LA PENSÉE NAVALE ITALIENNE

I. GIULIO ROCCO, PRÉCURSEUR OUBLIÉ *

 

Ezio Ferrante

 

 

Dans les ouvrages d'historiographie italienne, l'œuvre de Giulio Rocco est mentionnée succinctement dans l'Enciclopedia Italiana 1 et, de manière plus développée, dans deux études apparues dans la Rivista Marittima 2. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Giulio Rocco n'est pas cité dans l'Enciclopedia Militare 3, ni dans la monographie de L. Radogna4. Il reste donc peu connu en Italie même, et est totalement inconnu en dehors.

La carrière de Giulio Rocco s'est déroulée à l'époque du royaume instable de Murat puis de la restauration des Bourbons. Né en 1775, il fréquente le Collège militaire della Nunziatella à Naples et, en Espagne le Collège de la Marine, selon la coutume de l'aristocratie napolitaine. Dans la marine espagnole, il accéde au grade de capitaine de frégate, puis retourne en Italie dans la marine napolitaine sous le règne de Murat où il remplit les fonctions de chef de bureau et d'attaché au ministère de la Marine et enfin à celle d'Ufficiale di Repartimento, le plus haut grade de la hiérarchie administrative. C'est dans ce dernier poste qu'il publie les Riflessioni sul Potere marittimo, à Naples, chez Angelo Trani, en 1814. Il meurt en 18275.

Cette étude est d'autant plus délicate qu'elle implique une problématique qui ne se laisse pas aisément cerner6. "La gravité du drame stratégique" de la guerre navale7, le blocus continental qui "ruinait non seulement le royaume de Naples, mais aussi les autres pays de la nébuleuse napoléonienne" 8, la paralysie des communications maritimes qui en résultait, "du fait des croisières anglaises qui dominaient sans conteste la Méditerranée" 9 et l'impuissance des "coquilles de noix" napolitaines qui tentaient en vain de s'opposer aux "forteresses flottantes" anglaises, tout cela représente l'arrière-plan historique sur lequel se développe l'œuvre de Giulio Rocco. "Puisque l'utile est la mesure du mérite d'une œuvre précise notre théoricien napolitain, nous ne nous abstiendrons pas d'appliquer nos remarques aux événements de ce royaume lequel selon ce qui sera démontré à son sujet nécessite une attention spéciale à cet égard" 10. C'est un arrière-plan dont l'auteur semble cependant se dégager au moment où il établit une analyse approfondie de la puissance maritime, alors qu'en contrepartie, son personnage apparaît isolé et méconnu des historiens les plus en vue de son temps11.

Giulio Rocco est tout entier dans une œuvre qui fut "peut-être condamnée à l'oubli dès sa parution" comme l'a écrit l'amiral Bettólo dans la préface citée, en ajoutant que c'est à cause de l'instabilité même du gouvernement de Murat12 ; ce gouvernement disparaîtra du fait des changements de la situation internationale et du retour des Bourbons.

En analysant d'un œil critique la "pensée" de Giulio Rocco, il est nécessaire de distinguer, avant tout, une dimension théorique de grande ampleur qui encore aujourd'hui peut susciter des réflexions utiles, d'un souci constant d'ordre pédagogique qui, à partir de principes généraux parfois mis en lumière, s'efforce d'emprunter des règles circonstanciées à mettre quotidiennement en pratique dans la problématique maritime13.

Giulio Rocco écrit dans son "Discours préliminaire" :

"Au cours de nos voyages sur mer, devant tant d'insultes, tant de violences, tant d'atteintes aux biens publics et privés du Pays, la pensée nous est venue quelquefois de maudire l'audace de ceux qui, les premiers, affrontèrent les périls de la mer. Peut-être, avons-nous dit entre nous que ce serait mieux pour le genre humain que cet art de la navigation fût encore à naître, mais puisqu'il existe et que la surface des mers est sillonnée par de nombreuses escadres prêtes à porter la guerre et la désolation sur n'importe quelle côte, elles se rendent indispensables à tous les peuples... les forces navales assurant en premier lieu la sécurité des côtes de leur pays... Ainsi, la voix de la défense du pays se fait entendre impérieusement au-dessus de toute autre considération et exige de tenir prêtes les forces navales... Il ne restera plus qu'à désigner les objectifs à atteindre et les moyens à employer étant donné l'état de déclin où on est parvenu et les difficultés à rétablir les forces et la puissance maritime" (il potere marittimo).

