LES PENSEURS NAVALS HOLLANDAIS

 

 

Bruno et Jean-Pierre Colson

 

 

Les Provinces-Unies furent, au cours de la première moitié du XVIIe siècle, la première puissance commerciale et maritime du monde. Une flottille de pêche en mer du Nord assurait les bases de leur prospérité et ramenait une telle quantité de poissons qu’on disait la ville d’Amsterdam bâtie sur des arêtes de harengs. Dans les Indes orientales, les Hollandais conquirent un empire qui se révéla plus riche et plus durable que celui de l’Espagne en Amérique. De 1639 à 1853, ils furent les seuls Européens avec qui les Japonais entretenaient des contacts directs. Nombreux sont les termes de navigation empruntés au néerlandais, tels “bâbord” (bak-boord), “beaupré” (boegspriet), “fret” (vracht), etc. Même en Angleterre, beaucoup de marchandises coloniales arrivaient sur des navires hollandais. La rivalité commerciale entre les deux nations conduisit à un choc inévitable. Anglais et Néerlandais se disputèrent la maîtrise des mers lors de trois guerres successives, de 1652 à 1674.

En 1666, le célèbre amiral Michel de Ruyter affronta le duc d’Albemarle au cours de la bataille des Quatre Jours, le plus grand choc naval du siècle. Les Anglais, bien rangés, appliquaient des instructions de combat très strictes. Au contraire, les Hollandais, aux dires d’un témoin français, “avançaient à la façon d’une cavalerie dont les escadrons quittaient les rangs et chargeaient séparément”. Le fougueux Cornelis Tromp en particulier, se jeta sur l’ennemi sans en avoir reçu l’ordre. Mais le génie tout intuitif de de Ruyter rétablit la situation et offrit finalement aux Provinces-Unies la plus grande victoire navale de leur histoire. Un an plus tard, de Ruyter remonta la Tamise jusqu’à Chatham, incendia plusieurs navires et provoqua une panique générale à Londres.

Durant les guerres de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et de Succession d’Espagne (1700-1715), la flotte néerlandaise brilla davantage par le courage de ses équipages que par l’habileté tactique de ses commandants. Les amiraux van Almonde et Callenburgh n’atteignirent pas, comme tacticiens, le niveau de leur maître de Ruyter. Ils se montrèrent même relativement inférieurs à leurs contemporains Tourville et Torrington. Au début du XVIIIe siècle, les officiers de marine néerlandais manquaient de connaissances théoriques sur la guerre navale. La discipline et l’organisation militaire étaient déficientes et un véritable esprit militaire ne se rencontrait que sur quelques navires. Alors que les Britanniques et les Français commençaient à voir la nécessité d’une formation théorique pour leurs officiers, les Hollandais négligèrent leur marine après la paix d’Utrecht et jugèrent inutile toute modification de leurs habitudes.

Naissance d’une pensée navale : Schrijver, Van Bylandt et Vaillant

L’amiral Cornelis Schrijver (1686-1768) fut le premier à se plaindre de cette situation d’inertie. Il fustigea l’ignorance de ses compatriotes. Il écrivit plusieurs mémoires sur l’état de la flotte et devint le conseiller du prince Guillaume IV d’Orange pour les questions navales1. Dans son rapport de commandement des années 1747-1748, il vanta les connaissances théoriques des officiers français. Il s’efforça dès lors de faire traduire les meilleurs traités navals étrangers, essentiellement français, et de les diffuser en Hollande2. La plupart de ses contemporains se montrèrent indifférents ou hostiles à son projet. Certains applaudirent cependant, et en premier lieu le comte Lodewijk van Bylandt (1718-1793).

Celui-ci était un des rares officiers de marine dont l’amiral Schrijver avait loué les connaissances et le zèle, après l’avoir vu servir sous ses ordres dans les Antilles. Van Bylandt participa à des expéditions contre les Barbaresques et se battit contre les Anglais de 1781 à 1783. En 1767, il avait fait paraître le premier ouvrage néerlandais de tactique navale3. Il s’agissait essentiellement d’une traduction de la Tactique navale du Français Bigot de Morogues4. La première partie de l’ouvrage décrivait les formations et les manœuvres lors des batailles, à l’aide de croquis. La seconde détaillait les signaux et les manières de les utiliser. Van Bylandt ajouta des annexes à l’ouvrage de Bigot et le simplifia, en particulier à propos des signaux5. Bien que coûteux, le manuel de van Bylandt connut un grand succès et fut vite épuisé. Ce fut pendant plusieurs années le seul ouvrage néerlandais où les officiers de marine pouvaient apprendre la tactique6.

En 1786, le capitaine Jan Olphert Vaillant (1751-1800) suivit l’exemple de van Bylandt7. Il publia un Traité de l’effet du vent et de la mer sur les navires qui était en partie la traduction d’un autre ouvrage français, Le manœuvrier de Bourdé de Villehuet8. Rappelons que ce dernier, comme Bigot de Morogues, prônait la traversée de la ligne adverse mais se distinguait par son insistance sur l’abordage9.

Au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, plusieurs mesures furent prises qui contribuèrent à renforcer le professionnalisme des officiers de marine hollandais : la solde fut fixée de manière plus précise, on instaura des examens d’avancement, un uniforme fut introduit et une Ecole de marine (Kweekschool voor de Zeevaart) fut mise sur pied. En 1781 parut le premier traité néerlandais sur les signaux pour une flotte de guerre10. Il rompait avec la pratique ancienne où l’emplacement du signal déterminait la signification. Cela entraînait un progrès certain dans la tactique navale, au moment où les Britanniques et les Français faisaient de même.

