STRATÉGIE ET POLITIQUE NAVALES EN SUÈDE

LA SYNTHÈSE DE DANIEL LANDQUIST

 

Lars Wedin

 

Introduction

Dans les années trente, la marine royale suédoise se trouvait dans une situation difficile. Il fallait acquérir des bâtiments pour remplacer les cuirassés des années dix. Les officiers savaient bien, en principe, ce qui était nécessaire d’un point de vue militaire. Mais ils avaient conscience que les responsables politiques n’accepteraient peut-être pas ce choix. A l’inverse, ce qu’il était possible d’acquérir n’était sans doute pas suffisant du point de vue professionnel. Quelle stratégie de programmation devait-on choisir ? Quels conseils pouvait-on donner à l’autorité politique ?

Derrière cette question s’en trouvait une autre, plus théorique et stratégique. Dans l’esprit mahaniste, le but de la flotte est de chercher à acquérir la maîtrise de la mer. Mais quelle pouvait être la raison d’être d’une flotte qui, apparemment, n’avait pas cette possibilité ? La Suède, dans les années trente, ne pouvait pas acquérir une flotte suffisamment forte pour envisager une bataille victorieuse avec le gros de la flotte russe ou allemande. Ne valait-il pas mieux, alors, se priver d’une flotte de haute mer pour mettre l’accent sur l’artillerie côtière et l’armée de terre ?1

Avec la fin de la Grande Guerre, durant laquelle la Suède avait été neutre, le pays se trouvait dans une situation géostratégique tout à fait nouvelle. Les empires russe et allemand avaient éclaté. La Baltique était entourée, à la part la Suède, de puissances faibles et, dans plusieurs cas, nouvelles. La flotte suédoise de trouvait donc dans une situation de force. Il semblait alors que le programme de construction de 1912 pouvait assurer cette position pour l’avenir.

Vingt ans plus tard, l’Allemagne et l’URSS sont devenues de grandes puissances menaçantes. Par contre, la flotte suédoise n’a que peu évolué. Elle manque de cuirassés, dont le nombre n’a pas augmenté, contrairement à ce qui avait été prévu en 1912 : les cuirassés existants sont démodés et toujours sans successeurs. Cette situation pénible était le résultat de longues discussions autour du renouvellement de la flotte. L’œuvre du futur capitaine de vaisseau (capitaine de corvette à l’époque) Daniel Landquist2, Quelques unes des bases de la stratégie navale, se situe vers la fin de cette discussion3.

Pendant la deuxième guerre mondiale, une nouvelle flotte suédoise est conçue. Avec elle, émerge, peu à peu, une stratégie navale suédoise avec des traits particuliers. Cette flotte est un facteur de puissance dans la Baltique d’après-guerre. La nouvelle génération des officiers est vraisemblablement influencée par la stratégie de Landquist. On trouve toujours des traces de sa pensée dans la marine suédoise, même si personne ne le sait plus.

Le but de cette étude est d’évoquer les idées stratégiques de Landquist et de les situer dans le débat de l’époque, avec quelques comparaisons avec les idées de la Marine actuelle.

Pour ce faire, il faut d’abord mettre en place un certain nombre des idées de base ; la situation géopolitique de la Suède ainsi que l’évolution de sa politique navale dans l’entre-deux-guerres. Il faut, bien sûr, aussi dire quelques mots de Landquist lui-même.

Malgré sa petite taille (190 pages), Quelques-unes des bases de la stratégie navale est assez complet. Il faut donc choisir les éléments qui correspondent le mieux au cadre choisi, à savoir :

- la programmation et la stratégie du temps de paix,

- les objectifs d’une guerre,

- la maîtrise de la mer et la puissance inférieure,

- la défense contre une tentative d’invasion amphibie,

- la flotte et la menace aérienne.

La situation géopolitique

La situation géopolitique de la Suède à l’époque de Landquist — comme celle d’aujourd’hui — peut être caractérisée par trois axes principaux. Le premier est l’axe est-ouest, où les pays scandinaves se situent entre la grande masse continentale de l’Eurasie et l’Atlantique. La Scandinavie est la barrière à franchir pour la Russie dans son aspiration à gagner la haute mer : une zone frontalière entre l’Ouest et l’Est. Pour la Suède, qui a mené tant de guerres contre la Russie et finalement perdu toutes ses positions sur la côte est de la Baltique, cette idée domine depuis longtemps sa pensée stratégique. Avec la Baltique comme protection contre cette puissance continentale, la menace principale est celle d’une invasion amphibie. On pourrait dire que la Suède se situe dans une zone stratégiquement transitoire, entre la stratégie maritime de Mahan et la stratégie continentale de Mackinder. Cela explique peut-être pourquoi il lui a été si difficile de formuler une stratégie navale qui soit acceptée.

Le deuxième axe vers le sud ou le sud-est est plutôt économique ou culturel — les liens anciens entre la Suède ou l’Allemagne ou entre la Suède et la France ont souvent été très étroits. Naturellement, il a aussi un aspect stratégique, parce que la Scandinavie constitue le flanc nord de l’Europe centrale. Sur cet axe, la politique de la Suède a été plus ambiguë, vacillant entre participation et isolement.

Le troisième axe rassemble les pays nordiques. C’est un axe surtout culturel, avec une communauté de langues, de religion, le sentiment d’une histoire partagée. Cependant, il y a aussi une dimension de défense au sein de cet axe : dans les années précédant et suivant la deuxième guerre mondiale ont existé des tentatives d’alliances nordiques.

La région comprend deux zones maritimes, très différentes l’une de l’autre. La première est l’Atlantique et la mer de Norvège, le grand large, où se trouvent les voies maritimes essentielles de la Suède. La seconde, moins connue, est la Baltique. La Finlande constitue le flanc nord-est de la Baltique, allongé vers la Suède par les îles Aaland4. La Suède domine, en tant que plus grande puissance riveraine, la façade ouest jusqu’aux détroits vers la mer du Nord. En revanche, sur les côtes est et sud, jusqu’à l’Allemagne, il n’y a que des puissances très faibles. La domination des détroits est partagée entre la Suède, le Danemark et l’Allemagne. L’URSS est confinée dans le golfe de Finlande, et ses communications vers la haute mer peuvent être très menacées.

La Baltique est une mer de petits fonds, une mer étroite, avec l’île de Gotland dans une situation potentiellement dominante. La côte suédoise est longue et souvent protégée par des archipels avec des îles par milliers. Une particularité stratégique est que la base opérationnelle est plus longue que la profondeur opérationnelle : la côte suédoise est plus longue que la distance qui sépare la Suède de la côte est de la Baltique. La terre doit donc toujours être présente dans les pensées navales.

Une stratégie navale “pure”, comme celle de Mahan ou de Corbett, n’est donc pas nécessairement la meilleure. En conséquence, les officiers suédois ont beaucoup de mal à concevoir et à expliquer le rôle de la marine dans la défense du pays. Il faut ajouter que si les officiers de Marine, par tradition, ont traditionnellement subi l’influence de la marine britannique, leurs camarades de l’armée de Terre étaient plutôt tournés vers les traditions allemandes5.

