La moyenne puissance au XXème siècle

Recherche d’une définition

 

 

L'EMPIRE OTTOMAN A LA VEILLE DE LA GRANDE GUERRE :  

UNE NON-PUISSANCE ?

 

Jacques THOBIE [1]

 

Appliquer la problématique de la moyenne puissance au cas ottoman à la veille du premier conflit mondial est, à la fois, séduisant et risqué. Risqué, car en tout état de cause, il paraît audacieux de vouloir projeter, sur le concert international de la période qui précède 1914, une notion et une réalité que l'on voit prendre corps et s'affirmer, en demi-teinte dans l'entre-deux-guerres, et surtout après la Deuxième Guerre mondiale. Vouloir, en effet, individualiser la moyenne puissance, c'est dégager, d'un côté les puissances incontestablement grandes, d'un autre les puissances incontestablement petites, pour laisser au milieu la place aux puissances dites moyennes. La recette, pour l'immédiat avant Première Guerre mondiale, n'est pas facile à trouver, car il semble bien qu'à travers le langage diplomatique on distingue les puissances qui font et mènent l'événement, et toutes les autres qui suivront ; il arrive aussi que le terme de puissance se dégrade pour devenir tout simplement synonyme d'État, ce en quoi il n'est plus d'aucune utilité.

Aussi convient-il, pour notre propos, de surmonter l'imprécision du discours conjoncturel, afin de préciser ce dont nous nous proposons de parler. Dans l'expression moyenne puissance, le mot puissance est sans doute le plus important. Le terme de puissance implique une capacité à agir de façon autonome, à puiser en soi-même, c'est-à-dire pour un État à travers la mise en œuvre de ses atouts et richesses propres, l'énergie nécessaire pour peser d'un poids particulier dans les affaires extérieures, locales, régionales, voire mondiales. Être une puissance, c'est trouver les moyens de se faire respecter et d'imprimer à l'environnement une marque, une évolution qui ne seraient pas exactement ce qu'elles sont si cette puissance n'existait pas. Si l'on admet cette approche, on conviendra qu'on peut parfaitement être un État sans être une puissance, et qu'en distinguant grandes, moyennes et petites puissances, on n'épuise pas la question.

L'établissement d'une hiérarchie de puissances se heurte à de grandes difficultés. Car il est trop clair que si certaines données peuvent être quantifiées, d'autres échappent à la quantification et sans doute même irrémédiablement, et que précisément cette appréciation de la puissance, pour l'historien, s'exerce dans un cadre et à travers un faisceau de rapports de force extrêmement complexes. Si la moyenne puissance existe avant 1914, où se situe-t-elle ? Si l'on adopte le critère de la production industrielle, il y a, en 1914, trois grandes puissances, les États-Unis, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ; deux moyennes puissances, la France et la Russie, et cinq petites puissances, le Japon, l'Italie, le Canada, la Belgique et la Suède [2]. Si l'on essaie, bien qu'on ne dispose ici d'aucun instrument de mesure adéquat, d'intégrer les facteurs politiques et stratégiques, et si l'on veut bien admettre que l'Europe dirige encore les affaires du monde, il existe quatre grandes puissances, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la France et la Russie ; deux puissances moyennes, l'Autriche-Hongrie et l'Italie auxquelles on peut ajouter les États-Unis et le Japon ; et deux petites puissances, la Belgique et les Pays-Bas. Dans ce jeu inoffensif qui consiste à établir rétrospectivement un classement des puissances étatiques les unes par rapport aux autres à la veille du premier conflit mondial, je vois mal une place pour l'Empire ottoman, sous la modalité de la puissance comparative.

Il y a bien un autre angle d'attaque possible. Si nous prenons l'histoire d'un État particulier, conçue dans le cadre de son évolution propre, peut-être arrivera-t-on à une estimation plus adéquate. Ainsi, un État qui fut autrefois un Empire-monde, redoutable et redouté sur trois continents, et qui subit les vicissitudes du déclin, doit bien se trouver, dans son évolution régressive, à un moment donné, en situation de moyenne puissance, avant éventuellement de passer au statut de petite puissance, voire de sombrer complètement. En principe, oui. La Suède, l'Espagne, l'Autriche-Hongrie font, avec l'Empire ottoman, partie de cette cohorte, incessamment renouvelée, d'Empires déclinants ou laminés ; mais cela ne rend pas pour autant plus aisé de désigner la période historique où, relativement aux autres États, ces Empires en perte de vitesse peuvent être encore qualifiés de puissances, moyennes ou petites. Et il se pourrait bien que, pour l'Empire ottoman, ce stade ait déjà été dépassé quand éclate le premier conflit mondial.

