LA PRÉPARATION JUSQU’AU 10 MAI 1940 DU RAID DE LA 7e ARMÉE FRANÇAISE VERS BRÉDA

 

Didier Tanguy

 

 

"Le pire dérèglement de l’esprit est de prendre ses désirs pour des réalités"1.

L’engagement des armées françaises en 1940 fait l’objet d’une littérature abondante et passionnée. Les clichés sont nombreux. Les raccourcis sont fréquents pour décrire l’action terrestre. Les détails s’oublient. Les souvenirs se focalisent sur des idées simples, mais fausses. Parce que la ligne Maginot n’aurait servi à rien, parce que les unités françaises auraient été mal équipées, la France ne pouvait que perdre face à un ennemi allemand paré de toutes les vertus militaires. C’était inéluctable, et d’ailleurs, c’est ce qui s’est passé. La conséquence devient une explication de la cause.

Il s’agit ici de faire un pas raisonné, en portant un jugement étayé sur la planification des opérations, pour approfondir la compréhension de la défaite de 1940. La conduite des opérations ne peut qu’exceptionnellement pallier les insuffisances du plan d’opération. L’étude de la préparation de la 7e Armée au combat est ainsi un cas d’école. L’état-major du général Giraud a, en effet, planifié sur plusieurs mois une action originale, un raid d’armée vers la Hollande, dans un cadre qui ne l’était pas moins, la subordination au général Gamelin, puis au général Georges. L’armée a été ainsi directement confrontée à deux des problèmes majeurs posés aux stratèges français avant le déclenchement de l’attaque allemande, à savoir l’attitude des Belges et des Hollandais, et l’influence néfaste de considérations politico-militaires sur la préparation de la bataille

Les conclusions sont paradoxales, eu égard au but poursuivi initialement. Il apparaît que la défaite française était prévisible au matin du 10 mai. Les raisons communément évoquées ne sont cependant pas suffisantes. Plus que de moyens, c’est de stratégie qu’il s’est agi.

Alors, pourquoi et comment le général Gamelin s’est-il privé de ses réserves stratégiques ? Il est nécessaire de remonter à 1935 pour le comprendre.

Les atermoiements préliminaires

À cette époque, le haut commandement français est partagé entre deux tentations. La première est celle de la défensive pour épargner des vies et "disposer de quelques années pour moderniser une armée qui commence sa mutation"2 . La seconde, imposée par les politiques, est la tentation de porter secours à la Belgique en cas d’agression allemande, quelles que soient les circonstances. Une voie médiane, pragmatique, envisage la défense de l’avant, en Belgique, ce double carrefour3, terrestre qui relie les plaines du Nord à Paris, fluvial entre le Rhin et les ports maritimes. Elle permettrait de ne pas abandonner Anvers, et le littoral belge à la Kriegsmarine, ce qui est conforme aux souhaits britanniques, exprimés dès le début de la planification de l’engagement d’une BEF (British Expeditionary Force), en mars 1936. Napoléon le disait déjà : Anvers est "un pistolet braqué au cœur de l’Angleterre"4. La protection des populations des grandes villes du Nord de la France serait mieux assurée, le front serait raccourci de 250 km en France, 400 en fait avec les saillants, à 100 km en Belgique entre Wavre et Givet. Enfin, et peut-être surtout, il serait possible de créer un front continu et l’armée belge serait maintenue en ligne sur son territoire.

Dans le plan D français de 1933, la 7e Armée est déjà en réserve à Reims, en mesure d’agir dans le Sud des Ardennes. La future manœuvre Breda apparaît à la conférence du 22 novembre 1934. Le général Gamelin y promet au chef d’état-major de l’armée belge, le général Cumont, une étude "pour améliorer la situation", car le plan Dbis fait l’impasse sur une attaque allemande par la Hollande. Le général Gamelin a déjà des intentions, qui seront constantes sur la période. Ses décisions curieuses au cours de la drôle de guerre auront pour origine son rêve de front allié continu, et son incapacité à exprimer des ordres. Les causes de son attitude, qu’elles relèvent de la médecine ou de toute autre discipline, sortent du cadre de cet article.

De fait, l’essentiel des plans français est arrêté dès 1935. Le 6 avril, au lendemain de la réoccupation de la zone démilitarisée en Rhénanie par l’Allemagne, le général Gamelin écrit au ministre de la Guerre : "Sur le plan militaire s’impose initialement une attitude défensive appuyée sur nos organisations permanentes et les grands obstacles du terrain. Ce n’est qu’une fois notre mobilisation terminée qu’on peut songer à changer d’attitude. En ce qui concerne notre action offensive, il doit être entendu qu’elle ne peut être envisagée qu’après réunion et exécutée avec nos forces actives et spécialement les meilleures d’entre elles"5. Le commandant en chef est déjà dans des dispositions qui lui feront accepter de se séparer facilement de sa réserve stratégique en 1940 au profit de l’action chez les neutres. Reste à déterminer la base de départ de la contre-attaque.

Le 15 mai 1936, le général Gamelin qualifie l’hypothèse Hollande "d’hypothèse la plus vraisemblable". Les contraintes sont déjà connues. Le commandant en chef déclare en 1936 : "L’intervention en Belgique n’est intéressante que si les Belges font appel à nous avant l’agression (…). S’ils attendent d’être attaqués, nous arriverons trop tard"6. Ces conclusions sont confirmées par les exercices sur carte du Conseil supérieur de la guerre d’octobre 1936 à avril 1937, et pendant l’hiver 19377. Après ces exercices tests, que l’on qualifierait aujourd’hui de wargaming, le général Gamelin précisera son idée de contre-attaques de flanc décisives contre les Allemands, qu’il compte désormais lancer depuis les positions favorables de Gand-Anvers tenues par les Belges. Il est omniprésent. "Que ce soit dans l’organisation des forces armées ou dans l’élaboration des pactes et de la politique vis-à-vis des puissances de l’Europe centrale, de l’Angleterre ou des Neutres, son rôle est capital"8

En janvier 1938, reprenant les idées forces du plan D bis, le plan écho conserve la 7e Armée en réserve entre Arras et Reims9. La première des trois formes d’intervention en Belgique, la variante nord du plan, est une simple avancée de la position de résistance nationale vers l’Escaut à l’Est de Lille, couverte par la cavalerie. Cette manœuvre sera baptisée plus tard "plan Escaut". Ce plan français a un défaut majeur. C’est un plan en réaction. L’initiative est allemande. La grande question que se pose le haut commandement allié est donc : comment parer la surprise de l’attaque allemande ?

La conception de cette manœuvre sera également rendue difficile par la médiocrité des relations franco-belges. Initialement, le traité de Locarno fait obligation à la France d’aider la Belgique10. Cependant, la décision du roi Léopold d’appliquer une politique d’indépendance, politique expliquée dans sa déclaration du 14 octobre 1936, fait douter de la loyauté belge à l’égard de ses alliés. Pour les stratèges français, les relations avec la Belgique se résument à une expression : "le casse-tête de la neutralité belge"11. Ces relations sont la clé de la planification de l’engagement des forces alliées en Belgique. L’incertitude quant au consentement belge va pousser le commandement allié à penser une planification qui rajoute les hypothèses belges aux hypothèses sur l’ennemi allemand. Le travail des états-majors va alors souvent apparaître comme une suite de contradictions entre le souhaitable et le possible, notamment en ce qui concerne les délais, la position de défense que l’on prépare effectivement à la frontière et celle sur laquelle on pense combattre. Ainsi, pourquoi fortifier le Nord alors que la Belgique alliée nous offre un glacis protecteur ?12

La montée en puissance de la 7e Armée

Le général Giraud commandera la 7e Armée pendant toute la drôle de guerre, à compter de la mobilisation. Il est décrit comme un homme plus confiant que pessimiste, plus entraîneur d’hommes que calculateur. Il affirme avoir la baraka13, c’est-à-dire la chance au combat. Blessé, prisonnier et évadé pendant le premier conflit mondial, il a ensuite participé à la conquête du Maroc, avant d’être stagiaire, puis professeur, à l’École Supérieure de Guerre.

Le 2 septembre 1939, les précurseurs du Quartier général de la 7e Armée rejoignent le petit village de Pargny-les-Reims. Le haut commandement a choisi ce déploiement dans la région rémoise entre la frontière du Nord et Paris, car les moyens de communication ferrés et routiers permettraient à l’armée d’intervenir rapidement vers les zones les moins fortifiées du front du Nord-Est.