"La bataille des cuirassés"

Juste avant la Grande Guerre, le gouvernement prit une décision à long terme sur l’évolution de la défense — une loi de programmation dans notre langue contemporaine. La Marine bénéficiait d’un programme de vingt ans, découpé en tranches de cinq ans. La flotte doit être constituée, en fin de programme, de 8 cuirassés6 d’un type nouveau, 16 destroyers et plusieurs sous-marins. Cependant, il n’y avait de crédits que pour la première période de cinq ans. Pendant cette période, deux cuirassés sont construits, ainsi qu’un troisième financé par une souscription populaire7.

La neutralité de la Grande Guerre coûta cher à la Marine. En 1918, il y eut un bref débat autour d’une proposition tendant à annuler les contrats de deux cuirassés (sauf le Sverige achevé en 1917)8. L’exécution du programme de 1914 n’était évidemment pas assurée. Même l’Etat-major de la Marine préférait des croiseurs et des bâtiments légers9.

En 1919, le nouveau comité pour la “révision de la défense”, c’est-à-dire la révision du plan de 1914, commença son travail. Comme celui-ci était fortement influencé par l’armée de Terre, il y eut aussi, trois ans plus tard, un comité indépendant de la Marine. Pour celle-ci, il y avait trois questions particulièrement importantes : les possibilités qu’offrirait la Ligue des Nations, l’exploitation de la nouvelle situation stratégique et finalement le choix du bâtiment principal de la flotte10.

Le Comité de la marine constata en 1921 que les cuirassés Sverige suffisaient dans l’environnement stratégique du moment. Cependant, ils seraient trop faibles dans l’avenir. Avec la formule “plus rapide que le plus fort, plus fort que le plus rapide”, on proposa des bâtiments de 29 nœuds et 6 pièces de 210 mm11.

Le résultat final de ces travaux fut la loi de programmation de 1925. Les dépenses pour l’armée de Terre étaient très réduites. Le plan naval de 1927 prévoyait la construction d’un bâtiment “croiseur porte-aéronefs” et d’un destroyer et le lancement des études pour le futur cuirassé. Celui-ci, d’un type Sverige modernisé (24 nœuds et 4 x 280 mm), ne serait commandé que dans un deuxième temps12. Même s’il n’y avait pas de décision définitive cet arbitrage était considéré comme favorable à la Marine.

Dès 1928, le plan fut remis en question. Le cuirassé envisagé ne pouvait être construit pour des raisons budgétaires. On savait en outre que les Allemands étaient en train d’étudier un nouveau type, le Deutschland, qui serait plus rapide et plus fort que les cuirassés envisagés. Ainsi, pour un groupe nouveau d’officiers de l’armée de Terre, devenu rapidement très influent, la question méritait d’être réétudiée. Ces officiers, autour de deux futurs généraux, venaient de commencer la publication d’un journal, Ny Militär Tidskrift (Le Nouveau Journal Militaire) 13. Ils proposaient en particulier la suppression des cuirassés en faveur des avions et sous-marins14.

Un nouveau comité reprit l’examen du problème en 1930. La Marine choisit alors de soutenir le principe de 1927, même si elle en avait déjà constaté la faiblesse. Le problème était qu’en attendant la deuxième division des cuirassés, la première vieillissait rapidement. Proposer les quatre bâtiments de la nouvelle division était, compte tenu de la crise économique et des sentiments pacifistes du pays, jugé comme impossible, mais la Marine ne voulait pas abandonner l’idée d’une nouvelle division de cuirassés. Sa solution était un renouvellement très lent : elle proposait de moderniser les trois existants et d’en construire un quatrième15. Les plans de celui-ci furent présentés en 1934 ; le Tre Kronor servirait comme le quatrième Sverige en remplacement du vieil Oscar II 16. Comme ce cuirassé envisagé était plus fort que les Sverige, mais toujours lent, il était difficile de faire admettre que sa construction était indispensable. Par conséquent, en 1935, le comité proposa une concentration sur des bâtiments légers17.

Ce choix de la Marine n’avait pas été facile. D’un point de vue strictement militaire, on aurait dû continuer la ligne “plus rapide que le plus fort, plus fort que le plus rapide”. L’amiral Lindström proposa par exemple, en 1930, trois cuirassés rapides de 10 000 tonnes avec 6 pièces de 280 mm, au lieu de quatre nouveaux Sverige pour la deuxième division. Cependant, une telle proposition signifiait que l’on estimait que les Sverige n’étaient plus modernes, qu’il était donc inutile d’en construire un quatrième, que le plan de 1927 était abandonné par les marins eux-mêmes, qui perdaient leur crédibilité. Les discussions ultérieures avec le comité de défense et les autres armées seraient donc plus difficiles : la Marine risquait de tout perdre18. Le choix de la Marine avait donc été politique et non militaire.

Finalement, la Marine perdit aussi le bâtiment choisi pour avoir trop longtemps défendu une solution devenue rapidement démodée avec la montée en puissance allemande. En choisissant cette ligne de continuité, elle s’était exposée à des attaques des autres armées dans une situation à forte évolution technique et stratégique.

Les négociations de désarmement, qui aboutirent au traité de Londres de 1936, posèrent également des problèmes. Selon une solution française de compromis, les croiseurs seraient limités à 8 000 tonnes. La proposition de l’amiral Lindström d’un bâtiment de même capacité que le Deutschland n’était donc plus possible. Finalement, on proposa un Sverige modernisé de 8 000 tonnes19.

Malgré la recommandation du comité de défense de 1935, la loi de programmation de 1936 différa encore la décision. Evidemment, les officiers de Marine étaient déçus. Ils ne pouvaient que constater que le cuirassé était le matériel le plus impopulaire dans presque tous les milieux politiques. Il y avait donc des discussions importantes au sein de l’Association pour l’Avancement de la Flotte. Le cuirassé de type Sverige n’était-il pas caduc ? Si oui, devait-on suivre l’opinion publique, acheter des bâtiments légers, sauf quelques cuirassés lents, pour la défense côtière ? Cela revenait à abandonner toute idée de recherche de la maîtrise de la mer et de victoire sur des cuirassés ennemis. Mais, en changeant ainsi de stratégie, ne perdrait-on pas toute crédibilité ? Autrement dit, le rôle des officiers de la Marine n’était-il pas de donner au gouvernement un avis professionnel, que cet avis soit politiquement opportun ou non ?20

En tous cas, il était nécessaire de faire une nouvelle étude des bâtiments du futur. Cette mission incombait au vice-amiral de Champs, qui venait d’être nommé chef de la Marine. Pour lui, les cuirassés étaient indispensables pour assurer la puissance de la flotte suédoise. Mais le traité de Londres était contraignant : il fallait se tenir au-dessous de 8 000 tonnes. La solution était donc un croiseur cuirassé de 8 000 tonnes avec six pièces de 210 mm, plus rapide que les Sverige21.

Parallèlement à l’étude de de Champs, il y avait une discussion entre les officiers sur la ligne à suivre si on ne réussissait pas à convaincre le gouvernement. Il y avait deux solutions : soit une flotte légère, centrée autour de croiseurs ou de grands destroyers, mais toujours apte à combattre en haute mer, soit des cuirassés lents pour la lutte dans les archipels 22. Pour la plupart des officiers, cette dernière solution était impossible : on retournerait à la flotte des archipels du XIXe siècle. Le capitaine de corvette Ericson, adjoint à de Champs pour les études, déclara qu’on devrait non seulement étudier la flotte légère, mais aussi la proposer comme alternative au croiseur cuirassé, pour faire échec à l’autre idée plus funeste, très favorablement vue dans des cercles de l’Artillerie côtière et de l’armée de Terre. Cependant, de Champs ne suivit pas l’idée d’Ericson23.

