacre, le pillage et les conversions forcées. Elle désignait les infidèles comme les ennemis de Dieu mais en exceptait les Austro-Allemands. Basés sur les « Fetvas »164traditionnelles, elle fut communiquée à Stamboul le 14 novembre 1914 au cours d’une solennité à laquelle prirent par les autorités musulmanes, les corporations des métiers et des manifestants. Imprimée dans toutes les langues parlées par les peuples musulmans et même les langues européennes, elle fut répandue à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Ses termes furent commentés dans plusieurs brochures de propagande anonyme et d’un ton beaucoup plus violent165. Les imams étaient invités à prêcher dans les mosquées sur le même sujet ; les adeptes des confréries musulmanes exécutaient des tournées de prédication ; des missions secrètes turco-allemandes étaient envoyées dans tous les pays de l’Islam ; les envois de fonds et d’armes s’organisaient, en particulier, entre la côte du Hedjaz, dans la mer Rouge et les côtes égyptiennes et érythréennes.

Contre cette propagande panislamique, chaque puissance de l’Entente prit des mesures de précaution dans ses colonies. Les nationaux Austro-Allemands avaient été, en général, expulsés ou internés ; les agitateurs musulmans étaient surveillés ; l’état de siège et la loi martiale étaient mis en vigueur.

Les mesures préventives de l’Entente étaient un obstacle considérable à la Guerre Sainte. Les panislamistes allemands les avait prévues ; ils savaient également que l’influence khalifale des Turcs était très limitée, même dans l’Empire Ottoman. Ils avaient, en conséquence, conçu une très active propagande par leurs propres moyens. Le mouvement islamique prenait ainsi une tournure plus politique et xénophobe que religieuse ; il dépendait, en définitive, des victoires militaires turco-allemandes et de la liberté des grandes communications internationales, surtout maritimes. Les opérations des forces ottomanes allaient être dirigées en ce sens166.

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L’Allemagne avait, effectivement, de son côté, entamé une active pénétration dans le monde musulman et en Ethiopie. D’après le Professeur Heinrich Scholler167, les premiers contacts furent établis à Abdis Abbeba en 1905 par un envoyé spécial : Bosch.

L’Impératrice avait choisi une gouvernante allemande pour Lidj Yassou et une mission importante éthiopienne avait été envoyée pendant l’été de 1907 à Berlin, Vienne, Budapest, Rome et Constantinople.

Plusieurs autres tentatives furent ensuite effectuées entre 1914 et 1916, dès la mort de Ménélik, pour appuyer le gouvernement turc qui essayait d’entraîner Lidj Yassou à ses côtés dans la guerre contre l’Entente.

L’essentiel de ces tentatives avait également pour but de rompre l’isolement des Légations allemande et turque d’Abdis Abbeba, qui étaient complètement coupées de Berlin et de Constantinople. Malgré la neutralité de l’Ethiopie, aucune communication officielle n’était possible avec les métropoles. Encerclée par les Puissances de l’Entente : Grande-Bretagne, Italie et France, l’Ethiopie était soumise à un blocus sévère qui comprenait, en particulier, le contrôle de ses communications avec l’extérieur.

L’Allemagne essaya, sans succès, en juin 1915, d’envoyer des instructions à son représentant à Addis Abbeba par l’intermédiaire des missions Salomon Hall et Léo Frobénius. Finalement, elle réussit, par Athènes, à faire remettre au ministre Allemand en Ethiopie trois documents qui furent reçus à Abdis Abbeba le 21 octobre 1915.

Le ministre Allemand, von Syburg, avait les plus grandes difficultés pour mener à bien ses négociations avec le gouvernement éthiopien, aussi, ces instructions furent-elles accueillies avec satisfaction.

Les concepts stratégiques du Grand Etat Major allemand étaient les suivants :

– Obliger les Puissances de l’Entente à consacrer des effectifs importants à la défense de leurs colonies dans la Corne de l’Afrique pour affaiblir ainsi les forces engagées en Europe et en Afrique orientale allemande.

– Obtenir l’accord de l’Ethiopie -qui se rangerait ainsi aux côtés de l’Allemagne et de la Turquie- pour une action militaire contre le Soudan. Cette action pouvait susciter une nouvelle insurrection soudanaise contre les Britanniques.

– Pousser l’Ethiopie à des actions militaires contre les possessions italiennes, françaises et britanniques de l’Afrique orientale.Ces actions, menées simultanément avec celle entreprise contre le Soudan, obligeraient les Britanniques à retirer des forces importantes d’Egypte, dégarnissant ainsi la défense du Canal de Suez qui pourrait alors être attaqué par les forces turques, appuyées par un corps expéditionnaire allemand. Berlin estimait que la possession du canal de Suez déciderait de l’issue de la guerre et, dans cette optique, la participation de l’Ethiopie au conflit, aux côtés des Puissances Centrales, avait une importance considérable.

Aussi, les instructions adressées à von Syburg insistaient-elles sur ce point.

En outre, elles précisaient que la Légation d’Allemagne à Abdis Abbeba devait entrer en relations avec le Mullah Mohamed Abdullah Hassan, qui était en révolte ouverte contre les Britanniques, dans le Somaliland depuis 1899. Le représentant allemand devait promettre au Mullah de le reconnaître et d’appuyer toute formation d’un état indépendant sous son autorité. Pour cela, il fallait naturellement pousser Lidj Yassou dans cette voie et von Syburg tenta, par tous les moyens, de favoriser ce rapprochement entre le Souverain éthiopien et le Mullah.

D’après le Professeur Heinrich Scholler, il fut très difficile d’entrer en relations avec le Mullah, mais finalement un envoi de munitions de Lidj Yassou atteignit sa destination168.

En fait, et cela n’a jamais été assez souligné, il y avait entre Lidj Yassou et le Mullah la barrière des tribus afars. Celles-ci, en guerre perpétuelle avec les tribus somalies du Somaliland et du Harrar, ne tenaient pas du tout à favoriser les entreprises du Mullah. Or, Lidj Yassou était assez proche des afars, beaucoup plus que des Issas, surtout par son père, le Ras Mikaël du Wollo qui était, de par ses fonctions, en contact permanent avec les chefs afars les plus réputés.