Cette dernière, selon la définition de l'écrivain napolitain,

"est dans le domaine politique la résultante d'une force navale bien organisée et d'une autre force, celle d'une nombreuse marine de commerce ; ce sont ces éléments qui seuls réagissant l'un sur l'autre concourent à la naissance de ce concept de puissance maritime dont les conséquences impérieuses sont connues également de l'intellectuel et de la masse des Nations".

L'essentiel de la puissance maritime consiste donc dans le développement conjugué de la marine de guerre et de la marine marchande ; ce concept fondamental ne manque pas d'être répété dans divers passages où il signale que l'hégémonie sur mer "repose (nécessairement) sur les forces navales appuyées par la prospérité de la marine marchande ; cette force et cette prospérité sont des parties intégrées dans un même ensemble, lesquelles s'aident l'une l'autre. L'accroissement de l'une ne peut se faire sans celui de l'autre" (p. 193).

L'auteur porte constamment son attention sur l'entraînement professionnel du personnel maritime, parce que, "s'il est important d'entretenir des forces navales, il ne l'est pas moins, pour leur efficacité, qu'elles soient commandées par des officiers parfaitement instruits et possédant une expérience suffisante pour mener à bien les opérations navales. Il conviendrait au besoin, d'embarquer des jeunes gens dès l'adolescence sur les navires de guerre afin de leur enseigner la théorie et la pratique du métier" (p. 205) ; en fait Giulio Rocco estime que "la lenteur qui accompagne la formation, le soutien et les progrès de la marine de guerre provient en dernier ressort des nombreux équipages et des aptitudes qu'on exige d'eux pour le bien du service sur les navires de guerre" (p. 62).

A partir d'un tel bilan, on peut facilement remédier "aux inconvénients qui retardent le progrès et l'organisation des forces maritimes" qui, d'après l'auteur, sont ainsi caractérisés : "les coûts de la création et de l'entretien de forces maritimes..., l'obligation de confier le commandement et la manœuvre à des hommes ayant de profondes connaissances et bénéficiant d'une longue expérience dans ce métier" et enfin les problèmes liés "au développement du commerce maritime".

Tout particulièrement, le développement du commerce maritime doit être un des objectifs majeurs de cette "législation maritime", qui dans les projets du théoricien napolitain, doit tendre à protéger "la pleine liberté de la pêche... tout particulièrement la pêche au large, la protection particulière du trafic maritime sur nos côtes, la préférence exclusive donnée au pavillon national dans ce trafic et la défense des privilèges dans le transport de nos marchandises vers l'étranger, le choix des meilleurs systèmes de construction navale pour nos chantiers, la création de ports francs", et enfin "l'incitation et l'encouragement à promouvoir le commerce avec le Levant convenant le mieux à la prospérité de notre marine marchande et à celle de notre richesse nationale (sic), sans encourir le risque de différends politiques" (pp. 197-198).

Après ces considérations relatives à l'établissement et
au renforcement des structures commerciales, Rocco poursuit sa réflexion en parlant des objectifs à donner aux forces navales : "le but de la Marine de guerre peut se limiter à la défense des côtes et à celle du trafic commercial côtier autant que le lui permettront ses propres moyens" (p. 194) ; il envisage une répartition plus opérationnelle de ces moyens : "les forces navales ne doivent pas rester concentrées dans un seul port, mais il convient, après mûre réflexion, de les répartir dans plus d'un point de nos côtes, de manière qu'elles puissent faire facilement jonction à tout moment et au point où les circonstances l'exigeraient". ( p. 200).

