LA PENSÉE NAVALE ARGENTINE

 

Contre-amiral Fernando A. Milia

 

 

Analyser la pensée navale de pays possédant une forte identité nationale, une tradition maritime affirmée, des industries navales bien développées et qui ont vécu pendant des siècles face à la mer, peut se limiter à énoncer les noms de leurs écrivains ainsi que les titres de leurs œuvres en précisant et en définissant les écoles auxquelles ils se réfèrent.

La question est différente s'il s'agit d'un pays jeune où ne se rencontrent pas ces conditions : traditions, développement économique et peuples maritimes ; alors énoncer des noms d'auteurs et analyser les écoles dont ils se réclament peut n'être pas suffisant.

Pour ces pays, et l'Argentine est l'un d'eux, il serait plus sage et plus expédient de faire précéder l'analyse d'une description du contexte dans lequel les auteurs se sont formés intellectuellement et matériellement et dans lequel ils se sont trouvés confrontés aux problèmes à résoudre. Telle est la méthode que nous suivrons pour préciser la pensée navale argentine.

Comment se présente l'Argentine ?

Si nous remontons le cours de l'histoire à la recherche d'une proto-Argentine nous rencontrerons immanquablement la vice-royauté du Rio de la Plata, fondée par le roi Charles III d'Espagne en 1776. Cette création était l'expression d'un dessein géopolitique certain : contenir l'avance luso-brésilienne vers le bassin du Rio de la Plata et plus particulièrement ce qui aujourd'hui est l'Uruguay.

Ce pays était vide. A la fin du XVIIIe siècle, dans ce qui aujourd'hui est le territoire argentin, vivaient 250 000 habitants comprenant des indigènes, des créoles et des Espagnols. Deux siècles plus tard, ce vide persiste et avec une superficie égale à cinq fois la France, ce territoire n'a aujourd'hui que 33 millions d'habitants. Il faut ajouter que la région de l'Argentine la plus intéressante du point de vue maritime, la Patagonie, couvrant un tiers de la superficie du pays, n'est peuplée que de 700 000 âmes, soit une densité de moins d'un habitant au kilomètre carré. Ce qui revient à dire qu'un Argentin sur cinquante vit au bord de la mer et cela illustre un déséquilibre démographique peu favorable à la naissance d'une conscience maritime.

Le réveil maritime argentin

La colonie du Rio de la Plata était la plus pauvre de l'empire espagnol. Cependant à cause des raisons géopolitiques et stratégiques qui ont dicté sa création, Buenos Aires accueillit beaucoup d'officiers de marine dont plusieurs nés à la colonie y revenaient après avoir fait leurs études et servi en Espagne. La capitale n'était rien d'autre qu'un village, sous-développé et pauvre ; dans ce contexte, le petit cercle des officiers de marine cultivés se distingua et exerça une influence considérable, dont une conséquence fut la création de l'Escuela de Naútica del Real Consulado 1. Pendant l'invasion, le chef de la résistance et de la reconquête fut le capitaine de vaisseau Santiago de Liniers*.

Au début du XIXe siècle, la colonie assista à une démonstration en vraie grandeur de l'influence de la puissance maritime. Après la conquête de l'Afrique du sud, alléguant l'attitude soi-disant favorable de l'Espagne aux idées napoléoniennes, les Britanniques décidèrent de s'emparer du Rio de la Plata. C'est dans ce but qu'ils envoyèrent une force expéditionnaire à partir du Cap, laquelle s'empara de Buenos Aires et de Montevideo en 1806 ; après ce succès initial, curieusement, les Britanniques furent repoussés et mis en déroute par la petite garnison locale renforcée par les milices levées à la hâte. Les Britanniques revinrent à l'assaut en 1807 avec une force encore plus puissante mais, à nouveau, ils furent vaincus. Candido de Lasala, un des marins espagnols né dans la colonie (il appartenait à l'infanterie de marine) fut un de ceux qui succombèrent en défendant sa ville natale. Près du Circulo Militar, sur la place de Buenos Aires qui porte son nom, un petit monument rappelle cet événement23.

Les premières forces navales

La guerre d'indépendance hispano-américaine débuta en 1810. Des gouvernements révolutionnaires furent institués presque en même temps à Mexico, Caracas, Santiago du Chili et Buenos Aires ; en 1811, seul celui de Buenos Aires était encore en place. La Primera Junta, comme l'histoire argentine l'appelle, commit une profonde erreur "aggravée par la suite par l'imprévision des hommes du mouvement de Mai lesquels, dans ces conditions, firent preuve d'une ignorance absolue. Comment qualifier le comportement de la Junte quand on ne donnait aux officiers de la Marine royale qu'un délai trop court de vingt-quatre heures pour qu'ils rejoignent Montevideo... Ce fut la méconnaissance de l'importance de la puissance navale qui conduisit les autorités à livrer à l'adversaire une des armes les plus redoutables de la guerre" 4.

Quand on s'aperçut de l'erreur, la Junte se hâta de former une flottille qui, sous le commandement du capitaine Juan Bautista de Azopardo, fut prématurément détruite sur le rio Parana en face de San Nicolas par des navires de guerre espagnols sur lesquels servaient des officiers de marine expulsés de Buenos Aires l'année précédente. Plus tard, il devint nécessaire d'improviser des états-majors et de recruter des équipages pour la toute récente Marine argentine. C'est alors que quelques capitaines créoles accédèrent à des commandements, tels Leonardo Rosales et Tomas Espora parmi les plus connus ; toutefois la majorité provenaient d'Amérique du nord, de l'Angleterre, de France et même dans un cas de Grèce.

Parmi eux, se détache la figure symbolique et imposante de Guillermo Brown, un Irlandais qui, peu avant, était arrivé dans le rio de la Plata comme marin marchand ; il s'installa finalement à Buenos Aires où il créa un foyer et, entre deux combats, s'occupa de travaux publics et fut même gouverneur de Buenos Aires. Il a été le personnage de la marine le plus en vue et peut-être le plus populaire des personnalités officielles entre 1814 et 1842, année où il livra ses derniers combats contre Giuseppe Garibaldi. Il accéda au grade d'amiral pendant la guerre d'Indépendance contre les forces navales espagnoles (1813-1814) ; de 1815 à 1816, il fit la guerre de course dans le Pacifique et entre 1826 et 1828, la guerre contre l'empire brésilien. Dans toutes ces campagnes, il fut victorieux alors qu'il combattait en état d'infériorité numérique pour la gloire de sa patrie d'adoption.

Après la paix avec le Brésil en 1829, la France et la Grande-Bretagne se montrèrent très intéressées par la région du Rio de la Plata ce qui se traduisit par des expéditions navales franco-britanniques en 1829, 1833, 1843, 1845. Au cours de cette dernière année, il y eut un événement marquant, que l'histoire argentine appelle le "vol de l'escadre" perpétré par les marines française et britannique. Par la suite, la France et la Grande-Bretagne firent amende honorable et rendirent quelques-uns des sept navires en saluant le pavillon argentin de 21 coups de canon ; cet épisode avait ébranlé l'organisation de la petite flotte et provoqué la dispersion des équipages.

En 1852, Rozas tomba et de 1853 à 1860, une guerre civile divisa le pays en dressant la province de Buenos Aires contre les autres provinces. Comme à la fin de la guerre civile à Rome, il y eut plusieurs batailles d'Actium dans les eaux du Parana et du Rio de la Plata. Peu de temps avant la réunification du pays, la guerre de la triple Alliance éclata, dressant le Paraguay contre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay ; la petite escadrille argentine combattit à l'ombre de la puissante marine brésilienne. La fin de cette guerre en 1868 marqua aussi celle de l'époque où la Marine était encore inorganisée et disparate.