Les dernières formations des éléments organiques mises sur pied sur le territoire de la 17e Région militaire de Toulouse, sous les ordres du colonel Damidoux, débarquent dans la région de Reims le 27 septembre, ce qui conclut la phase de concentration de l’armée.

Le lieutenant-colonel Devinck, chef du 4e bureau de la 7e Armée du 3 septembre 1939 au 30 juin 1940, a détaillé la concentration de l’armée au Sud-Ouest de Reims14. Les éléments organiques sont originaires, en grande partie, du Sud-Ouest et du Midi de la France. Le chef du 4e bureau confirme l’aspect disparate des unités, les difficultés d’installation, le défaut d’instruction militaire d’une partie du personnel, les déficits en équipements et en armement. Il note aussi la variété et parfois l’usure des véhicules automobiles.

Le quartier général et les éléments organiques d’armée représentent 1 000 officiers, 21 000 hommes de troupe, 3 300 animaux, 1 200 véhicules hippomobiles et 2 300 véhicules automobiles. Le lieutenant-colonel Devinck note plusieurs problèmes qui influenceront les opérations. En particulier, les attributions des généraux commandant l’artillerie et le génie de l’armée sont mal définies. Ils cumulent un rôle tactique et un rôle de chef de service, deux activités qui s’opposeront durant les opérations. "Un commandant d’arme, à l’échelon " armée ", ne peut être absorbé simultanément par l’avant, qui mène le jeu, et l’arrière qui lui en fournit les moyens, vu leurs quantités, leur importance et leurs multiples origines".

Il est encore prévu que le transport de certaines munitions soit hippomobile, alors que ce ravitaillement est prioritaire dans toutes les armées. Les moyens santé ne sont pas assez autonomes. Le service ne dispose pas de moyens de transport en propre, le volume des approvisionnement est important. En ce qui concerne le train hippomobile, la réquisition n’a procuré que "le rebut des ressources des campagnes gasconnes et pyrénéennes. Le spectacle est d’ailleurs pénible. Les quatre compagnies hippomobiles, totalisant 850 hommes et 1 150 animaux, représentent un poids mort intégral".

D’emblée, pendant la mobilisation et la concentration de l’armée, l’état-major a abordé les problème de montée en puissance méthodiquement. En premier lieu, il s’agit de régler le fonctionnement des états-majors qui seront les concepteurs des actions futures. Le 3e Bureau de la 7e Armée diffuse dès le 4 septembre une note de service pour expliquer aux subordonnés l’organisation de l’armée15. Cette note est complétée par une instruction sur le fonctionnement intérieur du quartier général16.

Ce quartier général est composé de deux groupes. Le 1er groupe coiffe la zone territoriale avant occupée par l’armée. Le 2e groupe coiffe la zone arrière, appelée encore "zone des étapes".

Le 1er groupe comprend un état-major, des commandements des troupes et des services, et les troupes du quartier général. Il représente 249 officiers et 840 hommes. L’état-major est divisé en quatre bureaux :

- 1er Bureau : effectifs ;

- 2e Bureau : renseignement ;

- 3e Bureau : opérations ;

- 4e Bureau : transports, ravitaillement.

Les notes internes précisent que le service fonctionne conformément aux prescriptions de l’instruction du 28 mai 1924 sur l’organisation et le fonctionnement des états-majors en campagne. En particulier, l’état-major règle directement, d’après les ordres du général commandant l’armée, toutes les questions relatives aux opérations. Les armes et les services ordonnent directement les dispositions d’ordre technique. Les questions doivent être traitées rapidement, après accord entre les bureaux, armes ou services qui y sont intéressés. Il est précisé que souvent, et en tout cas pour les questions simples, les contacts personnels d’officiers suffiront.

Le chef d’état-major dirige personnellement et directement les 2e et 3e bureaux, ainsi que le service des transmissions. Le sous-chef d’état-major dirige de même, d’après les instructions du chef d’état-major, les 1er et 4e bureaux, ainsi que les commandements du quartier général. Il surveille particulièrement la coordination des ravitaillements, des évacuations et des questions de circulation avec les opérations en cours ou en projet.

Les études pour adapter le quartier général de l’armée aux exigences nouvelles se poursuivront jusqu’à l’engagement en mai 1940. Un service de presse composé de deux officiers est créé en octobre17.

Ces dispositions feront la preuve de leur efficacité jusqu’au 10 mai 1940. Il est même permis de penser que la forte réactivité de l’état-major de la 7e Armée aux sollicitations de ses supérieurs poussera ceux-ci à demander toujours plus d’études. Cette version explique en partie que les plans et les hypothèses se soient accumulés. Sur le plan intellectuel, l’état-major de la 7e Armée n’a jamais perdu pied.

Le 3e Bureau précise rapidement18 le fractionnement19 du 1er groupe du quartier général. Il rappelle que, normalement, l’ensemble des éléments du 1er groupe sera réparti dans une zone permettant une étroite collaboration de ses éléments constitutifs. Toutefois, au cours de certaines opérations actives, un poste de commandement aussi réduit que possible sera détaché vers l’avant20. À l’issue de son mouvement, le quartier général se déploiera dans une zone qui doit comprendre sept à huit villages de moyen importance21.

Au cours de cette période, le 4e bureau planifie l’enlèvement des éléments organiques. Les unités automobiles rejoindront leurs futures zones de déploiement opérationnel par voie routière. Les autres unités devront faire mouvement sur 12 jours, en utilisant 60 trains. Le plan d’enlèvement jouera cependant et sans aucun incident pour déplacer la 7e Armée de la région de Reims vers les Flandres en novembre 1939.

La 7e Armée, concentrée au Sud-Ouest de Reims, n’est qu’un organe de commandement, sans divisions ni mission. Elle est maintenue à la disposition du général commandant en chef. Cependant, en tant que membre du Conseil supérieur de la Guerre, le général Giraud a eu connaissance de plans et d’éventualités diverses entrant dans le cadre des opérations de couverture.

Le commandement met à profit la période calme qui suit l’arrivée des formations d’armée dans la zone de concentration pour assurer leur mise en condition en organisant des stages d’instruction spécialisée.

Enfin, le 20 octobre 1939, le général commandant en chef sur le front du Nord-Est confie au général commandant la 7e Armée la mission permanente d’inspecter les grandes unités et bataillons d’instruction stationnés dans la zone des étapes du Grand Quartier Général22. Il cumule ainsi des responsabilités territoriales et opérationnelles, ce qui ne peut que disperser ses efforts. Ce rôle d’ordre général est de courte durée. Il sera abrégé par les mesures d’alerte de novembre 1939.

Le plan Escaut

À l’issue des opérations menées par le Groupe d’armées n° 2 en Lorraine, le général commandant en chef sur le front Nord-Est, par l’instruction 264 3/NE du 26 septembre 1939 et sur demande du général Gamelin, se rapproche des dispositions du plan E quant aux missions initiales des armées du Nord. Le plan Escaut est l’une des manœuvres possibles.

Réserve de Grand Quartier Général, la 7e Armée doit être prête, sur ordre, à intégrer le groupe d’armées 1, dont la mission est la suivante : "Dans tous les cas et au minimum, assurer l’intégrité du territoire national en défendant sans esprit de recul la position de résistance organisée à la frontière ou à ses abords immédiat".

En attendant de prendre à sa charge la défense de la position frontière à l’Ouest de Maulde, mission principale, et éventuellement, en cas d’entrée en Belgique, de former l’aile marchante des armées alliées, la 7e Armée continue à dépendre directement du général Georges et du Grand quartier général nord-est. Au cas où la manœuvre Escaut se réaliserait, il est prévu de lui affecter les unités suivantes :

- 2 divisions de secteur défensif (série B) : la 51e Division d’infanterie, déployée autour de Lille, et la 53e Division d’infanterie, déployée dans la région de Dunkerque ;

- Un premier lot d’unités d’intervention comprenant :

* 2 éléments organiques de corps d’armée ;

* la 2e Division légère mécanique, alors cantonnée entre Péronne et St-Quentin ;

* la 2e Brigade de dragons portés ;

* 3 divisions d’infanterie motorisées ;

- Un second lot composé de 3 divisions d’infanterie.

Les six dernières divisions ne sont alors pas nominativement désignées.

