LES ARMES À BORD DES NAVIRES, À TRAVERS LA DOCUMENTATION MARSEILLAISE (1300-1370)

 

Josée-Valérie Murat

 

 

Voyager par mer au Moyen-Age est une entreprise périlleuse. Aux caprices des éléments s’ajoutent d’autres dangers. L’un d’eux, et non des moindres, est le risque d’agression. Ennemi personnel en temps de guerre, corsaire agissant pour tel ou tel, authentique pirate exerçant pour son propre compte, ou encore marchand profitant d’une bonne fortune lorsqu’il le peut, les mauvaises rencontres sont une triste éventualité qu’aucun voyageur ne peut se permettre d’ignorer. C’est la raison pour laquelle, même en temps de paix, même à bord de navires marchands, même dans le cadre d’opérations et de voyages tout à fait "civils", des armes sont présentes à bord des bâtiments.

Des textes législatifs l’exigent parfois. Les Statuts de la ville de Marseille (1253) s’en préoccupent au Livre IV, dans le chapitre 19 intitulé : De garnizonibus in navibus portandis1. Ce chapitre assez court commence par imposer aux marchands voyageant à bord de bâtiments marseillais de se munir d’armes défensives, essentiellement des cuirasses. L’équipement exigé varie selon la valeur des biens qu’ils transportent2. Une amende de 60 sous est prévue pour tout contrevenant. Les navires eux aussi doivent être protégés et la loi ordonne aux armateurs transportant des marchands d’y veiller. Cependant, tout dépend de l’importance du navire : transportant 2 000 quintaux ou plus, il doit emporter 2 arbalètes de cornu au moins de deux pieds et un arbalétrier ; à partir de 4000 quintaux il emportera deux arbalètes de deux pieds et une grosse arbalète, ainsi qu’un arbalétrier. Chaque arbalète doit être pourvue d’au moins 250 carreaux3.

Les Statuts de la ville de Marseille ne sont pas les seules lois à prendre des dispositions sur ce thème. Plusieurs législations méditerranéennes imposent la présence d’armes à bord et des sanctions financières à l’encontre des contrevenants. Les situations sont variées, les textes parfois allusifs, parfois très précis. On peut exiger que le navire soit pourvu d’armes offensives et défensives, on peut exiger la même chose des marins du bord4 ou même - comme c’est le cas à Marseille - des marchands y voyageant5. Les équipements requis varient en fonction de leurs capacités pour les bâtiments6, ou - toujours comme à Marseille - de la valeur des biens qu’ils transportent pour les marchands. En général, les législations étrangères son plus exigeantes que celle de Marseille.

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Les textes législatifs prouvent que la question était importante. Toutefois, une loi n'est qu’un cadre et il peut y avoir loin de la théorie à la pratique. De plus, si l’on considère le texte des Statuts de la ville de Marseille, on constate qu’il n'offre qu’un cadre très minimal. Il va de soi que, dans la pratique, les marchands ou les armateurs peuvent dépasser largement ces exigences. Enfin, le texte ne tient apparemment aucun compte des navires transportant moins de 2 000 quintaux7, or ces navires ne sont pas rares8.

D’autres documents nous permettent de percevoir la réalité concrète. Lors de nos travaux portant sur les navires, nous avons analysé les sources notariales, judiciaires et comptables pour la période 1300-1370. Nous y avons croisé des armes, dans différents types de documents.

Parmi les actes notariés, c’est surtout dans les nolis que l’on rencontre l’énumération des armes du bord parmi les caractéristiques des bateaux. Le nolis est le contrat par lequel on loue un navire pour un voyage donné et une mission déterminée (transport de marchandises et/ou de passagers dans la plupart des cas ici considérés). Le texte peut, alors, donner des précisions sur le bâtiment, son équipement et son équipage. Toutefois, il n'y a aucune règle, aussi la qualité et la quantité des informations données varient-elles. Beaucoup de contrats se contentent d’une formule générale, de type : telle embarcation sera "bene amarinata et stagna". Ces expressions n'expliquent rien et masquent un large éventail de situations. En fait, sur plus de 180 contrats de nolis étudiés seuls 7 énumèrent réellement l’équipement offensif et défensif du bord9. Cinq d’entre eux concernent des galées, un concerne un linh de bandes et un autre concerne un "lignum sive saytia" de bandes. Ces navires ne partent pas en guerre, tous effectueront des voyages "civils". Certains transporteront des passagers, ainsi le sénéchal Bertrand des Baux et ses gens affrètent deux galées pour se rendre de Marseille à Naples10. Ce sont des personnalités importantes, il est normal que les bateaux qu’ils empruntent soient bien pourvus d’armes et l’on s’en assure dès la rédaction du contrat. Les galées en question seront fournies équipées avec 180 hommes de rames dont 8 nauchers pour chacune, 12 arbalétriers, 120 platae, 150 servelleriae, 180 boucliers (pavezia), 20 ballistes, 4 caisses de viretons (veratonis), 200 lances, 400 dards et 4 fers dits ranpecols. Nous avons un autre cas - le texte est très abîmé et ne permet pas de savoir qui sera transporté - où un voyage vers Chypre se fera à bord d’une galée pourvue de 112 rames, 150 remigat [...] ou vocatores [...], 100 curassiae, albaristae, lanceae, lanssoni, cadrelli faussores sive passatores et autres choses nécessaires11. Mais des voyages purement commerciaux s’effectuent aussi avec des bâtiments très bien armés. Pour un transport de balles de laine à charger à Aigues-Mortes et à porter jusqu’à Porto-Pisano, on utilise une galée de 130 hommes avec arbalètes12. Pour charger en Sardaigne le plus possible de froment et d’orge, et porter ces grains vers Aigues-Mortes, on utilise un linh de bandes avec 30 marins, 20 cuirasses, 15 arbalètes et sacs de traits d'arbalète (cadrelli) et 30 boucliers (clipei)13. Pour un transport de marchandises dont on ne précise pas la nature14, on utilise une galée de 120 rames, 160 marins, 100 cuirasses 100 cer[...]terias, 100 boucliers (escues ou chies), 40 [...], 40 croces, des carreli, 50 lances et 50 orles, accompagnée d’une barque d’un timon et 16 hommes15. Pour transporter au moins 200 jarres d’huile vers la Barbarie, on affrète une galée qui aura à bord : 60 cuirasses, 100 lances, 100 dards, 80 boucliers (pavesii), 2 caisses de carreaux d'arbalète, 25 balistes suffisantes, 80 cervelières, 100 hommes dont 10 arbalétriers16. Quant au lignum sive saytia, il aura 20 marins, 4 arbalétriers, un comite et le patron17.

Un contrat de conservagium donne également des précisions sur l’armement. Un conservagium ou conserve est un contrat liant plusieurs navires entre eux, soit pour effectuer des voyages ensemble, en convoi, et donc être moins vulnérables en cas d’attaque, soit pour trouver des contrats d’affrètement et se partager les bénéfices réalisés18. Ces contrats sont très rares dans notre documentation et un seul évoque des armes. Encore cette évocation est-elle succincte : chacune des galées de la conserve sera munie de "180 hommes de rames et 12 balistarios".

