UNE STRATÉGIE DE LA TERREUR SOUS LOUIS XIV : LES GALIOTES à BOMBES

 

Jean Peter

 

 

L’une des premières définitions de la galiote à bombes a sans doute été donnée par Desroches en 1687 dans son Traité de construction navale : "Vaisseau d’une nouvelle invention, la galiote à bombe est très forte de bois, à plates varangues. Elle n’a que des coursives sans pont et son usage est de porter deux mortiers que l’on met en batterie sur un faux tillac que l’on met à fond de cale".

Une représentation de l’une des premières galiotes à bombes a été dessinée par Henri Sbonski de Passebon, auteur "du plan de différents bateaux de mer avec leurs proportions" vers la fin du xviie siècle. Sous-lieutenant, puis capitaine des galères, il participa notamment à l’expédition et au bombardement de Gênes en 1684 (Cherbourg, SHM R 4°39).

En 1728, J-B. Ollivier écrivait dans son Traité sur la construction : "Il y a environ 50 ans, les galiotes à bombes portaient un mât de misaine que l’on démontait quand on était prêt à tirer des bombes et on l’a supprimé à cause du temps que l’on perdait à ce démâtement. Les bâtiments qui tirent les bombes par le côté se nomment frégates à bombes" (SH 314).

Une formulation plus moderne en a été donnée par Jean Meyer : "La galiote à bombes fit son apparition à la fin du xviie siècle avec une spécialisation très forte. Elle correspond à l’utilisation d’une arme nouvelle dans la marine, le mortier, et elle est destinée à bombarder une place forte de la mer. Elle connaît une grande efficacité lors du bombardement d’Alger en 1682 et utilisait pour ce faire de lourds mortiers projetant des bombes de 200 livres (rappelons que le plus fort canon de marine envoie un boulet de 48 livres). Pour pouvoir embarquer ces mortiers, la galiote à bombes est construite avec robustesse, sans mât de misaine pour disposer d’un espace suffisant. Son pont est renforcé de poutres solides pour supporter le poids des pièces d’artillerie et répartir le choc du recul" (Jean Meyer, La Marine à voile).

Renau, l’inventeur des galiotes à bombes

Bernard Renau d’Elissagaray, dit "petit Renau", remarqué par Colbert de Terron qui le trouva doué pour les mathématiques et protégé par Seignelay, fut "une sorte de précepteur naval pour l’amiral de France, le comte de Vermandois, alors âgé de douze ans". Il en avait lui-même 27. L’éducation du duc de Mortemart, fils du duc de Vivonne et général des galères en survivance (1679-1688), lui fut également confiée.

En 1680, auteur d’un "Mémoire sur les constructions des vaisseaux dans lequel il y a une méthode pour en conduire les façons" (NAF 9 481, f° 229), il inventait, selon Colbert, une machine à tracer les gabarits des vaisseaux. En 1681, il réussissait à convaincre le Roi et Colbert de procéder à la construction de galiotes à bombes selon les plans de son invention. Ainsi douze galiotes à bombes furent construites pour la marine du Levant, dont trois au Havre et deux à Dunkerque en 1682, et, sans compter la Salamandre, frégate bombardière, sept à Toulon par les Coulomb père et fils entre 1683 et 1696.

Le 6 février 1682, Renau était au Havre pour surveiller la construction des galiotes. En juillet, il participait à la première campagne bombardière contre Alger en compagnie de René Landouillette et de Bernard de Pointis, "ses amis". Début 1683, il procédait à la visite des fourneaux d’une partie de l’Angoumois et du Périgord susceptibles de fabriquer, pour l’arsenal de Toulon, des bombes de la nouvelle invention, tandis que René Landouillette effectuait, de son côté, la visite de ceux de l’autre partie de ces provinces. Il participait en juillet à la nouvelle campagne contre Alger, puis à celle contre Gênes en mai 1684.

En 1685, Seignelay, voulant avoir au service de la marine un ingénieur "qui eût en même temps connaissance du service de la mer et de celui de terre", jetait les yeux sur Renau qui avait déjà "toutes les connaissances nécessaires pour la mer et il le mit auprès de Vauban pour l’instruire de ce qui regarde le service de terre", l’initier en particulier à la technique des sièges et, d’une façon plus générale, compléter sa formation d’ingénieur. Pour cela, il resta deux ans auprès de Vauban et servit avec lui comme ingénieur, notamment aux sièges de Philisbourg, Manheim et Frankendal.

En 1689, "le Roi devant mettre des forces considérables à la mer, Renau adresse à Seignelay un mémoire sur ce qu’il y a à faire pour rectifier et perfectionner les ordres de bataille ; ce qui obligea Seignelay de le tirer d’auprès de Vauban et de le faire embarquer avec lui. Seignelay connut, pendant la campagne, de quelle utilité étaient ses observations et l’obligea de faire la campagne dernière (1690) lui promettant de lui donner un établissement solide dans la marine" (Neuville). Ainsi Renau serait-il à même de servir comme ingénieur dans un débarquement et apte à régler, sous les ordres du général, les ordres de bataille.

Selon le Mémoire du 26 avril 1691, "pour servir d’instruction au sieur Renau", nommé capitaine de vaisseau et inspecteur général de la marine depuis le 1er mars, "Sa Majesté a ordonné à ses officiers généraux commandant dans les ports et ceux des armées et escadres en mer une entière application et en voulant leur faciliter les moyens dans ce qui regarde la navigation et les mouvements des armées et escadres, Elle a fait le choix du sieur Renau pour y travailler sous leurs ordres. Dans l’occasion de descentes ou de quelque entreprise à terre, le sieur Renau donnera au général un dispositif des attaques, de même que l’on fait aux sièges de terre, afin que le général ordonne toutes les choses nécessaires. Il conduira pendant l’entreprise les travaux que l’on y fera suivant ce qui aura été résolu par le général et instruira les officiers de marine de ce qui regarde l’attaque des places". Renau recevait en outre l’inspection de tout ce qui regardait les écoles d’hydrographie et les cartes marines.

Aussi Renau était-il chargé, sous les ordres de Tourville, vice-amiral du Levant, d’enseigner à Brest et de faire pratiquer les ordres de marche et de bataille et les signaux, ce qui devait l’opposer aux savants Huygens et Jean Bernouilli. Des sanctions frappèrent un certain nombre de capitaines et d’officiers de marine qui, ne voulant pas recevoir de leçons de lui, créèrent des incidents. Le 22 septembre, Tourville fit mettre au château de Brest deux capitaines de vaisseau, le chevalier des Adretz et M. de Saint-Pierre (B3 66).

En 1692, Renau participa aux côtés de Vauban aux sièges de Mons et de Namur, puis à la bataille de la Hougue, faisant entrer à Saint-Malo un certain nombre de vaisseaux rescapés. Le 10 juin, chargé du sauvetage des débris du combat de la Hougue, il supplia le Roi de ne plus procéder qu’à la construction de grands vaisseaux. Le 18 juillet, il fut chargé des ouvrages de défense de Saint-Brieuc (AN C7, f° 272).

Bien qu’apprécié par le Roi, Renau, que Pontchartrain suspectait, affectant de le considérer comme une créature de Seignelay, n’avait cependant plus le même crédit. Sa carrière devait néanmoins se poursuivre dans la mouvance de la marine, sur mer et sur terre. En 1693, chargé des ouvrages de défense de Brest, il faisait construire la Serpente, la plus rapide des frégates, et conseillait à Tourville le coup de filet de Lagos. En 1694, il commandait le Bon qu’il avait fait construire à Brest et prenait une part active à la guerre de course au Ponant.

En avril 1696, Renau, qui commandait l’Intrépide (98 canons, 900 hommes), fut envoyé à Saint-Domingue pour le service des fortifications (AN C7, f° 272). En 1699, il entrait à l’Académie des sciences. En mai 1701, il était auprès de Philippe V pour mettre en état la flotte et les fortifications espagnoles. En 1702, il était à Vigo aux côtés de Château-Renault sans pouvoir en empêcher le désastre. Le 19 mai 1704, il était à Madrid (B7 497, f° 230). Le 21 octobre, il participait au siège de Gibraltar dont le commandement était assuré par M. de Villadarias. En mai 1705, ayant le rang de lieutenant général des armées d’Espagne, il dirigeait les travaux de réhabilitation des fortifications de la ville et du port de Cadix.

Le 29 septembre 1719, Renau décédait à Pougues-les-Eaux dont il aurait, au dire de Saint-Simon, abusé. Dans son éloge funèbre, Fontenelle rappela, qu’à l’instar de Vauban dont il avait été l’élève, il avait été "géomètre, mathématicien, astronome, savant en castramétation, en construction navale, en navigation...".

