LA NAISSANCE DE LA GÉOPOLITIQUE ET LA PENSÉE NAVALE SUÉDOISE

KJELLEN

 

Lars Wedin

 

Le but primordial de cette esquisse est de faire apparaître les idées principales du fondateur de l’idée dite de "géopolitique", le professeur Rudolf Kjellén. L’importance qu’il a accordée à la mer dans ses théories lui vaut une place dans l’histoire de la pensée navale. En outre, il faut se demander si ses idées ont eu des répercussions sur la pensée navale suédoise de l’époque.

Avant de commencer, il faut situer Kjellén et les officiers de la marine de son époque dans leur cadre. Il faut donc dire quelques mots sur la Suède et sa marine autour des années 1910.

 

La situation suédoise autour des années 1910

Par le traité de Nystadt, en 1721, la Suède cessa d’être une grande puissance. Son hégémonie baltique était perdue pour toujours et un nouvelle puissance baltique naquit : la Russie. Les guerres napoléoniennes confirmèrent cette nouvelle situation avec la perte de Finlande en 1809.

1814 marqua le début d’une nouvelle chapitre de son histoire. L’ex-maréchal Bernadotte conduisit l’armée de la Suède pendant sa dernière guerre et gagna la Norvège au traité de Kiel, ce que donna à la Suède une nouvelle situation stratégique. Quatre ans plus tard il devint roi1. Pendant son règne le gouvernement opta pour une stratégie en profondeur ; "la stratégie de la défense centrale" (Centralförsvarsprincipen). Cette stratégie résultait de la situation géostratégique après 1809, de la suprématie de la flotte russe ainsi que des expériences de la campagne française contre les russes, où ceux-ci avaient utilisé la stratégie dite de la terre brûlée2. On bâtit une forteresse "au milieu de la Suède" 3 qui devait servir comme base de la défense et de siège du gouvernement en cas de guerre. Et la menace principale était — comme presque toujours — une invasion russe. Un grand canal, le Göta kanal, fut construit pour assurer la liaison entre la forteresse et la Baltique, et ainsi avec la capitale. Malgré une frontière maritime plus longue que jamais, la Suède avait donc choisi une stratégie terrestre.

La Suède, pendant la plus grande partie de la XIXe siècle, était un pays très pauvre et toujours un "pays de paysans". Il y avait peu d’intérêt ou de compréhension pour l’importance de la mer et donc pour la marine. Cette situation contribuait, bien sûr, au choix d’une stratégie terrestre. En conséquence, la marine resta, pendant une grande partie de ce siècle, dans un état déplorable4. Il n’est pas surprenant que les officiers de la marine aient eu le sentiment de ne pas être compris. Cette idée d’incompréhension est un état d’âme typique chez les officiers de la marine suédoise. "On a gardé, pour prendre un exemple, les noms des maréchaux les plus malheureux et des conseillers les plus ignorants..." en oubliant ceux qui ont travaillé pour les affaires maritimes5. Même aujourd’hui, on peut entendre des jeunes officiers dire : "si seulement on pouvait leur (politiciens, généraux...) faire comprendre".

Avec le roi Karl XIV Johan commença la longue période de paix, qui dure encore. La fameuse politique de neutralité fit son début avec la Guerre de Crimée et les opérations baltiques de la France et de l’Angleterre. Cette politique, en tant que but en soi, sera cependant fixée beaucoup plus tard6.

La situation de la marine commença enfin à changer vers 1870. L’époque des bâtiments de bois étant terminée, on construisit des petits cuirassés pour la guerre côtière. En principe, ils ne constituaient qu’une artillerie-côtière mobile. Finalement, le Riksdag (Parlement) prit en 1883 la décision de construire des cuirassés plus grands pour la guerre au large. Cette décision marqua un tournant dans l’histoire de la marine7.

Pendant les années 1890-1914, la défense du pays s’améliora et on se procura une flotte moderne mais modeste. La russification de la Finlande, la nouvelle Allemagne et la crise, puis la rupture, de l’union avec la Norvège étaient à la base de ce réarmement8.

En 1911, il y eut une crise gouvernementale autour du programme de cuirassé dit "F"9. La décision d’annuler le bâtiment suscita un grand débat qui aboutit à une souscription publique. Celle-ci réussit à réunir assez d’argent pour faire construire le premier bâtiment, Sverige (la Suède).

Un vif débat a toujours opposé les partisans des bâtiments pour des opérations du large et ceux de la défense côtière. Entre 1756 et 1824, il y avait deux marines ; la flotte proprement dite et "la flotte de l’armée de terre" (arméns flotta). Celle-ci était composée de "galères" et petits bateaux pour la guerre dans les archipels10. Après 1824, les deux composantes continuaient d’exister côte à côte, avec des monitors et torpilleurs comme héritiers tactiques des galères11. 1905 vit la relance de ce débat quand l’Artillerie côtière (Kustartilleriet) fut rattachée à la Marine12.

En 1914, quand la Grande Guerre éclate, la situation de la Suède est la suivante. De la grande puissance il ne reste rien, sauf le pays noyau. La Russie, avec la Finlande, est la plus grande puissance côtière de la Baltique et constitue la menace prioritaire. Au sud, il y a une nouvelle grande puissance, avec laquelle la Suède a traditionnellement des liens étroits. Le pays pauvre de paysans a commencé à laisser place à un état moderne, industrialisé, et avec une flotte marchande importante. La marine de guerre a connu un essor et est dans un assez bon état, après des années de négligence. Sa situation, cependant, est loin d’être assurée.