Van Kinsbergen : les Fondements de la tactique navale

Jan Hendrik van Kinsbergen (1735-1819) fut le premier Néerlandais à écrire un traité original de tactique navale. Il était le fils d’un sous-officier d’infanterie d’origine allemande. A l’âge de neuf ans, il fut enrôlé par son père et participa à la guerre de Succession d’Autriche. Après la paix d’Aix-la-Chapelle, il fréquenta une école populaire. Il s’y découvrit une passion pour la marine après avoir lu une biographie de de Ruyter. Découvrant les dons et l’intelligence de son fils aîné, son père parvint à lui faire suivre à l’université de Groningen des cours de langues, de navigation, de mathématiques. A quinze ans, Jan Hendrik fut nommé aspirant. Il eut l’occasion de servir sous van Bylandt. En 1770, à l’invitation de Catherine II, il se mit au service de la Russie. Il accomplit de nombreux faits d’armes, dont le plus célèbre fut le combat du 2 septembre 1773 en mer Noire. Avec cinq navires, il brisa la ligne ennemie et coula le vaisseau amiral turc. Il aurait à cette occasion appliqué les manœuvres préconisées dans ses Fondements de la tactique navale, qu’un de ses lieutenants publiera plus tard et sur lesquels nous reviendrons. Cet exploit lui valut l’ordre de Saint-Georges et le titre de “héros de la mer Noire”11.

Il regagna les Provinces-Unies en 1775 et reprit du service. Il fut chargé de négocier la paix avec le Maroc. Sa réputation l’y avait précédé et il s’acquitta brillamment de cette mission. Le 5 août 1781, il commandait un vaisseau de ligne de 48 pièces sous les ordres de l’amiral Zoutman à la bataille du Doggersbank contre les Anglais. Bien qu’inférieurs en nombre, les Hollandais résistèrent et contraignirent leurs adversaires à se retirer. Kinsbergen fut salué comme un des vainqueurs du Doggersbank. En 1787, il préféra demander un congé à durée indéterminée lorsque les Prussiens vinrent réprimer l’agitation des “patriotes” et soutenir la maison d’Orange12. Après avoir repoussé plusieurs offres de servir la Russie et le Danemark, il fut élevé au grade de vice-amiral. En 1793, au début de la guerre contre la France, il reçut le commandement suprême de la marine néerlandaise. Il en profita pour améliorer la formation des cadres, la tactique et l’administration. Il fut démis de ses fonctions au moment de la conquête française de 1795 et offrit ses services au Danemark jusqu’en 1806. Il accepta alors les fonctions de conseiller d’Etat et de chambellan auprès du roi Louis Bonaparte et devint ensuite “maréchal extraordinaire” de la marine hollandaise et comte du Doggersbank. Napoléon l’avait en haute estime. Il le fit comte de l’Empire puis sénateur. Van Kinsbergen mourut à Appeldoorn en 1819, âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Il a laissé plusieurs ouvrages de tactique et de technique navale qui ont beaucoup contribué à un plus grand professionnalisme du corps des officiers de marine néerlandais : Ordres et brèves instructions pour le service de guerre en mer (1761), Usage de l’artillerie et des armes à feu sur les ponts inférieur et supérieur (1781), Le service à bord d’un navire, sur frégate et vaisseau de ligne (1782), Manuel du marin (1782), Rêves d’un marin sur la nécessité de maintenir un corps permanent de matelots (1782), Pratique de l’artillerie maritime (1797), Grand recueil des signaux de jour et de nuit (1797), Introduction à la guerre sur mer (1798)13.

Le principal ouvrage de Kinsbergen est intitulé Fondements de la tactique navale14. Dédié aux princes d’Orange-Nassau, il expose d’abord la définition généralement admise de la tactique navale : “l’art qui apprend à faire exécuter aux flottes, selon des règles bien précises, tous les mouvements utiles en fonction du temps, du vent, de la mer et du lieu”. Pour Kinsbergen, la tactique navale embrasse tout ce qui a trait à la marine militaire et elle se divise en deux parties. La tactique élémentaire recouvre le détail des instructions, de la discipline et des exercices navals : les principes en sont exposés dans son ouvrage sur le service à bord. La tactique supérieure désigne “l’art ou la science de l’amiral” : les manœuvres et les mouvements qui peuvent être exécutés par des navires dans un combat, pour effectuer ou couvrir un débarquement, pour protéger une côte ou investir une fortification côtière15. Cette deuxième partie, précise Kinsbergen, a été étudiée par le comte van Bylandt avec lequel il a lui-même travaillé.

La division en deux parties fait penser à Guibert, qui parlait lui aussi de tactique élémentaire et de grande tactique, “science des généraux”16. Il n’est pas impossible que Kinsbergen ait eu connaissance de l’Essai général de tactique, dont la première édition parut justement en Hollande, à Leyde, en 1770.

Selon Kinsbergen, un grand amiral doit posséder cinq qualités principales : un courage serein ; une connaissance approfondie des deux branches de la tactique navale et surtout de la seconde ; beaucoup d’expérience et de présence d’esprit ; la connaissance du cœur humain et la capacité d’allier la sévérité à la bonté ; la connaissance des positions politiques et commerciales de sa patrie et de ses relations avec les puissances étrangères17.

Avec l’apparition de la poudre et du canon, écrit Kinsbergen, tout le problème de la tactique navale est devenu celui du plus grand côté du navire qu’il faut chercher à présenter à l’ennemi, tout en évitant le sien. Pendant longtemps au XVIIe siècle, on a encore combattu sans ordre : il ne fallait pas attendre longtemps pour que les flottes s’interpénètrent. Les grands héros néerlandais, Tromp et de Ruyter, tiraient parti de cette confusion et y déployaient leurs compétences supérieures en attaquant les vaisseaux ennemis tantôt par l’avant, tantôt par l’arrière. L’expérience a progressivement démontré les avantages d’une ligne bien fermée et on est allé jusqu’à la rendre pratiquement hermétique en laissant le minimum d’espace indispensable18. Parallèlement, les vaisseaux de ligne sont devenus de plus en plus grands et de plus en plus armés, ce qui est devenu difficile à suivre pour les Néerlandais. Kinsbergen termine l’introduction à son ouvrage en souhaitant que la tactique navale puisse arriver au même niveau que celui atteint par la tactique terrestre avec Frédéric II19.

