Les Stratégiques

 

Le problème du porte-avions

 

Hervé Coutau-Bégarie

 

 

Chapitre huitième — la marine dans la politique extérieure de la France

 

 

La politique de défense de la France, fondée sur une straté­gie de dissuasion nucléaire, n’exclut pas, bien au contraire, une stratégie de l’action pour la défense des intérêts autres que les intérêts vitaux. Dans cette stratégie de l’action, l’intervention au-delà du deuxième cercle (européen) occupe une place essentielle qui s’est considérablement accrue au cours de la dernière décen­nie.

Dans l’ordre international bipolaire qui a prévalu jusqu’aux années 60, il n’y avait guère de crise locale appelant une interven­tion de la Marine comparable à celles que l’on a pu voir dans un passé récent : les accords de défense qui nous liaient aux pays afri­cains devenus indépendants maintenaient une forte présence mili­taire française sur le continent africain, et les interventions ponc­tuelles au Cameroun contre les menées de l’Union du Peuple Ca­merounais jusqu’en 1962, à Dakar en décembre 1962 à la requête du Président Senghor, à Brazzaville en août 1963 lors du renver­sement de Fulbert Youlou, à Libreville en février 1964 pour réta­blir le Président Léon M’Ba, n’exigeaient que des effectifs réduits, mais disponibles immédiatement [1]. Le problème de la projection de puissance ne se posait donc pas dans les mêmes termes qu’aujourd’hui.

Et de fait, la Marine française fut surtout utilisée, durant la présidence du Général De Gaulle, en tant que symbole de puis­sance plus que comme instrument coercitif. Ses interventions fu­rent rares et d’envergure très limitée, sans emploi du porte-avions : ainsi, l’envoi du croiseur De Grasse et de quatre escor­teurs, lors de la crise libanaise durant l’été 1958; l’envoi d’un es­corteur pour protéger les pêcheurs français au large des côtes bré­siliennes lors de la guerre de la langouste en 1963 : le malheureux Tartu se trouva entouré par une division de huit navires brésiliens et fut bientôt retiré. Deux exceptions : le 21 juillet 1961, appuyés par les avions de l’Arromanches, le croiseur Colbert et les escor­teurs Bouvet et Chevalier Paul forcent l’entrée de la rade de Bi­zerte et reprennent le contrôle de la base. Celle-ci n’en sera pas moins abandonnée en 1963, le porte-avions La Fayette couvrant l’évacuation. De même, la splendide base de Mers El-Kébir, cons­truite à grands frais, sera rétrocédée à l’Algérie dès 1968, avec neuf ans d’avance sur l’échéance prévue par les accords d’Evian.

La diplomatie des canonnières de l’époque coloniale est de­venue anachronique et le Général De Gaulle ordonne le transfert de l’essentiel des moyens, et notamment des porte-avions, dans l’Atlantique, où ils auront pour mission de manifester l’indépendance de la France (et accessoirement de désengorger le port de Toulon) en attendant de protéger le déploiement de la Force océanique stratégique. Décidé en 1966, ce transfert est effec­tif à la fin de 1968. Mais après le départ de De Gaulle, l’environnement stratégique change, avec l’engagement des Sovié­tiques dans le Tiers-Monde et la multiplication, pour des raisons très diverses, des foyers d’instabilité. Comme, au même moment, la plupart des pays africains renégocient (Sénégal, Cameroun, Dahomey, Tchad) ou dénoncent (Congo, Mauritanie, Madagascar, ainsi que le Niger de facto) les accords de défense les liant à la France, celle-ci perd des bases militaires importantes (Diego-Sua­rez, Niamey) et réduit très fortement sa présence (de 21 000 hom­mes à moins de 6 000) de sorte que l’instrument naval se retrouve au premier plan, avec des actions plus complexes et plus difficiles à mener [2].

1 – Les interventions de la marine

L’utilisation politique de la Marine est permanente. L’Armée de Terre et l’Armée de l’Air ont pour vocation première la défense du premier et du deuxième cercle, leurs interventions dans le troisième ne sont que marginales : bien sûr, elles peuvent revêtir une grande importance (Kolwezi constitue un exemple par­ticulièrement éclatant) et la constitution de la Force d’Action Ra­pide répond pour partie au besoin de disposer d’un instrument susceptible d’être engagé à grande distance, mais le gros des forces reste cantonné en métropole. Au contraire, la raison d’être de la Marine est de montrer le pavillon partout dans le monde, et d’être capable d’agir très loin de ses bases quand il le faut.

La panoplie de ses missions, au delà de son activité stric­tement opérationnelle, est très vaste : interventions humanitaires (à l’île Maurice après un cyclone en 1979, en mer de Chine méri­dionale pour secourir des boat-people, au Bangladesh après les terribles inondations de 1988) ; assistance technique, pour des opérations de déminage par exemple (entre 1974 et 1978, des moyens français ont participé à trois campagnes de nettoyage du canal de Suez) ; protection des ressortissants français (évacuation d’Alexandrie en 1973, de Jounieh en 1982, d’Aden en 1986, prolon­gation de l’escale du Dupleix à Manille lors de la tentative de coup d’Etat contre Mme Aquino en 1989...) et diplomatie navale pro­prement dite, de coopération ou de coercition. De telles manifesta­tions sont très nombreuses. Pour l’essentiel, elles se situent sur les théâtres de Méditerranée et d’océan Indien [3].

