Le général Giraud et la Résistance

Le 5 juillet 2002, les décorations du général Giraud ont été déposées au Musée de l’Infanterie à Montpellier. Cette cérémonie nous offre l’occasion de rappeler l’action du général Giraud à la tête des armées françaises en 1942-44, et en particulier de son initiative, inédite à ce jour, de créer l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) (1) .

Le Commandant en chef.

A la fin de l’année 1941, l’Etat-major de l’armée (EMA-Terre), dans la perspective de la reprise du combat, préparait l’Opération Midi de la France, et envisageait d’en confier le commandement au général Weygand, dont les Allemands avaient exigé, en novembre, le rappel

d’Alger, où il était à la fois Gouverneur de l’Algérie et Commandant en Chef des troupes d’AFN. Lors de la visite que lui fit Douglas Mac Arthur, conseiller d’ambassade américain, Weygand se récusa. L’on pensa alors au général Giraud, prisonnier dans la forteresse de Königstein(2). L’action conjointe du Groupe d’autodéfense de l’Est et des Services spéciaux permit de faire évader le général Giraud le 17 avril 1942. Cette évasion provoqua la fureur des Services allemands, qui promirent une récompense de 100.000 RM pour sa capture. Hitler lui-même intervint auprès de Laval pour demander que le fugitif se rende, ce qu’il refusa, après avoir proposé d’être échangé contre 50.000 prisonniers.

Passant par la Suisse(3), Giraud arrive à Vichy le 27 avril, et se présente le 29 au maréchal Pétain, accompagné du général Frère, commandant le Groupe de Divisions n° 2 à Royat. Il envisage alors un débarquement allié dans la midi de la France, qui serait appuyé par l’armée d’armistice et placé sous son autorité. C’est dans ce but qu’il prend de nombreux contacts. Il envoie un émissaire le 8 mai au général Weygand, qui se récuse à nouveau.

Il reçoit le 19 mai M. Lemaigre-Dubreuil, du groupe de résistants d’Alger, et désigne le général Mast pour le représenter en Afrique du Nord. Fin mai il reçoit d’autres Algérois auxquels il remet des lettres pour les généraux Mast, de Montsabert et Béthouard, ce dernier sera son représentant au Maroc. Fin août, Lemaigre-Dubreuil lui fait part de l’imminence du débarquement allié en Afrique du Nord, auquel désormais Giraud se rallie. Le 16 juin, le général Baurès rencontre en son nom Douglas Mac Arthur. Le 27 octobre, il conclut avec Murphy, représentant de Roosevelt, un accord qui sera daté du 2 novembre, suivant lequel il serait commandant en chef 48 heures après le débarquement des forces alliées (promesse mensongère de Murphy); les Américains proposent en outre d’accorder à l’armée française les avantages du prêt-bail, et d’assurer le ravitaillement des populations d’Afrique du Nord; les unités de la France libre sont exclues de cet accord. Giraud aurait sans doute préféré un débarquement simultané en métropole, mais il le sait impossible en 1942.

Après avoir écrit au Maréchal(4) qu’il estime l’heure trop grave pour rester spectateur, Giraud embarque le 5 novembre sur le sous-marin Sereph à destination de Gibraltar, où il a des entretiens difficiles avec Eisenhower, qui reconnaît son autorité sur Noguès et Juin, mais pas sur les forces alliées débarquées. Le 8 novembre, il adresse un message aux armées françaises, concluant : je reprends ma place au combat, comme l’un des vôtres. Le 9 novembre, il atterrit à Blida où il est accueilli par Murphy. Son arrivée surprend l’amiral Darlan, qui lui demande de créer une armée de volontaires. Alors que les aviateurs, et Noguès, Résidant général au Maroc et Commandant en chef, sont peu favorables à sa prise de commandement, il prépare avec le général Juin l’intervention en Tunisie. Trois jours après l’armistice conclu avec les Américains le 10 novembre, Darlan le nomme Commandant en chef des forces terrestres et aériennes. Le 14 novembre, Giraud met sur pied l’Etat-Major de l’Armée et adresse sa première directive aux généraux Barré à Tunis et Welvert à Constantine; il donne l’ordre de mobilisation générale des Français et des Musulmans d’Algérie et du Maroc.