L’état-major de l’armée procède méthodiquement, mais toujours aussi rapidement. Dès le 5 octobre 1939, le général Giraud soumet au général Georges les questions qu’il lui paraît essentiel de résoudre pour le succès de la manœuvre envisagée23. La simple étude du terrain a permis de déduire d’emblée qu’une opération telle que celle qui sera tentée exige une Belgique alliée ou au moins unanimement consentante24. La 7e Armée traversera des bandes orientées sud-ouest/nord-est, c’est-à-dire successivement les Flandres, le pays de Waess et la Campine. Cette zone se caractérise par de grandes facilités de circulation, si le réseau routier ne subit aucune destruction, et si aucune inondation n’est "tendue". La facilité de procéder à des destructions est avérée, car les itinéraires comprennent de nombreux ponts et la zone comprend un nombre relativement faible de routes à gros débit pour permettre le passage continu de fardeaux importants.

Constatant qu’il "y a tout lieu de penser que nos adversaires, en cas d’action en Hollande, emploieraient les chars en masse", le général Giraud demande que toutes les unités de la 7e Armée soient équipées au minimum de leur dotation organique en moyens antichars. Une demande porte sur de nouveaux moyens de DCA, des canons et des mitrailleuses, surtout au profit de la division légère mécanique, qui manœuvrera de jour. Le général Giraud préconise que les formations de 2e échelon soient également dotées de ces moyens supplémentaires, car le 2e échelon doit pouvoir arrêter les chars et les avions, comme les unités de tête, dans le cadre des barrages successifs d’une défense en profondeur s’appuyant sur les coupures25. Enfin, le général Giraud demande que lui soit rattachée une unité d’intervention pour la zone des étapes. Disposant de moyens motorisés, mécanisés et antichars, qui lui permettraient une action vigoureuse après un déplacement rapide, cette unité, de la valeur d’un bataillon, lutterait contre les blindés infiltrés ou les parachutistes retranchés.

La manœuvre conçue par la 7e Armée est exprimée de la façon suivante : "Couvert par la Division légère mécanique poussée sur la Dendre dès J/1 après-midi, le 1er échelon de forces (2 éléments organiques de corps d’armées, dont 1 motorisé, et 3 divisions d’infanterie) se porte sur l’Escaut à la faveur des deux nuits suivantes, en mesure :

- Soit de s’installer défensivement en attendant l’entrée en ligne des grandes unités de 2e échelon (3 DI),

- Soit de se porter en direction de Louvain, à partir de J/2 soir, éclairé et couvert par la division légère mécanique opérant de jour,

et en tout état de cause, de préparer des destructions sur l’Escaut et la Dendre".

Les termes de mission utilisés par le général Giraud sont éloquents : se porter, défendre. Il ne s’agit jamais de détruire, comme si les états-majors voulaient ignorer l’ennemi26.

Le 24 octobre, le général commandant en chef le théâtre d’opérations Nord-Est, par son instruction personnelle et secrète n° 7 précisant les "conditions générales dans lesquelles s’effectuerait la manœuvre des forces franco-britanniques se portant en Belgique, pour y accepter la bataille sur l’Escaut", fixe également "les conditions éventuelles d’une pénétration plus profonde en Belgique"27. Cette instruction est en fait une mise au point d’ensemble des ordres de détail déjà donnés. À la bataille défensive initialement prévue, elle substitue une pénétration en Belgique pour faire front à l’ennemi.

Toujours déployée dans la région de Reims, l’armée Giraud n’a encore qu’un rôle secondaire dans ce plan.

L’hypothèse Hollande et le déploiement de la 7e Armée dans les Flandres

L’hypothèse "Hollande" apparaît dans une note du Grand Quartier Général Nord-Est datée du 8 novembre. Elle impose une intervention en Belgique. Cependant, le général Gamelin ne croit pas à cette hypothèse, qu’il a pourtant suscitée. Ce plan est une étape pour lui, dans la logique de son commandement par petits pas vers la création d’un front commun avec les Neutres. Le général Georges est opposé au plan, comme à toute avancée excessive en Belgique.

En raison de la menace allemande, les dispositions pour une mise en œuvre rapide du plan Hollande sont prises par le haut commandement le 9 novembre 1939 en soirée. Le général commandant en chef met la 7e Armée à la disposition du Groupe d’armées n°1. Par l’instruction personnelle et secrète n° 8 du Groupe d’armées n°1 du 10 novembre28, l’état-major de la 7e Armée reçoit l’ordre de s’installer le même jour à St Omer29. La mission nouvelle qui incombe à l’armée est pratiquement celle du Groupe d’armées : …"S’établissant sur l’Escaut entre Audenarde (inclus) et la tête de pont de Gand et se couvrant sur le littoral belge (…) pousser dans la région Ouest et Nord d’Anvers les grandes unités nécessaires pour :

- Occuper la rive Sud de l’Escaut maritime et le goulot de Woensdrecht par lequel l’île de Beveland se rattache au continent ;

- Prendre possession du port de Flessingue et de l’île de Walcheren".

La 7e Armée est renforcée dans ce but et comprend dorénavant :

- Les éléments organiques des 1er et 16e Corps d’armée ;

- Les 9e et 25e divisions d’infanterie motorisées ;

- Les 21e, 53e et 60e divisions d’infanterie ;

- Les troupes du secteur défensif des Flandres, aux ordres du général Barthélémy.

Parmi ces moyens, certains sont en secteur et constituent le 16e Corps d’armée, les autres sont en réserve de Grand Quartier Général. Aussi dès le 11 novembre, le général Giraud demande la mise à sa disposition et la mise en place à proximité de la frontière de ces grandes unités. Les autorisations nécessaires sont reçues dans la journée du 1230.

Par ailleurs, au cours des journées des 11 et 12 novembre, la manœuvre de l’armée est mise au point et arrêtée dans ses dispositions essentielles31. Le général Giraud n’a que peu de marge de manœuvre dans la mesure où le général Billotte a déjà fixé l’articulation de l’armée et les missions des divisions. La doctrine en vigueur fait en effet que le commandement est excessivement centralisé. On peut y voir l’influence de 1914-1918. Dans la mesure où toutes les unités était en interdépendance sur un front continu, le mouvement de l’une influençant l’aile de l’autre, une coordination centralisée était nécessaire. Cependant, ce qui a prévalu vingt ans auparavant est désuet face aux progrès techniques, en matière de communications notamment. Celles-ci donnent au chef de 1939 des possibilités d’initiatives, qui lui sont refusées par ses supérieurs.

Dans l’hypothèse Hollande, le 1er Corps d’armée, disposant des 21e et 25e divisions d’infanterie, doit occuper les îles et la région Ouest d’Anvers. Au 16e Corps d’armée, disposant de la 9e Division d’infanterie motorisée, revient la charge d’assurer la sûreté du flanc droit de l’armée sur l’Escaut moyen et la défense ultérieure de cette coupure. Les groupements de groupements de reconnaissance sont créés. Au groupement Nord des groupements de reconnaissance, placé sous les ordres du lieutenant-colonel Lestoquoi32, incombe la couverture du mouvement du 1er Corps d’armée.

Il est prévu le transport d’infanterie par voie maritime à Flessingue, et par voie aérienne à Walcheren.

La mission de la 7e Armée est complexe. En particulier, elle n’est pas unidirectionnelle. Le principe de concentration des efforts n’est pas respecté. L’action sur les îles est délicate. L’accès en est difficile et le terrain insulaire est défavorable. C’est pour cette raison que le général Giraud prévoit d’y envoyer rapidement des éléments légers qu’il renforcera. Le déploiement de l’armée se fera sous une menace aérienne importante. L’incertitude belge empêche de prévoir définitivement un dispositif cohérent sur l’Escaut.

L’efficacité du plan est très largement dépendante des délais de mise en place. C’est pourquoi la définition de quatre itinéraires de mise en place en Hollande est minutieusement étudiée à la 7e Armée. Du Nord au Sud, ils relient le Boulonnais à la rive Sud de l’estuaire de l’Escaut (itinéraire I), Anvers (II), Gand (III) et Audenarde (IV).

Ces études étant menées, le général Giraud rend compte au général Billotte le 15 novembre des conditions d’exécution éventuelle du plan Hollande, et de la nécessité de profiter l’amélioration des relations avec les Belges depuis l’alerte récente.