Trente-neuf pages sur les quatre-vingt-onze que comptent les Fondements de la tactique navale sont consacrées aux différentes manœuvres de navigation nécessaires à la marche d’une flotte : comment arranger la ligne de bataille au vent ou sous le vent, comment éviter l’enfilade, comment rétablir la ligne de bataille, comment former une arrière-garde, faire marcher la flotte en trois colonnes, organiser la retraite, etc.20 Viennent ensuite des considérations sur la protection des convois, la contestation du vent à l’ennemi, la manière de forcer un ennemi au combat, de le doubler ou de l’amener entre deux feux ou de l’empêcher de le faire lui-même. Kinsbergen aborde le problème de la percée de la ligne ennemie : quand une ouverture a été détectée, il faut attaquer avec des frégates les vaisseaux de l’avant ou de l’arrière. L’ouvrage se termine par quelques considérations supplémentaires sur la bataille et sur les façons d’attaquer une avant-garde, une arrière-garde ou un corps de bataille21.

Les Hollandais attribuent parfois à Kinsbergen cette nouvelle façon de livrer bataille en perçant la ligne ennemie, adoptée ensuite par les Anglais22. La fierté nationale les égare sans doute. Sur le plan théorique, ce sont les Français Bigot de Morogues et Bourdé de Villehuet – le second plus franchement que le premier – qui ont exposé les premiers cette tactique. C’est avec la guerre d’Indépendance américaine que la règle sacro-sainte de la ligne fut vraiment remise en cause par Suffren, de Grasse et Rodney. Il revint à l’Ecossais Clerk of Eldin de systématiser, sur le plan théorique, la révolution tactique que Nelson mènerait à son terme sur le plan pratique23. Kinsbergen se rattachait en tout cas à ce courant de pensée qui prônait une tactique plus offensive et plus audacieuse. En cela, il se montrait le digne héritier de de Ruyter. Outre celui-ci, ses modèles étaient Tromp et Frédéric II de Prusse : sa cabine était toujours ornée de leurs portraits24. Sur le plan théorique, il s’est d’abord appuyé sur van Bylandt, qui avait traduit Bigot de Morogues. L’influence française est indéniable dans les Grondbeginselen der zee-tacticq. Nombre de termes français ne sont pas traduits en néerlandais, comme “het Elementaire Zee-Tacticque”, peut-être repris à Guibert (la tactique élémentaire), “manœuvres”, “bataille”, “enfilade”, “arriere guarde” (sic), “colonnen”, “corps de bataille”. “March-order” et “contra-march” semblent en revanche repris à l’anglais.

Les Fondements de la tactique navale de Kinsbergen connurent un grand succès. Ils furent traduits en allemand et en russe25. En 1850, les officiers de la marine prussienne en utilisaient encore une traduction26. L’ouvrage était très maniable ; il était plus court que celui de van Bylandt, qui avait déjà simplifié Bigot de Morogues. Comme le montre la liste de ses œuvres citées plus haut, Kinsbergen écrivit de nombreux ouvrages plus techniques sur la navigation. Son Manuel du marin et son livre sur les signaux étaient encore en usage dans la marine hollandaise au milieu du XIXe siècle27.

Il semble que les Hollandais, peuple de marins s’il en est, furent plus innovateurs dans les techniques de navigation que dans la tactique et la stratégie navale. Les Hollandais n’étaient pas des théoriciens. Les Britanniques, avant Clerk, ne l’étaient pas davantage en dehors de leurs Fighting Instructions et ils traduisaient eux aussi des ouvrages français28. Pour les Hollandais, la mer a toujours fait partie de l’existence et la marine ne s’est développée sur le plan militaire que comme une activité maritime de plus, en étroite symbiose avec la marine marchande dont vivait l’ensemble du pays. Un des apports essentiels de Kinsbergen fut justement d’avoir rendu la marine plus militaire29. Son influence fut profonde sur le corps des officiers de marine. Avec lui, ceux-ci furent désormais de véritables professionnels.

De Winter et la période française

L’enseignement de Kinsbergen perdura durant la “période française” (1795-1814), principalement à travers son disciple Carel Hendrik Verhuell (1764-1845). Celui-ci commanda la flotte de la République batave en 1803 puis occupa les fonctions de secrétaire d’Etat à la Marine en 180530.

Mais c’est l’amiral Jan Willem de Winter (1761-1812) qui fut le grand personnage de cette époque. Lieutenant de marine, il s’était réfugié en France après le soulèvement “patriote” contre le stadhouder en 1787. Il revint au pays dans les fourgons de l’armée française, avec le grade de général de brigade. Alors qu’il avait très peu d’expérience en mer, il fut nommé commandant en chef de la flotte batave le 26 juin 1795. Deux ans plus tard, il se faisait battre par les Anglais à Kamperduin (Camperdown), au large de l’île de Texel. Cela ne l’empêcha pas, dans la suite, d’occuper encore de hautes fonctions : son loyalisme à la cause française compensait sa relative médiocrité. S’il était brave et valeureux, de Winter n’était pas capable de commander une flotte31.