La décision du gouvernement, en 1937, fut négative. Le chef d’Etat-major des armées, le général Thörnell, reçut à son tour la mission de faire une nouvelle étude. Celle-ci aboutit, en 1938, à un bâtiment dit de “défense côtière” avec des pièces de 250 mm mais lent, 20 nœuds24. Le Chef de la Marine l’accepta parce qu’il n’avait pas d’autre solution si on voulait éviter le pire, une solution où l’artillerie côtière reprendrait le rôle des bâtiments lourds25.

Finalement, en juin 1939, l’administration de la Marine put demander des crédits pour le “bâtiment de Thörnell”. Quelques mois plus tard, la guerre éclata. Le gouvernement se décida à faire construire des bâtiments plus petits, plus rapidement construits. Une nouvelle série d’études commença en 194026.

Cependant, dans les usines de Bofors, il y avait des tourelles triples automatiques de 152 mm, commandées par la marine néerlandaise. Le ministre de la Défense décida, en 1940, qu’on construirait des croiseurs légers autour de celles-ci. Plus tard, dans la loi de programmation, on fixa que la Marine serait constituée de croiseurs, de destroyers, de torpilleurs, de sous-marins, avec le soutien de l’armée de l’Air. En conséquence, la torpille et l’avion remplaceraient l’artillerie lourde de la flotte27.

Toutes ces discussions sur les cuirassés aboutirent à deux croiseurs légers de la classe Tre Kronor, le noyau d’une nouvelle flotte construite autour des destroyers et des torpilleurs rapides28. Le résultat final fut donc une flotte constituée suivant les lignes proposées par Ericson quelques années plus tôt.

Il est intéressant d’étudier les priorités de la Marine. Par crainte de perdre sa crédibilité, la Marine se borna à une seule solution matérielle. L’évolution des marines ennemies rendait cette position de plus en plus difficile à défendre. De plus, la solution préconisée, un cuirassé ayant la capacité de vaincre ceux de l’ennemi, devenait de moins en moins réaliste en raison des contraintes économiques et politiques. Finalement, on se contenta de concevoir un bâtiment lent, pour la lutte côtière. On se privait ainsi d’une escadre avec capacité de se battre au large. Le prochain pas ne serait-il pas de donner la primauté de la Marine à l’Artillerie côtière ? Le remède fut le croiseur, solution trouvée par hasard.

Landquist et Quelques-unes des bases de la stratégie navale

Le livre de Landquist est classique dans sa composition. Il commence avec la stratégie totale du pays et situe la stratégie opérationnelle et celle de la marine. Il discute la maîtrise de la mer, les moyens et les buts de la guerre navale, pour enfin aboutir aux opérations. On trouve ainsi des chapitres sur les lois de la guerre, sur l’armée de l’Air et les forces navales, et finalement un chapitre intitulé “l’homme et le matériel”. Il s’efforce aussi toujours de fonder ses idées sur des stratégistes connus, Clausewitz, Mahan, Castex…

Daniel Landquist est né en 1891. Après l’Ecole navale, il est promu enseigne de vaisseau en 1911. Il choisit l’arme sous-marine, suit les cours de l’Ecole supérieure de Guerre navale royale (KSHS) et étudie l’électronique à l’Ecole polytechnique royale. Il sert comme officier d’état-major dans les bureaux des opérations et du renseignement, tout en étant en même temps professeur à la KSHS, d’abord d’opérations, puis de stratégie. Il commande des sous-marins, puis le cuirassé Drottning Victoria. Plus important ici est son début dans le domaine de la théorie stratégique. Dès 1913, il donne une conférence à l’Association navale de Karlskrona sur l’influence de la puissance maritime sur l’histoire de la Suède. La même année, il traduit Lord Nelson de Mahan. Sauf entre les années 40 et sa retraite, période au cours de laquelle ses obligations étaient trop contraignantes, il travaille toute sa vie sur des questions de stratégie et d’histoire. Il meurt en 196229.

La programmation et la stratégie du temps de paix

A la fin de la Grande Guerre, les marins avaient proposé que la Marine fût le centre de gravité de la défense, en raison de la longueur des côtes de la Suède et à cause de l’intérêt vital des voies maritimes, même en temps de guerre30. Même si ces motifs semblaient être de bon sens, compte tenu des expériences de la guerre, il ne fut pas possible de trouver un appui politique. Le comité de défense de 1927 décida finalement que la priorité serait la défense de la neutralité et la défense contre des opérations amphibies. Cette dernière serait primordiale : elle conditionnerait la composition de la flotte31. La loi de programmation de 1958, qui sonna le glas des destroyers, tira la même conclusion — ce qui, beaucoup plus tard, mena aux intrusions sous-marines et au fameux U-137 dit “Whiskey on the Rocks”32.

Dans le travail du comité de 1934, la Marine voulait donner une place importante à la défense des voies maritimes33. Cependant, le Chef d’état-major des armées décida que la mission primordiale serait, comme toujours, la défense amphibie. Toutefois, il aida la Marine : en effet, il n’était pas favorable à une défense rapprochée de la côte, comme beaucoup d’officiers de l’armée de Terre et de l’Artillerie côtière, solution vue par les marins comme la menace principale. Pour le général, une défense maritime plus avancée, en coopération avec des forces aériennes, pouvait libérer les forces terrestres de la mission de garder toute la zone littorale pour qu’elles puissent se concentrer sans grands risques34. Cette idée est également toujours vivante, cette fois soutenue par les marins, pour des raisons évidentes35.

Néanmoins, la Marine pouvait tenter d’affirmer autrement son rôle. Il semblait, en effet, que la participation suédoise à la Société des Nations pouvait lui donner des missions importantes. Une participation suédoise à des sanctions contre la Russie ou l’Allemagne nécessitait la capacité d’obtenir la maîtrise de la mer, donc d’avoir des bâtiments de surface forts. Comme ceux des grandes puissances étaient trop importants pour la Baltique, la Marine suédoise pourrait jouer un rôle important36. Il y avait aussi une autre ligne de raisonnement, surtout chez l’amiral de Champs : si la Marine avait des grands bâtiments, sa valeur dans une alliance éventuelle serait accrue37. La Marine ne put cependant jamais trouver des soutiens politiques pour ces exigences.

En principe, tous les officiers de l’époque étaient convaincus que la menace principale viendrait soit de la Russie, soit de l’Allemagne. La conséquence en était que la côte est devenait prioritaire. Cependant, comme la plus grande partie du commerce maritime suédois venait de la mer du Nord et de l’Atlantique, les marins voulaient donner une importance accrue à la défense de la côte ouest, où les conditions en haute mer nécessitaient des bâtiments plus grands. A l’époque, ils ne parvinrent pas à convaincre du bien-fondé de leurs arguments : il fallut attendre pour cela l’invasion allemande du Danemark et de la Norvège.