Un éducateur, homme politique, militaire occasionnel et brillant écrivain, Domingo Faustino Sarmiento, devint en 1868 Président de la République. En 1870, il fonda le Colegio Militar et, en 1872 il créa l'Escuela Naval Militar. Pendant son gouvernement l'Argentine acquit en Grande-Bretagne ses premières unités à coque métallique et propulsion à vapeur. Sarmiento en personne s'attacha à développer la première base logistique de la Marine5 dont il fut le chef après avoir remis son mandat présidentiel.

Ainsi, par ce biais, commença une période, celle de la Generación de 80, au cours de laquelle l'histoire de l'Argentine et de sa Marine de guerre tourne une page.

La pauvre Argentine devient riche

En 1860, le conflit qui avait séparé Buenos Aires des autres provinces une fois réglé, va commencer pour l'Argentine un demi-siècle de progrès exceptionnels. Pendant la présidence de Sarmiento, le pays était encore très pauvre avec une population de 2 500 000 habitants, en majorité analphabètes à cause de l'isolement extrême, conséquence des interdits de l'empire espagnol, de la guerre et de la dictature. L'identité culturelle de la population était forte du fait que 80 % ou même plus des Argentin d'origine avaient leurs quatre grands parents nés au pays.

Les apports de devises de l'Argentine provenaient de l'exportation de la viande séchée, des cuirs, des laines et du crin ainsi que de petites quantités de minerais. Jusqu'en 1870, le critère qui permettra d'évaluer les changements postérieurs concerne les exportations de blé panifiable en provenance du Chili ; les tribus indigènes dominaient presque toute la Patagonie jusqu'à 200 kilomètres au sud-ouest de Buenos Aires. L'Argentine ressemblait à un archipel de petites cités insulaires, reliées entre elles par une ébauche de réseau de chemins. Les grands fleuves n'étaient pas utilisés et Sarmiento dans son Facundo nous avertit que, pour les créoles, "ils n'étaient pas des chemins mais des obstacles".

Au début du XXe siècle, le pays était déjà un des plus grands producteurs du monde de grains et de viandes ; on avait construit des ports modernes, établi plus de 40 000 kilomètres de voies ferrées, ouvert les fleuves au trafic international, battu les tribus indigènes et fait entrer la Patagonie dans la civilisation alors que l'analphabétisme était réduit dans des proportions égales à celles que connaissait l'Europe. L'Argentine était ainsi devenue l'un des dix pays les plus riches du monde ; ses exportations et ses importations atteignirent plus de 3 % du commerce mondial et sa population avait triplé.

Un tel progrès avait son revers : l'apport de l'immigration qui constituait la plus grande partie de la main-d'œuvre égalait la population argentine ; en 1905 la moitié des habitants de Buenos Aires ne parlait pas espagnol. Du fait que ces immigrants s'installèrent en majorité dans la pampa húmeda * s'étendant sur un arc de cercle de 500 kilomètres de rayon autour de Buenos Aires, il y eut ainsi deux masses de population isolées l'une de l'autre et représentant deux pays : l'un blanc, blond, tourné vers le monde extérieur et la modernité et l'autre, créole, brun, replié sur lui-même, une sorte de réserve de nationalité : ce partage règne encore aujourd'hui et la Patagonie, région face à la mer, représente la partie la plus vide du pays.

C'est ce pays rénové qui accueillit les diplômés de l'Escuela Naval Militar récemment créée.

Vers une grande Marine

L'Argentine des dernières années du XIXe siècle fut confrontée à un nouveau défi. Le Chili, pays alors riche et fort qui venait de vaincre le Pérou et la Bolivie dans la guerre du Pacifique (1879-1884) (ou guerre du nitrate), avait des vues sur toute la Patagonie, le détroit de Magellan et la Terre de Feu. Cette menace donna une impulsion vigoureuse au programme naval argentin ; la richesse récemment acquise par le pays lui permit de se doter de navires modernes. Le noyau de l'escadre resta constitué par 4 croiseurs cuirassés achetés en Italie6 complétés par une importante flottille d'unités de moindre déplacement.

Le spectre de la guerre ayant disparu et la paix confirmée par les Pactos de Mayo (1902), la Marine se retrouva avec un ensemble important de navires mais pas d'ennemi en vue. C'est ainsi que 2 cuirassés presque achevés en Italie furent vendus au Japon qui les aligna contre les Russes à Tsoushima7.

Les hommes de cette nouvelle Marine se retrouvèrent avec une étendue de côtes de plus de 5 000 kilomètres appartenant indiscutablement à l'Argentine et le long de laquelle seuls les levés hydrographiques du capitaine Fitz Roy datant du premier tiers du XIXe siècle permettaient de naviguer ; c'est ainsi que l'hydrographie devint une des activités les plus prestigieuses des officiers de marine. Ils éprouvèrent en même temps le sentiment de contribuer au développement de la Patagonie et de la Terre de Feu ; la participation essentielle de la Marine consista à établir une ligne de cabotage pour les transports militaires ; cette ligne se révéla être un moyen exceptionnel pour l'entraînement à la navigation des commandants et des jeunes officiers ; l'organisation a perduré sous cette forme et sous sa dénomination de Transportes Navales.

Vers la Marine de notre temps

La première guerre mondiale entraîna quatre événements qui eurent une influence considérable sur l'évolution de la pensée navale argentine. Le premier fut inévitablement la guerre elle-même dont l'importance frappa les marins de tous les pays, mais encore beaucoup plus les Argentins qui étaient en train d'apprendre l'art de maîtriser leur puissance navale. L'Argentine resta neutre et cela fit naître un débat au cours duquel, pour la première fois, l'opinion commença à réaliser que le pays était désormais, du point de vue maritime, très vulnérable, son commerce extérieur s'étant rapidement développé.

Le deuxième événement fut la démocratisation de la vie politique argentine, conséquence d'une loi qui porte le nom du président qui la négocia et la promulga : Roque Saenz Peña.

Un troisième événement fut la mise en service de deux cuirassés construits dans des chantiers nord-américains qui devaient remplacer les unités vendues au Japon ; ils étaient beaucoup plus évolués techniquement que ceux cédés au Japon et pouvaient rivaliser avec ceux de n'importe quelle marine de premier ordre pour leur déplacement et pour leur armement. Les ARA Moreno et ARA Rivadavia restèrent au centre de toute la pensée navale argentine pendant un tiers de siècle ; la doctrine stratégique et tactique fut structurée en fonction de leur utilisation et ces unités furent pour le peuple argentin en général et pour la Marine en particulier le symbole de la puissance maritime.

Le quatrième événement se présente sous la forme d'une série de deux conférences données le 8 et le 12 juin 1916 à l'Instituto Popular de Conferencias, dépendant du journal La Prensa, par un capitaine de frégate de quarante ans, Segundo R. Storni, diplômé de la 21e promotion de l'Ecole navale. Le thème de la conférence, Los Intereses Marítimos Argentinos était tout un programme concernant le développement de notre pays en tant que puissance navale. Au cours de la première conférence, le commandant Storni définit ces intérêts comme une vision politique inspirée de Mahan et de Ratzel et termina par un appel au "réveil au sein du peuple argentin des idéaux maritimes". La seconde conférence eut pour titre : Politique navale argentine, problèmes de défense nationale par la mer et permit à Storni de développer l'aspect de la défense par la Marine.

Selon Storni, la puissance maritime comporte deux aspects principaux : la puissance navale et les intérêts maritimes, ces derniers étant présentés par la production nationale exportable, les secteurs commerciaux et les lignes de communication que ceux-ci créent, la marine marchande, la construction navale, la pêche, les côtes et les ports et enfin les îles Malouines8 et la mer argentine9. La force et la cohérence de la proposition, la caution et la diffusion d'un des plus importants journaux (La Prensa) portèrent le nom de Storni sur le devant de la scène, renforçant le prestige dont bénéficiait déjà la Marine. Dans les années d'après-guerre, (1925-1928), Storni contribua à l'élaboration de la doctrine juridique concernant les eaux territoriales en utilisant des critères très originaux et il fut le véritable précurseur de la ZEE (Zone Economique Exclusive) et, de ce fait, ces travaux eurent un renom mérité à l'étranger.