Les 17 et 18 novembre, il se rend avec Juin auprès du général Barré et du général Anderson, commandant la 1ère Armée britannique et les troupes alliées en Tunisie. Le 20 décembre, le général François d’Astier de la Vigerie, envoyé par de Gaulle, lui propose la coopération des Forces françaises libres. Dans le même temps, Giraud charge Lemaigre-Dubreuil et le général Béthouard d’une mission à Washington pour obtenir le réarmement de 13 divisions françaises dont 2 blindées.

Après l’assassinat de l’amiral Darlan le 24 décembre, le général Giraud est élu à l’unanimité du Conseil impérial, et contre son gré, au poste de Haut Commissaire et de Commandant en chef. Le 29 décembre, au général de Gaulle qui propose de le rencontrer, Giraud répond qu’il est favorable à l’union. Un seul but, la victoire, telle est sa devise. Du 14 au 31 janvier 1943, il confère à Anfa avec le général Marshall et les chefs d’état-major combinés alliés. Le plan de réarmement de 8 divisions d’infanterie, 3 DB, 4 QG d’armée et de corps d’armée, 24 groupes de DCA et un millier d’avions, est approuvé par Roosevelt le 24 janvier, jour de la poignée de main historique avec de Gaulle. Le protocole signé Roosevelt reconnaît Giraud comme représentant les intérêts de la France.

Le 4 février, Giraud crée le Comité de guerre. Tandis que des milliers d’évadés de France rejoignent l’armée d’Afrique, commencent les difficiles négociations entre Giraud et de Gaulle, marquées par le memorandum du Comité national de Londres, la limitation territoriale de la compétence politique de Giraud, imposée par Churchill, le discours démocratique du 14 mars, inspiré par Jean Monnet, le ralliement de la Guyane, les entretiens cordiaux avec le général Catroux à Alger, le recrutement illégal de combattants par Leclerc en Tunisie, le télégramme du 15 mai de Jean Moulin refusant que de Gaulle, seul chef de la Résistance, soit subordonné à Giraud. Giraud accepte les conditions du général de Gaulle et l’accueille le 30 mai à l’aéroport de Boufarik. Le 3 juin il devient co-président du Comité français de Libération nationale (CFLN), où il se trouve en minorité.

Dans le même temps, 80.000 soldats de l’armée d’Afrique ont bloqué l’Afrika-Korps de Rommel sur la dorsale tunisienne, et participé le 13 mai 1943 à la victoire en Tunisie. Cordell Hull, Churchill et Roosevelt font l’éloge des succès militaires remportés par Giraud. Eisenhower signe avec le seul Giraud le memorandum du 19 juin, qui est rejeté par de Gaulle. Le commandant en chef se rend à Washington du 2 au 24 juillet pour accélérer le réarmement. De Gaulle met à profit cette absence pour limoger 400 officiers supérieurs et généraux. Il prend le 30 juillet la Présidence du Comité de Défense nationale et exige en août la fusion des Services spéciaux, que Giraud n’acceptera qu’en partie le 27 novembre(5) .

Entre temps, du 9 au 15 septembre, Giraud a monté avec le Front national, dirigé par le communiste Giovoni, l’opération de libération de la Corse, qui est critiquée par le CFLN, mais admirée par Roosevelt, Churchill et Eisenhower. Il met sur pied le Corps expéditionnaire confié au général Juin pour l’Italie, et se prononce, avec Churchill et Juin, pour la poursuite des opérations d’Italie vers les Balkans, en vue de devancer les Russes à Berlin.