Quelques autres actes sont utilisables lorsqu’ils donnent des précisions descriptives sur des armes. Ainsi, un contrat de commande à destination de la Catalogne qui, parmi les marchandises transportées, montre 100 carreaux d'acier fin de grande dimension (cayrellis calibis fini de magna moysone)19. De même, une vente porte sur 200 boucliers (pavesia) en bois20.

Les registres de notaires n'offrent que peu de données sur les armes des embarcations. La plupart sont muets sur ce point. Mais il en va de même pour d’autres éléments du bord. En réalité, dans le corpus pourtant riche21 que nous avons étudié, très peu de textes disent le nombre d’hommes à bord, le nombre de mâts, la qualité du gréement etc.22. Il ne faut pas alors s’étonner du silence de nos textes sur des armes du bord. Il ne faut surtout pas déduire de ce silence que nos bâtiments n'emportent jamais d’armes, à de rares exceptions près. Les quelques exemples dont nous disposons prouvent que des voyages civils et commerciaux impliquent, dans le fourniment même du bateau, des équipements défensifs et offensifs, ainsi que des hommes capables de s’en servir. De plus, ces exemples nous permettent de relativiser les injonctions des Statuts de la ville et de démontrer combien elles étaient minimalistes : pour des tonnages importants23, la loi imposait des mesures minimes (2 à 3 arbalètes et un arbalétrier) ; or, nos textes, pour des transports beaucoup plus modestes, montrent des équipements très supérieurs.

Les sources judiciaires présentent des éléments complémentaires des sources notariales. Certes, dans ces procès, les armes rencontrées le sont surtout lors d’attaques de pirates24. Pirates et corsaires sont très bien armés pour avoir une chance de réaliser des prises. Ils nous intéressent peu ici, car nous souhaitons privilégier les navires "ordinaires" se livrant à des négoces licites. Les armes des pirates sont souvent les mêmes que celles des autres navires25 : ce n'est pas par leur nature qu’elles se différencient, mais par leur nombre. Le Statut de l’office de Gazarie le montre26. Comparons en effet les équipements offensifs et défensifs rendus obligatoires pour toute navis, seu cocha portata, cantariorum 16 in 17 millium (chap. XII) et pour toute navis seu cocha more pyratico navigatura, portatae cantariorum 14 in 17 millium (chap. XXIII), c'est-à-dire pour le même type de navire, de même capacité, mais qui, dans le premier cas, a des buts non agressifs et, dans le second, est armé pour la piraterie. Le nombre d’hommes est différent. Pour un voyage en temps de paix, il faut 96 hommes ; pour le même voyage en temps de guerre il en faut 112. Mais pour le même navire partant pirater, il faut 200 hommes. Pour les armes, ce n'est qu’une question de nombre :

 

Type de pièce

Voyage "normal"

Voyage pirate

Arbalètes a turno

20

29

Arbalètes a zirella

28

32

Turni

10

14

Zirelle

30

32

Caisses de viretons a turno

10

13

Caisses de viretons a zirella

26

20

Douzaines de longues lances

6 à 7

8

Douzaines de dards

25

28

Bombardes

5 à 6

6

Pierres à bombardes

150

200

Manairollae et petites haches

13

25

Barils de poudre à bombarde

2

2

Cuirasses avec manicis cupis et collariis petios

28

30

Fadae petios

15

20

Boucliers cum illis de gabbia petios

28

40

Fili pro balistris assolae

150

200

Petits gavium de fer

3

-

Rampegolli

2

4

 

 

Les victimes des navires prédateurs nous intéressent davantage. Les victimes de pillage inventorient les biens dérobés lors de l’attaque subie27. Ainsi, une barque ayant essuyé l’assaut d’une autre barque28, nous apprenons que les pirates ont volé, entre autres29 : 2 arbalètes (balistas) et un bouclier (clipeum)30. Dans un autre cas, 30 cervelières (servelleriae) ont été volées dans une galée31. Une barque transportant du charbon (una barchia carboni) a été attaquée par un lignum pirate qui a dérobé entre autres choses : une ballista avec 50 viratons valant 3 florins32.

D’autres procès peuvent nous être utiles : ceux évoquant l’armement d’un bateau33. Une causa de 1317, malheureusement incomplète34, évoque parmi de tels préparatifs la réparation d’environ 50 cuirasses (curaciae), d’une grande quantité de cervelières (cervelleriae), de gorgerins (gorgeriae) et d’arbalètes (balistae). Un autre témoin évoque des plaques. Ces éléments sont destinés à une galée (galea).

Des causae qui ne donnent pas de précisions sur l’armement du bord permettent néanmoins de déduire qu’il y en avait un. Dans une causa de 1321, des marins génois portent plainte contre leur patron qui les aurait contraints à accepter des conditions de rémunération très désavantageuses pour eux et contraires aux conventions établies à Gênes avant leur départ35. Cela se passait dans une Galice alors en guerre. Les marins étaient à terre, sans nourriture, le patron menaçait de les abandonner sur place s’ils n'acceptaient pas de nouvelles conventions. De plus, des "ennemis" arrivaient droit sur eux pour se venger. En effet, les marins génois avaient, sur ordre du patron, commis des déprédations contre les dits ennemis. Le texte ne précise pas quelles furent ces déprédations, mais les marins devaient donc avoir les moyens de les commettre : il faut supposer qu’ils étaient armés en conséquence, et que cet armement était normal. D’autres textes offrent des indications. Par exemple, beaucoup de procès donnent lieu à des inventaires de biens, lesquels peuvent comporter des éléments intéressants. Dans l’inventaire des biens d’un certain Barthélémy Gilii de Marseille, nous avons rencontré plusieurs éléments constitutifs d’embarcations (voiles, cordages etc.) et une salle contenant des pièces d’armes36.

Certaines mentions de rixes peuvent indirectement nous éclairer. Nous avons le cas d’un affrontement, sur le port, où un nommé Goion, homme réputé violent et physiquement très robuste37, prend à partie un certain Christophe et veut le tuer avec un gladius. Or, rentrent au port des barques de pêche. A bord de l’une d’elles, se trouve Barthélémy, frère de Christophe. Ses camarades pêcheurs le préviennent que son frère est menacé. Barthélémy bondit sur le quai pour s’interposer, Goion vient contre lui, brandissant son arme. Dès lors, les témoignages - tous en faveur de Barthélémy - sont d’une extrême discrétion : personne n'a vu Barthélémy frapper Goion, mais Goion est mort… Personne ne dit que Barthélémy était armé, alors que l’on insiste sur l’arme et la force de son adversaire. Néanmoins, bien que plus faible, il a eu le dessus. L’enquête ne dit pas de quoi est morte la victime, cependant, si Barthélémy avait utilisé un couteau cela ne serait pas étonnant38.