Durant la période française, la pensée navale hollandaise se contente toujours de traductions. En 1799 sort une version néerlandaise de L’art de la guerre sur mer ou tactique navale du chef de division Grenier32. En 1806, de Winter traduit l’Essay on Naval Tactics de Clerk of Eldin33. Tout se passe comme si de Winter avait recherché les causes de sa défaite de Kamperduin : Clerk avait, le premier, exposé la théorie de la percée de la ligne ennemie, pratiquée par Rodney aux Saintes, Duncan à Kamperduin, Nelson à Trafalgar. De Winter affirme que si la marine batave s’inspire des innovations techniques et tactiques des Anglais, elle retrouvera son lustre d’autrefois34. Les Hollandais, comme les Anglais, ont une inclination naturelle pour la navigation. La géographie en a fait deux peuples de marins35. Le type de gouvernement a également son influence mais, à ce propos, les Hollandais ont trop longtemps souffert de leurs divisions internes. De Winter en appelle à un gouvernement républicain énergique qui referait l’unité et ressusciterait les vertus nationales.

M. H. Jansen et la révolution technique du XIXe siÈcle

Le contre-amiral (schout-bij-nacht) Marin Henri Jansen (1817-1893) fut un des officiers de marine les plus intéressants du milieu du XIXe siècle. De sa propre initiative, il alla étudier les institutions navales françaises, britanniques et allemandes. Il entra en relation avec Dupuy de Lôme en France et fut l’ami de Matthew Fontaine Maury, le principal penseur naval américain avant la guerre de Sécession36. Jansen fut celui qui, aux Pays-Bas, annonça et introduisit la révolution technique dans la guerre navale. Ses idées furent exposées dans un ouvrage intitulé La révolution dans la marine. Une contribution au maintien de l’indépendance37. Il prétendait qu’il n’était pas nécessaire pour les Pays-Bas de rechercher les meilleurs vaisseaux cuirassés. Il suffisait de pourvoir à la défense du pays et des Indes orientales. Pour de moindres dépenses, pensait-il, on serait plus fort qu’auparavant. Une commission mise sur pied par les ministères de la Guerre et de la Marine adopta la plupart des idées de Jansen38. Il répandit l’usage des mines et fit mettre en service le premier cuirassé de la marine néerlandaise.

Dans ses mémoires, Jansen dépasse les questions technico-tactiques pour atteindre la stratégie. Il rapporte que lors d’un entretien avec le roi Guillaume II vers 1850, il avait souligné que, si l’Angleterre restait l’allié essentiel, l’indépendance des Pays-Bas ne pourrait être assurée sans une défense propre. Seule cette capacité de défense permettrait de faire appel à un allié. Jansen estime que ce fut souvent une erreur de se placer sous la seule protection d’une grande puissance. Napoléon avait dit que les Hollandais attachaient beaucoup de prix à leur indépendance mais ne voulaient rien faire pour la conserver. Selon Jansen, Frédéric II de Prusse avait une vue plus exacte lorsqu’il qualifiait la Hollande de “barcasse remorquée par le navire de ligne Angleterre”. Jansen pensait qu’il en était de même de la Belgique. Si l’Angleterre lâchait les amarres, celle-ci serait vite annexée par la France et les Pays-Bas le seraient par l’Allemagne. Il faut donc, pense Jansen, s’accrocher solidement à l’Angleterre. La Hollande doit être un bastion de l’Angleterre sur le continent et doit entretenir une flotte susceptible d’aider les Anglais aux Indes pour leur permettre de peser davantage en Europe39.

Jansen incarna parfaitement un certain type d’officier de marine hollandais, au caractère indépendant et entreprenant. Les institutions ne semblent pas avoir joué un si grand rôle dans le développement de la pensée navale hollandaise. Celle-ci a plutôt évolué au gré des personnalités. Jansen a été proposé en exemple aux jeunes officiers par l’éditeur de ses mémoires. D’après celui-ci, la “méthode” de Jansen, qui consistait à saisir toutes les occasions, permettait d’aller plus loin que tous les enseignements des écoles de guerre40. On reconnaît bien là la tradition de Tromp et de Ruyter.

Débats tactiques de la fin du XIXe siècle

Aux Pays-Bas comme ailleurs, la généralisation de la navigation à vapeur, l’apparition de la cuirasse et de la torpille, la réapparition de l’éperon suscitèrent des débats. Mais ceux-ci furent tardifs et, en dehors de ce qui a été dit de M. H. Jansen, ils ne donnèrent pas lieu à une percée théorique originale. La longue guerre d’Aceh (ou Atjeh) contre les pirates du détroit de Malacca (1873-1902) coûta très cher et retarda la construction de cuirassés au profit de canonnières et de torpilleurs. La pensée navale hollandaise de cette époque s’accordait dans les faits avec les idées de la Jeune Ecole en France41. Ce n’est qu’à l’extrême fin du siècle que l’on vit paraître de nouveaux ouvrages néerlandais de pensée navale. La montée en puissance du Japon commençait alors à inquiéter le gouvernement de La Haye, préoccupé par la défense des Indes néerlandaises42. En 1897, la Marine-Vereeniging (Association de la Marine) organisa un concours sur les questions de tactique navale. Quelques jeunes officiers y participèrent43. Parmi eux, le lieutenant de première classe E. de Haan.

Son travail est publié en 1900 sous le titre “Considérations sur la tactique navale”44. Il part du principe que les nouveaux moyens diffèrent trop des anciens pour qu’il soit nécessaire de partir de l’histoire. Les batailles récentes de Lissa (1866), Yalu (1894) et Cavite (1898) ont apporté quelques enseignements à propos des manœuvres mais celles-ci peuvent aussi s’apprendre par l’étude théorique45. La tactique navale se définit comme l’étude des moyens et des circonstances qui permettent, lors d’une rencontre avec une flotte ennemie, d’infliger à son adversaire le plus de dégâts possible tout en s’exposant le moins. Elle dit de quelle façon le commandant en chef doit agir. Le coup d’œil personnel est cependant plus important que l’obéissance stricte à des prescriptions.