De Gaulle s’impose le 9 novembre comme Président unique du CFLN, dont il élimine les généraux Giraud et Georges. Le 4 avril 1944, l’éviction du Commandant en chef est définitive, il apprend par la presse sa désignation comme Inspecteur général, poste qu’il décline(6). Il se retire à Mazagran, où il est victime d’un attentat le 28 août.

« Je dis bien haut, déclare de Gaulle le 15 avril, que la magnifique carrière du général Giraud fait extrêmement honneur à l’armée française. Je dis bien haut que son évasion légendaire de Koenigstein, sa volonté immuable de combattre l’ennemi, sa participation éminente à la bataille de Tunisie et à la libération de la Corse lui assurent dans cette guerre même, une gloire qui ne sera pas oubliée ». Il manque à cet éloge le rôle du général Giraud dans le réarmement de l’armée, et sa conception prémonitoire de la résistance militaire en métropole, qu’il faut maintenant préciser.

Les ordres à la résistance.

Dès son retour en métropole en avril 1942, le général Giraud établit des contacts avec les mouvements de Résistance, et d’abord avec ceux dépendant de Vichy. Il s’informe auprès du capitaine Lejeune des possibilités des Groupes d’autodéfense (GAD) en zone occupée, auprès du colonel Mollard du camouflage des matériels, et du colonel de Linarès de la mobilisation clandestine. Il donne l’ordre à ce dernier de reprendre le combat au cas où l’armée allemande envahirait la zone libre. Il s’intéresse aux Services de renseignement clandestins, en particulier aux Travaux ruraux du commandant Paillole, qui est en liaison avec l’Intelligence Service.

Son évasion spectaculaire incite les mouvements de résistance à se rapprocher de lui. En avril il reçoit la visite de Claude Bourdet, de François de Menthon et du duc de Magenta, futurs dirigeants de Combat. Il revendique de prendre la tête de la résistance européenne et, pour conserver le secret, refuse de parler à la BBC. Il n’accepte pas de se rendre à Londres et déclare à Bourdet qu’il ne voit pas d’avenir pour le général de Gaulle.

La relation avec Murphy étant réalisée par l’intermédiaire de Lemaigre-Dubreuil, c’est le réseau Alliance qui établit la liaison avec l’état-major interallié; le commandant Faye de ce réseau apprend en effet que Churchill s’intéresse à Giraud. C’est Alliance qui transmet à Londres, le 20 octobre le Memorandum de Giraud(6). Dans ce memorandum, Giraud définit le plan d’un débarquement allié en métropole, qui aurait lieu en 1943 avec le soutien de l’armée d’armistice. Il n’ignore pas, sans doute, que ce plan est dépassé, puisqu’il se prépare à rejoindre l’Afrique du Nord avec le concours du réseau Alliance(7) .

Les documents récemment découverts(8) au Public Record Office de Londres apportent un éclairage nouveau sur le rôle de Giraud dans l’organisation de la résistance militaire. C’est d’abord une directive du 3 novembre, destinée au général Frère, qui constitue l’acte de naissance de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA). Ce texte montre que Giraud apprécie bien les problèmes de la clandestinité et de la coordination entre les maquis et les forces de débarquement :

Aller trouver le commandant Lejeune et travailler en liaison avec lui.

Toucher le général FRERE à ROYAT et lui dire que je le désigne comme chef de la résistance en France. Il aura comme adjoint le Rev et Seg.(9)

Il s’agit de tendre sur la FRANCE un filet aux mailles inégales, provinces, départements, cantons, communes, avec les chefs locaux connaissant leurs affiliés et prêts

à tout pour chasser l’envahisseur, en liaison avec les armées régulières au moment du débarquement.