Rocco définit ainsi l'essence de la stratégie et de la dissuasion navales : "en temps de paix, le fait qu'une flotte est prête à prendre la mer implique que chacun est tenu de prendre des mesures si jamais il voulait provoquer la guerre" ( p. 89). En outre, "il est nécessaire de disposer, dès le temps de paix, de tous les armements" (p. 206), étant donné que "les secours venant d'ailleurs et les relations politiques que nous pouvons avoir ne doivent jamais nous inciter à ne pas faire tout en notre pouvoir en s'abandonnant entièrement entre les mains de nos alliés. Celui qui a besoin du secours d'un autre, doit nécessairement commencer par s'aider lui-même ; en outre, les leçons de l'expérience et l'exemple de tous les peuples démontrent qu'il n'existe pas assez de moyens pour, à tout moment, unir nos propres espoirs à ceux de nos alliés et que nos propres forces soient la plus sûre garantie de la paix de notre pays" (p. 7).

Ce ne sera seulement qu'au moment où on aura satisfait aux conditions précédentes qu'on pourra penser à la parfaite conquête de la souveraineté sur mer et "celui qui possède la maîtrise des mers, celui-là, inévitablement domine" (p. 192).

Après avoir exposé les conceptions fondamentales de la théorie de la puissance maritime de Giulio Rocco, à travers leurs multiples conséquences, une analyse comparée avec la célèbre doctrine de la Sea Power du commandant Mahan permet de mettre en évidence toute une série de convergences vraiment remarquables.

Au-delà de la simple correspondance de la terminologie14 (le concept de puissance maritime, son influence sur le contexte historique et ses éléments constitutifs ne représentent pas en fait de simples identités verbales purement fortuites entre les deux écrivains, mais laissent transparaître une manière semblable de concevoir la théorie de l'hégémonie sur mer avec ses mécanismes structurels et ses réalisations), nous pouvons en fait établir d'importantes convergences de caractère théorique.

L'écrivain napolitain se place très près du théoricien américain, quoiqu'à un niveau moins éminent, en affirmant que pour la vie d'une nation et pour sa prospérité, la pleine conscience de la valeur incontournable de la puissance maritime revêt l'aspect d'un étroit rapport entre les deux marines militaire et marchande, auquel il ajoute, l'attention tournée vers la formation d'une mentalité sensibilisée aux questions maritimes et la nécessité du développement de l'infrastructure des chantiers navals15.

Les discours moins structurés de Giulio Rocco, l'attention moins nette qu'il porte aux conséquences stratégiques de la maîtrise de la mer, la rare utilisation de l'outil de la recherche historique et enfin l'absence de la notion de lien entre la Stratégie et l'Histoire16 montrent les limites de la pensée du théoricien napolitain sans toutefois en diminuer la rectitude.

La relecture de l'œuvre de Giulio Rocco est fondamentale du point de vue historiographique : elle constitue un précédent italien pour l'étude de la doctrine de la maîtrise de la mer. "précurseur des écrivains les plus en vue de ceux qui ont traité des théories et des conséquences de la puissance maritime", comme l'appelle l'amiral Bettólo, Rocco peut suggérer, une fois de plus, à un observateur attentif des remarques qui ne manquent pas de piquant : "Remontons cependant au moment où le problème s'est posé," conseille cet auteur, "redoublons d'attention et, nous aussi, nous pourrons unir nos efforts et atteindre ce but que nous imposent notre propre sécurité, notre propre intérêt et l'honneur national" (p. 207).

Si le commandant Mahan est l'évangéliste de la Puissance maritime, selon la définition d'un ouvrage célèbre de Margaret Tuttle Sprout17, le penseur napolitain méconnu Giulio Rocco est sans conteste son Jean Baptiste !

APHORISMES

Les réflexions sur la puissance maritime de Giulio Rocco se présentent sous la forme de paragraphes, précédés d'une "Adresse au Lecteur", d'un "Discours préliminaire" et suivis d'une conclusion dans laquelle l'auteur récapitule ses considérations sur la puissance maritime en XXII aphorismes. Nous présentons ici quelques-uns de ces aphorismes qui présentent un caractère et un intérêt plus généraux.

I.

L'opinion des grands hommes affirme et les faits démontrent avec des témoignages probants que celui qui possède la maîtrise de la mer domine le monde sans conteste.