Aussi, malgré les efforts des Allemands et des Turcs et, aussi grâce aussi à ceux des agents britanniques et français, il n’y eut jamais de relations sérieuses ou d’accord solide entre Lidj Yassou et le Mullah.

Si l’on peut dire que la neutralité de l’Ethiopie, sous le gouvernement de Lidj Yassou, penchait nettement en faveur de l’Allemagne et de la Turquie, on peut également souligner qu’elle ne favorisa pas, peut-être sous l’influence des autres chefs éthiopiens, dont en particulier le Ras Taffari, des actions hostiles à l’Entente. La position de Lidj Yassou fortement mise en question par les Ras du Choa, qui craignaient le massacre des chrétiens par la proclamation de la Guerre Sainte, ne fut jamais assez solide pour lui permettre de s’appuyer sur l’Islam. Il ne proclama jamais cette Guerre Sainte, malgré ses déclarations partisanes et l’effort de propagande des Turcs dans le sud de l’Ethiopie.

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Dès que la défaite de Lidj Yassou fut confirmée, les représentants des Puissances de l’Entente limitrophes de l’Ethiopie : France, Italie, Grande Bretagne, entamèrent des négociations avec le gouvernement éthiopien pour obtenir de celui-ci la rupture des relations diplomatiques avec les Puissances Centrales et l’expulsion de leurs ressortissants.

Le Ras Taffari, cependant, ne tenait pas à s’engager fermement dans une voie quelconque et attendait que l’issue de la guerre se dessinât pour prendre parti. Les conditions qu’il avait posées pour la rupture des relations diplomatiques avec les Puissances Centrales étaient suffisamment dures pour susciter des négociations prolongées et, même avec l’appui de la France, elles n’étaient pas accueillies avec faveur par la Grande Bretagne et l’Italie.

Cependant, il lui fallait maintenir une neutralité rigoureuse pour ne pas provoquer des réactions de la part des Puissances de l’Entente limitrophes de son pays.

La première affaire dont il eut à s’occuper fut celle de la découverte à Djibouti, en février 1917, d’un réseau d’espionnage au profit du Consul général d’Allemagne à Addis Abbeba et dans lequel étaient impliqués deux sujets éthiopiens, l’un résident à Djibouti et l’autre à Addis Abebba169.

Sur plainte du ministre de France en Ethiopie, le Ras Taffari fit emprisonner à vie le membre du réseau résidant à Abdis Abéba qui était d’ailleurs, l’un des favoris de Lidj Yassou170.

Depuis la défaite de ce dernier, les Légations d’Allemagne et de Turquie à Abdis Abbéba étaient complètement isolées de leurs métropoles et le ministre allemand von Syburg avait décidé au mois de mars 1917 de tenter de faire parvenir à Berlin, par le général Saïd Pacha qui commandait les forces turques au Yémen, un certain nombre de documents par une caravane spéciale, dirigée par Arnold Holtz, secrétaire à la Légation, assisté par le sujet autrichien Karmelich.

Pour des raisons qui n’ont pas été éclaircies, cette caravane, au lieu de gagner directement la région d’Assab d’où la traversée par mer vers le Yémen aurait été plus courte, devait atteindre la Côte française des Somalis à Khor-Anghar, à 50 kilomètres au nord d’Obock.

En fait, Holtz était entré en relations à Obock avec un sujet français, Henry de Monfreid, marié à une Allemande et qui, avec l’accord du gouverneur de Djibouti, avait accepté de transporter la mission allemande vers le Yémen, à bord de son boutre de manière à ce qu’elle fût saisie en mer, en un lieu convenu par un navire de guerre français.

En outre, en choisissant Khor-Anghar, Holtz était assuré que le cheminement de sa caravane se ferait entièrement sur les territoires des tribus afars à l’exclusion de ceux des tribus issas171.

Il semble bien que Holtz ait été abusé jusqu’au bout car, après sa capture, on découvrit, dans les documents dont il était porteur une lettre destinée à Henry de Monfreid et dans laquelle il lui assurait qu’il le proposerait auprès du gouvernement impérial pour une décoration « méritée par votre patriotisme et par l’aide que vous m’avez promise »172.

Le ministre de France à Abdis Abbeba fut prévenu, dès le 3 avril, par un de ses agents, de la tentative de von Syburg et de l’organisation de la caravane. Pour donner le change au gouvernement éthiopien, la Légation allemande avait demandé des passeports pour le Consul Iensen, Holtz et Karmelich dans le but d’aller à la chasse dans le sud du pays.

Après consultation de ses collègues britannique et italien, le ministre de France ne jugea pas nécessaire de s’opposer au départ de cette caravane pour ne pas s’exposer à un refus et ne pas laisser aux Ethiopiens le profit d’une capture173.

Il faut dire que le gouverneur de la Côte française des Somalis avait arrêté le 9 janvier, le sujet allemand Gurk, agent de la maison Max Klein de Diré-Daoua, porteur de 5 documents, dont 2 chiffrés, l’un destiné à Berlin et l’autre à Constantinople. Gurk, qui avait adopté depuis plusieurs années les coutumes et le usages musulmans, se faisait appeler Abdul-Aziz Ben Cheikh Ahmed. Son groupe armé, composé de 8 hommes, avait tenté de gagner la région de Zeilah pour passer au Yémen mais, poursuivi par les Britanniques, il avait pénétré en Côte française des Somalis où il avait été capturé à La Doudah, près de Guissy174.

Cependant, le ministre de France fit remarquer à plusieurs reprises au Ras Taffari et à son ministre des Affaires étrangères, Moulou gueita, qu’il paraissait imprudent de laisser circuler ainsi dans le pays une troupe relativement nombreuse de gens qui n’étaient certes pas des amis du nouveau régime.