Enfin, notre troisième source, les registres de la Chambre des Comptes, nous permet d’obtenir d’autres données. Certains de ces documents sont de vastes inventaires des biens appartenant à la Cour. Ils sont hétéroclites, désordonnés, mais un certain nombre de pièces appartiennent ou ont appartenu à des navires. Parmi ces pièces, on trouve des armes. Parfois, on précise que tel objet a été pris à bord de tel navire ; d’autres fois, on se contente de dire à quel type de navire (galées, linhs, barques etc.) l’objet appartenait ; mais, le plus souvent, nous avons une liste compacte et il est impossible de dire d’où vient quoi et dans quelles conditions la ville l’a acquis. Ces textes ne peuvent pas nous apprendre quel était l’équipement particulier d’un navire. De plus, rien ne dit que les objets cités appartenaient à des navires marchands, ils ont pu être saisis à bord de navire ennemis ou pirates, en temps d’hostilité, ou pour satisfaire un droit de marque. Mais ces textes sont importants pour le vocabulaire désignant les armes, ainsi que pour savoir en quels matériaux elles étaient faites, quelles pièces les constituaient. Peu importe alors dans quel bateau les armes servaient, puisque nous avons vu que les équipements des navires armés pour le commerce ou pour des opérations agressives différaient moins en nature qu’en nombre.

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Malgré les lacunes des documents marseillais consultés il semble que tous les navires, même modestes39, étaient plus ou moins équipés de moyens de défense. Ces équipements variaient sensiblement en importance suivant les capacités de l’embarcation (deux arbalètes et un bouclier pris dans une barque40 contre plusieurs dizaines de cuirasses et d’autres pièces d’armures, plusieurs arbalètes etc. dans les préparatifs d’une galée41).

Nous avons choisi de nous intéresser aux navires marchands, cela signifie qu’à bord de nos bateaux il n'y a pas de contingent, pas d’hommes d’armes. Quand les marchands sont autorisés ou sommés d’embarquer des armes avec eux, il va de soi qu’ils les utilisent pour se défendre, eux et leurs biens. Les Statuts de la ville leur imposent le port de cuirasses et d’un bouclier, c'est-à-dire d’armes défensives. Ils ne disent rien des armes offensives, mais ne les interdisent pas et rien ne dit que, dans la pratique, les marchands ne s’en munissaient pas. D’autres législations imposent aux patrons d’embarquer les marchands "avec leurs armes" sans dire vraiment qu’elles peuvent être ces armes. D’autres textes évoquent eux aussi des vêtements spéciaux de protection sans plus. D’autres précisent davantage. Par exemple, le Breve curiae maris de Pise (1298) impose au marchand, selon la valeur des marchandises transportées, d’avoir avec lui une arbalète et cent carreaux42. Le Statut de l’office de Gazarie dans son chapitre XIX43 dispose que : les marchands génois navigant vers la Syrie, la Romanie ou au-delà de la Sicile doivent avoir avec eux arma bona et sufficientia ad complementum pro se et uno sertore si servitorem habuerit, et veretonos bonos et soldatos 50 in uno carchasio. Le marchand doit se défendre, mais quelquefois la loi veut l’obliger à participer à la défense du navire. C’est le cas dans le Livre du Consulat de la Mer au chapitre CXXII44.

Les marins sont aussi tenus d’être équipés. Leur travail à bord est la manœuvre du bateau et son entretien. En cas de danger, néanmoins, ils en assurent la défense et on exige d’eux un armement spécifique que certains textes détaillent avec soin. Cela est si obligatoire que des lois interdisent l’engagement de marins ne satisfaisant pas à ces exigences45 et que d’autres autorisent le patron à prélever une part du salaire du marin pour acheter, sans son consentement, les armes qu’il n'a pas46. Quelques textes distinguent, parmi les marins, des arbalétriers. Ce sont pourtant bien des marins, donc capables d’assumer les travaux de matelots, mais qui, pour un voyage47, ont cette fonction particulière. L’assimilation arbalétrier-marin est visible dans les législations et dans nos documents. Les Statuts de la ville de Marseille disent qu’il faut "pour marin un arbalétrier"48. En Catalogne et Aragon, l’Ordonnance sur la police de la navigation de 1258 indique quel équipement doit avoir "chaque marinarius tenu de faire office d’arbalétrier"49. Pour la même zone, l’Ordonnance maritime de 1340 englobe systématiquement marins et arbalétriers, dans une expression rencontrée à de multiples reprises : "tot mariner ò balester"50. Ce texte leur impose les mêmes équipements et devoirs : "Tout matelot ou balestrier qui s’engagera sera tenu d’apporter ses armes, qui doivent consister en bonnes cuirasses, gorgerin, chapeau de fer, épée, sabre, deux bonnes balistes, un croc, un carquois, deux cents flèches d’arbalètes ou viretons, et il doit prendre ces armes toutes les fois que son supérieur l’en requerra, pour la défense du navire ; et s’il manque à cette obligation, il payera à chaque fois, pour amende, vingt sous. Si le matelot (e si aquell mariner) n'apporte pas les armes susdites dans le navire pour le service duquel il se sera engagé, ou s’il ne les prend pas quand il en sera requis, il ne doit point recevoir de loyer pour le temps qu’il aura servi ; au contraire ses loyers seront acquis au patron"51. Nos textes confirment la qualité de marins de ces arbalétriers52. C’est ainsi qu’ils peuvent souvent ne jamais mentionner d’arbalétriers tout en mentionnant un armement et des arbalètes. Dans un nolis de 1311, un linh d’orles sera pourvu de 30 marins, 20 cuirasses, 15 arbalètes et leurs projectiles, 30 boucliers53 : cet armement sera utilisé par ceux que le texte appelle seulement "marins". D’autres textes distinguent, disant par exemple "100 hommes dont 10 arbalétriers"54. A la fin du xive siècle, des exemples révèlent que le terme "arbalétrier" peut recouvrir d’autres réalités encore : "40 arbalétriers inclus e contatz lo barbier e la trompeta"55 ; "quadraginta balistariis bonis et sufficientibus ac bene armatis inclusis vero et computatis comita, subcomita, barberio et trompeta utriusque galee in numero ipsorum quadraginta balistariorum"56.

Le nombre d’arbalètes excède parfois largement le nombre d’arbalétriers. Dans l’exemple que nous venons de citer, le navire aux 10 arbalétriers emportera 25 arbalètes. Il est donc possible que ces armes appartiennent au bord et non aux individus. En effet, si dans de nombreux cas les armes appartiennent à ceux qui doivent s’en servir, ce n'est pas systématique car nous avons vu des armateurs faire entretenir, réparer ou acheter des pièces d’armement destinées à leurs bateaux57. A bord, ces éléments ne pouvaient qu’être mis à la disposition des "marins" ou d’autres personnes. Nous supposons que cela n'empêchait nullement les gens de disposer quand même d’un armement personnel. De sorte que lorsqu’un texte énumère les objets offensifs ou défensifs du bord, on ne peut a priori pas savoir qui en est le propriétaire. Sans doute les deux situations se mêlent.

