ISC-CFHM

 

  

 

 

Chapitre Premier


La Notion de Paralysie Stratégique

 

C’est le rôle de la Grande Stratégie de découvrir et

 d’exploiter le talon d’Achille de la nation ennemie[c1] .

B.H. Liddell Hart , Pâris  ou l’avenir de la guerre

Sept ans après “la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres”, Basil H. Liddell Hart  publia le premier de ses nombreux ouvrages relatifs à la guerre et à la stratégie militaire modernes. Son titre suggestif, Pâris  ou l’avenir de la guerre, rappelle la défaite mythique d’Achille battu par son adversaire Pâris, grâce à la frappe chirurgicale d’une flèche bien tirée. Comme ce titre le suggère, l’attaque des vulnérabilités de l’ennemi (par opposi­tion à ses forces) pourrait et devrait tenir lieu de modèle pour la conduite de la prochaine guerre. Les champs de bataille meurtriers de la Première Guerre mondiale  ont certaine­ment contribué à rendre la stratégie de Pâris préférable, les technologies du vol et la mécanisation ont semblé la rendre également possible. Ainsi a-t-on commencé à chercher les vulné­rabilités critiques de la nation ennemie, celles cruciales pour sa survie, protégées par le bouclier et l’épée de ses forces armées. En cours de route, la notion de paralysie  fut réintroduite dans le lexique de la stratégie militaire.

Les racines de la théorie de la paralysie  stratégique remontent loin dans l’histoire. Il y a plus de deux mille ans, le philosophe guerrier chinois Sun Zi  établissait les fondations théoriques sur lesquelles les stratèges ultérieurs construisirent. “La règle générale pour l’emploi des forces militaires est qu’il vaut mieux garder une nation intacte que la détruire¼ Il vaut mieux garder une armée intacte que la détruire¼ Par conséquent, ceux qui gagnent toutes les batailles ne sont pas vraiment talentueux - ceux qui sans combattre, rendent les autres armées impuissantes sont les meilleurs de tous” [1]. De plus, Sun Zi prône une rapide mise hors d’état d’agir de l’ennemi : “Ainsi, celui qui est bon aux arts martiaux obtient la victoire sur les forces de l’adversaire sans combattre, il conquiert les villes adverses sans siège, il détruit les nations adverses sans délais” [2].

L’autre pilier de la pensée militaire américaine actuelle, le stratège prussien Carl von Clausewitz , est parfois considéré comme un partisan inébranlable de l’anéantissement . Cepen­dant, une lecture plus attentive de ses œuvres révèle que ce n’est qu’une mauvaise interprétation. Dès 1827, Clausewitz reconnaît que la guerre peut prendre au moins deux formes distinctes : la guerre idéale, ou absolue, se concentrant sur l’anéantissement de l’ennemi et, par contraste, la guerre réelle entraînant des plans d’attaque limités, dans lesquels l’anéantissement  n’est pas une option stratégique en raison des restrictions imposées par les objectifs politiques et/ou les moyens militaires[3]. En conséquence de cette dualité dans la nature de la guerre, Clausewitz définit avec beaucoup de précautions ce qu’il entend par “destruction des forces armées ennemies” dans le Livre Premier de Vom Kriege. Il écrit : “Les forces combattantes doivent être détruites : c’est-à-dire qu’elles doivent être mises dans une condition telle qu’elles ne peuvent plus continuer le combat. Chaque fois que nous utilisons l’expression “destruction des forces ennemies”, c’est cela que nous voulons dire, et uniquement cela[4]. L’accent mis sur certains des mots de cette citation l’a été par Clausewitz lui-même, ce qui est très significatif. Sa définition de la destruc­tion des forces armées est tout aussi compatible avec la paralysie  qu’avec l’anéantissement .