Cependant Storni était destiné à avoir une influence encore plus grande dans la formation de la pensée navale argentine. Avec le grade de capitaine de vaisseau, il exerça les fonctions de chef d'état-major général de la Marine de 1926 à 1928. Après avoir atteint le grade de contre-amiral, il occupa à nouveau ce poste de 1932 à 1933.

Le groupe naval des rénovateurs

Entre 1920 et 1930, la Marine continua à bénéficier de l'esprit de progrès qui avait été sa caractéristique depuis 1860, en particulier en ce qui concerne le développement des armes aéronavale et sous-marines. On commença à envoyer à l'étranger des officiers pour s'entraîner dans ces nouvelles armes et on choisit de préférence les Etats-Unis ; toutefois, la première division de sous-marins fut de conception italienne et pour les avions on fit appel à la France et à l'Italie.

A la fin de la décennie, le ministre de la Marine nomma une commission pour réorganiser la Marine en tenant compte de son expérience propre et de celle de l'étranger. L'initiative vint de l'état-major général qu'avait dirigé Storni, à qui on confia la réorganisation. Quand les travaux de la Commission Storni atteignirent leur objectif, le président Hipolito Irigoyen fut destitué et pendant presque deux ans, de septembre 1930 à février 1932, un gouvernement militaire à la tête duquel était le général José Felix Uriburu conduisit le pays. Dans la Marine, le changement de politique aboutit à un renouvellement presque total des cadres supérieurs. Storni étant étranger à ce coup d'Etat, il rétrograda au troisième rang de la hiérarchie mais la Marine resta dirigée par un groupe possédant un esprit rénovateur et créatif, conforme à la pensée de Storni.

Le gouvernement constitutionnel suivant choisit le capitaine de vaisseau Eleazar Videla, de sept ans plus jeune que Storni, comme ministre de la Marine. Videla apporta au Groupe rénovateur naval10 (Grupo Renovador Naval) l'appui politique et le budget nécessaires pour sa réalisation de ses projets.

Dans ce bref espace de six années, beaucoup de réalisations virent le jour ; il suffit de dire que toutes les idées de Storni exposées dans ses déjà fameuses conférences de 1916, eurent l'occasion de se matérialiser. Une industrie navale nationale privée et publique fut créée ; on réorganisa et on renforça l'Aéronavale et l'Infanterie de Marine ; on développa une structure logistique qui effaça l'effet négatif de l'isolement de l'Argentine pendant la guerre mondiale. Pour notre propos, les organisations qui naquirent sous l'influence des idées exprimées dans cette époque si vivante, sont d'une grande importance : ce furent la Ligue navale argentine (Liga Naval Argentina), organisation civile sans but lucratif qui eut la tâche de promouvoir le "réveil au sein du peuple argentin des idéaux maritime" suivant l'expression de Storni ; l'autre institution fut l'Ecole de Guerre navale, créée en 1934.

Un Athénée naval actif

L'Ecole de Guerre Navale devint un centre intellectuel actif de formation et de recherches dans les domaines stratégique, tactique, logistico-économique et de droit international. L'Ecole eut en même temps la faculté d'éditer des travaux grâce à son propre atelier d'imprimerie. Une des éditions qui eut le plus de succès fut celle des Théories stratégiques de l'amiral français Raoul Castex11, dans une traduction complète et très soignée ; à cette œuvre, il faut ajouter une des premières traductions espagnoles de De la guerre, de Karl von Clausewitz.

Ces deux monuments eurent une influence considérable sur la formation de la pensée navale argentine. Il y eut une autre influence, celle d'un groupe de conseillers navals nord-américains dont l'assistance commença peu après la création de l'Ecole et dura jusqu'aux années soixante-dix, ce qui fit dire au présent auteur dans un autre travail que le résultat fut un "mélange de champagne et de bourbon". En revanche, la théorie et la doctrine furent essentiellement propres à l'Ecole. Jusqu'à ces derniers temps, il n'a pas été aisé de donner les noms des auteurs parce que l'Ecole de Guerre navale ne les nommait pas dans ses éditions ; cette tâche est encore plus difficile parce que la majorité des travaux édités comporte un frontispice de couleur : vert (secret), bleu foncé (confidentiel), jaune (diffusion restreinte). A l'annexe I de cet article, on trouvera la liste des travaux édités considérés comme non réservés.

A partir de 1984, le critère des contributions académiques a changé et désormais les noms des auteurs sont donnés. Cependant, la liberté pratiquement absolue demeure ; les professeurs et les élèves peuvent fonder leurs travaux sur les théories et les doctrines de l'Ecole ou sur celles qui viennent de l'étranger. L'Ecole de Guerre Navale publie une revue semestrielle non réservée12.

Depuis l'époque du Groupe rénovateur Naval, la Marine argentine a eu pour règle de faire appel aux universités pour instruire dans la mesure du possible ses officiers. La première manifestation de cette politique fut la convention passée avec l'Université de Buenos Aires grâce à laquelle la Marine collabora intellectuellement et matériellement à la création des filières d'ingénieur électronicien, ou d'ingénieur mécanicien ou chimiste des explosifs et des fluides propulsifs. Des années plus tard, le mouvement politique à l'université rendit impossible les études pour les boursiers de la Marine dans les cours qu'elle avait contribué à développer grâce à des subsides et à des professeurs. Les mêmes difficultés se produisirent avec l'Université de la Plata où par la suite la Marine subit le même ostracisme.

C'est alors que la Marine décida de créer une université ad hoc, non comme auparavant au sein de l'université, mais avec le caractère d'une institution privée et indépendante. C'est ainsi que, depuis 1964, l'Institut technologique de Buenos Aires est une vraie Grande Ecole * qui offre un excellent niveau pour les ingénieurs et les administratifs. Dans le même esprit qui consiste à "ancrer" la formation des cadres dans les universités, depuis 1982, l'Ecole de Guerre navale enseigne une partie des cours de commando à l'Université Belgrano.

L'Ecole de Guerre navale continue de poursuivre activement l'objectif qu'a fixé Storni de contribuer à l'"Eveil au sein du peuple argentin des idéaux maritimes". Dans ce but, elle a établi un plan de conférences et de cours qui se donnent dans tout le pays sous le titre de "L'Argentine et la mer" et accessibles sans restrictions.

Les temples où se prêche la pensée navale argentine

Comme nous l'avons dépeint, Segundo R. Storni fut l'Evangéliste de la puissance maritime de l'Argentine et un des lieux où on prêche cet évangile et où se développe l'apologétique correspondante se trouve à la Ligue Navale Argentine et dans sa revue Marina créée en 193513.

L'intermédiaire le plus ancien et le plus actif est le Centre Naval (Centro Naval), organisme privé, créé le 4 mai 1882 par un groupe de jeunes officiers, diplômé de l'Ecole navale militaire (Escuela Naval Militar) fondée par Sarmiento. Dans son acte de fondation, le Centre naval avait le caractère de projet culturel. Cent dix années plus tard, il exerce des activités sportives, de préférence nautiques, mais il continue à privilégier les buts culturels.

L'expression la plus marquante est le Bulletin du Centre naval (Boletín del Centro Naval) créé en même temps que le Centre. Ce Bulletin a paru sans interruption depuis 110 ans et sa collection est peut-être la source la plus importante de la pensée navale argentine ; non seulement des officiers de marine argentins y collaborent, mais aussi des officiers des autres armées et aussi des militaires étrangers. Le Bulletin est l'intermédiaire préféré des diplomates et des politiques qui se spécialisent dans les domaines de la stratégie et de la tactique, ainsi que des relations internationales et des sujets traitant de la théorie des guerres ; il est complété par un index thématique et des auteurs qui couvre les 110 ans d'existence de cette publication. La Direction fait les recherches désirées gratuitement et fournit les copies des articles à des prix raisonnables14.