Le lecteur aura l'indulgence de bien vouloir prendre ce papier pour ce qu'il est : un essai approximatif et provisoire, plus qu'une classique communication. Je sais bien qu'en essayant de montrer que l'Empire ottoman, en 1914, ne répond pas à la réalité de moyenne puissance, mais est bien plutôt une non-puissance, je m'avance dans un terrain hautement piégé, car les arguments avancés pourront toujours être partiellement contestés. En un temps où quelques bons esprits, non seulement en Turquie, mais aussi dans certains pays successeurs, tentent de réhabiliter l'Empire défunt et de lui accorder, dans sa phase finissante, une prise, à mon sens exagérée, sur l'événement, cette modeste réflexion voudrait contribuer à une appréciation, aussi ajustée que possible, des rapports de force internationaux dans cette partie du monde.

 

La puissance installée

 

Dans une récente Table ronde consacrée à la notion de rapports de force [3], je suggérai de distinguer, après bien d'autres, entre la puissance installée et la force déployée. La puissance installée est du domaine du constat, encore que celui-ci pose, notamment sous l'angle des sources, un certain nombre de questions. Mais, grosso modo, il est possible de chiffrer l'essentiel des données de la puissance installée : une population, l'étendue d'un territoire, la mesure des productions et des échanges représentent des informations quantifiables et donc comparables. En revanche, l'utilisation concrète de cette puissance installée, sa mise en œuvre et en action dépendent de facteurs nombreux et variés, souvent in quantifiables, et impliquent des choix laissant la place à une certaine dose d'incertitudes : les choix stratégiques, les clivages idéologiques, le degré de cohésion sociale ou nationale, le moral, le rapport à l'environnement international, etc. entrent en jeu dans l'appréciation de la force déployée. Ce n'est pourtant que par la combinaison des deux éléments que l'on peut espérer approcher d'une réponse à la question posée plus haut, en situant le poids et la place réelle de l'Empire ottoman par rapport à ses partenaires mondiaux.

Pour ce qui est de la puissance installée de l'Empire ottoman en 1914, nous prendrons en considération deux paramètres : calcul de l'indice de puissance selon la recette proposée par René Girault [4] ; appréciation de la diminution de la superficie contrôlée par l'Empire depuis l'époque de son apogée.

L'indice de puissance utilisé sera naturellement considéré, ainsi que le fait le promoteur du système lui-même, avec toutes les réserves souhaitables, mais il permet, malgré ses imperfections, de situer les pays les uns par rapport aux autres, en privilégiant les données qui, à l'époque, jouaient un rôle primordial dans la définition de la puissance. Cinq critères sont retenus, avec une pondération de chacun dans l'indice global ainsi conçu : chiffre de la population totale 25 %, production de charbon 20 %, production de fonte 10 %, production de blé 25 %, commerce total 20 %. Les statistiques utilisées n'intègrent pas le phénomène colonial et s'entendent uniquement dans le cadre européen. L'indice de puissance qui en ressort en 1914 fait apparaître quatre grands : l'Allemagne 63,7, la Russie 57,6, la Grande-Bretagne 57,3, la France 46,5. Sous cet aspect, deux pays peuvent être qualifiés de moyens, l'Autriche-Hongrie avec 27,8 et l'Italie avec 18,5. Enfin, avec 14,1 pour la Belgique, passe-t-on sans doute à la petite puissance. L'Empire ottoman vient encore loin derrière, avec 10,6, mais néanmoins devant l'Espagne qui ne dépasse pas 8,4. Si l'on veut bien observer que l'Empire ottoman atteint son indice grâce à deux seuls paramètres, sa population et sa production de blé, on ne tirera naturellement pas de conclusion péremptoire de ces quelques points de repère chiffrés. Ceux-ci laissent entendre que, dans la hiérarchie ainsi dégagée, l'Empire ottoman se situe plutôt dans les moyens, tout au plus à la frange.

Un autre élément doit être pris en compte dans l'appréciation de la position de l'Empire en liaison avec son déclin : la contraction de sa superficie. À l'apogée, disons au XVIIe siècle, l'Empire ottoman contrôle environ 7 173 000 km ; cette superficie se trouve réduite, vers 1875, à 5 550 000 km ; en 1913-1914, l'Empire ne compte plus que 2 171 000 km, superficie qui représente 30 % de celle de la belle époque, et 39 % de celle du début des années 1870. Ainsi, il a fallu deux siècles à l'Empire pour accuser une perte de 22,6 %, mais seulement 35 ans pour perdre 61 % de sa surface. Cette rétraction entraîne naturellement une perte de substance, tant en population qu'en ressources, mais aussi représente un affaiblissement de l'autorité des dirigeants ottomans dans les affaires régionales et mondiales.

Une diminution de superficie n'a pas que des inconvénients si elle s'accompagne d'une amélioration de l'avantage stratégique et d'un meilleur consensus socio-ethnique. Force est de constater que ce n'est pas le cas : l'étirement encore considérable de l'empire d'Edirné à Bagdad et de Trabzon à Djedah, l'énorme développement des côtes sur au moins quatre mers, l'éminente position de carrefours stratégiques, imposent à Constantinople des exigences de sécurité et de défense auxquelles elle est parfaitement incapable de faire face. Quant à la cohérence socio-ethnique, elle ne s'en trouvera nullement améliorée : à des degrés divers, les Arabes, à travers une palette très variée de contestations et d'actions, les Arméniens, les Kurdes, mettent en danger, de l'intérieur, les fondements mêmes de l'Empire multinational et en sapent la crédibilité internationale. Mais celle-ci est beaucoup plus difficile à jauger, car elle nous mène aux limites de la puissance installée et de l'utilisation qui peut en être faite.