La construction des galiotes

La construction des premières galiotes à bombes, de même que la fabrication des mortiers et des bombes de la nouvelle invention, dut beaucoup à Seignelay, plus soucieux de progrès technologique (les risques convenaient mal à la prudence calculée du Roi et de Colbert) et plus ouvert aux changements.

Entourée d’un secret qu’il convenait de protéger en raison des investigations des espions et découvreurs anglais et hollandais, la mise en chantier des premières galiotes fut effectuée vers la fin de l’année 1681, simultanément au Havre et à Dunkerque.

Les plans et devis furent fournis par Renau (B2 47, f° 15). Compte tenu de l’effort extraordinaire des mortiers de 12 livres de poudre, les membres et les liaisons des galiotes furent renforcés. Les instructions données à l’intendant de la marine prévoyaient qu’on y travaillât de jour et de nuit pour qu’elles fussent achevées en temps voulu.

Salicon s’était fait fort, "en un mois ou six semaines", de construire trois galiotes à bombes, la Menaçante, la Brûlante et la Cruelle, de 70 pieds (23 m) de long et de 23 pieds (7,60 m) de large "destinées à mettre dessus des batteries de mortier pour tirer des bombes" (B2 47, f° 12).

Les deux galiotes à bombes, la Bombarde et la Foudroyante, construites à Dunkerque par Hendrick, le maître charpentier de l’arsenal, étaient en corus de construction lors du passage de Seignelay en décembre 1682 (B2 46, f° 47). Les trois galiotes du Havre furent achevées par Salicon le 10 mars 1683 et mises à l’eau le 23 suivant. Les appellations des premières galiotes ne laissaient pas d’équivoque sur leur fonction et leur pouvoir de destruction. Ils symbolisaient la dissuasion et la menace mais aussi la capacité de surprendre et d’intervenir de façon décisive.

Selon la description détaillée de Renau publiée par Eugène Sue, "ces bâtiments sont destinés à porter des mortiers sur mer ; ils sont de moyenne grandeur, très forts de bois et à fonds plats. Les mortiers de galiote sont coulés avec leur plate-forme de métal qui maintient les pointes sous l’angle de 450, qui est celui du plus grand jet ; ils sont de fonte et, avant de les embarquer, on fait l’épreuve de leur plus grande charge possible afin que les galiotes, connaissant la portée de leur mortiers, puissent se placer à une bonne distance de la place qu’elles attaquent.

Les deux mortiers sont placés en avant du grand mât sur un fort établissement de charpente ; il y a en outre les mortiers, quatre canons de chaque bord, placés en arrière du grand mât. La construction d’une galiote à bombes est très matérielle pour résister à la réaction considérable de la bombe, et leur échantillon est ordinairement aussi fort que celui d’un vaisseau de 50 canons. Son gréement consiste en un grand mât, un mât d’artimon avec des voiles semblables à celles des vaisseaux, et un mât de beaupré pour porter les étais et les focs ; on en tire l’avantage de ne tirer que par l’avant et de ne présenter qu’une face étroite à l’ennemi, ainsi que font les galères".

Les galiotes et les mortiers subirent diverses épreuves conduites par Nicolas Camelin, capitaine de bombardiers de l’armée de terre, et Pierre Landouillette, commissaire d’artillerie de la marine, venus à cette occasion, le premier de l’arsenal d’Auxonne et le second de celui de Toul, en présence du sieur du Metz, lieutenant d’artillerie de l’armée de terre et directeur de l’arsenal de Douai.

En avril 1682, les cinq galiotes qui devaient participer au premier bombardement d’Alger quittèrent le port de Dunkerque. Leur construction et leur armement avaient représenté une dépense de 258 709 l. (E2, f° 31).

En décembre, deux nouvelles galiotes, la Fulminante et l’Ardente, dont la construction avait été confiée à Coulomb père, furent mises sur le chantier de l’arsenal de Toulon. Achevées dans les premiers mois de 1683, ces deux nouvelles galiotes, jointes aux cinq construites en 1682, participèrent au deuxième bombardement d’Alger. Les caractéristiques des nouvelles galiotes n’étaient que légèrement différentes des cinq premières, ayant 5 pieds (1,65 m) de long et deux (0,66 m) de large de plus, et 11 pieds (3,63 m) de ceux au lieu de 10 (3,30 m). Outre les deux mortiers, elles étaient armées chacune de six canons de 6 l.

Le 27 octobre 1683, la résolution fut prise par le Roi de construire à Toulon trois nouvelles galiotes dont les devis furent établis par Du Quesne et les officiers du conseil de construction, et d’en réhabiliter trois anciennes pour servir à Gênes en 1684 (B2 48, f° 398). Construites par Coulomb père, les trois nouvelles galiotes furent quasiment identiques à celles de 1683, sinon qu’elles furent allongées de deux pieds (B3 46, f° 483) et qu’elles firent 140 tonneaux au lieu de 120.

En 1696, la construction de trois nouvelles galiotes bombardières, adjugée à prix fait, fut effectuée sous la direction et le contrôle de Coulomb fils. Deux des nouvelles galiotes, la Proserpine et la Vulcain, étaient identiques à celles construites par Coulomb père en 1684. La troisième, la Salamandre, qui était une frégate bombardière avait des caractéristiques différentes (300 tonneaux - 20 canons). Dernières venues, la Proserpine et la Vulcain furent armées dès 1696, la Salamandre, dès 1697. Ainsi sept des douze des galiotes et la Salamandre furent-elles construites à Toulon entre 1683 et 1696.

Trois autres frégates bombardières de 250 à 400 tonneaux, armées de trente canons et de deux mortiers chacune, furent en outre construites au Ponant : la Bellone à Brest par Blaise en 1695, la Foudroyante à Lorient par François Le Brun en 1696 et la Martiale au Havre par Philippe Cochois en 1693. Une quatrième frégate bombardière, le Tonnerre, prise aux Anglais, fut par ailleurs mise en service à Dunkerque.

Selon les Abrégés de la marine, des cinq galiotes construites en 1682 les deux de Dunkerque furent un peu faibles, mais bonnes voilières, et les trois du Havre, plus fortes, mais faiblement ou peu voilières. Des quatre galiotes construites par Coulomb père, les deux de 1683 auraient été considérées comme très fortes et pas voilières et les deux de 1684 comme bonnes voilières 1696, construites par Coulomb fils, comme de bonnes galiotes, et même, s’agissant de la Salamandre, comme bonne pour la course (338 Mi).

En 1698, des huit galiotes construites à Toulon, six étaient encore en service dont les deux de 1683 et la Belliqueuse de 1684 construites par Coulomb père ainsi que les trois de 1696 construites par Coulomb fils. Selon la proposition de l’intendant Vauvré du 7 janvier 1694, les cinq premières galiotes à bombes construites au Havre et à Dunkerque avaient été transformées en pontons en novembre 1696.

Au fil des années, les équipages des galiotes, constitués dès le départ de 36 hommes dont 14 officiers mariniers et 22 matelots, et de cinq officiers de marine, ne devaient pas changer, sinon qu’ils pouvaient être renforcés en fonction des circonstances. Le nombre des bombardiers placés sur les galiotes a, en revanche, varié de 10 à 15 selon les campagnes. Le commissaire Landouillette avait estimé pour sa part, en 1682, que le nombre de 10 bombardiers par galiote, plus un sergent, était suffisant, les bombardiers étant relevés toutes les 24 heures (B4 11).

Par la suite, des changements intervinrent dans la formation des équipages qui se composaient en 1691 de 59 hommes : cinq officiers de marine, 36 officiers mariniers et matelots, trois mousses et 15 bombardiers. En 1698, les bombardiers non compris, les équipages de l’Ardente et de la Fulminante comportèrent 45 hommes, ceux de la Belliqueuse à 51. Quant à l’équipage de la Salamandre, frégate bombardière, il était de 100 hommes (338 Mi).

Tableau des caractéristiques des galiotes à bombes construites
(1682-1696)

Nom

Année de construction

Lieu de construction

Maître-charpentier

Tonneaux

Long-Large (en pieds)

Nbre de canons

la Menaçante

1682

Le Havre

Salicon

120

70 x 23

4

la Brûlante

1682

Le Havre

Salicon

120

70 x 23

4

la Cruelle

1682

Le Havre

Salicon

120

70 x 23

4

la Bombarde

1682

Dunkerque

Hendrick

120

70 x 23

4

la Foudroyante

1682

Dunkerque

Hendrick

120

70 x 23

4

l’Ardente

1683

Toulon

Hendrick

140

75 x 25

6

la Fulminante

1683

Toulon

Coulomb père

140

75 x 25

6

l’Éclatante

1684

Toulon

Coulomb père

140

75 x 25

8

la Belliqueuse

1684

Toulon

Coulomb père

140

75 x 25

8

la Terrible

1684

Toulon

Coulomb père

140

75 x 25

8

la Salamandre

1696

Toulon

Coulomb fils

300

95 x 26

20

la Proserpine

1696

Toulon

Coulomb fils

140

78 x 25

6

la Vulcain

1696

Toulon

Coulomb fils

140

78 x 25

6

L’emploi des galiotes à bombes

Les galiotes à bombes illustrèrent l’un des formes principales de la politique maritime de Seignelay tant au plan stratégique que tactique. Elles connurent leur apogée au cours de la période 1682-1688 qui correspondit quasiment à celle de son ministère. La Méditerranée constitua leur champ d’action de prédilection.