Le général Billotte approuve les conditions dans lesquelles le général Giraud envisage la manœuvre de son armée dans l’hypothèse d’une invasion de la Hollande33. Il lui précise cependant que la défense de l’Escaut reste à la charge de l’armée belge, la 7e Armée agissant seulement en soutien. Il lui demande aussi de charger le 16e Corps d’armée, avec la 9e Division d’infanterie motorisée, d’assurer la sûreté du flanc droit de l’armée, même s’il "est bien entendu que le 16e Corps d’armée fait partie d’un ensemble franco-britannique qui livrerait éventuellement sur l’Escaut une bataille parfaitement soudée". Le sens de cette phrase est plutôt que rien n’est entendu.

La détente qui suit l’alerte conduit à envisager à partir du 17 novembre un allégement du dispositif, compatible avec l’exécution des ordres de mouvement, qui facilite les travaux d’organisation de la position nationale et l’instruction des unités perturbée par les mouvements d’entrée en secteur, tout en procurant aux troupes un certain confort.

La conception de la manœuvre Dyle

La manœuvre Escaut a engendré l’hypothèse Hollande, et les études pour suppléer aux faiblesses de cette dernière, apparues lors de l’alerte de la mi-novembre, font apparaître la nécessité d’un mouvement plus avant vers la Dyle pour se couvrir face à l’Est.

Dès le 15 novembre, par son instruction personnelle et secrète n°8, le général Gamelin a reformulé la mission de la 7e Armée, qui ne pourra plus relever du Groupe d’armées n° 1 et qui, portée en arrière et à gauche des Belges d’Anvers, sera prête "en particulier à assurer la couverture de leur flanc en les liant si possible aux Hollandais". Le 8 novembre, l’hypothèse Hollande prévoyait en effet une montée française, mais jusqu’au Nord d’Anvers seulement.

Le 17 novembre, le général Georges décline la manœuvre Dyle par son instruction personnelle et secrète n°8. Il y reprend la mission du 15, en omettant son aspect de couverture des Belges et de liaison avec les Hollandais. Le général Gamelin reproche évidemment à la manœuvre envisagée de ne pas assurer suffisamment la liaison entre les armées belge et hollandaise. Aussi, au cours de la réunion rapidement programmée le 23 novembre à Arras, en présence des généraux Billotte, Giraud, Blanchard, qui commande la 1re Armée, et Prioux, qui commande le corps de cavalerie, mais en l’absence du général Georges, le général Gamelin précise que l’on constate face à la Hollande et la Belgique un certain allégement34 du dispositif allemand, et qu’il envisage "la possibilité d’accorder éventuellement une certaine aide aux troupes hollandaises dans la région de Breda". Il invite le général Billotte à faire des études dans ce sens. La démarche est caractéristique de la méthode suggestive du général Gamelin.

Le 26 novembre, une instruction personnelle et secrète du groupe d’armées n° 1 précise les deux manœuvres désormais prévues en cas d’intervention, à savoir la manœuvre Escaut et la manœuvre Dyle35 comportant l’une et l’autre l’intervention éventuelle sur l’Escaut maritime et dans les îles envisagée dans l’hypothèse Hollande. L’instruction donne une mission à la 7e Armée, mais elle n’en fixe pas l’exécution comme le faisait l’instruction n°8 dans le cadre de l’hypothèse Hollande le 8 novembre précédent. Cette ambiguïté est sans doute due au souhait du général Gamelin de dissocier l’action de la 7e Armée de celle des autres forces du Front, pour se garder le moyen de mener à tout prix une action en Hollande. Par prudence, la 7e Armée, placée en réserve de Grand Quartier Général à l’Ouest d’Anvers, devra quand même, comme les autres armées, maintenir des garnisons sur la position en territoire national. Celles-ci consisteront en une division de série B.

Le haut commandement reste dans la ligne de son "va-tout, hors de quoi, si l’affaire tournait mal, il n’y avait plus moyen de rien rattraper"36. Le centre du front Nord-Est, si mal pourvu en travaux de fortifications, se retrouvera dégarni de réserves d’intervention. Le général Gamelin n’a pas su imposer une diminution de ses forces au général Prételat, qui commande le 2e Groupe d’armées37. Pourtant, même après le déploiement dans l’urgence de la 7e Armée en novembre, une relève en secteur de celle-ci par des unités en poste sur la ligne Maginot permettait de reconstituer une réserve stratégique.

La manœuvre Breda

Dans l’esprit du général Gamelin, même si cette idée n’est pas clairement exprimée dans ses ordres, la future manœuvre Breda est indissociable du plan Dyle. Sans doute faut-il comprendre que le général Gamelin a depuis plusieurs années une idée en tête. Cette idée est celle du front38. Il attend l’occasion de la concrétiser, occasion apportée par l’alerte de novembre. Occasion ou prétexte, car le général Gamelin a l’habitude critiquable d’établir des plans de manœuvre sans se préoccuper des moyens nécessaires à leur conduite39. Le goût qu’il a manifesté pour la cartographie au début de sa carrière le pousse très certainement à ne pas voir une contrainte insurmontable dans l’absence de reconnaissances chez les neutres. La période se prête à une telle tentative. La menace se précise, de par le dispositif allemand. L’attitude belge devient plus conciliante et les Belges entament des travaux de fortification importants. De plus, il s’agit d’accorder une aide réclamée par la Hollande et d’avoir avec elle une communication terrestre.

Alors, pourquoi ne pas confier cette mission à la BEF ? Peut-être pour ne pas la placer devant une possibilité de rembarquement40. Ou alors, le général Gamelin avait déjà à cette époque l’idée de mettre en application le plan Breda, quelles que soient les circonstances, et il voulait déjà s’assurer d’une armée française aux ordres pour jouer cette manœuvre, pour limiter les intermédiaires. D’ailleurs, en février lors des études liées à la définition de la zone de la BEF, le général Georges tentera de faire relever la 7e Armée par les Britanniques pour éviter d’étendre en Hollande la manœuvre Dyle, ce que le général Gamelin refusera.

Le 29 novembre, à Dunkerque, il demande directement au général Giraud d’étudier l’engagement de son armée au contact des Hollandais41. Lors de cette réunion, tous les aspects essentiels de la manœuvre sont passés en revue42. La 7e Armée disposerait de cinq divisions pour assurer la défense de la position de Breda, jalonnée par Riokevorsel, Breda et Geertruidenberg, soit un développement de 40 kilomètres. En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur la côte belge, l’amiral Darlan ne croit pas à la possibilité d’un débarquement allemand massif. En revanche, des coups de main ayant pour objet l’occupation ou l’embouteillage de points importants du littoral paraissent possibles. Un dispositif de couverture est mis au point.

La réunion de Dunkerque a permis de présenter au haut commandement le déséquilibre de mise en place déjà étudié43. Dans l’hypothèse la plus défavorable, la 7e Armée partant de la frontière française alors qu’aucune résistance sérieuse ne s’oppose à l’action allemande en Hollande, les Allemands seraient à Breda dès J2 avec 3 divisions de 1er échelon. Les deux divisions de tête de la 7e Armée, une de cavalerie et une d’infanterie motorisée, n’y seraient qu’à J5. En partant de la frontière hollando-belge, ces deux divisions atteindraient Breda à J2. Du fait de l’absence d’accord avec la Belgique, l’étude des mouvements est contrariée. Aucun acheminement par voie ferrée ne sera planifié de façon sûre pour les unités non motorisées. L’absence de contact entre l’armée française et les chemins de fer belges, la SNCB, n’est pas compensée par les discrets contacts entre les ingénieurs français et belges. Ils seraient complétés par l’envoi en Belgique du commandant Zeller, du GQG, dès appel à l’aide de la Belgique, pour obtenir dès le premier jour les trains nécessaires au mouvement des armées françaises.

Le soutien est également évoqué à cette réunion du 29 novembre. Il peut s’appuyer sur la voie ferrée depuis Anvers ou être conduit par voie de mer. Cependant, le port de Dordrecht est relié à Breda par une voie ferrée très vulnérable au passage de la Meuse à Moerjdijk sur un pont long de 1 500 mètres.

La mise à jour des ordres donnés depuis le 12 novembre par l’instruction personnelle et secrète n° 1 du général Giraud est assurée le 30 novembre par une instruction personnelle et secrète n° 2.

S’agissant des moyens mis en œuvre, selon Pierre Rocolle, "sans doute, les moyens consentis à la 7e Armée, qui pénétrerait en Hollande, avaient été calculés au plus juste, mais il n’y avait pas déséquilibre entre la mission de cette armée et les forces dont elle disposait"44. Ce n’est pas forcément l’avis de l’état-major de la 7e Armée qui mène des études pour justifier le renforcement de l’armée par une division légère mécanique45, ne serait-ce que pour arriver à temps et en sûreté. "La Division légère mécanique est d’autant plus indispensable qu’il ne faut pas compter, dans la région considérée, sur des engins mécanisés belges ou hollandais, capables de lutter contre les chars allemands".