La caravane turco-allemande quitta Abdis Abbeba par fractions dans le deuxième semaine d’avril 1917 et le 14 avril au soir, le Consul Iensen, Holtz et Karmelich, ces deux derniers en costume éthiopien, quittèrent la capitale à cheval pour la région de l’Aouache. Le ministre de France, aussitôt prévenu, télégraphia à Djibouti. Le Consul Iensen revint quelques jours après tandis que Holtz et Karmelich poursuivirent leur route sans que les autorités éthiopiennes aient fait de sérieux efforts pour les surveiller. Le 8 mai, le Consul de France à Dire-Daoua signala la caravane à deux journées de marche dans la direction de Ouarouf.

Le ministre de France demanda alors, oralement, au Ras Taffari de prendre des mesures pour la sécurité de la ligne de chemin de fer entre Diré- Daoua et la frontière, mais le Prince Régent l’assura que ses craintes étaient injustifiées et il se borna à lui promettre l’envoi de quelques troupes de Harrar à Diré-Daoua.

Le 19 mai, Holtz et Karmelich étaient signalés par le gouverneur de Djibouti comme ayant franchi le 18 mai la frontière entre l’Ethiopie et la Côte française des Somalis et le gouverneur demandait au ministre de France de faire suspendre par les autorités éthiopiennes les caravanes de ravitaillement se dirigeant de l’intérieur par Haouassa, Daoué et Batié et d’attirer l’attention du gouvernement éthiopien sur les conséquences de sa complaisance envers Holtz et Karmelich.

Le ministre de France fit une démarche auprès du Ras Taffari et le 31 mai, des ordres furent donnés par ce dernier pour faire cesser ce ravitaillement. En outre, des démarches similaires furent faites par les ministres britannique et italien, accompagnées par des lettres de protestation.

Les représentants de l’Entente étaient persuadés qu’il existait une sorte d’accord entre les Légations d’Allemagne et de Turquie, d’une part, et certains ministres éthiopiens, d’autre part pour laisser la caravane de von Holtz traverser le territoire de l’Empire. Il semblerait que le Ras Taffari, le Bitwoded Haïlé-Guiorguis et le Dedjaz Moulou gueita aient été étrangers ou même défavorables à la décision du ministre de l’Intérieur d’accorder un passeport à Iensen, Holtz et Karmelich mais que celle-ci ait été prise par l’Impératrice elle-même à l’instigation de trois ministres : le Badjirond Ygasou, ministre des Finances, le Kagnazmatch Bayane, ministre des Travaux Publics et l’Aga-Negous (Grand Juge) Telahoun, qui passaient tous les trois pour germanophiles.

A ces protestations, le gouvernement éthiopien répondit le 11 juin 1917 (4 Sanié 1909) par la lettre suivante :

« Le Dedjaz Moulou-Gueita, ministre des Affaires étrangères du gouvernement éthiopien »

à

« Monsieur de Coppet, ministre plénipotentiaire de la République Française à Abdis Abeba »

Abdis Abeba, le 11 juin 1917

« J’ai reçu la lettre que votre Excellence m’a adressée au sujet de MM.Holtz et Karmelich. Après l’avoir communiquée à mon gouvernement, j’ai reçu l’ordre de vous faire savoir ce qui suit :

« Etant donné les relations amicales qui existent entre notre pays et la France, relations que nous nous sommes toujours efforcés de maintenir, nous ne pouvons croire que, pour une affaire semblable, vous vous seriez ainsi méfié de nous. Nous sommes également très étonnés du passage relatif à Aboubaker, au sujet duquel je vais vous donner quelques explications.

« Cet homme, sujet de la Colonie de Djibouti, a cherché depuis longtemps à gâter nos affaires. S’étant révolté contre notre gouvernement, il a recruté des hommes de Tadjourah et, ayant pris la fuite, a, comme vous le savez, pénétré sur le territoire de la Colonie de Djibouti.

« Nous avions l’honneur, à la date du 2 miyazia, de vous prier, d’ordre de notre gouvernement, de bien vouloir nour livrer Aboubaker. Votre Excellence nous a répondu le 4, nous faisant savoir qu’elle allait télégraphier à ce sujet à Monsieur le gouverneur de Djibouti. Depuis ce jour, nous n’avons plus rien reçu de vous.

« Quant à la communication de Monsieur le gouverneur de Djibouti au sujet des nommés Holtz et Karmelich qui se prétendent soldats de Lidj Yassou et se sont réunis à notre ennemi Aboubaker, nous ne sommes pas responsables de ce qu’ils font. Nous ajoutons que nous ne pensons pas que ces personnes aient voyagé sur les routes habituelles où nous avons des postes mais qu’elles ont pris des directions détournées pour aller rejoindre Aboubaker.

Quant à ce dernier, vous savez que c’est par le désert qu’il a pu atteindre la frontière éthiopienne et pénétrer sur le territoire de Djibouti. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pu nous en saisir. C’est aussi une preuve que le gouvernement éthiopien n’a pas cherché à créer de difficultés à la colonie française.

« Si ces personnes avaient pris la grand’route sur laquelle nous avons des gardes, ils n’auraient pu passer inaperçus et auraient été certainement arrêtés et même s’ils avaient pu s’échapper, ils n’auraient pu, sans difficultés passer la frontière.

« A Haoussa, à Daoué, et à Batié, ainsi que vers d’autres directions, nous avons envoyé des troupes de Dessié afin d’arrêter des caravanes portant des vivres et des munitions.

« Vous savez que depuis la Grande Guerre Européenne, le gouvernement éthiopien qui tient à conserver sa pleine liberté et qui l’a montré aux représentants des Puissances, ne s’est jamais mêlé aux affaires qui ne la regardaient pas. Vous savez que le gouvernement éthiopien ne cherche qu’à conserver l’amitié du gouvernement français ».

A cette lettre, le ministre de France répondait le 14 juin 1917 :

 

M. de Coppet, ministre Plénipotentiaire de la République Française à Abdis Abbeba

à

Son Excellence, le Dedjaz Moulou gueita

ministre des Affaires étrangères

le 14 juin 1917

« J’ai l’honneur d’accuser réception à votre Excellence de la réponse, qu’elle a faite, au nom du gouvernement éthiopien, à ma lettre du 31 mai dernier concernant les facilités données à la caravane de Holtz et Karmelich pour passer en territoire français.