 

La force déployée

 

Il s'agit ici d'estimer, d'un côté, la capacité réelle que possède l'Empire ottoman d'utiliser la puissance installée, dont il dispose théoriquement, et d'autre part, d'apprécier la manière dont il exploite cette force déployée, dans la mesure même où il en est le maître. Cette procédure ne manque pas de poser de nombreux problèmes. Dans tout conflit où est engagé un pays, ici l'Empire ottoman, que les militaires interviennent directement ou indirectement, l'efficacité liée à la manière d'utiliser la puissance installée pour en faire une force effective (les forces armées, comme on dit), reste du domaine de la spéculation tant que la sanction n'intervient pas sur le terrain même où la lutte est engagée. Cela laisse à l'appareil d'État, aux partis, aux médias, un certain jeu pour les illusions, le bluff, l'intox, disons la politique. Mais en ce qui concerne notre propos, l'historien est en quelque sorte comblé, puisqu'il dispose des scores réalisés, en l'occurrence par l'Empire ottoman finissant dans les domaines essentiels du commerce, des finances, des armées. Les futurs historiens de notre présente période n'auront jamais cet avantage – du moins faut-il l'espérer – puisque l'équilibre de la terreur et autre dissuasion ont précisément pour corollaire l'absence de tout affrontement décisif sur le terrain. Mais l'avantage de l'historien d'aujourd'hui est tout relatif, car la marge d'appréciation reste encore fort large.

C'est essentiellement à partir du deuxième quart du XIXe siècle que les autorités ottomanes ont perdu peu à peu la maîtrise de certains attributs de la souveraineté, de certaines manettes de la décision. Le traité de commerce anglo-ottoman de 1838 et le rescrit impérial de Gülhane de 1839 marquent la fin de la résistance de l'empire monde ottoman à l'économie monde capitalise qui implique l'Empire progressivement à partir de 1750 [5]. L'ouverture libérale au commerce étranger et la mise en place de réformes destinées à moderniser les structures internes de l'Empire, l'entraînent en fait dans une dépendance qui ne cessera, en dépit de sursauts inopérants, de s'approfondir jusqu'à sa propre disparition.

En effet, le traité de commerce imposé par la Grande-Bretagne en août 1838, en supprimant les monopoles d'État encore en vigueur dans l'Empire, et en fixant un droit unique à l'importation de 5 % ad valorem, ouvre très largement le marché ottoman à la première puissance industrielle du monde, dans des conditions qui, selon Palmerston, dépassent toutes nos espérances [6]. Les clauses de ce traité sont, du reste, si avantageuses qu'au nom des Capitulations, et en vertu de la clause de la nation la plus favorisée, la France, dès 1838, puis une dizaine d'États européens signent avec Constantinople des traités analogues. Ces traités représentent d'une part le prix payé par Mahmoud II aux puissances européennes, notamment l'Angleterre et la France, qui, par leur soutien diplomatique, éviteront la désintégration territoriale de l'Empire (Russie, Méhémet Ali), mais correspondent aussi aux intérêts de certains groupes sociaux ottomans (grands propriétaires terriens, haute bureaucratie, minoritaires) ; enfin, cela correspond, chez certains réformateurs ottomans pro-occidentaux, à une adhésion idéologique au libéralisme : ainsi Rechad pacha estime que la politique de libre-échange favorisera l'industrialisation de l'Empire, pensant naïvement (à ce moment même les pays européens protègent leur industrie de solides barrières douanières) que ce qui a si bien réussi à la Grande-Bretagne se reproduira dans l'Empire ottoman.

En réalité, la conjonction de l'ouverture libérale et de l'interprétation abusive des Capitulations, aboutit à limiter considérablement la liberté d'action de Constantinople. L'instauration d'une taxation unique, faible et ad valorem, empêche toute modulation du système, et l'Empire se trouve bientôt dans l'incapacité de modifier son tarif douanier sans l'accord unanime des puissances [7] ; cette situation est d'autant plus fâcheuse que les rentrées douanières représentent environ 70 % des ressources du budget de l'État. Il s'ensuit maintes conséquences négatives : impossibilité de différencier le commerce extérieur, et notamment de limiter ou de moduler l'importation de produits fabriqués ; impossibilité en conséquence d'appliquer un programme cohérent et progressif d'équipement, moins encore d'industrialisation ; ainsi, l'évolution économique et financière de l'Empire se fera désormais au coup par coup, au jour le jour, en fonction des intérêts des pays industriels.