De Haan reproche à la Jeune Ecole française sa conception trop matérielle de la guerre : selon lui, il faut d’abord chercher à neutraliser l’équipage, le forcer à rendre ses armes, plutôt que détruire les machines ; il n’est plus question, non plus, d’exterminer l’équipage adverse46. Notons que cette conception très moderne et très “civilisée” de la guerre reflète bien une mentalité néerlandaise qui, au cours du XIXe siècle, ne partage pas les aspirations impérialistes des grandes puissances européennes.

Après avoir conclu que le cuirassé, comme le torpilleur, a son utilité, de Haan aborde vraiment la tactique dans un chapitre consacré à l’emploi des vaisseaux. Il insiste sur la nécessité pour un officier de s’adapter aux circonstances, malgré les ordres reçus. Il faut souvent agir sous sa propre responsabilité, dans l’esprit de son chef. Alors qu’il aurait pu penser à Tromp et de Ruyter, de Haan cite le duc de Wellington. Il met cependant en garde contre les entreprises trop audacieuses. Une ruse de guerre comme celle des Anglais à Trafalgar n’est possible qu’avec des équipages aussi entraînés que ceux de Nelson47. De Haan se veut plus prudent que les Anglais. Il se distingue également de ceux-ci à propos de la mêlée. L’amiral Colomb préconisait de garder la formation le plus longtemps possible et d’éviter la mêlée à tout prix. De son côté, l’amiral Aube, dans L’avenir de la Marine française, écrit que la mêlée survient très vite au combat. C’est alors par l’habileté du commandant en chef plutôt que par les prescriptions tactiques que la décision peut être emportée. Pour de Haan, la mêlée est souvent plus avantageuse pour le plus faible et elle ne doit pas être exclue48.

Dans sa conclusion, le lieutenant de Haan déclare que l’Angleterre ne peut servir d’exemple qu’en matière de construction navale, d’équipement et de pratique de la navigation. En dehors de cela, aucune autre puissance navale ne peut la suivre. La révolution technique et scientifique du XIXe siècle a bénéficié aux Allemands qui, par nature, ne sont pourtant pas des marins. L’Allemagne constitue donc un meilleur modèle, surtout en ce qui concerne l’organisation et la préparation de la guerre. De Haan termine son étude par un appel aux “forces morales”. Si les Autrichiens ont triomphé à Lissa, c’est grâce à leur sang-froid, leurs connaissances, leur courage, leur sentiment de l’honneur national. Tolstoï dit la même chose dans Guerre et paix : c’est l’âme russe qui a gagné. Même pour une petite nation, il n’y a pas de tâche impossible : “Ne désespérez jamais” disait Jan Pieterszoon Coen (1587-1629), le fondateur de la puissance néerlandaise en Indonésie49.

Putman Cramer : la stratégie d’une petite puissance

En 1913, le lieutenant de première classe G. J. W. Putman Cramer publie un ouvrage basé sur son enseignement à l’Institut royal de la Marine (Koninklijk Instituut voor de Marine)50. Nous ne développerons ici que la partie consacrée à la stratégie.

Comme tout bon théoricien, Putman Cramer débute par quelques réflexions sur les définitions de l’art de la guerre, de la stratégie et de la tactique. L’art de la guerre n’est pas une science positive, bien qu’il rassemble des principes et des règles qui restent des vérités inébranlables. Il y a par ailleurs un aspect de changement constant, dû à l’évolution de l’armement. L’art de la guerre comprend les sciences de la guerre, dont les principales sont la stratégie et la tactique, et dont les auxiliaires sont l’histoire militaire et l’histoire de la marine.

Pour définir la stratégie, Putman Cramer cite Moltke, Clausewitz et surtout Darrieus : c’est la “préparation à l’objectif : la bataille” ; il s’agit de “s’assurer la supériorité sur une partie définie du théâtre de la guerre”. La tactique vise la même chose sur le champ de bataille. L’amiral Mahan est invoqué à propos de la stratégie maritime : celle-ci doit viser, en temps de paix comme en temps de guerre, au soutien et à l’accroissement de la force navale du pays. Pour Mahan, c’est le “contact” qui trace la frontière entre la stratégie et la tactique. Selon Putman Cramer, la stratégie doit préparer la guerre en temps de paix, la bataille en temps de guerre. Il estime que les Pays-Bas, si la science de la guerre y est étudiée, ne seront pas immédiatement écrasés par une plus grande puissance en cas de guerre. En 1906, une “Association pour la promotion de la science de la guerre” a réclamé un enseignement sur ces questions dans chaque université néerlandaise51.

Putman Cramer fait une comparaison avec le football pour illustrer la différence entre la stratégie et la tactique. A la première revient le choix des joueurs, leur préparation physique et l’attribution des places convenant le mieux à leurs capacités. La tactique choisira le meilleur côté du terrain, en fonction de la direction du vent et de la position du soleil (mieux vaut l’avoir dans le dos). Elle mettra en place les joueurs, à l’attaque, au milieu ou en défense52.

Le chapitre II est le plus intéressant de l’ouvrage. Il est consacré aux liens entre la politique et la stratégie. L’organisation des forces d’un Etat, écrit Putman Cramer, doit partir des circonstances géographiques. En second lieu, il s’agira de tenir compte des intérêts politiques et économiques en dehors du territoire national. Les guerres peuvent naître de conflits d’intérêts politico-économiques. La stratégie du temps de paix est la tâche des hommes politiques. Elle doit prévoir ces éventualités, en restant subordonnée à la politique. Par contre, la politique ne doit pas intervenir dans la stratégie de guerre. Mais pour les petites puissances, précise Putman Cramer, ceci ne vaut que partiellement car leur politique ne suit pas vraiment une direction particulière. Si elles entrent dans un conflit, c’est qu’elles y sont forcées par le viol de leur neutralité, une attaque de leur territoire ou d’une de leurs possessions. Les petites puissances doivent étudier les cas les plus probables, en suivant de près le développement des autres Etats et celui de leurs forces.