« Comme j’ai rendu compte à mon gouvernement de cette grave affaire et que j’attends ses instructions pour la suite à y donner, je pourrais me borner à cet accusé de réception mais je tiens dès maintenant, à rectifier le passage de la lettre de votre Excellence relatif à Aboubaker.

« A la date du 10 avril dernier, Votre Excellence m’a écrit ce qui suit au sujet d’Aboubaker :

– Notre Consul de Djibouti, Ato Joseph, dit qu’il a obtenu du gouverneur français la permission voulue pour que nous saisissions de quelque manière que ce soit le négradas Aboubaker. Dans ces conditions, je prie Votre Excellence de bien vouloir me faire savoir si elle est du même avis que le gouverneur de Djibouti.

« A cette lettre, j’ai répondu deux jours après que j’allais télégraphier à Monsieur Fillon et le 20 avril au Guebbi, je faisais savoir successivement à Votre Excellence et à Son Altesse Impériale, le Ras Raffari, que nous n’avions, le gouverneur de Djibouti et moi, aucune objection à ce que les troupes éthiopiennes cherchent à s’emparer, même sur le territoire français, d’un homme qui est à la fois un ennemi de nous et de vous. Il n’est donc pas exact de dire soit que le gouvernement éthiopien nous ait demandé de livrer Aboubaker, soit qu’il n’ait reçu aucune réponse à la lettre par laquelle Votre Excellence me demandait la permission pour les troupes éthiopiennes de s’en emparer sur notre territoire. Les autorités de Djibouti n’ont en tout cas, rien fait pour faciliter les mouvements d’Aboubaker vers le territoire de l’Empire et il n’y a aucune comparaison à établir entre son cas et celui de Holtz et Karmelich.

« Je dois d’autre part, remercier le gouvernement éthiopien des mesures qu’il a prises à ma demande pour empêcher le ravitaillement d’une troupe qui constitue d’ailleurs un danger aussi bien pour le gouvernement éthiopien que pour la Colonie française de la Côte des Somalis. »

Dans une dépêche du 18 juin 1917175, le ministre de France apportait, en outre, les commentaires suivants sur l’attitude du gouvernement éthiopien dans cette affaire :

« Le gouvernement éthiopien se défend -Votre Excellence l’aura vu par la lettre de Moulou Gueita -contre des soupçons de complicité avec la Légation d’Allemagne que je n’ai même pas formulés puisque, dans ma protestation, je me suis borné à incriminer sa négligence. En réalité, il semble bien, d’après les renseignements que nous avons recueillis, mes collègues et moi-même sur les origines de cette affaire, que le gouvernement était parfaitement au courant du but de la caravane de Holtz et Karmelich. Autant qu’on puisse reconstituer les documents, la Légation aurait demandé un passeport pour ces deux personnages en laissant entendre qu’ils avaient pour mission de gagner l’Arabie pour aller, de là, porter les lettres à Constantinople et à Berlin en vue de provoquer la reconnaissance du nouveau régime par les gouvernements ottoman et allemand. Or, cette reconnaissance est ardemment désirée, je le sais, par l’Impératrice, peut-être même par le Ras Taffari. Sans parler de la question de vanité qui joue un très grand rôle à la Cour d’Addis Abbeba, le gouvernement éthiopien espère que cette reconnaissance lui donnera auprès de ses sujets musulmans la consécration qui lui manque, qu’elle découragera les partisans encore nombreux de Lidj Yassou et qu’elle lui ménagera les bonnes grâces des Puissances Centrales, surtout dans le cas ou leur défaite ne serait pas complète afin de pouvoir s’appuyer plus tard sur elles contre les entreprises des Puissances de l’Entente. On fait grand bruit depuis quelques temps, ici, des mesures de « précaution » que prendrait l’Italie en Erythrée. On sait qu’elle entretient de nombreuses troupes, (30 000 hommes environ) qu’elle possède six aéroplanes à Asmara et le séjour actuel du Comte Colli dans la Colonie italienne n’est pas sans susciter des commentaires. »

« Aussi, n’est-il pas surprenant que l’un des conseillers les plus écoutés aujourd’hui au Guebbi, Lidj Ouassanié, ex-Consul d’Ethiopie à Asmara, et secrètement hostile aux Italiens, ait, d’après mes renseignements, déterminé, dans la séance où fut discutée la question du passeport de Holtz et Karmelich, la décision du Conseil. Ce personnage intelligent et instruit, est l’un de ces jeunes éthiopiens, encore peu nombreux qui croient pouvoir réformer leur pays sans le concours des puissances limitrophes mais avec celui de l’Allemagne. On dit, par ailleurs, que le Bitwoded Haïlé Guïorguis et le Badjirond Ygazou se seraient montrés contraires aux facilités demandées par Holtz et son compagnon, que le Ras Taffari n’aurait pas voulu risquer de mécontenter l’Impératrice en laissant échapper cette occasion d’obtenir la reconnaissance des gouvernements allemand et turc.

« Le gouvernement éthiopien espérait certainement que Holtz et Karmelich s’embarqueraient facilement sur un point de la Côte française des Somalis avant d’éveiller l’attention et des autorités coloniales et que le passage en Arabie effectué, les Légations intéressées seraient placées devant un fait accompli. Maintenant que les choses ont mal tourné et que les deux aventuriers germaniques n’ont pas réussi à franchir le détroit de Bab el-Mandeb, le gouvernement éthiopien se rend compte de la faute qu’il a commise et les ministres, comme le Ras Taffari, se rejettent les uns sur les autres la responsabilité de cet acte de complaisance envers la Légation d’Allemagne.

« Il s’agit présentement, pour les Puissances Alliées de décider quelle attitude l’Entente devra prendre devant cette flagrante violation de neutralité. »

*

* *

Holtz se rendait parfaitement compte des difficultés qu’il rencontrerait pour traverser le territoire de la Côte française des Somalis jusqu’à Khor-Anghar, aussi il décida de confier ses documents à un émissaire arabe qui, pensait-il, pourrait gagner le Yémen sans se faire remarquer et remettrait ces documents au général Saïd-Pacha, commandant le 7e Corps d’Armée turc (quartier général à Sanaa) pour qu’ils soient transmis à Constantinople et à Berlin. Mais cet émissaire arabe le trahit et livra les documents au gouverneur de la Côte française des Somalis pour la somme de 2 000 thalers (7 000 francs de l’époque)176. Les traductions françaises de ces documents sont données en annexe177.