Enfin, les navires eux-mêmes peuvent disposer d’une "armure" et voir leur coque renforcée et protégée par des plates. On trouve ainsi un achat de "platas de proha galee" mentionné dans une causa de 138258.

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Les armes que nous avons rencontrées dans nos textes sont de plusieurs catégories ; mais toutes appartiennent à la grande famille des armes individuelles portatives59.

Viennent d’abord les armes défensives60. Il peut s’agir de protections que l’on porte sur le corps (de type armure) ou d’éléments que l’on doit tenir (de type bouclier). Dans les deux cas, le vocabulaire est riche mais la définition exacte de chaque mot, au xive siècle61 pose problème.

Dans les Statuts de la ville de Marseille, lorica et ausbergotum sont à peu près équivalents dans leur utilisation et leurs qualités puisqu’on laisse le choix entre les deux. De même, il y aurait équivalence entre ausbergotum et currellum. Ces trois mots doivent désigner des objets différents, mais interchangeables. Si l’on continue dans cette direction, garnizonem doit être supérieur à lorica, et perpunctum inférieur, puisqu’on exige le premier pour les transports de plus grande valeur et le second pour les transports moindres. Les définitions de chacun de ces termes62 sont plus gênantes. Le dictionnaire de Du Cange63 donne pour lorica "cuirasse", et pour presque tous les autres "sorte de cuirasse", sauf pour perpunctum "vêtement militaire de défense". Se fondant sur une exemple de 1441, De la nave au pointu64 précise qu’il s’agit de cotte de maille. Si l’on quitte le domaine législatif et que l’on analyse nos textes, le vocabulaire n'est pas le même et l’on peut mieux décomposer les différents éléments de protection.

La tête peut être protégée par un casque. Nous avons rencontré les termes capellina et elmus dans un inventaire de la Chambre des Comptes65. Pour capellina, du Cange propose "sorte de casque" et évoque essentiellement dans ses exemples des capellinae de fer. Cependant, notre exemple parle de capellinae de corio ce qui en ferait, au moins à l’occasion, des objets de cuir. Pour elmus, du Cange donne "casque" et renvoie à helmus "casque, heaume". Le heaume protège la tête entière, c'est-à-dire également le visage. Dans notre exemple, ils sont en fer (de ferro). Il est regrettable que nous n'ayons pas vu ces termes ailleurs que dans cet inventaire. En revanche, dans un texte en langue vernaculaire66, on mentionne des quapels. Il existe d’autres protections de la tête : les gorgerins (gorgeriae)67 et les cervelières (servelleriae, servellorae, cerveleriae, cervelleriae). Pour cervelière, nous trouvons chez Du Cange "espèce de casque qui couvre la partie supérieure de la tête"68 et pour gorgerin "armure qui couvre la gorge". Dans De la nave au pointu, on parle de "gorgière, sorte de collets en mailles ou en plaques protégeant le cou". Très présents dans les inventaires, on les trouve aussi dans d’autres textes. Ces objets sont souvent en nombre important69, on ne précise pas quelle est leur matière, ils peuvent être recouverts de tissus. Lors d’une réparation de ces éléments, on constate que l’on s’adresse à un cuiratier, mais ce cuiratier répare aussi des plates70. Nous avons encore trouvé mention de "servelleria cum temploria pro albalista"71 ; la temploria est peut-être un coussinet où vient appuyer l’arbalète quand on vise.

Le corps bénéficie de cuirasses, dont nous avons vu qu’il existait plusieurs types. Si nous rencontrons fréquemment les formes cuiracia, curacia, curassa, curassia, nous n'avons pas croisé les termes mentionnés dans les Statuts de la ville de Marseille. Nous avons en revanche vu des plates (platae)72, souvent nombreuses73 elles aussi, et des curassias de platis74. Les plates sont des plaques métalliques. On peut les coudre sur un vêtement de toile ou de cuir et les utiliser pour toutes pièces d’armure : cuirasses couvrant le buste, gants etc. Les cuirasses ou les plates peuvent être couvertes de tissu, par exemple de chanvre ou de futaine75.

Pour les membres supérieurs, les pièces mentionnées sont les gants, dont on ne sait jamais jusqu’où ils se prolongent au-delà de la main : couvrent-ils le poignet ? couvrent-ils une partie du bras ? Quoiqu’il en soit, pour les désigner nous trouvons ganti et, plus rarement, cyrothecae ; certains sont constitués "de plata", et tous peuvent être recouverts de tissus (futaine colorée, satin, chanvre…)76. Les membres inférieurs peuvent être munis de jambières (gamberiae77).

Une armure se compose donc de nombreux éléments, plus nombreux du reste que ceux que nous avons glanés dans nos textes. En fait, pour les cas observés, il semble que l’équipement essentiel soit constitué d’une protection pour le buste et d’une autre pour la tête et le cou78. De plus, si l’on se rappelle que ce sont les marins eux-mêmes qui doivent la plupart du temps assurer la défense du navire et la leur, ils ne peuvent se permettre de porter un équipement complet, lourd et peu pratique.

Les boucliers sont distingués par plusieurs termes : scutum79, pavesium80, targia, clipeus. Tous, en latin classique, correspondent à des boucliers différents. Il est difficile de savoir si ces distinctions sont encore valables et identiques au xive siècle. Du Cange précise que le scutum est en bois. Maigne d’Arnis81 pour pavesium renvoie à pavasium : "bouclier de grande dimension" ; Du Cange ne dit que "sorte de bouclier, pavois". Un de nos textes montre que ces boucliers étaient habituellement en bois puisqu’il s’agit de la vente, pour 30 florins d’or à 32 sous le florin, de 200 "pavesia in fusta operata ex toto ut solitum est per fusterios". Ce texte montre en outre qu’il y avait des variations de taille au sein du même groupe de boucliers, car sur ces 200 pavesia on exige que 100 soient hauts de 5,5 pans et larges de 3,5 pans82 ; et les 100 autres hauts de 5 pans 2 doigts et larges de 3 pans83. De ces dimensions on peut déduire qu’ils avaient une forme rectangulaire pouvant couvrir une très grande partie du corps. Ajoutons que ce contrat place le pavesium à 4,8 sous. Nous trouvons pour targia, chez Du Cange : "scuta praelonga pene totam corporis inferioris partem tegentia". Nous avons d’autre part croisé des "porce targiarum de ferro" et des "porcetas ferri targiarum"84, seul De la nave au pointu tente une définition : "sens incertain, partie proéminente d’un bouclier ?". Pour clipeus les dictionnaires, trop attachés à ses particularités dans l’Antiquité, ne sont d’aucun secours.