En 1682, les cinq galiotes qui venaient d’être construites participèrent au premier bombardement d’Alger sous le commandement de Du Quesne, lieutenant général : la Bombarde, la Brûlante, la Cruelle, la Foudroyante et la Menaçante.

En juillet 1683, sept galiotes, les cinq de 1682 et deux nouvellement construites à Toulon, participèrent au deuxième bombardement d’Alger, également placé sous le commandement de Du Quesne : l’Ardente, la Bombarde, la Brûlante, la Cruelle, la Foudroyante, la Fulminante et la Menaçante.

En mai 1684, dix galiotes, les sept de 1683 et les trois nouvellement construites à Toulon, participèrent au bombardement de Gênes sous le commandement de Seignelay en personne, plus ou moins assisté de Du Quesne : l’Ardente, la Belliqueuse, la Bombarde, la Brûlante, la Cruelle, l’Éclatante, la Foudroyante, la Fulminante, la Menaçante et la Terrible.

En 1685, cinq galiotes seulement participèrent au bombardement de Tunis et de Tripoli placé sous le commandement du maréchal d’Estrées qui avait pris la suite de Du Quesne, la Bombarde, l’Éclatante, la Fulminante, la Menaçante et la Terrible.

En 1686 et 1687, trois galiotes participèrent à deux reprises à l’escadre du duc de Mortemart armée pour les côtes barbaresques : la Bombarde, l’Éclatante et la Terrible.

En 1688, les dix galiotes participèrent au troisième bombardement d’Alger, placé comme celui de 1685, sous le commandement du maréchal d’Estrées : l’Ardente, la Belliqueuse, la Bombarde, la Brûlante, la Cruelle, l’Éclatante, la Foudroyante, la Fulminante, la Menaçante et la Terrible. Le chevalier de Tourville, lieutenant général, estima que les galiotes fabriquées depuis longtemps supportaient mal le tir des mortiers.

Paradoxalement, les guerres de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne ne donnèrent pas lieu à l’emploi massif de galiotes comme au cours de la période précédente. Pontchartrain avait succédé à Seignelay.

En 1690, l’armement initialement prévu de trois ou quatre galiotes à bombes, qui devaient participer à l’armée navale de Tourville, fut annulé. Leur absence contraria pour une large part l’attaque projetée contre Plymouth. Elle fournit en tout cas à Tourville une raison supplémentaire de ne pas l’entreprendre.

En 1691, trois galiotes d’escadre du comte d’Estrées participèrent aux bombardements de Nice et d’Oneille en avril-mai, puis de Barcelone et d’Alicante en juillet sous le commandement de Pointis, commissaire général de l’artillerie de la marine pour le Ponant. Trois autres galiotes, la Terrible, la Belliqueuse, et l’Éclatante furent armées pour l’armée navale du Ponant.

En 1692, trois galiotes à bombes la Terrible, la Belliqueuse et l’Éclatante commandées par le chevalier de Ressons, commissaire général de l’artillerie de la marine pour le Levant, furent armées pour l’armée navale du Ponant "en vue de bombarder les vaisseaux ennemis" (B2 87). Elles devaient aussi, selon le plan de Bonrepaus, "servir à brûler ou faire contribuer un grand nombre de villes ouvertes qui se trouvent sur la côte d’Angleterre". Fin juillet, les trois galiotes du port de Toulon étaient dans le port de Brest. Trois autres l’Ardente, la Bombarde et la Fulminante, participèrent à l’escadre de M. de Ribeyrette qui bombarda Tripoli en juillet (B4 14, f° 78).

À l’instigation du chevalier de Ressons, la doctrine concernant l’emploi des galiotes à bombes se précisa et s’infléchit au cours de cette période. Au lieu des dix galiotes préconisées du temps de Seignelay, comme pour Gênes en 1684 et Alger en 1688, Ressons estima qu’en fonction des progrès enregistrés, tant au plan de la formation des bombardiers, devenus "expérimentés et habiles", que de la performance des mortiers et des bombes qui tiraient plus juste et portaient plus loin, l’on était en mesure de réduire le nombre de galiotes.

Six galiotes pouvant tirer 2 500 bombes, à raison de 1 200 bombes par tranche de 24 heures et de 16 bombardiers par galiote, suffiraient dorénavant pour les expéditions bombardières, soit 100 bombes par mortier et par jour (NAF 11 384). Une dotation de 5 000 bombes ordinaires de 12 pouces représentait alors une dépense de près de 200 milliers de poudre, dont 80 pour le chargement des bombes et 110 pour celui des mortiers (B2 275, f° 382).

En 1693, deux galiotes à bombes, l’Ardente et la Fulminante, participèrent avec l’escadre du comte d’Estrées au siège et au bombardement de Rosas (B2 93, f° 102). Trois autres, la Terrible, la Belliqueuse et l’Éclatante (B2 88, f° 134) participèrent au coup de filet de Lagos avec à Tourville et, en juillet, avec le marquis de Coëtlogon, à la destruction de cinq vaisseaux hollandais dans le port de Gibraltar.

En juin 1694, deux galiotes, l’Ardente et la Fulminante, participèrent avec l’armée navale de Tourville au siège et au bombardement de Palamos (B2 101). Les galiotes ne furent alors plus que de 2 500 bombes, comme à Palamos, ou de 3 800, comme à Barcelone et Alicante (B2 128, f° 364).

Par la suite, les galiotes à bombes ne cessèrent d’être employées à plus de trois à la fois, qu’il s’agisse de mission d’intimidation comme à Cadix, ou de bombardement de représailles.

En 1696, outre la Bellone, trois galiotes à bombes du département de Toulon, la Terrible, l’Éclatante, la Belliqueuse, passées du Levant au Ponant avec l’escadre de 50 vaisseaux commandée par Chateaurenault, étaient au port de Brest.

En mai 1697, deux nouvelles galiotes construites à Toulon, la Proserpine et la Vulcain, et la frégate bombardière, la Salamandre, participèrent, avec l’escadre du comte d’Estrées, au bombardement de Barcelone sous le commandement du chevalier de Ressons. (B2 128, f° 1 364). Armée à Brest, l’Éclatante participa par ailleurs à l’expédition de Carthagène avec l’escadre de Pointis. M. des Monts, lieutenant de galiote, qui la commandait, fut tué, ainsi qu’une partie de l’équipage.

De 1698 à 1701, les galiotes à bombes restèrent désarmées à Toulon. En octobre 1700, le chevalier de Doulainvilliers et Constant de Doispinault furent désignés pour commander respectivement la Bellone et la Belliqueuse que l’on armait à Brest (B2 145, f° 133).

En 1701, deux galiotes, la Proserpine et la Vulcain, participèrent avec l’escadre de 18 vaisseaux du comte d’Estrées à la défense de Cadix.

D’août 1701 à octobre 1702, la Proserpine et le Vulcain croisèrent dans le golfe de Naples de concert avec les bâtiments du chevalier de Forbin et jetèrent quelques bombes sur Trieste (6 E 17). En octobre, Vauvré, qui appréciait le sieur de Benoist, ancien écrivain de l’artillerie de la marine à Toulon, devenu lieutenant de galiote et d’artillerie, estimait "qu’il se rendrait sous peu capable de commander une galiote à bombes" (B3°118, f° 611).

En 1703, la Proserpine et la Vulcain, armées en même temps que les vaisseaux du comte de Toulouse, ne devaient pas sortir du port de Toulon.

Fin février 1704, la Proserpine et la Vulcain, furent armées en même temps que la petite escadre de Du Quesne-Mosnier (E 20, f° 41). Le 24 mars, Pontchartrain écrivait à Vauvré : "Je n’ai compris les galiotes dans la liste que pour couvrir la destination des vaisseaux ; aussi vous pouvez vous dispenser de les armer, mais il faut embarquer Ressons et les officiers de l’artillerie avec les bombardiers, les canonniers et les mortiers nécessaires" (D2 178, f° 272).

Les performances des galiotes à bombes

Tout au cours de la période, les galiotes furent équipées chacune de deux mortiers bombes et de petits canons dont le nombre a varié de quatre à six.