Après avoir expédié son émissaire, Holtz décida de retourner en Ethiopie et rebroussa chemin. Mais le gouverneur de la Côte française des Somalis envoya une colonne armée d’une soixantaine d’hommes qui lui coupa la retraite et l’encercla à Afasi, sur le plateau de Dakka, à proximité de l’oued Sekayto, à 50 kilomètres à l’intérieur du territoire français.

Après un bref combat, Holtz et Karmelich se rendirent.

Ils furent transportés en France et emprisonnés jusqu’à la fin de la guerre.

*

* *

A la suite de cet incident, la Légation d’Allemagne protesta par écrit auprès du gouvernement éthiopien sous le prétexte que ce combat avait eu lieu en territoire éthiopien et non sur le territoire français et que les forces françaises avaient, de ce fait violé le territoire éthiopien178. Le gouvernement éthiopien, fort ennuyé de cette affaire, demanda à la Légation d’Allemagne des preuves précises, et, en particulier, des documents pour prouver que l’arrestation de von Holtz avait bien eu lieu sur le territoire de l’Empire.

La Légation de France donna au ministère des Affaires étrangères éthiopien les informations les plus détaillées et le gouvernement éthiopien classa définitivement cette affaire179.

*

* *

Malgré l’échec de la mission Holtz-Karmelich, le ministre d’Allemagne essaya de mettre sur pied une autre expédition. Elle devait être organisée par l’autrichien Franck et commandée par l’allemand Greisamer, assisté par un de ses compatriotes, Kessen et par un autre autrichien Abel. L’intention prêtée aux Allemands était de traverser la région afar où ils devaient s’efforcer de rencontrer Lid Yassou pour ensuite, s’embarquer entre Assab et Obock, gagner Cheikh-Saïd et le Yémen, et retourner en Ethiopie avec de l’argent et des armes.

En outre, d’après les autorités françaises de Djibouti, le général Saïd Pacha, commandant les troupes turques et gouverneur du Yémen, avait réussi à prendre contact avec Lidj Yassou et lui avait promis une aide importante pour créer des difficultés au gouvernement éthiopien en place180.

Ces rumeurs furent portées à la connaissance du Ras Taffari qui ordonna un contrôle très strict des mouvements des Allemands et des Autrichiens résidant en Ethiopie.

Cette situation ne se modifia pas jusqu’à la fin de la guerre.

 

Annexe I – TRAITÉ D’ALLIANCE GERMANO-TURC

 

(d’après les documents Kautsky)

L’Ambassadeur à Constantinople

au ministère des Affaires étrangères

Télégramme 409

Thérapia le 2 août 1914

Constantinople le 2 août 1914

 

Texte du traité d’alliance

1- Les deux Puissances contractantes s’engagent à observer une stricte neutralité en face du conflit actuel entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie.

2- Dans le cas où la Russie interviendrait par des mesures militaires actives et créerait par là même pour l’Allemagne le « casus foederis » vis-à-vis de l’Autriche-Hongrie, ce ‘ »casus foederis » entrerait également en vigueur pour la Turquie.

3- En cas de guerre, l’Allemagne laissera sa mission militaire à la disposition de la Turquie.

Celle-ci, de son côté, assure à la dite mission militaire une influence effective sur la conduite de l’armée, conformément à ce qui a été convenu directement entre Son Excellence, le ministre de la Guerre et Son Excellence, le Chef de la mission militaire.

4- L’Allemagne, s’engage, au besoin par les armes, à défendre le territoire ottoman au cas où il serait menacé.

5- Cet accord qui a été conclu en vue de garantir les deux Empires des complications internationales qui pourraient résulter du conflit actuel, entre en vigueur dès sa signature par les plénipotentiaires sus-mentionnés et restera valable avec les obligations mutuelles analogues jusqu’au 31 décembre 1918.

6- Au cas où il ne sera pas dénoncé par l’une des hautes parties contractants six mois avant l’expiration du délai ci-haut fixé, ce traité continuera à être en vigueur pour une nouvelle période de cinq ans.

7- Le présent acte sera ratifié par S.M. l’empereur d’Allemagne, roi de Prusse et S.M. l’Empereur des Ottomans et les ratifications seront échangées dans le délai d’un mois à partir de la date de la signature.

8-Le présent accord restera secret et ne pourra être rendu public qu’à la suite d’un accord conclu entre les deux hautes parties contractantes.

En foi de quoi… etc.

Baron von Wangenheim Saïd Halim

 

3 Les Turcs désiraient ce texte en tenant compte du fait que S.M. le Sultan est le commandant en Chef de l’armée turque. Le général Liman m’a toutefois informé officiellement auparavant qu’il avait rédigé avec le ministre de la Guerre Enver une convention détaillée qui garantit la direction de fait de l’armée par la mission militaire ainsi que le demandait le télégramme 275.

Baron von Wangenheim

 

Annexe II – PROCLAMATION DE LA GUERRE SAINTE (DJIHAD) À CONSTANTINOPLE LE 14 NOVEMBRE 1914

« L’Europe Centrale n’a pu échapper aux calamités déchaînées dans le Proche-Orient et l’Extrême-Orient par le gouvernement moscovite qui, s’efforçant d’anéantir les bienfaits de l’indépendance céleste, présent pour les nations et les peuples, n’a d’autre but que d’asservir l’humanité et qui depuis des siècles, s’est montré l’ennemi le plus cruel et acharné de la félicité humaine, entraînant cette fois dans la guerre générale les gouvernements anglais et français dont l’orgueil national a, pour suprêmes délices, l’asservissement de milliers de musulmans et qui, tout en nourrissant l’ignoble aspiration d’assouvir leur convoitise en ravissant la liberté aux populations soumises à leur tyrannique et illégitime domination, n’ont jamais cessé de manifester la haine invétérée qui les pousse à ébranler et affaiblir le plus possible le Khalifat parce que ce haut pouvoir constitue le soutien du monde musulman et la force de l’Islam.