 

LA GÉOPOLITIQUE DE KJELLÉN

Rudolf Kjellén, né 1864, est l’inventeur de la "géopolitique". Il était professeur de science politique, d’abord à Göteborg, puis à Uppsala où il resta jusqu’à sa mort, en 1922. Autour des années 1900, il fut attiré par la "géographie politique" de Ratzel. L’expansion des domaines de responsabilité de l’état et les idées de Ratzel lui montrèrent la nécessité d’étudier l’état dans un cadre plus large qu’auparavant13.

Son œuvre la plus connue est Stormakterna (les Grandes puissances) de 1905, qui connut plusieurs éditions refondues. L’ensemble de ses théories est présenté dans Staten som lifsform (l’Etat comme forme), paru en 1916. Il écrivit d’autres ouvrages, notamment Världspolitiken 1911-1919 (la politique mondiale 1911-1919) en 1920, livre particulièrement intéressant. Il se compose d’études successives qui permettent de suivre l’évolution de sa pensée à travers une situation politique fluctuante. Il faut noter qu’il était un grand ami de l’Allemagne, comme beaucoup de suédois à l’époque14.

Kjellén, et aussi l’Anglais Mackinder, donnèrent des idées de base à Karl Haushofer. Parce que l’œuvre de celui-ci a pu plus tard inspirer l’idéologie nazie, la notion de "géopolitique" est devenue plus ou moins taboue dans plusieurs pays, notamment en Suède. Il faut aussi noter que la géopolitique est à l’opposé du marxisme, quant aux causes des conflits militaires. Celui-ci place au premier plan la lutte des classes, quand la géopolitique souligne la géographie et les situations générales des Etats15.

Staten som lifsform est l’œuvre principale de Kjellén, dans laquelle il s’efforce de ramasser ses idées dans leur intégralité16. Son but est d’élargir la science politique au-delà des aspects juridiques. Il veut étudier "l’Etat dans sa totalité, comme il se manifeste dans la vie réelle" 17. Pour ce faire, il faut voir la dualité de l’Etat.

Il y a un Etat vu de l’intérieur, par les citoyens. Sous cet angle, l’Etat a des aspects de droit constitutionnel, de droit privé et sociaux18. Vu de l’extérieur, au contraire, l’Etat est un entité de droit international ; "une puissance étrangère, tâtonnante et faillible dans l’histoire..." 19

Mais, parce qu’on ne peut pas avoir deux sciences politiques, il faut concilier les deux aspects. Kjellén constate que "les Etats, comme nous les suivons dans l’histoire et comme nous avons réellement à agir à l’intérieur d’eux, sont des êtres sensibles et raisonnables — comme les hommes" 20. L’idée que l’Etat est une chose vivante — même biologique — est une de ses idées principales ; peut-être la principale. Quand on voit l’Etat de cette manière, il est clair que l’Etat peut agir avec les autres Etats, comme un homme agissant avec des autres. En effet, c’est la façon normale de décrire les événements dans la politique étrangère - "la France fait..." etc. "Chacun [des Etats] se comporte comme un individu à part, avec son caractère particulier, avec ses intérêts particuliers, sa manière à agir, ses sentiments..." 21.

Cependant, les hommes ne sont pas du tout sans pouvoir. "En fin de compte, la vie de l’Etat se trouve entre les mains des individus " 22.

Dans cette science politique élargie, il lui faut établir des disciplines nouvelles. Ce sont :

- la géopolitique, qui aborde l’Etat comme entité politique parmi d’autres Etats,

- la politique de régiment23 ; la Constitution et la politique,

- l’ethnopolitique, sur la masse des hommes, les rapports entre le peuple et la nation,

- l’écopolitique centrée sur les structures économiques,

et, enfin

- la sociopolitique ; l’Etat comme société.

Pour Kjellén, la géopolitique et l’ethnopolitique avaient le plus grand intérêt24. C’est, bien sûr, à la première que nous nous intéressons ici. Cependant, il faut bien noter que la géopolitique n’était qu’une partie d’un ensemble — la science politique. En lisant ses analyses de la situation géopolitique contemporaine, le Stormakterna (les grandes puissances) par exemple, on voit comment il combinait tous ces facteurs afin de construire une totalité.

Avant que nous n’abordions la géopolitique, il faut dire quelques mots de l’ethnopolitique. Non seulement parce que Kjellén l’a trouvée importante, mais aussi parce qu’elle traite du nationalisme, très important à l’époque — et à la nôtre. Kjellén la définit ainsi :

Vu de l’extérieur, l’Etat ne se présente seulement pas comme un morceau de terre mais aussi comme un ensemble d’hommes dans le cadre du pays. La science de l’Etat dans cette perspective devient donc la science de l’organisme ethnologique et peut convenablement être appelée ethnopolitique  25.

Les hommes forment un peuple. Mais l’Etat ne se compose seulement pas des individus vivants. On y trouve tous les individus du peuple ; vivants, morts et pas encore nés "... comme l’arbre avec toutes ses feuilles de toutes ses années" 26.

Il nomme l’ensemble des hommes qui sont attachés par loyauté à l’Etat un peuple ; l’ensemble de ceux qui sont attachés par la nationalité est nommé nation. Le grand problème de l’ethno-politique est en conséquence la relation entre peuple et nation27. Cette pensée la mène au principe de nationalité avec son importance pour la cohésion des Etats.