Les mortiers ordinaires à tourillon de 8 et 12 pouces à affûts séparés furent préférés jusqu’en 1684 aux nouveaux mortiers à plaqué encore incertain. Les performances des mortiers à plaque, employés progressivement à partir de 1683, s’améliorèrent au fil des années. Le bombardement de Gênes devait à cet égard constituer un succès personnel, tant pour Seignelay, le maître d’œuvre de l’expédition et le responsable des choix technologiques, que pour le commissaire Pierre Landouillette de Logivière, l’inventeur du mortier à plaque dont la supériorité fut vite reconnue.

Sur les cinq premières galiotes à bombes, les deux mortiers furent disposés en tandem, sur l’axe du navire, et tiraient par le travers. À partir de 1683, les galiotes furent modifiées pour avoir les deux mortiers placés de front, tirant vers l’avant.

En août 1682, lors du premier bombardement d’Alger, 308 bombes furent tirées en neuf heures au cours des quatre premières nuits, soit trois bombes et demi par mortier et par heure. Selon le commissaire Camelin, la première nuit, quatre galiotes tirèrent 20 bombes dont 10 bombes ardentes, la Brûlante et la Foudroyante disposant de mortiers plus gros. La deuxième nuit, les cinq galiotes tirèrent 120 bombes dont sept bombes ardentes. La troisième et la quatrième nuit, les galiotes tirèrent respectivement 86 et 82 bombes (BN, Portefeuille 106, div. 5, p. 18).

Venu à Toulon, le 5 mai 1683 pour surveiller les derniers préparatifs avant le départ de l’escadre pour Alger, Seignelay, qui avait suivi de très près la fabrication des mortiers et des bombes et la mise en place des galiotes, adressait à Colbert ses réflexions concernant l’emploi des mortiers et des bombes : "les bombes de jour ne sont destinées que pour être tirées dans la ville. Il n’est pas de ce fait nécessaire qu’elles aient la justesse des bombes utilisées la nuit qui doivent servir à démonter les batteries du môles et obliger les Turcs à abandonner la tour du fanal et à brûler les vaisseaux dans le port. Pour les bombes de jour, on se servira des mortiers de l’invention de Landouillette toujours pointés à 45° et pour celles de nuit des mortiers à affûts de fonte séparés, en raison de leur plus grande précision", comme le préconisaient certains capitaines de galiote, en particulier Pierre de Combes (BN, NAF 9504, f° 266).

Selon Seignelay, "les affûts de Landouillette sont plus aisés, plus sûrs et meilleurs pour jeter les bombes dans la ville, mais on ne peut changer la portée de la bombe qu’en augmentant ou en diminuant la quantité de poudre. Le tir ne peut pas de ce fait être aussi juste. On se servira pour cette raison des affûts ordinaires de fonte pour jeter les bombes sur le môle. Les meilleures bombes portent le jour à 1 200 toises (2 400 m) ; les moins bonnes serviront la nuit pour être tirées à la même distance que les bombes ardentes les plus fortes, c’est-à-dire 600 toises (1 200 m). Les bombes ardentes d’Auxonne seront tirées des chaloupes postées la nuit derrière le rocher de la pointe du môle". Quant aux mines de fonte, auxquelles le ministre croyait encore, elles étaient censées faire "un effet effroyable".

Mais Seignelay ne faisait-il pas, à certains égards, preuve d’un optimisme excessif ? S’agissant de la portée des bombes, "l’on pourra parvenir à les porter toutes à 1 300 ou 1 400 toises (2 600 ou 2 800 m), sans qu’il en crève aucune". S’agissant de la cadence, "une galiote pourra tirer 40 coups par heure pendant le jour, et la nuit, si bien qu’en 24 heures de mer calme, on pourra tirer jusqu’à 4 000 bombes par jour à cinq galiotes, soit 400 bombes par mortiers", ou encore une bombe par mortier toutes les huit minutes.

En 1683 à Alger, la cadence de tir d’un mortier fut au plus de quatre ou cinq bombes par heure, voire cinq bombes et demi la nuit du 7 au 8 août les sept galiotes tirèrent 600 bombes en huit ou neuf heures, même si le 28 juillet, elle atteignit durant quatre heures, celle de 10 bombes par heure, soit une bombe toutes les cinq minutes.

En mai 1684, lors du bombardement de Gênes, Seignelay fit, pour la première fois, équiper toutes les galiotes de mortiers à plaque de 12 pouces de l’invention du commissaire Pierre Landouillette dont l’emploi fut définitivement acquis.

Les 15 000 bombes de 150 livres pour le bombardement de Gênes, par rapport, aux 10 000 pour Alger en 1683, représentèrent une charge de 22 500 quintaux. Les bombes furent embarquées, comme d’ordinaire, sur des bâtiments de charge, et les galiotes, approvisionnées au fur et à mesure de leurs besoins. Une galiote avait en effet à charger, outre les 50 à 60 bombes qu’elle embarquait, huit quintaux de poudre à canon, huit à douze barils de poudre à mortier et quatre-vingt douze jours de vivres (K 1 355, n° 26). 13 300 bombes furent tirées au total. À Gênes, la cadence de tir moyenne de chacun des 20 mortiers à plaque de 12 pouces fut de cinq à six bombes à l’heure pendant près de dix jours, soit une bombe par mortier toutes les douze à quinze minutes.

Calculées sur l’emploi de 10 576 bombes les performances recouvrirent cependant des distorsions. La Brûlante, qui fut la seule galiote à tirer 1 702 bombes, se situa en première position l’Ardente, en seconde avec 1 139 bombes ; cinq galiotes, la Fulminante, la Belliqueuse, la Terrible, l’Éclatante et la Cruelle, tirèrent un peu plus de 1 000 bombes chacune ; deux autres, la Bombarde et la Menaçante, tirèrent seulement 900 bombes chacune. La Foudroyante, avec 799 bombes, se situa en dernière position (K 1 355). Ainsi la plupart des mortiers tirèrent environ 500 bombes chacun, ceux de la Brûlante en tirèrent 850, l’Ardente, 550 (K 1 335).

En 1685, lors du bombardement de Tripoli, un gros mortier à plaque de 18 pouces fut mis en œuvre qui servit à Pierre Landouillette à tirer quelques grosses bombes de 400 livres.

En 1687, selon Pierre Landouillette, promu entre-temps commissaire général de l’artillerie pour le Levant, qui préconisait l’emploi simultané de huit galiotes et de 15 à 16 pendant huit jours, soit 2 000 bombes par jour, la cadence moyenne de tir d’un mortier à plaque de 12 pouces sur une durée de 24 heures pouvait être estimée à cinq bombes par heure. Il convenait de relever les bombardiers toutes les 24 heures. Pointis se faisait fort aussi de tirer 2 000 bombes par jour.

En 1688, lors du troisième bombardement d’Alger les 3 et 4 juillet, 4 000 bombes furent tirées en 50 heures, soit un cadence de quatre bombes et demi par mortier et par heure. Entre le 9 juillet, à partir de deux heures du matin, et le 11, jusqu’à six heures du matin, les neuf galiotes tirèrent 6 176 bombes, soit une cadence de cinq bombes par mortier et par heure durant 124 heures. Ainsi, à Alger comme à Gênes, les galiotes tirèrent-elles en moyenne de 9 à 10 bombes par heure, soit une bombe par mortier toutes les douze minutes. 200 ou 300 cents grosses bombes de 500 l. furent en outre tirées par Pierre Landouillette à l’aide de deux gros mortiers à plaque de 18 pouces, placés chacun sur une galiote, qui provoquèrent des dégâts considérables dans la ville.

En 1691, les trois galiotes engagées pour le bombardement des villes de la côte de Catalogne, sous la conduite du commissaire général de Pointis, tirèrent 2 500 bombes en 55 heures. La cadence moyenne de tir par mortier atteignit ainsi à Barcelone et à Alicante sept à huit soit une bombe à l’heure, soit une bombe par mortier toutes les sept à huit minutes, un record encore jamais atteint.

Des mémoires de l’époque indiquèrent, au moins en théorie, des performances estimées à 32 bombes par galiote durant 24 heures, soit 16 bombes à l’heure par mortier.

En 1692, sans doute plus réaliste, le chevalier de Ressons, commissaire général de l’artillerie, estimait que six galiotes pouvaient tirer 1 200 bombes en 24 heures, soit huit bombes par mortier et par heure, c’est-à-dire une bombe par mortier toutes les sept minutes et demi.

