POUR UNE HISTOIRE DE LA PENSEE NAVALE

Hervé COUTAU-BEGARIE

Les classiques de la pensée stratégique opèrent aujourd'hui un retour en force dans le débat contemporain. Le retentissement de Penser la guerre Clausewitz de Raymond Aron, l'engouement pour l'art de la guerre de Sun Zi, la multiplication des biographies et des études sur Guibert, Jomini, Delbruck, Fuller, Liddell Hart... en témoignent. Cette redécouverte en est encore à ses prémisses, mais le mouvement semble aujourd'hui bien entamé.

A la différence des études traditionnelles, symbolisées par le livre classique de Edward Mead Earle, ou les synthèses, démodées mais non remplacées, du colonel Carrias sur la pensée militaire allemande ou la pensée militaire française, ce regain d'intérêt se dirige plus vers la "grande stratégie" que vers les aspects opérationnels. Il y a là une tendance naturelle à l'âge nucléaire, tant l'interface politique-stratégie est devenue aujourd'hui la clé de voûte de tout le système international. Il est néanmoins regrettable d'occulter ainsi un pan entier de la connaissance stratégique dont l'intérêt dépasse de loin sa simple dimension technique. En outre, en voulant situer les problèmes au niveau le plus élevé, une telle focalisation tend à délaisser les stratégies catégorielles (ou particularistes), voire à en nier l'intérêt sinon même l'existence. Edward Luttwak qualifie ainsi les stratégies navale et aérienne de "non stratégies"1.

Il y a là un débat qu'il est impossible de reprendre ici. On sait depuis longtemps qu'il y a une Stratégie et des stratégies. Castex et quelques autres ont déjà exprimé cette idée simple avec la plus grande netteté, et il n'est pas besoin de rouvrir un débat "essentialiste" dont l'intérêt n'est pas toujours évident et dont les motivations sont parfois moins désincarnées qu'on ne pourrait le croire eu égard au caractère abstrait du débat. François Géré remarque avec finesse qu'Edward Luttwak, fasciné par ces deux extrêmes que sont l'armée israélienne et l'armée américaine, concentre d'abord son attention sur la dimension terrestre de la stratégie qui fonde sa vision de la stratégie globale2. Il est bien entendu, une fois pour toutes, que la stratégie navale s'inscrit dans une stratégie générale, laquelle s'inscrit dans un ensemble plus vaste que l'on peut appeler stratégie totale (beaufre) ou intégrale (Poirier) ou conduite diplomatico-stratégique (Aron). Mais cela ne remet pas en cause la spécificité de la guerre sur mer, du fait des caractéristiques particulières de l'élément marin, qui autorise et même oblige à penser la stratégie opérationnelle différemment selon que se trouve sur terre ou sur mer.

Stratégie opérationnelle. La conduite de la guerre sur mer pose d'abord au premier chef le problème des moyens et de leur mise en œuvre. C'est dans ce domaine que la stratégie navale, ou maritime comme on voudra3, manifeste avec le plus de force son particularisme. Le domaine des fins relève de la stratégie intégrale (ou de la conduite diplomatico-stratégique) et à ce titre l'élément marin y perd quelque peu de sa spécificité. Cela ne signifie pas pour autant que la mer ne puisse fournir un point de départ valable à une réflexion sur la stratégie au niveau le plus élevé. Mahan, véritable père fondateur de la stratégie navale contemporaine, s'est élevé au dessus du problème immédiat de la conduite de la guerre sur mer pour proposer une véritable vision de l'histoire d'une ampleur impressionnante et rarement égalée. L'affrontement mer contre terre est, sinon une constante, du moins une régularité dans la réflexion politico-stratégique, voire philosophico-stratégique. Platon avait déjà posé le problème du rapport entre sa Cité idéale et la mer. A l'époque moderne, Francis Bacon, Charles-Quint, Richelieu et quelques autres ont reformulé cette question fondamentale, en attendant Mahan et les géostratèges maritimes contemporains. La stratégie navale (ou maritime) ne prétend pas se constituer en discipline indépendante de la stratégie générale, mais elle peut prétendre, sans forfanterie, apporter sa contribution à la stratégie théorique. avec Mahan, Corbett, Castex, Rosinski, Cable, elle a déjà quelques beaux titres de noblesse à faire valoir.