Et ceci est une maxime si vraie et si importante que Monsieur Raynal ajoute à ce qu'il dit des flottes : "Elles prépareront les révolutions, elles conduiront les peuples vers leur destin, elles seront le levier du Monde".

II.

Cette hégémonie repose sur les forces des flottes de guerre, elles-mêmes s'appuyant sur la prospérité de la marine de commerce ; force et prospérité qui sont parties intégrantes d'un même tout et qui, tour à tour se soutiennent.Le développement de l'une ne peut se faire sans le développement de l'autre et, avec la plus grande facilité, on peut se donner une marine de commerce mais on ne peut créer une marine de guerre sans posséder une marine marchande.

III.

Les forces navales paraissent nécessaires à notre Royaume, soit que l'on considère sa situation géographique, soit qu'on suppute ses possibles relations politiques. Se basant sur une telle proposition, on a montré que les faibles forces navales pouvant être entretenues par le Royaume n'étaient pas telles qu'elles puissent éveiller la jalousie de quiconque ; toutefois leur abandon ne le dispenserait pas de prendre part à des conflits internationaux comme le supposent certains et au contraire, cela pourrait faire que le Royaume serait soumis à des conditions contraires à ses intérêts et à son honneur. Nous avons constaté la pénible situation d'avoir été quelquefois contraints de prendre part à des conflits extérieurs nés de la situation géographique du Royaume ; une des nations belligérantes qui domine la politique pourrait profiter pour elle seule des ports et des facilités offerts par nos côtes.

Les ports de nos côtes doivent fournir aux navires de guerre et de commerce, des points d'appui et des mouillages sûrs par tous les temps et aussi pour se mettre à l'abri des attaques de l'adversaire.

IV.

Considérant la position géographique du Royaume, le but de ces forces navales peut se limiter à la défense côtière et à celle de son commerce maritime que lui permet ses propres moyens. Une flottille et des navires de guerre armés en course semblent suffisants pour remplir ces missions et pour s'opposer aux coups de main et aux déprédations des Barbaresques, contre la duplicité desquels il faut se garder, selon ce que nous avons déjà dit en son lieu.

V.

Si ensuite on examine les relations politiques que le Royaume peut ou doit entretenir dans son propre intérêt, il semble nécessaire qu'il possède un nombre limité de navires de guerre de plus fort tonnage pour répondre à cette situation.

Cet ordre des choses ne grève pas fortement le Trésor de l'Etat quand les mouvements de ces navires sont considérés comme négligeables et quand ces mouvements ont lieu uniquement pour apporter un appui aux actions des puissances dominantes

On a même prouvé que l'essor du Royaume n'était pas si limité au point qu'on adopte une doctrine entièrement passive. On doit considérer comme une grave erreur celle qui consiste à tourner son regard uniquement vers le présent ; en regardant vers l'avenir, il faut toujours aller le plus loin possible et préparer les moyens disponibles pour tirer le meilleur parti de tous les événements qui doivent survenir comme l'enseigne l'Histoire, une organisation bien structurée en tire toujours avantage.

Enfin, il n'y a guère de temps que le Royaume a possédé une marine dont toutes les forces réunies étaient en rapport avec les forces de terre.

VI.

On ne doit pas considérer la Marine comme une quelconque force militaire dont la puissance et le mode d'action dépendent uniquement d'idées directrices qui la réglementent en temps de paix et qui prévoient ses mouvements en temps de guerre. La force navale a besoin avant tout de la plus adroite des politiques grâce à laquelle elle peut organiser et redonner vigueur aux principes auxquels elle doit sa spécificité.

En temps de guerre, il lui est nécessaire de posséder plus de méthode que de présomption et de ne pas oublier d'allier l'honneur à ses propres intérêts ; la Marine ne doit pas compromettre ses forces sauf quand elle sera sûre d'avoir l'avantage et les moyens prêts pour réparer les pertes dont souffre toujours le vainqueur lui-même...

Ainsi, le plan général des opérations ne subit pas de retard et ne laisse pas passer les occasions favorables ; en outre, la rigoureuse application d'un même plan et, de plus, la rapidité à profiter de toute occasion utile, constitue la base sur laquelle nous nous appuyons pour remporter de grandes victoires.

