Un ethnologue de terrain face à la rebéllion algérienne

Né à Constantine en 1918, décédé le 1er mai 2000, Jean Servier fut un des meilleurs découvreurs de la « civilisation berbère », qu’il a mise en valeur après l’avoir étudiée sur le terrain de 1949 à 1955. La spécificité berbère, manifestée par l’opposition de la wilaya 3 à Ben Bella en 1962, puis par le printemps kabyle de 1980, est revenue sur le devant de la scène en 2001, démentant ainsi les partisans de la Révolution algérienne et de l’arabisme, pour lesquels il s’agit d’un mythe forgé et imposé par le colonialisme.

La connaissance acquise dans les villages berbères d’Algérie, et les amitiés qu’il s’y est faites, l’ont conduit à s’engager dans la lutte contre le FLN de 1954 à 1958. Le terrorisme, les meurtres d’enfants, la torture des femmes, la résurgence du rêve sanglant du djihad renforcent encore son engagement, qui s’explique également par son ascendance pied-noir, et par son attachement à l’armée, attestée par d’éminents services militaires :

– engagé volontaire d’avril 1938 à avril 1941, après un stage de formation à l’Ecole des liaisons de Reims en 1939, est affecté comme aspirant à la 7ème Armée en guerre,

– rappelé au service de janvier 1943 à janvier 1946, officier de liaison auprés de la 8ème Armée US en Italie, affectation au 4ème Spahis marocains en juin 1944, puis officier interprète à l’état- major de l’armée de Lattre en juillet.

Certaines de ses activités en Algérie ont été décrites par les observateurs des médias et par les historiens, d’autres ont été sous-estimées ou volontairement occultées. Cet article se propose d’en rappeler le déroulement chronologique(1) .

La carrière de l’ethnologue – sociologue.

Après des études de Langues orientales, d’Histoire des religions, de Linguistique et de Sociologie générale, sa rencontre avec Marcel Griaule en 1947 décide de sa carrière d’ethnologue. Admis en 1949 au CNRS, il effectue des campagnes de six mois, pendant lesquelles il est complètement immergé dans le milieu berbère. Il passe ainsi, d’une année sur l’autre, du Zakkar à l’Ouarsenis, de Grande Kabylie à la Soummam, et finalement à l’Aurès.  » Je n’étais pas seul, m’écrit-il le 20 février 1999, j’avais deux mulets et des centaines d’amis disposés à m’aider, avec tous les mois la visite de la jeep de l’Administrateur qui venait prendre de mes nouvelles, là où elle pouvait arriver « .

Il soumet à son maître Marcel Griaule et au professeur René Basset le résultat de ses travaux(2) : – la conception dualiste de l’âme détermine le sens donné aux rites du labour et des moissons, qui s’inscrivent dans le cycle dualiste de l’année – le symbole de la fécondité des femmes, liée à celle de la terre – la présence du sacré dans la nature – les génies gardiens de la maison – la croyance à l’alliance des morts et des vivants, sous la protection du saint fondateur du village. Il affirme alors, preuves à l’appui, « l’unité de la pensée traditionnelle des différentes cultures issues de la civilisation méditerranéeenne, d’une rive à l’autre »(3). Il fait ainsi découvrir aux vieux des villages, la parenté entre le fonds hellénique et la culture kabyle.

Maître de conférences en 1957 à la Faculté des Lettres de Montpellier, il devient professeur titulaire de la chaire d’Ethnologie et de Sociologie créée pour lui en 1962. Il poursuit alors ses travaux, confirmant « la place prépondérante du sacré qu’il appelle l’Invisible , dans les civilisations traditionnelles, en même temps qu’il s’oppose avec force à l’évolutionnisme biologique matérialiste ».

Il s’intéresse alors à la spiritualité occidentale, à l’utopie et à l’ésotérisme, auxquels il consacre plusieurs ouvrages traduits à l’étranger(4). Il participe aux colloques d’Eranos à Ascona (Suisse), où il présente des communications d’ethnologie comparée de 1977 à 1989.

Il est nommé professeur émérite en 1983 et se consacre à d’autres ouvrages.

La Toussaint sanglante dans l’Aurès.

La connaissance en profondeur des Chaouia, qui chez lui n’est pas superficielle mais extensive, le met en position de faire face au déclenchement de la rébellion le 1er novembre 1954 à Arris. Il n’est pas nécessaire de rappeler les conditions de son intervention au secours de Madame Monnerot dans les gorges de Tighanimine, ni l’attribution des 50 fusils de la Commune mixte à l’agha Merchi(5), caïd du douar, chef de la fraction des Ouled Daoud (vulgairement Touabas) opposée au chef rebelle Mostepha Benboulaïd. « Je ne regrette pas, m’écrit-il en février 1999, d’avoir pris l’initiative d’aller chercher l’instituteur dans les gorges…même si je l’ai payé de ma carrière » (universitaire)(6) .