Le général Georges qualifie la manœuvre Breda "d’aventure". Le 5 décembre, il explique d’ailleurs au général Gamelin qu’il ne faudrait pas engager la majeure partie de nos réserves en Belgique et en Hollande, face à une attaque allemande qui pourrait n’être qu’une diversion. Il préconise de placer d’abord un dispositif cohérent sur la Dyle avant de monter plus au Nord. Le général Gamelin semble apparemment convaincu, mais l’hypothèse Breda n’est que différée dans son esprit. Incapable d’imposer ses vues en les exprimant sous forme d’ordres, le général Gamelin ne recule que temporairement face à la détermination du général Georges. "La mesure devient vite de la médiocrité. À ces postes élevés, ne faut-il pas exiger beaucoup pour obtenir un peu, et n’est-il pas préférable d’être excessif plutôt que pondéré ? (…) Le philosophe a pris le pas sur l’homme d’action"46.

L’alerte déclenchée le 3 décembre a pour conséquence d’activer la mise au point de la manœuvre prévue et de souligner la nécessité d’un mémento de mesures d’alerte permettant de passer rapidement de l’état de repos à l’exécution de l’une ou l’autre des opérations envisagées, sans se tromper d’hypothèses. Trois stades d’alerte sont à définir, de l’alerte 1, qui impose l’alerte sur place des éléments qui auraient à franchir la frontière dès envoi des ordres d’exécution de la manœuvre Dyle, à l’alerte 3, qui fait prendre toute disposition complémentaire en vue de jouer les manœuvres Escaut ou Dyle.

Le mémento d’alerte sera signé le 25 décembre. Les mesures de précaution sont complétées par des études de l’état-major de la 7e Armée sur son propre fonctionnement en opérations47.

Le 23 décembre 1939, le commandement ayant constaté qu’une brigade d’infanterie hollandaise occupe les îles de Walcheren et de Sud Beveland, le transport d’une compagnie par avion à Flessingue et l’occupation initiale de Walcheren et de l’isthme de Woensdrecht par des groupes de reconnaissance sont supprimés48. Lors de cette même réunion, la vulnérabilité du mouvement de la 7e Armée est encore relevée, le déplacement s’effectuant "parallèlement au littoral de la mer du Nord, d’où peuvent venir des attaques aériennes difficilement décelables".

Ces éléments sont pris en compte dans l’ordre d’opération n°3 de la 7e Armée, daté du 8 janvier 1940.

La courte alerte de janvier, causée par l’affaire de l’avion de liaison allemand transportant des documents confidentiels qui s’est posé par erreur en Belgique, permet de tester les mesures d’alerte. Les alertes répétées dévoilent cependant le dispositif, et donc les intentions des alliés. C’est l’une des faiblesses de celui qui s’est condamné à agir en réaction. À la longue, son jeu se dévoile.

L’arrivée possible en France de nouveaux contingents britanniques pose dès le 17 janvier le problème des limites. Cette situation incertaine, qui n’est que l’une des conséquences, parmi les moins graves, de l’absence d’un commandement interallié effectif, se prolonge jusqu’au 23 février. À cette date est prise une décision d’attente, qui rend à la 7e Armée ses anciennes missions dans ses limites du début du mois de janvier.

L’ordre d’opérations de la 7e Armée n°4 du 3 mars (n° 4426 S/3) précise les nouvelles conditions d’exécution des manœuvres Dyle et Escaut. La rédaction de la mission diffère légèrement de celle du 12 novembre. Elle distingue maintenant nettement les deux hypothèses Dyle et Escaut et l’armée doit être en mesure :

- En cas de bataille sur la Dyle, d’étayer la résistance belge sur tout ou partie du front Anvers - Malines - Louvain. Quelle que soit la manœuvre envisagée pour les gros, l’armée doit se couvrir à gauche :

- Soit sur la frontière hollando-belge (sans la franchir) ;

- Soit au delà de cette frontière, en prenant possession de la rive Sud de l’Escaut maritime ;

- Soit franchissant l’estuaire, en renforçant la défense hollandaise des îles de Walcheren et de Sud-Beveland.

- En cas de bataille sur l’Escaut, de soutenir la défense belge de l’Escaut entre Gand et Anvers, de livrer une bataille défensive entre la tête de pont de Gand et Audenarde inclus.

Dans tous les cas, la couverture sur le littoral entre Dunkerque et la frontière hollando-belge est assurée par l’amiral Nord disposant à cet effet de la 68e Division.

Dans les deux hypothèses, l’articulation49 prévue est très profonde. Elle se prête à des variantes multiples, suivant l’attitude et la situation des armées belges et hollandaises. Cependant, les plans français sont des compromis. Le dispositif de départ permet de faire face à toutes les hypothèses : il est donc imparfaitement adapté à toutes.

Le 10 mars, la 53e Division est retirée de la zone de l’armée. La situation est à nouveau assise. Après les flottements dus en février aux indécisions britanniques, la manœuvre Dyle est techniquement au point en ce qui concerne la 7e Armée.

Les moyens de la 7e Armée

Des deux éléments organiques de Corps d’Armée dont dispose la 7e Armée, l’un - le 1er Corps - est du type motorisé, l’autre au contraire - le 16e Corps - est du type normal. Le terme normal est très révélateur du degré de motorisation de l’armée française en 1939.

Les divisions qui composent l’armée sont du type habituel à l’époque. Les divisions d’infanterie comptent entre 16 et 17 000 hommes. Elles se composent de trois régiments d’infanterie, de deux régiments d’artillerie, et d’un groupe de reconnaissance de trois ou cinq escadrons.

Les deux divisions motorisées - la 9e, commandée par le général Didelet, et la 25e, aux ordres du général Molinié - sont l’une et l’autre des divisions actives. Elles sont dites motorisées car leurs trains, les régiments d’artillerie et les groupes de reconnaissance se déplacent exclusivement en véhicules à moteur. Les quatre autres divisions d’infanterie de l’armée sont du type normal. En clair, elles ne sont pas motorisées. En février 1940, le général Giraud se plaint auprès du général Georges des faiblesses de ses unités50.

Le mouvement vers les Flandres en novembre 1939 a confirmé la difficulté d’installer convenablement les parcs de réparation.

Durant l’hiver, le 4e Bureau de l’état-major de la 7e Armée poursuivra son effort de rationalisation de la logistique de l’armée. Il réduira le nombre de lits d’hôpitaux dont dispose l’armée, mais il les rendra plus mobiles. Les enseignements logistiques de l’alerte de janvier seront également précieux. Le déficit en moyens de transport, notamment, sera relevé. Manquant de camions, le 1er Corps aurait dû laisser sur place 330 tonnes, dont 125 de munitions et 4 de mines antichars ; le 16e Corps aurait abandonné 252 tonnes, dont 96 de munitions et 20 de mines antichars51.

Le 4e Bureau améliorera aussi la coordination des mouvements de nuit pour accroître la moyenne horaire des unités. Celle-ci n’a été que de 10 à 12 km/h lors de l’alerte.

Quant aux forces aériennes dont peut user ou disposer la 7e Armée, elles sont peu nombreuses et leurs matériels sont trop souvent périmés. Les quelques chiffres suivants se rapportant à la Zone Opérations Aériennes Nord le 10 mai sont explicites. Les groupes aériens d’observation 501 et 516, des 1er et 16e corps, comptent respectivement 7 et 4 appareils disponibles. Le groupe aérien 552 de la 1re Division légère mécanique en compte 8.