Cette situation favorise également un endettement de l'État ottoman qui conduit à l'aggravation de sa dépendance. Les dépenses considérables entraînées par la guerre de Crimée, la nécessité de mettre en place un minimum d'équipement, l'archaïsme de la gestion des finances de l'État, créent des besoins financiers renouvelés, qui ne peuvent être satisfaits que par l'emprunt extérieur. Or, la rencontre organisée de l'accumulation du capital, d'abord en Angleterre, en France et dans l'Europe du Nord-Ouest, et des besoins chroniques de souverains en difficulté, conduit les emprunteurs à un état de cessation de paiement, qui va permettre aux créanciers, tout en assainissant la situation financière, d'accentuer leur contrôle sur les finances locales, et aux gouvernements anglais et français d'approfondir la dépendance ottomane : telle est la genèse du décret de Mouharrem de 1881.

Les banquiers de Londres et de Paris sont très largement responsables de l'engouement des épargnants anglais et français pour les valeurs à turban. Entre 1854 et 1877, l'État ottoman contracte 17 emprunts d'État ou assimilés, qui représentent un nominal de 5,3 milliards de F., un produit effectif de 3,21 milliards, et un acquis réel pour le gouvernement ottoman de 2,64 milliards. Les exigences du profit et de sa sécurité impliquent la mise en place d'une infrastructure bancaire moderne : en 1863 est créée la Banque Impériale Ottomane qui a la particularité d'être une banque privée franco-anglaise dirigée par les comités de Paris et de Londres, et une banque d'État à Constantinople. Les chiffres ci-dessus montrent que les conditions des prêts sont particulièrement lourdes pour l'emprunteur, les commissions encaissées par les banques se situant entre 10 et 12 % des sommes effectivement drainées. Les sommes touchées par Constantinople ont été englouties dans des dépenses essentiellement improductives : remise en ordre militaire, retrait du papier-monnaie, conversion de la dette extérieure, réduction partielle de la dette flottante, dépenses entraînées par l'insurrection de Crète ; les derniers emprunts ont uniquement servi à boucher les trous du budget et à assurer le service de la dette. Une telle gestion ne pouvait que conduire à la banqueroute.

Accablé par les désastres financiers et militaires (la guerre russo-turque de 1877-1878), Abdul Hamid II devra se résoudre à signer le décret de Mouharrem du 20 décembre 1881. Ce décret met en place l'Administration de la Dette publique ottomane, chargée de gérer l'ancienne dette turque ramenée aux sommes réellement encaissées par le Trésor ottoman. Pour assurer le service de la dette, le gouvernement doit concéder certains revenus. Ainsi, cet organisme cosmopolite, présidé alternativement par un Français et un Anglais, véritable État dans l'État, gère 25 à 30 % des ressources de l'Empire qui échappent ainsi au gouvernement ottoman. Le Conseil de la Dette gérera ensuite nombre d'emprunts émis à partir de 1886 et qui culmineront avec l'énorme emprunt parisien d'avril 1914. À travers cette demande, incessamment renouvelée, au crédit extérieur, les puissances de Mouharrem exercent une véritable tutelle sur l'ensemble de la gestion financière de l'Empire et donc sur les décisions touchant très directement à la souveraineté de l'État, notamment en matière d'armement et de défense.

Cette amputation grave de la capacité de décision, dont nous venons de montrer les racines fondamentales, est révélée par des indices peut-être moins criants, mais dont l'accumulation finit par peser lourd dans les destinées de l'Empire. Notons l'installation, dans l'Empire, sans qu'aucun texte ne vienne en justifier l'existence, des postes étrangères, françaises, anglaises, autrichiennes, russes, allemandes, alors que l'Empire ottoman est accueilli, dès sa création en 1874, à l'Union Postale Internationale. Les protestations ottomanes n'empêcheront nullement les bureaux de postes étrangers de se multiplier. Comment apprécier, d'autre part, cette habitude prise par certaines puissances au tournant du siècle, de construire des écoles sans firmans (autorisations) ? Enfin, des experts, ingénieurs, officiers, étrangers assument d'importantes charges dans divers ministères et administrations : des Français aux Finances, des Anglais aux Douanes ; la modernisation de la marine ottomane est confiée à un amiral anglais, celle de l'armée de Terre à un général allemand, et la création d'une aviation à un capitaine français. En soi, l'appel à des experts étrangers n'est pas forcément négatif pour le pouvoir qui les embauche, mais dans le contexte de dépendance de l'Empire, ils représentent un danger supplémentaire pour sa liberté d'action.

Nous touchons ici, en effet, à une constatation qui, au premier abord, peut sembler paradoxale : la mise en œuvre de réformes destinées, dans l'esprit de leurs promoteurs, à moderniser le pays, et donc à renforcer son potentiel et son influence, bref, sa puissance, aboutit, dans l'exemple ottoman, à un effet pratiquement inverse, dont nous avons déjà noté le processus essentiel. Il est vrai que ces réformes, qui sont loin de faire l'unanimité, restent partielles, ne sont jamais poussées jusqu'au bout, et surtout consistent à se glisser sans discernement dans les vêtements du modèle occidental, sans que soient assurés les moyens de sauvegarde des intérêts vitaux de l'Empire, ni de son autonomie de décision.