Depuis 1924, le Centre naval, parallèlement à l'édition de la revue elle-même, publie des ouvrages dans la Bibliothèque de l'officier de marine (Biblioteca del Oficial de Marina). En 1962, le Centre naval créa des éditions indépendantes qui se substituèrent au Bulletin pour la publication d'ouvrages. Il s'agit de l'Institut des publications navales (Publicaciones Navales), qui produit quelque huit titres par an, tant des traductions d'auteurs étrangers que des ouvrages écrits par des Argentins15. Dans l'Annexe II, nous donnons une liste de quelques titres parmi les plus marquants.

Les géopoliticiens16

L'action des géopoliticiens sud-américains possède une vigueur qui peut surprendre. Selon nous, son origine doit être cherchée dans les dimensions géographiques. Les Sud-Américains sont confrontés à une géographie faite de terres immenses où le nombre des habitants est extrêmement faible ; ici, l'espace possède un sens très différent de celui qu'il a en Europe. C'est dans cette dernière, extrêmement peuplée, que naquit le concept de lebensraum, l'espace vital pour lequel on doit lutter pour survivre et se développer. En revanche, en Amérique du sud, l'espace ne manque pas et le problème est plutôt d'occuper l'espace libre : l'unbewohnungraum. Juan Bautista Alberdi, le père de la Constitution argentine, qui s'intéressa également à la géopolitique vers les années 1860, utilisa une expression frappante qui ne serait pas concevable chez un homme politique européen : "Gouverner, c'est peupler".

Il existe cependant une exception, le Chili, pays soumis à une géographie démente selon les termes de Subercaseau ; l'originalité chilienne est caractérisée par l'apparition précoce d'une école géopolitique fondée vers 1825 par Diego Portales et Mariano Egaña. Depuis ces années jusqu'au très contemporain Pinochet (lui-même géopoliticien), ce pays a toujours eu une ferme doctrine géopolitique17. Le Brésil a montré qu'il n'était pas en reste, puisque dès 1810, il possédait également une conception géopolitique affirmée qui s'exprime aujourd'hui par la doctrine des "frontières vivantes"18. La connaissance des doctrines géopolitiques chilienne et brésilienne ne peut être ignorée si l'on veut comprendre celle de l'Argentine qui se développa en réponse aux initiatives de ses deux puissants voisins19.

La pensée géopolitique argentine contemporaine se manifeste par les œuvres et les articles cités dans l'Annexe II. Dans son aspect maritime, elle se déploie suivant trois axes : vers l'Atlantique sud, vers l'Antarctique et vers le bassin de la Plata. La reconnaissance que l'on doit à Storni apparaît dans l'emploi d'expressions telles que intérêts argentins dans le bassin du rio de la Plata (amiral I.F. Rojas) ou intérêts argentins dans l'Antarctique (contre-amiral Rodolfo Panzarini).

Après Storni, l'auteur de référence dans ce domaine, pour la profondeur de ses recherches, ses nombreux travaux et ses cours magistraux est, sans conteste, le contre-amiral Jorge A. Fraga. Parmi son importante bibliographie, nous citerons : La Argentina y el Atlántico Sur, IPN,1963, El Mar y la Antártida en la Geopolítica Argentina, IPN, 1980 et enfin, Antártida-Reserva Ecológica, IPN,1992. Dans le catalogue de l'Editorial Pleamar, éditeur spécialisé dans le domaine géopolitique, on relève les noms de Rey Balmaceda, Dellonegra, Rizzo Romano, Osiris Villegas, Fogg, Cuadri, Moneta et Milia. Dans les auteurs édités par l'Institut des publications navales, on doit retenir, outre Fraga, Panzarini, Casella, Daus, Mazzoni. Parmi les éditions de la Fondation argentine des études maritimes (Fundación Argentina de Estudios Marítimos, FAEM), se détachent les noms de Villemur, Morell, Guevara et de Arcos. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un auteur argentin, on ne peut passer sous silence l'ouvrage de Coutau-Bégarie, traduit par le présent auteur pour l'Institut des Publications navales (IPN)19.

Cette liste concerne les auteurs qui ont travaillé sur les axes géopolitiques Atlantique et Antarctique. il faut aussi citer ceux qui se sont intéressés à l'axe Bassin de la Plata ; c'est alors que se manifeste l'intérêt de l'amiral Isaac F. Rojas pour cette région avec son ouvrage Intereses Argentinos en la Cuenca del Plata qui bénéficia de trois éditions en 1969, 1974 et 1975. Son œuvre suivante est La Ofensiva Geopolítica Brasileña en la Cuenca de la Plata, paru en 1979, qui montre un grand intérêt pour les leçons de Juan B. Alberdi au XIXe siècle et aussi pour la pensée du contre-amiral Portillo au milieu du XXe siècle. Boscovitch, Dallanegra et Aseff se situent dans le sillage de Rojas et, pour être complet sur ce thème, on ne doit pas négliger deux numéros spéciaux du Boletín del Centro Naval : 760-G-10, 42', De Rosario al Mar, du capitaine Bruno Pellizzetti et 763-G-11,
La Hidrovía Paraguay-Paraná, Factor de Integración, un document exhaustif de 442 pages, qui rassemble les travaux de plus de trente auteurs rassemblés par le regretté Jorge de Tomasi sous notre direction.

On ne peut clore cette énumération d'auteurs et d'œuvres sans citer le général de division Juan E. Guglialmelli qui, par le biais de sa revue Estrategia, apporta une notable contribution à la pensée géopolitique argentine, y compris à l'interprétation de Storni et de son école ; malheureusement après sa mort, Estrategia cessa de paraître20.

Les historiens21

Les historiens ne sont pas à la naissance de la pensée mais ils recueillent et qualifient les faits et les idées qui sont les conséquences de la pensée des époques passées et, ce faisant, exercent une influence sur la pensée contemporaine et la projettent dans le futur. Comme dans les autres aspects des travaux intellectuels, dans ce domaine il existe des contributions fondamentales, complémentaires et périphériques ; arrivé à ce point, nous allons nous limiter aux deux premières.

La bibliographie fondamentale concernant l'exemple argentin présente une originalité : un de ses textes les plus importants fut rédigé par celui qui exerça son influence sur le monde naval au cours de la première moitié du siècle de l'indépendance de l'Argentine, l'amiral Brown lui-même22 ; ce texte fut écrit par l'amiral à la demande du général Bartolomé Mitre. Les autres travaux qui complètent cette bibliographie fondamentale sont, selon notre critère, ceux de Anjel Justiniano Carranza23, Teodoro Caillet-Bois24, Hector R. Ratto25 et Laurio H. Destéfani qui dirigea la monumentale Historia de la Marina Argentina dont le dixième et dernier volume est en cours d'impression au moment où le présent travail est rédigé26.

Parmi les auteurs de la bibliographie complémentaire, nous relevons les noms suivants par ordre alphabétique : Santiago Albarracín (1885-1929), Alvaro Alzogaray (1782-1879), Luis E. Arguero, Pablo E. Arguindeguy*, Mercedes Azopardo, Ernesto Basilico (1893-1979), Mariano Beascochea (1869-1943), Felipe Bosch (1897-1971), Ismael Busich Escobar, Humberto F. Burzio (1895-1980), Luis D. Cabral (1865-1919), Aldo N. Canceco*, Arturo Celery (1872-1945), Oscar Kinsick, Fermin Eleta*, Raúl Entraigas, Cándido de Eyroa, Ernesto Fitte, Leoncio Gianello, Enrique González Lonzieme*, José Tomás Guido (1819-1902), Francisco Lynch (1795-1884), Juan Hilarión Lenzi, Juan A. Martin (1865-1963), Francisco Morell*, Rodolfo A. Muzzio (1893-1976), Ricardo Piccirilli, Enrique J. Pierrou*, Vicente Quartarolo*, José G. Romano Yalour, Juan C. Sidders*, Antonio Somellera, Luis D. Ugarte, Héctor Tanzi* et Benjamin Villegas Basavilbaso27.