Les armes offensives sont plus variées. Les armes offensives à main de type épée ou couteau sont les plus courantes, les plus banales, probablement les plus nombreuses. D’abord, dans ce groupe, peuvent s’inclure beaucoup d’objets usuels dont la vocation première n'est pas agressive mais dont l’usage peut le devenir85. C’est le cas des couteaux (cultelli). Tout le monde a un couteau, en mer ou à terre. La matière de son manche peut varier, nous en avons rencontrés certains à manche d’os86. Il peut servir d’ustensile à l’alimentation, d’outil à divers travaux, aussi bien que d’arme au meurtre. Les bagarres au couteau à bord devaient être redoutables et l’on comprend l’insistance de plusieurs textes législatifs sur la paix que le patron doit faire règner en voyage. Il existe d’autre part des couteaux particuliers faisant partie de l’équipement du bateau, plus grands que les couteaux individuels et largement aussi dangereux qu’une épée. Nous avons rencontré : un magnum gladium seu cultellum duarum manuum ad sindendum caseos et carnem ; des partitoria ferri ad sendendas carnes, le terme partitor étant à rapprocher de partidor qui, chez Pansier87, est un "grand couteau tranchand à couper le suif" et de partidour qui, chez Honnorat88, est un "couperet". Toutefois, on ne compte pas que sur les couteaux de cuisine et l’on embarque aussi de vraies armes. Les épées (enses) et les glaives (gladia) sont très courants. Ils s’accompagnent de leurs fourreaux89.

Parmi les armes offensives à main, les armes de choc sont bien présentes, mais difficiles à distinguer de l’équipement général du bateau. Là aussi, de nombreux outils nécessaires à bord pour des travaux peuvent servir d’arme. Il existe ainsi différents types de marteaux en fer ou en bois : martum, marthus (marteau de charpentier, un exemple en montre en fer), massa (masse, en bois par exemple), mayol (marteau). De même, les haches sont indispensables et l’on trouve : des haches (aysae, achae, aissiae, mais également mannairae) ou des herminettes (ayssadae, aissatae, ayssadoni en fer) en abondance dans les inventaires.

Les armes d’hast sont parfois embarquées en quantité : 100 lances et 100 dards ; 200 lances et 400 dards ; mais d’autres fois, on n'en connaît pas le nombre exact, le texte se contentant de mentionner lanceae sans précision. Nous avons peu d’informations sur la qualité des dards ; en revanche les lances peuvent être de longueur variable - certaines sont longues, d’autres courtes -, leur manche peut être de différents bois : du frêne (fraisso), du sapin (sappo), du hêtre (faus). Les lances sont terminées par une pointe en fer ; mais les deux éléments, manche et pointe, peuvent se trouver l’un sans l’autre dans les listes. Dans la même catégorie d’armes, quoique moins nombreuses, se trouvent les guisarmes - ancêtres des hallebardes - et les roncolae, sortes de faux de guerre90. On rencontre assez souvent des piques. Quelquefois leur qualité d’armes ne fait aucun doute - quand on les mentionne à la suite des lances ou d’autres armes, sous la forme lanssoni91. On ignore leurs dimensions et ce qui les différencie exactement des lances auxquelles elles sont très souvent accollées. D’autre part, beaucoup d’outils sont des piques : piccos en fer, lansans en fer ; spontonos (demi-piques), et une utilisation aggressive, occasionnelle ou régulière, n'est pas non plus à exclure.

Les armes de jet sont très importantes. Certaines sont à propulsion musculaire : des javelots (gatairoli) que l’on trouve avec manche de sapin, de frêne ou de hêtre, et une pointe en fer92. D’autres sont à ressort, comme l’arbalète qui est omniprésente : les embarcations les plus modestes peuvent avoir au moins une arbalète93. Il en existe différents types selon les matériaux utilisés (corne, bois…), mais surtout selon le mode de tension de l’engin94 : avec un pied, deux pieds, à tour, à étrier… Notre documentation n'offre pas autant de précision que certains textes législatifs. Quand un texte mentionne ce genre d’objet il se contente d’en donner le nombre95 jamais il n'en qualifie le type. Les Statuts de la ville de Marseille mentionnent, nous l’avons vu, des arbalètes de deux pieds96, de torno et de cornu. Ce sont les éléments glanés dans un inventaire qui permettent de déterminer les arbalètes utilisées97. En effet, ce sont des objets complexes, formés de nombreuses pièces et l’on rencontre ainsi :

- des strevi : terme à rapprocher de estreu, "étrier" de l’arbalète. L’étrier était un anneau à la partie la plus convexe au dos d’une arbalète à pied, il formait l’étrier pour mettre le pied et pour tendre l’engin. Ce système n'apparaît qu’au xiiie siècle ;

- des turni : les arbalètes à tour seraient de grosses arbalètes, le tour (turnus) est l’appareil destiné à tendre la corde ;

- des claves ferri ballistarum : la clef d’une arbalète en était la gachette ;

- des noix (notz) : la noix d’une arbalète était une roue mobile avec encoche où s’arrêtait la corde bandée. Dans nos exemples, nous avons : des notz metalli, sans préciser la nature du métal ; des noix d’os ;

- des crocs avec maneta (levier) pour bander l’arme ;

- la corna, pour tendre l’arme, pourvue de clefs de fer ou de bois98 ;

- la guazanta, levier également utiliser pour tendre et que nous avons rencontré en bois.

Les arbalètes s’accompagnent d’une grande quantité de projectiles : carreaux (cadrelli) et viretons (veratoni) sont les plus courants dans nos textes ; les mosqueti99 et les matraciae100 sont beaucoup plus rares. Les carreaux sont, d’après la définition de Du Cange, des tela brevia et spissiora a forma quadrata ; le Larousse du xixe siècle101 donne : grosse flèche d’arbalète dont le fer avait quatre carres ou faces. Ils peuvent être de longueur variable : 1 ou 2 pieds102 ; 100 carreaux d’acier fin de grande dimension103. Pour "vireton", Du Cange aide peu : teli genus illud praecipue quod per balistam emittebatur ; le Larousse du xixe siècle est plus précis : flèche dont la plume était contournée en spirale, ce qui lui imprimait un mouvement de rotation quand on la lançait. La matracia serait, d’après De la nave au pointu, un gros trait d’arbalète. Chez Du Cange on le trouve sous les formes matarus, matara, matelas ou matras et matrasse. Le Larousse universel du xixe siècle en fait une "espèce de dard plus long que les flèches, beaucoup plus gros et arrondi qui fracassait le bouclier, la cuirasse et les os de ceux contre lesquels on le tirait". Les mosqueti seraient de gros traits d’arbalètes. Un texte mentionne des carreaux et des faussores sive passatores104. La plupart des dictionnaires sont muets sur ces termes. F. Godefroy atteste passador avec pour définition "trait d’arbalète"105. De la nave au pointu donne pour faussore : pointe de flèche ou de trait d’arbalète et pour passator : trait d’arbalète. Ce qui implique une contradiction : les deux mots étant sur le même plan dans le texte grâce à la conjonction de coordination sive, on s’explique mal comment l’un pourrait ne désigner qu’une pointe et l’autre une flèche complète. Les flèches sont embarquées en très grand nombre, dans des caisses ou des sacs106, mais l’on se dispense souvent de préciser ce nombre. On peut ainsi dire "deux caisses de carreaux"107 mais combien y en a-t-il dans une caisse ? Dans les inventaires de la Chambre des Comptes, les caisses de carreaux ou de viretons sont nombreuses, mais elles sont souvent réemployées et ne contiennent plus forcément leurs flèches : capciam unam plenam ferrorum minutorum in qua stabant cadrelli ponderanti quintali 2 et 78 libris ; unam capciam in qua stabant cadrelli in qua sunt roncole ; quandam aliam capciam in qua stabant cadrelli in qua sunt ferri gatairolorum ; quandam aliam capciam in qua stabant cadrelli in qua sunt lime de ferro cum manicis… Quelques-unes tout de même en contiennent encore : quandam aliam capciam in qua stabant cadrelli in qua similiter sunt cadrelli unius pedis et duorum pedum et ferra gatairolorum veteres et vetera 212 ; unam parvam capciam de sappo in qua sunt cadrelli unius pedis 353 ; unam capciam cadrellorum unius pedis. Les traits sont formés eux-aussi de plusieurs éléments (pointe, corps, penne) et nécessitent une préparation ou un entretien, d’où la présence de colla ad inpennandum matracias ou de ferra ad rasclandum cadrellos108. Les carquois existent, mais ne sont mentionnés que très rarement109.