La Marine s’efforça donc de se donner des missions élargies, qui nécessitaient des cuirassés, alors que l’armée de Terre et beaucoup de responsables politiques voyaient plutôt la Marine comme une ligne avancée de défense. En lisant “l’histoire des cuirassés”, on voit que les problèmes sont examinés d’un point de vue plus politique que stratégique : on travaillait “la stratégie du temps de paix”. La question était donc de connaître la frontière entre le domaine politique et l’art de la guerre. Landquist consacre presque deux chapitres à cette question, “la nation et les questions militaires”, “la politique étrangère et la stratégie”. Dans le premier, il montre que la guerre navale, comme la guerre terrestre et la guerre aérienne, n’est pas un phénomène isolé. Il cite Foch, écrit que la guerre est un ensemble et qu’il y a une relation forte entre les affaires militaires et les affaires civiles38. Quant à la différence entre l’art de la guerre et la politique, il cite les Théories stratégiques de Castex où la stratégie est comparée à un spectre solaire : la partie infra-rouge étant le domaine de la politique et l’ultra-violet celui de la tactique, la stratégie se trouve au milieu. Politique, stratégie et tactique constituent donc une unité. Cette relation forte se présente déjà en temps de paix39. La conclusion est la suivante : “Le problème de la défense ne peut pas se résoudre seulement du point de vue militaire ou seulement avec la connaissance militaire ; cette connaissance-là est d’ailleurs souvent fondée sur des armes” 40. Pour Landquist, c’est à la politique étrangère de donner la direction de la “stratégie du temps de paix”.

C’est à l’autorité politique de choisir les guerres envisageables ou possibles auxquelles il faut se préparer, à partir de la politique étrangère. Si cela n’est pas fait, les militaires ont à préparer tous les cas possibles ou choisir eux-mêmes, en se mettant à la place des responsables politiques41.

Ce concept de “stratégie du temps de paix” a été introduit par Cyprian Bridge dans The Art of Naval Warfare : Introductionary Observations de 1907, traduit par l’Association de la littérature de la Marine en 1911. Le but de la stratégie de la paix est “d’essayer de prévenir et de perfectionner dans le moindre détail les conditions qui, en toute probabilité, se produiront en cas de guerre” 42.

Pour Landquist, il est clair que l’art de la guerre navale s’applique aussi en temps de paix. Il cite Clausewitz, Mahan et Castex, pour constater qu’ils ont tous pu faire la différence entre la tactique et la stratégie en temps de guerre mais n’ont pas abordé la question de la paix. Il faut cependant, selon Landquist, utiliser les théories et règles de la guerre navale en temps de paix afin d’équilibrer les forces navales et de les préparer à la guerre43.

En règle générale, la stratégie de paix exige la solution des problèmes suivants : l’appréciation de la situation géostratégique du pays, de ses ressources ainsi que de celles de l’ennemi envisageable, puis la mesure de ses propres forces, l’organisation et l’entraînement de celles-ci et, finalement, la planification opérationnelle et la préparation des bases. La stratégie de guerre implique les missions suivantes : la conduite des forces navales en coopération avec d’autres armes, l’organisation et le soutien des opérations des forces navales et, le cas échéant, le règlement de l’utilisation des formes coercitives de la guerre navale (guerre de course, blocus…)44.

En théorie, les missions de la défense devraient ainsi découler de la stratégie de paix, mais il faut aussi définir les missions pour donner la priorité à l’arme voulue.

Les objectifs d’une guerre

Parallèlement à la stratégie de paix se pose la question des objectifs principaux d’une guerre. Selon Landquist, la guerre n’est pas une fin en soi mais un moyen au service de l’Etat, le moyen ultime. L’objectif de la guerre est d’obtenir une paix où les parties en présence reconnaissent l’arbitraire de leurs revendications45.

Dans ce cadre, il faut fixer les objectifs de la guerre navale. L’objectif général de la guerre navale est — en coopération avec d’autres forces — d’obtenir une paix atteignant les buts politiques. L’objectif particulier de la guerre navale est d’abord de gagner la maîtrise de la mer afin d’utiliser les mesures coercitives de la guerre navale pour obtenir la paix. Cependant, si l’ennemi est très supérieur, il faut se contenter de lui contester la maîtrise de la mer et son utilisation par des formes coercitives. Si l’ennemi ne conteste pas la maîtrise de la mer, on doit utiliser ces mesures dès le début.

Les objectifs opérationnels de la guerre navale sont liés aux forces de l’ennemi et à ses transports maritimes (y compris ceux des neutres servant l’intérêt de l’ennemi). Si on peut mettre hors de combat le gros des forces ennemies, les objectifs particuliers de la guerre navale sont obtenus46.

Il faut définir ces formes coercitives de la guerre navale. Elles sont au nombre de deux. La première est la guerre au commerce : on paralyse la vie économique de l’ennemi. La deuxième est l’opération amphibie où la guerre navale “met un pont d’une côte à l’autre pour les forces terrestres, qui deviennent ainsi le facteur déterminant. On pourrait aussi dire — autour… de la définition de la maîtrise de la mer — que le but de la guerre est, en toute simplicité, d’utiliser les voies maritimes les plus essentielles” 47.

Comme on le voit, il faut une coopération entre les armées, grâce à une prise en considération mutuelle. “L’idéal n’est cependant pas — au moins pour un pays ayant la position et les conditions générales de la Suède — que la défense, vue de l’extérieur, semble être une unité par une organisation avec un chef et un état-major.” Cela ne mène qu’à une mise au pas. Il faut que les trois armées soient “édifiées, organisées et commandées chacune d’après sa particularité” 48. A l’époque où Landquist écrivait ces lignes, l’Etat-Major des armées était récent et fortement dominé par l’armée de Terre. La Marine avait toutes raisons de craindre cette évolution.

La maîtrise de la mer et la puissance inférieure

Une petite marine, en face d’adversaires potentiels plus puissants qu’elle, a des difficultés à affirmer sa crédibilité. En lisant des penseurs navals connus comme Mahan ou Corbett, on se rend compte que la guerre navale est avant tout une question de maîtrise de la mer. Pour eux, notamment pour Mahan, l’idée de base, c’est la bataille décisive. Pour la gagner, il fallait, à l’époque, avoir de grands bâtiments. Mais s’il est impossible d’acquérir des bâtiments forts, les chances de gagner une bataille décisive sont faibles. Dans ce cas, que faire avec la marine ? La petite marine a besoin d’une théorie adaptée.

Pendant les premières années qui suivirent la Grande Guerre, les marines russe et allemande étaient très affaiblies. Grâce à cette situation, les cuirassés de la Marine suédoise pouvaient être à la hauteur des menaces possibles venant de celles-ci. Cela voulait dire que l’on avait enfin une véritable flotte, au lieu de celle du siècle dernier, confinée dans les archipels. Malheureusement, cette situation heureuse ne dura pas longtemps, à cause des bâtiments de ligne de classe Deutschland. Néanmoins, la Marine continuait de proposer une flotte de grande puissance, mais en miniature. De plus, on s’entraînait comme si la flotte en était une. En conséquence, on créa une méfiance, qui s’effacera difficilement49.