 » Brusquement la révolte prenait un autre aspect, ce n’était plus une guerre de libération menée par tous les musulmans contre les chrétiens, mais une rébellion ouverte contre la loi. Du côté de l’ordre et de la paix française, il y avait des musulmans, et de l’autre côté, dans l’ombre, quelques Français se réjouissaient de ces troubles et, en secret, aidaient sans doute déjà les rebelles ». Ainsi les instituteurs communistes refusaient-ils de participer à la défense d’Arris (G.Laffly).

Au-delà de ces péripéties, ce qu’il faut souligner, c’est la prescience et l’avenir de la démarche de Jean Servier, fondatrice dans l’Algérie en guerre des autodéfenses et des harkas. Le capitaine Anglada, fondateur de la SAS d’Arris, rapporte qu’en 1956 plus de 500 Touabas, étaient incorporés dans de nombreuses formations supplétives, harkas, GMPR et maghzens, sans compter les autodéfenses des villages. Ils resteront fidèles à leur engagement jusqu’au cessez-le-feu en 1962.

L’affaire K comme kabyle.

Beaucoup moins connue et parfois mal interprétée, la seconde intervention de Jean Servier se situe en Grande Kabylie. Arrivant à Tizi Ouzou en juin 1956, il rencontre deux amis kabyles qui expriment leurs doutes sur la Force K récemment constituée(7).

Le rapport que Jean Servier adresse le 8 septembre aux autorités d’Alger(8) et au préfet Vignon qui vient de relever le général Olié à Tizi Ouzou, n’est pas connu des historiens. Il mérite donc d’être cité in extenso.

Note sur l’Organisation « K » (8 septembre 1956)

En 1946, une scission se produisit à l’intérieur du comité exécutif du P.P.A., dont certains membres kabyles se plaignaient d’être écartés des postes de direction parce qu’ils étaient kabyles.

Jusqu’en 1948 il y eut diverses tentatives de créer un mouvement « berbériste » : essai d’un P.P.K. (Parti populaire kabyle) sous l’inspiration de Mouloud Maameri, professeur au lycée de Ben-Aknoun, essai pas très poussé du reste d’une section kabyle du parti communiste algérien. Ces diverses tentatives ne réussirent guère à grouper qu’un petit nombre de jeunes instituteurs kabyles.

Il est difficile de préciser à la suite de quels contacts Monsieur Eydoux, conseiller technique au cabinet du Gouverneur général Soustelle et actuellement au Ministère de l’Intérieur, eut l’idée de mettre sur pied un maquis kabyle dont les chefs étaient les promoteurs des tentatives mentionnées plus haut. Il est difficile de préciser également les données sur lesquelles s’est appuyé Monsieur Pontal, alors directeur de la Police à Alger, pour établir les listes des membres actifs de ce maquis. (8bis).

Pendant longtemps, le secret le plus absolu a entouré l’Organisation K. Le capitaine Benedetti, du S.R.O., a bien voulu m’en signaler l’existence dès mon arrivée à Alger en juin 1956. A mon arrivée en Kabylie, je pris connaissance des listes des membres actifs en même temps que j’entrais en relations avec le capitaine Hentic, que le colonel Parizot avait placé à la tête de l’organisation. Certains noms m’étaient familiers, d’autres me l’étaient moins. Après une brève enquête, je m’aperçus que nous étions en présence d’un regroupement armé et largement subventionné des éléments P.P.A. devenus M.T.L.D., et de certains communistes dissidents de Kabylie. Certains membres de cette organisation, comme le dénommé Babou Lounès, secrétaire du Centre municipal de Tala Tgana, douar Tamgout, sont soupçonnés d’appartenir au F.L.N. L’individu sus-nommé serait commissaire politique du F.L.N. et aurait participé à l’assassinat des deux commerçants d’Azazga qui n’ont pas fait grève le 5 juillet.

De son côté, le capitaine Hentic (son adjoint est Camous) m’a dit que son rôle se bornait à percevoir mensuellement une somme de neuf millions au cabinet du Ministre résidant et à remettre un certain nombre de chèques à deux des responsables de l’Organisation K, Zaïdi et Tahar. Jusqu’à présent, l’organisation K a abouti à la seule mise à mort d’un suspect : un goumier de la commune mixte de Port-Gueydon récemment passé au F.L.N. Ils revendiquent une seconde exécution, celle d’un officier du F.L.N. sans toutefois pouvoir en donner de preuve.

A l’heure actuelle, dans la région des Beni-Zmenzer, comme au douar Izarazen, l’organisation échappe complètement à tout contrôle. Certains de ses membres, arrêtés comme suspects au cours de rafles ou de perquisitions dans les villages, produisent aux officiers ou aux gendarmes un papier attestant leur appartenance à l’organisation K et invitant l’autorité militaire à prendre contact avec le Lieutenant-colonel Fauconnier, chef du 2ème Bureau de la 27ème DIA.