Les étapes successives sont :

a/ assurer la liaison avec ALGER, par radio et par agents;

b/ recueillir tous les renseignements possibles sur l’ennemi et les faire parvenir avec un code convenu.

c/ préparer un plan d’opération, à chaque échelon, pour faciliter la progression des troupes anglaises, américaines et françaises.

d/ prévoir les gens sûrs capables de prendre en main la police et l’administration, dès l’arrivée des alliés, pour empêcher le désordre et l’anarchie.

e/ conserver le secret le plus absolu, les chefs subordonnés doivent s’ignorer entre eux.

f/ ne pas partir avant le signal convenu. Les attentats ou sabotages isolés nuisent plus qu’ils ne servent.

g/ enfin se rappeler que la qualité des affiliés vaut mieux que la quantité.

Des gens sûrs, discrets, résolus. S’il y a des traîtres, exécution immédiate. Quant aux impatients, leur dire qu’ils n’ont qu’à obéir.

(sgd) GIRAUD.

Dès son arrivée à Alger, le général Giraud se préoccupe d’aider la Secret Army que constitue l’ORA. Une réunion préparatoire a lieu à Alger le 12 décembre 1942 avec les responsables britanniques du SOE (Special Operation Executive ). Faisant le point de la situation à la suite de la dissolution de l’armée d’armistice, la note du SOE conclut à la nécessité de venir en aide à l’organisation secrète militaire (désignée sous le terme de Secret Army) en France. Sans se rendre très bien compte des besoins réels, elle propose :

– de regrouper les forces dispersées (5.000 officiers et sous-officiers),

– de leur fournir les moyens financiers nécessaires,

– de leur procurer des moyens de liaison.

La planification de l’aide britannique à l’ORA est organisée le samedi 13 février 1943 lors d’une conférence tenue à Alger au Palais d’été, co-présidée par le général Giraud et le major général GUBBINS. Des ordres précis sont donnés aux commandants Lejeune et Paillole, et au lieutenant britannique Goldsmith, en vue de faire le point sur la situation de la Secret Army, ses besoins en transmissions, armement, instructeurs, officiers de liaison et finances (texte joint en annexe).

Les directives de Giraud sont diffusées en France aux cadres démobilisés de l’armée d’armistice. C’est ainsi qu’en février 1943 le colonel Bertrand, commandant le 1er RI(10) à Saint Amand Montrond, transmet à ses officiers les instructions du général Giraud : « ne doivent partir en AFN que les spécialistes, aviation, blindés, troupes nord-africaines. Giraud va faire réarmer l’armée d’Afrique par les Américains. Les jeunes officiers doivent encadrer en métropole les jeunes qui veulent échapper au STO « . L’accord du 13 février rentre rapidement en application : le 1er RI est la première formation de résistance en France à recevoir, le 18 avril 1943, un parachutage d’armement, en présence du commandant Lejeune, arrivé de Londres en mars.

Giraud, dès avril 1943, se préoccupe d’organiser la résistance en Corse. Utilisant le sous-marin Casabianca, il transmet au capitaine de gendarmerie Colonna d’Istria, le message suivant : « Ordre former armée secrète vraiment nationale, rechercher terrains parachutage, définir objectifs à attaquer le jour J pour permettre le débarquement du Corps expéditionnaire que l’état-major du Commandant en chef prépare secrètement « . Ainsi la mission de la résistance en relation avec un débarquement est-elle clairement définie.

Le contact de Giraud avec Frère sera toujours maintenu, même quand Laval relèvera Frère de son commandement, en abaissant la limite d’âge des généraux, le 1er septembre 1942. Lorsque Frère est arrêté le 13 juin 1943, c’est le général Verneau, ancien CEMA, qui prend la direction de l’ORA. Il établit la coordination de l’action avec les mouvements de résistance Nord, et avec le général Dejussieu, chef d’état-major de l’Armée secréte de la zone Sud. Le colonel Zeller lui est subordonné pour le Sud-Est, le colonel Pfister pour le Sud-Ouest, le commandant Cogny pour la zone Nord. Le 28 septembre, il envoie le colonel Zeller, à bord d’un sous-marin, en mission à Alger, où il rencontre les généraux Giraud, de Gaulle et Juin. Zeller se rend ensuite à Londres où il retrouve le commandant Lejeune et est reçu par le colonel Buckmaster, chef de la section française du SOE.