Tableau des performances des galiotes (1682-1681)

 

Alger 1682

Alger 1683

Gênes 1684

Tripoli 1685

Alger 1688

Barcelone Alicante 1691

Nombre de galiotes

5

7

10

7

10

3

Nombre de bombes embarquées

4 200

10 800

15 000

5 000

12 000

2 500

Nombre de bombes tirées

308

10 000

13 300

1 039

11 800

2 500

Nombre de bombes tirées par mortier et par heure

3,5

4 à 5

5 à 6

 

5

7 à 8

Durée du tir

9 h

 

10 jours

 

124 h

55 h

LA MÉDITERRANÉE, MER DE PRÉDILECTION DES GALIOTES À BOMBES

Les cinq bombardements d’Alger en 1682 et 1683, de Gênes en 1684, de Tripoli en 1685 et de nouveau Alger en 1688, constituèrent à différents titres, les temps forts de l’emploi des galiotes à bombes sous le ministère de Seignelay. La Méditerranée était soumise à la terreur des galiotes à bombes.

Le premier bombardement d’Alger (1682)

En 1682, l’emploi des galiotes à bombes et des mortiers constitua une innovation. Le Roi fit appel, au départ, pour commander le corps des galiotes qui devaient bombarder Alger, non pas à un officier de marine, mais à un officier d’artillerie de l’armée de terre, Nicolas Camelin, capitaine de bombardiers, qui n’avait en fait aucune expérience de la mer.

Le mauvais temps retarda les préparatifs et le début de l’entreprise. Selon Du Quesne, qui dut changer ensuite le dispositif de l’attaque, "les galères devaient remorquer les vaisseaux et les galiotes à la demi-portée du canon du côté du nord de la ville, la plupart devant se ranger sur une ligne en demi-cercle au nord-est, et le reste le long de la terre" (Auguste Jal). Le positionnement des galiotes fut, pour une large part, déterminé par les moyens de défense de la ville du môle qui comportaient plus de 150 pièces de canon dont 80 de 24 à 60 livres.

Selon les instructions de mai 1682, "c’est la galiote commandée par Nicolas Camelin, envoyé par le Roi pour cette expédition assisté du commissaire Pierre Landouillette, qui commencera le feu et les autres galiotes tireront ensuite, sans s’attacher à d’autre signal, le nombre de bombes qui leur aura été ordonné. Le commissaire Landouillette, capitaine des bombardiers, fera lui-même exécuter les mortiers de la galiote la Cruelle, les chevaliers de Tourville et de Lhéry présideront sous les ordres de Du Quesne, aux opérations de bombardement de la ville et du môle" (E 11).

Le 15 août, alors que la saison était déjà fort avancée, Du Quesne renvoyait les galères à bout de vivres, et réduites de ce fait à la disette, compromettant ainsi le positionnement des galiotes. Pour donner aux galiotes le moyen de s’approcher et de se retirer en sûreté, Du Quesne imagina alors un moyen de conduire les galiotes près du mur d’Alger à l’aide d’ancres portées par les chaloupes, "à une distance du port qu’on crut raisonnable". Il donna ordre au sieur Job Forant, capitaine de vaisseau, de faire jeter cinq ancres au nord-est de la ville. On avait attaché à ces ancres des grelins d’environ 2 000 brasses (3 200 m) de longueur, dont les bouts furent distribués aux vaisseaux. Ces cordages devaient servir aux galiotes à s’approcher et à s’éloigner de la ville (Auguste Jal).

Selon le plan de Camelin du 9 septembre 1682, concernant la disposition des galiotes à bombes, les galiotes changèrent de place au cours des quatre nuits où elles tirèrent entre le 20 août et le 5 septembre. Au départ, les galiotes furent déployées largement en arc de cercle devant le môle avec, en alternance un vaisseau placé chaque fois entre deux galiotes. Elles furent, dans un deuxième temps, placées plus à droite en arc de cercle, en arrière de la tour fanal, dans la partie la plus au nord pour éviter les canons de la partie sud du môle, puis, dans un troisième temps, qui fut celui des deux tirs suivants, en fait les deux derniers, disposées sur la gauche, face au môle : "La raison pour laquelle on vint au sud, quoiqu’il y ait beaucoup plus de feu à essuyer, est que les vaisseaux HIK sur lesquels les touées étaient placées étaient de moins fort méchant mouillage" (BN, Plans Portefeuille 106, div. 5, p. 23 d).

Lors de la première nuit de tir, celle du 20 août, l’on mouilla trop loin de la ville, Camelin et Landouillette ayant mal jugé l’éloignement des navires. Les officiers généraux estimèrent pour leur part qu’il convenait de mouiller les galiotes au nord-ouest du môle. Sur ordre de Tourville, Belle-Isle Erard jeta deux ancres dans la nuit du 20 au 21 août ; Lhéry en mouilla trois autres dans du 21 au 22 août, deux ou trois fois plus près du môle que celles de Belle-Isle Erard. Les bombes n’atteignirent qu’à peine le môle et pas du tout la ville.

La deuxième nuit fut celle du 30 août ; sur le soir, les galiotes halèrent à leur poste et tirèrent dans de bien meilleures conditions, étant beaucoup plus près du môle. "Les ancres furent placées à la portée du pistolet du mur qui fait la clôture du port". Ainsi Tourville, chargé par Du Quesne du soin de la deuxième attaque, avait-il changé la disposition des galiotes et rectifié les distances ; la Cruelle était mouillée devant le fanal d’Alger à l’endroit qu’il avait proposé.

Lors de la troisième nuit, celle du 3 au 4 septembre, les galiotes furent postées à peu de distance du môle. Tourville et Lhéry étaient dans leurs canots.

Lors de la quatrième nuit, celle du 4 au 5 septembre, Du Quesne renvoya les galiotes vers le môle. Les galiotes furent postées plus près encore qu’au cours des nuits précédentes, à une distance d’environ 200 à 260 toises (400 à 520 m) du môle, soit à environ 800 m des murailles de la ville.

Selon la relation du bombardement d’Alger de 1682 que Pointis adressa à Deshoulières, la fille de "la dixième muse", Camelin, qui avait donné les distances et qui s’était cru plus avancé qu’il ne l’était, avait fait mouiller les ancres trop loin de terre et les bâtiments trop près les uns des autres. Camelin, dont "le zèle et l’application n’étaient pas en cause", n’aurait eu en réalité aucune connaissance des choses de la marine.

Le 11 octobre, le Roi, qui n’était guère satisfait du résultat, reconnut cependant l’effet terrifiant du petit nombre de bombes, 280 environ, qui avaient été jetées.

Le deuxième bombardement d’Alger (1683)

En 1683, le commandeur Desgouttes, capitaine de vaisseau, reçut du Roi le commandement du corps des galiotes qu’avait exercé le capitaine Camelin en 1682. Sa Majesté avait ordonné aux capitaines commandant les galiotes et aux bombardiers "d’obéir au commissaire Landouillette pour tout ce qui sera commandé et enjoint le chevalier Desgouttes de tenir la main à l’exécution du présent ordre" (C 7, f° 164).

Le 18 juin, Du Quesne, n’ayant encore aucune nouvelle des galères, jugea à propos de disposer toutes choses pour l’attaque et de mettre les galiotes en état de jeter des bombes contre la ville. Tourville et Lhéry firent prendre à sept vaisseaux des positions analogues à celles qu’avaient occupées les cinq vaisseaux en 1682 et mouiller les ancres en demi-cercle devant le môle.

Le 23, à dix heures du matin, les ancres furent postées par Tourville et Belle-Isle Erard à 600 toises (1 200 m) du môle, hors de la portée des canons.

Dans la nuit du 26 au 27, une heure après minuit, le chevalier de Tourville était dans son canot avec le duc de Mortemart, envoyant porter les ordres. Le chevalier de Lhéry était dans le sien avec Pierre de Combes et de Combes ingénieur. Le tir dura deux heures ; 90 bombes furent tirées. Le soir du 27, Du Quesne fit avancer les galiotes dans le même ordre que le soir précédent le tir qui commença à 11 heures du soir dura à nouveau deux heures ; 127 bombes, dont 15 ou 16 crevèrent, furent tirées dans la nuit. Au matin du 28, 217 bombes avaient été tirées.

La trêve, que Du Quesne avait accordée le 28 juin pour la libération des esclaves, fut interrompue le 21 juillet. Le tir reprit le soir même et se poursuivit au cours des nuits suivantes. Dans la nuit du 21 au 22 juillet, "les galères remorquèrent les galiotes contre les murailles de la ville (K 1355), qui firent merveille, ainsi que les quatre chaloupes carcassières" (Rosanbo 155 Mi 33).

Dans la nuit du 22 au 23, les galiotes furent placées à une distance raisonnable des murailles (K 1 355), "pas si avant que la veille".

Le 27, Du Quesne autorisa Tourville, après deux ou trois jours de réflexion, à faire tirer les galiotes de jour, conformément à la proposition qu’il lui avait faite. "Du Quesne permit de laisser trois galiotes un peu plus retirées qu’elles n’étaient de nuit". On continua de tirer de jour le 28, et aussi de nuit le 28 et le 29, deux heures durant.