Pour un petit pays, il est important de pouvoir compter sur un allié puissant. Les forces seront donc organisées en fonction de ce que l’on pourra apporter à cet allié. Mais la politique étrangère des Pays-Bas repose sur la neutralité. Elle suppose de bons rapports avec toutes les puissances, pas d’alliance militaire. En faisant allusion à Mahan, Putman Cramer souligne la faiblesse des alliances. Pour une petite puissance, la protection d’un grand allié ne sera jamais désintéressée. Une alliance des Pays-Bas avec une grande puissance pour le maintien du statu quo en Asie du Sud-Est peut être intéressante, mais seulement si les Pays-Bas disposent d’une flotte suffisamment importante à cet effet53.

La stratégie maritime consiste d’abord à déterminer la puissance navale et ses éléments. La composition de la flotte sera fonction de ses missions et ceci est une affaire politique. C’est l’élément principal de toute stratégie maritime et cela doit dominer toute la politique maritime. Interviennent à ce niveau des impératifs de budget, de matériel et de personnel. En 1912, la marine hollandaise envisagea une flotte de gros cuirassés pour la défense des Indes, mais le Parlement objecta l’impossibilité de trouver un nombre suffisant de volontaires pour équiper ces bateaux.

L’essence de la guerre est irrationnelle, écrit Putman Cramer. La seule bonne préparation consiste à utiliser tous les moyens disponibles pour augmenter la force militaire. Il ne faut pas prendre comme point de départ le budget disponible mais bien le niveau de forces nécessaire : l’analyse doit être stratégique. Putman Cramer connaît le caractère de ses compatriotes. Mahan disait qu’une nation pacifique et aimant le profit n’avait pas de vision à long terme. Or ceci est indispensable en matière maritime. Le Grand Pensionnaire Jan de Witt s’était plaint de l’avarice bornée des Hollandais, qui ne consentaient à donner de l’argent pour la défense qu’au moment où la guerre était à leur porte.

Pour une petite puissance possédant de grandes colonies, la force nécessaire à la marine est sans doute plus élevée que ce qui peut être obtenu. On sera toujours loin de l’idéal, constate Putman Cramer. Ce sera d’ailleurs le cas pour les autres puissances navales, à l’exception peut-être de l’Angleterre. Mais avec une force respectable, il est moins probable que les Pays-Bas voient leur neutralité violée. Il faut pour cela renforcer le sentiment national. Le gouvernement cherchera les moyens54.

Après avoir insisté sur la préparation du personnel en citant Daveluy, Putman Cramer aborde la conception et la préparation des plans de guerre. Son analyse est ici très classique. Il insiste sur la nécessité de concentrer les forces. Il parle de positions centrales, de lignes d’opérations intérieures et extérieures : c’est le vocabulaire de Jomini, repris par Mahan55. Il examine les principales bases néerlandaises (Helder, Amsterdam, Hellevoetsluis, Soerabaia). Leur choix, précise-t-il, est assez facile du fait de la stratégie des Pays-Bas, toujours défensive56. Les Britanniques donnent une mission offensive à leur flotte : leur objectif a toujours été de tomber sur la flotte ennemie ; c’était leur façon de défendre le Royaume-Uni. Quand on n’a pas la puissance suffisante pour attaquer l’ennemi avec une chance raisonnable de succès, il faut adopter une stratégie défensive. Comme l’ont écrit Daveluy et Mahan, c’est un pis-aller. Chaque fois que ce sera possible, il faudra pratiquer l’offensive57.

Dans le sillage de Castex

En 1913, l’année même où Putman Cramer publia son ouvrage, la Marine hollandaise adopta un plan de construction en 35 années de neuf vaisseaux de type Dreadnought. Elle suivait ainsi la mode “navaliste” provoquée par les écrits de l’amiral Mahan. La création de l’association Onze Vloot (“Notre Flotte”) en 1906 s’inscrivait aussi dans ce climat navaliste. Il faut toutefois souligner que le navalisme apparut tardivement aux Pays-Bas. Le plan de 1913 venait plutôt tard et les ouvrages de Mahan n’ont jamais été traduits en néerlandais, même s’ils étaient connus et que Putman Cramer les citait58. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la Marine hollandaise ne partageait pas l’“obsession du Jutland” avec les marines anglaise et américaine59. Sa situation financière était difficile et elle vivait alors dans un certain isolement par rapport aux autres marines. Un rapport du 26 octobre 1933 conclut que l’esprit de la Koninklijke Marine n’était pas assez orienté vers la guerre : en face des autres, les Hollandais étaient des “dilettantes”60. Pour améliorer la situation, le gouvernement accrédita des attachés navals à Londres et à Washington et envoya le commandant du Koninklijk Instituut voor de Marine à Dartmouth, Flensburg-Mürwik et Brest.

L’amiral Furstner, directeur de l’Ecole de guerre de la Marine (Hoogere Marine Krijgsschool) de 1930 à 1936, essaya d’envoyer un officier suivre des cours en Grande-Bretagne, en France ou en Allemagne. Il essuya des refus. Les officiers étrangers n’étaient pas acceptés. Lui-même avait pourtant obtenu le brevet d’officier d’état-major à l’Ecole de guerre navale française en 1928 mais il resta un cas isolé. Furstner avait subi en France l’influence de l’amiral Castex. L’enseignement de ce dernier lui avait semblé particulièrement adapté à une puissance navale secondaire, incapable d’aspirer à la maîtrise des mers. Par l’intermédiaire de Furstner, qui allait devenir chef d’état-major de la Marine, les idées de Castex furent à la base de la réorganisation des états-majors de La Haye et de Batavia. Les trois principes de Castex “savoir, vouloir, pouvoir” suscitèrent l’apparition de trois bureaux : renseignements, opérations et organisation61.