Enfin, dans l’équipement d’un lignum génois qui fait naufrage dans le port de Marseille en 1311, nous avons rencontré une petite baliste de perrie110. S’il s’agit bien d’un propulseur de projectiles en pierre, ce serait le seul cas d’arme collective présent dans notre corpus. Au cours des trente dernières années du xive siècle, la situation évolue, en particulier grâce aux armes à feu, et l’on rencontre alors dans l’équipement du bord quelques bombardes.

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* *

Nos exemples montrent donc des navires marchands armés, tout comme une bonne partie de leur équipage. Les armes sont certes moins nombreuses qu’à bord de navires de guerre ou pirates, mais elles peuvent être très présentes. Tous les bateaux nous paraissent disposer de moyens de défense, cependant ceux-ci varient selon la taille du bâtiment. Apparemment, c’est l’armement individuel portatif qui est privilégié, mais il ne s’agit peut-être que d’une illusion due à nos sources. Le maniement de ces armes et leurs utilisateurs mériteraient un examen plus approfondi mais notre documentation ne nous permet pas d’aborder ces questions - telle que la professionnalisation ou pas des arbalétriers que nous avons rencontrés. Quant au stockage des armes à bord - pour les lots de lances, ou de carreaux par exemple - s’il est manifeste que beaucoup étaient contenues dans des sacs, des caisses, ou liées par paquets, nos textes ne permettent jamais de déterminer leur lieu et leur condition de stockage au sein du bâtiment. Cependant, ces documents révèlent l’importance de l’armement, sa banalité quel que soit le voyage entrepris, sa nécessité par conséquent, ainsi que l’aptitude des gens de mer à s’en servir.

 

 

 

 

 

 

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Notes:

1 R. Pernoud, Les statuts municipaux de Marseille, Monaco-Paris, 1949, p. 154. Tous les passages des Statuts que nous citons dans cet article sont extraits de cette édition.

2 "Generaliter decernimus observandum a modo quod omnes mercatores portantes in aliqua nave Massilie valens 100 lb. reg. vel amplius habeant et portent loricam ad minus, vel ausbergotum in quodcumque viagium ibunt per pelagus ; et similiter omnes portantes valens 500 lb. vel amplius portent garnizonem, et, pro serviali suo, ausbergotum vel curellum ; et similiter portantes valens minus 100 lb. perpunctum et scutum cum galea", op. et loc. cit.

3 "Addentes in super huic capitulo quod domini navis seu navium que fuerint duorum millium quintalium et supra, in quibus navibus vehentur mercatores, portent in singulis navibus duas balistas de cornu ad minus de duobus pedibus, et quod ducant secum pro marinario quemdam balisterium ; et ex quo navis erit a quatuor milibus quintalium supra, portent domini navis duas balistas de duobus pedibus et unam balistam de torno, et unum balisterium similiter pro marinario ; et ad predicta facienda teneantur habere curam illi probi viri qui fuerint pro tempore statuti super facto maris navium Massilie ; que baliste sint bene garnite de omnibus garnimentis sibi necessariis, et sint ad minus CCL carrelli pro singulis balistis", ibid.

4 Et même interdire d’engager des marins non pourvus de l’armement requis, c’est du moins le cas pour la Catalogne et l’Aragon dans l’Ordonnance sur la police de la navigation de 1258 (J.-M. Pardessus, Collection de lois maritimes antérieures au xviiie siècle, 6 tomes, Paris, 1828-1845, t. V, p. 342).

5 Selon les textes, les trois exigences sont réunies, par exemple, à la rubrique LXXIX du Statut d’Ancône de 1397 (J.-M. Pardessus, op. cit., t. V, p. 180), ou bien seulement deux d’entre elles, par exemple, aux chapitres XXXV et XXXVII à LX, du Statut maritime de Venise en 1255 (J.-M. Pardessus, op. cit., t. V, p. 29 et suiv.).

6 Par exemple, à Venise, le Statut maritime de 1255 envisage dans les chapitres XXXVII à XL les équipements obligatoires à bord des navires selon qu’ils portent 200 à 300 milliariis, 300 à 500 milliariis, 500 à 700 milliariis, 700 milliariis et plus. Dans chaque cas, les dits équipements sont identiques, mais leur nombre va croissant, avec les capacités des navires en question. Ainsi, selon les cas, on exige 2, 4, 6 ou 8 casques (J.-M. Pardessus, op. et loc. cit. supra).

7 Il nous semble, en effet, difficile d’interpréter le texte autrement.

8 Les tonnages sont un des points les plus difficiles à étudier au travers de notre documentation pour diverses raisons. Néanmoins, si nous reprenons l’équivalence qu’Edouard Baratier et Félix Reynaud donnent pour le quintal marseillais, à savoir 38 à 40 kg (Histoire du Commerce de Marseille, Paris, 1951, t. II, p. 903), 2 000 quintaux représenteraient entre 76 000 et 80 000 kg. Or, nous avons souvent rencontré des navires en-dessous de ces capacités. Ainsi en 1338, un texte nous donne, de la bouche de ses propriétaires, la capacité d’un linh d’orles, et nous constatons que ce navire peut porter 57 000 kg (Archives Départementales des Bouches-du-Rhône, 3 B 36 f° 6 - toutes nos références sont empruntées à ce dépôt sauf mention contraire).

9 Encore que nous ne puissions jamais savoir si ces énumérations sont exhaustives ou si elles ne prennent en compte que les éléments les plus significatifs, laissant dans l’ombre des pièces banales. Nous pensons même que cette seconde hypothèse est la plus probable.