À l’issue de la Première Guerre mondiale , deux Britanniques vétérans de ce tragique carnage apportèrent de l’eau au moulin de la paralysie  stratégique - J.F.C. Fuller  et Basil H. Liddell Hart . Fuller est le concepteur du premier plan opérationnel, à l’époque moderne, recherchant la paralysie de l’ennemi (plan 1919) ; il écrivit plus tard : “La force physique d’une armée réside dans son organisation, contrôlée par son cerveau. Paralysez ce cerveau et le corps cesse de fonctionner” [5]. Fuller insista sur le fait que cette “guerre du cerveau” était la méthode la plus efficace et la plus rentable pour détruire l’organisation militaire de l’ennemi, et donc sa force militaire. Afin d’économiser l’usage de la force militaire, il est nécessaire de produire l’effet instantané d’une “balle dans la tête”, plutôt que celui d’hémorragies lentes provoquées par des blessures corporelles légères[6].

L’âme sœur de Fuller  dans le domaine de la stratégie militaire était Liddell Hart . À l’image de son concitoyen, Liddell Hart était un farouche défenseur de la paralysie  stratégique. Arguant du fait que “la victoire la plus décisive n’a aucune valeur s’il a fallu que la nation se saigne à blanc pour l’obtenir”, il insista sur l’idée que la forme de guerre la plus efficace et la plus économique était celle visant le désarmement  au moyen de la paralysie, et non pas la destruction par l’anéantissement [7].

Un stratège ne devrait pas penser en termes de mort mais de paralysie . Même au plus bas niveau de la guerre, un homme mort est purement et simplement un homme en moins alors qu’un homme découragé est un porteur très contagieux de la peur, capable de répandre une épidémie de panique. À un niveau plus élevé de la guerre, l’impres­sion faite dans l’esprit du commandant adverse peut annuler toute la puissance de combat de ses troupes. Et, à un niveau encore plus élevé, la pression psycholo­gique subie par le gouvernement d’un pays peut suffire à annuler toutes les ressources dont il dispose - et l’épée tombe de la main paralysée [8].

Fuller  et Liddell Hart  ont tous deux assisté à l’introduction de l’arme aérienne  durant la Première Guerre mondiale , et tous deux ont envisagé pour la puissance aérienne  un rôle décisif dans l’obtention de la paralysie  stratégique. Fuller avait prédit “une armée tenant une autre armée en échec, pendant que ses avions détruisaient les communications et les bases ennemies, paralysant de ce fait l’action ennemie” [9]. De même, Liddell Hart tenait ce raisonnement : “Il n’y a pas de raison, pour autant que le coup porté soit suffisamment rapide et puissant, pour que quelques heures (quelques jours au maximum) après le début des hostilités, le système nerveux du pays se trouvant en situation d’infériorité au niveau de la puissance aérienne ne soit paralysé” [10].

Ils n’étaient pas les seuls à avoir ces grandes visions concer­nant la puissance aérienne . Très tôt, des enthousiastes de l’aviation vantèrent les mérites de cette “troisième dimension” que l’arme aérienne  ajoutait au champ de bataille. L’aptitude à s’élever au-dessus de la mêlée que seul possède l’avion en a conduit beaucoup à spéculer sur le fait que la puissance aérienne puisse défaire la nation ennemie et ses forces armées, en para­lysant le potentiel lui permettant de soutenir l’effort de guerre.  La paralysie  stratégique obtenue par les attaques aériennes promettait apparemment une victoire décisive, moins coûteuse tant en vies humaines qu’en argent. Plusieurs avia­teurs, vétérans de la Première Guerre mondiale , défendirent cette cause. Deux hommes émergent du lot en raison de l’influence qu’ils eurent sur le développement initial de la doctrine aérienne stratégique : Hugh Trenchard  et William Mitchell .

L ’Air Marshal  Lord Trenchard, le “Père de la RAF”, a pres­que à lui tout seul façonné la doctrine du bom­bardement straté­gique  au profit de la jeune armée de l’air indépen­dante britannique. Il croyait en la paralysie  stratégique. Dans un mémorandum de 1928 adressé aux chefs d’états-majors et relatif au but de guerre d’une armée de l’air, Trenchard présente explicitement l’objectif de l’action aérienne comme étant de “paralyser dès le début les centres de production de munitions de toutes sortes de l’ennemi, d’arrêter tous les transports et toutes les communications” [11].