Au douar Iflissen(9) , la situation est sensiblement différente. Le capitaine X, commandant une compagnie du 15ème B.C.A. est entré en contact avec les membres de l’organisation de son douar; dont le responsable est un certain Thoumi du village d’Izer-en-Salem. Cet officier a refusé jusqu’à ces derniers temps d’être secondé par un officier S.A.S. Ce faisant – peut-être par simple vanité – il appliquait strictement les directives du F.L.N. Ses supérieurs lui reprochent d’avoir appartenu au Parti communiste et d’entretenir encore à l’heure actuelle des rapports avec la section de Blida. Son départ demandé depuis fort longtemps interviendra peut-être en décembre.

Je suis entré en contact avec les responsables de l’Organisation que j’ai pu rencontrer : Zaïdi, Tahar et Thoumi. Les deux premiers sont connus à Alger – surtout Zaïdi- comme souteneurs. Ils expriment tous des ambitions politiques certaines. Dans l’immédiat, ils demandent que les terres de la Mitidja soient données aux membres de l’Organisation et souhaitent remplacer peu à peu le F.L.N.

Babou Lounès avait réussi à persuader le capitaine Hentic d’installer un camp d’entraînement en même temps qu’un poste de combat non loin du village de Tala Tgana. Il est certain que bien que l’entraînement des terroristes se soit amélioré, leurs méthodes restent primitives. Eux-mêmes s’en rendent compte. De nombreux documents saisis l’attestent. Il y aurait donc un danger certain à enseigner les méthodes de combat de nos commandos à des éléments dont personne ne peut répondre.

Le capitaine Hentic voulait tester son organisation en l’emmenant combattre sur un terrain d’opérations extérieur à la Kabylie, les Aurès-Nementchas ou la région de Tlemcen. Il estimait à juste raison nécessaire, pour pouvoir tenter cette expérience, de disposer d’un commando français bien entraîné. Les différentes vicissitudes dont on retrouve trace dans ses notes, dues surtout à la lenteur administrative de l’Armée, l’en ont empêché.

De son côté, le colonel Parizot, inquiet de la tournure que prenaient les évènements, essaie de se débarrasser de l’Organisation K en en confiant la direction à la 27ème D.I.A. Le Lieutenant-colonel Fauconnier semble heureux de cette solution. Deux faits nouveaux viennent de se passer qui, à mon sens, compromettent grandement l’avenir :

Les deux responsables Zaïdi et Tahar ont été victimes d’un inexplicable accident d’auto sur la route de Maison Carrée et souhaitent se faire hospitaliser en France. Le capitaine Hentic atteint d’une phlébite risque d’être contraint à l’immobilité pendant six mois. Je pense que privé de ces éléments, il sera impossible au Lieutenant-colonel Fauconnier de prendre en mains l’Organisation K, même s’il avait une longue habitude de la Kabylie et des Kabyles, ce qui n’est pas le cas.

Au mois de juillet le général Olié a bien voulu me demander mon avis sur l’Organisation K. Je lui ai donné le 12 août les raisons que j’avais de mettre en doute les buts cachés et la valeur morale des responsables et des hommes de cette organisation.

Le 6 septembre, le général Olié m’a montré un rapport du lieutenant-colonel Fauconnier qui demandait le maintien de l’organisation sous sa forme actuelle. Il a bien voulu à nouveau me demander mon avis. Je lui ai répondu ce qui suit :

« Au fur et à mesure de l’implantation des troupes françaises, les membres de l’Organisation K doivent se présenter au commandant de secteur et au commandant d’unité, et sortant de la clandestinité, demander à combattre comme supplétifs aux côtés des troupes françaises, ou à participer à la défense des villages avec des cadres français, ou à rendre leurs armes et à reprendre leurs occupations. En aucun cas nous ne pouvons admettre la constitution d’un mouvement politique tout aussi nationaliste que le F.L.N., encore moins devons-nous en assurer l’armement et le financement ».

Dans l’état actuel des choses, avec le retrait des éléments du 11ème Choc, pour le 31octobre, du commando français chargé d’encadrer l’Organisation, j’estime imprudent de laisser survivre une organisation clandestine dont les membres sont aujourd’hui au nombre de 300 et ont à l’égard des troupes une attitude équivoque. Rien ne peut être entrepris en Kabylie tant que cette lourde hypothèque n’a pas été levée. Non seulement en supprimant à l’organisation sa subvention, ce qui est facile, mais encore en la désarmant et en supprimant la cellule terroriste qui s’y est glissée.

X

Note concernant l’état de l’Organisation « K » au 30 août 1956

En conséquence de la non réalisation des moyens prévus par la Note du général Lorillot 172/CD du 23 mai 1956, la situation est la suivante :

1°) 300 armes de guerre sont en circulation dont nous ne pouvons dire avec certitude où elles se trouvent.

