AVANT-PROPOS

La mer Rouge a été l’un des berceaux de l’humanité. Véritable trait d’union entre deux mondes, à la charnière de l’Afrique et de l’Asie, elle a toujours été un lieu de contact et de passage. Fréquentée par les Egyptiens, les Phéniciens, les Ptolémées, les Romains, les Grecs, les Byzantins, les Arabes et, ensuite, par les Européens à la recherche de la route des épices, elle connut son apogée à l’ouverture du canal de Suez. Cette mer devint l’une des routes maritimes les plus importantes du monde. Les grandes puissances s’installèrent sur ses bords et menèrent pendant plus de deux siècles une politique de profit et d’intérêt.

La fin de la première guerre mondiale avec le démembrement de l’Empire Ottoman par le traité de Lausanne en 1923 changea la physionomie de la mer Rouge en créant de nouveaux Etats : le Soudan, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Yémen. La seconde guerre mondiale mit fin en 1941 à la colonisation italienne en Ethiopie, en Erythrée et en Somalie et les trente dernières années virent la naissance des nouveaux Etats indépendants créés à la suite des départs des Britanniques et des Français du Somaliland, d’Aden et de Djibouti : la République de Somalie en 1961, la République Populaire et Démocratique du Sud Yémen en 1967, actuellement fusionnée avec le Yémen du nord, et la République de Djibouti en 1977.

Le canal de Suez commence à Port Saïd mais il se termine dans le détroit de Bab el-Mandeb entre l’Arabie et l’Afrique.

La mer Rouge est un élément essentiel du commerce pacifique entre les peuples, du progrès et de l’équilibre des continents.

L’océan Indien, dont on parle beaucoup, a toujours été une zone ultra-sensible groupant, depuis l’arrivée des Portugais au XVIe siècle, les intérêts politico-économiques des puissances européennes et leurs luttes pour la suprématie maritime. De nos jours, la guerre du Golfe l’a bien montré, il est devenu l’un des centres de gravité des tensions mondiales et le lieu géométrique des puissances moyennes du Tiers Monde. Stratégie globale, politique, économique et militaire, lutte permanente qui n’admet aucune interruption, le jeu mondial dans l’Océan Indien est sans faiblesse.

Les chapitres de ce livre retracent, par épisodes successifs, quelques grands moments historiques qui marquèrent profondément les destins des pays riverains. Ils ont pour objet, à travers des récits d’épopées, de combats ou de rivalités coloniales de souligner les tournants de l’histoire, l’irruption des temps modernes dans un monde figé, le choc des civilisations mais aussi, les révoltes et les affrontements des intérêts économiques.

La mer Rouge et l’Océan Indien ont été les scènes de ces luttes incessantes pour percer ou pour contourner la barrière des peuples islamisés, pour atteindre la mer libre et les richesses de l’Asie. Depuis les Croisades, l’Europe à travers ses marchands, ses militaires et ses aventuriers n’a jamais cessé sa marche vers l’Est par des expéditions maritimes que le canal de Suez n’a fait que faciliter.

L’histoire est souvent faite d’anecdotes qui sont écrites pour les vainqueurs. Il ne faut pas s’en étonner car les hommes aiment la gloire et puis, comme disait Montesquieu, ce sont toujours les aventuriers qui font les grandes choses et non pas les souverains des grands Empires.

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