10 381 E 74 f° 36 v° (en 1344).

11 381 E 24 f° 9 v° (en 1306). Un autre acte, très détérioré, dont on ne peut comprendre que des bribes, évoque probablement la même galée et à peu près le même équipement : 112 rames, 150 rameurs (remigatores, vocatores) [...], 100 cuirasses, [...] albanstae, [...] lances et piques (lanssani), carreaux, traits d’arbalètes (faussores sive passatores) et autres choses nécessaires (381 E 24 f° 11 v°, en 1306).

12 381 E 25 f° 15 v° (en 1309).

13 Archives Communales de la ville de Marseille, 1 II 32 f° 42 v° (en 1311).

14 Le texte utilise le terme merces et le terme trocelli (ballots). "Merces" désigne des marchandises sans précision, quant aux trocelli, ils sont un moyen de conditionnement de divers biens.

15 381 E 5 f° 52 v° (en 1317).

16 391 E 5 f° 105 (en 1333).

17 381 E 80 f° 110 v° (1354).

18 Dans ce cas, il n'est pas obligatoire que tous les navires voyagent ensemble et le contrat se rapproche beaucoup plus d’une société. Nous avions analysé ces différents aspects dans notre thèse, Navires et navigations à Marseille au xive siècle, Aix-en-Provence, 2001.

19 381 E 79 f° 27 v° (en 1353).

20 351 E 32 f° 12 (en 1373).

21 Plus de 2100 documents.

22 Les textes du xiiie siècle ne donnaient guère plus souvent ce genre d’indications.

23 Du moins par rapport à ceux que nous permettent d’entrevoir notre documentation…

24 Il va de soi que nous ne prenons en compte que les procédures impliquant des faits maritimes, et non pas les multiples rixes, coups et blessures, voire meurtres, sans aucun rapport avec le monde de la mer et les navires, mais qui donnent aussi lieu à des actions en justice.

25 Ainsi, quand dans un de nos textes, des barques armées attaquent un lignum de 20 rames, un témoin déclare qu’elles portaient 220 hommes armés d’armes offensives et défensives, à savoir : épées (enses), couteaux (cultelli), plaques (platae) et boucliers (pavesia), arbalètes (ballistae) et lances (lanceae) et d’autres armes en tous genres. Un autre témoin parle des viretons qu’ont lancés les assaillants (3 B 60 f° 58 en 1337).

26 J.-M. Pardessus, op. cit., t. IV, p. 480 et suiv. Pour une édition complète et une étude de ce texte voir aussi G. Forcheri, Navi e navigazione a Genova nel trecento : il liber Gazarie, Bordighera, 1974.

27 Ils ne sont pas toujours très précis. Quand un plaignant dit qu’il s’est fait prendre son navire et tout ce qu’il y avait à bord, que mettre sous ce "tout" ?

28 Beaucoup de pirates, dans nos sources, utilisent de petits navires, plus maniables, plus rapides, plus faciles à dissimuler dans des replis de côte que de très grandes unités. Nous avons même vu très souvent des barques armées pour la course ou la piraterie, agissant seules ou à plusieurs, et constituant une plaie pour la navigation. C’est le cas dans la causa évoquée plus haut qui montre un lignum de 20 rames attaqué par trois barques armées.

29 Les objets volés sont divers : équipement de la barque (cordages, voile, huche à pain etc.), vêtements, argent en monnaie, armes.

30 3 B 3 f° 39 (en 1311).

31 3 B 41 f° 142 v° (en 1340). Il s’agit d’un simple vol commis par un individu, et non d’un acte de piraterie.

32 3 B 823 f° 25 (en 1358).

33 Que cela ait ou non un lien direct avec la causa en question.

34 3 B 7 f° 94 (en 1317). Il nous manque le début de cette affaire.

35 3 B 13 f° 38 (en 1321). Cette causa est intéressante à plus d’un titre, nous ne pouvons la développer ici. Nous l’avons utilisée, analysée et intégrée dans notre thèse citée supra.

36 3 B 62 f° 4 (en 1359).

37 Mais ce sont les témoins de la partie adverse qui le décrivent ainsi…

38 Nous parlerons plus loin des objets usuels pouvant être utilisés comme armes.

39 Puisque nous avons pu percevoir la présence d’armes même à bord de barques.

40 3 B 3 f° 39.

41 3 B 7 f° 94.

42 Chap. XXXIV de ce texte : "unam balistam de cornu vel ligno bene formatam cum centum quadrellis" (J.-M. Pardessus, op. cit., t. IV, p 586).

43 Nous utilisons sa rédaction de 1441, mais cette rédaction reprend des dispositions parfois très antérieures de statuts du xive siècle, ainsi qu’une rédaction de 1403 (J.-M. Pardessus, op. cit., t. IV, pp. 480 et suiv.).

44 A. de Capmany, Libro del Consulado del mar. Edición del texto original catalán y traducción castellana, Barcelone, 1965, p. 307.

45 Cf. p. 1 note 4.

46 Livre du Consulat de la Mer, chapitre CLXXVII (A. de Capmany, op. cit., p. 149).

47 Il serait très intéressant de savoir si des marins se spécialisent dans cette fonction ou si, d’un voyage à l’autre, ils peuvent s’engager tantôt comme arbalétrier, tantôt pour des tâches maritimes "pures".

48 Voir supra, p. 1 note 3.

49 Ces arbalétriers auront 2 arbalètes de 2 pieds, une arbalète à étrier, 300 traits (tractas), cuirasse, casque, bouclier, deux lances, épée et faux (penatum). Les marins qui ne font pas office d’arbalétriers à bord doivent tout de même avoir un équipement comprenant cuirasses, casques, bouclier, lances et épées et faux (penatum). Où l’on voit que seule l’arbalète distingue l’arbalétrier, ses camarades étant, pour le reste, tout aussi bien munis que lui - y compris en armes offensives (J.-M. Pardessus, op. cit., t. V, p. 342).

50 Alors que d’autres membres d’équipage sont nettement distingués, comme l’écrivain par exemple (J.-M. Pardessus, op. cit., t. V, p. 354 et suiv.).

51 J.-M. Pardessus, op. cit., t. V, p. 354-55.

52 La situation était déjà similaire au xiiie siècle, plusieurs exemples relevés par Louis Blancard dans les sources notariales marseillaises de cette époque le prouvent (cf. L. Blancard, Documents inédits sur le commerce de Marseille au Moyen-Age, vol. I, p. 286 et vol. II p. 225-226, 228, 293-294).

53 Archives Communales de la ville de Marseille, 1 II 32 f° 42 v° (1311).

54 391 E 5 f° 105 (en 1333).

55 351 E 658 f° 201 v° (en 1392), texte en provençal.

56 351 E 660 f° 195 (en 1398).