« Le gouvernement oppresseur qui porte le nom d’Entente a, non seulement au cours des siècles derniers, ravi aux peuples musulmans des Indes, de l’Asie Centrale et de la plupart des contrées africaines leur indépendance politique, leur gouvernement et même leur liberté mais depuis plus d’un demi-siècle, grâce au mutuel appui des trois puissances qui le composent, il nous a fait perdre les plus précieuses parties de l’Empire Ottoman. Enfin, à une époque plus récente, hier pour ainsi dire, durant la guerre balkanique qu’il a provoquée, en encourageant et en protégeant nos voisins, il a été la cause morale et matérielle de l’anéantissement de centaines de milliers de musulmans innocents, du viol de milliers de vierges musulmanes et de la profanation fanatique des choses sacrées de l’Islam et il vient encore de susciter des complications de nature à transformer le monde en un immense champ de bataille, s’efforçant de répandre au coeur même du peuple de Mahomet, les plus ardentes étincelles de ce brasier de guerre et de massacrer et d’étouffer, ce qu’à Dieu ne plaise, les lumières de la foi divine.

« Il est évident que ceux qui persécutent la religion musulmane (oeuvre due à l’inspiration même du Créateur, dont l’homme est incapable de comprendre la toute puissance et la force du châtiment, pour le bonheur de l’humanité dans cette vie et dans l’autre) seront, tôt ou tard, les victimes du courroux céleste qui les écrasera moralement et matériellement. Aussi, le Serviteur des deux Villes Saintes, Khalife des Musulmans et Commandeur des Croyants, a-t-il considéré comme le plus grand des devoirs du Kalifat mahométan d’appeler à la Guerre Sainte musulmane les peuples musulmans, conformément aux dispositions des fetvas sacrés, afin de recourir à toutes les mesures et à toutes les vaillances de la foi pour préserver des atteintes immondes, avec l’aide divine, le tombeau du Prohète, prunelle des yeux des vrais croyants, Jérusalem, Nedjef, Kerbela, le siège du Khalifat, enfin toutes les localités musulmanes où se trouvent des lieux prophétiques ainsi que des sépultures de saints et de martyrs et de supplier le Dieu Tout Puissant d’accorder son concours vengeur pour l’anéantissement des ennemis de l’Islam.

« Le Khalifat a appelé sous les armes, sans exception, tous les sujets de vingt à quarante cinq ans vivant sous son sceptre et tout en concentrant aujourd’hui graduellement sur les champs de la Guerre Sainte, l’armée et la flotte impériales ainsi que les Ulémas, les professeurs en théologie et les instituteurs qui, jusqu’à ce jour, avaient consacré leur vie à la diffusion de l’instruction, les étudiants en théologie et en science, espoirs de la religion et de la nation, la plupart des fonctionnaires et les enfants de la patrie, soutiens de familles miséreuses et de vieux parents, il a donné à tous les croyants l’ordre de prendre part à la Guerre Sainte et d’y apporter le concours de leurs personnes et de leurs biens.

« Par conséquent, conformément à la teneur des fetvas sacrés, tous les musulmans habitant dans les pays exposés aux persécutions des dits Etats oppresseurs, comme en Crimée, à Kazan, au Turkestan, à Boukhara, à Khiva ou aux Indes, ou résidant en Chine, en Afghanistan, en Perse, en Afrique et dans les autres contrées doivent, de concert avec les ottomans, considérer comme le plus impérieux des devoirs religieux de participer à la Guerre Sainte en corps et en biens et, en méditant les versets sacrés du Coran, de se soustraire ainsi aux supplices qui pourraient les frapper dans ce monde et dans l’autre, pour mériter au contraire, la félicité éternelle. Bien plus, considérant que nos ennemis, en appelant sous les armes, les musulmans soumis à leur domination, en les envoyant contre le Khalife ou ses alliés et en les faisant tuer dans les zones les plus meurtrières des champs de bataille de l’est et de l’ouest, ou, en d’autres termes, en commettant la vilènie mille fois plus satanique de faire exécuter leurs crimes contre le religion de l’Islam par la main même de vrais Croyants, ourdissant ainsi la plus atroce des calamités qui puissent atteindre des coeurs musulmans, le monde mahométan ne doit reculer devant aucun sacrifice pour mettre le plus tôt possible un terme à cet affreux fléau et, pour cela, confiant en Dieu, supporter les plus dures contraintes. Les musulmans qui s’empresseront de participer à la Guerre Sainte au nom de de leur divine religion pourront compter sur l’assistance de Dieu et le peuple élu qui sacrifiera sa vie et ses biens pour le relèvement de la gloire du Chériat musulman jouira de l’aide spirituelle du Prophète.

O PEUPLE DE MOHAMMED !

Puisque, conformément au verset du Coran, il s’est formé un peuple vertueux, digne de servir d’exemple au monde, doué qu’il est de tous les mérites et de toutes qualités que doit posséder le genre humain, tous ceux qui professent cette divine religion ayant pour base l’unité et l’union, pour caractéristique la science et le travail et pour objectif le droit et le bonheur de l’homme, doivent, quels que soit la race, le pays et le gouvernement auxquels ils appartiennent se grouper sous l’étendard de Mohammed, le coeur tourné vers Dieu et la face vers la Kaaba, vivre en une grande nation confessionnelle n’ayant d’autre Maitre que Dieu parce qu’elle porte au front le signe sublime de la majesté éternelle et se montrer capables de résister aux oppresseurs et aux perturbateurs qui veulent porter atteinte à leur grandeur.

O MUSULMANS FIDÈLES SERVITEURS DE DIEU !

« Ceux qui prendront part à la Guerre Sainte pour le bonheur et le salut des Croyants et en reviendront vivants, jouiront du bonheur ; quant à ceux qui y trouveront la mort, ils auront droit au titre de martyrs. Conformément à la promesse divine, ceux qui se sacrifient pour la cause du droit auront la gloire et le bonheur ici-bas, le paradis là-haut.