Le 7 août au matin, Tourville fit poster les galiotes près du môle. Le tir commença après dîner. Tourville écrivit à Seignelay : "Je fis tirer tout le jour avec le succès qu’on pouvait en attendre et depuis on a toujours continué avec les sept galiotes", et ajouta : "L’expérience nous fait voir que les sept galiotes pouvaient tirer 600 bombes de neuf heures du soir jusqu’au jour, malgré l’humidité de la poudre" (Jal). Il restait alors 1 500 bombes environ. Le même jour, dans la soirée, les sept galiotes se postèrent plus près du môle (K 1 355). Le 8, Du Quesne disposa les ancres, auxquelles les galiotes étaient attachées, à 600 toises (1 200 m.) du môle (B 248, f° 83). Le tir se poursuivit, de jour ou de nuit, selon le temps, du 8 au 17 août. À cette date, le stock de bombes avait été épuisé.

Deux plans conservés à la Bibliothèque nationale, établis respectivement le 1er et le 3 juillet 1683, indiquent de façon précise "la disposition, des vaisseaux et galiotes pour tirer les bombes sur la ville et le mâle d’Alger".

D’après celui dressé par l’ingénieur Plantier et joint à la lettre du chevalier de Combes, les galiotes, postées initialement à environ 600 toises (1 200 m) du môle, auraient été par la suite avancées jusqu’à 300 t. (600 m) comme en 1682.

D’après celui du chevalier Desgouttes qui commandait, cette année-là, comme l’avait fait Nicolas Camelin en 1682, concernant "la manière dont les vaisseaux étaient postés pour tirer des bombes sur Alger" (BN, Portefeuille 106, div. 5, p. 21), les galiotes avaient été au début postées à environ 600 ou 700 toises (1 200 ou 1 400 m) du môle.

Encadrant la ville, les sept galiotes avaient été déployées en arc de cercle sur un peu plus de 800 toises (1 600 m), les vaisseaux étant eux-mêmes mouillés à 600 toises (1 200 m) en arrière des galiotes (BN, Portefeuille 76, div. 5, p. 21 d).

Le bombardement de Gênes (1684)

Pour le bombardement de Gênes de mai 1684, le commandeur Desgouttes reçut le même commandement qu’en 1683 à Alger.

D’après le plan que Vauvré adressa à Seignelay le 29 février 1684, "les dix galiotes seront postées à 530 toises (1 060 m) du bastion de Carignan où est le môle afin de pouvoir jeter les bombes à l’intérieur de la ville distante d’environ 800 à 900 toises (1 600 à 1 800 m). On ne pourra bombarder que de nuit dans la mesure où les galiotes du côté du fanal seraient de jour trop exposées aux canons. La première galiote du côté du fanal sera distante de 630 toises (1 260 m) ; il faudra porter leurs ancres à 400 toises (800 m) des bastions. Les galiotes seront à 40 toises (80 m) les unes des autres" (d’après le plan envoyé par Vauvré le 29 février 1684).

Préalablement approuvé par Bonrepaus, intendant général de la marine, l’homme de confiance de Seignelay, qui accompagnait le ministre et qui avait assuré toute la préparation logistique de l’expédition, le plan de mouillage des galiotes fut établi par le commissaire Pierre Landouillette en fonction des données recueillies par l’ingénieur Pétré (BN, Portefeuille 81 bis, div. 12, p 3). "Les galiotes, qui se trouveront initialement placées à 1 500 toises (3 000 m) des défenses du port, se hâleront sur des flûtes pour être approchées à 800 toises (1 600 m) le jour et 400 toises (800 m) la nuit, afin que les bombes puissent passer les défenses du port le jour à 700 à 800 toises (1 400 à 1 600 m) et la nuit à 1 000 à 1 200 toises (2 000 à 2 400 m)"(K 1 335, n° 7).

Le 17 mai, les vaisseaux de guerre de l’escadre furent mouillés à 1 500 toises (3 000 m) du bastion de Carignan ou de la côte à 50 brasses d’eau (85 m) dans un fond de vase, distants les uns des autres de 50 toises (100 m). Au départ, les dix galiotes furent postées à la portée du canon des murailles, à environ 1 300 toises (2 600 m), sur une ligne s’étendant depuis la tour du fanal, située à l’ouest de l’armée navale, jusqu’au faubourg de Bisagno situé à l’est (K 1 355).

Le 18 mai, les chevaliers de Tourville et de Lherry, qui étaient de jour, visitaient continuellement les postes et portaient les ordres au commandeur Desgouttes. Les commissaires Pointis et Landouillette étaient eux-mêmes sur les galiotes dans une action continuelle pour faire remédier à tous les accidents qui pouvaient arriver et commandaient deux mortiers chacun (B 3 49, f° 155). Le 19, les galiotes furent rapprochées et postées plus près de la ville (K 1 335).

D’après le plan du 4 juin 1684 joint à la lettre de Benjamin de Combes, les dix galiotes se trouvèrent à 600 ou 700 toises (1 200 ou 1 400 m) des défenses du port (BN, Portefeuile 81 bis, div. 12, p. 6), le môle neuf au-dessus, à l’ouest, et le vieux môle au-dessus, à l’est.

Le 27 décembre, Seignelay reconnaissait les mérites du commissaire Pierre Landouillette qui "s’est déjà bien acquitté en 1682 et 1683 de faire servir les mortiers", et qui, en 1684, "a si bien disposé sous nos ordres toutes les choses nécessaires pour les mortiers devant Gênes que la ville ait été embrasée par les bombes dès le premier jour" (C 7, f°164).

Le bombardement de Tripoli (1685)

Le 2 janvier 1685, un différend survenait entre Pierre de Combes, capitaine de galiote, et Pierre Landouillette (B3 49, f° 155). Celui-ci se trouvait en porte-à-faux : on ne voulait en effet lui obéir ni comme capitaine de bombardiers, ni comme commissaire d’artillerie, bien qu’il eût commandé sous Desgouttes (B3 49, f° 202). Quant à de Combes, qui avait espéré avoir le commandement des mortiers, il ne voulait, en tant que capitaine de galiote, n’obéir ni à Logivière ni à Pointis (B3 59, f° 152).

La nomination de Pointis comme commissaire d’artillerie n’avait fait que compliquer la situation, bien que Landouillette et Pointis, qui avaient fait ensemble les campagnes d’Alger et de Gênes, eussent de bonnes relations. Mais Pointis avait beaucoup d’ambition et Landouillette plutôt un peu moins. Outre le commandement général ces galiotes qu’il avait reçu pour la campagne, Pointis cherchait, dans le même temps, à avoir celui des bombardiers. De surcroît Pointis était officier de marine et le problème était bien là. Landouillette se trouvait, de ce fait, en compétition à la fois avec Pointis et avec les commandants des galiotes.

Le 19 avril, Vauvré, qui estimait Landouillette en raison de ses capacités, écrivait : "Il serait désagréable pour Landouillette que Pointis commandât et qu’il ne reçût aucun commandement".

Selon Vauvré, "Landouillette, comme commissaire d’artillerie à la suite de l’armée navale, prétend avoir la principale inspection sur tout ce qui regarde le service des mortiers et que c’est à lui à faire préparer toutes les choses nécessaires dans le port, et qu’allant en sa qualité visiter les batteries des galiotes, il doit rectifier ce qui s’est fait et faire servir à propos les mortiers ; il l’entend d’ailleurs mieux que les capitaines et officiers qui ont beaucoup appris de lui.

Ce qui plaide pour lui, c’est que les bombardiers qui servent les mortiers sont sous son commandement comme capitaine bombardier et que le capitaine de galiote ne commande les bombardiers que lorsque le commissaire d’artillerie (et capitaine bombardier) s’est retiré, de même Pointis, comme capitaine de vaisseau, commande les galiotes pour le mouillage, et à l’occasion les batteries ; les commissaires d’artillerie (et capitaines bombardiers) doivent toujours les commander lorsqu’ils sont là et même à terre si l’on fait des descentes.

Les commissaires d’artillerie doivent, sans difficultés et sans que cela fasse de la peine aux capitaines de galiote, commander dans les batteries de leurs vaisseaux et faire le service auquel ils sont destinés qui ne regarde pas la manœuvre ni la navigation pour lesquelles sont commis les capitaines de galiote" (B3 48, f° 238).

Le 29, le Roi donnait à Landouillette le commandement dans les batteries de galiotes : "Le sieur de Landouillette, commissaire de l’artillerie et commandant l’une des compagnies de bombardiers entretenus au port de Toulon est chargé du soin de tout ce qui regarde la préparation des bombes, de visiter toutes les batteries des galiotes à mortiers pour voir si elles son en bon état et pour faire fournir la quantité de poudre, bombes, tampons et autres choses nécessaires pour l’exécution desdits mortiers pendant qu’elle seront en mer. Elle veut et entend que le Sieur de Landouillette commande dans les batteries où il se trouvera par préférence aux capitaines de galiotes" (B2 52, f° 172), comme à Gênes en 1684 (B2 52, f° 160).