L’armée de Terre ne tarda pas à utiliser cette faiblesse. Comme la flotte ne pouvait probablement pas gagner une bataille avec les bâtiments de ligne, on devait confier le rôle primordial à l’armée de Terre. Le rôle de la flotte serait de se battre dans les archipels50. Selon l’armée, la flotte avait gagné une position qu’elle ne pouvait pas remplir et disposait de ressources trop importantes51.

On voit la tension, chez les marins, entre la marine souhaitée et les réalités. Le spectre d’une flotte contrainte de se battre dans les archipels est constamment présent.

Evidemment, Landquist est confronté à ce problème. D’abord, il fait remarquer que les conditions ne sont pas les mêmes sur la mer et sur la terre. Sur terre, on peut généralement construire des fortifications défensives, ce qui n’est pas possible sur mer. “De ce fait, on a tiré la conclusion, fondée sur une comparaison avec les conditions de la guerre terrestre, que celui qui est inférieur sur mer est pour ainsi dire compromis dès qu’il se montre. Une guerre navale mobile pourrait ainsi ne pas avoir lieu, si l’on n’est au moins pas aussi fort que l’ennemi”. Cela n’est pas vrai. Le gros de l’ennemi ne peut être que sur un lieu en même temps et la guerre navale ne se déroule pas le long d’une frontière, mais sur une surface. De plus, on n’est pas contraint de suivre des routes. Finalement, même l’unité navale la plus petite a une chance de couler la plus grande52.

Mais il faut, bien sûr, avoir une possibilité de nuire à l’ennemi. Pour le plus faible, il s’agit d’acquérir la supériorité locale. “Une nécessité absolue, pour pouvoir battre l’ennemi, est d’avoir la supériorité au bon endroit et au bon moment. Et c’est sur la réalisation de cette condition qu’est fondé tout l’art de la guerre navale” 53.

Cette discussion nous mène à la question essentielle : qu’est ce que la maîtrise de la mer ? Landquist constate d’abord, en citant Corbett, Castex et Groos, que la mer n’a pas de maître en paix ou en guerre. “Cette maîtrise ne peut en aucun cas entraîner un droit de propriété, au maximum un droit d’utilisation qui n’exclut pourtant pas d’autres Etats” 54. Puis, il situe la question dans le cadre stratégique : “Celui qui cherche la maîtrise de la mer s’efforce d’utiliser la haute mer afin de gagner la guerre et d’empêcher l’ennemi d’utiliser la mer pour sa défense ou ses objectifs généraux” 55. Cependant, la maîtrise de la mer est contraire à la liberté de la mer. Le belligérant s’efforce, en conséquence, de contrôler les voies maritimes quand le neutre tente de faire respecter la liberté de la mer56. La meilleure définition de la conception de la “maîtrise de la mer” est donnée par Castex : “le contrôle des communications essentielles de surface” 57.

Pour la Suède, avec sa flotte intérieure à celle des ennemis potentiels, il faut modérer l’idée de la maîtrise de la mer. Ainsi, toujours en s’appuyant sur Castex, Landquist constate que la maîtrise de la mer ne peut être ni totale, ni absolue. Il formule à cet égard les conceptions d’une maîtrise contestée, temporaire, relative ou locale58. En effet, la maîtrise de la mer n’est jamais totale sur toutes les mers. Elle est contestée ou non, en fonction des actions des belligérants. Une maîtrise non contestée est souvent locale ou temporaire. Les mouvements des flottes provoquent des variations. Ainsi, plusieurs variantes peuvent exister simultanément. Finalement, quand la maîtrise se trouve contestée, elle sera gagnée en dernier lieu par des batailles navales59.

Comment gagner la maîtrise de la mer ? “La façon la plus simple et de tous les points de vue la plus agréable… est de rechercher le gros de l’ennemi et de le détruire” 60. Si l’ennemi ne veut pas aller sur la mer et refuse d’engager le combat, il faut le forcer, soit par des attaques aériennes, soit par des opérations amphibies, soit par un blocus, soit par l’attaque contre le front terrestre de sa base navale61. Mais il est toujours possible que l’ennemi reste dans ses ports. Dans ce cas, il joue toute la survie de sa flotte parce que “il est mauvais pour le moral et pour l’entraînement que la flotte soit tenue coupée de la mer” 62.

Dans la bataille, l’essentiel est d’avoir des forces supérieures au bon moment et au bon endroit. “C’est la réalisation de cette exigence que vise tout l’art de la guerre navale” 63. Cette idée le pousse à discuter en profondeur de la question de la “supériorité”. S’appuyant sur Clausewitz et Foch, il souligne que la supériorité matérielle n’est pas tout. Il ne faut surtout pas faire des calculs chiffrés de nombre de canons, de poids des obus… L’homme, ses qualités morales, intellectuelles et physiques, jouent aussi un rôle important. Finalement, en guerre, il ne faut rien supposer64.

Quant à la contestation d’une maîtrise de la mer, ce n’est pas une fin en soi. Il faut toujours s’efforcer de gagner la maîtrise. Cependant, il y a des cas où les forces défensives sont trop puissantes, même si elles n’ont pas de moyens offensifs. Pour la Suède, ainsi que pour d’autres petits Etats, il ne s’agit que de faire la guerre navale afin de protéger la nation et ses intérêts sur mer. Cela n’empêche pas la guerre navale d’être d’abord offensive. Il ne faut pas oublier que “la caractéristique de la guerre navale est ou doit être la mobilité des forces, et elle se déroule par une série discontinue de coups et de contrecoups, non pas sur un front ou une ligne, mais sur une surface, qui en principe est la mer qui sépare les deux bases navales principales” 65. Il y a ici une différence fondamentale entre la guerre navale et la guerre sur terre. “La flotte doit… montrer qu’elle est en mesure de porter des coups durs, même en guerre défensive” 66.

Afin de contester une maîtrise de la mer, il y a deux modes d’action : Kleinkrieg (la petite guerre), et fleet-in-being (flotte-en-vie). La première est considérée par Landquist comme généralement mauvaise, sauf pour gagner une liberté de manœuvre. Ainsi, pendant la Grande Guerre, les Allemands, en faisant la Kleinkrieg avec des sous-marins et des mines, ont donné à leur flotte une liberté de manœuvre accrue qui n’a pas été utilisée. Cependant, avec les contre-moyens nouveaux, la menace de ces armes “est réduite” 67. Quant à la fleet-in-being, il ne faut pas prendre l’idée littéralement. En revanche, il faut la traduire ainsi : “une flotte, qui a la liberté, l’aptitude et la volonté d’opérer contre un ennemi supérieur” 68. La meilleure stratégie est de combiner Kleinkrieg et fleet-in-being ; la première pour gagner une liberté de manœuvre et l’autre pour boucler l’ennemi — il ne faut cependant pas oublier que les équipages ne doivent pas rester trop longtemps au port69.

Dans la pratique, on devrait combiner une guerre offensive avec des forces aériennes, des sous-marins et des mines jusqu’à la côte ennemie, avec une lutte anti-sous-marine et anti-mines70.

On voit que Landquist, en s’appuyant sur plusieurs stratégistes, formule une théorie valable pour la Suède. Avec ces idées de base, il doit être possible d’argumenter contre l’armée de Terre pour imposer une flotte avec la capacité de mener une offensive tactique au sein d’une stratégie défensive. Cela dit, il ne faut pas penser qu’il s’agit là d’une idée truquée, conçue seulement pour des fins politiques. Ces idées vont devenir la base de la pensée navale suédoise pendant les années d’après guerre et dans les années quatre-vingt.