C'est dans cette optique qu'il convient d'apprécier les efforts de réforme de la période des Tanzimat, esquissés sous Mahmoud II, mais proclamés avec solennité par le hatt-i chérif de Gülhane de 1839, sous Abdul Medjid, complétés par la hatt-i humayoun de 1856, et réitérés en 1861, sous Abdul Aziz, en 1870 sous l'influence des groupes Jeunes Ottomans, et en 1876 à l'arrivée au pouvoir d'Abdul Hamid. Il n'est naturellement pas indifférent que l'Empire fasse un effort notoire pour affermir le pays comme État de droit, en publiant plusieurs codes, inspirés de ceux de l'Europe occidentale, pour donner un statut plus égalitaire aux communautés non sunnites, pour moderniser les structures économiques et éducationnelles. Mais la répétition même de ces réformes témoigne du peu d'efficacité de leur application pratique et, loin de renforcer le développement économique de l'Empire, la période du Tanzimat a été le prélude au démantèlement de l'Empire, à la désintégration de la formation socio-économique ottomane dans son ensemble [8], et a contribué, sur le plan de l'action internationale, à affaiblir un pouvoir central qu'elle devait, en principe, consolider. Et les événements révolutionnaires, impulsés par les Jeunes-turcs en 1908-1909, engendreront, dans un contexte international plus sévère encore, des gouvernements constitutionnels victimes de la même ambiguïté et de la même cruauté dialectique. En un mot, les responsables ottomans ont raté ce que le Japon, dans le même temps, était en train de réussir.

 

Signes concrets économico-politiques de la non-puissance

 

La faiblesse de la prise sur l'événement par les autorisations ottomanes ne signifie ni qu'elles n'aient point été conscientes de la gravité de la situation, ni qu'elles n'aient pas tenté d'y remédier.

Sous Abdul Hamid II, la résistance à la désintégration interne et externe est, la plupart du temps, de type conservateur, voire réactionnaire, souvent sous le couvert des intérêts de l'Islam.

Les rapports tumultueux de la société (française) des Quais de Stamboul et du Sultan en sont une bonne illustration. Abdul Hamid déclare, en 1900, vouloir racheter la Société. Il craint sans doute que ne se reproduisent les événements de 1896 où, sous la surveillance de l'ambassadeur de France et sans que le Sultan en soit informé, les auteurs arméniens du coup de main sur la Banque ottomane avaient été embarqués sur un navire britannique à destination de Marseille. Il est aussi sensible, s'il ne le soutient pas en sous-main, aux arguments du parti religieux musulman, qui s'élève contre l'attribution à des infidèles de terres sacrées de l'Islam ; en effet, conformément à sa convention, la société réclame les titres de propriété des terres gagnées sur la mer lors de la construction des quais. Quoi qu'il en soit, les ennuis naissent de l'impossibilité de se mettre d'accord sur un prix de rachat ; du reste, le Trésor ne dispose pas de la moindre piastre pour procéder à l'opération. La société réclame donc d'entrer pleinement dans ses droits contractuels. Le Palais résiste, appuyé par des interventions du Cheikh-ul-Islam. L'ambassadeur français donne de la voix, annonce son départ et une intervention navale de la France. Abdul Hamid cède sur toute la ligne, ce qui n'empêchera pas l'expédition navale de Métélin (voir plus loin). Les résistances, contemporaines, à la multiplication sauvage des écoles étrangères, subiront le même sort.

Même si l'on considère le meilleur des cas, jugé comme la réussite du régime, la construction de la ligne sacrée du Hedjaz, on peut encore mesurer les limites de l'autorité de Constantinople. Il est bien vrai que le rail, parti de Damas, atteint Médine en 1908. Il faut pourtant noter que les dons, volontaires ou non, intérieurs et extérieurs, liés à l'appartenance à l'Islam et donc à une confiance affirmée pour le projet du Sultan-calife, n'ont rapporté qu'un tiers du coût réel du chemin de fer [9] ; que l'entreprise est pilotée par un étranger, en l'occurrence un Allemand ; que la ligne du pèlerinage qui devait naturellement aller jusqu'à La Mecque, voire Sanaa, ne dépassera pas Médine, car les bédouins arabes s'opposent violemment à son prolongement, conscients des desseins stratégiques du rusé Sultan ; que les embranchements prévus vers El-Arish et Aqaba ne seront pas construits, car les Anglais (qui occupent l'Égypte) s'y opposent.

La résistance des Jeunes-turcs au pouvoir choisit de s'exercer dans une ambiance essentiellement libérale et en utilisant, en quelque sorte, l'idéologie de ceux mêmes dont on dénonce, parfois avec une grande violence de langage, les visées impérialistes. Or, les besoins financiers ne cessent d'être contraignants. L'amélioration et l'accélération de l'équipement du pays appellent placements et investissements, tandis que la politique de turquisation ne fait qu'approfondir les tendances centrifuges liées aux revendications nationales, et aiguise les ambitions des puissances : modernisation, répression et défense nationale sont de véritables gouffres. Et c'est dans la recherche de crédits extérieurs que l'on peut mesurer la futilité de la stratégie jeune-turque.