Le commandement des galiotes elles-mêmes était donné au sieur de Pointis : "Sa Majesté mande et ordonne à tous les officiers qui commandent de lui obéir en tout ce qui regardera la navigation desdites galiotes, qu’il ait soin de leur mouillage dans les rades et de la manière, de les poster aux occasions dans lesquelles il y aura des bombes à jeter, le tout sous le commandement des officiers généraux" (B2 54, f° 173).

Selon Vauvré, un règlement du Roi était nécessaire pour régler le rang des capitaines bombardiers et commissaires d’artillerie : "Il faudrait accorder à Landouillette que les commissaires bombardiers qui ne sont eux-mêmes commandés que par le général aient le rang de capitaine de vaisseau" (B2 52, f° 240).

Le 6 mai, quelque temps avant le départ de l’escadre pour Tripoli, les ordres du Roi étaient confirmés : à Pointis revenait "le commandement des galiotes" et à Landouillette "le soin de tout ce qui regarde la préparation des bombes et de ce qui est nécessaire pour l’usage des mortiers et le commandement des batteries où il se trouvera par préférence aux capitaines de galiotes" (B7 210, f° 100). Ainsi le commandement des galiotes pour tout ce qui regardait la navigation, le mouillage dans les rades et le positionnement pour les bombes à jeter continuait-il bien d’être exercé par un officier de marine, en l’occurrence Pointis, commissaire d’artillerie de la marine depuis le 7 juillet 1684 et capitaine de vaisseau depuis le 1er janvier 1685.

Le 19 juillet, arrivée devant Tripoli alors que le marquis d’Amfreville, lieutenant général, croisait, l’escadre commandée par le maréchal d’Estrées, mouillait à deux lieues au large en raison des mauvais fonds. Deux gros bastions assez forts, avec des embrasures où l’on comptait 64 canons en batterie, protégeaient la ville.

Le 22, les chaloupes des vaisseaux mouillèrent les ancres à portée du canon de Tripoli. Les ancres furent postées à environ 700 toises (1 400 m) de la ville, "les ancres marquant l’endroit où les galiotes devaient s’approcher de la ville pour tirer les bombes" (BN, Portefeuille 104, div. 1, p. 1 d). Le chevalier de Tourville, lieutenant général, après avoir fait sonder sous les murs de la ville, fut chargé du positionnement des galiotes et du commandement de l’attaque. Les deux commissaires d’artillerie "mirent si bien les choses en état qu’elles réussirent comme prévu".

Le même jour, à dix heures du soir, le tir commença et se poursuivit dans la nuit du 23 au 24 ; "les bombes tirèrent fort juste". Pointis et Landouillette furent envoyés par le maréchal d’Estrées reconnaître un endroit où placer une batterie de deux mortiers sur un écueil avec un bâtiment commandé par le sieur de Motheux qui portait le gros mortier pour tirer des bombes de 400 livres.

Le 30 juin, la paix était faite. 1 039 bombes avaient été tirées sur la ville. Le maréchal d’Estrées ne manqua pas d’être élogieux pour Landouillette et Pointis "qui méritent qu’on ne laisse pas ignorer la façon dont ils se sont acquittés de leurs fonctions avec tant d’affection et de fermeté" (B4 10, f° 50).

Le 7 septembre 1686, en vue de mettre fin aux démêlés entre Landouillette et Pointis et de lever leurs différents, "Sa Majesté donne pour toujours le commandement des galiotes à Pointis" (B2 59, 69 674). Moins de deux ans ne devaient cependant pas s’écouler sans que le Roi ne prît une autre résolution.

Le troisième bombardement d’Alger (1688)

En 1688, les officiers de galiotes refusèrent, comme en 1684 et 1685, d’obéir à Pointis et, a fortiori, à Landouillette (B3 56, f° 64) ; l’un et l’autre exerçaient pourtant les fonctions de commissaire général de l’artillerie auxquelles ils avaient été nommés le 1er mars 1687. Pointis avait de surcroît le grade de capitaine de vaisseau depuis plus de trois ans.

Fin mai, une nouvelle polémique survenait entre Landouillette, auquel le commandement des galiotes avait été donné à l’instigation de Vauvré, et Pointis. Le maréchal d’Estrées suggérait de son côté que le service des galiotes devant Alger fut assuré "à demi par l’un et l’autre".

Le 1er juin, le commissaire général Landouillette écrivait à Seignelay : "Le maréchal d’Estrées m’a proposé de partager avec Pointis le commandement des galiotes. Je ne peux y consentir, jugeant par le règlement que ce n’est pas votre intention, outre que je suis dans le département du levant que vous m’aviez confié et son aîné de sept ans dans l’artillerie. J’espère faire les fonctions de l’emploi dans toute son étendue. Vous avez accordé aux commissaires généraux de l’artillerie le même rang qu’aux commissaires généraux de la marine". Landouillette concluait en demandant au ministre, compte tenu de ses intentions, "ce qu’il avait à faire dans les occasions de guerre afin de n’en faire ni plus, ni moins que ce qui lui était demandé" (B3 57, f° 228).

Selon le maréchal d’Estrées, "on a mis Landouillette en fonction de tout et chargé de tout le détail et le sieur de Pointis n’a rien dit ni fait qui marque de l’inquiétude". Quant au fait "de partager ou non la moitié du service avec Pointis, la chose dépend de Landouillette qui est dans son département, quoique je crûsse Pointis plus entendu que Landouillette pour mouiller les galiotes" (B4 11, f° 352 et 353). Landouillette était en effet commissaire général de l’artillerie pour le Levant tandis que Pointis l’était pour le Ponant.

Le maréchal d’Estrées écrivait quelques jours plus tard : "Quoiqu’il soit fort entendu des choses de l’artillerie, Landouillette ne l’est pas également dans la manœuvre et dans la manière de mouiller les galiotes, ce qui demande une connaissance particulière qu’il faut joindre à l’autre partie" (BN M 9 487, f° 15). Aussi était-il d’avis que les deux commissaires généraux agissent de concert.

D’après la relation de Landouillette concernant la troisième campagne d’Alger, "l’armée navale commandée par le maréchal d’Estrées mouilla devant Alger le 26 juin".

Le 27, les vaisseaux de guerre étaient postés par le maréchal d’Estrées à la fois très mal parce que trop au sud et trop loin de la ville de 400 à 500 toises (800 à 1 000 m). C’était aussi, selon Landouillette, l’avis des deux lieutenants généraux, le chevalier de Tourville et le marquis d’Amfreville.

Le 28, Landouillette, qui avait à disposer les neuf galiotes selon les ordres du maréchal, mouillait cinq ancres à 100 toises (200 m) l’une de l’autre, protégé par Pointis qui commandait le détachement des chaloupes (B4 11, f° 355). Selon le maréchal d’Estrées, "on trouvait les galiotes assez près de la ville et même plus qu’elles n’avaient été autrefois le jour" (B4 11, f° 360). Les premiers coups ne devaient cependant pas porter jusqu’à la ville.

Le 1er juillet, à trois heures du matin, le maréchal d’Estrées acceptait de faire avancer les galiotes comme lui proposait Landouillette mais les galiotes, mal placées en fonction de la disposition des ancres, se gênèrent pour tirer. Landouillette relatait : "Je me plaignis enfin à Monsieur le Maréchal de ce que les officiers des galiotes répugnaient de s’approcher comme je le souhaitais et comme vous m’aviez fait ordonner par M. de Vauvré de les traiter doucement et de les ménager, je le priais de leur dire de se porter où je leur disais ; il me promit qu’il le ferait" (B4 11, f° 358).

À force d’intervenir auprès des commandants de galiote, Landouillette réussit à les faire approcher assez près pour faire jeter dans la ville environ 60 de 95 bombes qui furent tirées en deux heures. Selon le maréchal d’Estrées, Landouillette surpris de l’état de la poudre, qui était véritablement en poussière, ne pouvait s’en remettre.

"Le 3, six galiotes commencèrent à s’approcher sur les quatre heures du matin et à sept heures, j’avais mouillé les trois dernières ancres de sorte qu’à trois heures, neuf galiotes se trouvèrent au poste que M. le maréchal leur avait ordonné de se mettre sans que je n’en sûsse rien.