La défense contre une tentative d’invasion amphibie

Depuis la guerre de Gustav III avec la Russie à la fin du XVIIIe siècle, la défense contre une invasion a été la mission prioritaire des forces suédoises. Pendant le règne de Karl XIV Johan, l’ancien maréchal Bernadotte, la défense était conçue selon le principe dit de la “défense centrale”. A cet effet, on faisait construire une grande forteresse au milieu de la Suède, où les forces devraient se réfugier pour une contre-offensive éventuelle. Quant à la Marine, elle n’avait qu’un rôle restreint. Ce n’est qu’à la fin du siècle que la Suède change sa stratégie en faveur d’une défense plutôt avancée et se dote d’une flotte pour le large de la Baltique. Evidemment, le rôle de la Marine dans la défense contre une invasion amphibie était une question primordiale. L’amiral Kruusenstierna, chef d’état-major de la Marine, posa le problème avec les termes suivants : “La question de savoir sous quelles conditions une participation directe des forces navales aux opérations terrestres est convenable ou est justifiée est l’un des problèmes les plus importants et les plus difficiles de la guerre navale” 71.

Il y avait plusieurs points de vue dans le débat d’entre les deux guerres. Pour les uns, comme le polémiste et chef de bataillon Kleen, la flotte, ne pouvant pas protéger la patrie contre des cuirassés ennemis, devait rester dans les archipels. Le rôle primordial appartiendrait à l’armée de Terre72.

Le général Thörnell avait, nous l’avons vu, une idée plus mesurée. La flotte devait se concentrer sur la protection des archipels autour de Stockholm et de Karlskrona, mais aussi mener une guerre plus avancée, particulièrement dans la mer des îles d’Aaland73.

Quant aux marins, surtout dans les années vingt, ils défendaient souvent une stratégie défensive avec des poussées offensives, jusqu’au golfe de Finlande. Les parties les plus avancées seraient constituées de sous-marins et de mines, avec le soutien des grands bâtiments74. Pour l’amiral de Champs, le but était une maîtrise temporaire de la mer autour de l’île de Gotland75.

On perçoit ici deux idées différentes de la défense navale. La première, plus traditionnellement navaliste, est celle de l’amiral de Champs : s’efforcer de gagner la maîtrise de la mer. La seconde, plus propre à la Suède, se concentre sur la flotte amphibie. Il y a ici une tendance à voir la guerre sur mer comme une seule bataille qui commence quand l’ennemi sort des ports et se termine quand il a gagné une tête de pont. Le capitaine de vaisseau Strömbäck, plus tard amiral, adjoint au général Thörnhell, avance cette idée : “Nous empêcherons toute tentative d’avancer et nous ne courrons pas à l’ennemi sur des espaces plus grands” 76.

Cette idée, potentiellement néfaste, reviendra plus tard et deviendra la “stratégie” dite de “défense en profondeur” pendant les années soixante et soixante-dix. Le résultat fut “la négation de la stratégie”, où on appliquait un modèle fixe d’une façon assez mécanique77. Déjà, l’amiral Kruusenstierna observait que, dans les mers étroites, la frontière entre la tactique et la stratégie se déplace en donnant à la tactique un domaine plus vaste78.

Landquist était, semble-t-il, un avocat de la stratégie navale plutôt traditionnelle. Même la flotte inférieure doit mener une guerre offensive pour contester la maîtrise de la mer de l’adversaire. L’évolution technique est favorable parce que “plusieurs de ces armes nouvelles et les nouvelles unités sont plus petites et à certains égards meilleur marché que les anciennes” 79.

En particulier, les bâtiments de guerre modernes ont une supériorité sur les bâtiments de transport plus grande qu’auparavant. La flotte peut attaquer non seulement sur la mer, mais aussi au-dessous et au-dessus de la mer, donc en théorie indépendamment du nombre et de la taille des bâtiments d’escorte. En somme, il faut disposer de forces navales de toutes sortes, en coopération et pour que chaque arme soit exploitée selon ses caractéristiques propres80.

Contrairement aux idées exprimées, par exemple, par Kleen, “une invasion amphibie est en principe impossible sauf si l’adversaire dispose d’une flotte, active, bien entraînée et composée d’unités modernes” 81.

Un autre problème est celui de la composition de la flotte. Il ne faut pas oublier qu’il y a deux armes au sein de la Marine suédoise, la flotte et l’artillerie côtière, la dernière assez proche dans ses conception de l’armée de Terre. Les rapports entre les deux armes marines ont été souvent assez délicats, pour ne pas dire mauvais. Mais comme le montre l’exemple de Strömbäck, même parmi les officiers navals, il y a des vues différentes 82. Ainsi, le vice-amiral Sidener avait dit en 1911, dans une conférence à l’Académie royale de Marine : “[les sous-marins], avec des torpilleurs et des destroyers, pourront constituer une arme adaptée à nos ressources et nos côtes entourées d’archipels… Nous sommes… contraints de nous abstenir de penser à une grande flotte du large” 83. Scandale ! L’Académie, à l’initiative du vice-amiral Olsen, l’obligea à se rétracter dans un journal quotidien et à avouer la nécessité d’avoir des bâtiments d’artillerie blindés84.

Comme nous l’avons vu, pendant les années trente, il y avait trois solutions : une flotte pour le large avec des cuirassés, une telle flotte plus légère de croiseurs ou de grands destroyers, la flotte d’archipels où l’artillerie côtière fournirait l’artillerie lourde85. Pour les marins, la dernière solution était bien sûr la pire. Pour l’éviter, le commandant Ericson avait proposé une étude de la deuxième solution, à garder en réserve si la première ne marchait pas. L’avis de Landquist sur cette proposition est intéressant. En tant que chef du bureau d’opérations de l’Etat-Major de la Marine, il la jugea durement. Une telle proposition impliquait un abandon des principes de la guerre navale. Il fallait des bâtiments avec de l’artillerie lourde. Si le gouvernement se décidait pour autre chose, il fallait bien sûr le suivre86. La dernière solution, avec le cuirassé dite de Thörnell, était en principe un juste milieu, une flotte avec des bâtiments lourds mais pour une bataille côtière.

Landquist se prononça donc pour deux choses. D’abord pour le bâtiment lourd comme noyau de la flotte, puis pour l’argumentation militairement pure. Les militaires ne doivent pas prendre des égards avec la politique. La dernière idée colle bien avec ses idées de la stratégie de paix. Quant à l’autre, on peut noter que Landquist, beaucoup plus tôt, en 1918, avait publié un article où il se prononçait en faveur du sous-marin, de la mine et de l’avion comme meilleures armes pour un petit Etat. La Suède n’aurait pas en effet assez de ressources pour faire construire des cuirassés convenables87.

Landquist, en 1918, était peut-être assez proche des idées de la Jeune Ecole française : l’idée de la poussière navale, bon marché, défendant la côte à partir de bases dispersées. Cependant, dans son livre, il n’approuve pas tout. “On [la Jeune Ecole] oubliait finalement les expériences des siècles, pour ne pas dire des millénaires, selon lesquelles la guerre navale exige une unité opérationnelle, une “masse de choc”, dans laquelle sont représentées toutes les armes de la guerre navale et qui soit en toutes conditions apte à faire la bataille avec une force navale ennemie — cette exigence ne peut jamais être remplie même par un grand nombre sur mer d’unités légères et petites (“la poussière navale”) 88.