La pensée tactique

L'analyse de l'index thématique des 110 premières années du Boletín del Centro Naval nous permet de dresser le tableau ci-dessous des collaborateurs argentins :

Il est facile de déduire que, dans les premiers temps postérieurs à l'Escuela Naval Militar, l'intérêt se portait surtout sur les thèmes tactiques, dont le nombre dépassait de beaucoup les thèmes stratégiques. Cela confirme notre assertion : nous apprenions l'art d'utiliser notre puissance navale (la tactique) et nous ne nous préoccupions pas pleinement d'étudier son emploi (stratégie).

Années

Tomes

Thèmes

   

Stratégiques

Tactiques

Pourcentage

1882-1907

1 - 25

4

67

1/17

1908-1933

26 - 60

2

73

1/36

1934-1955

51 - 75

5

40

1/8

1956-1982

76 - 100

13

16

1/1

1983-1992

101 - 109

49 (136*)

25 (69*)

2/1

* Chiffres extrapolés de 9 à 25 années afin de pouvoir comparer les dernières années avec les cent précédentes.

La proportion commença à changer à partir de 1960 et aujourd'hui, on publie beaucoup plus d'études stratégiques que tactiques, bien que ces dernières se soient maintenues au même niveau qu'il y a cinquante ans. Nous ne trouvons pas d'explication, nous n'avons que des présomptions pour cette véritable explosion des études stratégiques ; il est probable que l'effet Malouines a été pour quelque chose et il se peut aussi que les événements politiques à l'échelle mondiale aient ajouté leur influence. La disproportion entre les études stratégiques et les études tactiques que l'on constate actuellement n'est qu'apparente. Ce qui s'est produit, c'est qu'après la période d'apprentissage de l'art tactique, virent le jour les doctrines et les méthodes particulières, celles qui n'apparaissent pas encore dans le Boletín ou dans d'autres revues, mais dans des publications sous les couvertures vertes, bleues ou jaunes.

Cependant, on peut trouver des études tactiques qui ne sont pas réservées dans Desembarco, Mach 1 et, tout particulièrement dans le Boletín del Centro Naval. En comparant les articles d'avant et d'après la période 1928-1932, on vérifie que les premiers étaient tournés vers la description et l'intégration des armes et des systèmes nouveaux, en soulignant fortement leurs possibilités. Dans la Marine postérieure à Storni on considère comme acquis que les systèmes ont été étudiés dans les écoles de spécialités. C'est pour cette raison que les auteurs ne s'occupent que des perfectionnements dans l'emploi tactique de ces systèmes.

Dans ce domaine, on relève une série d'articles sur la conduite de tir à la mer que publia le lieutenant de vaisseau Adolfo B. Estévez dans le Boletín del Centro Naval entre 1943 et 1944 ; cet officier termina sa carrière comme vice-amiral et secrétaire d'Etat à la Marine. La doctrine non formulée dans cette série d'articles devint en fin de compte le fondement mathématique de la Doctrina y Normas para uso de la Artilleria qui resta en vigueur jusqu'à l'emploi du radar de réglage de tir. Par la suite, on constata une volonté de raffiner dans l'approche du thème tactique, par exemple : les rapports annuels sur les "Sistemas de Armas navales" du capitaine de vaisseau Reverter, "Entre luces Y sombras" et "Daños catastróficos" du capitaine de vaisseau Alimonda, "la Armada del año 2002" de l'amiral Arosa, "la Guerra de las Galaxias" et "Las Armas Nucleares" du capitaine de frégate Funes, "La represalia contra Libia" du capitaine de vaisseau Imperiale, "Una nueva dimension táctica, Táctica y Metatáctica" et "Una nueva Ave Fénix" du contre-amiral Milia, "Evolución tecnológica y reglamentos tácticos" du docteur Murguizur, "Ataque al Sheffield" du contre-amiral Garcia Boll, "El último día de la Ardent" de "Ala Delta".

La guerre des Malouines fut une incitation à écrire des articles, pour la plupart rédigés par des protagonistes et qui ont paru dans le Boletín del Centro Naval, Mach 1, Desembarco, Gaceta Marinera, dès 1983. Les travaux sur les malouines aurait dû être beaucoup plus nombreux et s'ils ne l'ont pas été, cela est probablement dû à ce que le tribunal militaire constitué à l'occasion de cette guerre n'ayant cessé de siéger qu'il y a peu, la documentation fut d'accès restreint et les participants tenus de s'abstenir de publier leurs idées. Il est probable qu'aujourd'hui, on verra la parution de nouveaux témoignages intéressants.

La participation à la guerre du Golfe permit à l'Argentine de s'intégrer dans les opérations Escudo del Desierto et Tormenta del Desiertio avec un destroyer, deux corvettes et un transport ; cela permit de vérifier, au cours des opérations avec les grandes marines, que notre niveau technique est plus qu'acceptable.

La pensée stratégique

La pensée stratégique argentine naquit avec la Révolution de Mai. Il existe un document curieux et anonyme, intitulé Plano que manifiesta las Operaciones que el Gobierno Provisional de las Provincias Unidas del Río de la Plata debe poner en prática para la Grande Obra de nuestra Libertad i Independencia * qui exprime ce que nous nommerions aujourd'hui Plan général d'opérations. Certaines personnes affirment son authenticité et en attribuent la paternité à Mariano Moreno, secrétaire de la Première Junte. A l'opposé, certains le qualifient d'apocryphe et soutiennent que ce n'est qu'une description a posteriori du phénomène révolutionnaire. Quoi qu'il en soit, ce document souffre de "simplisme terrestre", ce qui explique l'erreur commise lors de l'expulsion vers Montevideo des marins de la Marine royale, créoles ou non, dont nous avons déjà parlé. Cela démontre un défaut de conscience maritime.

Depuis les invasions anglaises jusqu'à 1860, les objectifs navals étaient simples et essentiellement défensifs. Le pouvoir à cette époque était faible et ne prévoyait que la défense du Río de la Plata et le Bas Paraná. L'offensive était limitée à des attaques de corsaires, souvent couronnées de succès à la surprise de tous, mais représentaient des actions ponctuelles et sporadiques comme le sont toutes celles de la guerre de course. Par la suite, la pensée se divisa en deux tendances distinctes ; l'une englobe les théories et les doctrines étrangères et le résultat se manifeste par des textes destinés à l'enseignement dont nous ne nous occuperons pas ici ; l'autre exprime la pensée créatrice et originale qui peut avoir son fondement dans des théories étrangères mais qui intéresse les problèmes nationaux ou bien montre une vision nationale des problèmes stratégiques étrangers. C'est cette seconde tendance que l'on va examiner.

Les préoccupations qu'on voit apparaître au cours des vingt-cinq premières années du Boletín del Centro Naval (du tome 1 de 1882 au tome 25 de 1907), seuls quatre articles tous engagés dans la réalité stratégique du Río de la Plata les expriment. le premier a pour titre "Martin Garcia y los Elementos Navales" (tome I, p. 85) : son auteur, le lieutenant Santiago Albarracín, parle de l'île qui fut l'objectif de nombreuses opérations navales et amphibies. Un autre, sous un pseudonyme qui reste mystérieux, Nautilus, traite du thème "La Marina de Guerra Nacional y la Defensa del Rio de la Plata" (tome 8, p. 135) qui montre que cette question est au premier rang des préoccupations. Dans cette période, paraissent deux articles de Félix Dufourq, un officier qui eut un rôle important dans l'évolution qui amena la Marine argentine vers le XXe siècle ; le premier article a été écrit alors qu'il n'était que lieutenant et a pour titre "Guerra Marítima en el Río de la Plata" (tome 5, p. 257) ; quand paraît le second article, Dufourq est capitaine de frégate et montre la nécessité de ne plus se borner au Río de la Plata ; il formule une nouvelle politique qui consisterait à établir des bases vers le sud, loin du Río de la Plata ; ce travail s'appelle "Estrategia naval" (tome 17, n° 188, p. 25)28.

