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La transformation des rapports entre l’armée et la nation

 

François Cailleteau

 

Avant l’annonce de la réforme, qu’en était-il des rapports entre l’armée et la nation ? En contraste avec le siècle précédent, ces rapports étaient apaisés, ne faisant preuve ni de militarisme, ni d’antimilitarisme. Ils se traduisaient par une certaine indifférence, ajoutée cependant à un capital de sympathie latent à partir d’un patriotisme réel, même s’il était diffus.

Il faut cependant ajouter qu’en parallèle à ces rapports apaisés, il existait un réel contentieux entre l’armée et la nation : celui du service militaire. En effet, la conscription n’a jamais été l’élément fondateur du patriotisme français.

Après la guerre de 1870, le modèle prussien de la conscription est adopté en France, même si la IIIe République a réussi à travestir cette évolution en un retour aux principes de la Révolution. Ce fut une réussite, contribuant à l’unification du pays.

Les Français acceptaient le service militaire et pensaient que, pour disposer d’effectifs nombreux, on ne pouvait se passer de la conscription. En revanche, un doute permanent a subsisté quant à son efficacité, celle-ci étant mieux assurée par une armée de métier. De fait, les Français ont constamment contesté les modalités du service militaire. Dès la fin du XIXe siècle, lorsque les fils de bourgeois ont été appelés sous les drapeaux, la contestation est devenue publique, moins sous la forme de refus ou d’affrontements que par des tactiques d’évitement. Celles-ci se traduisaient par le choix préférentiel des services civils et le recours à des "pistons". Le besoin d’effectifs nombreux ayant disparu, le pays a approuvé le discours du président de la République sur la fin du service obligatoire.

Que se passera-t-il après la fin de la conscription en 2002 ? La professionnalisation ne devrait pas poser de problèmes majeurs car le processus était engagé avant la déclaration du chef de l’État, mais il s’agit de réduire le format de l’armée. De plus, l’armée de terre, dans la majeure partie de ses effectifs futurs, est déjà professionnalisée.

Un certain nombre de visions dévalorisantes de cette armée de terre disparaîtront avec la fin du service militaire, mais le risque existe de voir l’indifférence remplacer la sympathie. De plus, il est possible qu’il n’y ait plus de garde-fou dans l’opinion à une diminution constante des moyens militaires, d’autant que cette diminution sera cachée. Or le service militaire avait une fonction d’alerte sur ce sujet. De fait, il existe un risque de sclérose et d’indifférence.

Cette indifférence pourrait être palliée par l’amélioration des relais d’opinion de l’armée dans la nation. En effet, plus il y aura de militaires d’active, plus ils pourront donner à la nation une vision réaliste de l’institution militaire.

Pour conclure, on peut émettre l’idée qu’aucun bouleversement n’est à attendre de la fin de la conscription. Mais il faut réfléchir aux moyens d’améliorer la situation future. Les anciens militaires d’active ont un rôle à jouer à cet égard, mais d’autres relais d’opinion seraient nécessaires, notamment dans le monde académique.

 

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