Ce principe agit en deux sens. Si la nation est plus grande que l’Etat, celui-ci a un effet unificateur. Mais, dans le cas inverse, il a un effet dissolvant28. Il y a donc un lien étroit entre la géopolitique et l’ethnopolitique ; "Comme le pays, ou l’Etat, naturel a un territoire naturel et des frontières naturelles, le peuple ou la nation naturelle a aussi sa solidarité et sa vie séparée des autres" 29.

Ce principe de nationalité joue un rôle essentiel dans les analyses que fait Kjellén de la situation mondiale avant la Grande Guerre. Il y a alors, comme aujourd’hui, un mouvement de naissances et de morts des Etats — pour utiliser la terminologie de Kjellén. Dans Staten som lifsform, il discute ses principes au fond. Il constate, entre autres, que la solution généalogique, c’est-à-dire l’existence d’une race dominante, ne suffit pas pour constituer une nation30. Ce qu’il faut, c’est une langue commune, la conscience d’un caractère distinctif et, finalement, une confirmation lorsque la nation se donne une figure étatique, ce qui normalement est fait par une déclaration d'indépendance. "Par l’Etat, la nation reçoit ce contenu spirituel élevé, dont elle manque en elle-même" 31.

L’Etat naît forcément en faisant violence au droit international. Il y a déjà un système légal et confirmé des Etats où le nouveau né entre. Il lui faut donc une reconnaissance de la communauté internationale pour être reçu au sein de celle-ci. Cependant, la communauté ne peut empêcher l’Etat ni de naître ni de mourir32.

Enfin, nous abordons la géopolitique.

La géopolitique est la science de l’Etat comme organisme géographique ou comme entité dans l’espace : c’est à dire l’Etat comme pays, territoire, domaine ou, plus caractéristique, comme règne. Comme science politique elle observe fermement l’unité étatique et veut contribuer à la compréhension de la nature de l’Etat 33.

Kjellén fait d’abord un certain nombre d’observations. L’Etat moderne exige un territoire avec de la campagne et des villes. Il peut s’étendre, mais il ne peut pas se déplacer ; il s’élargit. L’intégrité du territoire est plus importante que les habitants. Un Etat règne sur les citoyens, mais ne peut pas durablement régner sur le territoire d’un Etat étranger34.

Kjellén voit l’Etat comme un être vivant. Il y a des maladies des Etats plus ou moins graves. En conséquence, il y a aussi des parties vitales. La géopolitique peut donc soutenir la stratégie en désignant les parties sensibles. Mais les liens entre ces deux sciences sont encore plus étroits. "La guerre est comme un champ d’expérimentation de la géopolitique..." et "La guerre moderne a comme but de rompre la volonté de l’adversaire ; la façon la plus radicale d’y arriver est de prendre tout son territoire, parce que c’est comme lui enlever le droit d’usage de son propre corps" 35.

Cette idée de "corps étatique" s’accompagne de ce que Kjellén appelle "den géografiska individualiseringens lag", la loi de l’individualisation géographique. À l’extérieur, l’Etat devrait avoir des frontières naturelles et, à l’intérieur, une relation naturelle avec un domaine harmonique36.

La mer constitue la frontière la plus naturelle, le pays insulaire est en conséquence l’idéal. Cela explique aussi l’aspiration à la mer qui est un "objectif politique de premier ordre pour des Etats d’un sentiment trop continental ; comme l’histoire récente de la Serbie et, dans une échelle encore plus grande, de la Russie, nous l’a montré" 37. La France est l’archétype de la frontière amphibie parce qu’elle n’est pas dominée ni par la terre ni par la mer. C’est une situation généralement favorable. Cependant elle suscite aussi un tiraillement entre le désir de gloire sur la mer et celui sur la terre38.

Le caractère des frontières n’est cependant pas totalement dépendant de la nature. Les relations de puissance entre le pays en question et ses voisins ont, bien sûr, aussi une grande importance. Les grandes puissances s’efforcent de mettre en place des états "glacis" au-delà de leurs frontières naturelles39.

L’intérieur ne doit pas être dispersé et l’Etat doit avoir suffisamment de ressources pour survivre. Particulièrement intéressant est le domaine dite "circummarin". Dans ce cas, l’unité est constituée par la mer et le pays proprement dit se trouve autour cette mer. L’empire britannique autour de l’océan Indien en est un exemple important. La Suède, à l’époque de sa grandeur, en était une autre. La condition nécessaire pour un Etat "circummarin" est qu’il domine les routes de l’intérieur40. Kjellén ne donne cependant pas ce type de domaine comme sûr, parce que les autres Etats essayeront de remplir ce vide du milieu41.

Une idée voisine est celle de "contre-territoire". Ici, un Etat, cherche à établir une "tête de pont" sur la côte en face de son propre pays. Ce "contre-territoire" va servir de première ligne de défense. Kjellén utilise les aspirations italiennes sur Tripoli comme exemple, mais il peut également avoir songé à l’exemple de la Suède pendant sa grandeur42. Plus important que le contre-territoire, à l’époque de Kjellén, est le "domaine clos". "La grande politique de nos jours est, en grande partie, dirigée par cette volonté de créer des complexes coloniaux cohérente à la place des colonies particulières" 43.