Ainsi la liaison entre le Commandant en chef, l’ORA, et le SOE est-elle encore renforcée. Le général Giraud suit avec attention les activités de résistance armée, grâce aux Services spéciaux d’Alger, particulièrement efficaces dans la recherche du renseignement militaire. Il s’oppose à leur fusion avec les Services gaullistes, davantage politisés.

Après les arrestations de Jean Moulin et du général Delestraint en juin, Verneau est à son tour arrêté le 23 octobre, en même temps que Cogny. Le général Revers, qui prend la suite, rencontre des difficultés pour se faire reconnaître des mouvements civils de résistance, qui sont profondément divisés, et plus gaullistes que giraudistes. Les commandants régionaux de l’ORA s’emploient également à l’intégration de leurs unités dans les FFI. Le 14 février 1944, le Conseil National de la Résistance (CNR) reconnaît l’existence de l’ORA, et le 10 mars le Comité d’action en France, auquel participe Giraud sous la présidence du général de Gaulle, organise la résistance intérieure et fait admettre le général Revers au Comité d’action militaire de la résistance (COMAC). C’est la dernière intervention du Commandant en chef en relation avec la résistance de l’armée.

X

L’éloge du général de Gaulle, cité plus haut, montre bien les mérites du Commandant en chef dans l’organisation des campagnes de Tunisie et dans la libération de la Corse. Mais il ne souligne pas suffisamment les éminentes qualités du chef militaire, qui crée les grandes unités (Armée, Corps d’Armée et Divisions), organise la mobilisation de l’Afrique du Nord, obtient des Américains la modernisation des armements, conçoit la stratégie et la tactique adaptée, coordonne les services du renseignement, participe à l’unification des FFI. Il est après Weygand et avec l’aide de Juin, le rénovateur de l’armée d’Afrique, et le fondateur du Corps expéditionnaire français (CEF) en Italie.

La campagne de Corse est un modèle d’opération combinée, dans laquelle coopérent les marins français, les gendarmes, les résistants communistes, le BCRA et l’OSS, le bataillon de choc de Gambiez et les tabors marocains, avec in fine le concours de l’armée italienne.

Le bilan militaire de l’ORA est tout aussi brillant(11). Il faut rappeler l’efficacité du réseau de passage en Espagne, la formation d’unités prestigieuses comme le Corps franc Pommiès, le 1er RI, la Brigade Charles Martel et la Division légère d’Auvergne, la coopération du renseignement avec le réseau TR, la participation aux maquis des Glières et du Vercors, l’appui au débarquement de Provence(12) et la reddition de la colonne Elster, qui constitue la plus importante bataille offensive de la Résistance (résumée dans l’annexe 2).

Il faut souligner enfin le grand courage du général Giraud, qui conduit toutes ses activités en sachant que sa famille est soumise aux représailles de l’ennemi : sa fille Renée Granger et ses quatre enfants déportés de Tunis à Friedrichroda (Thuringe), où elle-même trouve la mort. Son gendre André Marguet et son frère Fernand Giraud déportés à Plansee (Tyrol), son épouse et six membres de sa famille expulsés d’Aix en Provence et internés à Vals-les-Bains, puis à Saint-Romain de Lerps (Ardèche), avant d’être déportés sous la conduite des SS à Paris, Vittel et finalement Friedrichroda. Dans le même temps, deux fils et un gendre du général servent dans l’armée d’Afrique. Quelle famille d’officier a subi de telles persécutions, et rendu de tels services à la libération de la France ?

Si face à de Gaulle il ne fut pas un bon manoeuvrier politique, ce grand chef militaire fut un grand résistant et un grand Français. Il semble qu’on l’ait oublié.

Annexe 1 PUBLIC RECORD OFFICE

February 14th. 1943

NOTE ON THE CONFERENCE HELD AT THE PALAIS D’ETE

ON SATURDAY, FEBRUARY 13TH.1943.