En Méditerranée

Confrontés à des demandes pressantes des partenaires de la France, le Président Pompidou et après lui le Président Giscard d’Estaing décidèrent d’y répondre. Ils étaient également désireux de marquer plus nettement le poids de la France en Méditerranée. Significative de cette volonté est la décision prise, dès le 18 dé­cembre 1974, de faire revenir à Toulon les porte-avions et leurs bâtiments d’escorte. A partir du milieu des années 70, on va donc assister à un engagement actif de la France dans des crises régio­nales ou locales.

Il faut d’abord noter le soutien accordé à la Tunisie : durant l’été 1976, trois navires se rendent précipitamment dans le golfe de Gabès à la suite d’une recrudescence de la tension entre la Tu­nisie et la Libye. En janvier 1980, à la suite de l’affaire de Gafsa, la France fait savoir à la Libye qu’elle n’acceptera pas une inva­sion de la Tunisie et elle appuie son soutien diplomatique par l’envoi de trois navires dans le golfe de Syrte, manifestation clas­sique de soutien à un allié et d’intimidation de l’adversaire poten­tiel. Aucun porte-avions ne participe à l’opération, mais le caré­nage du Clemenceau est reporté, de manière à permettre son in­tervention en cas de besoin (le Foch étant de son côté déjà immo­bilisé).

En 1984, lors du retrait du dispositif Manta du Tchad, c’est l’opération Mirmillon, avec l’envoi d’une force dans le golfe de Syrte pour prévenir une éventuelle action libyenne durant ou après le retrait des forces françaises : un groupe de surface croise dans le golfe de Syrte, avec des moyens très importants : le Foch, le croiseur Colbert, une frégate lance-engins, deux frégates ASM et des avions, appuyés par deux pétroliers ravitailleurs ; deux sous-marins sont positionnés devant Tripoli et Benghazi. Le dispositif sera maintenu pendant deux mois.

Mais à partir de 1978, l’essentiel de l’activité de l’escadre de la Méditerranée est absorbé par le Liban, au large duquel presque tous ses bâtiments vont se succéder. En mars 1976, la France dé­cide de participer à la Force multinationale d’interposition. La Marine assure le transport et les relèves, puis en mars 1979, l’évacuation (opération Hippocampe). En juin 1982, c’est la pre­mière opération Olifant : plusieurs unités évacuent les ressortis­sants français et européens, 3 500 personnes en tout. A partir du mois d’août, elles débarquent le contingent envoyé pour couvrir le départ des Palestiniens, puis le rembarquent, mission accomplie, le 10 septembre sous la protection du porte-avions Foch arrivé sur zone le 7 septembre, pour le ramener presque aussitôt dans le ca­dre de la Force multinationale de sécurité créée à la suite des mas­sacres de Sabra et Chatila survenus le 16 septembre, deux jours après l’assassinat de Béchir Gemayel. Le 8 octobre, le Foch quitte les eaux libanaises. Il y revient du 12 au 22 mai 1983 (Olifant XIII) lors de la signature de l’accord israélo-libanais qui n’entrera jamais en vi­gueur, puis le 2 septembre suivant avec la Task Force 452 (Olifant XVII), alors que les affrontements ne cessent de ga­gner en intensité. Le 22 septembre, ses avions bombardent une batterie syrienne qui tirait sur le secteur surveillé par les para­chutistes français. Le 6 octobre, il est relevé par le Clemenceau (Olifant XVIII). Le 17 novembre, à la suite de l’attentat contre le poste Drakkar qui a fait 58 morts dans le contingent français le 23 octobre, c’est au tour des avions du Clemenceau d’effectuer un raid de représailles contre un camp palestinien à Baalbeck. C’est la seule occasion durant laquelle les forces françaises sont effective­ment intervenues par les armes contre l’adversaire qu’elles étaient censées dissuader. En mars 1984, la frégate Duquesne, la corvette Dupleix et l’aviso Commandant Ducuing protègent l’ultime éva­cuation. Le Clemenceau est constamment resté au large, en cou­verture (Olifant XIX et XX). Il quitte la zone le 2 mai 1984. Au cours de ses deux dernières missions, il est resté en mer sans met­tre bas les feux pendant 100 et 77 jours, parcourant au total 40 000 milles (72 000 km) et évacuant ou transportant par hélicop­tères 8 500 personnes.

Dans les années qui suivent, il n’y a plus d’intervention militaire d’ampleur au Liban : face à l’action des groupes terroris­tes et aux luttes de plus en plus désordonnées de factions dans un pays complètement désintégré, la diplomatie navale est impuis­sante. La France se contente de maintenir sur zone un bâtiment, le plus souvent une frégate. Mais en mars 1989, le général Aoun, qui assume l’intérim du pouvoir dans le camp chrétien depuis la fin du mandat du président Amine Gemayel, lance la guerre de libération contre l’occupant syrien, qui tente en retour de profiter de l’occasion pour liquider définitivement le réduit chrétien. Les affrontements prennent très vite une grande intensité. Le 14 avril, un mois exactement après le début des combats, la France décide une opération d’aide humanitaire d’évacuation des blessés des deux camps, autour d’un bâtiment de soutien, la Rance, escorté par un aviso (missions Acanthe puis Basilic). En août, la situation des chrétiens devient désespérée et le gouvernement français dé­cide de renforcer sa présence navale sur zone. Le 15 août, la fré­gate Duquesne part pour le Liban. Le 19 août, le Foch, la frégate antiaérienne Cassard et le transport de chalands de débarque­ment Orage appareillent à leur tour, suivis le 21 par la frégate anti-sous-marine Jean de Vienne et le pétrolier La Meuse. Ces uni­tés rejoignent le pétrolier ravitailleur Var et l’aviso-escorteur d’Estiennes d’Orves au large de Chypre et la Task Force 470 est constituée sous les ordres du V.A. Tripier, commandant l’escadre de la Méditerranée, pour l’opération Capselle.

Mais la France est isolée et l’envoi de cette escadre suscite de violentes réactions de la part de la Syrie et de ses alliés. Dès le 24, Paris décide d’alléger son dispositif naval : le Duquesne et le d’Estiennes d’Orves sont rappelés, tandis que la T.F. 470 est main­tenue au large de Chypre, loin des côtes libanaises. Seule, la fré­gate Jean de Vienne se trouve positionnée en avant. L’ambassadeur de France à Beyrouth répète qu’il « n’est pas ques­tion d’une intervention militaire » et que l’aide de la France s’adresse à « l’ensemble du peuple libanais ». Les hélicoptères du Foch et du Cassard effectuent de nombreuses missions d’évacuation de ressortissants français ou libanais, dont beaucoup de blessés. Finalement, le Foch et la frégate ASM Duguay Trouin qui a relevé le Jean de Vienne regagnent la métropole le 25 sep­tembre. La mission Capselle est terminée, même si la T.F. n’est pas officiellement dissoute, les bâtiments y affectés pouvant re­prendre la mer à bref dé­lai. Ne restent en Méditerranée orientale que l’Orage et une frégate ASM, le Montcalm, appuyés par un pé­trolier ravitailleur (opération Orque). En janvier 1990, nouvel al­lègement à l’occasion d’une relève : la France ne maintient plus sur zone qu’un aviso et un bâtiment de soutien (mission Glycine).

Dans l’océan Indien

L’activité a également été intense dans l’océan Indien de­puis l’envoi en février 1972 du groupe Mascareigne chargé de mon­trer le pavillon français après une longue période de quasi ab­sence. Jusqu’alors, la présence navale française était limitée à un aviso-escorteur, tous les autres étant accaparés par le Centre d’Expérimentations du Pacifique. A côté d’interventions ponctuel­les pour manifester le soutien de la France au gouvernement des Seychelles menacé par de possibles incursions des mercenaires du colonel Bob Denard, notamment en décembre 1981, ou rétablir un pouvoir légitime aux Comores à l’automne 1989 après l’assassinat du président par les mêmes mercenaires, la Marine maintient une présence régulière à Mayotte pour prévenir un éventuel coup de main comorien et affirmer par des croisières périodiques la souve­raineté française sur les îles Eparses du canal du Mozambique re­vendiquées par Madagascar et Tromelin revendiquée par Maurice.

Durant les années 70, l’objectif essentiel a été de protéger Djibouti contre les visées somaliennes et éthiopiennes. En 1974, le renversement du négus et les ambitions ouvertes de la Somalie, qui tente de profiter de la décomposition de son rival, amènent le gouvernement français à prendre des mesures de renforcement du potentiel militaire du territoire français des Afars et des Issas. La composante navale est constituée par le groupe Saphir, composé du Clemenceau, de deux escorteurs d’escadre, d’une frégate et d’un pétrolier ravitailleur qui quitte Toulon le 28 septembre 1974, pour une mission de six mois ; il ne rentrera que le 25 mars 1975, lais­sant derrière lui un escorteur d’escadre. A l’abri de ce dispositif, le processus d’accession à l’indépendance peut se poursuivre norma­lement malgré les troubles qui agitent la région. Pour prévenir un éventuel coup de main somalien tout de suite après l’indépendance qui doit intervenir en juin 1977, un dispositif important est mis en place. La pièce maîtresse est constituée par le groupe Saphir II. Dans une première phase, le Clemenceau, avec un groupe d’accompagnement réduit (une frégate et un pétrolier), est présent sur zone du 16 avril au 15 juin. La relève par le Foch coïncide avec les cérémonies de l’indépendance, de sorte que les deux porte-avions se trouvent réunis au moment décisif. Le Foch reste ensuite sur zone jusqu’à ce que la situation soit durablement stabilisée. Il prend la route du retour le 30 novembre.

Les deux opérations Saphir ont représenté des déploie­ments difficiles. Le groupe Saphir I ne pouvait emprunter le canal de Suez dont le déblaiement n’était pas encore terminé, et a dû transiter par le Cap, soit un trajet de plus de 10 000 nautiques (18 000 km). Saphir II a pu passer par le canal, d’où un transit sensiblement plus court (3 000 nautiques), mais la mission a duré sensiblement plus longtemps, de sorte que le groupe a parcouru au total 60 000 nautiques (110 000 km). L’effort demandé au matériel et au personnel a été énorme, dans des conditions climatiques très dures : durant les six mois de Saphir I, le Clemenceau a procédé à 2 300 catapultages ; durant les huit mois de Saphir II, les deux porte-avions en ont effectué ensemble 4 300. En 1977, deux Cru­sader du Foch sont accrochés par des Mig 21 sud-yéménites. Hélas pour ceux-ci, les Crusader sont pilotés par les deux meilleurs pi­lotes de l’aéronavale française, dont le détenteur du record du nombre d’appontages. Quelques manœuvres serrées suffisent à en apporter la preuve et incitent les deux intrus à détaler sans de­mander leur reste.

Peu après, l’enlisement de la guerre Iran-Irak avec le ris­que d’interruption de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz incite la France, en collaboration avec ses alliés, à pren­dre les mesures préventives nécessaires. La division anti-mines de l’océan Indien (DAMOI), composée de deux chasseurs de mines, trois dragueurs et du bâtiment de soutien Loire arrive à Djibouti en septembre 1980, et reste jusqu’en 1982, prête à intervenir dans les quatre jours pour neutraliser un minage du détroit. Elle est appuyée par une force de haute mer composée d’une frégate lance-engins, d’un escorteur anti-aérien, d’un ou deux avisos et du pé­trolier ravitailleur Isère, dont une partie est prépositionnée par rotations devant Ormuz, entre Mascate et Ras-al-Hadd pour des patrouilles de trente jours, auxquels s’ajoutent dix jours de transit aller-retour jusqu’à Djibouti. En février 1982, cette force est tem­porairement renforcée par deux sous-marins, l’Agosta et la Vénus, appuyés par le bâtiment de soutien Rhône. En juillet-août 1984, des chasseurs de mines français participent au nettoyage de la mer Rouge infestée de mines déposées selon toute vraisemblance par un navire libyen. En janvier 1986, la frégate De Grasse et trois bâtiments plus petits, appuyés par des appareils de l’Aviation Lé­gère de l’Armée de Terre, participent à l’évacuation des ressortis­sants européens lors de la guerre civile à Aden.

A partir de juillet 1987, ont lieu de nouveaux déploiements en mer d’Oman et dans le golfe Arabo-Persique. L’attaque par des vedettes iraniennes du navire français Ville d’Anvers, le 13 juillet 1987, entraîne une riposte destinée à garantir la liberté de naviga­tion. La décision d’envoyer un porte-avions est prise le 29 juillet et le Clemenceau quitte Toulon dès le lendemain. Au cours des qua­torze mois de l’opération Prométhée, la Task Force 623 dont il est l’élément central parcourt plus de 80 000 milles (150 000 km) en 230 jours de mer (performance remarquable quand on songe que dans la même période, les États-unis ont fait se succéder 4 grou­pes de porte-avions) et ses avions effectuent 4 700 sorties, tandis que des escorteurs et des chasseurs de mines protègent directe­ment le trafic dans le Golfe. A plusieurs reprises, notamment le 22 décembre 1987 et le 16 janvier 1988, des bâtiments français se portent au secours de pétroliers libériens attaqués par des vedet­tes iraniennes. Le 20 janvier 1988, le commandant de la Task Force fait savoir qu’il a donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les ve­det­tes attaquant les navires neutres. Cette présence nécessite un support logistique important et absorbe l’essentiel des moyens de la marine, dont 3 pétroliers ravitailleurs d’escadre et 3 bâtiments ateliers. Le point d’appui de Djibouti, à mi-chemin entre Toulon et Ormuz, démontre son utilité.

L’Iran et l’Irak signent un cessez-le-feu le 20 août 1988. Le 6 septembre, le Clemenceau quitte Djibouti avec l’escorteur d’escadre Du Chayla et le pétrolier Var. Il rentre à Toulon le 16 septembre, 414 jours après son départ, pour entrer en carénage. Le Foch, qui sort de révision, est prêt à appareiller en cas de be­soin. A la fin de 1988, sept bâtiments restent présents sur zone (dont deux frégates et un aviso). Ils sont graduellement rappelés, le renforcement des Forces maritimes de l’océan Indien prenant fin avec le retour du patrouilleur L’Aigle en juillet 1989, puis de la frégate Duguay-Trouin en septembre. Les FMOI retrouvent leur niveau normal,avec un pétrolier-ravitailleur servant de bâtiment de commandement et quatre avisos.

Dans le Pacifique

A coté de celle qui règne dans l’océan Indien, l’activité na­vale française dans le Pacifique a un caractère de routine essen­tiellement lié aux campagnes d’expérimentations nucléaires en Polynésie : approvisionnement des sites de Mururoa et Fangataufa (quand celui-ci était en activité), surveillance des zones d’interdiction lors des tirs. Des visites régulières ont également lieu à Clipperton pour réaffirmer la souveraineté française. De même un aviso est allé réaffirmer en 1983 la souveraineté fran­çaise sur les rochers Matthew et Hunter que le Vanuatu avait en­trepris d’annexer. Depuis le début de l’agitation indépendantiste en Nouvelle Calédonie, à la fin de 1984, les déploiements sont de­venus plus fréquents, le plus spectaculaire étant la visite du SNA Rubis au cours d’un voyage de circumnavigation en mai 1985. Le gouvernement a alors annoncé une extension des installations mi­litaires de Nouméa qui devraient être dotées d’un arsenal capable d’assurer la maintenance permanente de deux corvettes et l’accueil occasionnel d’un groupe aéronaval, mais ce projet n’a reçu aucun commencement d’exécution.

Les porte-avions, qui ont participé dans les années 60 à l’installation du Centre d’expérimentation du Pacifique qui a mo­bilisé jusqu’à 40% des moyens de la Marine, n’y viennent plus de­puis longtemps : la dernière croisière du Clemenceau date de 1968, avec la force Alpha qui arrive à Nouméa au début de mai et sé­journe en Polynésie jusqu’à la fin d’octobre.

Dans l’Atlantique

L’activité est beaucoup plus faible. L’escadre de l’Atlantique n’est en fait qu’une division navale et sa mission principale est la surveillance des atterrages de Brest, pour assurer la protection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins entrants ou sortants. Ses moyens sont trop faibles pour qu’elle puisse fournir une contribution notable à la défense des lignes de communication ou assurer une réelle projection de puissance. Jusqu’à la décennie 70, le Groupe aéronaval passait à intervalles réguliers dans l’Atlantique pour des transits lorsque le canal de Suez était fermé ou des croisières d’entraînement sur les côtes africaines, mais ces déploiements sont ensuite devenus exceptionnels, en raison de la réouverture du canal et des contraintes déjà évoquées [4]. La croi­sière du Clemenceau au printemps 1990 pourrait marquer le re­tour à un rythme plus régulier, ce qui serait politiquement et opé­rationnellement très souhaitable.

On ne peut guère signaler pour l’instant que deux déploie­ments politiquement significatifs. En novembre 1968, le Groupe aéronaval, de retour du Pacifique, fait escale à Port Gentil et à Libreville pour manifester le soutien de la France au Gabon me­nacé par le Nigeria en raison de l’aide qu’il a apportée au Biafra. En décembre 1977, deux escorteurs viennent relâcher à Nouadhi­bou, en Mauritanie. Même si cette escale s’inscrivait dans le cadre d’un exercice (Estuaire 77) programmé depuis longtemps, la crise du Sahara occidental ne lui en conférait pas moins une significa­tion particulière. On aurait pu assister au déploiement d’un porte-avions, car le Président Giscard d’Estaing avait envisagé une telle éventualité, mais aucun n’était disponible à ce moment-là (l’un était immobilisé à Toulon pour réparations et l’autre était à Dji­bouti). Il a donc fallu faire intervenir des Jaguar basés à Dakar dont l’action (très efficace) contre les colonnes du Polisario a été compliquée par la distance à parcourir, qui rendait plus difficile une réaction immédiate et interdisait une présence prolongée. L’armement était limité aux seuls canons, « car la distance des objectifs n’autorisait pas, malgré le ravitaillement en vol, la sur­charge que l’armement principal, placé normalement sous l’appareil, aurait représenté » [5]. De telles limitations n’auraient pas été imposées à des avions embarqués sur un porte-avions posi­tionné au large des côtes sahariennes. La Marine a cependant été présente tout au long de la crise, puisqu’elle a détaché cinq Atlan­tic de patrouille maritime pour surveiller les mouvements du Poli­sario.

Aujourd’hui, la présence navale française dans l’Atlantique sud est sporadique, essentiellement liée aux croisières annuelles Okoumé dans le golfe de Guinée. En mars 1985, pour la première fois depuis 1958, trois navires font escale à Conakry, témoignant ainsi du rétablissement des relations entre la France et la Gui­néen [6]. En septembre 1986, lors de la tentative de putsch contre le Président togolais Eyadema, le chasseur de mines La Croix du Sud vient faire une escale de routine dans le port de Lomé. Signa­lons enfin que la Marine a été présente au Tchad, pays enclavé s’il en est, avec ses Atlantic, le désert présentant du point de vue de la surveillance des caractéristiques proches de celles de l’espace ma­rin.

Il n’est malheureusement pas impossible que l’on assiste dans un avenir proche à des déploiements plus importants. La guerre civile au Libéria, les émeutes au Zaïre, en Côte d’Ivoire, au Gabon... peuvent être annonciatrices d’une déstabilisation de l’Afrique occidentale. En cas de détérioration progressive de la situation dans un pays quelconque, le Groupe aéronaval pourrait être prépositionné pour préparer l’évacuation des ressortissants français. L’exercice Farfadet 90, qui s’est déroulé en avril 1990 sur ce thème, a mis en œuvre des moyens navals très importants, or­ganisés en deux Task Forces autour du Clemenceau (TF472) et du Foch (TF471).

2 – L’efficacité politique de la diplomatie navale

La place de la France dans le monde résulte du cumul de forces politiques, économiques, culturelles et militaires. Sur ce dernier plan, le facteur de puissance essentiel est évidemment la force de dissuasion. Mais celle-ci ne se laisse pas aisément conver­tir en facteur d’influence dans les crises régionales ou locales. Ici, la puissance globale ne vaut que si elle accompagne des capacités effectives d’intervention. Les navires français remplissent une double fonction symbolique : en se montrant, ils témoignent d’une manière générale de la persistance du statut mondial de la France. Celle-ci est, en dehors des deux super-puissances, le der­nier pays à maintenir une présence sur tous les océans. Sans être une puissance mondiale, elle reste encore une puissance à capacité mondiale. Seule la Grande-Bretagne est dans le même cas, et en­core sa présence n’est-elle plus que sporadique depuis l’abandon de ses positions à l’est de Suez. C’est la Marine qui assure le main­tien de la souveraineté française sur des îles inhabitées comme Tromelin ou les îles Eparses. Un pays qui serait tenté par une prise par la force de possessions françaises sait que la France a des moyens coercitifs auxquels il ne pourrait résister. C’est aussi la Marine qui permet à la France d’intervenir à grande distance même en l’absence de tout soutien local. L’une des opérations les plus spectaculaires de ce point de vue, mais aussi celle pour la­quelle le secret a été le mieux gardé jusqu’à ce qu’elle soit révélée par un écrivain maritime [7], a été l’opération Sugar, le convoyage des 5 Super Etendard prêtés à l’Irak en octobre 1983, au moment où l’on pouvait craindre son effondrement sous les coups de butoir iraniens. Une escale dans un pays étranger était impossible, aussi a-t-on utilisé les porte-avions qui, par chance, étaient à ce moment tous les deux disponibles, comme relais. Les Super Etendard ont ainsi apponté sur le Foch au sud de la Crète, puis ont rejoint le Clemenceau au large de Chypre avant d’atteindre un terrain situé au nord de Bagdad.

D’une manière spécifique, la présence de navires français lors des crises atteste de la réalité de l’engagement de la France au côté de ses alliés plus sûrement qu’aucune assurance diploma­tique. Prenons l’exemple du déploiement dans le golfe de Syrte en janvier 1980. Même en admettant que Kadhafi ait décidé, quelle que fût la réaction française, de ne pas tenter l’escalade après l’échec du raid de Gafsa, auquel cas la présence des navires fran­çais n’a servi à rien sur un plan dissuasif, il n’en reste pas moins que la France a répondu à l’attente de ses clients en manifestant son soutien à l’un de ceux-ci. La démonstration navale française a eu en tout état de cause un effet positif, sur le plan de la coopéra­tion avec ses alliés.

On peut dire la même chose du déploiement aux Seychelles. Il est possible que le Président France-Albert René n’ait pas sé­rieusement été menacé. Mais à partir du moment où il se sentait en danger, et qu’il demandait l’intervention de la France, celle-ci était tenue d’accéder à sa requête. Même peu spectaculaire, le suc­cès n’en est pas moins net. L’intervention française a permis au gouvernement des Seychelles d’échapper à un tête-à-tête qui commençait à devenir pesant avec l’Union Soviétique. La France a pu rétablir une position diplomatique qui aurait été dangereuse­ment ébranlée en cas d’abstention et éviter une dégradation sup­plémentaire des positions occidentales dans l’océan Indien.

Le succès est encore plus éclatant dans le cas de Djibouti. Face aux revendications somaliennes, les chances de survie du nouvel Etat paraissaient à beaucoup hypothétiques. La présence militaire française [8] représentait une garantie dont on était prati­quement assuré que ni l’Ethiopie ni la Somalie ne se risqueraient à la transgresser. Elle a parfaitement rempli son rôle jusqu’au moment où la situation a été stabilisée, tant par la reconnaissance internationale qu’avait largement obtenue le nouvel état que par l’évolution de l’équilibre régional (renversement des alliances par l’Union Soviétique) qui condamnait les velléités somaliennes. La couverture aérienne fournie par les porte-avions a été essentielle, car les avions de l’Armée de l’Air basés à Ambouli, s’ils étaient capables de s’opposer aux Mig somaliens, ne disposaient d’aucun délai de réaction : l’aéroport se trouve à une minute de vol de la frontière.

Si l’efficacité de la diplomatie navale française sur le plan de la coopération avec ses alliés est indiscutable et facilement per­ceptible, son impact dissuasif ou coercitif est souvent plus difficile à saisir [9]. Prenons l’exemple du déploiement dans le golfe de Syrte. Après l’échec du coup de Gafsa, Kadhafi a-t-il envisagé une inter­vention militaire ouverte ? Celle-ci à l’évidence s’annonçait extrê­mement périlleuse. Elle n’aurait pas manqué d’entraîner un iso­lement diplomatique complet, voire un blocus. L’éventualité d’une intervention américaine ne pouvait non plus être écartée. La France n’était pas le seul facteur qui entrait en ligne de compte dans sa décision.

Cela dit, l’incertitude joue dans les deux sens. Même si le risque d’intervention ouverte de Kadhafi pouvait être considéré en toute hypothèse comme assez peu probable, il existait néanmoins, et la fermeté de la réaction française était un élément dont les ac­teurs de cette crise ne pouvaient pas ne pas tenir compte. On re­trouve ici la dimension coopérative de la diplomatie navale : Tunis était incité à adopter une attitude très ferme, assuré qu’il était de l’engagement français.

Les choses paraissent plus claires dans le cas de l’opération Prométhée en océan Indien. La division de chasseurs de mines en­voyée en océan Indien en 1987, pour faire face au minage du dé­troit d’Ormuz par les Iraniens a démontré son efficacité : des che­naux de navigation ont été dragués (une dizaine de mines ont été détruites) et les navires français accompagnés par des bâtiments de guerre (et non escortés, l’escorte entraînant un transfert de res­ponsabilité à l’état français) ont traversé la zone dangereuse sans aucune perte, alors qu’il y avait auparavant eu une dizaine d’incidents. Certes, la marine française n’était pas seule, et la Task Force américaine surclassait la Task Force 623 française ; la présence française s’inscrivait donc dans un contexte de crise ré­gionale et non dans un simple affrontement bilatéral. Le bien-fondé de la présence navale française n’est néanmoins guère discu­table : s’en remettre aux États-unis pour assurer la protection du trafic aurait signifié un abandon de souveraineté, la reconnais­sance d’une impuissance à agir au-delà des eaux européennes. L’opération Prométhée a montré qu’il était possible d’assurer « la défense de l’Europe hors d’Europe » [10]. En outre, la France, comme les autres pays européens, a montré sa solidarité avec son allié, signal dont Téhéran était bien obligé de tenir compte. Il eut d’ailleurs été quelque peu illusoire de compter sur les seuls bâti­ments de l’US Navy pour assurer la protection de la totalité du trafic, l’action américaine étant, au départ au moins, enfermée dans des limites très strictes en raison des réticences du Congrès. On peut ajouter un effet opérationnel non négligeable, même s’il n’est pas spectaculaire. L’US Navy est très pauvre en moyens de guerre des mines. Elle aurait dû faire intervenir des hélicoptères antimines et donc rapprocher de la zone de conflit ses grandes uni­tés, avec le risque toujours possible d’escalade. Au contraire, l’intervention des chasseurs de mines a constitué une riposte techniquement mieux adaptée et surtout politiquement plus dis­crète, laissant ouverte l’option du dialogue. Les États-unis ont été parfaitement conscients de leur faiblesse dans ce domaine spécifi­que. Cela explique qu’ils aient apprécié la présence française [11], et accessoirement qu’ils aient relancé la construction de chasseurs de mines.

Le cas des déploiements au Liban est évidemment plus su­jet à controverse. Les initiatives de 1982 et 1983 n’ont abouti à aucun résultat positif. Même si elle a prétendu mener une action indépendante de celle des États-unis, la France s’est trouvée prise dans le même engrenage et s’est condamnée au même échec. Un tel dénouement n’est pas surprenant. D’une part, le porte-avions n’est pas un instrument adapté à la guerre civile et aux combats de rue, et d’autre part, il aurait fallu plus qu’une pression symbo­lique pour faire plier la Syrie. Le porte-avions n’est qu’un moyen, il ne peut remplacer une politique. Raymond Aron l’avait dit de manière définitive : « Avec l’instrument militaire, vous ne pouvez pas tout faire; mais sans lui, vous ne pouvez rien faire ».

L’opération Capselle de 1989 a été la plus critiquée. Il est vrai que le rappel d’une partie des navires envoyés seulement quelques jours auparavant avait de quoi désorienter, d’autant que le discours officiel a connu au cours de ces journées quelques fluc­tuations plutôt malheureuses : on a parlé de « mission de sauve­garde », puis de « mission de soutien à une offensive diplomatique » et de « mission humanitaire ». Les critiques ont été très vives. An­nie Kriegel a ainsi dénoncé en termes énergiques « l’incapacité » et « l’absence de crédibilité » de la France. Pour elle, « faire appareil­ler de Toulon une flotte française ne pouvait se comprendre que dans la perspective d’une opération aéronavale qui, ponctuelle, au­rait la mission de forcer le blocus des ports chrétiens » [12]. Une telle opération était tout de même difficilement concevable, car elle si­gnifiait l’affrontement direct avec la Syrie et la France n’avait pas les moyens de mettre en ligne des forces capables de faire face à une réaction syrienne massive. En outre, la France était isolée, les États-unis et les autres pays de la Communauté européenne dé­sapprouvant clairement son initiative : échaudé par ses déboires successifs, Washington avait fait une croix sur le Liban. L’administration Bush se contenta de prendre acte de l’envoi des navires français, avec un manque d’enthousiasme que l’on ne pou­vait pas ne pas remarquer. De leur côté, les capitales européennes tremblaient à l’idée de faire quoi que ce soit qui aurait pu indispo­ser Damas : ce n’est que le 21 août, alors que la Task Force était déjà en route, que les Douze ont pu arrêter une position commune digne de Munich : le communiqué réaffirmait qu’il convenait d’accorder la priorité à l’action diplomatique et annonçait l’envoi prochain d’une « mission d’évaluation des besoins de la popula­tion » [13]...

Même assortie d’atermoiements, d’hésitations, de mises au point embarrassées, la décision française revêtait dans ce contexte d’abandon une signification sur laquelle il n’était pas possible de se tromper. La meilleure preuve qu’elle a été prise au sérieux, c’est la vivacité des réactions de Damas et de Téhéran. Le vice-prési­dent syrien a mis en garde « certains milieux occidentaux » contre des actions qui « peuvent avoir des conséquences négatives ». L’organe du parti Baas a condamné cette « opération militaire et politique qui ne peut pas être considérée comme une affaire ordi­naire ». Le Teheran Times a dénoncé cette « provocation (qui) pourrait accroître la tension politique et militaire au Liban et cons­titue une violation de souveraineté ». Le Hezbollah pro-iranien a menacé d’assassiner des otages, tandis que Nabih Berry, chef du mouvement Amal, pro-syrien, menaçait de faire tirer sur les navi­res français s’ils approchaient de la côte [14]. Et durant l’approche de l’escadre française, la pression contre le réduit chrétien a diminué. Certes, ainsi que l’avait alors noté Jacques Amalric, « personne ne peut affirmer avec certitude que c’est bien l’approche des bâtiments français qui a fait réfléchir le président Assad » [15], mais il ne fait guère de doute que ce facteur a tout de même joué un rôle : Damas savait qu’un pays du moins n’assistait pas sans réagir à l’écrasement des restes du Liban souverain. L’arrivée de la flotte liait en effet la France, qui aurait difficilement pu assister ensuite à l’intensification de l’offensive syrienne, même si elle ne tenait pas à entrer dans un engrenage dangereux. On peut conclure avec Jacques Amalric que ces quelques jours gagnés ont été décisifs : « L’envoi de la flotte française a sans doute eu pour conséquence de faire réfléchir Damas à un moment où les réactions de la commu­nauté internationale étaient inexistantes. Un syndrome de peur face au terrorisme moyen-oriental et à l’imbroglio libanais a été ainsi miné et ce phénomène a été accentué par les décla­rations du pape condamnant à l’avance tout génocide ». Même si le retrait d’une partie de la Task Force a été ensuite un peu trop rapide, l’opération Capselle a eu une portée bien plus considérable qu’on ne l’a cru sur le moment. Elle a contribué à internationaliser la crise et, peut-être, à sauver ce qui restait du Liban.



[1] Les grandes manœuvres combinées d’octobre 1968 feront apparaître le délai de réaction trop long de la Marine. André Fourès, Au-delà du sanctuaire, Economica, 1986, p.39-40.

[2] A partir du début des années 70, les manœuvres ont de plus en plus souvent mis l’accent sur l’action militaire extérieure avec des simulations de débarquement, d’opérations de commandos... Parmi les exercices les plus importants, il faut citer Stern (1972) avec le Clemenceau, N’Djambour (1979) manœuvres combinées franco/sénégalaises autour du Foch, Korrigan (1980), Farfadet (1981), Farfadet 83 (1983)...

[3] On ne rappellera que pour mémoire les visites de courtoisie, dont l’impact politique est souvent sensible. Ce n’est pas pour rien que le programme en est arrêté après consultation du Ministère des Affaires étrangères. Leur fréquence, ou leur absence, est un bon indicateur de l’état des relations avec un pays. Ainsi, des bâtiments français se sont rendus tous les ans en URSS de 1970 à 1979. Suspendus à la suite du coup de Kaboul, ces escales n’ont repris qu’en 1990 avec la visite du Colbert et du Duquesne à Sébastopol.

[4] Cf. supra, p.99.

[5] Général Dubroca, La France sans défense ?, p.131.

[6] Il faut cependant signaler qu’en 1980, à l’occasion de la visite du président Giscard d’Estaing, un TCD séjournait à Conakry pour assurer les transmissions.

[7] René Bail, Les porte-avions Clemenceau et Foch, Lavauzelle, 1985, p.60.

[8] Le dispositif naval n’était qu’un élément au sein d’un ensemble incluant des troupes à terre.

[9] Sur la distinction entre diplomatie de coopération et diplomatie de coercition, Cf Bradford Dismukes et James MacConnell (eds) Soviet Naval Diplomacy, New York, Pergamon Press, 1979. Dans un sens un peu différent, Hervé Coutau-Bégarie, La Puissance maritime soviétique, Paris,IFRI/Economica, 1983, chapitre III.

[10] Selon la formule de l’amiral Duval.

[11] Michel Gevrey, "A distorted View on the Indian Ocean", Naval War College Review, sept/oct1985, p.85.

[12] Annie Kriegel, "Liban : Damas a les mains libres", Le Figaro, 12 septembre 1989.

[13] Le Monde, 23 août 1989.

[14] Le Figaro, 23, 24 et 25 août 1989.

[15] Le Monde, 26 août 1989

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin