UNE LIGNE DE RENSEIGNEMENTS DANS LE PAYS-HAUT MOSELLAN PENDANT LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE DE 1870

 

Gérald Arboit

 

 

La République qui s’imposa dans les cœurs des Français, au lendemain de la défaite des armées françaises face à celles de l’Allemagne naissante et triomphante, tenait moins aux événements parisiens qu’à la participation du peuple à la défense du pays. Pour la première fois depuis 1792, la nation en armes s’était dressée face à l’envahisseur. Contrairement à 1814, il ne s’agissait pas seulement des habitants des régions occupées par l’ennemi. Toute la France, certes sans véritable enthousiasme, s’était levée au nom de la Défense nationale. Les combats désespérés de l’armée de la Loire firent plus pour l’enracinement du nouveau régime dans la mémoire collective française que tous les sermons des "hussards noirs" de la nouvelle religion d’État.

L’Empire, même devenu libéral par la volonté populaire, se méfiait des civils en armes, surtout s’ils ne devaient obéir qu’à des chefs élus par eux-mêmes. Aussi, après avoir tenté de réformer les structures de la garde nationale sédentaire héritée de 179l1, le gouvernement impérial préféra la mettre en sommeil. D’ailleurs, tirant la leçon des événements de juin 1848, les militaires proclamaient qu’ils n’avaient plus besoin des citoyens pour faire la guerre. À tel point qu’au début du conflit avec la coalition du Royaume de Prusse et des confédérations de l’Allemagne du Nord et des Etats du Sud, en dépit de l’afflux des demandes d’enrôlement, le régime prit soin de n’armer que les éléments sûrs2. Si la loi du 1er février 1868 portait effectivement sur la création d’une garde nationale mobile, elle n’avait engagé aucune dépense pour payer les cadres et financer les exercices. Cette Landwehr à la française n’était restée qu’une simple liste de recensement3.

Ce problème de la garde nationale mobile n’était pas le seul dysfonctionnement des années françaises que devait révéler la première guerre franco-allemande. En fait, "la " grande armée " française, celle que Napoléon a conduite de victoire en victoire, [n’existait] plus que sur le papier". Ces propos de Wilhelm Karl Stieber lors d’une réunion de l’état-major du général von Moltke, auraient pu être rangés au même rayon des flagorneries que ceux du maréchal Lebœuf, niant l’existence de l’armée prussienne au début de l’année 1870, mais il émanait d’un fin connaisseur de la situation politique et militaire française, l’espion de Bismarck4. Car la défaite du Second Empire se joua également sur le théâtre plus feutré de l’intelligence militaire. Les événements qui se jouèrent à la frontière du Luxembourg, dans cette zone appelée le Pays-Haut mosellan, dans les derniers jours d’août 1870, permettaient de prendre toute la mesure de l’importance des questions de renseignement et du concours qu’une organisation civile pouvait apporter.

La Moselle, l’invasion prussienne et la garde nationale

La loi du 16 juillet 18705, compte tenu des événements, imposait la mise en activité de la garde nationale mobile. Mais elle ne put en faire une armée opérationnelle. Le maréchal Lebœuf, ministre de la Guerre, n’entendait réunir que les gardes nationaux de Paris et des départements frontaliers pour qu’ils servissent dans les places fortes de l’Est et du Nord. Mais, le 28 juillet, l’Empereur recevait la demande de la municipalité de Metz de rétablir la garde sédentaire, "palladium de la cité"6. Les décrets de la veille mettant en état de siège les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et en défense les places fortes des 5e et 6e divisions militaires7 permirent enfin d’armer la population. En Moselle, les classes 1868, 1867, 1866 et 1865 étaient appelées à former cinq bataillons d’infanterie et neuf batteries d’artillerie. Les chefs de bataillons et les capitaines ayant été nommés en octobre 1868 et avril 1869, lieutenants et sous-lieutenants furent désignés par décret le 18 juillet 18708. Mais ces "chefs, braves jeunes gens, pour la plupart étrangers au service", n’étaient pas à la hauteur de la tâche que l’armée attendait d’eux ; ils avaient peur de leurs hommes "et n’osaient ni réprimer [leur] débraillé, ni en exiger mordicus les marques extérieures du respect"9. Leur choix par l’autorité militaire s’était fait sur la base d’une liste présentée par la préfecture... Toutefois, la loi sur la garde nationale mobile, votée deux ans auparavant, connaissait enfin un début d’exécution dans les départements menacés.

Les cadres de la compagnie (Aumetz) du 1er bataillon (Briey)
de la garde nationale mobile de Moselle
10

Grade

Nom

Prénom

Age

Nomination

Observations

Chef de bataillon

Knoeppffler

   

29 octobre 1868

 

Capitaine

Goeury

   

24 avril 1869

 

Lieutenant

Sécheret

Louis Paul

24 ans

18 juillet 1870

"Bonne constitution, a de l’instruction, appartient à une honorable famille, très bon choix, appuyé par le préfet".

Sous-lieutenant

Chotin

Charles

21 ans

18 juillet 1870

"Fils du maire, propriétaire influent, a fait de bonnes études, bien posé, bon choix, bon avis du préfet".

 

Mais sa réalité semblait encore loin de l’esprit de la loi de février 1868. Au niveau du ministère de la Guerre, la "nation en arme" devait se limiter, comme allait le préciser la loi du 12 août, aux gardes nationaux des départements envahis, des villes en état de défense et des départements en état de siège11. Sur le terrain, les obstacles étaient innombrables : de quels uniformes équiper les hommes, avec quels armements, comment et en combien de temps intégrer ces unités aux troupes régulières ? "En 1870, la France se jetait dans une guerre des peuples, armée pour une guerre locale"12. À la hâte, les gardes nationaux reçurent des blouses jaunes, des képis, des casquettes et des bérets13. Le 1er août, le général Ladreit de Lacharrière affirmait certes, par télégraphe, au maréchal Lebœuf que 4 261 hommes avaient rejoint les places de Metz et de Thionville14 ; la compagnie d’Aumetz, comptant notamment les gardes mobiles d’Audun-le-Tiche, de Russange et de Rédange, était affectée à la première place. Pourtant, "les bataillons n’étaient ni fondus, ni amalgamés, ni régularisés"15 ; dès le lendemain, le commandant de la 5e division militaire était obligé de préciser au maréchal Bazaine que la garde mobile de Thionville n’était ni armée, ni au complet et que la garde sédentaire n’était qu’en voie d’organisation16. La question des armes étaient naturellement récurrente : bien qu’entreposées en nombre dans les dépôts d’artillerie ; elles ne furent délivrées, de mauvais gré, que le 7 août17...

Hormis dans les places de Metz et Thionville, les premières défaites aux frontières arrêtèrent net les opérations de mise en œuvre de la garde nationale mobile. Le bataillon de Remiremont devait rejoindre la citadelle de Longwy. Le 11 août, son commandant, le lieutenant-colonel Massaroli, était informé qu’il restait dans les Vosges à tenter d’endiguer la poussée prussienne. Il ne pouvait compter que sur "les deux compagnies de douaniers de Villers-la-Montagne et Longwy, qui se [replieraient] à l’approche de l’ennemi", les deux compagnies envoyées de Metz par le 44e Régiment d’Infanterie dès le 28 juillet, et de la 2e Batterie du 8eRégiment d’Artillerie18. Mais les combats semblaient encore assez loin pour que l’arrondissement se pensât écarté du théâtre des opérations et suffisamment protégé.

La Moselle, la poussée prussienne et quelques initiatives populaires

Toutefois, un système de "défense passive" se mettait en place. Le 12 août, le sous-préfet de Briey, Ghéerbrant, communiquait les dernières décisions gouvernementales aux maires :

Conformément aux instructions qui me sont adressées, quand vous aurez la certitude que l’armée prussienne est à peu de distance de vous, faites détruire devant elle les ponts, les tunnels de chemin de fer. Faites replier sur Châlons, les pompiers, les hommes valides en état de porter les armes19.

Puis, les reconnaissances des uhlans et des hussards prussiens avaient annoncé dans les campagnes la venue de l’ennemi... Le bruit de la canonnade se rapprocha, Borny, Gravelotte, Saint-Privat n’étaient guère éloignées de Briey. Enfin, ses fantassins parurent. Le 13 août, ils occupaient le chef-lieu d’arrondissement, coupant la place forte de Longwy de ses communications avec les autorités françaises20. Le blocus, encore lâche, commençait. Les bourgs et les nœuds routiers étaient presque systématiquement occupés. Seuls les villages et les hameaux isolés restaient libres de troupes. Peu à peu, le Pays-Haut mosellan s’était trouvé isolé du reste du pays. Le 19 août, les routes vers Montmédy et Longuyon21; deux jours plus tard, le Ulanen-Regiments 8 détruisait à Audun-le-Roman la ligne de télégraphe et la voie ferrée vers Thionville. Différents escadrons de cavalerie légère poussèrent jusqu’à Aumetz, explorant la région au nord du chemin de fer des Ardennes22.

Dans le rayon de défense de Longwy, les populations rurales prêtaient peu attention à ces événements. Les batailles semblaient les concerner moins que la sécheresse, les moissons et la peste bovine. Mais la recrudescence du nombre de vagabonds et les nouvelles désastreuses qu’ils distillaient commencèrent à inquiéter. À la nouvelle des succès de l’ennemi, comme en plusieurs endroits du territoire national, des comités de défense se constituèrent spontanément "afin de grouper les citoyens les plus marquants par leur esprit d’initiative et leur intelligence des besoins de la situation"23. Largement relayé par la presse, ce phénomène était, naturellement, avant tout urbain. En France non envahie, il devait même permettre à Gambetta de mobiliser une nouvelle armée de la Défense nationale. En Moselle, ces comités prenaient des formes diverses, allant de l’appel patriotique à la résistance individuelle. Ainsi, dès la déclaration de guerre, à Sierck, petite ville-frontière avec la Prusse, une garde nationale sédentaire avait été mise sur pied ; mais elle était dépourvue d’armes et d’organisation. Ou encore à Ancy-sur-Moselle, un village vigneron des environs de Metz, seules les pierres lancées par l’instituteur accueillirent les premières patrouilles ennemies24.

Cette ferveur nationale restait toutefois inefficace d’un point de vue militaire et trouvait peu de réalité sur le terrain. D’une façon générale, comme devait le noter le lieutenant-colonel Massaroli le 12 septembre 1870, les autorités civiles montraient peu d’énergie pour la cause française25. Le souvenir des raids russes, hessois et, déjà, prussiens, en 1814 et 181526 était plus vivace dans leurs mémoires que la Patrie en danger de 1792. Ainsi, les ponts sur la Moselle ne furent même pas détruits devant l’ennemi. Et certains n’hésitaient pas à offrir du vin aux vainqueurs, comme Mathiotte, ce cultivateur de Herny, à Bismarck27. Toutefois, il arriva parfois que certains maires fissent preuve d’un esprit des plus patriotiques. C’était notamment le cas, dans l’arrondissement de Briey, des premiers magistrats des deux petits villages-frontières de Russange, Jean Gobeltz, et de Rédange, Gabriel Welter.

Une garde nationale sédentaire d Audun-le-Tiche à Saulnes

L’initiative des deux maires résultait de la conjonction de deux faits. Le premier tenait aux prescriptions de la loi française concernant les vagabonds. En temps de paix, ils étaient déjà considérés comme des fauteurs de troubles et recherchés comme tels par les polices locales. La guerre n’abolissait aucunement ces mesures. Toutefois, elle rajoutait une raison supplémentaire à la poursuite des errants, la suspicion d’espionnage. La percée prussienne était tellement rapide qu’une idée commune laissait penser qu’elle n’avait pu qu’être organisée parce que l’on n’appelait pas encore, dans le fantasme populaire, une "cinquième colonne". Comme souvent, les intuitions du peuple n’étaient pas si éloignées de la réalité. Depuis deux ans qu’il était en France, Wilhelm Karl Stieber avait eu le temps de se constituer un solide réseau d’observateurs, "dense et secret recouvrant toute la France". Sur le théâtre des opérations, ses hommes profitaient de la confusion régnant dans les rangs français pour intoxiquer les états-majors divisionnaires. En avant des troupes prussiennes, d’autres individus stipendiés par Stieber observaient les mouvements ennemis. Ainsi, Schull von Dagelmann, cet ingénieur civil qui permit l’affaire de Wissembourg avant d’être pris, deux jours plus tard, à Metz en possession d’un laissez-passer prussien , il fut fusillé28. Ainsi, ces employés des mines de fer luxembourgeoises qui pullulaient aux alentours de la place forte de Longwy, éclairant les patrouilles de uhlans et de hussards prussiens.

L’autre fait découlait de la situation de guerre. "Depuis quelques jours, de fausses alertes [venaient] troubler les familles et déranger les travailleurs des champs"29. Or, il fallait à tout prix maintenir la paix publique, en prévenant les mouvements de l’ennemi. De plus, il fallait également empêcher l’exportation de vivres vers le grand-duché de Luxembourg. Les exportations de farine et de sel vers ce pays membre du Zollverein étaient interdites par les autorités militaires françaises30. Mais des habitants du pays, profitant de leur possession de champs et de famille de l’autre côté de la frontière, à Esch-sur-Alzette, avaient fait échapper aux réquisitions et aux droits de douane du bétail et des récoltes au Luxembourg.

Conformément à la proclamation de l’état de siège et dans le cadre de la loi du 13 juin 1851, une compagnie de la garde nationale sédentaire avait été mise sur pied à Audun-le-Tiche dans les premiers jours du mois d’août. Les fusils ayant été retiré aux communes au début du Second Empire, lors de la suppression des gardes nationales, il semble que les rondes fussent menées sans armes. Une patrouille devait comprendre moins de dix hommes31. Elle était composée des membres du conseil municipal et des notables locaux, sous la direction du maire, Eugène Bauret32. Quelques jours plus tard, le 19 août, son collègue russangeois, Jean Gobeltz, adoptait les mêmes mesures. Cependant, il se montrait aussi plus audacieux. La compagnie de Russange patrouillerait non seulement sur le ban de la commune, mais elle rejoindrait, toutes les nuits, la détachement d’Audun afin de partager leurs informations. Mieux, afin de donner plus de cohérence à l’ensemble qui se mettait en place, il écrivit au maire de Rédange, Gabriel Welter, pour lui demander à s’y joindre. Le premier magistrat de Russange faisait même preuve d’une vision stratégique plus globale. En effet, il attendait :

que toute les communes des environs s’entendissent à ce sujet et que des patrouilles se [fissent] dans chaque village et [eussent] leurs jonctions pour correspondre de commune en commune pour donner le mot d’alerte.

Ce réseau devait couvrir une zone s’étendant "jusqu’aux environs de Longwy et même de Briey". Gabriel Welter se voyait ainsi chargé d’entrer en contact avec "M. le Maire d’Hussigny qui en ferait part à un autre maire voisin, ainsi de suite de maire en maire".

Par ailleurs, il suggérait, "pour le bien de la chose", de "s’entendre avec la douane"33. À Audun-le-Tiche et à Rédange, à quatre kilomètres, étaient installés une brigade et un bureau réglementant la circulation des marchandises34. Contrairement aux cinq gendarmes à cheval, installés à Aumetz et contrôlant la route de Longwy à Metz, sur le plateau, les douaniers avaient pour mission, en plus de la garde du poste, d’assurer l’observation des activités ennemies de l’autre côté de la frontière. En outre, ils connaissaient parfaitement leur penthière, pour l’arpenter quotidiennement.

Dans l’après-midi, Gabriel Welter rencontrait son collègue de Hussigny, Jean-François Gauche, avec qui il convenait de mettre en service le service de patrouille dès le lendemain soir. Welter semblait avoir pris en main l’organisation de la ligne de renseignements :

le mot d’ordre sera "Patrie" ; nos hommes allant vers vous ne partiront d’ici qu’après avoir eu des nouvelles de Russange-Audun, ainsi nous serons en communication avec Briey et le théâtre de la guerre35.

Il chargeait même Gauche d’entrer en relation avec son homologue de Saulnes, petit village à six kilomètres de Longwy, la patrouille de Hussigny devait en rapporter les dernières nouvelles de la place forte et y porter celles du début de la ligne36.

Le 20 août, ce dernier transmettait à Welter l’adhésion de Villers-la-Montagne, sur la route de Metz. Toutefois, le maire de ce bourg du Pays-Haut, ancien bailliage du ressort de la cour souveraine de Lorraine, entendait s’affirmer comme le nouveau moteur de l’entreprise. Charles Curicque prenait acte de l’organisation d’un "système de patrouilles (...) dans presque toutes les communes du canton" de Longwy. Mais il lui déniait toute utilité tant "qu’elles [ne seraient] reliées entr’elles par des correspondances". Aussi, comme "Villers-la-Montagne [était] situé au centre du canton", il prenait sur lui de convoquer "les maires des communes voisines" en sa mairie pour le lendemain "à une heure après-midi" afin d’organiser "les correspondances entre les diverses localités de [sa] circonscription". Ainsi pensait-il rassurer "entièrement" les populations et les avertir "dans le cas très peu probable d’une invasion de l’armée prussienne". Pourtant, dans l’attente de la mise en place de son propre dispositif, il consentait, dans un court post-scriptum, à envoyer une patrouille à Hussigny37.

Pendant que Curicque essayait de s’imposer comme le concepteur de la ligne de renseignements, Welter entrait en contact avec le maire de Tiercelet pour l’amener à organiser des patrouilles "sur Bréhain et Briey, d’une mairie à l’autre, avec prière au maire de Bréhain de communiquer avec son collègue de Filières"38. La mention par le maire du chef-lieu d’arrondissement laissait supposer que la nouvelle de son investissement par les troupes prussiennes ne lui était pas encore parvenue, ou tout au moins qu’il n’y avait pas prêté crédit... Toutefois, dès le 21 août, les gardes nationales sédentaires étaient opérationnelles entre Audun-le-Tiche et Saulnes. Et la mauvaise nouvelle confirmée par le lieutenant-colonel Massaroli39. Deux événements permirent de prendre la mesure réelle de la situation : d’abord, l’appel des douaniers à rejoindre la place de Longwy le 23 août, puis, quatre jours plus tard, la prise de Villers-la-Montagne.

Une garde nationale sédentaire face aux hussards prussiens

Le départ des douaniers désempara Gabriel Welter : "La douane s’est sauvée", notait-il dans une missive son collègue de Longwy. Il le laissait sans ordres, ni nouvelles. En "l’absence de toute organisation de défense [aux] frontières, vu la panique des habitants dépourvus de toute défense", le maire de Rédange et son collègue d’Audun-le-Tiche décidèrent de suppléer au service de la douane, tant au sein des patrouilles qu’aux deux points frontières. Ils prirent sur eux "d’arrêter toutes les denrées alimentaires [à destination de l’étranger] et en faire dépôt à la douane d’Audun-le-Tiche". Pour les deux magistrats municipaux, ils faisaient "acte de patriotisme". Il s’agissait également d’un appel au secours : les signataires priaient "la place de Longwy de (…) surtout faire acte de vie"40.

Le lieutenant-colonel Massaroli approuva bien entendu cette démarche, conforme à un décret pris en ce sens le 21 août. Mais il était aussi désorienté que Welter :

Nous sommes sans nouvelles, répondit-il au maire ; prière de me prévenir à l’approche de l’ennemi par un exprès à cheval et sans retard41.

Contrairement à Curicque, il était persuadé que l’arrivée des Prussiens était imminente. Et il manquait cruellement d’hommes pour soutenir honorablement un siège. Aussi, le 25 août, prit-il la décision :

d’inviter les hommes non mariés et veufs sans enfants de 25 à 35 ans, qui [avaient] satisfait à la loi de recrutement et qui ne [figuraient] pas sur les contrôles de la garde mobile, à se rendre immédiatement à Longwy où ils [seraient] incorporés et exercés au maniement des armes42.

L’intuition du militaire n’était pas infondée. Dès le 24 août, alors qu’il se dirigeait vers Tressange, par Escherange, un escadron du Magdeburgischen Husaren-Regiments 10. était surpris aux environs de Kanfen par une patrouille de dragons de la place de Thionville. Deux jours plus tard, un autre poussait une reconnaissance jusqu’à Aumetz. Le lendemain, il envoyait un détachement vers Ottange. Le même jour, 27 août, un autre escadron prenait la direction de Longwy, entrait dans Villers-la-Montagne43. La ligne de renseignements de Welter se voyait privée de toute liaison avec la route de Metz, tant vers Briey que vers Longwy. En fin d’après-midi, elle passait même en première ligne. Vers six heures du soir, une vedette prussienne apparue dans le soleil couchant :

"[projetant] au loin dans la plaine [son] ombre fantastique et gigantesque. Alors que cette apparition si étrange, si subite, fascinait les regards des villageois effrayés, une avant-garde de cavalerie, venant de Hussigny, traversa au galop de ses montures la rue haute du village et alla se poster à 100 mètres au-delà de la dernière maison située sur le chemin qui conduit à Russange et Audun-le-Tiche (…) Cinq minutes après arriva, au petit galop, le gros de la troupe44.

Le premier escadron du Magdeburgischen Husaren-Regiments Nr. 10 venait d’entrer dans Rédange, à la recherche de quartiers pour la nuit. Mais le village n’était pas assez important pour pouvoir supporter le logement d’une telle troupe. Tout au plus, compte tenu de ses trois cent vingt-sept habitants, pouvait-il accueillir vingt chevaux et cent hommes. Le maire, Gabriel Welter, fit donc savoir au commandant du détachement qu’il trouverait facilement un hébergement à Audun-le-Tiche, mille cinquante habitants, distant à peine de quatre kilomètres. Le Rittmeister von Kleist s’exécuta de bonne grâce.

Malgré la présence de l’ennemi, Welter utilisa sa ligne de renseignements pour entrer en contact avec la place forte de Longwy. Il fit avertir son commandant, comme le lieutenant-colonel Massaroli l’avait expressément demandé, par un cavalier45. Puis, la nuit tombée, il se mit en marche avec sa patrouille vers Russange. Le rendez-vous était prévu pour neuf heures du soir, à la limite du ban de Russange, au lieu-dit Homech. Les événements de la journée avaient été tels que, à son arrivée, les gardes d’Audun-le-Tiche étaient encore à converser avec ceux de Russange. Welter apprit ainsi qu’un espion prussien avait été identifié dans une auberge audunoise. Aussitôt, accompagné de son détachement, il se mit en marche vers Audun-le-Tiche. Pénétrant dans l’auberge Hapchette, il se fit indiquer par la tenancière, Généreuse Gaspard, la chambre de l’individu signalé. L’homme était déjà couché. Mais, sur la table, traînait une carte topographique du pays. Le maire de Rédange, déclinant ses titres et mandats, le déclara arrêté, au nom de la loi. Il le fit lever, sans menace ni violence, et l’emmena à Rédange. L’individu, Valentin Heyl, se prétendait sujet bavarois, employé dans les mines de fer d’Esch-sur-Alzette. Mais il niait être un espion.

Confiné dans une pièce du rez-de-chaussée de la maison Welter, il profita d’un moment de relâchement de la garde pour tenter de s’enfuir. Ce fait suffit au maire pour confirmer ses soupçons et il décida de le transférer à Longwy. Une nouvelle fois, la ligne de renseignements fut mise à contribution. Heyl fut escorté jusqu’à Hussigny, où il fut remis à la patrouille de Jean-François Gauche ; cette dernière l’emmena à Saulnes, où un autre détachement le livra à la gendarmerie de Longwy46. Un second fait dissipa les doutes qui pouvaient subsister quant au statut de Heyl. Le lendemain matin, 28 août 1870, un peloton de hussards prussiens se présentèrent au domicile du maire de Rédange. Son commandant, le lieutenant Richters, se saisit de Gabriel Welter et l’entraîna, en pantoufles, attaché à un cheval, à Audun-le-Tiche47. Il fut présenté au Rittmeister von Kleist qui lui signifia qu’il serait fusillé le lendemain matin, pour l’arrestation arbitraire d’un "sujet bavarois retenu à Longwy comme prétendu espion"48. En fait, la réaction de l’officier confirmait ce qu’il s’acharnait encore à nier49.

Eugène Bauret, un ami personnel de Gabriel Welter, était déterminé à éviter l’exécution de cette sentence. En tant que maire d’Audun-le-Tiche, il obtint de l’officier prussien d’intercéder en faveur de la libération de Heyl auprès de lieutenant-colonel Massaroli. Il obtint de von Kleist un laissez-passer pour traverser les lignes prussiennes assiégeant Longwy. Aux termes des conditions posées par l’officier, Welter aurait la vie sauve en échange de l’espion et du versement d’une rançon de dix mille francs. L’officier français considéra l’offre comme partiellement irrecevable :

Le colonel commandant supérieur à Longwy [consentait] à l’échange du maire de Rédange contre le sujet bavarois en ce moment détenu à Longwy à la condition qu’il ne [fut] exigé ni de la commune de Rédange, ni de son maire la moindre rançon. M. Welter [avait] fait son devoir comme maire et comme Français50.

Et Kleist d’imposer les citoyens d’Audun-le-Tiche51. Le rançonnement paraissait une pratique courante dans les armées coalisées du Royaume de Prusse et des confédérations de l’Allemagne du Nord et des Etats du Sud. Depuis quinze jours que durait sa reconnaissance sur les devants des troupes "allemandes", le premier escadron du Magdeburgischen Husaren-Regiments Nr. 10 avait écumé les caisses des postes, des notariats, des perceptions et de l’enregistrement qui n’avaient pu être repliées , sinon, il avait simplement prélevé une contribution sur le village. Ainsi, le 12 août à Château-Salins et Nancy, ou le 27 à Villers-la-Montagne52... Déjà, le 23 juillet précédent, à Schreckling, les uhlans, après avoir attaqué le poste frontière, n’avaient pas manqué d’emporter la caisse de l’enregistrement53. Le Rittmeister mit toutefois la forme lors de la perception de la rançon, il délivra une quittance pour

une rançon de (...) dix mille francs du maire de Rédange monsieur Weltaire, pour avoir eu délivré un bavarois comme espion à Longwy.

L’épisode aurait pu en rester là si le lieutenant-colonel Massaroli n’avait pas tenu l’animateur de la ligne de renseignements en haute estime. Or, l’officier français estimait que "le maire de Rédange (...) par exception avec ceux des environs avait montré de l’énergie pour [sa] cause"54. D’un point de vue plus strictement militaire, afin de masquer la relative faiblesse de sa garnison, moins de trois cents hommes, il tenait également à surprendre cette patrouille de la puissance d’un escadron. Une sortie dans une bourgade distante de vingt kilomètres de la place forte ferait à coup sûr forte impression sur l’ennemi55. Afin de préserver les qualités de défense de la place, mais aussi parce que ses hommes "[connaissaient] parfaitement le pays"56, il fut décidé que l’opération serait menée par la douane. Elle devait débuter le soir même, à onze heures.

Cent onze douaniers, auxquels s’adjoignirent vingt gardes forestiers et vingt gendarmes sortirent de Longwy, commandés par le capitaine des douanes Lostie de Kerhor. Il surprirent les Prussiens à l’aube. Les combats d’une rare intensité firent huit morts, cinq blessés, quatre disparus et quatorze prisonniers dans les rangs allemands57, deux tués et dix-sept blessés dans les rangs français. Vers dix heures du matin, le capitaine Lostie de Kerhor et ses hommes quittèrent Audun-le-Tiche pour retourner à Longwy. Une fois regroupés autour d’Aumetz, les hussards du Rittmeister von Kleist retournèrent à Audun pour y récupérer leurs blessés. Le commandant prussien parla de représailles, dépêcha une compagnie d’infanterie pour brûler le village, puis se calma.

Seul Welter fut activement recherché par les autorités d’occupation. Le 23 janvier 1871, il était une nouvelle fois arrêté et incarcéré, à Metz cette fois, jusqu’au 6 mars. Ainsi privé de liberté, il n’en continua pas moins à communiquer avec l’extérieur par le biais d’accointances avec un gardien et un ami hôtelier de Metz, Mathieu Léon. Ce dernier lui faisait porter ses repas en prison et récupérait les lettres du maire, qu’il expédiait ensuite au destinataire concerné. Pour l’épouse de Gabriel Welter, il s’agissait d’une adresse au Luxembourg. Libéré à la suite des préliminaires de paix, il retourna à Rédange qui ne tarda pas à devenir terre allemande. Le maire aurait alors eu le ferme espoir de s’installer à Hussigny, resté français, où il avait acheté une petite propriété. Mais la maladie de son épouse et la certitude d’une guerre de revanche rapide l’en dissuadèrent. Il décéda le 11 février 1889, maire de Rédange58.

L’épopée des gardes nationales sédentaires d’Audun-le-Tiche à Saulnes restait somme toute un événement mineur dans l’histoire de la guerre franco-allemande en Moselle. Le fils cadet de Gabriel Welter n’y vit que L’escarmouche d’Audun-le-Tiche et n’en tira matière que pour louer "le sacrifice (...) sur l’autel de la patrie"59 oublié de deux préposés des douanes, Christophe Brunvarlet et Michel Bastian. Il minimisait le rôle du père pour ne plus le faire apparaître que comme une victime de la "barbarie prussienne", qu’il était peut-être nécessaire, au lendemain du retour des provinces perdues à la mère patrie, de stigmatiser. Ce faisant, il négligeait de souligner l’action de cet homme qui, à quarante-huit ans, se souvenait de ses dix-huit ans sur les barricades parisiennes de février 184860. Le souvenir de cette jeunesse héroïque lui rappelait l’importance de l’action populaire dans les grands événements du pays, celle-là même que le régime de Napoléon III craignait tant. Il était donc naturel que ce maire de l’Empire, nommé en 1857, se portât en première ligne lorsque la guerre se présenta aux portes de la France. En cela, le maire de Rédange s’inscrivait dans une logique largement partagée par les milieux républicains dont, semble-t-il, il était assez proche.

Toutefois, l’action de Gabriel Welter dénotait par rapport aux initiatives de comités patriotiques qui servirent de modèle à la mobilisation générale décrétée par Gambetta. Il semble qu’elle fut solitaire, en ce sens qu’aucun autre exemple de ce type n’est connu ; l’initiative du maire de Villers-la-Montagne ne paraît pas avoir connu d’autre développement que sa lettre du 20 août 1870 et le commandant de la place forte de Longwy a reconnu le caractère particulier de l’action de Welter. De plus, il ne pouvait pas être assimilé à un corps franc. Ensuite, même s’il existait des gardes sédentaires antérieures à la sienne, s’il fut influencé par son collègue de Russange dans la genèse du projet, il apparaît que le maire de Rédange assuma seul l’organisation de cette ligne de renseignements. Du fait de ses recherches géologiques pour des métallurgistes mosellans, Gabriel Welter était une notoriété dans tout le Pays-Haut ; il avait noué des relations de confiance avec les maires de l’arrondissement et il lui fut facile de les rallier à son projet, sur son seul nom. Son autorité sur ce réseau était incontestée. Ce ne furent pas les patrouilles de Russange ou d’Audun-le-Tiche qui arrêtèrent l’espion Heyl ; elles avertirent Welter qui prit sur lui d’agir. Enfin, il fut le seul à être appréhendé par les hussards prussiens ; s’ils avaient eu connaissance d’un autre chef de cette ligne de renseignements, ou, plus simplement, s’ils avaient eu vent de son existence, nul doute qu’ils eussent procédé à d’autres arrestations. Or, il n’en fut rien.

S’il n’est pas possible d’affirmer cette activité d’espionnage de Gabriel Welter, trois faits peuvent toutefois la laisser penser. Aussitôt après avoir été relâché par Kleist, il reprit ses activités de fouilles et de sondages de terrains susceptibles de receler du minerai de fer, en gros l’ensemble du Pays-Haut ; le tout au vu et au su des troupes prussiennes, qui circulaient désormais librement à travers le pays, mais en prenant soin de dissimuler soigneusement son identité, allant jusqu’à se tailler la barbe plus court et se sauvant dès qu’une patrouille se présentait chez lui. Pendant les fouilles, une des craintes de sa famille était que l’on découvrît un fusil et un copie-lettres recelant des documents compromettants61. Enfin, après l’annexion, qui faisait suite à son second élargissement, pourquoi ne pas avoir gagné Hussigny, de l’autre côté de la nouvelle frontière ? Pourquoi avoir conservé un poste de maire, continuant ainsi prendre connaissance d’informations officielles ? Peut-être parce qu’il avait été contacté par le chef d’escadron Samuel, chargé à compter du 10 août 1871 d’organiser le service de renseignements dans les zones occupées par l’ennemi, installé à Nancy. De l’autre côté de la frontière, il disposait de "résidents fixes"62, et Rédange était si près de la frontière...

Le réseau mis en œuvre par Gabriel Welter, s’il ne pouvait pas être autre chose que le fruit d’une volonté particulière, aurait pu apparaître comme le prédécesseur de ceux mis en place par les services de renseignements lors des guerres à suivre. N’ayant d’autre vocation que la collecte d’information, commençant réellement à fonctionner après l’arrivée de l’ennemi, mais constitué et structuré auparavant, il s’apparentait aux réseaux stay-behind, que la Seconde Guerre mondiale, notamment en Italie au moment de la retraite allemande, et, surtout, la guerre froide, en Occident, contribuèrent à développer...

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Notes:

1 Par la loi du 13 juin 1851. Voir "La guerre de 1870-1871. La défense nationale en province. Mesures générales d’organisation", Revue d’Histoire rédigée à l’état-major de l’Armée (section historique), n° 76, avril 1907, p. 152.

2 Louis Girard, La garde nationale. 1814-1871, Paris, Plon, 1964, p. 346.

3 George Carrot, La garde nationale. 1848-1871. Une institution de la nation, doctorat, Histoire du droit, Nice, Paris, Centre d’étude et de recherche sur la police, 1979, p. 218.

4 Voir ses mémoires, Espion de Bismarck. Mémoires de Wilhelm Stieber, Paris, Pygmalion, 1985. Voir aussi Pascal Krop, Les secrets de l’espionnage français de 1870 à nos jours, Paris, Lattès, 1993, pp. 8-22.

5 Journal officiel du 17 juillet 1870 et Bulletin des lois, n° 18-19, du 17 juillet 1870.

6 Henry Contamine, Metz et la Moselle de 1814 à 1870. Étude de la vie et de l’administration d’un département au XIXe siècle, 1932, Nancy, Société d’impressions typographiques, 1932, p. 363. Voir aussi Commandant L. Klipffel, "La garde nationale de Metz en 1870", Le Pays lorrain, mars 1932.

7 Journal militaire officiel, décrets des 26 et 27 juillet 1870, pp. 272 et 275.

8 Service Historique de l’Armée de Terre (SHAT), Xm 65, Garde nationale mobile du département de la Moselle et Journal officiel du 20 juillet 1870.

9 Comte d’Hérisson, Journal d’un officier d’ordonnance. Juillet 1870-février 1871, Paris, Ollendorff, 1896, p. 33.

10 SHAT, op. cit.

11 Bulletin des lois, n° 1843, du 12 août 1870.

12 Charles de Gaulle, La France et son armée, in Le fil de l’épée et autres écrits, Paris, Plon, 1990, p. 434.

13 Lettre de Lebœuf aux généraux, commandant des divisions et subdivisions militaires du 12 août 1870, citée in Revue d’Histoire..., art. cit., p 214,

14 Ibid., p. 207.

15 Comte d’Hérisson, op. cit., p. 30.

16 Revue d’Histoire..., art. cit., p. 208.

17 SHAT, op. cit. Ces données proviennent du cahier d’ordre du 2e Bataillon de la garde nationale mobile, de Metz, le seul conservé à Vincennes. Nous n’avons pas retrouvé les documents concernant le 1er.

18 Ibid., Ln 6, Carnet pour tenir note des renseignements et détails concernant le service de la place donnés au rapport journalier, note du 11 août, Livre d’ordre de la place de Longwy, ordre n° 20 du 8 septembre 1870, pp. 82-83 et A. Martinien, La mobilisation de l’armée. Mouvement des dépôts du 15 juillet 1870 au 1" mars 1871, Paris, L. Fournier, 1912, p. 180.

19 Archives municipales de Rédange (AMR) et Ferréol Welter, L’escarmouche d’Audun-le-Tiche le 30 août 1870. Sa provocation, ses péripéties, ses conséquences, Hettange-Grande, 1921, pp. 82-83.

20 SHAT, Ln 6, Registre de correspondance, lettre de Massaroli aux maires de l’arrondissement du 25 août 1870, p. 66.

21 Bulletin de renseignement du 6e Corps d’Armées du 19 août 1870, d’après une dépêche télégraphique de "l’intendant du 6e Corps en ce moment à Verdun", cité in Revue d’Histoire..., n° 80, août 1907, pp. 496-497.

22 Ibid., n° 81, septembre 1907, p. 649 n° 2.

23 Ibid., n° 120, décembre 1910, p. 481.

24 Henry Contamine, op. cit., p. 366.

25 SHAT, op. cit., lettre au général Trochu, p. 71.

26 Voir Gérald Arboit, "Un théâtre secondaire de la campagne de France : l’invasion de la Moselle en 1814", Le Pays-Haut, n° 3-4, 1993, pp. 112 et 117.

27 Henry Contamine, op. cit., p. 364.

28 Pascal Krop, op. cit., p. 18.

29 AMR et Ferréol Welter, op. cit., p. 85, lettre de Welter au maire de Tiercelet du 20 août 1870.

30 Christian Cahnes, Histoire contemporaine du Grand-Duché de Luxembourg, VIII, Le Luxembourg dans la guerre de 1870, Luxembourg, Impr. Saint-Paul, 1970, pp. 31-32.

31 Il est impossible de préciser une quelconque date, ni de préciser l’organisation de cette garde nationale sédentaire. Le Registre des délibérations du conseil municipal, vol. 3, 3 février 1861-8 décembre 1873, ne comporte aucune indications à ce sujet. Une séance extraordinaire eut bien lieu le 21 juillet 1870, mais elle ne porta aucunement, à en croire le procès-verbal, sur la situation politique de l’Empire. La séance suivante eut lieu le 15 mai 1871. Les Archives municipales d’Audun-le-Tiche ne disposent d’aucun autre document à ce sujet. De même, les historiens locaux, Eugène Gaspard et Alain Simmer, n’en ont jamais parlé. Quant aux armes, Ferréol Welter n’en fait aucune mention.

32 AMR et Ferréol Welter, op.cit., pp. 83-84, lettre de Gobeltz à Welter du 19 août 1870. 33 AMR et Ferréol Welter, op. cit., pp. 83-84.

33 AMR et Ferréol Welter, op. cit., pp. 83-84.

34 Annuaire des douanes, 1870, p. 60.

35 Ibid., deuxième lettre de Welter à Gobeltz du 19 août et lettre de Gauche à Welter du 19 août 1870 à minuit.

36 AMR et Ferréol Welter, op. cit., pp. 84-85, première lettre du 19 août 1870.

37 Ibid., p. 87, lettre à Gauche, transmise le 20 août à Walter.

38 Ibid., pp. 85-86.

39 SHAT, Ln 6, Registre de correspondance, lettre de Massaroli aux maires de l’arrondissement du 25 août 1870, p. 66.

40 AMR et Ferréol Welter, op. cit., p. 88, lettre du 24 août 1870, signée par le maire d’Audun-le-Tiche, Eugène Bauret, et deux conseillers municipaux de Rédange et Audun, Simon et François.

41 Ibid.

42 Ibid, p. 89, lettre-circulaire aux maires de l’arrondissement, adressée à Gabriel Welter.

43 Herbert von Thielen, Geschichte des Magdeburgischen Ilusaren-Regiments Nr. 10, Hanovre, 1888, pp. 147-148.

44 Ferréol Welter, op. cit., p. 10. Agé de onze ans et demi à l’époque des faits, l’auteur laisse ici parler ses souvenirs d’enfant plutôt que sa rigueur d’historien. Il s’agit du seul témoignage direct, bien qu’édulcoré par le temps et le style emphatique de l’auteur, sur cet événement.

45 Ni Ferréol Welter, ni le lieutenant-colonel Massaroli ne font en tout cas mention du moyen utilisé.

46 Ferréol Welter, op.cit., pp. 19-2 1.

47 Ibid., p. 22 et Herbert von Thielen, op. cit., p. 148.

48 Laissez-passer d’Eugène Bauret pour se rendre à Longwy, rédigé par le Rittmeister von Kleist, cité par Ferréol Welter, op. cit., p. 25 : "... cines bayrischen Unterthanen, der dort als angeblicher Spion...".

49 L’historique du régiment publié par le lieutenant von Thielen ne s’embarrasse pas de ces précautions de langage et affirme bien qu’un espion fut arrêté par le maire de Rédange. Un second agent, luxembourgeois, réussit à passer inaperçu. Herbert von Thielen, op. cit., p. 147 et Ferréol Welter, op. cit., pp. 34-351.

50 Lettre de Massaroli à Kleist du 28 août 1870, cité par Ibid., p. 27.

51 Ibid., pp. 28-39, Herbert von Thielen, op. cit., p. 147 et Gérald Arboit, Terres-Rouges. Le fer et le feu à Audun-le-Tiche, Knutange, Comité d’établissement ARBED, 1997, p. 37.

52 Ferréol Welter, op. cit., p. 29, n° 1.

53 Jean Clinquart, L’administration des Douanes en France de la révolution de 1848 à la commune (1848-1871), Neuilly, Association pour l’histoire de l’administration des Douanes, 1983, p. 369.

54 SHAT, Ln 6, Registre de correspondance, lettres de Massaroli au président du gouvernement de défense nationale, le général Trochu, du 12 septembre 1870, p. 71.

55 Ernest Massaroli, La défense de Longwy devant le conseil d’enquête et l’opinion publique, Paris, Lachaud & Burdin, 1878, p. 19 n° 1.

56 SHAT, Ln 6.

57 La Verlustliste Nr. 103 et les rectificatifs du 20 octobre 1870 établissent les pertes à six tués, quatre blessés et six disparus, Ferréol Welter, op. cit., pp. 107-109. Un témoignage repris par Bion fait état de huit morts (dont deux portés disparus par les autorités militaires prussiennes) et six blessés. Archives privées, Notes de l’instituteur Bion, du 10 mars 1923, sur "l’affaire du 29-30 août 1870", pp. 5-61. Les rapports de Massaroli à Bersolle et Trochu parlent de quarante à cinquante hussards tués. Le détail des citations personnelles de l’ordre n’ 20 donnent quant à eux un total de vingt et un tués, SHAT, Ln 6, op. cit.

58 Ferréol Welter, op. cit., pp. 67-76

59 lbid., p. 64.

60 Ibid., "Biographie de Gabriel Welter, maire de Rédange", pp. 135-136.

61 Ibid., pp. 68-70,

62 Pascal Krop, op. cit., pp. 28-29.

 

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