La nuit du 3, on tira 1 700 bombes. Les 4 et 5, on tira jusqu’à cinq heures du matin, avec assez de succès, 2 244 bombes sur lesquelles il y eut 42 de 500 l. Il me fut impossible de faire avancer les galiote le jour et la nuit et d’empêcher les capitaines de mettre moins de 42 litres de poudre dans les gros mortiers, et 28 ou 32 dans les petits. C’est ce qui fut cause qu’il fallut faire retirer les galiotes parce qu’il se trouva deux mortiers chez M. de La Motte d’Airan éventrés, et presque tous les autres démontés, tous les gaillards des galiotes et les parapets brisés et les côtés des galiotes ouverts. Je remontrais là-dessus à M. le maréchal d’Estrées que, si l’on continuait de tirer d’aussi loin que l’on avait commencé, je ne lui répondrais pas de faire tirer encore 1 000 bombes sans mettre les galiotes hors d’état de revenir en France". Le chevalier de Tourville, qui avait assisté à la scène, aurait été de l’avis de Landouillette. "Le maréchal me dit que j’étais ignorant et que c’était lui qui avait donné ordre aux capitaines des galiotes de tirer à pleine chambre et du plus loin qu’ils le pouvaient afin d’obliger les ennemis de surcharger leurs canons de poudre, et qu’ainsi ils les feraient crever". Ce que, plus tard, Vauvré se refusera à croire (B4 11, f° 358).

Selon Landouillette, "le maréchal avait fort incommodé les mortiers et les galiotes et point du tout le canon des ennemis. Que s’il voulait bien lui faire l’honneur de le laisser gouverner les galiotes, il lui promettait de tirer toutes les bombes et de mettre les galiotes en état de partir d’Alger deux jours après, une fois les bombes tirées. Il lui en donna sa parole".

Le 5 et le 6, les galiotes se raccommodèrent et l’on remplaça par deux mortiers ordinaires le gros mortier de 18 pouces pour tirer des bombes de 500 livres qui était sur chacune des deux galiotes commandées par de Combes et Gombaud.

Le 7, "cinq galiotes s’approchèrent de plus près vers dix heures du soir et jetèrent des bombes à une heure du matin du 8" (B4 11, f° 460). Selon Landouillette, "les choses commencèrent dans ce moment à aller comme elles devaient, c’est-à-dire qu’à 14 et à 16 livres de poudre les bombes allaient au plus haut de la ville. Il n’y en eut plus que cinq galiotes qui tirèrent servies par tous les vaisseaux, elles ne manquaient de rien et tiraient continuellement. Sur la fin, il n’y en eut même plus que quatre qui tiraient le jour au fanal et aux batteries du môle et la nuit dans le haut de la ville" (BN, Cartes et plans, Portefeuille 106, div.5 p. 27).

Depuis le 9, à deux heures du matin, jusqu’au 14, à six heures du matin, les galiotes tirèrent sans discontinuer 6 176 bombes. Dans la nuit du 11 au 12, elles furent encore rapprochées de la ville pour tirer au plus haut.

D’autres incidents se produisirent, notamment dans la nuit du 12 au 13, après Chateaurenault, le général de jour, eut relevé Tourville (B3 56, f° 212). Landouillette relatait :"comme j’avais posté les galiotes de manière qu’elles tirent de 800 toises (1 600 m) le jour et de 600 toises (1 200 m) la nuit, tous les soirs à l’entrée de la nuit, je les laissais rapprocher de 200 toises (400 m) et reculer tous les matins d’autant. Le soir du 12, je dis à M. de La Motte d’Airan de se rapprocher de 200 toises (400 m). Il me dit que M. de Chateaurenault venait de lui parler, qu’il ne lui en avait rien dit. Le 14, à 6heures du matin, on relevait les ancres".

Selon l’ingénieur d’Arcy, auteur d’un plan qui indiquait la disposition des galiotes en juillet 1688, l’on aurait tiré sur la fin de 750 toises (1 500 m) le jour et de 650 toises (1 300 m) la nuit (BN, Portefeuille 106, div. 5, p. 27). Ces indications corroboraient effectivement les distances de tir indiquées par Landouillette.

Le 14 juillet, Tourville adressait à Seignelay sa version des événements, n’épargnant ses critiques ni au maréchal d’Estrées, ni à Landouillette : "Si nous avions eu des temps aussi mauvais que les années précédentes à la rade d’Alger, nous aurions été deux mois à tirer nos bombes. Une galiote était cinq à six heures à se mettre en place parce qu’on ne faisait point ce qu’il fallait faire pour faire diligence. Les ancres des galiotes étaient mal mouillées et les vaisseaux qui les servaient étaient encore plus mal ; c’est ce qui a apporté beaucoup de retardement. Je croyais qu’on voulait étourdir les Algériens en faisant mettre en place les dix galiotes pour leur tirer dans une nuit 2 000 bombes, mais il n’y en a eu que neuf qui ont été en place une fois et qui n’y ont pas duré une heure parce que les vaisseaux étaient mal mouillés. Il est vrai que, sur les fins, les galiotes qui avaient été fabriquées longtemps se trouvèrent incommodées et l’état du mortier les faisait tanguer si bien qu’on remis que cinq en place". La correspondance de Tourville témoignait de l’état de subordination dans laquelle le maréchal d’Estrées tenait les officiers généraux. Aussi Tourville adressait-il directement au ministre les observations dont il ne souhaitait probablement pas faire bénéficier le maréchal : "Il y a mille choses que l’on peut faire pour rendre les galiotes dans une grande perfection avec les manières de les mettre en place avec facilité, les mettre hors d’état de pouvoir être insultées et mettre le monde à couvert du canon" (Jean Delarbre, Tourville et la marine de son temps).

Dans sa relation du 25 juillet, Landouillette mentionna, après coup, les conditions anormales dans lesquelles, du fait du maréchal d’Estrées, il avait exercé ses fonctions lors de la troisième campagne d’Alger : le 27 juin, n’avait-on pas omis de le convoquer à participer au conseil des officiers généraux appelé à décider du mouillage des galiotes dans la nuit du 3 juillet, à trois heures du matin, les neuf galiotes n’avaient-elles pas été postées là où le maréchal leur avait ordonné de se trouver, "sans que Landouillette n’en sache rien" ?…

In fine, Landouillette tirait, à l’intention de Seignelay, les conclusions de cette affaire : "S’il avait plu à M. le maréchal d’Estrées que j’eusse fait les fonctions de l’emploi que vous m’avez fait l’honneur de me confier, l’on aurait tiré les bombes plus promptement et plus utilement qu’on l’a fait, quoique j’espère, Monseigneur, que vous serez content de leur succès, et l’on aurait économisé 50 000 livres de poudre au Roi et quelques mortiers. Mais malheureusement pour moi, je n’avais pas seulement les ennemis du Roi à combattre ; le général, qui voulait trouver moyen de faire servir M. de Pointis à ma place, me donnait bien plus de peine. Je l’ai obligé cependant de me dire lorsque je pris congé de lui le 17 juillet qu’il était content de moi et qu’il vous en rendrait compte".

À partir du 13 juillet, Landouillette se contenta "de remplir seulement les fonctions de sous-aide major". Ce fut d’ailleurs pour cette raison que le maréchal d’Estrées, qui avait fait mouiller les ancres des galiotes le 28 juin par Landouillette escorté par cinq chaloupes carcassières commandées par Pointis en personne, les fit relever dans la nuit du 14 au 15 juillet par Pierre de Combes, le plus ancien des capitaines de galiote (B4 11, f° 370).

Le maréchal d’Estrées rendit cependant à Pierre Landouillette et à son frère René, le maître fondeur de l’arsenal de Toulon, qui l’avait accompagné, en même temps qu’au chevalier de Ressons, commissaire de l’artillerie et de la marine et à Deschamp, son aide, qui tous avaient été fort assidus (B4 11, f° 710). Au reste, la campagne d’Alger de 1688 devait être la dernière pour le commissaire général Landouillette de Logivière.

Ainsi, présentes entre autres à Alger, à Gênes, à Tripoli et à Tunis, à Villefranche, à Nice et à Oneille, à Barcelone et à Alicante, à Rosas, à Palamos, à Cadix…, les galiotes à bombes furent-elles à la fois l’instrument d’une politique de répression, c’est à dire de destruction, et le fer de lance d’une politique de paix armée, c’est à dire d’intimidation, "pour montrer aux corsaires qu’on était toujours en état de les forcer à maintenir la paix" (B2 54, f° 286).

Cette stratégie de la terreur eut toutefois ses limites. Pris de scrupules, le Roi, réticent au départ, n’autorisa la fabrication que de quatre mortiers à plaque de 18 pouces pour jeter des bombes de 500 livres à fort effet destructeur. Mieux, il renonça à celle de mortiers plus gros encore, capables de jeter des bombes de 1 000 livres.

Ainsi, déjà sensible à la réprobation de toute l’Europe, notamment celle de l’Espagne qui se sentait, à juste titre, partie particulièrement menacée, le Roi se laissa-t-il influencer par son entourage dans la voie de la modération, pour des raisons à la fois humanitaires et religieuses.

 

  

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