Il y a également une analogie frappante entre les idées de Castex et les conceptions stratégiques enseignées à l’Ecole de guerre de la Marine hollandaise dans les années 1930, conceptions qui étaient à la base de la planification navale. Au cœur de celle-ci se trouvait le concept de la “flotte harmonieuse”, où l’on mesurait le juste équilibre nécessaire quant au nombre et aux types de vaisseaux de surface, de sous-marins et d’avions. Cette flotte, pourvu qu’elle fût entraînée et que la coordination des armes y fût bien développée, pouvait faire beaucoup de mal à un adversaire plus fort, en particulier par des actions sur ses communications62.

L’influence de Castex aurait même précédé Furstner : le rapport de la Commission interdépartementale sur la Marine de 1920 introduisait déjà des éléments essentiels du concept de flotte harmonieuse, notamment par une insistance sur la liaison des armes sur mer63. Même si les circonstances ne lui ont pas permis de parvenir à des résultats probants, la Marine hollandaise a beaucoup travaillé sur ces questions pendant l’entre-deux-guerres.

Conclusion

La tradition stratégique hollandaise est d’abord maritime. Il y a toujours eu une pensée navale hollandaise, alors que la Belgique, pays de dimensions comparables mais à tradition plutôt continentale, n’en a jamais eu. La pensée navale des Hollandais était en grande partie empruntée, mais leur esprit pragmatique et leur grande maîtrise des techniques de navigation leur ont permis d’adapter les concepts français ou anglais. Les deux théoriciens les plus originaux furent Kinsbergen et Putman Cramer.

Après le “siècle d’or” de Tromp et de Ruyter, la pensée navale hollandaise s’est toujours inscrite dans une politique pacifique. La paix économique était nécessaire pour les relations commerciales avec les colonies, base de la richesse nationale. Si les Pays-Bas ont été entraînés dans les guerres de la Révolution et de l’Empire, c’est bien malgré eux. Après avoir joué le rôle d’Etat-tampon face à la France et vu la Belgique conquérir son indépendance, les Pays-Bas ont opté, de 1839 à 1940, pour la neutralité et l’alliance de fait avec la Grande-Bretagne. Après 1945, les Etats-Unis ont relayé celle-ci mais il y a eu continuité dans l’alliance avec une grande puissance maritime.

 

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Notes:

 

1 Nieuw Nederlandsch biografisch Woordenboek, Leiden, Sijthoff, 1918, V, p. 706.

2 J. C. de Jonge, Geschiedenis van het Nederlandsche Zeewezen, 5 vol. + index, Haarlem, Kruseman, 1858-1862, V, pp. 39-41.

3 L. van Bylandt, Zee-tactick, of grondregulen der krijgskunde ter zee, Amsterdam, J. Morterre, 1767 ; Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, IV, pp. 385-386.

4 Bigot de Morogues, Tactique navale ou Traité des évolutions et des signaux, Paris, Guérin et Delatour, 1763. Cet ouvrage fit l’objet d’une deuxième édition à Amsterdam en 1764 (en français).

5 J. C. de Jonge, op. cit., V, p. 42. Van Bylandt ne fut pas le seul à vouloir simplifier Bigot : cf. Michel Depeyre, “Audibert Ramatuelle ou des enseignements perdus”, dans L’évolution de la pensée navale, p. 81.

6 J. C. de Jonge, op. cit., V, pp. 41-42 ; Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, IV, p. 386.

7 Vaillant servit en Méditerranée de 1783 à 1786 puis aux Indes orientales. En février 1795, lors de l’invasion française, il suivit le prince d’Orange en Angleterre puis alla se mettre au service de la Russie. Il commanda une flottille en mer Noire et mourut à Riga en 1800. Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, V, p. 987.

8 J. O. Vaillant, Werktuigkundige beschouwing van de uitwerking der wind en zee op een schip, Amsterdam, 1986 ; Jacques Bourdé de Villehuet, Le manœuvrier ou essai sur la théorie et la pratique des mouvements du navire et des évolutions navales, Paris, 1765.

9 Hervé Coutau-Bégarie, “Réflexions sur l’école française de stratégie navale”, dans L’évolution de la pensée navale I, pp. 35-36.

10 Generale Zeinen voor een Vloot of Esquader Oorlogschepen (Asaert et Bosscher, op. cit., III, p. 374).

11 Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, IV, p. 839.

12 Les patriotes ou “étatistes” (staatsgezinden), partisans de réformes libérales et d’une plus grande autonomie provinciale, s’opposaient aux orangistes ou prinsgezinden.

13 Orders en korte instructiën voor den krijgsdienst ter Zee, Amsterdam, 1761 ; Exercitie met het geschut, op het onder- en bovendek, alsmede met het handgeweer, Amsterdam, 1781 ; De Algemeene Scheepsdienst zoowel op een Fregat als op een Schip van Linie, publié par C. A. Verhuell, Amsterdam, 1782 ; Zeemans Handboek, Amsterdam, 1782 ; Zeemans-Droomen over de noodzakelijkheid van een vast korps matrozen in dienst te houden, Amsterdam, 1782 ; De praktikale Scheeps-Artillery, Amsterdam, 1797 ; Het groote generale dag- en nachtseinboek, Amsterdam, 1797 ; Inleiding voor den oorlog ter zee, publié par C. A. Mackay, Zutphen, 1798.

14 J. H. van Kinsbergen, Grondbeginselen der zee-tacticq, publié par C. A. Verhuell, Amsterdam, G. Hulst van Keulen, 1782.