Trenchard  reconnut que la paralysie  stratégique aurait des effets dévastateurs sur le moral national, mais soutenait que ces effets étaient “le résultat inévitable d’une opération de guerre légale : le bombardement d’un objectif militaire[12]. En complé­ment de cette défense éthique, il avançait des arguments écono­miques justifiant l’emploi de la puissance aérienne  dans la recherche de la paralysie. Il présentait les attaques paralysantes sur ces “centres vitaux”  soutenant l’effort de guerre  de l’ennemi comme étant “le meilleur moyen d’atteindre la victoire”, parce qu’elles obtiennent “infiniment plus d’effets (et) en général deman­dent à l’attaquant un tribut moindre” que les attaques contre les forces aériennes et de surface chargées de la défense. Trenchard concluait alors : “le poids des forces aériennes pèsera plus efficacement sur les cibles mentionnées plus haut, que sur les forces armées ennemies” [13]. À la même époque, de l’autre côté de l’Atlantique, un homme, qui avait rencontré Trenchard sur le front français et en avait été influencé, exposait des points de vue similaires, dans un style typiquement américain.

Le brigadier-général “Billy” Mitchell  sortit certainement le grand jeu pour son public dans le rôle du prophète de la puis­sance aérienne  pour l’Amérique. Mais son amour des projecteurs et le zèle avec lequel il a défendu sa cause ne peuvent en aucun cas venir diminuer l’impact très important qu’il a eu sur le développement initial de la doctrine aérienne des États-Unis . Il croyait, lui aussi, en la paralysie  stratégique. En 1919, dans une publication théoriquement consacrée aux applications tactiques de l’aéronautique militaire, Mitchell affirme que la plus grande valeur du bombardement aérien réside dans la “frappe des grands centres nerveux de l’ennemi, au tout début de la guerre, de façon à les paralyser le plus possible” [14]. Six ans plus tard, durant sa comparution devant la cour martiale qui a fait beaucoup parler de lui, Mitchell parlait avec ferveur de la capacité propre à la puissance aérienne de rendre un ennemi impuissant. Dans son dernier livre, Skyways, Mitchell concluait :

l’avènement de la puissance aérienne  a changé le paysage de la guerre, par sa capacité à aller directement vers les centres vitaux , à les neutraliser entièrement et à les détruire. Tout le monde a maintenant réalisé que le gros de l’armée ennemie déployé en campagne est un faux objectif, que les vrais objectifs sont les centres vitaux. La vieille théorie selon laquelle la victoire était synonyme de destruction de l’armée principale de l’ennemi n’est plus soutenable [15].

Clairement, lord Trenchard  et le général Mitchell  furent tous deux des avocats de la première heure de la paralysie  stratégique. Leurs écrits, troublants de similitude, proclament la nature révolutionnaire de la guerre aérienne . L’avion possède une capacité unique à éviter les sanglantes situations d’égalité terrestres, à combiner choc et puissance de feu dans une seule arme capable de frapper l’ennemi dans ses centres les plus vitaux au cœur de son territoire. Étant donnée l’importance considérable de Trenchard et Mitchell dans leurs armées de l’air respectives, la notion de paralysie fut intégrée dans les fonda­tions théoriques des doctrines aériennes stratégiques améri­caines et britanniques.