L’idée d’un domaine "circummarin" est évidemment étroitement liée à celles de "contre-territoire" et de "domaine clos". Même si les difficultés de les créer seront plus grandes dans l’avenir, il y aura une volonté de constituer des empires avec la mer au milieu44.

Dans l’analyse géopolitique, il faut considérer trois facteurs : l’espace, le domaine et la position. S’agissant du premier facteur, Kjellén note que "Les Etats vigoureux, dans un espace limité, se trouvent sous l’impératif catégorique d’élargir leurs espaces, par colonisation, fusion ou des conquêtes de différentes façons" 45. Cependant, il ne faut pas trop élargir, ce qui pourrait conduire à des risques intérieurs, moraux, problème qui appartient à l’ethno-politique46. Le domaine doit être concentrique autour d’un centre47.

La position, par rapport aux autres états et aux routes commerciales, a une grande importance pour la liberté d’action d’un Etat. Par exemple, l’Allemagne a huit voisins, dont trois grandes puissances, quand l’Angleterre n’en a aucun. La liberté d’action de celle-ci est donc plus grande que celle de la première48. La position est aussi une question de lignes de communication. "Si l’Italie est la rivale principale de la France sur la ligne d’expansion de l’intérieur, la Méditerranée, l’Angleterre est en effet sa deuxième rivale sur cette même ligne et le premier rival sur toutes les lignes extérieures" 49.

Les situations changeantes entraînent un autre phénomène, celui de "valeur de terrain". "Toute l’évolution de l’Angleterre contemporaine est un effet de la découverte de l’Amérique, qui l’a fait déménager de la périphérie de l’Europe au centre du monde" 50. Une autre exemple intéressant est lié à l’histoire immédiate : "La conséquence naturelle est ici aussi une valorisation du lot politiqueLa Scandinavie pendant l’hiver présent signifie la seule et la dernière porte de la Russie vers l’Europe de l’Ouest" (janvier 1916)51.

Dans ses descriptions de la politique contemporaine, le tableau politique de l’Europe et du monde se présente comme une table de jeu. Les interactions entre les Etats sont décrites comme le sont normalement les batailles ou les guerres. Ici, les grandes puissances ont le rôle primordial. "Il n’est pas suffisant de connaître l’intrigue, il faut aussi connaître les acteurs. Les grandes puissances sont ces héros du jeu et les possesseurs des premiers rôles" 52. Grâce à cela, il suffit normalement à étudier celles-ci53.

Quelques exemples donnent un aperçu des idées concrètes de Kjellén.

Avec la France et la Russie, l’Angleterre pu se réconcilier, parce que le conflit s’est situé sur un espace géographiquement extérieur ; ici on a donc pu utiliser la méthode de compensation, avec le Maroc... comme premier moyen d’échange. Avec l’Allemagne, il n’y a pas une telle solution, parce que le conflit réel n’est pas d’une nature territoriale. Il est plus profond : dans l’espace militaire et économique... L’Angleterre sent sa suprématie maritime mondiale et son hégémonie du marché mondial menacées par l’Allemagne. Là se trouve le nœud de leurs affaires 54.

En réalité, la situation générale du monde ne paraît pas défavorable à une combinaison planétaire Allemagne/ Etats-Unis/Chine comme contrepoids de la combinaison déjà existante Angleterre/Russie/Japon 55.

Cette idée de combinaisons planétaires est assez fréquente chez Kjellén, particulièrement quand il s’agit de la mer. Tous les pays et tous les peuples sont en liaison l’un avec l’autre. Aucune des nations ne peut se couper des exigences de l’histoire du monde. "La grande roue roule vite et il ne dépend plus de nous même si nous serons entraînés ou non". Cependant, cet évolution a des aspects positifs : "Ainsi, nous commençons déjà à entrevoir les contours d’une humanité organisée et solidaire" 56.

Nous avons déjà vu qu’il donne une grande importance à la mer. On pourrait dire que, quand Mackinder situe le centre du monde au milieu du continent - le "Heartland", Kjellén le situe au milieu de la mer.

Ainsi la Méditerranée classique ne se trouve plus au premier plan de l’histoire. Nous voyons de nos jours — entrevue vaguement par le génie de Napoléon — une autre Méditerranée, adaptée aux mesures planétaires contemporaines ; et cette Méditerranée, la grande et large route commerciale intérieure de la culture occidentale, c’est l’Atlantique 57.

La puissance maritime est donc essentielle pour une grande puissance. L’Allemagne, "... la puissance terrestre dominante de l’Europe commence à devenir une puissance maritime et, en conséquence, une puissance mondiale" 58.

La Russie, aussi, se tourne vers la mer. Quand son projet dans l’océan Pacifique a échoué, en 1905, elle a fait de la Finlande une base pour sa marche stratégique à l’ouest afin de relancer son programme atlantique59.

Kjellén donne donc une grande importance à la liberté de la mer. Mais, il le fait d’une façon un peu étonnante pour nous. Il voit en effet les sous-marins allemands comme champions de cette liberté, au point d’écrire en janvier 1917 :

Si cette action [la campagne des sous-marins] sur l’océan a un succès définitif, elle donnera aussi dans le futur un rendement plus grand c’est à dire la liberté de la mer, ce que veut dire l’abolition de la maîtrise de la mer dont a abusé l’Angleterre et l’assurance du droit à l’existence même pour les petits états avec de longues côtes comme ceux de la Scandinavie et la Grèce 60.