Ainsi voit-on, en 1909, le ministre jeune-turc des Finances, Djavid bey, désireux de secouer le joug de la Banque Impériale Ottomane et de l'Administration de la Dette, faire le tour des capitales européennes, persuadé qu'en mettant en concurrence les places financières importantes, il trouverait vite de l'argent en abondance et à bon marché. Las ! L'abstention calculée de la France et de ses amis oblige Constantinople à négocier, tant bien que mal, avec des banques allemandes et autrichiennes réticentes un emprunt modeste et hors de prix. Il faudra bien, devant l'accumulation de revers militaires, en revenir à la place de Paris et donc aux exigences de la Banque Ottomane et bientôt de l'Administration de la Dette, après de longues négociations qui sont un désastre pour le pouvoir ottoman.

En effet, les gouvernants ottomans doivent bien tenir compte d'une évidence : si les pays industriels sont, en effet, en compétition dans le développement de leurs intérêts divers et parfois contradictoires, ils serrent les rangs lorsque le patient regimbe et semble devoir mettre en péril des relations inégales fructueuses pour les entreprises, les firmes, les écoles, le commerce de tous les États intéressés. Au lieu alors de s'entredéchirer, les puissances impérialistes, qui trouvent encore un intérêt à maintenir hors de l'eau un empire au bord de l'asphyxie, décident de se distribuer des zones d'influence, en attendant des jours meilleurs, ceux du partage. C'est ainsi que, sur la base de concessions acquises ou réclamées en matière de communications (chemins de fer, ports, routes), de mines, d'organismes bancaires, d'exploitations agricoles, d'établissements hospitaliers et d'écoles, Français, Anglais, Allemands, Russes, Italiens s'attribuent, avec l'aval même des autorités de Constantinople, des zones d'action économique et culturelle. La France surtout, grâce aux disponibilités financières de la place de Paris, qui sera pratiquement seule à fournir les premiers 500 millions de francs nominaux émis en avril 1914, obtient de considérables privilèges dans tous les secteurs, rétablissant ainsi une situation qui avait pu paraître compromise dans les dernières années du XIXe siècle. Sans doute, ces accords ne sont-ils pas tous ratifiés avant le déclenchement de la Grande Guerre, mais ils marquent la profondeur de la dépendance ottomane, tandis que la concurrence entre les larrons se poursuit avec vigueur sur le plan commercial et pour le contrôle renforcé des finances ottomanes, à travers une action revigorée du Conseil de l'Administration de la Dette publique, symbole même de la suggestion de Constantinople.

 

Les marques diplomatico-militaires de la non-puissance

 

Deux types d'exemples suffiront ici à caractériser la perte progressive de toute puissance ottomane : les pressions diplomatico-militaires des puissances industrielles, et l'inexorable recul intérieur et extérieur des forces armées ottomanes.

L'intervention des puissances extérieures est capable ou d'atténuer les conséquences de défaites ottomanes ou de rogner les fruits qu'elle pourrait tirer d'une victoire. Ainsi, au Congrès de Berlin (1878), Londres, Paris, Berlin et Vienne s'entremettent pour sauver partiellement la mise à Constantinople en remplaçant les clauses de San Stéphano par un traité moins défavorable à l'Empire ottoman, l'Angleterre occupant Chypre pour prix de ses bons offices. On tirera les mêmes conclusions, du point de vue qui nous occupe, de la pression des puissances maritimes qui volent au secours de la Grèce, pays agresseur, complètement écrasé (avril-mai 1897) par l'armée ottomane. Ainsi, malgré une victoire sans appel, Abdul Hamid devra évacuer la Thessalie, diminuer de moitié l'indemnité de guerre exigée d'Athènes, et accepter, quelques mois plus tard, d'accorder un nouveau régime d'autonomie à la Crète, avec un gouverneur chrétien.

Que dire alors des reculs et des défaites ? La destruction de la marine ottomane à Navarin, en 1827, marque sans doute une date-clé dans le déclin de la puissance ottomane. Malgré un certain effort de réorganisation sous Abdul Aziz, l'Empire ne s'en est jamais remis, qui n'a jamais pu reconstituer une marine digne de ce nom, à la fois parce qu'il n'en a pas eu les moyens financiers et parce que de vigilants protecteurs ont veillé à ce qu'il en fût ainsi. Cette situation est catastrophique pour un Empire aussi largement ouvert sur plusieurs mers. Dans la période hamidienne, l'Empire se trouve à la merci de la politique de la canonnière, ainsi que le montre le coup de Métélin, dont la douane est occupée (octobre-novembre 1901) sous la protection d'une division navale (2 cuirassés, 3 croiseurs et 2 contre-torpilleurs) de l'escadre française de la Méditerranée, à la suite du refus opposé par le Sultan à toute une série de revendications touchant aux intérêts français dans l'Empire. Suivie avec sympathie par les autres puissances, cette intervention contraint le Sultan à céder sur tous les points. On n'a même pas songé, au Palais, à faire sortir la flotte de la Corne d'Or [10].