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Ce bref bilan de l’histoire de la paralysie  stratégique révèle sa présence épisodique dans les travaux des théoriciens de la guerre, avant l’avènement de l’âge de l’air. En tout cas, les turbulences créées par le Wright Flyer  secouèrent le monde de la pensée militaire. il en sortit des théories sur la stratégie aérienne qui, unanimement, adhéraient à la notion de paralysie. Avant d’examiner deux théories modernes de la paralysie, je dois présenter une définition plus précise de cette idée fondamentale qui a façonné l’évolution de la pensée relative à l’utilisation stratégique de la puissance aérienne . Pour ce faire, j’examinerai le concept de paralysie à la lumière des travaux théoriques de deux éminents auteurs dans le domaine militaire, le stratège britannique J.F.C. Fuller  et l’historien allemand Hans Delbruck . La typologie de Fuller aidera à distinguer ce qu’est la paralysie stratégique, alors que celle de Delbruck démontrera ce qu’elle n’est pas.

Dans The Foundations of the Science of War, Fuller,  se proposant d’examiner la nature de la guerre en tant que science, commence son étude par l’introduction du concept de l’ordre triple . Il insiste sur l’idée que l’ordre triple est “une base si universelle qu’elle peut être considérée comme axiomatique à la connaissance sous toutes ses formes” [16]. L’homme étant constitué d’un corps, d’un esprit et d’une âme, la guerre en tant qu’activité humaine doit présenter une constitution similaire. Adoptant le modèle de l’ordre triple pour réaliser son étude militaire, Fuller posa en principe l’existence de trois sphères de la guerre : physique, mentale et morale[17]. Respectivement, ces trois sphères concernent la destruction de la force physique de l’ennemi (puis­sance de combat), la désorganisation de son processus mental (puissance de réflexion) et la désintégration de sa volonté morale de résister (résistance). Fuller ajoute que les forces qui agissent dans le domaine de ces trois sphères le font en synergie : “La force de réflexion ne gagne pas une guerre, la force morale ne gagne pas une guerre, la force physique ne gagne pas une guerre, mais ce qui gagne vraiment la guerre, c’est la plus haute combi­naison de ces trois forces agissant comme une seule” [18]. On peut contester la logique interne et la validité de l’affirmation de Fuller selon laquelle l’ordre triple est la base de toute connais­sance, y compris celle de la nature essentielle de la guerre. Ceci dit, sa théorie reste utilisable pour aborder la nature de la paralysie  stratégique.

La paralysie  d’un adversaire comporte des aspects physi­ques, mentaux et moraux. En tant que stratégie, elle impose l’intention de mettre l’ennemi physiquement hors de combat de manière non létale, ainsi que de le désorienter mentalement afin de provoquer son effondrement moral. Alors que l’expression d’“intention non létale”  n’exclut pas nécessairement la réali­sation d’actions destructives ni n’élimine le risque de provoquer des victimes, elle traduit la volonté de rechercher à minimiser autant que possible ces résultats négatifs. Les effets physiques, mentaux et moraux peuvent être de courte ou de longue durée selon les impératifs de la grande stratégie. En d’autres termes, la paralysie stratégique vise les capacités physiques et mentales de l’ennemi, afin d’engager indirectement sa volonté morale et la vaincre[19].

En complément de son ordre triple , Fuller  envisage, dans Foundations, une autre proposition théorique qui aide à la définition de la paralysie  stratégique. Pour aider ses étudiants en stratégie militaire, Fuller établit un éventail des grands principes régissant la bataille. Le premier principe qui gouverne la conduite de la guerre, la “loi” de laquelle il tire neuf principes subordonnés, est celle de l’économie des forces  :

Tout au long de l’histoire de la guerre, on découvre que la loi d’économie des forces a été appliquée constam­ment, en dépit de l’ignorance humaine de la science de la guerre. Le camp qui peut au mieux économiser ses forces et qui, en conséquence, peut les déployer de la manière la plus rémunératrice, a toujours été le camp vainqueur [20].

L’argumentation de Fuller est peut-être tautolo­gique, ainsi que le prétend son biographe Anthony Trythall.  quoi qu’il en soit, ce point n’entre pas dans le champ de notre discus­sion[21]. La contribution de la loi de Fuller à la définition de la paralysie stratégique se situe au niveau du concept suivant : produire le minimum d’effort pour obtenir le maximum d’effet. Il s’agit de quelque chose que Pâris  a particulièrement bien réussi face à Achille.