15 Ibid, p. 1.

16 Comte de Guibert, Ecrits militaires 1772-1790, préface et notes du général Ménard, Paris, Copernic, 1977, p. 96.

17 J. H. van Kinsbergen, Grondbeginselen der zee-tacticq, pp. III-IV.

18 Ibid, pp. V-VI.

19 Ici également, on peut déceler un point commun avec Guibert, lui qui avouait exposer en grande partie les principes du roi de Prusse, Guibert, op. cit., p. 98.

20 Ibid, pp. 11-49.

21 Ibid, pp. 50-74 et supplément pp. 1-17.

22 Nieuw Nederlandsch Biografisch Woordenboek, V, p. 839.

23 H. Coutau-Bégarie, “Réflexions sur l’école française de stratégie navale”, op. cit., pp. 35-36. Michel Depeyre, “Le père Paul Hoste, fondateur de la pensée navale moderne”, L’évolution de la pensée navale I, pp. 73-74. Michel Depeyre, “Clerk of Eldin, un penseur naval contesté”, L’évolution de la pensée navale II, p. 73.

24 De Jonge, op. cit., V, p. 52.

25 Ibid, V, p. 45.

26 Allgemeine Grundzüge einer Flottentaktik nach der holländischen Taktik des Ritter von Kinsbergen, Asaert et Bosscher, op. cit., III, p. 374.

27 De Jonge, op. cit., V, pp. 43-46.

28 M. Depeyre, “Clerk of Eldin, un penseur naval contesté”, op. cit., pp. 62-63.

29 De Jonge, op. cit., V, p. 48.

30 Asaert et Bosscher, op. cit., III, p. 380.

31 Ibid, III, p. 377.

32 Grenier, Zee-taktique, of kunst des oorlogs ter zee, traduit du français par J. J. Melvill, Leyde, Luzac en Comp., 1799. M. Depeyre, “Clerk of Eldin, un penseur naval contesté”, op. cit., p. 81.

33 J. Clerk, Krijgskunde ter zee, of zee-taktiek, recherche systématique et historique, traduite de l’anglais avec un supplément (sur la bataille de Kamperduin) par J. W. de Winter, Amsterdam, W. Holtrop, 1806.

34 Ibid, p. X. De Winter émaille sa traduction de notes où il rapporte les considérations de Clerk à la situation des Pays-Bas.

35 Ibid, pp. XI-XII.

36 Avec Dennis Hart Mahan, professeur à West Point et père de l’amiral A. T. Mahan, Maury incarna le “Military Enlightenment” du milieu du XIXe siècle aux Etats-Unis. Maury contribua à un plus grand professionalisme au sein de l’U.S. Navy. Virginien, il rejoignit la Confédération en 1861. Samuel P. Huntington, The Soldier and the State : The Theory and Politics of Civil-Military Relations, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1957, pp. 217-221.

37 M. H. Jansen, De omwenteling in het zeewesen, eene bijdrage tot het behoud der onafhankelijkheid, Dordrecht, Braat, 1864.

38 M. H. Jansen, “Het leven van een vloothouder : gedenkschriften 1817-1875”, Werken uitgegeven door het historisch Genootschap te Utrecht, III, n° 49, 1925, p. 365.

39 Ibid, pp. 247-248. La Hollande fut l’alliée de l’Angleterre dans les guerres de la première moitié du XVIIIe siècle, au début des guerres de la Révolution et en 1815. Ensemble, les “puissances maritimes” combattaient l’hégémonie continentale de la France. David French, The British Way in Warfare 1688-2000, Londres, Unwin Hyman, 1990, pp. 24, 49.

40 M. H. Jansen, “Het leven van een vloothouder : gedenkschriften 1817-1875”, p. VII.

41 Asaert et Bosscher, op. cit., IV, p. 328.

42 Ibid, IV, p. 330.

43 D. E. Keus, Beschouwingen over zeetaktiek, Helder, 1900 ; C. Vreede, Verhandelingen over zeetaktiek, Amsterdam, 1900.

44 E. de Haan, Beschouwingen over Zeetaktiek, Helder, C. De Boer Jr., 1900.

45 Ibid, pp. 1-3. De Haan cite à ce propos l’ouvrage de Laughton, Essay on Naval Tactics.

46 Ibid, pp. 4-5. De Haan renvoie à Bainbridge-Hoff, Examples, Conclusions and Maxims of Modern Naval Tactics, p. 29.

47 De Haan, op. cit., pp. 127-128, 140.

48 Ibid, pp. 151-152.

49 Ibid, pp. 180-182. Gouverneur des Indes orientales, J. P. Coen avait montré de grands talents de commandant et d’administrateur. Il avait affronté les indigènes et les Anglais. Souvent inférieur en nombre, il était toujours parvenu à se tirer d’affaire.

50 G. J. W. Putman Cramer, Inleiding tot de maritieme strategie en zeetactiek, Helder, C. de Boer Jr., 1913.

51 Ibid, pp. 1-4.

52 Ibid, pp. 5-6.

53 Ibid, pp. 10-15.

54 Ibid, pp. 17-19.

55 Voir notre article “Jomini, Mahan et les origines de la stratégie maritime américaine”, L’évolution de la pensée navale I.

56 Putman Cramer, op. cit., pp. 28-58.

57 Ibid, pp. 63-77.

58 Asaert et Bosscher, op. cit., IV, p. 333.

59 P. M. Bosscher, De Koninklijke Marine in de Tweede Wereldoorlog, Franeker, T. Wever, 1984, pp. 142-143.

60 Ibid, p. 158.

61 Ibid, p. 160 ; Tussen vloot en politiek. Een eeuw marinestaf 1886-1986, Amsterdam, De Bataafsche Leeuw, 1986, p. 37.

62 P. M. Bosscher, op. cit., p. 160.

63 Ibid, p. 161.

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