Les gouvernements constitutionnels, conscients de cette carence, versent, quant au programme naval, en plein romantisme. Les bateaux font tourner la tête aux Turcs, écrit l'attaché militaire français en août 1910 [11]. On passe d'un projet grandiose, en 1909 (7 cuirassés, 6 croiseurs, 6 sous-marins et 60 autres unités) à une décision parlementaire plus réaliste, en 1910 (2 cuirassés, 1 croiseur et 10 canonnières), étant entendu que la puissance navale ottomane doit toujours être supérieure à celle de la Grèce. En définitive, faute d'argent, 1 cuirassé et 1 croiseur seront commandés, en 1910, en Angleterre, et 6 canonnières en France. Ainsi, même les objectifs modestes [12] de Hakki pacha ne seront pas atteints. Ces quelques précisions chiffrées sont destinées à expliquer l'abstention pratiquement complète de la marine ottomane dans deux guerres perdues.

En 1911, l'armée ottomane doit faire face, au Yémen, à la phase ultime d'une véritable guerre de décolonisation. Devant le soulèvement général appelé par l'Imam Yahia, le gouvernement décide, en mars 1911, l'envoi immédiat d'un renfort de 12 000 hommes à Djeddah. Ni la marine de guerre, ni la marine de commerce ne sont capables de faire face à cette mission. Il faut affrêter, à grand prix, des navires russes, seul pays à offrir cette opportunité. De plus, Constantinople se plaint de l'effet nocif de la contrebande d'armes en Mer Rouge au profit des rebelles. Outre qu'en vertu des capitulations, Français, Anglais et Italiens refusent, en parfaite mauvaise foi, tout droit de visite même dans les eaux ottomanes, Constantinople ne dispose que de trois ou quatre canonnières pour 600 km de côte. Finalement, des négociations avec l'Imam Yahia aboutiront au retrait des troupes ottomanes et à l'octroi d'une autonomie qui confine à l'indépendance.

C'est encore l'abstention forcée de la marine ottomane qui empêche Constantinople de venir efficacement au secours de la résistance intérieure opposée aux Italiens en Tripolitaine et Cyrénaïque, et qui permet à ceux-ci d'occuper, sans coup férir, Rhodes et les îles du Dodécanèse.

Plus significative encore est la défaite de la première guerre balkanique, car éclate là l'impuissance de l'armée ottomane, objet des soins attentifs de toutes les autorités ottomanes pendant plusieurs décennies. Depuis 1885 (date de l'arrivée à Constantinople de von der Goltz), l'instruction de l'armée ottomane est menée par l'Allemagne dont les matériels, notamment les canons, équipent les meilleures unités. Or, cette armée ne résiste pas aux coups des armées de la Ligue balkanique ; Andrinople (Edirne) est prise, et la capitale, menacée, n'est sauvée que par la présence dans la mer de Marmara, d'une Armada internationale.

Ajoutons, enfin, que la politique de répression, voire de terreur, menée par l'armée ou ses supplétifs, à l'encontre de populations refusant l'autorité de Constantinople, Bulgares, Albanais, Arméniens, Arabes, est un signe manifeste de faiblesse et d'impuissance.

 

La non-puissance ottomane, une question de survie

 

Les nombreux accords inégaux signés au printemps 1914, la cascade de défaites aboutissant à d'amples amputations de territoire, n'apportent-ils pas suffisamment d'arguments à la proposition selon laquelle l'Empire ottoman, en 1914, est une non-puissance ?

Pourtant, diront certains, le diagnostic est excessif. S'il était juste, comment alors expliquer la partielle mais relative bonne tenue des troupes ottomanes pendant la Première Guerre mondiale, et surtout, comment expliquer le sursaut qui conduira à l'émergence d'une République turque réellement indépendante ? Tenir une telle argumentation serait faire une double confusion, méthodologique et chronologique.

L'Empire ottoman est une non-puissance, parce qu'il se trouve dans l'impossibilité de transformer efficacement en force réelle une puissance installée qui va elle-même s'amenuisant. Mais cette impuissance de l'État ne signifie nullement qu'il n'existe plus. Et, en l'occurrence, il reste bien encore un État ottoman, avec ses services et ses grands corps, une structure bureaucratique éprouvée, sans doute sclérosée par certains côtés, mais qui maintient, tant bien que mal, une possibilité relative de décider ; toutefois ses décisions sont, pour l'essentiel, des réactions à des événements que le pouvoir ne maîtrise pas et qu'il domine moins encore. Et c'est même dans la mesure où cet État est en position de non-puissance qu'il est encore toléré par les puissances qui font l'événement.

Et, bien sûr, aussi existent les peuples. Et c'est bien ce pluriel qui est inquiétant car, en dépit d'une suicidaire politique de turquisation, l'Empire est encore un État multinational. Or, le pouvoir central a de plus en plus de mal à obtenir, à tous les niveaux des rouages et des structures étatiques, et notamment dans l'armée, un consensus favorable à l'efficacité qui pourrait en être attendue. C'est lorsque le lien multinational, devenu bien ténu, sera complètement tranché, que le mouvement national turc pourra engager un combat décisif.