2°) des zones d’action (ex. Douar Izarazen) ne sont pas contrôlées par nos forces.

3°) des sommes d’un montant de 9.000.000 Fr sont distribuées chaque mois, dont nous ne pouvons contrôler la destination.

4°) désarroi des chefs kabyles de l’organisation qui nous font part de la lassitude de leurs militants qui ne comprennent pas ce qu’ils considèrent être nos « atermoiements ».

5°) danger d’infiltration dans l’organisation d’éléments douteux profitant de cet état de fait.

Suit un compte-rendu du capitaine Hentic, faisant la chronologie de l’Organisation « K » depuis janvier 1956, et concluant :

– TED non exécuté. Le 20 août, au prix de nombreuses difficultés, perception de 2 camionnettes 203 et de 2 tentes 8 places.

– Poursuite de l’instruction et premières opérations avec les éléménts en place. Résultats satisfaisants

– La 2ème phase : prise en mains des éléments autochtones est envisagée pour le 1er septembre.

– 28 août : retrait du détachement du 11ème Bataillon de Choc.

X

On sait que le 1er octobre, la 2ème compagnie du 15ème BCA, stationnée dans les Iflissen, et dont le capitaine entretient des relations (suspectes, selon la lettre de Servier de février 1999) avec quelques membres de l’organisation K, est attirée dans une embuscade (2 tués, 6 blessés dont le capitaine Maublanc). On constate alors que 200 faux maquisards au moins ont rejoint la rébellion. L’oiseau bleu s’est envolé (10), s’écrie Hentic (d’où le nom attribué à tort à l’affaire K). L’opération Djenad, montée par la 27ème DIA, sans la participation de la 7ème DMR, du 9 au 12 octobre dans la forêt d’Adrar, permet au 3ème RPC de Bigeard de mettre hors de combat 130 rebelles armés de fusils de chasse, les armes de guerre ayant été récupérées par la wilaya 3.

Le dénouement de l’affaire K constitue un grave échec pour les services de renseignement et pour l’armée française, moins grave sur le plan militaire, que sur le plan psychologique. L’opération Jumelles en 1959 neutralisera les katibas de la wilaya 3, jusqu’à ce qu’elles renaissent en mai 1962. Dix ans plus tard, Madame Lacoste rapporte le souvenir douloureux qu’en a conservé la population

des Iflissen, qui reste inféodée au FLN (7).

Connaissance des Berbères

Dans cette affaire, Jean Servier fait la démonstration de sa connaissance des villages, famille par famille, de leur hiérarchie traditionnelle, de leur appartenance aux partis politiques, et de l’existence de sofs, le sof d’en bas opposé à la France, le sof d’en haut attentiste en raison de la peur du FLN, provoquée par les impôts forcés, les exécutions de prétendus traîtres, la prière sous contrainte, contraire à la laïcité des Kabyles. Avec sa volonté d’uniformiser et d’arabiser, la rébellion a porté un coup aux croyances et aux pratiques traditionnelles (G.Laffly).

L’affaire K donne ainsi à Jean Servier l’occasion de mettre en pratique sa compétence d’ethnologue, car il sait que le passé inspire le présent, et que rien n’est oublié : »Mille mémoires tiennent un compte précis des crimes et des vengeances ( la rebka ) ». Cette expérience est décrite dans Adieu Djebels, dont sont extraites les citations ci-après .

Le séjour en Kabylie lui permet en particulier de déjouer une parodie de cérémonial d’alliance, et ainsi d’aider l’armée à s’assurer la fidélité du village de Aït Leham. Lors d’une cérémonie dite de ralliement, il observe que les notables présentés ne sont pas les membres de la djemaa, descendants des six enfants de l’ancêtre fondateur du village. Il impose alors aux six chefs de quartiers authentiques, restaurés dans leur autorité, l’observance du rite traditionnel d’alliance, l’égorgement d’un bélier, face à l’est, avec le vrai couteau du sacrifice, suivi du serment qui engage les villageois : « La paix à Dieu, à la France ensuite »(p. 91).

Jean Servier note aussi qu’à l’exception de quelques officiers SAS motivés, les militaires ignorent tout de cette société. Avec ses amis Hentic et Camous, il se moque des compagnies de haut-parleurs, et des experts en action psychologique qui projettent dans les villages « Donald le canard », en anglais, et un film infantile : « lavez-vous les mains « (p.49-51).

Opération pilote dans le Zakkar.

De passage à Paris à l’automne 1957, Servier apprend par le journal que les habitants de Bou Maad dans le Zakkar ont remis à la gendarmerie deux collecteurs de fonds du FLN, et en ont tué deux autres à coups de hache et de bâton. Or le Zakkar, il connaît, c’est là qu’il a fait ses premières investigations en 1949. Revenu en Algérie, il remet aux conseillers politiques du Ministre résidant un plan d’action qui est rapidement accepté. Nommé Inspecteur général des opérations pilotes, (à une date non précisée), Servier est chargé de le mettre en oeuvre. En 1958 il rappelle la teneur de ce plan :

 » Le FLN, écrit-il, s’appuyait sur les petits lettrés de village, les talebs et les écrivains d’amulettes, les avocats et les médecins. Il opprimait la masse : il restait donc à faire la Révolution en Algérie avec la masse des paysans, la grande masse famélique, opprimée, exploitée, passive maintenant, désorientée, mais sans doute capable d’un sursaut qui la rendrait digne d’autres lendemains…Déjà les paysans du Bou Maad s’affirmaient en hommes…ils avaient repoussé le FLN. Ils estimaient trop valoir pour être les citoyens d’une ridicule république d’opérette, avec ses quarante voleurs et ses mille filous ». Il se rend compte que le FLN est devenu l’instrument des grands propriétaires, qui exploitent leurs fellah et sont les profiteurs de la révolte (p.147-150).

Il se rend à Tenès, informe le général commandant la Zone et le Sous-préfet. Accompagné d’un officier des Affaires musulmanes, il propose aux hommes des Beni Menacer d’être la première djemaa libre d’Algérie. Un jeune lui réplique «Nous ne voulons plus de djemaa, nous sommes l’Assemblée du peuple ». Soit! L’Assemblée est constituée, elle désigne son Président, son responsable militaire et son « moniteur politique » (p.173).

Cinq camions dodge sont équipés en dispensaires mobiles. 5 médecins auxiliaires et 20 Assistantes sociales dispensent leurs soins et leur aide à 15.000, et bientôt 22.000 consultants par mois. Une infirmière du FLN, faite prisonnière, accepte de participer, elle est rejointe par des dizaines de jeunes filles. Une Ecole d’Assistantes sociales rurales est créée. Un Comité des femmes se constitue, qui organise un atelier de tissage de nattes. Des écoles sont construites.

Une compagnie légère, composée de volontaires musulmans, résurgence de l’armée d’Afrique, entre en action… »Les hommes connaissaient les moindres sentiers de leurs montagnes et la signification des branches liées au travers d’un chemin, celle des pierres empilées au bord du sentier » (p.212). Sous la conduite du capitaine Hentic, elle met en fuite une bande rebelle.

Abandonnée par un colon rapatrié, une propriété de 500 hectares est transformée en ferme collective, rénovée et mise en exploitation.

« Mille hommes armés, six équipes mobiles, cinquante jeunes musulmanes sur les routes, cinquante moniteurs politiques sortis de stage « , ce bilan de quelques semaines inquiète le FLN. Selon un document pris à l’ennemi, un commissaire politique écrit que « les moniteurs constituent la plus grave menace contre sa propagande « . Sur le plan militaire, « l’expérience venait de prouver qu’il était possible de libérer le contingent et de ne pas demander à la métropole d’impossibles renforts. La guerre d’Algérie allait devenir moins coûteuse, plus rapide. Les seigneurs de la Guerre ne pourraient pas s’y installer à leur aise avec leurs états-majors, leurs villas et leurs parcs à voitures » (p.232-234).

Echec et désillusion

Peu à peu cependant, l’opération pilote du Zakkar se heurte à la routine administrative. Les médecins civils se plaignent au préfet de voir leur clientèle diminuer. La propriété agricole est en réalité louée par fractions à des spéculateurs qui sous-louent des parcelles de un à deux hectares à des petits paysans musulmans. Pour une fraction de 500 hectares, le bénéfice net est de quatre millions de francs. Le pouvoir politique s’oppose donc à la réquisition.

On impose aux jeunes musulmanes des équipes mobiles d’être titulaires du brevet supérieur et de subir un concours d’entrée. Le capitaine Hentic est muté. Les volontaires des compagnies légères sont repris en main par un Groupe d’artillerie qui les utilise comme porteurs et hommes de corvées. Non éclairée par ses volontaires musulmans, une batterie subit de lourdes pertes dans une embuscade, tandis que ses porteurs désarmés sont massacrés.

Jean Servier n’est plus reçu par les autorités, qui lui retirent ses moyens d’action.

Dans le même temps, le commandement fait confiance à de faux ralliés et renouvelle les erreurs de la Force K. Les amis kabyles de Jean Servier dénoncent ceux qu’ils appellent « les fellaghas des Français » : les 3.000 hommes de l’Armée nationale populaire algérienne du général Bellounis, qui se livrent à des exactions contre la population, avant d’être éliminés et de passer à l’ennemi. « Un commandement moins machiavélique et plus intelligent aurait pu lever une armée d’Afrique, au lieu de soudoyer dans l’ombre de vraies sectes ennemies et de fausses sectes amies « .

Il assiste en spectateur au sursaut du 13 mai 1958. « La transformation de l’aveugle colère du peuple en brutale gaieté méditerranéenne… La fraternisation a été un phénomène urbain comme la prise de la Bastille..La passive masse rurale ne pouvait que suivre lentement l’élan venu d’Alger. C’est sans doute ce qu’ont compris les entrepreneurs en ralliements…Seul le peuple négligé parmi tant de combinaisons savantes avait su un court moment imposer sa volonté fraternelle  » (p.283-284).

« Des montagnes vides…des villages peuplés de femmes et d’enfants, faciles à tenir par un seul des mouchards du FLN….Il n’y avait plus qu’une vérité, celle des états-majors…où l’on murmurait : « Nous risquons de perdre l’Algérie…que voulez-vous, la Politique » (p. 273-278).

C’est donc avec amertume que Jean Servier prend l’avion qui le ramène en métropole. On comprend que son livre de 1958, qui rapporte ses désillusions et sa critique des états-majors, ait été retiré de la vente sur ordre du Ministre des Armées.

Enquête sur les musulmans Français.

Malgré des travaux de recherche, de direction de thèses et de publications très prenants, Jean Servier n’oublie pas ses premières recherches ethnologiques. Il trouve un nouveau milieu d’études dans la communauté des Français musulmans rapatriés, qui sont nombreux en Languedoc-Roussillon. C’est ainsi qu’il dirige la thèse d’Anne Heinis, Inspectrice des Centres de regroupement du Midi de la France, et qu’il répond à la demande d’enquête de M.Parodi(11), en date du 27 mai 1971. Les lignes directrices fixées sont de traiter la démographie de cette population, d’en apprécier la psychologie, la scolarisation et les perspectives d’avenir, ainsi que l’attitude de la population environnante, et de faire des propositions pour l’avenir.

Dans son rapport de 1973 (12), Jean Servier note d’abord que les harkis ne sont pas des immigrés ordinaires. Ils ne sont pas mus par un besoin de promotion économique, et ne sont pas un groupe uni que l’on aurait forcé à l’émigration. L’exil leur a été imposé, et ils font partie d’une classe sociale défavorisée, marginale. Leur passé au service de la France est leur seul atout.

La population française, à l’exception des classes favorisées, n’est pas informée et les confond avec les migrants; elle rejette la guerre d’Algérie et retient les termes péjoratifs de collaborateurs, traîtres et tortionnaires. Des stéréotypes représentent les harkis comme des exclus, rejetés par les petits blancs en raison de leur mentalité différente.

Les adultes, « réfugiés » et non rapatriés, volontaires en 1955-59, étaient des ruraux et des banlieusards pauvres, analphabètes. La reconnaissance de leur statut a favorisé leur promotion sociale, mais sauf exceptions (Beni Boudouane, Touabas, Bou Maad), ils n’ont pas été préparés à la vie occidentale. La plupart se marient dans leur communauté. L’islam se réduit pour eux à l’observance d’obligations saisonnières. Le choc culturel auquel ils sont soumis entraîne leur isolement. Ils ont rompu avec le passé, leur avenir est incertain. A l’intérieur de la famille, le père s’affirme par la natalité et par sa domination sur les filles, alors que les garçons s’appuient sur la mère pour contrer le père.

S’agissant des enfants, Servier observe un retard scolaire de 1 à 3 ans, dû à l’âge d’arrivée en métropole, mais aussi à l’indifférence des parents et des enseignants. Les filles sont plus agressives, désireuses de réussir, malgré le milieu clos dans lequel elles sont surveillées et recluses. L’isolement des hameaux forestiers produit un sentiment d’infériorité. Les uns sont résignés ou désespérés, avec une personnalité bloquée à 12 ans. Tous souffrent d’être confondus avec les Algériens.

Estimant que le point de non-retour a été franchi, Jean Servier propose des mesures adaptées à chaque âge : adultes, jeunes de 18 ans, 12 et 5 ans. Il convient de ne pas noyer les harkis dans la misère des marginaux, il faut atténuer le regret du passé, rejeter le sentiment d’échec et de honte, refuser l’épithète de traîtres. La résorption des cités de transit s’impose, en même temps que l’ouverture de clubs (genre Dar el Askri) , d’ouvroirs pour les femmes, de garderies pour les moins de 5 ans, de cours de rattrapage scolaire qui ne dispensent ni « culture du pauvre », ni multiculture. Des coins musulmans doivent leur être réservés dans les cimetières.

Restaurer l’image paternelle, développer la volonté de se perfectionnner, promouvoir des rencontres avec de jeunes Français, ce sont là des propositions fondées sur la connaissance du milieu et sur le bon sens, mais qui mettront longtemps à s’imposer.