« O Musulmans, épris de gloire et de félicité, prêts à sacrifier votre vie et vos biens et à braver tous les périls et toutes les luttes pour la défense du droit, groupez vous, solidaires et unis autour du Trône impérial, conformément à l’ordre du Très-Haut qui nous a promis le bonheur dans ce monde et dans l’autre, pressez d’une étreinte commune le socle du Khalifat et sachez qu’en ce jour où notre Etat se trouve en guerre avec la Russie, la France, l’Angleterre et leurs alliés, ennemis mortels de l’Islamisme, le Commandeur des Croyants, Khalife des Musulmans, vous appelle à la Guerre Sainte.

« Combattants musulmans ! Avec l’aide de Dieu et l’assistance spirituelle du Prophète, vous vaincrez et écraserez les ennemis de la religion et vous remplirez d’une joie éternelle les coeurs musulmans suivant la promesse divine. « 

Signé : ….. Haïri, Cheikh ul Islam

Zia ed Din, ancien Cheikh ul Islam

Moussa Kiazim, ancien Cheikh ul Islam

Essad, ancien Cheikh ul Islam

Ali Haïdar, Fetva Emini

Eumer Houloussi etc…les neuf Casaskiers

Ibrahim Evlia, Conseiller du Cheikh ul Islamat

Hussaëin Kiamil, Président du Conseil des Etudes Théologiques

Douze Ulemas Supérieurs

Sources : Revue du Monde musulman

Welt des Islams – 15 mars 1915

Koloniale Rundschau – 1914

Presse turque de l’époque

 

Annexe III

Camp au pays des Afars

Le 20 juin 1917

A Son Excellence Saïd Pacha

LAHADJ

 

Excellence,

Je vous envoie par un fidèle dankali le courrier que M. le Ministre von Syburg m’ a remis pour expédition. Je vous prie d’excuser l’écriture au crayon n’ayant ni papier pour correspondre ni encre ici. J’avais l’intention d’aller vous trouver personnellement à Lahadj mais il m’est parfaitement impossible d’y aller, les Français et les Italiens exerçant une surveillance constante de la côte et de la mer très rigoureuse. Une entrevue personnelle avec vous m’aurait sans doute été très précieuse ; quoiqu’il en soit, la chose principale c’est l’expédition sûre du courrier. Celui-ci contient :

1°) Une lettre du Ras Taffari à Sa Majesté l’Empereur d’Allemagne.

2°) Une lettre du gouvernement éthiopien au Premier ministre d’Autriche-Hongrie

3°) Une lettre de M. le ministre von Syburg à sa femme ainsi que sa photographie ;

4°) Une lettre du même au Conseiller d’Ambassade, M. de Radowitz à l’Ambassade d’Allemagne à Constantinople.

5°) Une lettre chiffrée, cachée dans une amulette, pour le ministre des Affaires étrangères à Berlin.

Votre Excellence peut faire télégraphier sans crainte les chiffres figurant dans la lettre chiffrée, de la plus prochaine station télégraphique à l’Ambassade d’Allemagne à Constantinople. Il s’agit seulement de la description des événements éthiopiens et de la question au gouvernement impérial si Voizero Zaouditou peut être reconnue comme Impératrice et Ras Taffari comme héritier du Tröne quoique ses sympathies ne semblent pas aller vers l’Allemagne. Suivant les dernières nouvelles de Berlin que nous reçumes à Addis Abbeba, il nous paraît que le gouvernement impérial montre peu d’intérêt envers l’Ethiopie de sorte que le ministre Impérial ne sait pas si une initiative de sa part est désirée. Pour la même raison, il paraît qu’on renonce à Berlin à une action contre Djibouti et la Somalie Française. On se contentera, paraît-il, d’Aden. L’état présent des affaires politiques en Ethiopie est tellement en désordre que des années passeront avant que l’ordre soit définitivement rétabli. Les chances pour Lidj Yassou sont égales à zéro. De fait, il s’est trop compromis. Mais il parait aussi que Taffari a peu de chances pour un régne de durée.

J’espère, Votre Excellence, que ces nouvelles vous parviendront en bon ordre, le porteur m’ayant été recommandé comme homme de confiance. Je retournerai maintenant dans l’ancien campement d’Abou baker où j’ai laissé des provisions pour ma caravane et, de là, par Aoussa, à Addis Abbaba. Je n’ai rien à craindre dans le pays des Dankalis.

Nous entendons ici, Excellence que vous avez eu de grands succès à Aden dont nous vous félicitons. Si l’Angleterre n’était pas, il y a longtemps que la guerre aurait pris fin ou bien, elle n’aurait pas eu lieu du tout.

Je vous prie de bien vouloir donner au porteur, pour le compte de la Légation Impériale, une bonne récompense de 2 000 thalers à peu près. Prière aussi d’envoyer votre prochain courrier avec la poste de Berlin, de manière à ce qu’il arrive à Sagalo dans un boutre chargé de bois le 15 août. Là, il sera attendu par un arabe coiffé d’un tarbouch blanc. Il devra remettre vos lettres à celui-ci. La parole est « Hadji Youssouf ».

Agréez, Excellence, mes salutations les plus respectueuses.

signé : Arnold Holtz Secrétaire de la Légation allemande à Addis Abbaba

P.S. N’ayant pu gagner la confiance du dankali qui m’avait été recommandé comme fidèle, dont je vous parle plus haut, je me décide au dernier moment de vous envoyer la présente par un arabe. Je crois pouvoir avoir confiance en ce dernier vu que 3 arabes de Lahadj qui font partie de ma caravane, garantissent pour lui. Si par votre prochain courrier, je ne reçois pas d’accuser réception de la présente, je ferai arrêter ces trois garants à Addis Abbeba.

signé : Holtz

 

Annexe IV

Texte en éthiopien

A Sa Majesté Guillaume II, Empereur d’Allemagne et Roi de Prusse,

Salutations et souhaits de bonne santé !