Néanmoins, les archipels donnent des atouts indiscutables. Couvert par tous ces îles et îlots, on peut se déplacer à couvert sur les lignes intérieures. On y trouve aussi beaucoup d’ancrages protégés. Mais il y a aussi des désavantages, l’ennemi pouvant plus facilement opérer des descentes dans les archipels. De plus, Landquist ajoute que l’existence des archipels mène facilement “à une tendance à mal comprendre la nature réelle de la guerre navale, où les bâtiments sont construits et envisagés pour la guerre d’archipels, par où toute la mer ouverte à l’extérieur des archipels et les voies de communications maritimes sont abandonnées à l’ennemi sans coup férir” 89. On voit que ce dernier facteur est d’une toute autre nature que les autres, c’est l’un des rares endroits où Landquist fait de la polémique.

En somme, Landquist croit au bâtiment d’artillerie lourde comme noyau d’une flotte, apte à se battre sur la mer et composée de toutes les armes navales. Aussi importants que le matériel sont l’entraînement et le moral. Sa vue de la Jeune Ecole montre que, à son avis, dans la guerre navale, la qualité est plus importante que la quantité. Dans les années après-guerre, cette ligne de pensée a été au cœur des discussions au sein de la Marine avec des résultats variés. La tentation d’essayer “la poussière navale” surgit de temps en temps, mais la priorité est aujourd’hui à la qualité.

La flotte et la menace aérienne

Un facteur important dans les discussions autour des nouveaux cuirassés était aussi bien la menace que les possibilités des forces aériennes. Pour beaucoup, l’armée de l’Air devrait reprendre le rôle traditionnel de la Marine. Surtout, le groupe autour du journal Ny Militär Tidskrift fit de la propagande pour cette idée90. Un autre aspect était la vulnérabilité éventuelle des grands bâtiments. Le commandant Ehrensvärd, membre du comité de 1930, cita dans un aide-mémoire l’amiral Castex qui avait écrit que seules les puissances ayant une suprématie aérienne devaient acquérir des grands bâtiments. Comme cela n’était pas le cas pour la Suède, Ehrensvärd en tira la conséquence que la flotte devrait se composer des bâtiments les plus petits possibles91. Ainsi, il y avait des vues critiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Marine.

Landquist consacre plus de trente pages à cette question. L’arme aérienne donne d’abord une liberté de manœuvre nouvelle. “Le rideau de fer, constitué jusqu’à maintenant par le front terrestre ainsi que sur les lignes de côte et les rivages, a disparu” 92. “Seules les forces aériennes qui ont la capacité d’action verticale peuvent avec certitude être utilisées contre des forces navales dans des ports ou des archipels. On ne doit cependant pas en tirer davantage de conclusions” 93. On remarque ici une certaine hésitation : ces conclusions pourraient devenir dangereuses pour l’avenir de la flotte. Landquist consacre une grande discussion à ces questions. Selon lui, il ne faut ni sous-estimer, ni surestimer les possibilités d’attaques aériennes contre les mouillages de la flotte94.

Les forces aériennes connaissent aussi des contraintes. “Elles ne peuvent pas mener des opérations qui exigent une immobilité dans l’espace ou une continuité dans le temps” (Castex)95.

Pour les opérations sur mer, il propose la coopération. “Les deux unités opérationnelles sur mer et dans l’air ont besoin de soutien mutuel et complètent les activités des uns et des autres, mais aucune d’elles ne peut résoudre seule toutes les missions existant au sein de la guerre navale” 96.

Il montre un certain souci du danger politique du débat sur les possibilités des forces aériennes d’attaquer les mouillages de la flotte. Les marins se défendent en évoquant les renforcements des systèmes anti-aériens. Ce débat entre des officiers suédois autour des capacités d’une force aérienne ennemie contre la flotte suédoise contient, à son avis, trop de secrets ; il est donc mal placé97. En tout cas, il y a toujours une lutte entre moyens et contre-moyens. “Serait-il intrépide de supposer que cet équilibre entre la puissance d’attaque des forces aériennes et la puissance de défense des forces navales est désormais atteint ?” 98

Landquist discute les menaces et les possibilités des forces aériennes sur les plans technique, tactique et opérationnel. Il est intéressant de voir comment il perçoit les menaces sur les deux plans. Face à la menace réelle, en guerre, il trouve, ou espère, un équilibre. Il reste donc l’autre, la menace politique. On peut remarquer qu’il a ici parfois des difficultés à se tenir strictement à un point de vue scientifique et à ne pas faire de politique sur cette question. Il aura raison plus tard quand la loi de programmation de 1958 diminuera le budget de la Marine en faveur de l’armée de l’Air.

Le résultat de tous ces débats entre les deux guerres fut que le comité de 1941 ordonna que la flotte serait composée de croiseurs, de destroyers, de torpilleurs et de sous-marins. Ces unités offensives seraient complétées par une force de soutien avec les cuirassés Sverige existants ainsi qu’avec des unités légères. La question des bâtiments lourds devait être réglée quand la guerre aurait montré le degré de résistance de ceux-ci à la menace aérienne. Le résultat est un bouleversement tactique, où la torpille et l’armée de l’Air remplacent l’artillerie lourde comme premier moyen d’attaque sur mer99. Cependant, il n’y aura plus de croiseurs après les deux Tre Kronor. Avec la loi de programmation de 1958, ce sera aussi la fin des destroyers100.

La Marine se trouvait, en conséquence, contrainte d’abandonner le large. La tactique devenait de plus en plus proche de la côte et de plus en plus stérile. Ce n’est que dans les années quatre-vingt qu’il y aura une renaissance de la stratégie navale, appuyée sur des missiles mer-mer puissants et sur des bâtiments bien adaptés à la mer Baltique. Les intrusions sous-marines dans les eaux territoriales y ont certainement contribué.

Il est difficile de dire aujourd’hui quelle importance a eu Landquist. Son nom est généralement oublié, son livre n’est connu que dans les cercles historiques. Cependant, il est clair que beaucoup des idées de la Marine contemporaine, comme celle d’une offensive tactique et d’un comportement actif au sein d’une stratégie défensive, ont une ressemblance forte avec les siennes. Mais il n’est pas l’inventeur de ces idées : son livre rassemble la pensée navale qui existait à l’époque ; en conséquence, son contenu a probablement été si répandu et incorporé dans la connaissance générale de la Marine qu’on a oublié la source des idées qu’il développait.

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Notes:

 

1 La marine suédoise se compose de la flotte et de l’artillerie côtière.

2 Daniel Landquist était alors professeur de stratégie à l’Ecole Supérieure de Guerre Navale de Stockholm et avait écrit plusieurs livres sur la stratégie navale. Voir mon article “La naissance de la géopolitique et la pensée navale suédoise” dans le tome V de la présente série, où son livre Världskriget till sjöss, del 2 fran februari 1915 intill maj 1916 (La guerre mondiale sur mer, 2e partie, de février 1915 jusqu’à mai 1916) de 1916 est cité. Landquist était alors lieutenant de vaisseau.