Les forces navales présentent un autre caractère particulier qui est celui de leur entretien, lequel n'admet pas de défaillance quelle que soit la situation, puisque les besoins de la navigation coûtent autant en temps de guerre qu'en temps de paix. Comme d'ailleurs la guerre peut éclater d'un moment à l'autre, si nous ne possédons pas de moyens prêts pour la protection du commerce maritime (cette protection revenant d'emblée à la marine de guerre), celui-ci peut subir des pertes considérables ; l'ennemi a ainsi déjà obtenu quelques succès, particulièrement dès l'ouverture des hostilités et avant qu'on soit en mesure de s'opposer à ses attaques.

VIII.

L'élément principal placé au cœur des forces navales est la législation maritime qui exerce sa tutelle sur l'activité de toutes les industries en rapport avec la mer ; toutefois, on doit faire connaître à tout citoyen les avantages qu'apporte à ses affaires le choix du trafic maritime.

IX.

Pour ce qui est de la marine de guerre en particulier, la meilleure façon de conduire ses opérations est de diviser son organisation en deux parties : l'une politique qui est chargée des analyses de toutes les actions en relation avec les objectifs politiques de l'Etat et l'autre, économique, qui concentre l'Administration, la Police, la Discipline et tous les éléments qui entrent dans l'exécution des opérations elles-mêmes ; on peut aussi imaginer une autre organisation également en deux parties dont l'une aurait pour objet l'action et l'autre la préparation des forces.

XII.

Les progrès d'une marine militaire sont nécessairement lents et il faut veiller à les stimuler en même temps que les moyens sur lesquels elle s'appuit ; s'il n'en était pas ainsi, son efficacité ne serait pas durable et n'aurait tout au plus qu'un éclat éphémère, lequel, en dernière analyse ferait plus de mal que de bien à l'Etat.

XVI.

S'il est important pour l'Etat d'entretenir une force navale, il en va de son intérêt de donner à cette dernière des officiers bien instruits et bénéficiant d'une expérience suffisante pour conduire les opérations sur mer à la victoire. Au besoin, il conviendrait peut-être d'embarquer des jeunes gens dès l'adolescence sur les navires de guerre afin de leur enseigner la théorie et la pratique du métier.

XXI.

Même en temps de paix, il est nécessaire de disposer des armements lesquels, outre l'utile protection qu'ils peuvent accorder au commerce maritime, rendent disponibles les navires sur lesquels les officiers peuvent se perfectionner dans l'art des évolutions navales.

XXII.

Toutes les nations, même les plus grandes, ont commencé par ne rien avoir, mais peu à peu, elles sont arrivées à mériter la considération qui leur était due.

Remontons cependant au moment où le problème s'est posé, redoublons d'attention et, nous aussi, nous pourrons unir nos efforts et atteindre ce but que nous imposent notre propre sécurité, notre propre intérêt et l'honneur national.

 

Notes:

1 A l'article "Marina", rédigé par Romeo Bernotti, sous l'égide de l'Istituto italiano per l'Enciclopedia, Rome, 1934, vol. XXII, p. 323.

2 Un éditorial "Il Potere marittimo e Giulio Rocco" et de A. Brauzzi, "Un precursore italiano del Mahan ?", respectivement dans 1955/4, pp. 5-16 et fasc. 1972/1, pp. 61-74.

3 Istituto Editoriale, Scientifico, 6 volumes, Milan, 1933.

4 Storia delle Marina Militare delle Due Sicilie, Mursia, Milan, 1978.

5 une deuxième édition paraît en 1911 aux éditions Mundus, à Rome, avec une préface de l'amiral Giovanni Bettólo et une introduction de Carlo Bruno, directeur général de la Marine marchande.

6 Pour avoir un aperçu du climat d'instabilité qui régnait à Naples à l'époque de Giulio Rocco, il faut consulter Giuseppe Nuzzo, La monarchia delle due Sicilie tra Ancien Régime e Rivoluzione, Naples, 1972 ; Jacques Rambaud, Naples sous Joseph Bonaparte, Paris, 1911 ; Angela Valente, Gioacchino Murat e l'Italia meridionale, Turin, 1965 ; pour ce qui est de l'histoire navale, voir Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon French Revolution and Empire 1793-1812, Londres, 1893 et Général Umberto Broccoli, Cronache militari e marittime del Golfo di Napoli e delle Isole Pontine durante il decennio francese 1808-1815, Rome, 1953.