Les sous-marins ont aussi un rôle géopolitique plus direct.

L’insularité, le meilleur moyen de protection et de garde de l’Angleterre, la condition de sa puissance politique pendant des siècles, est soudain devenu un danger immense (octobre 1915)61.

Pour terminer cet esquisse autour de l’œuvre de Kjellén, il faut dire quelque mots sur ses sentiments envers l’Allemagne. Etait-il coupable d’être, d’une façon ou d’une autre, le fondateur de la pensée nazie ? On ne peut donner ici que quelques indications sommaires. D’abord, on doit rappeler qu’il est mort avant l’avènement du nazisme. Ensuite, on l’a vu, il n’attachait pas une grande importance des questions raciales. Cependant, il était un ami de l’Allemagne et il semble qu’il eut une certaine compréhension pour une politique expansionniste.

Dans ces conditions il y a des cercles de plus en plus larges qui commencent à se pénétrer par cette conviction, que ce but [l’Allemagne comme puissance mondiale] ne soit plus possible sur une route paisible. L’Allemagne s’est élevée sur la scène européenne par le sang et le fer : il devient clair qu’elle devra verser du sang et du fer, si elle veut devenir une Grande-Allemagne sur la scène planétaire ... Le cercle de fer, qui se renferme de plus en plus étroitement autour de son cœur, doit nécessairement être brisé avec violence 62.

Néanmoins, la guerre lui avait montré l’importance de la démocratie. Il avait eu des doutes de l’efficacité de celle-ci, mais le 31 décembre 1918 il écrivit :

Le résultat de la guerre est ainsi une leçon pour tous les peuples : aujourd’hui il n’est pas possible de gouverner un Etat civilisé autrement qu’avec et par son propre peuple, de la façon la plus large 63.

La pensée navale

Kjellén ayant donné une grande importance à la mer, on peut se demander si sa pensée a influencé les auteurs de la marine. L’ouvrage le plus important de l’époque est probablement Sjömaktens inflytande på Sveriges historia (L’influence de la puissance maritime sur l’histoire de la Suède) des capitaines de vaisseau Arnold Munthe et Gunnar Unger64. Le titre de l’œuvre ne fut pas choisi par hasard, l’idée était expressément de faire pour la marine suédoise ce que Mahan avait fait pour les marines plus grandes65. Le but était donc, en premier lieu, de tirer des leçons navales de l’histoire suédoise, au lieu, de celle des grandes puissances océaniques comme Mahan l’avait fait. Deuxièmement, le but était faire comprendre aux Suédois que la marine avait très souvent été l’arme décisive. Cependant, il n’y a pas de géopolitique dans cette démonstration. Munthe se situait plutôt au niveau tactique/opérationnel, quand Unger se situait au niveau stratégique.

Toutefois, il y avait des officiers de la marine, dans les années 1910, qui lisaient Kjellén. Les lieutenants de vaisseau Björklund et Öberg publièrent, en 1915, un petit livre assez remarquable, intitulé La politique maritime et les préparatifs maritimes. Précis des armements maritimes des puissances belligérantes avant le début de la guerre mondiale" 66. On aimait bien les titres longs et descriptifs à l’époque ! C’est un livre bref, mais dense. En 166 pages il passe en revue les aspects politiques, matériels, opérationnels et humains des puissances de l’entente et centrales.

Il y a un certain nombre de références à Kjellén, par exemple sur la Grande-Bretagne ; "how Britain strove for war or for other nations to war for her" ou le Japon et sa volonté de devenir une grande puissance67. On pourrait en déduire que Kjellén était bien connu68. En outre, ils utilisent eux-mêmes des arguments géopolitiques. Par exemple, en discutant la répartition des flottes russes, ils tirent la conclusion que la Baltique est la mer la plus importante de la Russie. Ils citent à la fois un Russe (le prince Lieven) et Mahan69. Ils utilisent aussi la même expression que Kjellén, sans y faire référence, en discutant la dualité mer-terre dans la situation stratégique de la France.

Dans le cadre de la pensée navale ils font souvent référence aux auteurs navals étrangers ; par exemple : Darrieus, Mahan et Colomb (bases navales) ; Daveluy (organisation) et Jurien de la Gravière, ainsi que Eugenio Bollati di Saint Pierre (à propos de la politique de l’Italie)70. On trouve aussi des références à Machiavel et à Pierre le Grand, respectivement sur les alliances de l’Italie et la nécessité d’entretenir une flotte71. Les citations de Daveluy, Darrieus et Mahan sont les plus fréquentes. Öberg venait de traduire la troisième partie de L’esprit de la guerre navale de Daveluy72.

L’ouvrage peut aussi se situer dans le même cadre propagandiste que celui de Munthe et Unger. Björklund et Öberg soulignent le besoin d’une flotte de haute mer. Ce n’est certainement pas par hasard qu’ils écrivent : "Par une vue erronée de la nature de la puissance maritime, la flotte turque depuis longtemps, s’est de plus en plus donnée le caractère d’une ‘fortress fleet’. Il y a tout de même quelques officiers turcs qui ont vu cet erreur, et qui travaillaient avec énergie et un esprit ouvert, pour le rajeunissement spirituel de la flotte" 73. Il ne faut pas oublier que l’avenir de la flotte suédoise n’est pas du tout assuré à l’époque où ils écrivent.

Comme d’habitude, il y a une opposition à la fois au sein de la marine et entre l’armée de terre et elle. La marine française offre aux auteurs la possibilité d’aborder le problème de "la guerre de haute mer contre la défense côtière". En France, lisons-nous, il y a depuis toujours un débat vif entre les partisans des bâtiments de ligne et ceux des bâtiments légers. Et cette opposition a eu de graves conséquences. "Nous nous souvenons de l’aptitude française pour ‘la guerre de course"... ainsi que de ‘la Jeune Ecole’, qui sous la direction de l’amiral Aube pouvait proposer un retour aux bâtiments plus petits et plus faibles" 74.

Björklund et Öberg sont surtout sévères pour la dispersion des bâtiments entre des escadres locales. Ils utilisent Daveluy et Darrieus pour montrer l’absurdité de cette idée. Enfin, ils concluent : "Ce principe suranné a ainsi été abandonné en France au cours des dernières années" 75. La tournure péjorative n’est certainement pas choisie par hasard.

Enfin, on note leur grand intérêt pour l’aéronavale. "L’Angleterre est relativement bien pourvue en avions, mais le retard en dirigeables est grave" 76. Ils discutent aussi soigneusement l’aéronavale française, où ils évoquent les hydravions. Ceux-ci auraient un avenir important, mais il y avait encore des problèmes techniques à résoudre77.

Pour retourner à la géopolitique, un petit ouvrage sur La guerre mondiale sur les mers européennes paraît en deux parties, écrites par deux auteurs différents, le capitaine de corvette Lindberg et le lieutenant de vaisseau Landquist. La première partie va d’août 1914 jusqu’à février 1915, la deuxième continue jusqu’à mai 191678.

C’est surtout chez Landquist qu’on trouve une discussion géopolitique. Dans sa partie, l’opération des Dardannelles constitue le centre de gravité, et c’est dans ce cadre qu’il écrit : "La combinaison suivante pouvait par exemple se discuter au printemps 1915 : une action coordonnée russe - roumaine - serbe - italienne sur le front oriental, et une autre bulgare - grecque avec le soutien des grandes puissances contre la Turquie" 79.

Landquist semble d’ailleurs adhérer à la "primauté de la bataille" ; il écrit par exemple : "L’objectif primordial d’une opération à la mer est la flotte de l’ennemie" 80. Il cite souvent Mahan à l’appui de ses idées81.

Lindberg s’occupe plutôt des opérations et de tactique. La seule chose notable est le détail avec lequel il décrit les opérations navales sur la côte belge en octobre-novembre 1914 en soutien de l’armée de Terre82. Celles-ci ont fait apparaître que "même des bâtiments d’artillerie matériellement médiocres peuvent avoir un effet décisif sur les opérations à terre" 83.

Chez les deux, l’importance de l’esprit offensif est souvent soulignée. Lindberg raconte une bataille entre des contre-torpilleurs allemands et des forces britanniques, le 17 octobre 1914, où tous les bâtiments allemands furent coulés. Il se demande pourquoi ils n’ont pas attaqué de près — dans ce cas ils auraient sûrement emmené quelques ennemis avec eux au fond84. C’est surtout l’esprit offensif de la flotte inférieure qui est évoqué. Et Landquist remarque, à propos d’une offensive autrichienne, que "de telles opérations, qui ne sont pas directement dépendantes de la maîtrise de la mer, peuvent toujours être menées par celui qui est inférieur, s’il a des forces navales convenables ainsi qu’un ensemble de bases pas trop proches l’un à l’autre, de préférence une zone de bases (c’est-à-dire un archipel)" 85.

Cette ligne de pensée est très fréquente chez les écrivains de la marine. Probablement, c’est une conséquence de son infériorité depuis des années par rapport à la menace principale - celle de la Russie. Face à cet état des choses, les marins ont toujours eu à se battre contre ceux qui contestaient "l’idée d’acquérir une flotte".

Il y a au moins un auteur avec une vue géopolitique particulière, l’amiral von Krusenstierna, qui publie Les analogies et les différences entre la guerre sur les mer intérieures et sur les océans en 193086. Il n’y a pas de preuves qu’il ait lu Kjellén, mais il y a des ressemblances, surtout entre la théorie "circummarine" de celui-ci et la mer intérieure de von Krusenstierna.

L’idée de base de Krusenstierna est que la plupart des penseurs naval traitent des questions océaniques. Il veut voir si ces théories sont aussi valables pour les mers étroites. Il cite Corbett, Clausewitz, Mahan, Darrieus, Daveluy, von Kirchoff, Colomb, Meurer, Wegener, Groos et Bernotti, ce que nous donne une idée du "state of the art" à l’époque87. Il semble trouver le dernier particulièrement intéressant : "Enfin, il [Bernotti] souligne qu’une flotte inférieure peut éviter une bataille, contester la maîtrise de la mer de l’adversaire et conduire une guerre d’usure. Par contre, une stratégie défensive de cette nature ne peut pas, selon lui, être utilisée dans l’air" 88. Ici aussi, nous trouvons donc cette idée d’esprit offensive de la flotte inférieure. Son idée géopolitique fondamentale est que :

Les pays se situant autour d’une mer intérieure ont toujours constitué, et constituent encore, une sphère d’intérêt plus ou moins séparée du monde extérieur” 89.