Lors d’une inspection à la 7e Armée le 6 mars 1940, le général Gamelin relance le projet Breda. Le 12 mars, dans l’instruction personnelle et secrète n°11 envoyée au général Georges52, il écrit que le débouché de l’armée du général Giraud au Nord d’Anvers est partie intégrante du plan Dyle. "Il résulte des conversations que j’ai eues, au cours de ma récente inspection, avec le général commandant le Groupe d’armées n° 1 et le général commandant la 7e Armée, qu’il y aurait lieu de préciser la mission éventuelle de cette armée". Les deux généraux cités servent de caution. Le conditionnel et l’emploi du terme "éventuel" traduisent le manque de fermeté du commandant en chef. Comment réagir à de tels ordres exprimés sous forme de suggestions ? La phrase suivante est tout aussi ambiguë : "Ci-joint une instruction à ce sujet. Il serait intéressant…" La fermeté de la première phrase est aussitôt atténuée par le conditionnel qui suit. Un ordre se doit d’être exprimé à l’indicatif et un chef, pour conserver la confiance de ses subordonnés, ne doit pas chercher manifestement à se couvrir, comme le général Gamelin s’y emploie avec la phrase suivante : "Une telle manœuvre ne peut évidemment être montée d’avance, faute de pouvoir jusqu’ici associer à sa préparation les Belges et les Hollandais, ce que je m’efforce progressivement d’obtenir". Faute de pouvoir planifier l’action de son subordonné dans le détail, le général Gamelin demande donc au général Giraud "de la réaliser au mieux". Le général Giraud bénéficie d’une large initiative par défaut. Etrange style de commandement que celui qui bride les subordonnés lorsque la situation est claire, qui laisse les subordonnés dans le doute lorsque la manœuvre s’annonce délicate, qui bouscule la hiérarchie pour mettre une armée aux ordres du commandant en chef pour servir ses desseins contre tous.

C’est également le 12 mars que l’affectation prochaine d’une division légère mécanique à la 7e Armée est officiellement annoncée. L’état-major de l’armée diffuse, dès le 13 mars, une "note sur l’emploi éventuel d’une division légère mécanique par la 7e Armée"53.

Le général Georges se conforme finalement aux directives du général Gamelin par l’instruction personnelle et secrète n°9 du 20 mars. Il estime qu’une ampleur accrue peut être donnée aux opérations envisagées, et il fixe au Groupe d’armées n° 1 comme but de manœuvre : "Non seulement d’occuper la ligne générale Anvers - Namur, mais encore, si l’ordre est donné de pénétrer en Hollande, de déboucher du canal Albert au Nord-Est d’Anvers en vue d’assurer la sécurité de l’Escaut maritime et la liaison entre les Belges et les Hollandais". Cette instruction précise que l’hypothèse Escaut ne jouerait que dans le cas où l’ennemi aurait largement précédé les alliés en Belgique. De même, ce ne serait que dans le cas de circonstances favorables que le dispositif allié pourrait être porté sur le canal Albert. L’entrée en Belgique est donc acquise. Le dispositif demeure celui déjà prévu pour la manœuvre Dyle, avec toutefois des moyens légèrement accrus.

L’instruction personnelle et secrète n° 5 de la 7e Armée54 diffère des directives ultérieures du Groupe d’armées en de nombreux points. Elle se rapproche dans sa forme d’un ordre général. Elle en tient d’ailleurs provisoirement lieu. Simplement complétée par des prescriptions concernant le mouvement, elle doit pouvoir être exécutée à partir du 30 mars 0 heure. Faut-il y voir un signe d’énervement du général Giraud, lassé des tergiversations de ses supérieurs ? En tout cas, les démonstrations de tension se multiplient dans les documents écrits durant cette période. Cherchant à clarifier l’ambiance du moment au profit des exécutants, l’instruction n°5 affirme dans son premier paragraphe que l’armée, "tout en conservant ses anciennes missions, qui passent à l’arrière plan, a reçu une mission nouvelle d’une importance capitale qui consiste à assurer la liaison entre les armées belge et hollandaise dans la région Nord-Est d’Anvers". Cette mission ne figure pourtant dans aucun des textes de base du haut commandement. Dans l’instruction n°11 du 27 mars 1940 du général Billotte, la 7e Armée reçoit en effet une mission à double développement, action vers la Hollande ou soutien des forces belges, répondant à celle confiée au Groupe d’armée n°1. Il faut certainement considérer la version du 25 mars comme la traduction en style impératif de considérations, ou même d’instructions verbales, du général commandant en chef les forces terrestres. Elle répond en effet au désir exprimé déjà par celui-ci au cours de la réunion du 23 novembre. Elle figure également dans l’instruction n° 11 du 12 mars que le général Gamelin avait adressée au général Georges. Si ce dernier ne l’a pas faite intégralement sienne, elle a été, en revanche, communiquée directement au général Giraud au cours de l’inspection conduite par le général Gamelin dans le Groupe d’armées n°1 au début de mars, et vraisemblablement confirmée au général commandant la 7e Armée lors des contacts que celui-ci a eus avec le grand quartier général le 14 et le 20 mars. Ceci paraît d’autant plus probable que l’apparition dans l’instruction personnelle et secrète n° 5 de la 7e Armée d’un texte de mission absolument différent de celui précisé par le groupe d’armées n’a, semble-t-il, entraîné aucune réaction de la part de celui-ci.

À la notion de liaison est donc substituée une notion de soudure conduisant à la recherche d’un front continu et commun, cher au général Gamelin.

L’instruction personnelle et secrète n° 5 prévoit une manœuvre en deux phases conduisant, la première à une concentration en territoire belge ou hollandais à l’abri d’une couverture, et la seconde à un engagement "dont le déroulement ne peut être prévu". Il s’agit de devancer l’ennemi suffisamment loin vers l’Est afin de se réserver le champ nécessaire pour manœuvrer soit défensivement, soit offensivement. Pour cela, l’effet majeur du général Giraud est d’occuper solidement le plus tôt possible la région pivot de Turnhout.

La couverture face à l’Est est assurée par la 1re Division légère mécanique, renforcée par un groupement de groupes de reconnaissance. Cette 1re Division légère mécanique est une unité d’active, la plus ancienne de nos formations de cavalerie mécanisée. En mai, elle est opérationnelle. Elle est bien encadrée, bien instruite, bien armée et bien équipée. Elle compte au total 8 escadrons de chars et 5 escadrons d’automitrailleuses Panhard, tous alignés à 20 véhicules. Elle n’a toutefois jamais été engagée. Retirée du corps de cavalerie en mars 1940 pour être affectée à la 7e Armée, elle est sous les ordres du général Picard, qui la commandait déjà en temps de paix. Ses missions successives dans le cadre de la planification élaborée pendant la drôle de guerre ne lui donneront jamais la possibilité de concentrer ses chars, parce qu’il lui faudra être en mesure d’attendre les chars allemands en tout point du dispositif.

La conception de la manœuvre traduit le fait que les états-majors se battent contre le terrain et les délais, et non contre l’ennemi, qui est passé sous silence. Le but est plus d’atteindre des lignes de coordination que de détruire un adversaire. La complexité des contraintes et impératifs à prendre en compte dans l’élaboration des plans, dominés par la volonté du général Gamelin et l’incertitude quant à l’ennemi, a pris le dessus sur le but ultime de la manœuvre : le combat. Le général Giraud a d’ailleurs parfaitement senti les difficultés de l’opération prévue.

Pour reprendre le mot du général Georges, le raid en Hollande est bien conçu comme une aventure. Si la lutte s’engage aussitôt, le sort de la manœuvre sera strictement fonction des possibilités de franchissement locales de l’Escaut. Or, celles-ci sont faibles. L’état-major de l’armée le sait. Fort logiquement désireux d’être conseillé par une personne compétente sur les possibilités de franchissement de l’Escaut, il a fait rejoindre en avril le capitaine de réserve du Génie d’Haille. Les conclusions de ce dernier55 sont peu favorables pour la manœuvre qui se monte. En plus du combat dos à la mer, les handicaps s’accumulent. Tout indique que c’est à la tactique de rendre artificiellement a posteriori la manœuvre possible, car c’est cette manœuvre que le général Gamelin veut réaliser.

La confirmation de la mission par le haut commandement intervient à la mi-avril. À cette occasion, le général en chef Gamelin réaffirme la nécessité "de ne pas abandonner systématiquement la Hollande à l’Allemagne et … de faire effort pour donner la main aux Hollandais et de tâcher d’avoir avec eux une communication terrestre". Le général Gamelin mélange les aspects politiques et militaires de sa fonction. "Faire effort", "tâcher" ne sont pas des formules de chef militaire. Il s’ensuit qu’il confond le souhaitable d’un point de vue politique, et le possible du point de vue militaire. D’où cette impression permanente qu’il confond ses désirs et la réalité. Il faut noter à ce sujet l’opinion concordante de Pierre Lerecouvreux56 : "Le général Gamelin adressa le 26 février au Président du Conseil le " Plan de Guerre 1940 ", où il envisageait comme très possible l’offensive allemande par la Belgique et indiquait assez vaguement une contre-offensive française, qui débouchant au nord du canal Albert, rabattrait l’ennemi vers le sud. On voit à la vérité assez mal la 7e Armée, avec ses sept divisions seulement, et sa grande pauvreté en moyens de franchissement, couvrir de tels espaces et franchir autant de cours d’eau ; ce n’est plus de la stratégie, mais de la rêverie".