7 Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, Little, Brown and Company, Boston, 1890.

8 A. Valente, op. cit., p. 300.

9 Vittorio Giuntella, "L'Italia dalle repubbliche giacobine alla crisi del dispotismo napoleonico (1796-1814)" dans AA. VV., Storia d'Italia, vol. III, p. 341, Turin, 1965.

10 Riflessioni, p. 2.

11 Pietro Colletta et Benedetto Croce (respectivement dans Storia del Reame di Napoli dal 1734 al 1825, Capolago, 1834 et dans Storia del Regno di Napoli, Bari, 1925) semblent ignorer le théoricien de la maîtrise de la mer, dont la connaissance aurait probablement contribué à tempérer le jugement sévère de Croce sur la culture napolitaine de la période en question. "En Italie méridionale, pendant la période napoléonienne, l'apport et l'évolution des idées ont été faibles ou nuls et la philosophie, l'histoire et la poésie n'ont produit rien d'important ou d'original" (op. cit., p. 221).

12 Il va de soi qu'avoir restreint presque exclusivement sa vision géopolitique et géostratégique au petit royaume de Naples constitue un désavantage sérieux de l'œuvre de Giulio Rocco face à celle de Mahan.

13 Les sources auxquelles Rocco a déclaré se référer, bien que ce ne soit pas toujours correct, peuvent être retrouvées dans les écrits politiques et dans ceux qui ont trait aux institutions rédigés par l'Abbé Raynal (tout particulièrement Anecdotes historiques, militaires et politiques de l'Europe, 2 tomes, Amsterdam, 1753 et Ecole Militaire, Durand, Paris, 1762) ainsi qu'aux écrits tactiques de John Clerk, An Essay on Naval Tactics, Systematical and Historical, Constable and Co, Edimbourg, et Longman and Pees, Londres, 1804) ; Ce fut un texte qui obtient un réel succès à l'époque, s'il est vrai que "soit directement soit indirectement, les théories de Clerk contribuèrent grandement aux succès dans les guerres de la Révolution française", comme on a pu le lire dans le Dictionary of National Biography, vol. XI, pp. 41-42, Smith, Elder and Co, Londres, 1887. Un aspect intéressant de l'univers mental de Rocco, alors qu'on s'attendait à des citations plus traditionnelles mêmes tirées du texte d'Audibert Ramatuelle, Cours élémentaire de Tactique dédié à Bonaparte, Baudouin, Paris,1802.

14 Il est toujours profitable d'avoir présente à l'esprit la remarque de Clausewitz pour qui "C'est dans la nature des choses que toutes les terminologies et toutes les expressions qui font partie d'un système, perdent de leur justesse, si tant est qu'elles en eurent réellement, quand on les sort de leur milieu pour les employer comme des axiomes universels ou comme des fragments de vérité servant de preuve plus efficace". Vom Kriege, Berlin, 1834 - traduction faite par l'état-major de l'Armée, service historique, Rome, 1942, vol. I, p. 160.

15 A.T. Mahan, The Influence of Sea Power upon History, déjà cité et particulièrement pp. 26, 28, 34, 38, 45, 70 et 73.

16 En fait, selon les enseignements de Mahan : "L'histoire d'une part implique des études stratégiques et d'autre part, illustre les principes de la guerre grâce aux événements qu'elle transmet" (p. 13) et "le fait de déclarer d'une façon vague et générale que la puissance maritime a eu une grande importance est une chose bien différente de celle de la démonstration du résultat d'une telle influence sur des circonstances particulières".

17 Margaret T. Sprout, "Mahan : l'apôtre de la puissance maritime" dans Les Maîtres de la Stratégie, sous la direction d'Edward Mead Earle, Flammarion, Paris, 1987, vol. 2, pp. 156-192.

 

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