Derrière ces auteurs décisifs, il existe une pléïade d'écrivains plus ou moins talentueux, plus ou moins influents... qui ont à toutes les époques entendu ajouter leur opinion, plus ou moins intéressante, aux débats du moment et apporter leur contribution, plus ou moins originale, à la construction intemporelle d'un édifice théorique. Le corpus est immense mais, plus encore que pour la pensée "stratégique générale" (un mauvais esprit pourrait écrire : terrestre), il reste méconnu sinon inconnu. Un auteur comme l'amiral de Giamberardino n'est jamais cité (en dehors d'Italie), alors que l'art de la guerre sur mer est un livre important, qui eut de surcroît un rayonnement sans équivalent à la veille de la seconde guerre mondiale : paru en 1937, il est traduit en allemand en 1938, en français et en portugais en 1939, en espagnol en 1940, en turc en 1942, sans oublier une traduction partielle en suédois. Et que dire du livre si original de l'Allemand Ernst Wolgast, Seemacht und Seegeltung, paru en 1944, que personne ne cite jamais alors que sa comparaison des thalassocraties athénienne et britannique est un chef d'œuvre de géopolitique maritime ?4 Ou de l'Ensayo de estrategia naval de l'Espagnol Eugenio Montejo y Rappallo, paru en 1892, deux ans seulement après The influence of Sea Power upon History de Mahan, et qui est complètement oublié, même dans son propre pays, alors qu'il développe déjà une dialectique des principes et des procédés qui préfigure celle de Castex ?5

L'énumération des auteurs injustement oubliés pourrait se poursuivre longtemps. N'est-il pas extraordinaire de constater qu'à côté d'un nombre déjà respectable d'anthologies ou d'histoires de la pensée militaire ou stratégique, aucun auteur n'a jamais eu le courage de mener à terme une histoire de la pensée navale ? On ne peut noter que trois tentatives, assez rapides, et pour tout dire fort insuffisantes6. Il n'y a pas lieu de s'en étonner dès lors que la plupart des auteurs ou des écoles nationales n'ont jamais été étudiés, ne serait-ce que sommairement. On peut signaler avant le début des années 80 une très solide étude sur l'école britannique de 1867
à 19147, ainsi que plusieurs études, dont aucune n'est définitive, sur la Jeune Ecole française8, auxquelles il faut naturellement ajouter plusieurs biographies de l'inévitable Mahan9. Mais des auteurs aussi capitaux que Corbett ou Castex n'ont jamais bénéficié d'autre chose que d'articles, au demeurant assez brefs. Ce n'est que très récemment, au cours de la dernière décennie, que l'on a constaté une amélioration : Corbett, Richmond, Castex ont enfin eu droit à des biographies10, la pensée navale américaine a bénéficié de plusieurs travaux, relatifs notamment au Naval War College 11, tandis que paraissaient des études sur les pensées navales italienne12, brésilienne13, chinoise au XIXe siècle14 et soviétique15. Le progrès est donc tout à fait considérable. Mais les lacunes restent immenses, et il faudra encore accumuler un très grand nombre de monographies et d'études sectorielles avant de songer à une synthèse un tant soit peu solide.

Quelques exemples à titre d'illustrations. La pensée navale grecque n'a jusqu'à présent fait l'objet d'aucune étude spécifique, le livre classique de Moche Amit se contente d'y faire une brève allusion. De même, la grande thèse de Michel Reddé sur la marine romaine à l'époque impériale ne nous dit rien sur notre sujet. Les auteurs byzantins, qui ont constitué une école originale et abondante, ne sont connus que par les travaux philologiques d'Alphonse Dain ; la thèse d'Hélène Arhweiler, si minutieuse sur l'organisation ou les finances de la marine byzantine ne nous dit rien sur ses conceptions stratégiques ou tactiques. La pensée chinoise antérieure au XIXe siècle serait inexistante à en croire l'indifférence qui entoure le sujet : Bruce Swanson, auteur de la synthèse de référence sur l'histoire de la marine chinoise, en est encore à soutenir que les Chinois n'ont jamais eu une conscience océanique et qu'ils ne connaissaient que le concept de défense côtière (Haifang). Pourtant nous savons que des traités maritimes existent dès le VIIIe siècle et Joseph Needham, autorité incontestable s'il en est, fait référence à un traité de 1618 qui parle de la "maîtrise des eaux de l'océan"16. On ne peut rien dire de la pensée navale indienne qui n'a jamais été étudiée : l'opinion commune tend à voir dans l'Inde un cas exemplaire de thalassophobie, à partir des interdits brahmaniques. Il se pourrait pourtant que les choses fussent moins simples et l'absence de la pensée navale indienne est peut-être imputable moins à son inexistence qu'à la défaillance de nos connaissances17. Nous ne connaissons véritablement que la pensée navale qui se développe en Europe occidentale à partir du XVIIe siècle et même celle-ci, on l'a vu, ne nous est connue que de manière tout à fait approximative et lacunaire.

De telles études sont indispensables avant de songer à tenter une première synthèse qui dépasserait le simple catalogue d'auteurs (Donald Schurman consacre un chapitre à chaque auteur important) pour identifier des courants de pensée structurés autour de paradigmes méthodologiques (école historique / école matérielle18) ou "empiriques" : doctrine de la bataille dont Mahan serait l'archétype ; doctrine de la course, qui s'incarne dans la Jeune Ecole ; doctrine de la guerre limitée dont Corbett et les théoriciens de la Seegeltung pourraient fournir le modèle ; peut-être aussi doctrine de la guerre côtière, constamment méprisée, mais illustrée par une lignée d'auteurs très divers et pas toujours négligeables, de Grivel et de la Fortress Fleet School aux adeptes contemporains de la guerilla navale. La mise au net de ces paradigmes et de leurs combinaisons possibles suppose un travail théorique lui aussi à peine esquissé19.

C'est dire que ce volume, premier volet d'un programme sur l'histoire de la pensée navale qui devrait s'étendre sur plusieurs années, ne peut prétendre apporter que des matériaux en vue d'une histoire qui reste à écrire, à partir d'un cadre théorique qui reste à construire. Nos ignorances et les contresens sur des auteurs supposés connus sont trop grands pour qu'il soit possible d'agir autrement. Le choix des études rassemblées ici n'obéit donc qu'à la seule logique de leur disponibilité. Un deuxième volume suivra dès que possible.

Le commandant Jean Pagès étudie la pensée navale athénienne aux Ve et IVe siècles, c'est-à-dire à l'apogée de la Cité. Il s'agit là d'une époque bien lointaine et sur laquelle nous ne disposons que de renseignements très sommaires. Il est cependant possible d'identifier les grandes lignes d'une pensée navale qui paraît solidement constituée. Le lecteur remarquera que le concept de thalassocratie est absent, il n'apparaîtra que plus tard, au Ier siècle, avec Strabon. Mais l'idée est déjà cernée, même si la maxime célèbre attribuée à Thémistocle : "Celui qui commande sur mer commande partout", est probablement apocryphe. L'intérêt de ce genre d'étude est double. D'un point de vue purement historique, il montre que la réflexion sur la politique et la stratégies maritimes n'est pas un monopole de l'Europe moderne et contemporaine. D'un point de vue théorique, il apporte des éléments permettant de "tester" la validité d'un modèle de la puissance maritime. Mahan et ses successeurs ont fondé leurs démonstrations sur une seule expérience historique, datée et localisée, celle de l'Europe à partir de l'apparition des vaisseaux de haut bord. La confrontation avec des civilisations qui utilisaient la galère (ou la jonque) conduit à nuancer, voire parfois remettre en cause, des notions génériques comme la maîtrise de la mer qui ont revêtu des sens tout à fait différents selon les sociétés et les moyens dont elles disposaient. Le colonel Guilmartin en a fait une démonstration éclatante à propos de la guerre des galères au XVIe siècle20, il reste à faire de même avec la guerre des galères dans l'Antiquité21.

Les quatre articles qui suivent sont consacrés à l'école française de stratégie navale. L'essai de synthèse initial n'est qu'une ébauche, qu'il faudra corriger et affiner en fonction des recherches ultérieures. Il était cependant nécessaire de tenter l'expérience, ne fût-ce que pour ouvrir un débat. La question qui sous-tend implicitement cette recherche est de savoir si l'on peut identifier des idiosyncrasies nationales, autrement dit si au-delà de la diversité des tempéraments et des situations, on peut cerner des constantes qui caractériseraient l'école française par rapport à ses voisines et concurrentes. Il n'y a là aucune nouveauté, ni dans la méthode - l'approche culturaliste a acquis droit de cité dans les études stratégiques22 - ni dans la question elle-même puisque la spécificité française, (au fond les raisons de l'instabilité française) est au cœur des histoires de la marine française de Philippe Masson ou d'Etienne Taillemite23. La seule originalité est de partir ici d'un paramètre jusqu'ici insuffisamment sollicité.

Michel Depeyre étudie un père fondateur, dont le nom est connu, mais dont l'œuvre n'est plus guère lue. Sa relecture aboutit à des conclusions sensiblement différentes de celles de Castex, dont le livre sur les idées militaires de la marine au XVIIIe siècle a inspiré tous les commentaires ultérieurs24. Il s'intéresse ensuite à un auteur tombé dans un oubli à peu près total, Ramatuelle, pour mettre en évidence l'évolution ultime de la pensée maritime française du XVIIIe siècle, qui mérite d'être entièrement reprise. Michel Depeyre travaille sur le sujet, avec une thèse sur la stratégie et la tactique navales de la France et de la Grande-Bretagne, impatiemment attendue.

Les amiraux Darrieus et Estival présentent les grands thèmes du chef de file de la réaction historique (contre la Jeune Ecole) au début de ce siècle, le vice-amiral Gabriel Darrieus, dont la guerre sur mer avait eu un grand retentissement lors de sa parution. Cet ouvrage aurait dû être le premier volet d'une trilogie dont les deux tomes suivants auraient été consacrés respectivement à "l'outil" et à "l'utilisation". Assez curieusement, l'état-major général en interdit
la publication sous prétexte que la traduction allemande du premier volume avait eut trop de succès chez l'ennemi désigné. Ces deux tomes sont donc restés inédits, réduisant d'autant la place de Darrieus dans l'histoire de la pensée navale. Un exemplaire calligraphié du cours complet a heureusement été retrouvé dans les archives familiales, il fera l'objet d'une reproduction intégrale.

Le capitaine de vaisseau Brézet s'intéresse à la pensée navale allemande jusqu'en 1914. L'obstacle de la langue a fait que les auteurs navals allemands sont restés peu connus en l'absence de traduction25. Par ailleurs, le caractère peu concluant de l'expérience navale de l'Allemagne wilhelmienne n'a pas incité les stratèges étrangers à s'intéresser de près à ses fondements doctrinaux. A tort, puisque l'on trouve chez les auteurs allemands une réflexion originale sur la stratégie navale d'une puissance à dominante continentale et dotée d'une position géographique défavorable d'un point de vue maritime. Herbert Rosinski les avait déjà étudiés dans des articles remarquables qui n'ont malheureusement pas eu l'audience qu'ils méritaient, mais qui devraient faire l'objet d'une édition française dans le cadre du présent programme26.

Christine Cornet présente un auteur chinois du XIXe siècle. Le débat sur l'alternative continentaliste-maritime a été très vif en Chine au XIXe siècle. Mahan a été très tôt traduit en chinois, et les commentateurs ont eu tendance à y voir l'importation de concepts étrangers en l'absence d'une doctrine nationale de la puissance maritime. Il serait plus juste de considérer que si Mahan a été traduit très tôt c'est parce qu'il offrait une réponse à une interrogation durablement ancrée dans la pensée chinoise. Wei Yuan est le plus connu des auteurs qui ont contribué à lancer le débat, mais il en est d'autres, par exemple Yen Zu Yu, auteur du Yang Fang Ch'i Yao (principes de défense maritime), paru en 1838. Débat qui a culminé en 1874 avec un grand débat sur la stratégie à adopter face aux Européens27.

Ce volume publie également deux documents. Le premier est une brochure du contre-amiral (plus tard vice-amiral) Jean Grivel (1778-1864), publiée en 1832 en réponse à une brochure de l'abbé de Pradt, publiciste bien connu de l'Empire et de la Restauration, qui avait soutenu la thèse de l'inutilité de la marine française. Grivel, alors préfet maritime à Rochefort (il sera ensuite préfet maritime à Brest de 1834 à 1846), lui oppose une réfutation minutieuse qui mérite de retenir l'attention, car c'est sans doute la première fois qu'un auteur français se livre à un exposé méthodique de la nature et des composantes de la puissance maritime. Les auteurs du XVIIIe siècle ne s'étaient guère intéressés qu'à la tactique, ne consacrant à la stratégie que des allusions très cursives. Grivel, bien avant les auteurs anglo-saxons de la fin du siècle, donne une définition globale de la puissance maritime. Curieusement, ce texte qui mérite d'être cité parmi les textes fondateurs de la géopolitique maritime, à côté de quelques autres illustres inconnus, par exemple les Riflessioni sul Potere marittimo (1814 !) de Giulio Rocco28, n'a pratiquement jamais été cité, et en tout cas jamais réédité depuis 1832.

La thèse du capitaine de frégate Marie-Raymond Ceillier a été présentée au Centre des Hautes Etudes navales en 1928. Il fallait alors un certain courage pour oser se livrer à une réhabilitation de l'amiral Aube qui restait sous le coup de la condamnation prononcé au début du siècle par l'école historique de Darrieus, Daveluy et Castex. ne serait-ce qu'à ce titre, elle méritait d'être enfin diffusée. Elle n'a d'ailleurs pas empêché son auteur de faire une carrière tout à fait normale et même honorable, puisqu'il était contre-amiral à la déclaration de guerre en 1939.

Un deuxième volume paraîtra vers la fin de l'année. Il devrait comprendre des études sur la pensée navale grecque "tardive", la pensée navale médiévale, Clerk of Eldin, l'amiral Richild Grivel, l'école allemande après 1918, Wolgast et la géopolitique maritime allemande, l'école italienne, l'école espagnole, les théoriciens de l'aéronavale, peut-être l'école portugaise et l'école indienne... par ailleurs, l'édition ou la réédition de textes importants a été entreprise. La liaison des armes sur mer de Castex, est le premier volume ainsi publié29. Il devrait être suivi par les fragments stratégiques inédits du même Castex30, ainsi que par la traduction des principes de stratégie maritime de Corbett. Le cours de Darrieus fera l'objet d'une reproduction. une traduction du recueil d'articles d'Herbert Rosinski est en préparation. Il faut espérer que l'intérêt porté par les lecteurs permettra à ce programme, le premier du genre, de se poursuivre et de développer notre connaissance de l'histoire de la pensée navale.

 

Notes:

1 Edward Luttwak, Le paradoxe de la stratégie, paris, Odile Jacob, 1989, p. 205.

2 François Géré, "Entre Restauration et révolution. La pensée stratégique américaine", Stratégique, 1991-1, n° 49.

3 Naval renvoie à l'instrument : la flotte, maritime au milieu. Le deuxième terme est évidemment plus large, au point que Corbett est allé jusqu'à identifier, dans le cas de la Grande-bretagne, la stratégie maritime à la stratégie générale. Mais il englobe tous les aspects du monde marin : économique, politique, stratégique... mais aussi écologique ou biologique. plutôt que de parler de pensée stratégique et tactique maritime, il vaut mieux parler de pensée navale, dont le caractère stratégique et tactique n'a pas besoin d'être constamment rappelé.

4 Stefan Schutze étudie Wolgast dans le cadre du présent programme. Il faudrait aussi accorder un peu plus d'attention à l'étincelant petit essai de Carl Schmitt, Land und Meer, trad. française Terre et mer, Paris, Livre club du labyrinthe, 1985. Schmitt a beaucoup lu Castex.

5 Justice sera rendue à ce pionner dans le deuxième volume de ce programme.

6 Du moins à ma connaissance : l'essai sur le développement de la "stratégie théorique" qui ouvre les théories stratégiques de Castex, tome I, Paris, Editions maritimes et coloniales, 1929 ; un chapitre collectif du livre de Geoffrey till, Maritime Strategy and the Nuclear Age, Londres, MacMillan, 1982 ; et mon chapitre sur "l'évolution de la pensée stratégique navale" dans La puissance maritime, Castex et la stratégie navale, Paris, Fayard, 1985. Aucune de ces trois esquisses ne dépasse la cinquantaine de pages. Malgré son titre, Giuseppe Fioravanzo, A History of Naval Tactical Thought, Annapolis, Naval Institute Press, 1979 est plutôt une histoire du combat naval : on trouve seulement un développement d'une page sur les auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles, p. 76, et encore s'agit-il d'une citation. Les histoires de la pensée stratégique ne réservent qu'une place fort modeste aux penseurs navals : Les maîtres de la stratégie d'Edward Mead Earle (trad. française Paris, Berger-Levrault, 1982) accordaient trois chapitres à la pensée navale contemporaine, aucun aux auteurs antérieurs à Mahan. La nouvelle mouture due à Peter Paret ne daigne accorder à la pensée navale qu'un chapitre unique consacré à Mahan naturellement. Corbett et Castex ne sont même pas cités. Notons que la récente Anthologie mondiale de la stratégie de gérard Chaliand, Paris, Robert Laffont, 1990 est plus généreuse. Elle accueille Thucydide, Léon VI, Raleigh, Richelieu, Mahan, Corbett et Castex.

7 Donald M. Schurman, The Education of a Navy. The Development of British Naval Strategic thought 1867-1914, Londres, Cassel, 1965.

8 Notamment celui de Volkmar Bueb, Die "junge schule" der französischen marine. Strategie und politik 1875-1900, Boppard am Rhein, 1971.

9 W.D. Puleston, Mahan, New Haven, Yale University Press, 1939 ; William Livezey, Mahan on Sea Power, Norman, Oklahoma University Press, 1947, réimpression 1982.

10 Donald M. Schurman, Julian S. Corbett, 1854-1922, Historian of British Maritime Policy from Drake to Jellicoe, Londres, Royal Historical Society, 1981 ; Barry D. Hunt, Sailor-Scholar. Admiral Sir Herbert Richmond, 1871-1946, Waterloo (Ontario), Wilfrid Laurier University Press, 1982 ; Hervé Coutau-Bégarie, Castex, le stratège inconnu, Paris, Economica, 1985.

11 Ronald Spector, The Naval War College and the Development of the Naval Profession, Newport, Naval War College Press, 1977 et Michael Vlahos, The Blue Sword. The Naval War College and the American Mission, 1919-1941, Newport, Naval War College Press, 1980.

12 Ezio Ferrante, Il potere marittimo Evoluzione ideologica in Italia 1861-1939, Rome, Rivista marittima (supplément), 1982 et Il pensiero strategico navale in Italia, Rivista marittima (supplément), 1988.

13 Vice-Almirante Armando Amorim Ferreira Vidigal, A Evoluçao do pensamento estrategico naval brasileiro, Rio de Janeiro, Biblioteca do Exercito editora, 1985 (est d'ailleurs plus une histoire de la politique navale du Brésil que l'étude de la pensée stratégique navale brésilienne annoncée dans le titre).

14 Jane K. Leonard, Wei Yuan and China's Rediscovery of the Maritime World, Cambridge, Mass, Harvard University Press, 1984.

15 Robert Waring Herrick, Soviet Naval Theory and Policy. Gorshkov's Inheritance, Newport, Naval War College Press, 1988, (couvre la période 1917-1956). Il nous faudrait l'équivalent sur la pensée navale de la Russie impériale. Berezin ou Klado ne sont que des noms, l'essai de stratégie navale du premier (1873 !) est inconnu. Morskoï Sbornik, la revue maritime russe, est fondée en 1848, près de vingt ans avant la Revue maritime (1866), les US Naval Institute Proceeding (1867) ou la Rivista marittima (1868).

16 Joseph Needham, La tradition scientifique chinoise, Paris, Hermann, 1974, p. 171.

17 Ce problème sera évoqué dans une Géostratégie de l'océan indien, à paraître à la fin de l'année.

18 Cf Hervé Coutau-Bégarie, La puissance maritime, op. cit, pp. 94-101.1

19 Cf Hervé Coutau-Bégarie, "Plaidoyer pour une stratégie maritime théorique", Stratégique, 1990-4, n° 48.

20 John F. Guilmartin Jr, Gunpowder and Galleys. Changing Technology and Mediteranean Warfare at Sea in the Sixteenth Century, Cambridge University Press, 1974.

21 Des progrès considérables ont été faits sur la question irritante de la trière. Voire notamment J.S. Morrison et J.F. Coates, The Athenian Trireme, The History and Reconstruction of an Ancient Greek Warship, Cambridge University Press, 1986.

22 Voire notamment Ken Booth, Strategy and Ethnocentrism, Londres, Croom Helm, 1979 ; Colin S. Gray, Nuclear Strategy and National Style, Lanham, Maryland, Hamilton Press, 1986.

23 Philippe Masson, Histoire de la Marine, 2 volumes, Paris, Lavauzelle, 1982-1983 ; Etienne Taillemite, histoire ignorée de la marine française, Paris, Perrin, 1988.

24 Ce livre de 1911 n'a jamais été remplacé. Il devrait faire l'objet d'une réédition critique.

25 Pratiquement aucun auteur allemand n'a été traduit, jusqu'à la très récente parution aux Etats-Unis du maître-livre du vice-amiral Wolfgang Wegener, The naval strategy of the World War, Annapolis, Naval Institute Press, 1989, à l'exception de Naval Warfare du vice-amiral Curt von Maltzahn, 1908.

26 Herbert Rosinski, Le développement de la pensée navale, recueil des articles parus entre 1939 et 1947 dans le Brassey's Naval Annual. Le titre était celui qu'avait choisi Rosinski lui-même pour un triple essai sur Mahan-Corbett-Castex, et qu'a repris l'"éditeur" américain pour ce recueil posthume publié en 1977. Mais trois articles seulement sur les huit que compte le volume sont relatifs à la pensée navale, dont deux traitent de la pensée navale allemande.

27 Cf Immanuel C.Y. Hsü, "The Great Policy Debate in China 1874 : Maritime Defense vs. Frontier Defense", Harvard Journal of Asiatic Studies, 1965, pp. 212-228.

28 Cf Ezio Ferrante, "Giulio Rocco e le sue Riflessioni sul Potere marittimo", Rivista Marittima, mai 1981.

29 Amiral Castex, La liaison des armes sur mer, Paris, CFHM-Economica, 1991. Seul les cinq premiers chapitres, qui couvrent le XVIIe, le XVIIIe et le XIXe siècles jusqu'à la bataille de Lissa, ont été rédigés par Castex ; le sixième chapitre n'existe qu'à l'état de canevas. Ils contiennent d'importants développements sur les auteurs des périodes étudiées.

30 Amiral Castex, Fragments stratégiques, à paraître fin 1991. Ce volume réunit les addenda aux tomes III, IV et V des théories stratégiques dont la deuxième édition n'a jamais vu le jour, le remaniement complet de deux chapitres du tome III ainsi que divers articles et conférences rédigés après 1945.

 

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