X

Ayant vu s’effondrer son rêve, qui était aussi celui de l’ethnologue Jacques Soustelle, d’une Algérie française multiculturelle où vivraient en harmonie les communautés musulmanes ( dont la berbère), juive et chrétienne (JB Renard), Jean Servier a su se reconvertir dans la recherche universitaire et dans des disciplines originales : magie, ésotérisme, sans rompre les liens avec les populations qu’il avait appris à connaître et à aimer.

Son apport scientifique est considérable. Dépassant le pointillisme des méthodes de l’Ecole des Chartes, il s’élève à la compréhension intérieure des cultures. Figure importante…de « l’Ecole Griaule », il s’oppose aux réductionnismes raciaux, économiques et structuralistes et montre que l’homme des sociétés traditionnelles pense et agit selon son rapport à la face cachée des choses, à travers des mythes, des rites et des symboles qui leur donnent sens. (JB Renard).

Un autre ethnologue estime que loin d’adopter une attitude passéiste et archaïque, et de se réfugier dans le passé, son ethnologie se révèle avoir été, au contraire, étonnamment prospective.

Son oeuvre magistrale « Tradition et civilisation berbères » met en effet en lumière les symboles choisis par les Algériens eux-mêmes, dans le domaine de l’Histoire politique contemporaine – malheureusement très actuelle- de leur pays

Le modèle de rituel du sacrifice permet en effet de différencier « le sacrifiant » qui exprime l’intention de sacrifier, du « sacrificateur », qui pour tuer agit en esclave du premier. Cette différenciation n’est peut-être pas inutile pour la compréhension du terrorisme contemporain (13) .

Enfin, au moment où les Kabyles revendiquent la reconnaissance de leur personnalité culturelle, il ne fait pas de doute que les travaux de Jean Servier éclairent à la fois le passé, les traditions et l’avenir de leur peuple.

Avec le concours de Nicole Martinez

Bibliographie sélective de Jean Servier

Jean Servier a écrit une vingtaine d’ouvrages et une soixantaine d’articles scientifiques. Ne sont cités ici que ceux qui ont rapport à l’ethnologie.

– Les Portes de l’Année, l’Algérie dans la tradition méditerranéenne, édition abrégée, Paris, Robert Laffont, 1962

– L’homme et l’Invisible, Paris, Robert Laffont, 1964; Imago, Payot 1980; nouvelle édition du Rocher, 1994. Traduit en italien et en espagnol.

– Un exemple d’organisation politique traditionnelle : une tribu berbère, les Ifflissen-Lebhar.

Revue de l’Occident musulman, Aix-en-Provence, n°2, 2ème trimestre 1966.

– L’Afrique blanche, encyclopédie de la Pléiade, Ethnologie régionale, T I Paris, Gallimard, 1972.

– Signification du mythe dans les civilisations traditionnelles, in Actes du colloque de Chantilly,, 24-25 avril 1976. Edition Les Belles Lettres, 1978, p.13-26.

– Le terrorisme, Paris PUF, Que sais-je? n°1768, 1979, 1998 (5ème édition).

– Hermès africain : les origines communes. Les limites du visible et de l’Invisible. Eranos Jahrbuch, Ascona, 1980, vol.49, 199-257.

– L’idéologie, Paris PUF. 1982, Que sais-je? Traduction chinoise.

-Tradition et civilisation berbères, édition complète; Monaco, Editions du Rocher, 1985.

– L’harmonie dans la cité, Eranos Jahrbuch, Ascona, 1986, vol.51, 369-447.

– L’ethnologie, Paris PUF. Que sais-je? N° 2312, 1986; 1994; 1997 (4ème édition)

Traductions chinoise, grecque, et turque.

– Méthode de l’ethnologie, Paris PUF, Que sais-je ? n°2313, 1986, 1993.

– Une caste sacerdotale de lieurs : les Mrabtin de Kabylie, Ethnologiques.

Hommage à Marcel Griaule, Paris, Hermann, 1987.

– Les Berbères, Paris PUF. Que sais-je ? n°718, 1990, 1999 (3ème édition).

Edition algérienne, 1997.

– Histoire des idéologies, in Histoire des moeurs, Encyclopédie de la Pléiade, Paris Gallimard 1991

– Le feu, symbole et archétype : naissance et résurrection.

Mort et vie, Hommage au professeur Dominique Zahan, L’Harmattan 1996, p.27-49.

(1) J. Servier a décrit cet engagement en guerre d’Algérie dans trois ouvrages : Dans l’Aurès sur les pas des rebelles, France-Empire 1955. Adieu djebels, France-Empire 1958. Demain en Algérie. R.Laffont 1959.

Cet article s’appuie sur la rencontre de Jean Servier en 1989, sur la correspondance échangée avec lui de 1997 à 1999, sur les archives des Etats-majors et unités concernées par l’affaire K, et des Services spéciaux en Algérie (Service de documentation et Centre de coordination interarmées), et sur le témoignage des colonels Parizot et Hentic, de plusieurs officiers SAS et de madame Jean Servier-Martinez, ethnologue.

(2) Thèse soutenue en juillet 1955 en Sorbonne : Jeux rituels et rites agraires chez quelques berbérophones, et Chants rituels et chants de circonstances des femmes de l’Aurès. Sa thèse est résumée dans Les portes de l’année, l’Algérie dans la tradition méditerranéenne.R.Laffont 1962. L’édition complète paraît en 1985 à Monaco (le Rocher), sous le titre : Tradition et civilisation berbères.

(3) Dictionnaire des philosophes. PUF, 1984.Tome II p. 2.638. Encyclopédie philosophique universelle. p.4.164.

Article de Jean Bruno Renard dans le Monde du 15 mai 2000: Jean Servier, un ethnologue spiritualiste.

Article de Georges Laffly dans Ecrits de Paris d’octobre 2000: Jean Servier d’avant-hier à après-demain.

(4) L’homme et l’Invisible. Laffont 1964. Les trois livres de la philosophie occulte. Berg 1967. Histoire de l’utopie. Gallimard-Idées 1967-1991. L’idéologie. PUF 1987. La magie. PUF 1993. Le terrorisme. PUF 1979-1998. Dictionnaire critique de l’ésotérisme, sous la direction de J.Servier. PUF. 1998. Parmi ses nombreux ouvrages et articles, ceux qui se rapportent à l’ethnologie sont cités en annexe.

(5) M. Faivre. Les combattants musulmans de la guerre d’Algérie. L’Harmattan 1998. p. 34 et 182.

L’agha Merchi Abdallah, dit Sebti ben Laâla, caïd depuis 1941, nommé agha en 1953, est issu d’une famille très honorable et influente de l’Aurès. Il a toujours fait montre d’activité de zèle, de pondération et de conscience dans l’exercice de ses fonctions, et s’est particulièrement distingué dans la répression du banditisme. Après avoir offert ses services le 1er novembre 1954, il leva le 1er juin 1955, sous son entière responsabilité, une harka de 170 partisans qui se signala par son bilan opérationnel. Objet de la suspicion, inexplicable, du sous-préfet Delnef, l’agha Merchi fut mis à l’écart au départ du général Parlange. En 1962, il a payé de 5 ans de captivité et de sévices au pénitentier de Lambèse son attachement à la France. Rapatrié ensuite, il s’est tué accidentellement en allant visiter près d’Amiens ses fidèles Touabas.

(6) Lettre personnelle du 20 février 1999.

(7) Les nombreuses références sur l’ affaire K ont été citées par Maurice Faivre in : L’affaire K comme Kabyle, Guerres mondiales et conflits contemporains, n°191/1998. La plupart des auteurs ignorent le montage de l’affaire par les « Services », et le livre « Adieu djebels ».

– Le livre de Camille Lacoste-Dujardin : Opération Oiseau Bleu. La Découverte 1997, a été critiqué pour ce fait par Jacques Frémeaux dans son compte-rendu des Annales, Histoire, Sciences sociales, janvier 2000.

– L’intervention de C.Lacoste-Dujardin au colloque du 25 novembre 2000 (Actes publiés par la Société française d’Histoire d’outre-mer) témoigne de la même ignorance du livre de Jean Servier Adieu Djebels, qui en 1958 a décrit cette affaire en baptisant les capitaines Hentic et Camous Béret rouge et Béret bleu.

(8)- Colonel Ducournau, chef de Cabinet militaire du Ministre résidant

– Colonel Parizot, chef du Service de documentation de la 10ème RM, Service de Recherche Opérationnel (SRO) en instance d’intégration au CCI

– Inspecteur Général de Lombarès, Chef de l’Etat Major mixte au Cabinet du Ministre résidant

(8bis) On a su rapidement que la liste avait été établie par un Inspecteur de la DST, Kabyle jouant double jeu, qui a été condamné par le Tribunal militaire

(9) Région « conquise » mais non ralliée en 1844, et où les administrateurs, et après eux les officiers SAS, observent des oppositions, parfois violentes, entre les notables de la colonisation, les nationalistes et les berbéristes. Jean Servier connait parfaitement ce douar, qu’il a décrit dans un article de 1966 (voir liste en annexe).

(10) sans doute en référence à une chanson popularisée par Eddie Constantine en 1956.

(11) Alexandre Parodi était Vice-Président du Conseil d’Etat et Président du Comité national pour les Musulmans Français (CNMF). La mission confiée à Jean Servier démontre à nouveau la confiance que le pouvoir accordait à son jugement.

Madame Heinis a soutenu en 1977 une thèse sur l’insertion des Français musulmans. Elle a été Sénateur de la Manche.

(12) Source André Wormser, Président actuel de la CNMF.

(13) lettre personnelle

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