Au cours des vingt-cinq années suivantes (1907-1932), la guerre russo-japonaise et la première guerre mondiale occupent les esprits. Aucun article ne paraît concernant la conjoncture stratégique propre dans le Boletín del Centro Naval ou dans la Revista de Publicaciones Navales ; mais en 1916, Segundo R. Storni fait les conférences déjà commentées ci-dessus et leur importance suffit pour combler le vide de cette période. Dans la période qui va de 1933 à 1957, les études stratégiques prennent un tour qui oriente les recherches vers les signes avant-coureurs de la deuxième guerre mondiale, puis son déroulement et ses conséquences.

L'année 1960 marque une tentative de dépassement dans la pensée stratégique navale argentine. L'examen de la collection du Boletín del Centro Naval retient "Un Análisis de nuestro tiempo" du capitaine M. (pseudonyme de Manuel Moranchel, 78/643/223) ; ce même auteur, qui est en réalité le capitaine de vaisseau M. Moranchel, a publié "El Mar, factor de dominación político-militar" (83/651/180), puis "Equilibrio de poder o confederacion de potencias ?" (83/675/178). "Ronda al Hemisferio Sur", est un travail du capitaine de frégate (aujourd'hui vice-amiral de réserve) Jorge Desimoni (87/680/319). Le capitaine de frégate Pedro C. Florido (88/682/001) a rappelé "El aspecto estratégico de la explotación petrolífera en el Río de la Plata", point crucial de la géostratégie argentine.

Deux années plus tard, (90/692/287) alors qu'il était capitaine de frégate, José Maria Cohen a développé "Tres Temas de Estrategia naval" qu'il interprète brillamment et d'une façon cohérente jusqu'à nos jours du haut de sa chaire à l'Ecole de Guerre navale. En 1979, le Boletín a publié notre travail "Ciencia, Ética y Estrategia", (97/721/597) puis, l'année suivante "Una Estrategia para nuestra supervivencia como nación libre" 1(98/724/267) du capitaine de frégate R.A. Correa et devenu capitaine de vaisseau, José Maria Cohen, "Las Opciones occidentales - El caso Sud-Atlántico" (98/ 724/305) qui est le texte de sa contribution à un symposium international stratégique qui eut lieu à Buenos Aires et dont il était le directeur. Un travail du contre-amiral Edmundo J. Schaer, "Bases para el desarrollo de un estudio sobre estrategia nacional marítima y la conducción de operaciones navales" (100/732/217) clôture les cent premières années d'édition du Boletín.

En 1962, le Centro Naval créa l'Instituto de Publicaciones Navales (IPN) qui depuis a eu une politique aussi active que déterminée dans l'édition. En 1965, l'Instituto nous fit l'honneur de publier notre Estrategia y Poder Militar, qui fut le premier livre d'un auteur argentin dans la collection Estrategia. Dans l'Annexe II, on trouvera d'autres œuvres écrites par des auteurs nationaux.

Nous, Sud-Américains, avons la réputation d'être des "machistes", c'est pourquoi je pense que le lecteur sera surpris quand il saura que parmi la douzaine d'auteurs argentins qui écrivent dans le domaine stratégique, trois femmes se distinguent, dont Eva Nelly Chiesa, docteur en sciences politiques, chercheur au Consejo Nacional de Investigaciones Científicas y Técnicas (CONICET), politiste avertie et qui contribue à d'importants congrès en Argentine et à l'étranger. Son champ d'action est celui de la stratégie nucléaire et ses travaux paraissent fréquemment dans le Boletín et aussi dans des publications européennes et nord-américaines. Le docteur Monica Pinto travaille dans le même domaine, plus particulièrement sur le désarmement, mais son optique est plus juridique que politique. La plus jeune des trois est Virginia Gamba qui a soutienu une thèse de doctorat dans une Université britannique ; son domaine est la guerre des Malouines, à propos de laquelle elle a publié quatre livres, le dernier en collaboration de Lawrence Freedman.

Il nous faut revenir en arrière jusqu'en 1946, date très importante pour la pensée maritime argentine. Précisément cette année-là le premier gouvernement péroniste inclut dans son Plan quinquennal un plan de développement naval très complet ; cette action retira la qualité de secret (vert) à une publication de l'état-major général naval intitulée Política y Plan Naval, en vigueur depuis 1942. Malheureusement, comme pour toutes les publications officielles sur un sujet naval, on ne pouvait identifier les auteurs, mais la tradition orale retint les noms de Héctor Vernengo Lima et de Alberto Teisaire, alors respectivement capitaine de vaisseau et capitaine de frégate. La publication dans son ensemble est une brillante analyse géostratégique de l'Argentine et de la mer, qui culmine avec des plans de développement de la flotte ainsi que d'autres concernant des points d'appui de surface et aéronavals. Les conceptions de cette publication eurent une influence tant directe qu'indirecte sur la pensée navale postérieure.

Dans Política y Plan Naval, on mettait en avant l'idée de l'acquisition de porte-avions pour la première fois clairement et officiellement. Ce plan ne fut mis en vigueur qu'en partie pour des raisons diverses. La principale d'entre elles concerne le président Péron qui, convaincu que la troisième guerre mondiale éclaterait avant 1950, fit de son mieux pour gaspiller très rapidement et sans planification valable les énormes devises accumulées par le pays pendant la deuxième guerre mondiale. En 1950, l'Argentine se retrouva démunie et la Marine avec un matériel provenant des surplus de guerre sans valeur militaire véritable et sans subsides pour réaliser ses projets. Il y eut une autre cause, la discorde entre les deux auteurs du plan qui devinrent des ennemis politiques : vernengo Lima, quand il fut vice-amiral, se mit à la tête de l'opposition qui, en 1945, s'éleva contre le colonel Péron alors en pleine ascension. Teisaire devenu contre-amiral rallia le général Péron qui le choisit comme vice-président.

Il est nécessaire de terminer ce paragraphe par une nouvelle allusion à l'Ecole de Guerre navale ; à la fin des années cinquante, on renforça le Curso superior ce qui eut pour effet de remettre en valeur les études stratégiques. Cette tendance alla en s'amplifiant après 1980 et les responsables sont ceux qui entrent dans l'Area Estratégica, dont le chef est le capitaine de vaisseau Gustavo Zago, de qui dépendent les Catedras de Conducción Superior de las Fuerzas navales (vice-amiral Rodolfo Remotti) Estrategia general (docteur Federico Frischknecht), Estrategia militar (contre-amiral Mario S. Lanzarini), Estrategia operacional (capitaine de vaisseau José Maria Cohen), Geopolítica (contre-amiral Jorge Fraga) et Inteligencia estrategica (capitaine de corvette Otto A. Krapf).

Les Centres d'études stratégiques

En 1971, la Marine prit une mesure administrative appelée à avoir une influence très importante dans la pensée navale argentine. Il s'agit de la création du Centro de Estudios Estratégicos, qui est un organe de recherches caractérisé par une grande stabilité de ses instances directrices, ce qui lui a permis de développer une action continue. En vingt et un ans d'existence, il n'a eu que trois directeurs ; le Centre fut organisé sous notre direction et notre successeur fut le contre-amiral Julio Acuña, remplacé par le contre-amiral Francisco L.D. Morell, actuel directeur.

Le président du Centre est naturellement le chef d'état-major général de la Marine, le vice-président est le directeur de l'Ecole de Guerre navale. L'état-major est constitué de conseillers spéciaux et de conseillers adjoints et le Centre est situé dans l'immeuble de l'Ecole de Guerre navale, tout en dépendant de l'état-major général de la Marine.