L’instruction personnelle et secrète n° 9 du 20 mars est la dernière directive du grand quartier général Nord-Est intéressant les opérations de Belgique. Ce sont en effet les prescriptions de cette directive qui seront exécutées le 10 mai 1940 par le Groupe d’armées n° 1. Les directives données par l’instruction personnelle et secrète n° 5 du général Giraud en date du 25 mars 1940 sont mises au point et précisées à partir du 30 mars par un important ensemble d’ordres et d’instructions. Ces documents constituent certainement dans le cadre de l’opération française de mouvement la plus importante de la campagne de 1940, un ensemble particulièrement intéressant d’organisation et de travail préparatoire.

L’annexe 2 de l’ordre d’opération n°5 définit le jour "G1". Il est par définition le jour où les gros franchissent la frontière franco-belge. Il concerne les mouvements par voie terrestre. Si l’ordre d’entrer en Belgique est donné à l’armée après une heure limite voisine, en principe, de six heures du matin, le jour G1 est le lendemain. Voici un bel exemple de construction intellectuelle irréaliste. Comment imaginer que les échelons subordonnés puissent décliner les ordres à leur niveau avec un G1 qui peut correspondre au deuxième jour des opérations57 ?

Dans le même temps, le 4e bureau de l’état-major de l’armée a travaillé pour assurer la logistique du débouché. Privilégiant la logistique de l’avant, il a mis au point pour l’intendance le système des gares de ravitaillement, qui seront activées la nuit après le déclenchement des opérations. Il a prévu des en-cas mobiles avant l’ouverture des gares. Les munitions rares seront transportées d’emblée avec le gros des divisions de premier échelon. Ceci concerne les munitions de la DCA, les obus de 75 mm modèle 1917 et les mines antichars. Des centres de livraison de carburant en vrac seront mis à la disposition des éléments avancés, sous la forme de sections de camions réservoirs. La 1re Division légère mécanique est renforcée d’une section de réservoirs et d’une section sanitaire automobile.

Le 5 avril, avec la publication d’un ordre pour les liaisons, annexe à l’ordre général d’opérations n° 5, se termine la mise au point d’ensemble de documents de base de l’armée.

Après une nouvelle alerte le 14 avril, la vie sur la position frontière reprend son cours, dominée par le durcissement des fortifications. L’armée souffre certes de "bétonite"58. Le programme dit "A" des travaux d’organisation défensive, planifié pour durer du 15 avril au 15 août 1940, est même prolongé par une tranche de travaux "B", prévue entre le 16 août et le 15 décembre59. La 7e Armée n’étant cependant pas prioritaire, car le Groupe d’armées n°1 l’a placée en troisième urgence, ce deuxième programme comprendrait pour la grande part l’achèvement des travaux de la première tranche.

Dans le même temps, des études sont menées pour inonder les Moëres françaises à partir de l’eau du Val d’Uxem60.

Du 20 avril au 10 mai, le commandement étudiera de nouvelles hypothèses d’emploi des forces de la 7e Armée. La variante n°1 à l’hypothèse Dyle61 est mise au point le 7 mai pour répondre à l’éventualité d’une agression allemande limitée à la Hollande, la Belgique ne prenant pas parti. Au cours de cette période, l’exaspération des officiers de l’état-major de la 7e Armée est manifeste. Sa note qui décline la variante 1 indique même que "tant que la neutralité plus ou moins malveillante des Belges persistera, la 7e Armée sera appelée à prendre certaines précautions".

Le 10 mai au matin, la 7e Armée doit donc être en mesure de déclencher trois types d’alerte pour entreprendre quatre manœuvres différentes : Dyle - Hollande, Dyle - Belgique, Escaut, avec la possibilité d’aller, soit à la frontière hollando-belge, soit à l’Escaut maritime, soit dans les îles, variante 1. Avec les trois stades d’alerte, cela représente douze conduites possibles. La conclusion du général Giraud le 24 avril traduit d’ailleurs une certaine lassitude : "Je me suis efforcé, dans toute la mesure du possible, d’assurer dans chacune de ces éventualités des conditions de départ identiques à toutes les grandes unités. Mais en raison des différences qui subsistent malgré tout, il y a intérêt à lever le plus tôt possible l’indétermination, pour permettre aux chefs responsables de préparer la manœuvre envisagée, tant sur le plan intellectuel que sur le plan matériel". 

Quand, l’ordre d’exécution de la manœuvre Breda est donné le 10 mai 1940, les unités de la 7e Armée sont en mesure de se lancer dans un raid de 250 kilomètres, qui comportera le difficile franchissement de l’Escaut, puis de combattre dos à la mer dans une zone sans profondeur dans le cadre d’un hypothétique dispositif intégrant les Neutres. La préparation d’un mouvement d’approche tactique d’une ampleur aussi considérable a été conduite par un état-major qui a le culte de la mission. Il en résulte une manœuvre complexe, mais réalisable au niveau de l’armée.

Le général Giraud est conscient qu’il se lance dans une course à handicap. Il en a référé à ses supérieurs, mais la décision ne lui appartient pas. Il faut louer sa discipline et son honnêteté, ainsi que celles des officiers de son état-major. Ils ont conçu l’action la plus brillante possible en regard des lourdes contraintes imposées par la hiérarchie. C’est l’attitude du général Gamelin, omniprésent, qui explique l’action de la 7e Armée. Avant la drôle de guerre, il a déjà décidé de la manœuvre des armées françaises. Incapable d’exprimer un ordre, il accepte que son idée de base soit amendée jusqu’à en devenir irréaliste. Ses idées, trop intellectuelles, sont difficiles à exploiter par les états-majors.

Les armées françaises vont entrer en Belgique suivant une logique du tout ou rien : soit elles arrêtent les troupes allemandes, soit elles sont défaites, mais les actions à mener dans ce cas n’ont pas été envisagées.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Notes:

1 SHAT 29N387. Citation de Bossuet inscrite sur le dossier comportant les synthèses de renseignement de la 7e Armée à compter du 30 mai 1940.

2 Colonel J. Delmas, colonel P. Devautour, E. Lefevre, Mai-juin 40. Les combattants de l’honneur, Paris, Copernic, 1980, p. 14.

3 B. Chaix, Conception et déroulement de l’intervention des forces franco-britanniques en Belgique au mois de mai 1940, thèse de doctorat en histoire, Paris I, 1999, p. 11.

4 B. Chaix, op. cit., p. 11.

5 Lettre n° 1460/S. -CSG - Paris le 6 avril 1935 - général Gamelin à ministre de la Guerre. Cité par P. Le Goyet, Le mystère Gamelin, Paris, Presses de la Cité, 1975, p. 117.

6 B. Chaix, op. cit., p. 141.

7 B. Chaix, op. cit., p. 144.

8 P. Le Goyet, op. cit., p. 11.

9 SHAT 29N385. Mission de la 7e Armée dans le cadre du plan E.

10 Lettre de Daladier du 18 oct. 1940, SHAT 27N8, citée dans B. Chaix, op. cit., p. 221.

11 J. Delmas, op. cit., p. 15.

12 P. Rocolle, La guerre de 1940 - les illusions, Armand Colin, 1990, p. 98.

13 Général Giraud, Mes évasions, Paris, Julliard-Sequana, 1946, p. 12 : "(pour s’évader), il faut la veine, la Veine avec un grand V".

14 SHAT 29N352. Rapport du lieutenant-colonel Devinck, chef du 4e bureau de la 7e Armée du 3 septembre 1939 au 30 juin 1940, en date du 23 mars 1942.

15 SHAT 29N355. Note de service 13 S/3/3e Bureau du 4 septembre 1939 sur l’organisation de l’armée.

16 SHAT 29N354. Instruction n° 79, réglant le fonctionnement intérieur du quartier général, non datée.

17 SHAT 29N354. Note 2825 I/F.T. du 26 octobre 1939, rectificatif aux tableaux d’effectifs de guerre des quartiers généraux de groupes d’armées et d’armées.