Dans ces conditions, le gouvernement ottoman ne peut compter que sur une exploitation aléatoire de la division retardent encore mais guette sa disparition. Or, la traditionnelle et salutaire rivalité anglo-russe sur les détroits s'est beaucoup atténuée depuis les accords de 1907 entre les deux pays. Si bien que l'excellente position géostratégique de l'Empire se retourne contre l'Empire lui-même. Et pourtant, deux opportunités se présentent.

La division des alliés balkaniques crée une situation inattendue que le gouvernement ottoman a bien failli ne pas pouvoir exploiter. Tous les prêteurs traditionnels ayant fermé leur porte, il a fallu réellement mendier [13] une avance de 500 000 LT auprès de l'Administration des Phares (société française) pour remettre une armée sur pied de guerre et permettre ainsi la reprise d'Andrinople. Mais si Constantinople récupère cette ville, elle perd définitivement toutes ses possessions balkaniques.

L'éclatement du premier conflit mondial a-t-il réellement offert au gouvernement ottoman la possibilité de choisir son camp ou celui-ci n'a-t-il pas été le jouet d'une provocation habilement montée par l'Allemagne ? Il n'existe pas de réponse pertinente à cette question. Que le triumvirat au pouvoir ait considéré l'impérialisme allemand comme plus favorable aux intérêts de l'Empire que les autres, c'est là une illusion de plus à mettre au débit des Jeunes-turcs alors aux affaires. Et cependant, si le gouvernement en a vraiment fait le calcul, le choix du camp allemand n'était pas relativement mauvais, dans la mesure où il pouvait éventuellement permettre de secouer à terme les liens les plus contraignants pour l'Empire, ceux tissés par les puissances de l'Entente, France, Angleterre et Russie. Disons simplement que si véritablement décision il y eut, de cet Empire décidément vermoulu, elle fut bien malheureuse.

 



[1] Université de Rennes II.

[2] Ambrosi-Baleste-Tacel, Les grandes puissances du monde contemporain, tome 1, p. 252.

[3] Qu'est-ce qu'un rapport de force dans les relations internationales, Table ronde avec J.-B. Duroselle, Y. Durand, P. Mélandri, J. Thobie, Cahiers d'Histoire, n° 25, 1986, pp. 9-39.

[4] R. Girault, Diplomatie européenne et impérialismes 1871-1914, Masson, 1979, pp. 66-67.

[5] Sur cette problématique, voir I. Wallenstein and R. Kasaba, Incorporation into the world-economy ; Change in the Structure of the Ottoman Empire 1750-1839, Économie et Sociétés dans l'Empire ottoman, CNRS, 1983, pp. 335-354. L'analyse des auteurs est intéressante mais leurs conclusions fort discutables : dire qu'il ne s'agit pas de l'amorce d'un déclin, mais d'un simple passage est une tautologie.

[6] Cité par S. Kançal, La conquête du marché interne ottoman par le capitalisme industriel concurrentiel 1838-1881, Économie et Sociétés…, op. cit., pp. 355-409.

[7] À la fin des années 1850, le gouvernement ottoman, en contrepartie d'une réduction de la taxe à l'exportation de 12 % à 1 %, est autorisé à élever les droits d'importation à 8 % ad valorem. En 1900, Constantinople demande l'autorisation de faire passer ces droits de 8 % à 11 % : les puissances capitulaires s'y opposent unanimement. Il faudra attendre sept ans, pour trouver le biais du financement des réformes de Macédoine, et accepter un nombre impressionnant de facilités techniques (analyses, échantillons) favorisant l'entrée des marchandises étrangères, pour obtenir enfin l'autorisation d'augmenter, pour sept ans, les droits de douane à 11 % ad valorem.

[8] S. Kançal, art. cit., p. 365.

[9] Voir le livre documenté de W. Ochsenwald, The Hijaz Railroad, University Press of Virginia, Charlottesville, 1980, 169 p.

[10] Épisode analysé dans J. Thobie, Intérêts et impérialisme français dans l'Empire ottoman, 1895-1914, Publications de la Sorbonne, Imprimerie Nationale, 1977, pp. 562-583.

[11] EMA Turquie AM 13. Général Maucorps à ministre de la Guerre, 10 août 1910.

[12] Hakki pacha estime que l'état des finances oblige à marcher lentement… Nous ferons pour le mieux de façon à avoir une petite marine mais bonne. Personne ne songe ici à nous mettre au rang des cinq ou six puissances maritimes. Mais nous pourrons penser à défendre notre littoral et à nous éviter toute inquiétude quant à notre voisinage immédiat, EMA Turquie AM 13. Général Maucorps à Guerre, le 21 juin 1910.

[13] Sur cette affaire, toute information dans J. Thobie, Phares ottomans et emprunts turcs, Publications de la Sorbonne, Éditions Richelieu, 1972.

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin