Le vicomte de Grenier, héritier de Bigot de Morogues ou fils spirituel de Suffren ?

Capitaine de vaisseau François Caron

"Plus peut-être que la stratégie, la tactique marque au XVIIIe siècle une éclipse très sensible des principales notions de l'art de la guerre (...). Elle s'attache à supprimer l'effort cérébral qu'exige l'application de vérités éternelles à des cas changeants : elle vise à donner une solution uniforme, invariable permettant (...) à tous les hommes d'être à la hauteur de toutes les circonstances".

 

C'est ainsi que s'ouvre le chapitre III consacré à la tactique dans l'étude sur Les idées militaires de la marine au XVIIIe siècle que le commandant Castex publie en 1911 en prélude à son œuvre magistrale, les Théories stratégiques, qui arrivera à maturité près de vingt ans plus tard.

Ce jugement unit dans une même réprobation - parce que "incompatibles avec l'essence même du combat" - les ordonnances édictées par Choiseul en 1765 et les instructions d'opérations rédigées par le chevalier de Fleurieu au cours de la guerre d'Indépendance américaine qui vit pourtant le succès des armes de la France ; plus grave encore, il englobe les travaux dont l'abondante floraison témoigne de la vivacité de la pensée navale française au XVIIIe siècle1, et qui, du père Paul Hoste, chapelain de Tourville et auteur en 1696 d'un Traité sur l'art des armées navales, jusqu'à Audibert Ramatuelle, rédacteur en 1802 d'un Cours élémentaire de tactique navale, tentèrent de conceptualiser l'art du combat naval.

Pourtant parmi les tacticiens visés il en est deux, le vicomte de Grenier et le marquis d'Amblimont, dont on aurait pu penser que, contemporains du chevalier de Suffren et auteurs de traités de tactique plusieurs années après la campagne du Coromandel dont les combats ont marqué, selon Castex, une rupture radicale avec les errements des batailles précédentes, ils en auraient subi l'influence.

C'est à l'analyse des travaux du vicomte de Grenier qu'est consacrée la présente étude. Celle-ci s'efforce en premier lieu de comprendre les préoccupations des marins de l'époque et les raisons de la relative similitude de leur approche tactique qui a pu faire croire à l'existence d'un véritable dogme de la "non-bataille" ; puis elle s'attache à replacer l'œuvre de Grenier dans le foisonnement d'idées qui se prolongea après lui jusqu'à Ramatuelle. Elle tente enfin de porter un jugement sur l'intérêt et l'apport de son traité de tactique à la marine de l'époque.

L'héritage du vicomte de Grenier

Il y a dans la remarque de Castex une part de vérité quand il dénonce ceux qui, par facilité ou faiblesse, s'en remirent pour combattre à la seule application de règles ; de tout temps, la tentation de se réfugier dans l'apparent confort intellectuel et moral que procure la soumission à des règles, a séduit la frange des indécis et des pusillanimes ! Mais son reproche procède de l'amalgame quand il condamne tous les travaux entrepris. Il est en effet abusif d'accuser les tacticiens de l'époque d'avoir, en théorisant, cherché à "supprimer l'effort cérébral".

Il est surprenant que Castex, qui eut au plus haut niveau le souci de conceptualiser la guerre navale dans son œuvre monumentale au titre si évocateur, en fasse le reproche à ses lointains prédécesseurs qui eurent nom : Hoste, Bigot de Morogues, Bourdé de la Villehuet, Du Pavillon, Grenier, d'Amblimont, Ramatuelle..., ne semblant pas admettre qu'ils furent d'abord préoccupés de trouver une solution pratique au difficile problème du combat sur mer.

En fait, derrière l'accusation d'avoir stérilisé la pensée tactique, Castex met en cause leur conception du combat naval. Rien ne permet pourtant de penser que les marins de l'époque ont oublié que le but ultime du combat est la victoire et que cette dernière n'est jamais pleinement réalisée sans l'écrasement de l'ennemi. On ne peut douter que, d'expérience, ils savaient que pour obtenir ce résultat sur mer, il fallait s'y présenter dans les meilleures conditions possibles et, à défaut de la supériorité absolue rarement acquise, réaliser une supériorité ponctuelle de manière à affaiblir localement l'adversaire avant de tenter ensuite d'anéantir le reste de ses forces, mais sans pouvoir jamais compter sur la complicité du terrain comme dans le combat à terre.

Il est vrai que les ordres de ménager les escadres, ou une infériorité numérique laissant peu d'espoir de succès, ont parfois inspiré aux marins une attitude de circonspection face à l'ennemi, révélant un manque évident d'esprit offensif ; cela a pu donner à croire qu'ils recherchaient moins la destruction de l'adversaire qu'un simple avantage momentané, mais ne permet pas d'affirmer pour autant que leur conception du combat fût erronée, même s'ils se posaient déjà la question de savoir dans quelle mesure il était sensé d'attendre du combat naval la destruction de l'adversaire et, de cette dernière, l'issue de la guerre ; question moins saugrenue qu'il y paraît et à laquelle le traité de Tactique navale de Morogues proposait déjà une réponse en affirmant qu'"Il n'y a pas d'affaires décisives à la mer, c'est-à-dire d'où dépende entièrement la fin de la guerre" 2. De fait l'Histoire est avare d'exemples de batailles sur mer qui aient décidé du sort des conflits.

Toutes les formations et évolutions proposées, depuis Hoste jusqu'à Ramatuelle, ont été guidées par le double souci, contradictoire il est vrai, de ne pas offrir à l'adversaire la possibilité d'acquérir à son profit la supériorité et, de l'autre, de l'obtenir pour soi-même, ce qui est bien d'essence tactique selon la définition du général von Moltke : "La tactique enseigne la façon de se servir des différentes armes dans le combat".

C'est bien pour cette raison que l'art de l'évolution, que Castex qualifie dédaigneusement de "cinématique", a revêtu chez la plupart tant d'importance.

Opposer "cinématique" à "manœuvre", c'est ignorer que manœuvrer impose d'utiliser au mieux pendant le combat toutes ses capacités au premier rang desquelles figurent les qualités évolutives du bâtiment. D'ailleurs, Castex n'a-t-il pas lui-même affirmé que "Manœuvrer au combat, c'est se remuer intelligemment" ? Au temps de la marine à voile, ce facteur était évidemment prépondérant en raison de la faible portée des armes. Il est donc abusif de faire grief à ceux qui, au XVIIIe siècle, abordèrent ce difficile art du combat sur mer "d'avoir sacrifié la recherche du combat de la victoire au fétichisme de la ligne"3.

En prescrivant des formations ou des évolutions, le rôle de ces tacticiens fut beaucoup plus important et leurs travaux beaucoup plus positifs qu'on ne le dit parfois ; mais pour pouvoir en juger, il faut les replacer dans le contexte de l'époque - ce dont Castex convint implicitement plus tard, lorsqu'il développa dans ses Théories stratégiques, l'utile distinction entre "principes" et "procédés", destinée à identifier la limite éventuelle de validité dans le temps et dans l'espace des leçons tirées de l'expérience. Dans le cas qui nous intéresse ici, l'extrême similitude existant dans les travaux de tous les tacticiens qui se succédèrent sur plus d'un siècle, peut donner à penser que le XVIIIe siècle a travaillé à l'élaboration d'un véritable dogme tactique ; les intéressés s'en défendirent, et manifestèrent bien au contraire un grand souci de réalisme. Bigot de Morogues reprocha ainsi au père Hoste sa vision très géométrique et mathématique qui accentuait, prétendait-il, le caractère dogmatique de ses démonstrations. Et ce même Grenier dont il est question ici, reprocha à ses prédécesseurs d'avoir réduit la tactique à la seule étude des ordres, sans réellement s'élever au niveau de la vraie tactique.

"Les traités de la tactique navale qui ont été publiés par le père Hoste, M. de Morogues, M. du Pavillon (...) ne servent qu'à enseigner la façon dont les vaisseaux doivent être rangés pour combattre, et non celle d'attaquer avec avantage un ennemi et de s'en défendre le mieux possible" 4.

Quinze ans plus tard, Grenier fut à son tour jugé par Ramatuelle qui écrivit en effet :

"Aucune des tactiques connues ne me paraît avoir atteint le but qu'elles ont dû se proposer. Tout s'y réduit à peu près à des traités sur les signaux à donner la manière de former les ordres et de passer des uns aux autres" 5.

Quoi qu'il en soit, au-delà des divergences d'appréciation sur la portée de leurs travaux respectifs, une très étroite parenté les unit. La raison en est simple : c'est la réalité du champ de bataille, en l'occurence l'ennemi, le vent, la mer, les vaisseaux, qui impose les conditions du combat ! et celles-ci n'ont en définitive que peu évolué durant tout le siècle.

Lorsque la galère eut cédé la place au vaisseau de haut bord6 et que l'artillerie embarquée eut fait son apparition, une mutation s'opéra dans la technique du combat naval. L'emplacement des canons qu'on chercha à multiplier pour accroître la puissance de feu, dut se plier aux exigences de la forme des vaisseaux ; les murailles se garnirent d'une ou plusieurs rangées de canons, ce qui ne fut pas sans conséquence sur la stabilité du navire7. La disposition en abord imposa pour le combat une présentation du flanc du vaisseau et non plus de la proue comme au temps des galères. Cela affecta, bien évidemment, l'efficacité du tir désormais soumis au roulis, mais aussi la manœuvre puisque route à suivre et direction du tir ne furent plus identiques, privant ainsi le vaisseau de la souplesse tactique dont avait bénéficié la galère. Pour améliorer la stabilité de route et celle de la plate-forme nécessaires à l'ajustement du tir, on fit le choix de l'allure au plus près du vent. Malheureusement en contrepartie, la navigation au plus près s'accompagne d'une gîte qui pouvait rendre inopérant le tir, voire interdire celui de la batterie basse où étaient disposés les plus gros canons pour des raisons évidentes de stabilité.

Cette disposition de l'artillerie imposa aussi l'adoption de la seule formation permettant de maintenir battantes simultanément les batteries de tous les vaisseaux de l'escadre et d'obtenir ainsi la meilleure concentration de feu : la ligne de file. En plaçant les navires les uns derrière les autres, cette ligne de bataille résolvait le problème de la vulnérabilité de l'avant et de l'arrière des vaisseaux. La fragilité des étais de l'avant dont la destruction compromettait la tenue de la mâture, comme celle du gouvernail à l'arrière et l'inexistence de cloisonnement transversal à l'intérieur du navire, rendaient en effet très dangereux d'exposer la proue et la poupe des vaisseaux, où ne se trouvaient que des canons de petit calibre, à recevoir des bordées d'enfilade.

De plus, la nécessité d'utiliser efficacement toute sa puissance de feu imposait aussi, non seulement la stabilité de la plate-forme, mais encore son horizontalité c'est-à-dire la gîte la plus faible possible. A l'allure du plus près, le seul moyen d'y parvenir passait par une réduction de la toile d'autant plus importante que les seules voiles conservées durant le combat, pour ne pas gêner la lutte, étaient les voiles hautes dont l'incidence sur la gîte était maximum. Avec toutes les voiles basses carguées et une réduction des voiles hautes, les bâtiments déjà lourds et peu manœuvrants par construction, étaient transformés en véritables citadelles flottantes, presque immobiles, dont la réduction des intervalles qui les séparaient, permettait de présenter à l'ennemi un front qui, tant qu'il était continu, lui interdisait tout franchissement s'il se présentait sous le vent. La disposition avait également l'avantage de faciliter la concentration des feux sur un adversaire dispersé, deux vaisseaux pouvant alors diriger simultanément les tirs de leurs batteries sur le même ennemi, plutôt que de combattre chacun son vis-à-vis. On admit ainsi de limiter à une demi-encablure (parfois même à un tiers d'encablure, soit 65 mètres) l'espace séparant deux bâtiments ; c'était peu, mais ne présentait guère d'inconvénients puisque les possibilités de manœuvre durant le combat étaient déjà quasiment inexistantes. De plus, c'est à cette allure qu'on maîtrise au mieux l'erre du bâtiment puisqu'un coup de barre sous le vent ralentit l'allure, alors qu'une abattée en accélère la marche.

Le choix de la ligne de file au plus près procurait donc de réels avantages. Elle n'en était pas pour autant considérée comme immuable puisque deux manœuvres étaient envisagées pour tenter de détruire l'ennemi plus radicalement : le doublement de son arrière-garde et le franchissement de sa ligne si la mise hors combat ou une erreur de manœuvre d'un de ses vaisseaux ouvrait une brèche.

En définitive, en l'absence de possibilités de manœuvrer sous le feu de l'ennemi cette ligne lourde et peu mobile, le choix de la présentation avant l'ouverture du tir constituait la seule marge tactique ; c'est là principalement que s'exerçait l'habileté du chef d'escadre : acquérir l'avantage du vent. Ce dernier apportait en effet à celui qui se l'appropriait le seul moyen d'échapper à l'inertie de la ligne de bataille en permettant, par une simple abattée, de couper la ligne ennemie ou de doubler son arrière-garde pour la prendre entre deux feux ; il offrait aussi le choix du moment de l'assaut. En contrepartie, il exposait les vaisseaux, lorsqu'ils étaient désemparés, à tomber dans les rangs de l'adversaire. Cette acquisition de l'avantage du vent qui semblait privilégier la présentation au détriment de l'engagement lui-même (mais pouvait-on faire autrement ?), trouve là son explication. Le ballet nautique, tant reproché à d'aussi fins manœuvriers que le comte de Guichen, résultait du souci de bien se placer avant l'ouverture du feu ; il traduit incontestablement un esprit offensif, malheureusement pas toujours concrétisé dans la suite du combat !

Qu'en était-il de l'art du combat au temps de Grenier ?

Le dernier quart du siècle allait connaître deux progrès majeurs qui fournirent l'occasion de tenter de rénover une tactique séculaire : le développement de l'entraînement des équipages et l'amélioration de la construction navale.

En France, il était de tradition de désarmer les vaisseaux en temps de paix si bien qu'à l'ouverture des hostilités, on ne disposait le plus souvent que d'équipages peu formés et sans entraînement. Cela n'incitait guère les chefs d'escadre à l'audace tactique ; la ligne de bataille, bien connue et peu exigeante en manœuvres, était très certainement celle qui répondait le mieux à cette situation. Or en 1772, alors que la France était en paix, fut constituée à l'initiative du ministre de la Marine, Bourgeois de Boynes, une escadre dite d'évolution pour former et entraîner les équipages à la manœuvre de combat, comme cela se pratiquait depuis longtemps chez les Anglais.

A la même époque, se produisit un regain d'intérêt pour la construction navale jusque-là très empirique. Carènes et gréements furent l'objet d'intéressantes études où s'illustrèrent des ingénieurs constructeurs illustres comme Groignard, Sané, Coulomb, etc. Parallèlement apparut le doublage en cuivre des carènes pour remplacer le mailletage, ce qui limita sensiblement le frottement de la coque dans l'eau. Les qualités de mobilité et d'évolution des vaisseaux en furent considérablement améliorées.

C'est la conjonction de ces deux progrès qui inspira au vicomte de Grenier et au marquis d'Amblimont l'idée d'imaginer de nouvelles formations plus élaborées.

Avant eux, Bigot de Morogues et Bourdé de la Villehuet avaient déjà apporté aux travaux du père Hoste la marque de leur temps, faite de menus progrès techniques notamment en matière de voilure. Mais ils n'avaient en définitive rien proposé de très neuf puisque le débordement et la traversée de la ligne adverse avaient déjà été très explicitement prévus depuis soixante-dix ans par le chapelain de Tourville. Ils en avaient seulement élargi les conditions d'exécution8, mais si une réelle réticence à pratiquer ces manœuvres avait persisté, c'était en raison du désordre qu'elles continuaient d'engendrer dans la ligne du fait de la mobilité toujours insuffisante des vaisseaux. Aucune des formations imaginées, y compris l'articulation en trois divisions proposée par Bigot de Morogues, n'avait réellement permis de s'affranchir de la ligne de bataille !

Même le bailli de Suffren dont on peut louer la vision stratégique qu'il eut de la guerre sur mer, n'innova pas réellement en matière de tactique, quoi qu'on ait dit. S'il rompit avec les errements passés lors de son premier combat à La Praya où il s'élança à l'assaut des vaisseaux de Johnstone sans se préoccuper de faire prendre à sa division une formation de combat et en ne comptant que sur l'impétuosité de ses capitaines, tous ses autres combats de Sadras à Gondelour restèrent très classiques, tout à fait dans la tradition du siècle, même si la fougue qu'il manifesta y imprima une incontestable valeur d'exemple9. Il n'est donc pas possible de suivre Castex quand il écrit à propos du bailli : "Comment, du choc de tant de théories spécieuses et de notions déviées, a jailli une conception irréprochable, étrangère et comme dépaysée au milieu de ce qui l'environne ?"10 ; et il n'est pas surprenant que les travaux du vicomte de Grenier, comme on va le voir, n'aient en définitive pas apporté de révolution dans une tactique vieille d'une centaine d'années.

Grenier en convient puisque, en dépit de critiques à l'égard de Bigot de Morogues, il invoque son patronage pour justifier les aménagements qu'il apporte à ses travaux."Quoique cette disposition d'armée (celle qu'il propose) soit entièrement différente de celles indiquées dans les tactiques anciennes et modernes, elle est en quelque sorte autorisée par M. de Morogues lui-même" 11. Cette filiation que Grenier prend soin de rappeler place donc bien son travail dans la droite ligne des travaux entrepris avant lui et en fait un continuateur et non pas un novateur bien qu'il y ait prétendu. Mais pouvait-il en être autrement ?

Qui était le vicomte de Grenier ?

Né à La Martinique en 1736, Jacques, vicomte de Grenier, entra à près de vingt ans dans les gardes-marine, voie traditionnelle d'accès des jeunes aristocrates dans le grand Corps. L'année suivante, de retour aux îles, il embarqua sur le Hardi, à bord duquel il reçut son baptême du feu contre les Anglais. Trois ans plus tard, affecté sur le Dragon dans l'armée navale de l'amiral de Conflans, il connut à 23 ans sa première véritable bataille d'escadre qui s'acheva par le désastre des Cardinaux le 20 novembre 1759 ; cette journée marqua profondément le jeune officier qui termina la guerre comme commandant d'une petite corvette, le Téméraire, avec laquelle il livra courageusement un combat contre une frégate anglaise.

La paix revenue, Grenier participa en 1765 avec la Biche à l'expédition punitive contre les corsaires de Salé, avant de se retrouver à partir de 1767 en océan Indien pour une première campagne scientifique de trois ans en qualité de commandant de L'Heure-du-Berger. Avec son bâtiment, il explora l'archipel des Seychelles dont il dressa la cartographie et reconnut une nouvelle route pour se rendre de l'île de France en Inde12, rectifiant ainsi certaines erreurs commises par d'Après de Mannevilette, l'auteur des lointains ancêtres de nos actuelles "Instructions nautiques".

A son retour, Grenier publia le résultat de ses travaux ; il s'ensuivit une vive polémique avec l'abbé Rochon (1741-1817) qui l'avait accompagné durant sa campagne en qualité d'astronome ; mais les académies des Sciences et de Marine lui donnèrent raison. Deux ans plus tard, il reprenait de nouveau la route de l'océan Indien où il passa quatre ans consacrés à des travaux d'hydrographie. La nouvelle guerre contre l'Angleterre le trouva lieutenant de vaisseau à bord du Sphinx dans l'escadre de l'amiral d'Orvilliers, avec laquelle il assista à Ouessant à la première grande rencontre de cette guerre qui opposa l'escadre française à celle de l'amiral Keppel. Cette deuxième bataille lui laissa sans doute un goût d'amertume car la victoire, pourtant à portée des Francais, fut compromise par le comportement surprenant du futur Philippe-Egalité. Quelques mois plus tard, à la tête de la frégate la Boudeuse de 32 canons, il partit rejoindre l'escadre du comte d'Estaing aux Antilles. Le 13 janvier sous Saint-Eustache, il se saisit de la corvette anglaise de 16 canons Weazle, puis se distingua à l'île de Saint-Barthélémy qu'il occupa avec du Chilleau de la Roche le 28 février 1779, avant de participer aux opérations sur la Grenade et sur Savannah.

Nommé capitaine de vaisseau en 1781, il ne navigua plus. Promu chef de division en 1786, c'est avec ce grade qu'il prit sa retraite en 1789. Il décéda en 1803.

Comme on le voit, la carrière de Grenier ne révèle aucun événement qui la distingue de celle de ses contemporains. Incontestablement porté vers les études, il consacra ses temps libres, comme il le dit lui-même, à "l'analyse des tactiques navales, à la lecture attentive des journaux et mémoires sur les manœuvres de nos armées et sur celles de nos ennemis" 13. ll est certain qu'il a soigneusement étudié l'œuvre de Bigot de Morogues auquel il fait de nombreuses références, et probablement aussi celle du père Hoste. Il semble en revanche qu'ayant limité ses investigations aux seules batailles auxquelles il avait personnellement participé, il ne s'intéressa pas aux combats de Suffren, peut-être trop récents pour qu'il pût bénéficier d'une information complète. L'absence dans son ouvrage de tout commentaire sur la manière dont le bailli mena son escadre trouve peut-être là sa raison. En fait, c'est principalement à partir de ses connaissances de la bataille des Cardinaux, de celle d'Ouessant et de l'expédition contre la Grenade qu'il a mené ses réflexions.

L'œuvre de Grenier

L'ouvrage du vicomte de Grenier, L'Art de la guerre sur mer ou tactique navale, assujettie à de nouveaux principes et à un nouvel ordre de bataille, fut publié en 1787, soit six ans après le combat de La Praya. Bien que qualifié d'important par Castex, ce traité n'a pas l'ampleur des travaux de ses prédécesseurs, ni même de son successeur immédiat d'Amblimont qui fit paraître l'année suivante un volumineux traité de Tactique navale, ou traité sur les évolutions, sur les signaux et sur les mouvements de guerre. C'est un petit opuscule qui fut rédigé en fin de carrière par un marin qui n'exerça jamais de grand commandement d'armée navale ni même de division. Quoique l'analyse de ce livre couvre six pages dans Les idées militaires de la marine au XVIIIe siècle, la critique de Castex se résume en ces quelques mots : "Le chef d'escadre d'Amblimont promet moins que Grenier, mais il tient davantage"14.

Le premier constat à faire de cette brève étude est le peu de place accordée à la signalisation des ordres qui était au cœur des travaux antérieurs, ce qui pourrait donner à penser que Grenier sous-estima l'importance de ce que l'on désigne aujourd'hui du sigle barbare de C3I (Command, Control, Communication, Intelligence). Il n'en est rien, bien au contraire ! Présent à Ouessant le 23 juillet 1778, Grenier avait assisté à l'égarement de deux vaisseaux de l'escadre de d'Orvilliers, le Duc-de-Bourgogne et l'Alexandre, faute d'avoir vu ou compris les signaux d'évolution hissés par l'amiral, ce qui avait modifié défavorablement le rapport de force avec l'escadre de l'amiral Keppel. Quatre jours plus tard, il s'était interrogé, comme beaucoup, sur l'inexplicable retard du duc de Chartres placé à l'avant-garde à exécuter la manœuvre de retournement par laquelle l'amiral français espérait doubler la ligne anglaise ; la bataille en était restée inachevée. Au retour à Brest, des bruits avaient circulé sur la couardise du prince, mais l'explication retenue avait mis en cause la mauvaise lisibilité des signaux en raison de la distance. Grenier est donc parfaitement conscient de l'importance des signaux pour avoir subi personnellement les conséquences désastreuses d'une déficience en ce domaine pour la bonne exécution des manœuvres au combat. D'ailleurs il ne manque pas de dénoncer les graves imperfections de la ligne de bataille qui en avaient été principalement la cause ; il écrit en effet dans son introduction : "(la ligne de bataille est défectueuse) par rapport à la communication des signaux et la facilité que doit avoir le général de préciser des ordres convenables à la position de son armée, parce que l'étendue extrême de cette ligne de combat peut retarder la communication des signaux et par conséquent l'exécution des ordres, et les rendre même impossibles à exécuter"15. Ce n'est donc pas un oubli de sa part, et s'il n'estime pas nécessaire d'insister c'est que, de son point de vue, la formation qu'il propose règle définitivement le problème ; on verra plus loin ce que l'on peut en penser. Il faut noter aussi que de nets progrès avaient été apportés aux codes de signaux, sous l'énergique impulsion du capitaine de vaisseau du Pavillon, chef d'état-major de d'Orvilliers, qui avait composé en 1778 un traité de Tactique navale à l'usage de l'armée du Roi commandée par M. le comte d'Orvilliers consacré à cet important problème ; il en avait expérimenté les améliorations l'année suivante au cours de la campagne en Manche de la grande armée navale franco-espagnole.

Il résulte de cette première remarque une qualité indiscutable de l'ouvrage qui n'est pas alourdi par de multiples considérations sur la manière de faire exécuter les évolutions proposées et y gagne incontestablement en clarté.

En deuxième lieu, Grenier est le premier à avoir eu le souci de rappeler la finalité du combat sous ses deux volets offensif et défensif ; il la définit ainsi :

"1° (...) rendre nulle une partie des forces de l'ennemi, afin de réunir toutes les siennes contre celles que l'on attaque, ou qui attaquent, et de vaincre ensuite le reste avec plus de facilité et certitude",

"2° (...) ne présenter à l'ennemi aucune partie de son armée qui ne soit flanquée et où il ne fût combattu et vaincu s'il voulait se porter sur les parties de cette armée reconnues plus faibles jusqu'à présent" 16,

et l'accompagne de cette remarque pleine de bon sens :

"L'art de la guerre ne consiste pas seulement dans la bravoure ou l'opiniâtreté des individus, mais il consiste principalement à se rendre maître du champ de bataille, à s'emparer de son ennemi encore en état de défense, ou de le mettre en fuite en lui inspirant la terreur"17.

Ce rappel à la raison d'être du combat, totalement passée sous silence dans les ouvrages antérieurs, ne suffit pas à faire de Grenier un novateur, mais a fait beaucoup pour sa renommée, son traité ne présentant par ailleurs, comme on va le voir, qu'un intérêt secondaire. "La nouvelle tactique que je vais proposer -  précise-t-il comme pour se défendre de l'accusation portée à l'encontre de ses prédécesseurs de n'avoir pas compris le but du combat - est naturellement faite pour confirmer ces vérités utiles, si l'officier général qui commande une armée assujettie à mes nouveaux principes ne perd pas de vue l'objet essentiel que je viens de tracer et s'il fait en conséquence manœuvrer les différents corps de cette armée" 18. Cette remarque, absente des travaux du père Hoste et de Bigot de Morogues, explique sans doute la relative complaisance de Castex à son égard ; elle est importante car elle montre que cette conception du combat n'avait rien d'incongru à l'époque et pouvait fort bien être partagée par ceux-là mêmes qui imaginèrent la ligne de bataille et qui, pour ce motif, furent accusés d'avoir manqué d'esprit offensif. Elle ne peut que recueillir une totale approbation pour sa valeur d'universalité et de permanence, mais ce n'est pas là à proprement parler le domaine d'un traité de tactique dont le rôle est d'aider les chefs d'escadre à manœuvrer leur flotte au combat. Ce n'est donc certainement pas sur ces considérations générales que l'œuvre de Grenier doit être jugée.

Comme tous les officiers de marine de son époque, Grenier connaît les inconvénients et avantages de la ligne de bataille pour l'avoir pratiquée mais aussi les raisons qui ont conduit à son adoption. Il sait aussi que, pas plus les Britanniques pourtant souvent numériquement supérieurs, que les Français, n'ont réussi à s'affranchir de cette ligne pourtant tant décriée. C'est donc très naturellement en partant de son expérience personnelle et des progrès obtenus dans la manœuvrabilité des vaisseaux, qu'il tente de l'améliorer plus que de la remplacer, le but restant comme auparavant d'éliminer l'ennemi sans s'exposer soi-même à être détruit.

Le premier reproche que Grenier fait à la ligne de bataille est de ne pas être adaptée aux exigences du combat. "L'expérience a prouvé - écrit-il - que si une armée qui est formée sur cette ligne est divisée par un changement de vent, par une attaque vigoureuse de l'ennemi, ou quelque autre cause, les vaisseaux qui en sont détachés n'agissent plus que comme des membres isolés qui n'ont plus de disposition collective et à qui il est presque impossible de se réunir pour former un nouveau corps et une volonté à l'exécution des ordres du général"19. Grenier a raison, mais c'est moins la ligne en elle-même qui en est la cause que l'absence de manœuvrabilité des bâtiments qui la composent. La ligne n'avait-elle pas été conçue précisément pour réduire l'éventualité de ce genre d'incidents ? mais elle était impuissante à en limiter les fâcheux effets si d'aventure ils se produisaient. De fait, quand cela arrivait, la situation pouvait devenir rapidement dramatique ; mais l'eût-elle été moins avec une autre formation ? Les concepteurs de la ligne l'avaient bien compris, si les utilisateurs l'avaient oublié ! Tout avait été tenté pour éviter que ces risques ne se produisent, y compris en retirant le peu d'initiative laissée aux capitaines, tentation à laquelle avaient succombé les ordonnances de Choiseul en 1765. Ainsi était né ce "fétichisme" qui condamnait toute velléité de manœuvrer au combat. Grenier écrit : "Cet ordre unique qui représente tous les vaisseaux sur une seule ligne20 très serrés entre eux, (et qui) est observée avec d'autant plus de rigueur, que si, dans l'action, les vaisseaux ne sont pas rapprochés, et comme enchaînés les uns aux autres, on les croit exposés à une défaite certaine et que la plupart des individus qui sont persuadés de la nécessité de cet enchaînement intime sont alarmés et même déconcertés, lorsque l'ennemi a pu pénétrer dans la ligne"21, comportement qui s'apparente à celui des terriens pour qui la création d'une brèche dans une citadelle assiégée est le prélude à l'assaut final ! Grenier reconnaît implicitement que cette crainte n'était pas inscrite dans les recommandations de ses prédécesseurs, mais il la juge inhérente à la ligne elle-même en raison de l'absence de possibilités d'articulation capables précisément de contenir ces risques justement considérés comme majeurs.

Personne n'avait en effet trouvé jusque-là d'articulation compatible avec les médiocres qualités des vaisseaux et capable d'enrayer ce genre de risques. L'articulation en trois colonnes, envisagée par Bigot de Morogues, ne résolvait pas la difficulté ; en certaines circonstances, elle pouvait même l'aggraver puisque, en rompant l'intégrité de la ligne, elle en perdait le principal avantage que procurait paradoxalement sa rigidité, sans faciliter la dislocation du dispositif ennemi, ni le renforcement de sa propre formation en cas de difficulté, faute d'une mobilité suffisante. "L'expérience a prouvé encore - constate Grenier - que, de toutes les positions ou ordres de marche sur trois colonnes, dans ces tactiques, on ne saurait passer à I'ordre de bataille, à la portée de canon de l'ennemi, sans donner jour à cet ennemi de pénétrer dans la ligne que I'on veut former, s'il sait profiter des positions désavantageuses où les colonnes doivent se trouver en faisant les mouvements nécessaires à la formation de la ligne" 22.

De toute façon, Grenier n'est pas un très chaud partisan de l'articulation, souvent considérée ultérieurement comme la clef de la manœuvre tactique lorsque la mobilité en valorisa l'intérêt ; il ne la juge pas sans inconvénient si l'on en croit le rappel qu'il fait de cette observation de Morogues : "L'étude des évolutions fera sentir, par la difficulté de l'exécution précise, qu'il faut éviter, autant qu'on peut, de faire beaucoup de mouvements devant l'ennemi. Les mouvements rompent toujours l'ordre, ils obligent quelquefois l'éloignement ou la séparation de corps (...). L'ennemi, attentif, peut profiter de ce moment pour attaquer l'armée avant que son ordre soit formé" 23. On verra plus loin ce qu'il faut penser de la manière dont il appliqua cette remarque à ses propositions.

Grenier reproche encore à la ligne sa dimension souvent excessive et l'existence de deux extrémités particulièrement vulnérables car éloignées du centre de la ligne. "Il (l'ennemi) peut, lorsqu'elle (la ligne) est formée, se porter en nombre supérieur sur une de ses parties, à l'avant-garde ou à l'arrière-garde, lorsqu'il est au vent pour la mettre en désordre, parce que les deux extrémités de cette ligne sont toujours sans défense et que, vu sa grande étendue, on ne peut s'y porter, pour les défendre, avec autant de célérité que l'ennemi qui attaque" 24.

Enfin, il en réprouve l'incapacité à permettre de prendre l'initiative du combat et de concentrer ses forces sur une partie de celles de l'ennemi ou de prendre en chasse un adversaire qui se dérobe puisque, telle qu'elle est, elle manque totalement de souplesse. "Comment pourra-t-on l'attaquer (l'armée ennemie de force égale) avec avantage si l'on ne se porte point en nombre supérieur sur son arrière-garde pour faire en sorte de rompre sa ligne ou la mettre en désordre ? Mais dans ce cas, n'est-on pas obligé de négliger l'ordre de bataille usité ?" 25. Grenier élimine d'emblée l'importante possibilité suggérée par Bigot de Morogues qui écrivait vingt ans plus tôt : "C'est au général à décider de ses manœuvres, et à voir s'il ne lui serait pas également avantageux de faire fondre sur les corps respectifs de l'armée ennemie son armée divisée en trois corps et un peu séparée ou d'attaquer l'ennemi par division"26. Grenier poursuit : "Si (...) on veut prolonger cette ligne au vent pour lui présenter un égal front de bataille, depuis le chef de file jusqu'au serre-file, de sorte que chaque vaisseau d'une de ces lignes réponde à chacun des vaisseaux de la ligne ennemie, qu'en peut-il résulter, si ce n'est une action livrée aux coups du hasard ? (...) aussi voit-on qu'une action de cette espèce reste toujours indécise (...)"27. A l'évidence, il s'agit là d'un mauvais procès fait à la ligne de bataille pour mieux justifier la supériorité du dispositif qu'il propose dans son traité. Sa remarque est en effet infondée, comme le confirment les choix de Suffren qui, sans renier la ligne de bataille quoi qu'il en ait dit, imagina lors de plusieurs de ses combats dont celui de Sadras - malheureusement sans succès par suite d'une probable incompréhension avec Tromelin -, de doubler l'arrière-garde de l'ennemi en élongeant sa ligne jusqu'au centre seulement et non pas jusqu'au chef de file. Il est assez plaisant de constater ainsi que ceux qui ont dénoncé le fétichisme de la ligne, furent souvent ceux-là même qui en déformèrent les caractéristiques jusqu'à la caricature ; dans le cas de Grenier, la faute est flagrante puisqu'il en vient à dénier à la ligne d'avoir en certaines circonstances contribué au succès. "Ce n'est donc point à la nature de la ligne de combat que nous devons le triomphe obtenu sur nos ennemis dans ces différentes actions (il s'agit sans doute des batailles d'Ouessant et de la Grenade auxquelles il a participé) ; mais c'est à la capacité de nos chefs, et à l'incapacité de l'ennemi que nous avions à combattre"28. Il aurait pu tout aussi bien rappeler que ce n'est pas plus à la nature de la ligne, mais à l'incapacité de certains chefs d'escadre ou à la timidité de certains capitaines, qu'il faut imputer nombre de nos échecs tactiques !

Par ce commentaire, Grenier fait le procès de ceux qui se sont attachés à la ligne sans chercher à l'adapter aux circonstances bien que, par ailleurs, il rende hommage à l'absence de dogmatisme chez Hoste : "Je vais faire voir que l'ordre de bataille usité (...) ne doit pas être considéré comme invariable, puisque l'auteur qui a fixé les règles de la tactique reçue, et sur lesquelles toutes les autres ont été modelées ne pensait pas lui-même qu'elle fût telle"29. Grenier a raison ; le dogmatisme reproché n'est pas le fait de Hoste ni de Bigot de Morogues puisque l'un comme l'autre envisageaient de rompre la ligne pour franchir celle de l'ennemi ou pour doubler son arrière-garde. La ligne n'était dans leur esprit qu'une formation de base, un point de départ sur lequel il était recommandé de s'appuyer pour, selon les circonstances, manœuvrer ses forces au combat.

Grenier conclut son analyse en jugeant la ligne de bataille inadaptée même à la défensive. "Cet ordre de bataille est (...) infiniment défectueux dans le cas où il faut se défendre - écrit-il -, puisqu'il ne faut qu'une bordée malheureuse, une déviation involontaire d'un vaisseau mal construit et un caprice du vent, pour donner l'avantage à l'ennemi"30.

Fort de ces critiques, il propose alors de : "s'écarter des règles prescrites pour trouver une tactique plus parfaite où tous les mouvements généraux d'une armée fussent relatifs à ses positions, où les forces de cette armée fussent disposées de manière que les deux extrémités d'une ligne de combat n'eussent plus rien à craindre de la part de l'ennemi ; où l'on fût en état de faire agir les escadres, sans confusion, collectivement et séparément ; où leur séparation ne fût plus regardée comme un désavantage ; où les mouvements de chaque corps pussent se faire à portée du canon de l'ennemi, au moment de l'attaque, sans être exposé à son feu ; où enfin toutes les forces d'une armée fussent disposées de telle sorte qu'elle pût attaquer avec avantage et se défendre le mieux possible"31. Programme ambitieux, malheureusement irréaliste !

La disposition des forces dont Grenier attend qu'elle efface les inconvénients de la ligne de bataille pratiquée depuis un siècle avec les fortunes que l'on sait, est très décevante. Même si on ne partage pas l'analyse critique de Castex à l'égard des idées tactiques du XVIIIe siècle, on n'en aura pas moins le "regret de constater qu'un homme aussi imbu que Grenier de l'esprit manœuvrier s'est empressé de l'annihiler en l'enfermant lui aussi, dans une figure géométrique"32. De fait, sa formation ne tient pas les promesses qu'avaient fait espérer ses critiques de la ligne de bataille et sa conviction, bien affichée, des objectifs du combat. Son dispositif s'apparente en effet au carré défensif qui prétend assurer une protection omnidirectionnelle mais qui, comme tout dispositif complexe, réduit en définitive plus la mobilité qu'il ne favorise la manœuvre.

Voici ce que Grenier en dit lui-même (cf. figure 1) : "Je vais proposer un nouvel ordre de bataille où l'armée, composée de trois corps, sera rangée sur trois côtés d'une losange régulière (sic) formée par la rencontre des deux lignes du plus près, au lieu d'être sur une seule ligne comme dans l'ordre de bataille usité, et où un des corps sera toujours rangé en ordre de combat, tandis que les deux autres appuyés sur le chef de file et le serre-file de ce corps, seront formés sur la ligne du plus près opposé, et feront route en échiquier à la même amure que les vaisseaux qui sont en ligne de combat"33.

Conscient du grave point faible du dispositif qu'il propose - et que ne manqueront pas de relever ses détracteurs, il s'empresse de noter en bas de page : "Comme je ne serais point étonné que quelques marins se récriassent qu'il est difficile aux vaisseaux d'une ligne de conserver leur poste en échiquier, il me sera facile de leur répliquer (...) que si cette raison était suffisante pour rejetter (sic) mes idées, la tactique usitée devrait l'être avec plus de raison 34. Argument spécieux, on en conviendra !

Par cette disposition inhabituelle, Grenier ambitionne d'interdire à la partie des forces de l'ennemi qui ne sont pas directement engagées par la vision rangée en combat (celle qui occupe la position centrale du losange), de se rabattre sur les extrémités puisque celles-ci sont désormais couvertes par les deux divisions d'aile (cf. figure 2). De même, mais dans le cas de l'attaque, les deux divisions peuvent couper la ligne ennemie en virant de bord vent devant.

Ce n'est donc pas à la suppression de la ligne de bataille qu'invite le traité de tactique de Grenier. Si, avec la nouvelle formation, le caractère rectiligne de la ligne de bataille disparaît, elle n'en conserve pas moins sa forme linéaire avec le choix d'une ligne brisée qui, en liant rigidement entre eux les divers tronçons qui la constituent, n'offre guère plus de souplesse ; elle améliore théoriquement certaines qualités de la ligne de bataille mais en conserve aussi la plupart des défauts, en raison de l'absence totale d'autonomie de manœuvre des divisions rigidement liées au corps central. En fait les progrès espérés de ce dispositif proviennent moins de l'originalité du rangement des vaisseaux que, comme on l'a dit plus haut, des améliorations apportées aux vaisseaux eux-mêmes, améliorations dont pouvait bénéficier tout autant la ligne de bataille traditionnelle. Il ne faut pas oublier en effet qu'en tactique la mobilité d'un dispositif, seul moyen de prendre l'initiative sans laquelle il n'y a pas d'esprit offensif, est d'abord celle des unités qui le composent.

Figure 1

Mathématiquement, l'idée de Grenier paraît séduisante puisqu'elle offre une solution apparemment facile pour franchir la ligne ennemie et la prendre entre deux feux après en avoir isolé une partie, et priver l'adversaire d'en faire autant sans être menacé d'être à son tour doublé grâce au flanquement du chef de file et du serre-file par les divisions d'aile. Il faut relever néanmoins le manque évident de souplesse de ce type de formation fixée par le seul nombre de vaisseaux constituant l'escadre, et qui n'est pas adaptable à la force réelle de l'adversaire ni aux circonstances particulières du combat. Un tiers seulement des unités subit le choc de l'engagement, du moins dans un premier temps, sans être soutenu par le reste de la formation qui, placée en échiquier, est dans l'incapacité de mettre en œuvre ses batteries. L'idée de conserver une réserve capable d'intervenir à tout moment en un point du combat serait judicieuse, si elle ne s'accompagnait pas d'une rigidité d'exécution qui en limite considérablement l'emploi. En deuxième lieu, il faut noter que Grenier reste étrangement muet sur la manière dont doit évoluer le dispositif dès lors que les divisions "de renfort" seront engagées, c'est-à-dire quand elles auront amorcé leur mouvement de coupure de la ligne ennemie. Les croquis qui accompagnent les explications, révèlent des positions extrêmement vulnérables pour certains vaisseaux qui ne manqueront pas en effet d'être pris en enfilade par l'adversaire.

Ainsi Grenier, qui a pourtant sévèrement reproché à la ligne de bataille son défaut d'adaptabilité aux évolutions du combat, ne prend en compte en définitive qu'une disposition initiale dont on perçoit mal comment elle peut conserver son ordonnance dans les multiples péripéties de la lutte. Dès que le losange aura été disloqué délibérément par la manœuvre de l'une ou l'autre des divisions d'aile, la formation initiale ne pourra plus être facilement reprise. Quelle disposition le chef d'escadre qui voudra regrouper ses forces, sera-t-il alors en mesure de prescrire ? Ne sera-ce pas la ligne de bataille ? En définitive, l'organisation primitive en losange aboutit en cours de combat, soit à combattre par petits paquets sans lien tactique entre eux, soit à reformer la traditionnelle disposition en ligne avec tous les défauts dénoncés !

Paradoxalement, contrairement à ses prédécesseurs et aux habitudes, Grenier recommande une présentation sous le vent, considérant que "la position au vent n'est avantageuse que pour une armée beaucoup plus faible que celle de l'ennemi, et qui est obligée de le fuir pour éviter une action. (...) (en revanche) pour une armée qui veut combattre un ennemi de force égale et qui est disposée à recevoir l'action, (... il est préférable) de se tenir sous le vent de cet

Figure 2

ennemi, parce que les vaisseaux de cette armée peuvent se servir librement de tous les canons de leur première batterie qui très souvent servent peu, ou point du tout, aux vaisseaux qui combattent au vent " 35.

Ce choix d'une position jugée le plus souvent défavorable à l'attaque, paraît assez surprenant car la justification donnée ne semble pas correspondre à la réalité du combat. Il est vrai - cela a été rappelé - que la position au vent pouvait interdire le tir de la batterie basse si le vaisseau restait trop toilé pendant le combat ; mais il ne semble pas que cela ait revêtu le caractère systématique que traduit l'affirmation de Grenier. Ce dernier n'aurait-il pas été impressionné par le souvenir du naufrage, à la bataille des Cardinaux, d'un vaisseau qui coula pour avoir omis de fermer les sabords de sa batterie basse alors que le vent soufflait en tempête ? ou, en proposant cette position sous le vent, Grenier n'a-t-il pas en tête de recommander aux capitaines de conserver de la toile de manière à rester plus manœuvrants et pouvoir ainsi tirer le meilleur parti d'une formation qui exige de conserver une bonne vitesse ? On sait toute la difficulté de procéder sous le feu de l'ennemi à un virement de bord vent devant avec le peu d'erre que laisse une voilure réduite ; or les avantages attendus de la formation en losange reposent sur une exécution parfaitement coordonnée de virements de bord multiples et sur des tenues de poste en ligne de relèvement très précises que seule peut autoriser une excellente manœuvrabilité des vaisseaux. Quoi qu'il en soit, on ne peut qu'être sceptique face à cette proposition.

Grenier poursuit en passant rapidement en revue les situations où peut se trouver une escadre à la mer : route, bataille, chasse, etc. Tous les ordres correspondants se déduisent de la formation en losange qui, ayant une symétrie presque parfaite par rapport au vent et à sa perpendiculaire, est donc censée être adaptable à toutes les routes prescrites. Ainsi, l'ordre de marche respecte cette disposition de manière à faciliter le passage rapide à la formation de combat ; en certaines circonstances, le dispositif peut être dilaté, chacune des ailes s'éloignant de la division centrale à 5 ou 6 lieues en conservant néanmoins (cf. figure 3) une disposition déduite par homothétie de la formation de combat. Ainsi, en cas de besoin, cette dernière peut être facilement reprise par un simple mouvement de rapprochement simultané des trois divisions.

Figure 3

Grenier prévoit un ordre de bataille qui peut être "naturel" ou "renversé", selon que la division du centre, qui suit la route au plus près retenue pour l'engagement, est au vent ou sous le vent des ailes (cf. figure 4). Le passage de l'ordre de marche à l'ordre de bataille peut nécessiter d'aller garnir le quatrième côté inoccupé du losange en fonction de la position relative de l'ennemi ; bien que réputée aisée par son concepteur, cette manœuvre est délicate et lente car elle implique une grande précision de navigation, les postes à occuper devant être tenus en relatif par une navigation à relèvement constant. L'avantage de la ligne traditionnelle était précisément de s'affranchir de cette difficulté puisque le guide de la ligne à former se mettait à la route ordonnée et les vaisseaux n'avaient qu'à rallier leur poste en suivant une "courbe du chien".

Suivent diverses possibilités d'évolution pour les divisions d'aile auxquelles revient le soin de conduire la manœuvre tactique, soit pour interdire à l'ennemi de doubler la tête ou la queue de la division centrale, soit pour couper la ligne ennemie et doubler son avant ou son arrière-garde. Toutes se caractérisent par une exigence de grande précision pour bénéficier des avantages attendus de la formation en losange qui ne demeurent qu'autant que la figure géométrique est rigoureusement respectée. On en voit aisément les limites et les occasions de désordre. De plus, au cours de leurs évolutions, les divisions risquent de se trouver en position de subir des tirs en enfilade sans pouvoir riposter, toutes les unités de la division se trouvant alors en ligne de front. Enfin, le losange est encore plus sensible que la ligne au désordre engendré par l'erreur d'un vaisseau, évolution à contre, manquement à virer, ou d'une avarie de combat, car la prise de poste est, comme on l'a dit à propos du passage de l'ordre de marche à l'ordre de bataille, particulièrement délicate, ce qui peut être lourd de dangers face à un adversaire déterminé.

En fait, les dispositions de Grenier ne seraient de nature à procurer quelques succès que si tous les mouvements individuels pouvaient être déclenchés simultanément avec une parfaite rigueur dans l'exécution des ordres et une grande précision dans la manœuvre. Or Grenier n'ignore pas que la simultanéité des manœuvres n'est pas réalisable du fait de la difficulté à manœuvrer des vaisseaux sous faible voilure et des intervalles réduits qui les séparent ; quelles que soient les circonstances et l'habileté à manœuvrer des capitaines, une évolution ne peut être qu'un processus séquentiel imposant à chaque bâtiment d'attendre que celui qui le précède ait entamé sa manœuvre pour amorcer la sienne à son tour. Les évolutions sont donc par elles-mêmes à l'origine de décalages dans la formation, d'autant plus importants qu'elles concernent un plus grand nombre de bâtiments et sont plus souvent

Figure 4

répétées, ne laissant pas le temps nécessaire aux vaisseaux de rejoindre leur poste. La seule manière de remédier rapidement au désordre qui ne peut manquer d'apparaître, est alors de prescrire l'adoption de la ligne de file !

Notons pour terminer que, dans la formation en losange telle qu'elle est conçue, le nombre de vaisseaux fixe une fois pour toutes la composition de chacune des divisions et donc le nombre de bâtiments que l'on peut engager contre l'ennemi dans un premier temps puisqu'il est fixé par la composition de la division du centre. La position de cette dernière par rapport à la ligne ennemie est imposée de façon immuable puisque, pour être efficace, le dispositif doit répartir de façon équilibrée entre les divisions d'aile les vaisseaux ennemis qui ne sont pas pris à partie par le centre. On voit les limites de ce système si d'aventure au cours de la manœuvre d'approche, l'ennemi ne se laisse pas "découper" en trois tronçons d'égale force. Et puisque seule la division du centre (constituée du tiers des vaisseaux de l'escadre plus un) constitue l'élément offensif initial, on comprend que le choix du losange ne soit applicable que pour des escadres dépassant la vingtaine de vaisseaux.

Conclusion

Au terme de ce bref aperçu sur L'Art de la guerre navale de Grenier, on ne peut que partager, mais pour des raisons notablement différentes, l'avis de l'amiral Castex quand il lui reproche d'avoir promis beaucoup mais d'avoir tenu peu. Grenier n'a en effet rien apporté de vraiment neuf et déterminant à l'art du combat naval, sa formation étant peu applicable du fait des qualités de manœuvre et de navigation exigées de vaisseaux qui devront attendre encore plus d'un demi-siècle pour en bénéficier.

Plus encore que la ligne de bataille dont elle prétend éliminer les inconvénients, la formation en losange de Grenier repose sur la fascination de la géométrie. Là où la ligne traditionnelle avait l'avantage de la simplicité, Grenier apporte le raffinement de la trigonométrie, confondant "Science des évolutions" et "Art du combat naval". Séduisante sur le papier où elle paraît adaptée aux situations les plus complexes, sur le terrain elle n'est en définitive pas même capable de répondre aux cas les plus simples, car elle y introduit un facteur de complexité dont on ne peut s'affranchir que par une perfection et une extrême rapidité dans l'exécution, peu imaginables dans le feu de l'action. Paradoxalement source de lenteur, elle engendre elle-même le désordre qu'elle est censée combattre.

Comme beaucoup de formations proposées pour résoudre le problème du combat naval, sauf précisément la ligne de bataille, elle néglige la quatrième dimension : le temps, facteur décisif de la réussite. Suffren fut incontestablement l'un de ceux qui en furent le plus conscient et qui essaya, avec raison, de l'inclure dans sa démarche tactique, malheureusement au détriment de la rigueur que procure un dispositif bien ordonné, avec les résultats que l'on sait. En mer tout est relatif ; plus qu'ailleurs, la distance n'y a de valeur que relative, celle que lui donnent les positions respectives des mobiles qu'elle sépare ; en termes de manœuvre ou de combat, une distance en mer se mesure toujours en délais.

Ainsi, contrairement à ce qu'on aurait pu attendre d'un marin si pénétré de l'essence du combat, le vicomte de Grenier s'est laissé séduire, plus que d'autres encore, par la fascination de la rigueur mathématique qui n'est pas celle du combat. S'il avait étudié les batailles de Suffren - ce qu'il ne semble pas avoir fait - il est vraisemblable qu'il aurait retiré la seule véritable leçon à méditer de la campagne du Coromandel : le facteur temps est la principale dimension du combat; et lorsque la maîtrise du temps vous échappe parce que l'outil dont vous disposez vous en prive, il convient de rechercher les solutions qui précisément permettent de s'en affranchir. C'était, n'en déplaise à Castex et à Grenier, ce que précisément la ligne de bataille, avec toutes ses imperfections, avait tenté de réaliser.

C'est pour cela que le vicomte de Grenier n'a pas réellement marqué son époque. De fait, son traité a été peu étudié même s'il fut parfois cité. Il est vrai que la marine française subit pendant vingt-cinq ans une longue éclipse due au contrecoup de la tourmente révolutionnaire. Si l'amiral Castex lui a consacré quelques pages dans Les Idées militaires de la marine au XVIIIe siècle, c'est parce qu'il avait jugé intéressant d'examiner dans quelle mesure les idées tactiques prêtées au chevalier de Suffren avaient marqué l'art de la guerre navale de son temps. En ce domaine, force est de reconnaître que le marquis d'Amblimont, dont l'expérience fut incontestablement plus riche que celle du vicomte de Grenier, présente un intérêt notablement plus grand.

Il n'en reste pas moins que le mérite de Grenier, comme l'a parfaitement relevé Castex, est d'avoir été le premier à s'intéresser à l'essence du combat naval. Il s'est donc placé plus en philosophe de la guerre navale qu'en tacticien proprement dit. Ses remarques, dont rien ne permet d'affirmer qu'elles ne furent pas partagées par ses contemporains, sont en effet pleines de bon sens. Il était opportun que, dans ce siècle très décrié, un homme de métier osât l'écrire de manière aussi nette, mettant ainsi en garde certains de ses contemporains contre la tentation de succomber au fétichisme de la non-bataille. Notons toutefois que ce qu'il en dit n'est pas du tout contradictoire avec les travaux du père Hoste ni de ceux de Bigot de Morogues dont elles auraient pu servir à présenter pareillement les travaux.

 

Notes:

1 On cite volontiers à ce propos la lettre que l'amiral Jervis adressa en 1806 à lord Howick qui lui demandait son avis sur l'oeuvre de John Clerk of Eldin, dont la 2ème édition de son Essai de tactique navale venait d'être publiée. "Je ne voudrais pas diminuer le mérite de monsieur Clerk que j'ai toujours estimé, mais je vois dans son travail des traces évidentes de compilation des traités français depuis celui du père Hoste jusqu'à celui du vicomte de Grenier. Il serait d'ailleurs difficile pour le plus habile marin et tacticien d'écrire sur la tactique navale sans se rencontrer avec l'un ou même l'ensemble des auteurs français". Cité par Corbett.

2 Tactique navale, Paris, 1765, p. 9.

3 L'Evolution de la pensée navale, présentation par Hervé Coutau-Bégarie, Paris, 1990.

4 L'Art de la guerre sur mer ou tactique navale, Paris, 1787, p. 3.

5 Cours élémentaire de tactique navale, préface page XII, Paris, an X.

6 Voir François Caron, "La stratégie navale au temps de la marine à voile", dans La lutte pour l'empire de la mer, à paraître en 1993.

7 Un vaisseau de 74 canons possédait deux batteries, la première avec 28 canons de 36, la deuxième avec 30 canons de 18; il emportait également 16 canons de 8 sur les gaillards. Un canon de 36 pesait 3 500 kg !

8 Michel Depeyre a consacré au père Hoste une très intéressante étude dans le premier tome de L'évolution de la pensée navale.

9 L'auteur du présent article prépare une étude sur la portée réelle des enseignements tactiques à tirer des batailles de Suffren durant la campagne du Coromandel.

10 Les idées militaires de la marine au XVIIIe siècle, avant-propos.

11 L'art de la guerre sur mer, p. 10.

12 Suffren bénéficia de ces travaux pour se rendre de Port-Louis à Madras en 1781.

13 L'art de la guerre sur mer, p. 1.

14 L'art de la guerre sur mer, p. 342.

15 L'art de la guerre sur mer, p. 1.

16 L'art de la guerre sur mer, p. 2.

17 Id.

18 Id.

19 L'art de la guerre sur mer, p. 4

20 Il s'agit là d'une extrapolation en contradiction avec ce qu'avait suggéré le père Hoste pour qui la ligne n'était qu'une formation de base.

21 L'art de la guerre sur mer, p. 6.

22 L'art de la guerre sur mer, p. 4.

23 Id.

24 L'art de la guerre sur mer, nota 1.

25 L'art de la guerre sur mer, p 7.

26 L'art de la guerre sur mer, p. 51.

27 L'art de la guerre sur mer, p. 8.

28 L'art de la guerre sur mer, p. 4, nota 1.

29 L'art de la guerre sur mer, p. 5.

30 L'art de la guerre sur mer, p. 6.

31 L'art de la guerre sur mer, p. 5.

32 L'art de la guerre sur mer, p. 339.

33 L'art de la guerre sur mer, p. 10

34 L'art de la guerre sur mer, p. 10, nota 2.

35 L'art de la guerre sur mer, p. 17.

 

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