Present : General GIRAUD Major General GUBBINS

General CHAMBE Lt. Colonel HESWICK

Colonel de LINARES Lt. GOLDSMITH.

Commandant PAILLOLE

—————————

General Giraud decorated Lt. Goldsmith with the Croix de Guerre avec citation à l’ordre de l’armée, for his work in France, and the arrangements made for General Chambe’s escape from there to North Africa.

1. The subject under discussion was the evolution and future of the Secret Army in France . Up to the time of General Giraud’s departure he was the chief of this Secret Army, and among his principle lieutenants were the General Chambe, Baurès, Frère, Colonel de Linares and Commandant Lejeune. The General Giraud, Chambe and Colonel de Linares are now in North Africa . General Baurès is under arrest in France . General Frère remains free in France . Commandant Lejeune has been to North Africa and is now on his way to France to pick up the threads of his organisation and to report back to General Giraud as soon as possible.

2. From the attached papers it will be seen that considerable elements of the Secret Army still exist in organised form, but that with the German occupation of the whole of France, they are now in need of communications (especially with North Africa), arms, instructors, liaison Officers, and money. Through S.O.E. British help has offered in France to General Baurès to maintain and develop this Secret Army against the day of the Allied return to the Continent. General Baurès, who was by General Chambe and Lt. Goldsmith shortly before their departure from France and before the General’s arrest, asked for General Giraud’s directive on the acceptance of this British offer. General Giraud has accepted and has instructed his staff to co-operate with S.O.E. in the realisation of this project.

3. Il will be necessary for S.O.E. to etablish communications with the Secret Army to send arms, organisers, and instructors. On the question of money Commandant Paillole scated that the necessary funds, at any rate for the time being, were available in France . This question, therefore, as far as S.O.E. is concerned, does not arise.

Immediate steps that can be taken in this task are as follows :

(i) Commandant Lejeune will go to France and report back on the existing organisation that remains.

(ii) Lt. Goldsmith will proceed to London with General Giraud’s written directive to the existing chiefs of the Secret Army and this will contain instructions to work in closest collaboration with S.O.E. Lt. Goldsmith will hand the instructions to Commandant Lejeune, if he has not already left for the field. If he has, he will follow him at the first suitable opportunity in order to make necessary contact with Commandant Lejeune and the leaders of the Secret Army in France .

(iii) A wireless set wich is in direct contact with S.O.E. Algiers has been established in Southern France . This will be the first communications link in the organisation.

(iv) Two french Officiers are at present in training in Algiers and will be available within the next few weeks to go to France and form the nucleus of the instructors required.

(v) General Chambe has promised to assist in the provision of future personnel, more particularly wireless operators in order to build up communications between the Secret Army ans General Giraud’s headquarters here.

Further plans will have to await the return of Commandant Lejeune from the field, and any such reports that Lt. Goldsmith will send from France after he has had an opportunity of carrying to the leaders of the Secret Army General Giraud’s directive.

Annexe 2 Le 1er RI dans la Résistance

Plusieurs unités de l’armée d’armisitice sont entrées en résistance. Aux côtés du Corps franc Pommiès, le 1er Régiment d’Infanterie est un des plus prestigieux. Régiment à trois bataillons, aux ordres du colonel Bertrand, il est implanté en 1941 dans le Cher à St Amand Montrond, Issoudun et Dun-sur-Auron. Ses compagnies sont installées dans les villages et sont bien intégrées à la population. Le régiment est également proche du groupement n°32 des Chantiers de Jeunesse à Bruères.

Dissous le 27 novembre 1942, après avoir observé le 11 novembre le franchissemnt de la ligne de démarcation par la Wehrmacht, le régiment a pu camoufler des armements. Dans son ordre du jour, le colonel Bertrand s’incline devant les plis du drapeau, autour de lui nous nous rallierons tous au jour de la résurrection que nous savons certaine. Plusieurs officiers sont mis en place dans des administrations du département ( sous-préfectures, service de la main d’oeuvre, défense passive)et dans l’exploitation forestière. Leur mission sera de :

– rechercher le renseignement sur l’ennemi (agents de la Gestapo, Abwehr et Milice), en liaison avec la Gendarmerie, les Chantiers de jeunesse et les mouvements Combat et FTP,

– recruter et encadrer les jeunes qui veulent échapper au STO; suivis par des sous-officiers, ils sont mis à l’abri dans des fermes-maquis avant de rejoindre les maquis -mobilisateurs,

– contacter les Saint-Cyriens qui après dissolution de l’Ecole Spéciale militaire d’Aix ont rejoint les Chantiers de Jeunesse,

– instruire des équipes secrètes sur le parachutage, l’emploi de l’armement et des explosifs.

Le colonel Bertrand recommande à certains d’encadrer les troupes scoutes du département; c’est ainsi que le lieutenant Roidot organise avec Michel Menu un camp de cadres scouts, qui trouveront ensuite leur place dans la résistance.

Le commandant du 1er RI élargit son action dans la Nièvre où il devient responsable ORA. En liaison avec les généraux Frère et Verneau, il accueille en mars 1943 le général Olleris, accompagné de deux officiers alliés. Il organise des réunions clandestines et décline le commandement du 1er régiment de France, force gouvernementale dépendant de Laval, mis en place le 28 juillet 1943 à Le Blanc, St Amand et Dun. Le commandant Rauscher et 3 officiers du régiment sont arrêtés le 10 décembre 1943 par la Gestapo de Bourges, aidée par la Milice. Se sentant surveillé dans le Cher, le colonel Bertrand installe ensuite son PC à Paris. C’est au profit du 1er RI qu’a lieu le premier parachutage du SOE le 18 avril 1943; d’autres suivront le 25 août, le 6 octobre et le 20 novembre.

En mai 1944, le 1er RI à deux bataillons de chacun 5 compagnies, renforcé d’une compagnie des Chantiers, constitue la 33ème demi-brigade aux ordres du colonel Trousseau. Ultérieurement, il sera rejoint par six compagnies du 1er régiment de France, qui ont éliminé leurs officiers supérieurs. Le 1er RI reçoit la mission de déclencher le plan Vert de destruction des convois ferrés venant du Sud, puis de l’Ouest. En contact avec le mouvement Combat, le colonel Bertrand refuse de participer le 6 juin à la « libération » de St Amand, qui est réoccupé le 8 et soumis aux représailles des Allemands et de la milice. Exécutant le 15 août l’ordre de Koenig de passer à la guérilla généralisée, il mène un combat d’embuscades contre les unités ennemies et libère Bourges le 6 septembre, en liaison avec le colonel de Vogüe et le colonel Hubert des FTP.

Il participe du 7 au 11 septembre à la gigantesque embuscade coordonnée par les FFI du Sud-Ouest et d’Auvergne contre l’importante colonne Elster(13), évaluée à 18.000 hommes, qui se replie de Bordeaux vers Dijon par Chateauroux.

Au cours de ces engagements, généralement de courte durée mais entraînant de vives réactions allemandes, le 1er RI a perdu une soixantaine de tués dont deux officiers, et de nombreux blessés. La mémoire des soldats morts pour la France est conservée dans le Cher par de nombreuses stèles entretenues avec fidélité par les anciens du 1er RI et les municipalités. Le régiment a été cité à l’ordre de l’armée par le général de Gaulle le 3 avril 1945.

CITATION A L’ORDRE DE L’ARMEE

LE 1er REGIMENT D’INFANTERIE

Splendide Corps, dont la foi ardente dans les destinées de la Patrie n’a pu être abattu par la dissolution de 1942. En dépit des arrestations, déportations et perquisitions, a réussi à mettre à l’abri une partie importante de son armement, de son habillement et de ses approvisionnements. A établi entre la troupe et ses cadres des liens tels qu’en juin 1944, à l’appel de son chef, le Colonel Bertrand, le Régiment a pu se regrouper autour de ses équipes clandestines qui n’avaient jamais cessé de mener le combat. Conduisant une guérilla continuelle, du 8 août au 12 septembre 1944, a manifesté les plus belles qualités d’une troupe de choc par ses actions de harcèlement au cours desquelles il a causé à l’ennemi des pertes dépassant 500 tués, un millier de blessés, 150 prisonniers, et a contribué à la reddition d’un groupement de colonnes ennemies fort de 18.000 hommes.

Annexe 3 La reddition de la colonne Elster

Attaquée par l’aviation alliée et par les FFI, la colonne est bloquée sur la Loire à Decize par la division Auvergne du colonel Fayard. Seule l’avant-garde du colonel Bauer a atteint Autun où elle est encerclée par le Corps franc Pommiès et le 2ème Dragon, elle se rend le 10 septembre. Tandis que le 1er RI et les FFI de l’Indre aux ordres du colonel Chomel attaquent le gros de la colonne, les FFI du Limouzin et de Corrèze talonnent l’arrière-garde. Le colonel Chomel obtient l’ouverture de pourparlers à Issoudun avec le général Elster, qui signe sa reddition le 10 septembre au soir entre les mains du général Macon, chef de la 83ème DI-US et du colonel Chomel. Le 11 septembre, il négocie à Arcay avec les colonels Bertrand et Vogüe l’accord lui permettant de faire mouvement au nord-ouest, vers les camps de prisonniers américains.

(1) réf. – Dainville (colonel de). L’ORA, la Résistance de l’armée. Lavauzelle 1974.

– Henri Michel. Histoire de la résistance. PUF 1980.

– François-Georges Dreyfus. Histoire de la résistance. de Fallois. 1996.

– Christine Lévisse-Touzé. L’Afrique du Nord en guerre. 1939-1945. A.Michel. 1998.

– Henri-Christian Giraud. Conférences du Figaro. 24 mars 2000.

– Général Georges Roidot – Témoignage sur l’ORA, colloque de la France combattante, 27 janvier 2000.

– Les jeunes dans la résistance du Berry, Exposé du 19 mars 2003.

(2) M.Solborg, représentant l’OSS à Lisbonne, estime que Giraud est l’homme qu’il faut pour obtenir l’appui sans réserve des Américains.

(3) A Mulhouse le fugitif fut pris en charge par Paul Weiss d’Oberbruch, qui le conduisit en voiture à Liebsdorf. La famille Weiss réussit à s’échapper et à gagner clandestinement la Suisse. La maison Weiss fut alors pillée, puis occupée par la Wehrmacht.

(4) lettre postée le 9 novembre

(5) réf. Colonel Paillole – Services spéciaux, 1935-1945. Laffont 1975 – L’homme des services secrets. Julliard. 1995.

(6) la même manière de faire sera utilisée pour le général Salan à la fin de l’année1958

(6) texte dans F.G. Dreyfus, op.cit. p. 227

(7) Il convient de rappeler que Jean Moulin, parachuté en janvier 1942, rencontre fin août le général Delestraint, que de Gaulle nomme chef de l’Armée secréte en octobre 1942.

(8) par le sous-lieutenant Philipona

(9) Rev. est probablement Revers. Seg . non identifié.

(10) voir annexe sur le 1er RI, à ne pas confondre avec le 1er Régiment de France créé par Laval (JO du 28 juillet 1943).

(11) p.m. les 4 promotions passées par Aix en Provence de 1940 à 1942 ont eu 220 tués et plus de 60 déportés

(12) début août 1944, le colonel Zeller est envoyé à Naples pour renseigner le Commandement allié en vue des opérations de débarquement, auxquelles coopérera l’ORA de Marseille.

(13) Résumé et schéma ci-joints, établis par le général Roidot, ancien du 1er RI et président des Anciens de l’ORA.

 

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