Nous sommes heureux d’annoncer à Votre Gracieuse Majesté que par la grâce du Dieu Tout Puissant et la volonté du peuple, l’Auguste Impératrice d’Ethiopie Zaouditou a succédé au Trône de son bien aimé et regretté Père Ménélik II, Roi des Rois d’Ethiopie, et que conformément aux traditions de ses ancêtres, Elle sera couronnée, avec l’aide de Dieu, le Dimanche 4 Yékati (correspondant au 11 février 1917) en notre capitale d’ Addis Abbaba.

Nous vous assurons que Notre plus grand désir sera de cultiver et maintenir les relations d’amitié et de bonne entente qui ont si heureusement subsistées entre Nos gouvernements respectifs et qu’il Nous procurera toujours le plus grand plaisir à prouver à Votre Impériale et Royale Majesté la sincérité de l’amitié et de la bienveillance cordiale avec laquelle Nous sommes animés envers votre Impériale et Royale Majesté et Nos souhaits pour la prospérité de Votre Empire et le bonheur de Votre Impériale et Royale Majesté.

Nous prions le Très Haut de donner à votre Impériale et Royale Majesté longue vie et santé.

Donné à Addis Abbaba le 4 Fheur de l’an de grâce Mil neuf cent neuf.

Le Prince Héritier du Trône d’Ethiopie et Régent

Ras Taffari

Cachet et signature du Ras Taffari

 

Annexe V

Texte en éthiopien

Addis Abbaba le 12 janvier 1917

Excellence,

Par ordre de mon Gouvernement, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que notre Auguste Souveraine Zaouditou qui, par la Grâce de Dieu, a succédé à Notre Regretté et Grand Empereur Ménélik II sera solennellement couronnée le Dimanche 4 Yékatit 1909 (correspondant au II février 1917) à 9 heures du matin en sa Cathédrale d’Addis Ababba.

Par la même occasion, je vous annonce que Son Altesse Impériale le Ras Taffari est Héritier du Trône.

Vous êtes prié de vouloir bien en faire part à Votre Gouvernement.

Veuillez agréer, Excellence, les assurances de ma haute considération.

Kagnazmatch Baiané Iemer

Ministre des Affaires étrangères.

 

A Son Excellence

Le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche Hongrie

Cachet et signature du Ras Taffari

 

Annexe VI

Addis Abbaba le 6 avril 1917

Très honoré Monsieur de Radowitz

J’aurais tenu pour absolument invraisemblable, sans la guerre universelle, de pouvoir vous envoyer par messager des nouvelles d’Ethiopie en souvenir des plus agréables des jours vécus ensemble au Nippon. Et pourtant, c’est ainsi que Monsieur Arnold Holtz, qui part selon mes ordres pour Berlin, emporte ces lignes par lesquelles je puis envoyer mes cordiales salutations à vous et à votre honorable épouse. S’il se présentait une occasion pour Monsieur Holtz, en service ou en dehors du service, de vous les remettre, vous m’obligeriez en l’encourageant par un vif remerciement.

signé : von Syburg

________

Notes:

154 Voir annexe 1

155 Martin Hartman, Der Islam, Leipzig, Rudolf Hapt, 1919.

156 Le Sultzan turc Selim Ier Yavouz s’était attribué en 1520 le Khalifat jusqu’alors détenu par les Arabes.

157 Maurice Pernot, La question turque, Paris, Grasset, 1923.

158 Dr Albrecht Wirth et Zimmerman, Was muss Deustchland an Kolonien haben, Frankfurt sur Mein, Ludwig Ravaestein 1918.

159 Revue du Monde Musulman, volume 54, 1ère partie, Paris, 1908.

160 Dr Albrecht Wirth et Zimmerman, op. cit. n. 5.

161 Djemal Pacha, Memories of a Turkish Statesman, traduction, Paris, Payot, 1919 ; Morgenthau, Mémoires : 26 mois en Turquie, Paris, Payot, 1919 ; Liman von Sanders, Dardanellensieg (Im Feldunbe siegt), Munich, Lehman, 1920, et Fünf Jahre Turkei, Berlin Scherl, 1919.

162 Liman von Sanders, Fünf Jahre, op. cit.

163 Ludenddorf général, Kriegserinnerungen, traduction, Paris, 1922.

164 Welt des Islams, d’après le Sabah, 15 mars 1915, Koloniale Rundschau, 1914, Revue du Monde musulman (1914-1918).

165 Voir annexe II.

166 Heinrich Scholler, « German World War I aims in Ethiopie. The Frobenius Hall Mission », Communication au Congrès international des Etudes éthiopiennes, Nice, 19-22 décembre 1977.

167 A.H.M. Jones et E. Monroe, Histoire de l’Abyssinie, traduction de A. & H. Collin-Delavaud, Payot, Paris, 1935.

168 Heinrich Scholler, communication citée.

169 Lettre n° 30 du 15 janvier 1917 du gouverneur de Djibouti au ministre de France à Addis-Abbeba.

170 Dépêche n° 23 du 26 février 1917 du ministre de France en Ethiopie au ministre français des Affaires étrangères.

171 Lettre n° 233 du 21 juillet 1917 du gouverneur de Djibouti au ministre français des Colonies.

172 Lettre n° 1079 du 28 août 1917 du président du Conseil français, ministre des Affaires étrangères au ministre français des Colonies.

173 Dépêche n° 67 du 3 juin 1917, du ministre de France en Ethiopie au Président du Conseil français, ministre des Affaires étrangères.

174 Lettre n° 31 du 30 janvier 1917 du gouverneur de Djibouti au ministre français des Colonies.

175 Dépêche n° 73 du 18 juin 1917, du ministre de France en Ethiopie au président du Conseil français, ministre des Affaires étrangères.

176 Lettre n° 233 du 21 juillet 1917, du gouverneur de Djibouti au ministre français des Colonies.

177 Une lettre de von Holtz au Général Saïd Pacha (Annexe III).

178 Lettre n° 113 du 9 octobre 1917 du ministre de France en Ethiopie au ministre français des Affaires étrangères

179 Lettre n° 14 du 3 février 1918 du ministre de France en Ethiopie au ministre français des Affaires étrangères.

180 Lettre n° 624 du 24 juin 1918 du gouverneur de Djibouti au ministre de France en Ethiopie.

 

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