Le directeur et un secrétaire sont chargés des tâches exécutives et les projets sont réalisés grâce à des séminaires de recherches ou de groupes ad hoc. Ces séminaires et groupes de travail se composent de conseillers et de chercheurs étrangers au Centre. Les travaux sont en majorité considérés comme secrets ou confidentiels, mais il en existe qui sont accessibles au public (non protégés) ; parmi ces derniers, le Boletín del Centro Naval en a publié trois, dans diverses éditions spéciales. L'Annexe IV donne les titres des travaux de caractère non protégé et les noms des auteurs qui ont collaboré à l'action du Centre depuis sa fondation.

En guise de conclusion

Arrivé à ce point une sensation d'inachevé nous saisit. Il nous semble que nous n'avons pas suffisamment explicité la particularité que possède la géostratégie de l'Argentine. Sur la terre que nous habitons et dont la surface est couverte au trois quarts par les océans et les mers, les Argentins vivent à l'extrême sud de l'hémisphère austral, où la proportion entre les terres émergées et les mers est de 90 % en faveur de ces dernières. En partant de l'extrême pointe méridionale de notre pays, nous pouvons faire le tour du monde sans rencontrer de terre.

Dans cette partie du monde, la mer est si présente que seuls deux attitudes conviennent : ou bien compter avec elle, ou bien lui tourner le dos. En Argentine, nous avons une logique qui hésite entre deux situations, conséquence d'une volonté nationale indécise qui n'arrive pas à se concrétiser.

Nous sommes conscients que depuis la fenêtre que nous avons prétendu ouvrir, le paysage que présente la pensée navale argentine peut paraître quelque peu chaotique. Cela est lié à notre comportement national pendant les soixante dernières années. Il semblerait qu'aujourd'hui nous sommes à même de retrouver la volonté et l'ordre qui, à la fin du XIXe siècle, nous permirent d'occuper un rang où nous eûmes la considération des nations. Quand cela arrivera, il sera plus aisé de faire de la stratégie en Argentine au service d'une volonté nationale affirmée.

ANNEXE I - ECOLE DE GUERRE NAVALE
Ouvrages non protégés d'auteurs argentins

* Fundamentos de Táctica Naval, T.N.38, auteur non identifié, 1951.

* Estrategia, n° 11/51958, vice-amiral Carlos A. Garzoni, 1958.

* Estrategia, 504, contre-amiral Mario S. Lanzarini, 1967.

* Introducción a las disciplinas humanísticas, J. Vidiella, Lic. Let.

* Historia de las operaciones navales, capitaine de frégate José Muratorio Posse, 1980.

* Arquitectura de pequeños sistemas, capitaine de corvette Juan C. Brown, 1985.

* Comentario sobre planeamiento militar, P.M.503, capitaine de vaisseau Miguel C. Guruceaga.

* Manual del Oficial en Comando táctico, capitaine de corvette Juan C. Brown, 1984.

* Manual del Arbitro, capitaine de corvette Juan C. Brown, 1984.

* Estrategia, Contribution Académique n° 10, Doct. Federico Frischnecht, 1986.

* Estrategia militar, Contribution académique n° 11, contre-amiral Mario S. Lanzarini, capitaine de vaisseau José Maria Cohen, doct. Frischnecht, 1987.

* Estrategia operacional, Contribution académique n° 12, capitaine de vaisseau J.M. Cohen, capitaine de vaisseau Ventura Reverter, capitaine de vaisseau G. Montenegro, 1987.

* Estrategia, Contribution académique n° 20, contre-amiral Lanzarini, Doct. Frischnecht, capitaine de vaisseau Cohen, capitaine de frégate Alonso, lieutenant colon Laiño, 1988.

* Estrategia operacional, Mise à jour des chapitres I et II, Contribution académique n° 12, contre-amiral Lanzarini, contre-amiral (IM) Luis E. Tartara, capitaine de vaisseau Reverter, capitaine de vaisseau (IM) Juan A. Plaza, Doct. Frischnecht, contre-amiral R.L. Pertusio, 1989.

* Estrategia, Contribution académique n° 30, Doct. Frischnecht, contre-amiral Lanzarini, capitaine de vaisseau J.M. Cohen, 1991.

* Conduccion estratégica operacional, Contribution académique n° 32, capitaine de vaiseau J.M. Cohen, contre-amiral Lanzarini, Doct. Frischnecht.

* Estrategia militar, Contribution académique n° 41, Doct. Frischnecht, contre-amiral Lanzarini, capitaine de vaisseau J.M. Cohen.

* Recursos humanos, Doct. E. Groba, 1990.

ANNEXE II - INSTITUT DE PUBLICATIONS NAVALES

Ouvrages des auteurs argentins les plus significatifs

* Estrategia y Poder militar, Femando A. Milia, 1965.

* La Sub-sociedad argentina, Carlos Mazzoni, 1968.

* El Territorio olvidado, Alberto O. Casellas, 1974

* Geografía y unidad argentina, Federico A. Daus, 1978.

* La Antártida - Un Malabarismo político, Alberto O. Casellas, 1981.

* Historia del Centro naval en su Centenario, Enrique González Lonzièmo, 1983.

* La Antártida y el Atlantíco Sur, Jorge A. Fraga, 1983.

* La Armada Argentina en la Antártida, Enrique J. Pieurrou, 1985.

* El Conflicto - Analisis Estructural, Femando A. Milia, 1985.

* La Cooperacion Argentina - Brasil - Núcleo Impulsor de
la Integracíon Latinoamericana,
Mario E. Olmos, 1986.

* La Alterniva Oceánica, Alberto O. Casellas, 1987.

* Cronicón de un marinero, Hernán Alvarez Forn, 1988.

* Guía para el Ejercicio del Mando naval, Ariel F. Bianchi, 1990.

* Política nuclear argentina, Carlos A. Castro Madero, et Esteban A. Tackas, 1991.

* Satélitos (dos tomos), Néstor A. Dominguez, tome 1, 1990 ; tome 2, 1992.

* La Antártida : Reserva ecológica, Jorge A. Fraga, 1992.

ANNEXE III - LA PENSÉE GÉOPOLITIQUE ARGENTINE

Ouvrages et articles choisis

* Introducción a la Geopolítica argentina, Emilio R. Isola et Angel Carlos Berra, Circulo Militar, 1950.

* Qué es la Geopolítica ?, Jorgo E. Atendo, Pleamar, 1965.

* Tiempo geopolítico argentino, Osiris G. Villegas, Pleamar, 1965.

* El Espacio argentino, Pablo R. Sanz, Pleamar, 1976.

* Teoría y Doctrina de la Geopolítica, Hector O. Gómez Rueda, Astrea, 1977.

* Geopolítica argentina, Guillermo A. Terrera, Plus Ultra, 1979.

* La Atlantártida, Femando A. Milia, Pleamar, 1979.

* El Conocimiento geopolítico, José F. Marini, Pleamar, 1980.

* El Colonialismo intelectual, Femando A. Milia, Pleamar, 1983

* Ensayos de Geopolítica, Jorge A. Fraga, IPN - Centro Naval, 1985.

* Revue Estrategia, Juan E. Guglialmelli (articles) :

- N° 46/47, "Geopolítica en la Argentina".

- N° 57 "Argentina, Geopolítica y Fronteras".

- N° 66 "Energía y Geopolítica".