Après avoir construit une définition partielle de la paralysie  (une stratégie à trois dimensions caractérisée par des intentions non létales  et par l’économie des forces),  nous pouvons mainte­nant l’examiner à la lumière de la typologie de Delbruck  afin d’affiner notre concept en démontrant ce que la paralysie straté­gique n’est pas. Dans un travail sémantique très fructueux, avec un parfum clausewitzien, Delbruck présenta l’histoire de l’art de la guerre à la lumière de l’histoire politique. Dans cet ouvrage, il défend l’existence de deux stratégies traditionnelles du combat : l’anéantissement  et l’attrition . Schématiquement, la stratégie d’anéantissement cherche la destruction des forces armées de l’adversaire, alors que la stratégie d’attrition vise à les épuiser. Malheureusement, comme Delbruck le craignait lui-même, elles furent mal interprétées par la majorité de ses lec­teurs qui les identifièrent comme, respectivement, les stratégies du fort (numériquement supérieur) et du faible.

Delbruck  a créé l’expression “Ermattungs-Strategie” (straté­gie d’attrition)  par opposition à la “Niederwerfungs-Strategie” (stratégie d’anéantissement  de Clausewitz,  mais il a plus tard con­fessé que “l’expression avait la faiblesse de fausse­ment donner l’idée d’une stratégie de pure manœuvre” [22]. Il était préoccupé du fait que, puisque par définition la stratégie d’anéantissement vise toujours la destruction des forces armées ennemies lors d’une bataille décisive, sa notion de stratégie d’attrition serait faussement interprétée comme étant l’évite­ment permanent de la bataille par la manœuvre. Pour éclaircir cela, Delbruck définit plus tard la stratégie d’attrition comme une “stratégie bipolaire”, un pôle étant la bataille et l’autre la manœuvre. Un chef militaire employant une stratégie d’attrition devra continuel­lement passer de la bataille à la manœuvre, favorisant un pôle plus que l’autre en fonction des circons­tances[23]. Ainsi, alors que les stratégies d’anéantissement  produisent des dénouements rapides issus de la défaite cuisante des forces armées ennemies, les stratégies d’attrition débouchent sur des conflits traînant en longueur, couronnés par le lent mais constant affaiblissement de la volonté de l’ennemi[24].

Comment la paralysie  stratégique s’intègre-t-elle alors dans le cadre de la théorie de Delbruck  ? Je prétends qu’elle n’est ni une stratégie d’anéantissement , ni une stratégie d’attrition , mais qu’il s’agit d’un troisième type. Elle ne vise pas un dénouement rapide par la destruction des forces armées ennemies dans la bataille. De même, elle ne recherche pas la décision lente par épuisement de l’ennemi en passant alternativement du pôle de la bataille à celui de la manœuvre. Par contraste avec les deux autres stratégies, elle cherche une décision rapide en incapa­citant l’ennemi par une fusion de la bataille et de la manœuvre. La bataille avec les forces armées ennemies est abandonnée au profit d’attaques contre le soutien et le contrôle de ces forces. La paralysie stratégique n’est ni exclusivement bataille, ni exclusi­vement manœuvre, mais plutôt une fusion des deux, dirigée contre le potentiel de guerre.

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Pour résumer les principaux aspects de notre définition, la paralysie  stratégique est une option militaire avec des dimen­sions physiques, mentales et morales. elle a pour objet de rendre l’ennemi impuissant plutôt que de le détruire. Moyennant un effort militaire (ou un coût financier) minimum, elle recherche le bénéfice ou effet politique maximum. Elle vise une décision rapide par l’intermédiaire d’une “manœuvre-bataille” dirigée contre la capacité mentale et physique de l’adversaire à soutenir et contrôler son effort de guerre  et permettant de diminuer sa volonté de résistance. Ayant mis en place cette définition, nous allons maintenant examiner les idées de notre premier théoricien moderne de la paralysie stratégique, le colonel John Boyd.