Les guerres dans les mers intérieures ont donc un caractère différent des autres. Après une discussion menée à partir de Clausewitz et Corbett, il conclut que, quant à l’intensité et la fréquence des guerres limitées il n’y a pas de grande différence, l’intensité étant généralement accrue par les nouveaux moyens de guerre90. Par contre, les buts ne sont généralement pas les mêmes.

En principe on peut dire, que sa [la guerre maritime comme moyen du pouvoir politique] contribution sur les mers intérieures a d’abord pour but la puissance politique des pays, par contre sur les océans [elle a pour but] leur puissance économique et leur ravitaillement 91.

la maîtrise de l’entrée de la mer intérieure est d’une importance particulière. Un pays qui n’en est pas le maître aurait de grandes difficultés pour opérer de l’autre côté. Bien sûr, une grande puissance extérieure a moins problèmes qu’une petite, mais l’évolution technique a beaucoup aggravé les dangers des opérations dans les mer étroites92.

Les observations de Krusenstierna l’ont amené à construire un système d’opérations qu’il divise d’abord en deux groupes : les opérations navales propres et les opérations navales combinées. Chaque groupe se divise en poussées et en opérations perpétuelles93.

Les nouveaux moyens de surveillance, le sous-marin et l’avion, ont eu des répercussions importantes. Il n’est plus possible de tenir la mer, même pour le plus fort, près d’une côte94. Cet évolution a comme conséquence un changement du rapport entre tactique et stratégie. Dans les mers étroites, la situation dorénavant ressemblera beaucoup à la guerre de positions à terre. Cela implique que le domaine de la tactique soit élargi par rapport à celui de la stratégie dans ces mers95.

Le sous-marin et l’avion ont aussi pour conséquence de réduire la possibilité des opérations amphibies, surtout dans les mers étroites96. Par contre, il y aura un risque élevé de dévastations côtières à partir d’hydravions, en coopération avec, ou ravitaillés par, des contre-torpilleurs rapides97.

Ses conclusions sont que :

- les moyens de guerre nouveaux ont une plus grande influence sur les mers étroites que sur les océans,

- ces moyens donnent une intensité accrue à la guerre sur mer, surtout dans les guerres navales sur les mers intérieures,

- la difficulté de conquérir la maîtrise de la mer et de faire des opérations amphibies est plus grande qu’auparavant, surtout dans les mers étroites.

- par contre, les difficultés des dévastations côtières se sont beaucoup amoindries, si elles sont faites par avion, surtout dans les mers intérieures,

- les possibilités de détruire ou de protéger le commerce maritime n’ont pas changé sur les deux types de mer98.

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* *

Kjellén donnait une place importante à la mer dans sa théorie géopolitique. Au lieu de mettre le continent euro-asiatique au centre du système planétaire, il y situait la mer. Il a été lu par des officiers de marine. Mais, c’est seulement chez l’un d’eux que nous pourrions tracer cette théorie de la mer centrale, von Krusenstierna, qui avance une théorie plutôt géostratégique. Mais il y a eu d’autres théories navales suédoises, d’un certain intérêt, pour la plupart dans la ligne classique, mahaniste. On y reviendra99.

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Notes:

1 Il prit le nom Karl XIV Johan.

2 Ronny Lindsjö, Försvarsfrågan och sjökrigsmaterielens utveckling, Kungl Sjökrigsskolan 1978, (La question de la défense et l’évolution du matériel de la marine), pp. 8-13.

3 À Karlsborg, au bord du lac Vättern.

4 La situation parlementaire était très instable, bloquant toutes les décisions importantes concernant la défense.

5 D. Landquist, Världskriget till sjöss, del 2 från februari 1915 intill maj 1916, Marinlitteraturföreningens förlag, Stockholm 1919, (Lieutenant de vaisseau D. Landquist, La guerre mondiale sur la mer, 2e partie de février 1915 jusqu’à mai 1916) pp. 130-131.

6 Normalement exprimée par la formule “non-participation aux alliances militaires en temps de paix afin de rester neutre en cas de guerre proche”.

7 Lindsjö, p. 20.

8 Ibid, pp. 23-25.

9 On avait étudié d’autres modèles : A, B, ..

10 Ibid, pp. 61, 14. Il faut noter que les rameurs des galères étaient des soldats et pas des prisonniers.

11 Entre 1866 et 1873 il y eut encore une fois deux flottes séparées - une pour la côte et une pour le large.

12 “Marinen” (la Marine) se compose encore aujourd’hui de “Flottan” (la Flotte) et de Kustartilleriet.

13 Svenska män och kvinnor, Biografisk uppslagsbok, 4e partie, Albert Bonniers förlag, Stockholm, 1948, pp. 254-255 (Hommes et Femmes de Suède, Encyclopédie biographique).

14 Les livres cités constituent la base de l’étude présentée ici.

15 Ingmar Karlsson, “Géopolitikens återkomst” (le retour de la géopolitique), Svenska Dagbladet, 22 août 1991.

16 Rudolf Kjellén, Staten som lifsform, Stockholm, Hugo Gebers Förlag, 1916, Préface, p. V.

17 Ibid, p. 29.

18 Ibid, pp. 8-17.

19 Ibid, p. 25.

20 Ibid, p. 27.

21 Ibid, p. 31.

22 Ibid, p. 174.

23 Il dit lui même que l’expression “régiment” (regimente en suédois) n’est pas très bonne, elle ne gagne certainement rien à la traduction ! (Certains commentateurs préfèrent parler de kratopolitique. H.C.B.).

24 Ibid, pp. 36-37.

25 Ibid, pp. 76-77. Le mot suédois “land” peut se traduire à la fois “pays” et “terre”.

26 Ibid, p. 79.

27 Ibid, p. 84.

28 Kjellén, Stormakterna. Konturer kring samtidens storpolitik, första delen, Stockholm, Hugo Gebers förlag, 1911, p. 95. (Les grandes puissances. Des contours de la grande politique contemporaine, première partie).

29 Ibid, p. 113.

30 Ibid, p. 88.

31 Ibid, p. 103.

32 Ibid, pp. 164-165.

33 Ibid, p. 39. Le mot suédois “rike”, comme l’allemand “reich”, est traduit par “règne”.

34 Ibid, pp. 44-49.

35 Ibid, p. 51.

36 Ibid, pp. 53-54.

37 Ibid, p. 54.

38 Kjellén, 1911, 2e partie, pp. 5-6.

39 Kjellén 1916, pp. 62, 72.

40 Ibid, pp. 58-59 ; Kjellén, 1911, 1ère partie, p. 69.

41 Ibid, p. 59.

42 Ibid.

43 Ibid, p. 60.

44 Ibid, p. 60.

45 Ibid, p. 67.

46 Ibid, p. 68.

47 Ibid.

48 Ibid, p. 70.

49 Kjellén 1911, 2e partie, p. 42.

50 Kjellén 1916, p. 73.

51 Rudolf Kjellén, Världspolitiken 1911-1919 i periodiska översikter, Stockholm, J.A. Lindblads förlag, 1920, (La politique du monde par résumés périodiques), pp. 152-153.

52 Kjellén 1911, 1ère partie, p. 22.

53 Ibid, p. 21.

54 Kjellén 1920, pp. 26-27.

55 Kjellén 1911, 2e partie, p. 170.

56 Ibid, p. 11.

57 Ibid, p. 85.

58 Ibid, p. 101.

59 Rudolf Kjellén, Samtidens stormakter (les grandes puissances contemporaines), 1ère partie, Stockholm, Hugo Gebers förlag, 1914, pp. 165-169.

60 Kjellén, 1920, p. 189.

61 Ibid, pp. 138-139.

62 Kjellén 1911, 2e partie, p. 173.

63 Kjellén 1920, p. 242.

64 Arnold Munthe, kommendörkapten, Sjömaktens inflytande på Sveriges historia, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1ère partie (des temps les plus anciens à 1640), 1921, 2e partie (1643-1699), 1922. La 3e partie a été écrite après la mort de Munthe par le kommendör Gunnar Unger et publié en 1929. Unger a aussi écrit une histoire navale de la Suède (Illustrerad Svensk sjökrigshistoria, Stockholm, Albert Bonniers förlag, 1909 (1ère partie) et 1923 (2e partie).

65 Unger, pp. 6-7.

66 Löjtnant E. Björklund & Löjtnant E. Öberg, Marinpolitik och maritim krigsförberedelse. En översikt av de krigförande makternas rustningar till sjöss före världskrigets utbrott, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1915.

67 Ibid, pp. 26, 11.

68 “Cela, ainsi que Kjellén … indique…” Ibid, p. 26.

69 Ibid, pp. 71-7.

70 Ibid, pp. 81,82, 84, 90, 94, 11.

71 Ibid, pp. 111,166.

72 Sjöstridskrafternas organisation, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1912.

73 Björklund & Öberg, p. 164.

74 Ibid, p. 53.

75 Ibid, p. 67.

76 Ibid, p. 38

77 Ibid, pp. 60-61.

78 C. C. Son Lindberg, Kapten vid kungl. flottan, Världskriget till sjöss i europeiska farvatten, del 1 från krigsutbrottet i augusti 1914 till mitten av februari 1915, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1916, Landquist 1919, op. cit.

79 Landquist, p. 45.

80 Ibid, p. 140.

81 Par exemple pp. 138, 141.

82 Lindberg, pp. 65-69.

83 Ibid, p. 68.

84 Ibid, p. 64.

85 Landquist, p. 123. Il faut noter que la Marine suédoise n’utilise pas que des ports mais aussi l’ensemble des archipels comme bases opérationnelles.

86 H. von Krusenstierna, Amiral i Kungl flottans reserv, Likheter och olikheter mellan sjökriget på innanhaven och på oceanerna, Stockholm, Marinlitteraturföreningens förlag, 1930.

87 Ibid, pp. 11, 41-47.

88 Ibid, p. 47.

89 Ibid, p. 76.

90 Ibid, pp. 11-15.

91 Ibid, p. 33.

92 Ibid, p. 79.

93 Ibid, p. 54-55.

94 Ibid, p. 38.

95 Ibid, p. 68.

96 Ibid, p. 67.

97 Ibid, p. 62.

98 Ibid, p. 74.

99 Le lecteur minutieux aura remarqué que les livres des officiers ont tous été publikés par la maison “Marinlitteraturföreningens” - l’Association pour la littérature navale. Celle-là fut fondée en 1902 par le capitaine de Corvette (plus tard amiral) Otto Lybeck ; elle existe toujours. Bertil Åhlund, “Från vanmakt till sjömakt” (d’impuissance à puissance navale), Tidskrift i Sjöväsendet (journal de l’Académie royale de la Marine), tome 151, n° 4-1988, p. 286.

 

 

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