18 SHAT 29N354. Note de service n°70 S/3 7A du 13 septembre 1939.

19 Ce terme regroupe les notions de déploiement et d’articulation sur le terrain.

20 C’est ce que l’on appelle encore un poste de commandement tactique.

21 SHAT 29N354. Note n°448 S/3 du 3 octobre 1939, aide-mémoire à l’usage du commandant de quartier général au sujet des conditions d’installation des divers organes (état-major, commandements, directions et troupes) du quartier général. Cette note fixe dans le détail l’infrastructure nécessaire à chaque autorité ou bureau.

22 SHAT 29N352. Note pour le général commandant la 7e Armée N°0623/NE du 20 octobre 1939.

23 SHAT 29N385. Lettre n° 500 S/3, du général Giraud au général Georges datée du 5 octobre 1939.

24 SHAT 29N352. Rapport du commandant Allemane, publié le 23 août 1944 sous le titre Les armées du nord (7e et 1re armées). Ce document est articulé en une introduction, puis un texte et des annexes. Il comprend notamment un développement important sur "la mise au point de la manœuvre Belgique-Hollande par le haut commandement au cours de l’hiver 1939-1940" dont est tiré cet "aperçu géographique sommaire sur la Belgique, structure, peuplement, viabilité, hydrographie". Les renseignements utilisés par le commandant Allemane pour rédiger cet aperçu proviennent de l’étude 2523 S/2 du Groupe d’armée n° 1 du 8 novembre 1939, étude se fondant elle-même sur des travaux du Centre national de la recherche appliquée de Lille.

25 SHAT 29N385. Lettre n° 851 S/3 du 18 octobre 1939 du général Giraud au général commandant le théâtre d’opérations du front Nord-Est, sur "la défense contre l’intervention des grandes unités cuirassées et de l’aviation volant bas".

26 SHAT 29N385. Compte-rendu n°4615 de la réunion du 23 décembre 1939, sur les opérations en Hollande, envoyé par le Groupe d’armées n° 1 à la 7e Armée. L’audace ne caractérise pas la planification française de l’époque :

27 SHAT 29N385. Instruction personnelle et secrète n° 7 du 24 octobre 1939 du général commandant le théâtre d’opérations du Nord-Est.

28 SHAT 28 N 4. Instructions du général Billotte, destinées essentiellement au général Giraud par l’instruction personnelle et secrète n° 8, enregistrée n°2636/3/GA1, du 10 novembre 1939.

29 Journal de marches et opérations, op. cit. Au cours d’une liaison au GQG, le 6 novembre, le chef du 3e bureau de la 7e Armée a été alerté sur le rôle de la 7e Armée en cas de manœuvre Hollande.

30 SHAT 29N385. Note du général Georges n°734 3/NE du 12 novembre 1939.

31 SHAT 29 N 353. Instruction personnelle et secrète n°1 du général Giraud du 12 novembre 1939.

32 SHAT 29N352. Constitution du Groupement Nord des Groupements de reconnaissance, rattaché à la 7e Armée le 13 novembre.

33 SHAT 29N385. Lettre du général Billotte au général Giraud n°2967 S/3 du 18 novembre 1939.

34 Le terme employé par le général Gamelin est desserrement.

35 C’est en fait au cours de la réunion franco-britannique du 16 novembre, à laquelle assiste le général Giraud, que le général Georges décide de réduire à deux le nombre des hypothèses étudiées. Il s’agit de réduire le nombre d’études complexes à mener pour projeter l’aile gauche alliée à grande distance dans des conditions mal connues.

36 Général Baurès, mai 1949, dans sa préface du livre de M. Lerecouvreux, L’armée Giraud en Hollande (1939-1940), Nouvelles éditions latines, Paris, 1951.

37 P. Lerecouvreux, op. cit., p. 40. Initialement, en septembre 1939, le général Gamelin pensait faire monter les troupes françaises vers le canal Albert en conservant la 7e Armée en réserve. Ceci accrédite la thèse selon laquelle, voulant à tout prix créer un front commun avec les neutres, mais incapable d’imposer ses vues aux généraux Georges et Prételat, il a été conduit à engager prématurément les unités conservées jusqu’alors en réserve à son niveau.

38 P. Le Goyet, op. cit., p. 66, citant le général Gamelin qui expose pour la première fois ses idées sur l’art de la guerre, devant le Centre des Hautes Etudes Militaires en 1937 : "La manœuvre a toujours abouti à des fronts. Mais dans la guerre de jadis, elle n’y aboutissait que pour le choc. Le feu qui domine les guerres d’aujourd’hui ne peut s’ajuster que sur des fronts. Et plus que jamais, devant les progrès de la motorisation et de la mécanisation, tout dispositif doit permettre de constituer rapidement un front".

39 P. Le Goyet, op. cit., p. 264, cite l’exemple de la conception d’une action contre le pétrole russe du Caucase en février 1940.

40 Hypothèse émise par P. Rocolle, op. cit., p. 283.

41 SHAT 29N385. Message 100/section du chiffre, n° 919 / cab. L’amiral Darlan et le général Billotte sont également présents à Dunkerque ce même jour.

42 SHAT 29N387. Note du 3e bureau de la 7e Armée du 29 novembre 1939, relative à la réunion du 29 novembre 1939 à Dunkerque.

43 SHAT 29N382. Ordre particulier n°2937 pour le groupement Nord des groupements de reconnaissance 7A S/3 du 2 décembre 1939 : "II - Mission. Quelle que soit l’éventualité envisagée, l’opération menée par le groupement Nord des groupements de reconnaissance est à base de vitesse. Il s’agit d’un véritable raid".

44 P. Rocolle, op. cit., p. 288.

45 SHAT 29N387. Étude n° 3014 S/3 du 3 décembre 1939 sur "une intervention éventuelle de la 7e Armée en Hollande méridionale (région de Breda)".

46 P. Le Goyet, op. cit., p. 64, décrivant le commandant en chef à sa prise de fonction en 1935.

47 SHAT 29N354. Ordre préparatoire 7A/3e bureau/3536 S/3 du 10 décembre 1939, concernant le fonctionnement éventuel du quartier général de la 7e Armée en opérations. Cet ordre concerne le cas où la 7e Armée serait amenée à intervenir en Belgique.

48 SHAT 29N385. Compte-rendu de la réunion au Groupe d’armées n°1 du 23 décembre 1939.

49 Le terme employé aujourd’hui est échelonnement.

50 SHAT 29N361. Lettre n°4271 du général Giraud du 27 février 1940. Le 14 mars 1940, dans sa lettre réponse n°6275, le général Georges prendre acte de ces lacunes : "Je ne méconnais pas la situation d’un certain nombre de divisions de série B qui, mises sur pied avec des dotations réduites, notamment en artillerie, ont une valeur combattante inférieure à celle des autres divisions". Il reconnaît cependant son impuissance : "Il n’en reste pas moins qu’une amélioration de la situation des divisions de série B est nécessaire et urgente, dans la limite permise par les sorties et les livraisons de matériel".

51 SHAT 29N385, note n° 633 du GA1 à TO Nord-Est du 11 février 1940.

52 SHAT 29N352, note 392 3/FT signée par le général Gamelin le 12 mars 1940.

53 SHAT 29 N 383. Note 5764 S/3 7A du 13 mars 1940.

54 SHAT 29N385. Instruction personnelle et secrète n°5 du 25 mars 1940 du général Giraud, enregistrée sous le n° 6918 S/3. Annule et remplace l’instruction personnelle et secrète n°4 du 27 février 1940.

55 SHAT 29N403. Commission d’enquête sur les repliements suspects, rapport du capitaine d’Haille du 21 août 1940 sur la destruction des tunnels d’Anvers.

56 P. Lerecouvreux, op. cit., p. 51.

57 Le 10 mai au matin, le général Georges lui-même ignorera pendant plusieurs heures que ce jour est G1.

58 SHAT 29N355. Note de service n° 0833 S/3/ 3° bureau/EM du 5 mai 1940 signée par le général Giraud sur la protection des ouvrages fortifiés contre les chars lance-flamme. Cette note concerne "l’organisation défensive de la position en territoire national".

59 SHAT 29N403. Note n°658 S/3 du 21 mars 1940 pour le génie de l’armée et le 16e corps d’armée.

60 SHAT 29N403. Note N°7358 S/3 du 28 mars 1940.

61 Diffusée par l’état-major du général Georges le 16 avril, par le Groupe d’armée n° 1 le 23 avril dans "le cas où, à la suite d’une agression de la Hollande, la situation ne serait pas assez nette pour que le commandement puisse décider d’emblée le déclenchement de la manœuvre Dyle".

  

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