ANNEXE IV - CENTRE D'ÉTUDES STRATÉGIQUES

Autorités et travaux de caractère public

A) Publications non protégées

* Doctrinas internacionales vigentes sobre Fondos

marinos y Mar territorial. 1974

* Soberanía argentina en la Antártida. 1974

* Las Marinas mercantes s del Area socialista. 1979

* El Brasil en el Frente marítimo del Atlántico Sur. 1980

* Frontes marítimos del Atlántico Sur. 1981

* Políticas do EE.U.U. y la URSS. en Africa *. 1983

* La Argentina y el Atlántico Sur *. 1983

* Un Punto de Vista político-estratégico (épuisé). 1983

* Expansión mundial marxista*. 1984

* Oceáno Pacífico, Seminario. 1985

* Rutas marítimas argentinas - Cabotaje marítimo. 1986

* Conclusiones Seminario Océano Pacífico ** . 1987

* Atlantíco Sur - Exposiciones Seminario **. 1989

* Reflexión política estratégica mundial hasta el Año 2000. 1990

* Hidrovía Paraguay- Paraná**. 1991

B) Autorités

Présidents : contre-amiral Emilio R. Berisso, David H. de La Riva, Adriano J. Roccatagliata, Horacio J. Gomez Beret, Osacar A. Montes, Manuel J. Garda Tallada, vice-amiral Julio A. Tort, contre-amiraux José N. Estévez, Hulbert J. Barbuzzi, Juan J. Lombardo, Leopoldo Suarez del Cerro, Edgardo A. Otero, vice-amiral Carlos P. Carpintero, contre-amiraux Raúl A. Marino, Maximo E. Rivero Kelly, Antonio J. Mozzarelli et vice-amiral Juan Carlos Bou.

Directeurs : contre amiraux Fernando A. Milia, Julio A. Acuña et Francisco L.D. Morell.

Secrétaires généraux ou techniques : capitaine de frégate Carlos M. Ianni, capitaine de frégate (Méc), Jorge A. Iriberry, capitaine de vaisseau Hugo D. Labate et capitaine de frégate Federico C. Garriga.

Notes:

1 Humberto F. Burzio, Historia de la Escuela naval, tome I, Livres I et II, Departamento de Estudios Históricos Navales, Buenos Aires, 1972.

2 Fernando A. Milia, "The Argentine Navy Revisited", Naval History, p. 25, hiver 1969.

3 Fernando A. Milia, "La Armada - Un Perfil socio-histórico", Boletín del Centro Naval, n° 758-759, p. 489.

4 Benjamin Villegas Basavilbaso, "El Almirante Brown en nuestra Historia", conférence donnée au Centre naval à Buenos Aires le 7 octobre 1916, reproduite dans le Boletín del Centro Naval, n° 712, juillet-septembre 1977, pp. 433 et sq.

5 Le premier arsenal de la Marine fut situé sur les terrains qui aujourd'hui se partagent le Musée naval de la Nation et une filiale du Centre naval, dans la localité de Tigre, à 30 kilomètres au nord-est de Buenos Aires, à la limite occidentale du delta du Parana.

6 ARA 9 de Julio, ARA Belgrano, ARA Pueyrredón et ARA Garibaldi.

7 Les ARA Moreno et Rivadavia devinrent les Mishin et Kasuga ; voir Miguel A. de Marco, "Guerra ruso-japonesa y la Argentina", Boletín del Centro Naval, n° 763, hiver 1991.

8 Dans sa conférence, Storni s'estime satisfait et même fier de l'amitié avec l'Angleterre, mais il affirme que "la restitution des îles, sans qu'il y ait par là la moindre atteinte à la grandeur et au pouvoir britanniques, chasserait l'unique nuage qui reste dans le ciel de l'amitié du peuple argentin pour le peuple anglais ; ce serait un gage sûr pour l'avenir". Cette citation permet de juger jusqu'à quel point pouvait aller l'attitude ferme de l'élite et du peuple argentin sur la question des Malouines-Falkland.

9 Segundo R. Storni, Intereses argentinos en el Mar, Centro Naval, Instituto de Publicaciones Navales, réédition de 1967, p. 68. Une traduction française est prévue, dans le cadre du présent programme.

10 il faut préciser un point : l'expression Groupe Rénovateur Naval est celle de l'auteur et si ses tenants pouvaient lire cet article, ils nieraient avec force avoir constitué un groupe, une élite ou quelque chose de semblable. Nous sommes convaincus que ce groupe se forma spontanément au sein de la structure hiérarchique, en n'obéissant qu'à l'attirance exercée par une même idéologie.

11 Hervé Coutau-Bégarie, Castex le stratège inconnu, Economica, Paris, 1985. Du même auteur, La puissance maritime. Castex et la stratégie navale, Fayard, Paris, 1985, p. 230. Ce dernier ouvrage a été traduit par l'Instituto de Publicaciones Navales.

12 On peut se procurer auprès de la Direccion de la Escuela de Guerra naval, Avenida del Libertador n° 8071, Buenos Aires, une information plus détaillée et on obtiendra une réponse rapide si la demande est faite en espagnol, français, anglais ou portugais.

13 L'adresse de la Liga Naval Argentina et de sa revue est : Reconquista, n° 383, 3e étage, Buenos Aires, Argentina.

14 Le directeur du Boletín del Centro Naval est le vice-amiral (R) Rodolfo A. Remotti, Florida n° 826, 1er étage, Buenos Aires (1005), Argentina.

15 Le président de l'Instituto de Publicaciones Navales est le contre-amiral (R) Gonzalo Bustamente, Avenida Cordoba, n° 354, Buenos Aires (1054) Argentina.

16 Ce paragraphe est établi suivant les renseignements fournis à notre demande par M. Andrès Bravo, fondateur de l'Editorial Pleamar et directeur de revue Geopolítica.

17 Fernando A. Milia, Colonialismo intelectual, Editorial Pleamar, Buenos Aires, 1983, p. 205.

18 Fernando A. Milia, ibid, p. 192.

19 Cf H. Coutau-Bégarie, Géostratégie de l'Atlantique Sud, PUF, Paris, 1985. traduction espagnole mise à jour, Instituto de Publicaciones Navales, Buenos Aires, 1988.

20 Le groupe qui fut dirigé par Guglialmelli avant que celui-ci ne disparaisse, a continué à prôner son point de vue dans la Revista argentina de Estudios estratégicos, calle Viamonte, n° 494, bureau 11, Buenos Aires.

21 Ce paragraphe s'appuie sur une note ad hoc qui a été rédigée à ma demande par le contre-amiral (R) Pablo E. Arguindeguy.

22 Guillermo Brown, général des troupes de Marine, "Memorandum de las Operaciones Navales de la República Argentina desde el año de 1813 hasta la conclusion de la Paz con el imperio del Brasil en el año de 1828, redactado segun observaciones personales y los diarios de oficiales". Il fut publié à l'origine sous la forme d'un feuilleton dans la Revista del Plata, 1854. Une traduction du document original en anglais a été faite par le colonel José Tomas Guido. Une deuxième édition parut dans la Revista de Publicaciones navales, Buenos Aires, 1912 et une troisième édition bilingue pour la Comision de Homenaje à l'occasion du centenaire de la mort de l'auteur, Academia Nacional de la Historia, Buenos Aires, 1957.

23 Anjel Justiniano Carranza, Campañas navales de la RepúbIica argentina, 4 volumes, 2e édition, Departamento de Estudios Históricos Navales, Buenos Aires, 1962.

24 Capitaine de frégate Teodoro Caillet-Bois, Historia naval argentina, Emecé, Buenos Aires, 1944.

25 capitaine de frégate Hector R. Ratto, Historia del Almirante Brown, 3e édition annotée, Instituto des Publicaciones Navales del Centro Naval, Buenos Aires, 1978.

26 Divers auteurs, sous la direction du contre-amiral Laurio H. Destefani, Historia maritima argentina, 10 tomes, Departamento de Estudios Históricos Navales, Buenos Aires, 1978-1992.

27 Les numéros entre parenthèses indiquent les dates de naissance et de décès et leur absence montre que ces auteurs sont des contemporains. Les astérisques signalent les auteurs qui ont collaboré à l'Historia Marítima Argentina, signalée à la note précédente.

28 Dorénavant, nous citerons les travaux parus dans le Boletín au moyen de trois chiffres, le premier correspond au volume, le second au numéro et le troisième à la page.

 

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