3 D. Landquist, Kapten vid K. Flottan och lärare i strategi vid K. Sjökrigshögskolans allmänna kurs, Nagra av sjöstrategiens grunder, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1935. 

4 On peut noter que la description stratégique de la Baltique entre les deux guerres est largement valable aujourd’hui.

5 Bertil Ahlund, Svensk maritim sakerhetspolitik (La politique de sécurité maritime), Marinlitteraturföreningen n° 74, Karlskrona, 1992, p. 48.

6 La terminologie nordique appelle “cuirassés” des bâtiments que la nomenclature internationale qualifie plutôt de “croiseurs” ou de “garde-côtes cuirassés” (HCB).

7 Bertil Ahlund, op. cit., p. 89. Les cuirassés de type Sverige (Suède) avaient les caractéristiques suivantes : 121 x 18,6 x 6,8 m, 7 275 tonnes, 22 nœuds, 4-283, 6-152 mm.

8 Anders Berge, Sakkunskap och politisk rationalitet, Den svenska flottan och pensarfatygsfragan 1918-1939 (Compétence et rationalité politique, la flotte suédoise et la question des cuirassés, 1918-1939), Forum naval n°43, Stockholm, Almqvist et Wiksell International, 1987, pp. 39-40.

9 Bertil Ahlund, op. cit., p. 114.

10 Ibid., p. 119.

11 Ibid., p. 120.

12 Jan Olofsson, Försvaret till sjöss, Studier i svensk sjöförsvarspolitik under mellankrigstiden och andra världskriget (La défense sur mer, les études de défense navale suédoises entre les deux guerres et pendant la deuxième guerre mondiale), Forum naval n° 40, Stockholm, Sjöhistoriska samfundet, 1984, pp. 9-10.

13 Ibid., p. 11.

14 Bergé, p. 95.

15 Ibid., p. 110.

16 L’Oscar II, autorisé en 1903, n’était pas du type Sverige.

17 Olofsson, pp. 13-14.

18 Berge, pp. 97-99, 114.

19 Ibid., pp. 101-102.

20 Ibid., pp. 121-124.

21 Olofsson, op. cit., pp. 16-21.

22 La marine finlandaise en avait deux — Väinämoinen et Ilmarinen, 4 000 tonnes, 4 x 254 mm et 16 noeuds.

23 Berge, op. cit., pp. 130-133. Ericson devint plus tard amiral ; il était chef de la Marine quand le gouvernement, en 1958, décida d’abandonner les destroyers pour une flotte encore plus légère.

24 Olofsson, op. cit., pp. 21-29.

25 Ibid., pp. 31-37.

26 Ibid., pp. 43-46.

27 Ibid., pp. 51-53.

28 L’autre croiseur était le Gôta Lejon, plus tard l’Almirante Latorre de la marine chilienne. Les caractéristiques principales étaient : 8 000 tonnes, 33 nœuds, 7 x 152 mm.

29 Nécrologie par E. Andeberg dans Tidskrift i Sjöväsendet (Journal de l’Académie royale de la Marine), 1963, pp. 1000-1003.

30 Olofsson, op. cit., p. 5.

31 Berge, op. cit., p. 81.

32 La loi de programmation de 1958 et celle de 1972 faisaient perdre à la Marine ses moyens de lutte anti sous-marine.

33 Berge, op. cit., p. 107.

34 Olofsson, op. cit., pp. 24-28.

35 Elle figure dans le plan de long terme du Commandant en chef suédois pour la loi de programmation de 1992.

36 Berge, op. cit., p. 54.

37 Ibid., p. 126.

38 Landquist, op. cit., p. 8.

39 Ibid., p. 15.

40 Ibid., p. 10.

41 Ibid., p. 16.

42 Bridge, The Art of Naval Warfare, p. 15, cité par Landquist, op. cit., p. 6.

43 Ibid., pp. 4-5.

44 Landquist, op. cit., pp. 6-7.

45 Ibid., p. 62.

46 Ibid., p. 63.

47 Ibid., p. 65.

48 Ibid., p. 14.

49 Olofsson, citant les mémoires de l’amiral Ericson, p. 57.

50 Ibid., p. 8.

51 Berge, op. cit., p. 95.

52 Landquist, op. cit., pp. 124-125.

53 Ibid., p. 36.

54 Ibid., pp. 22-23.

55 Ibid., p. 24.

56 Ibid., pp. 33-34.

57 Cité en français, ibid., p. 33.

58 Ibid., pp. 24-26.

59 Ibid., p. 28.

60 Ibid., p. 35.

61 Ibid., pp. 42-43.

62 Ibid., p 46, le passage cité provient de Naval Strategy de Mahan, p. 153.

63 Cf. note 52.

64 Ibid., pp. 35-41.

65 Ibid, pp. 47-48.

66 Ibid., p. 49, la citation vient de Otto Groos Seekriegslehren, Berlin, 1929, p. 119.

67 Ibid., pp. 49-53.

68 Ibid., p. 56.

69 Ibid., pp. 57-58.

70 Ibid, p. 58.

71 H. von Krusenstierna, Amiral i Kungl flottans reserv. Likheter och olikheter mellan sjökriget pa innanhaven och pa oceanerna, Stockholm, Marinlitteraturföreningen, 1930, p. 69.

72 Olofsson, op. cit., p. 8.

73 Ibid., p. 24.

74 Berge, op. cit., p. 69.

75 Ibid., p. 126.

76 Ibid., p. 139.

77 Le manque des missiles modernes était un problème difficilement résolu.

78 Kruusenstierna, op. cit., p. 68.

79 Landquist, op. cit., p. 78.

80 Ibid., pp. 79-80.

81 Ibid., p. 79.

82 Ce qui est aussi le cas actuellement.

83 J.W.L. Sidner, discours annuel comme président de l’Académie royale navale, Tidskrift i Sjöväsendet, tome X, 1911, p. 586.

84 Ibid., pp. 578-89.

85 Olofssin, op. cit., pp. 18-19.

86 Berge, op. cit., pp. 131-132.

87 Ibid., p. 46. Il était alors commandant d’un sous-marin.

88 Landquist, p. 51. Quant à son adhésion éventuelle à la Jeune Ecole en 1918, il faut marquer qu’il se montre plutôt mahaniste dans son livre sur la guerre navale 1915-1916 (D. Landquist, Lötjnant vid kungl, flottan Världskriget till sjöss. Del 2 fran februari 1915 i augusti 1914 intill maj 1916).

89 Ibid., p. 131.

90 Berge, op. cit., p. 95.

91 Ibid., p. 102.

92 Landquist, op. cit., pp. 150-151.

93 Ibid., pp. 156-157.

94 Ibid., p. 158.

95 Ibid., p. 151.

96 “De bada operativa enheterna till sjöss och i luften behöva varandras stöd och fullständiga varandras verksammet — men ingendra av dem kan ensam lösa alla de vid sjökrigföringen förekommande stridsuppgifterna.” Ibid., p. 181.

97 Ibid., p. 147.

98 Ibid., p. 149.

99 Olofsson, op. cit., p. 53.

100 Le dernier, le Halland, amena son pavillon en 1982.

 

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