57 Réparation de dizaines de cuirasses etc. (3 B 7 f° 94 en 1317).

58 3 B 127 f° 269 v°, cité dans P. Pourtal, Marseille, port de course, mémoire de maîtrise dirigé par Ch. de La Roncière et soutenu à Aix-en-Provence en 1970, p. 59-60.

59 Lorsque les armes à feu apparaissent et se développent, on en rencontre à bord et les bâtiments sont fournis avec des "bombardes". Au cours de la période 1300-1370, nous n'en avons rencontré aucun exemple. Des exemples existent en revanche pour la fin du xive siècle.

60 Nous reprenons la classification exposée par Cl. Gaier dans : "Les armes", dans Typologie des sources du Moyen-Age occidental (dir. L. Genicot), fasc. 34, Turnhout, 1979.

61 Car la plupart de ces termes sont plus anciens, parfois attestés dès l’Antiquité.

62 Et à condition que notre hiérarchisation à partir du texte soit valable…

63 D. du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, 7 vol., Paris, 1840-1850. En ce qui concerne les termes désignant l’armement, un autre important dictionnaire du latin médiéval - celui de J. F. Niermeyer, Mediae latinitatis lexicon minus, Leiden, 1976 - offre encore moins d’éclaircissement que celui de Du Cange.

64 N. Fourquin et Ph. Rigaud, De la nave au pointu. Glossaire nautique de la langue d’Oc (Provence – Languedoc), des origines à nos jours, St-Tropez-Toulon, 1993.

65 B 1936 f° 109 (en 1301). Cet inventaire de l’arsenal de Marseille est le résultat du transfert de l’arsenal de Narbonne donné par Philippe le Bel à son cousin Charles II.

66 Extrait du livre de compte d’un marchand que l’on présente comme pièce à conviction dans un procès (3 B 27 f° 143 en 1331).

67 En général, nous rencontrons le terme gorgerin seul. Une fois cependant, dans un inventaire de la Chambre des Comptes, nous avons vu des "gorgeriae de platis et collaris" (B 1938 f° 5 v°).

68 Voir également ce qu’en dit Claude Gaier dans "L’évolution et l’usage de l’armement personnel défensif au pays de Liège du xiie au xive siècle", dans Armes et combats dans l’univers médiéval, Bruxelles, 1995, p. 138 (reprise d’un article précédemment paru dans Zeitschrift der Gesellschaft für historische Waffen-und-Kostümkunde, 1962, pp. 65-86).

69 Dans les exemples que nous avons cités plus haut : 150, 80, "une grande quantité".

70 Qui répare aussi des cuirasses à cette occasion. Réparant les plates, le texte ne dit pas s’il s’occupe uniquement de la restauration du cuir sur lequel elles sont cousues ou s’il répare les plates elles-mêmes, ce qui supposerait un travail du métal (3 B 7 f° 94 en 1317).

71 351 E 32 f° 20 (en 1373).

72 381 E 74 f° 36 v°, 3 B 60 f° 58, B 144 f° 90.

73 Pour Claude Gaier, c’est justement au xive "une époque-clé pour l’armement défensif en Occident car il marque le passage de l’armure de mailles à celle de plates, qui devait triompher au siècle suivant" (Cl. Gaier, "Les armes", dans Typologie des sources du Moyen-Age occidental (dir. L. Genicot), 1979, fasc.34, p. 24).

74 B 1938 f° 4.

75 Ibid..

76 B 1936 f° 109.

77 Ibid.

78 Ce qui ressemble beaucoup à l’équipement sommaire de nombreux gens de pied évoqué par Philippe Contamine (cf. La guerre au Moyen-Age, 2e éd., Paris, 1986, p. 168).

79 Avec pour variante "escues vel chies" (381 E 5 f° 52 v°).

80 Avec pour variante au pluriel pavezia (381 E 74 f° 36 v°).

81 W.-H. Maigne d’Arnis, Lexicon manuale ad scriptores mediae et infimae latinitatis ex glossariis Caroli Dufresne D. Ducangii, D. P. Carpentarii, Adelungii et aliorum, Paris, 1858.

82 Avec un pan faisant environ 0,25 cm cela nous donne : 1,37 m de haut sur 0,87 m de large.

83 351 E 32 f° 12 (en 1373).

84 B 1936 f° 109 (en 1301).

85 Nous pensons qu’il ne faut pas négliger cette possibilité.

86 B 1936 f° 109 (en 1301).

87 P. Pansier, Lexique provençal-français, t. III de Histoire de la langue provençale à Avignon au xiie du xixe siècle, Avignon, 1927.

88 S.-J. Honnorat, Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d’oc ancienne et moderne suivi d’un vocabulaire français-provençal, 2 tomes, 1re éd. Digne, 1848, Raphèle-lès-Arles, rééd. 1991.

89 Par exemple, en 1311, après le naufrage d’un lignum génois on récupère entre autres choses "une épée avec une fourreau rouge" (gayna rubea) ; (3 B 2 f° 20).

90 B 1936 f° 109 (en 1301).

91 Voir par exemple le document 381 E 24 f° 9 v° (en 1306).

92 B 1936 f° 109 (en 1301).

93 Ce qui ne signifie pas pour autant qu’absolument toutes les embarcations en soient pourvues.

94 Sur l’évolution de l’arbalète voir Claude Gaier, "Quand l’arbalète était une nouveauté. Réflexion sur son rôle militaire du xe au xiiie siècle", Le Moyen-Age, 1993, t. 99, p. 201-229. Cet article a été repris dans le recueil Armes et combats dans l’univers médiéval, Bruxelles, 1995.

95 Et encore pas toujours, il faut se contenter quelquefois d’un terme au singulier ou au pluriel mais sans quantité exprimée.

96 De conception plus ancienne que celles à un pied, elles subsistent pour les modèles les plus lourds (cf. Cl. Gaier, "Quand l’arbalète était une nouveauté ", dans Armes et combats dans l’univers médiéval, Bruxelles, 1995, p. 175.

97 B 1936 f° 109 (en 1301).

98 Corna ad tendendum ballistas cum clavibus ferri ; corna ad tendendum ballistas cum clavibus fustei.

99 3 B 2 f° 20 (en 1311).

100 B 1936 f° 109 (en 1301).

101 P. Larousse, Grand dictionnaire universel du xixe siècle, 17 vol., Paris, 1878.

102 B 1936 f° 109 (en 1301).

103 381 E 79 f° 27 v° (en 1353).

104 381 E 24 f° 11 v° (en 1306 ou 1307).

105 F. Godefroy, Lexique de l’ancien français, Paris, 1901.

106 Par exemple, des sacs de carreaux (Archives Communales de la ville de Marseille, 1 II 32 f° 42 v°, en 1311) ; quatre caisses de viretons (381 E 74 f° 36 v°, en 1344).

107 391 E 5 f° 105 (en 1333).

108 Toutes ces citations proviennent du document B 1936 f° 109 (en 1301).

109 Dans le naufrage du lignum génois en 1311 à Marseille on récupère des carcais (3 B 2 f° 20).

110 3 B 2 f° 20.

 

  

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