[1]        Sun Zi , The Art of War, traduction de Thomas Cleary, Boston et Londres, Shambhala Publications, 1988, pp. 66-67.

[2]        Ibid., p. 72.

[3]        Pour une explication plus détaillée de la double nature de la guerre selon Clausewitz , voir Peter Paret , Makers of Modern Strategy, Princeton, N.J., Princeton University Press, 1986, pp. 196-197.

[4]        Carl von Clausewitz , On War, éditeurs et traducteurs Michael Howard  et Peter Paret , Princeton, N.J., Princeton University Press, 1976, p. 90. Souligné par moi.

[5]        J.F.C. Fuller , The Foundations of the Science of War, Londres, Hutchinson, 1925, p. 314.

[6]        Ibid., p. 292.

[7]        Basil H. Liddell Hart , Strategy, Londres, Faber and Faber Ltd., 1954 ; réimpression, New York, Penguin Books, 1991, p. 212.

[8]        Ibid.

[9]        Fuller , op. cit., p. 181. Souligné par moi.

[10]       Basil H. Liddell Hart , Pâris, or  the Future of War (1925), New York, Garland Publishing, 1972, pp. 40-41.

[11]       Cité dans Charles Webster et Noble Frankland, The Strategic Air Offensive Against Germany 1939-45, Londres, Her Majesty’s Stationnery Office, 1961, vol. 4, p. 72.

[12]       Ibid., p. 73.

[13]       Ibid., pp. 71-76.

[14]       Cité dans Thomas H. Greer, The Development of Air Doctrine in the Army Air Arm, 1917-41, Washington, D.C., US Government Printing Office, 1985, p. 9.

[15]       William Mitchell , Skyways, Philadelphie et Londres, J.B. Lippincott, 1930, p. 255.

[16]       Fuller , op. cit., p. 47.

[17]       Il est intéressant de noter, que les trois sphères de Fuller  ressemblent fortement à la fameuse “trinité” de Clausewitz  : forces armées (physique), gouvernement (mental) et population (moral).

[18]       Fuller , op. cit., p. 145.

[19]       C’est cette orientation non létale qui distingue la paralysie  des stratégies plus traditionnelles d’anéantissement . Une opinion différente est présentée par le Major Jason Barlow , “Strategic Paralysis : An Air power Strategy for the present”, Airpower journal 7, n° 4, hiver 1993, pp. 4-15. Pour lui, la différence entre la paralysie et l’anéantissement est du niveau de la capacité technologique plutôt que de l’orientation politico-stratégique.

[20]       Fuller , op. cit., p. 204.

[21]       Comme l’écrit Trythall , “la loi de Fuller  sur l’économie des forces  est tautologique ; elle déclare simplement que le camp qui combat le plus efficacement gagne, et que cela ne signifie rien puisque la victoire est le seul critère valide de l’efficacité au combat”. Voir Anthony J. Trythall, Boney Fuller, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, 1977, p. 114. Même si l’argumentation de Trythall est sensée, je suis plus préoccupé ici par l’idée générale qui accorde au concept d’économie des forces un statut de caractéristique de base de la paralysie  stratégique, que par l’acharnement de Fuller à montrer que c’est la loi gouvernant les opérations militaires.

[22]       Hans Delbruck , History of the Art of War Within the Framework of Political History, traduction W.J. Renfroe Jr, Lincoln, Nebr., University of Nebraska Press, 1986, vol. 4, p. 279.

[23]       En général, mais pas toujours, le choix entre bataille et manœuvre était dicté par le rapport des forces en présence et/ou d’autres considérations matérielles. Cependant, il pouvait également inclure des facteurs aussi politiques que le but de la guerre, les répercussions possibles au sein de son propre gouvernement ou de sa nation, et les caractéristiques du gouvernement et du peuple ennemis.

[24]       Hans Delbruck , op. cit., vol. 1, p. 136.

 

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