LES RÉSEAUX D’INFORMATION DE LOUVOIS DANS LES PROVINCES-UNIES ET AUX PAYS-BAS CATHOLIQUES, 1671-1691 : GUERRE ET RENSEIGNEMENT À LA FIN DU XVIIe SIÈCLE

 

Yann Brousse

 

 

Louis XIV ne pouvait se faire lire toutes les dépêches qui lui étaient envoyées par les ambassadeurs, intendants, gouverneurs et autres agents de la monarchie. Il revenait à ses plus proches collaborateurs, c’est-à-dire aux ministres et secrétaires d’État, de lui en faire une synthèse. Nous comprenons donc l’importance pour les grands commis de l’État d’être bien renseignés, ce qui eut souvent pour conséquence une sorte de course à l’information, dans le cadre d’une lutte permanente entre clans ministériels pour les postes clés.

Rarement un ministre de Louis XIV aura autant bénéficié de conditions aussi favorables que François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, pour se servir de réseaux de renseignement1. Dès son entrée en charge comme secrétaire d’État, en 1662-1663, les agents du département de la guerre peuvent constater ses exigences en matière d’information. Au marquis de Bellefonds, qui ne lui adresse pas assez de rapports à son gré, il demande, dans son style si caractéristique, si ce n’est pas la marche qui lui "a osté le moyen d’escrire". "Comme Sa Majesté désire estre informée de tout, il sera à propos que vous escriviez soigneusement icy par tous les ordinaires"2. Les correspondants de Louvois sont bien conscients de cette soif d’information et se font un devoir de bien le renseigner. Bomont, secrétaire de Servien, ambassadeur de France à Turin en 1662, à qui le duc de Savoie avait dit : "que M. de Louvois n’a pas esté bien informé", lui aurait répliqué : n’aviez pas accoutumé d’estre surpris, et que ce serait beaucoup de témérité d’hazarder à ne pas vous rendre compte des choses comme elles se passent, que vous démeslez toujours fort bien toutes choses du vray d’avec ce qui ne l’estoit pas"3.

En 1668, Louvois obtient la charge de surintendant général des postes. La lettre étant alors le principal support de l’information, il en supervise la circulation et fait du contrôle des postes avec l’étranger un domaine réservé. Sous son administration, la poste devient un instrument politique, renforcé par la direction du cabinet noir. Le courrier, après avoir été intercepté, y est ouvert, déchiffré, recopié puis scellé à nouveau avant de reprendre son chemin. À ses charges vient s’ajouter celle de secrétaire d’État des affaires étrangères de septembre 1671 à février 1672. En effet, Pomponne, nouvellement nommé à ce poste alors qu’il est ambassadeur en Suède, mène à son terme sa négociation, si importante à la veille de la guerre de Hollande. Louvois exerce donc l’intérim, prenant contact avec de nombreux diplomates, dont certains entretiennent déjà une correspondance avec le secrétaire d’État de la guerre. Malgré la fin de son intérim, ces commerces de lettres persistent jusqu’à sa mort, laissant parfois dans l’ignorance Pomponne et son successeur, Colbert de Croissy.

Une personnalité si avide de renseignements, associée au trois charges exercées simultanément, ont permis à Louvois d’organiser un véritable circuit européen de l’information. Ce personnage, plus qu’aucun autre, est susceptible de nous offrir une vision globale du renseignement dans la deuxième moitié du xviie siècle, dont les ramifications remontent jusqu’au sommet de l’État. Il s’agit d’une réelle opportunité d’étudier le renseignement à une époque où il n’existe pas encore d’organisation spécifique, si ce n’est le cabinet noir, embryon des premiers organismes de décryptage.

Notre étude se limite géographiquement aux Provinces-Unies et aux Pays-Bas catholiques, région au centre des préoccupations stratégiques de Louis XIV et de Louvois. L’ensemble des guerres du règne ont eu pour principal théâtre d’opération les Pays-Bas espagnols, dont Louvois voulait faire un glacis protégeant le royaume contre les Provinces-Unies. La guerre de Dévolution, premier conflit du règne personnel de Louis XIV de 1667 à 1668, avait déjà pour but d’annexer une partie des Pays-Bas.

On va suivre dans la durée les mêmes hommes, ambassadeurs, militaires, intendants et autres agents dans leurs tribulations, afin de mieux comprendre la diversité et la complexité des rôles qu’ils ont joué. Il ne s’agit donc pas de décrire de façon exhaustive les réseaux d’information de Louvois, qui ne lui sont par ailleurs pas toujours spécifiques, mais de dresser un tableau, une esquisse du renseignement tel qu’il pouvait fonctionner dans ce deuxième xviie siècle.

Les réseaux d’information

Louvois étant avant tout secrétaire d’État de la guerre, il faut donc commencer par les agents de son département. Le ministre place toujours aux postes de gouverneur de places conquises ou frontalières des hommes capables dont il connaît les compétences en matière de renseignement. Ainsi, le colonel suisse Pierre Stoppa (1620-1701), nommé à Utrecht après la prise de la ville pendant l’été 1672, reçoit ordre de Louvois "de [lui] faire savoir tout ce qui viendrait à [sa] cognoissance des affaires de ce paiis"4. Ce dernier ne perd pas son temps et trouve un bourgeois de la ville en qui il a toute confiance pour le renseigner, se tenant aussi informé par des lettres de Hollande, adressées à des particuliers, qui, selon ses propres mots, lui "tombent entre les mains"5. Autant dire qu’il se les procure par des moyens plus que douteux. Un autre gouverneur se révèle particulièrement efficace dans son rôle d’informateur. Il s’agit d’Henri de Saint-Bris, marquis de Lambert (1631-1686), placé à Arlon aux portes du Luxembourg, enjeu de taille pour Louis XIV. Il reçoit ordre de Louvois "de tenir quelqu’un à Trèves qui puisse [l’] informer de ce qui s’y passe"6. Cet homme très organisé profite de sa position pour monter un véritable réseau ; il correspond régulièrement avec le gouverneur de Charlemont, Réveillon ; il entretient des gens dans le pays pour l’informer. Il tient plusieurs officiers à Trèves et Weisserbilig, dont un sieur Charmoy, "qui tour à tour faisoit des voyages à Wittlich et du costé de Coblentz pour s’instruire des bruits qui courroient en ce paiis-là"7. Il garde aussi un œil du côté de Liège et du pays de Limbourg, ayant un officier à Liège, le sieur Fontel8.

En tant que secrétaire d’État de la guerre, Louvois gère l’administration des provinces de son département qui, suite à un échange effectué avec Pomponne en 1673, forment un ensemble cohérent le long des frontières de France. La Flandre entre dans cet ensemble, et le ministre veille à y faire nommer des hommes à lui. C’est le cas de Michel Le Peletier de Souzy, ami de Louvois et membre du clan Le Tellier, intendant de Flandre de 1668 à 16839. L’intendant, dans un souci toujours récurrent d’être au fait de ce qui se passe dans sa province et au delà de la frontière, se sert du grand bailli de Lille, Carnin, "sans contredit le plus habile homme de la ville et j’ose dire le plus zélé pour le service du roy"10. Un de ses fidèles lui est très utile : c’est le sieur Waultier, employé pour la vérification des écritures. Mais il a aussi des contacts en pays étranger, notamment un agent dont le choix de l’affectation est soumis à Louvois11. D’autre part, en tant qu’intendant, il a un rôle à jouer dans le bon déroulement du commerce et, dans un temps où celui-ci est interdit avec la Hollande et les Pays-Bas espagnols, il doit surveiller la contrebande. Il reçoit pour cela des informations d’un certain Wanackère, "marchand fort riche, fort intelligent et fort entreprenant de Menin"12. Afin de récupérer l’information des gouverneurs de places conquises en toute sûreté, Louvois utilise les intendants en demandant aux gouverneurs de faire passer le courrier par leur intermédiaire et, pour favoriser ces relations, met en place un système commun de chiffre. Le 8 février 1679, il envoie à Le Peletier de Souzy des tables à chiffrer et à déchiffrer, avec ordre d’en donner des doubles aux gouverneurs, dans des paquets cachetés et contre reçu. Quand on change de chiffre, l’intendant redemande les tables et les paquets, qui doivent être rendus cachetés s’ils n’ont pas servi13.

Le Peletier de Souzy peut encore compter sur Michel-Ange de Woerden. Woerden est un de ceux que l’historiographie anglo-saxonne nomme "courtiers"14, personnages qui mettent au service d’un patron leurs réseaux propre d’alliance, leur clientèle locale, régionale, voire internationale. Ce gentilhomme flamand, né à Chièvres en 1629, descendant d’une grande famille catholique de Gueldre, trouve refuge dans les Pays-Bas espagnols et est en contact avec la culture française. Habile négociateur, il apparaît dans divers règlement de contentieux entre la France et l’Espagne en tant que collaborateur du gouverneur général des Pays-Bas. Il séjourne à Paris (1659-1662), période pendant laquelle on le retrouve dans l’entourage de la reine Marie-Thérèse, et s’y fait des amis, dont Le Tellier, Louvois et Honoré Courtin, grand diplomate du temps. C’est alors qu’il passe au service de la France. En 1662, Louis XIV le nomme grand bailli de Lille et, à partir de la nomination de Le Peletier de Souzy en 1668, il joue un rôle de plus en plus important car Louvois le charge de guider l’intendant. Woerden entretient une double correspondance avec les deux hommes. Le 3 février 1675, il remercie le roi de la commission qu’il a reçue "pour traitter des contributions avec celuy qui sera député par le gouverneur général des Pays-Bas espagnols" et assure qu’il apportera "tout le zèle et l’application pour cela"15. Il tient le journal de la conférence de Deinze, qu’il envoie à Le Peletier de Souzy16, ce dernier le faisant parvenir à Louvois, ce qui permet au secrétaire d’État d’intervenir dans une négociation qui dépend des affaires étrangères. Intégré, flamand d’origine, Woerden est à même de former un informateur discret, adressant à Louvois les journaux qui paraissent dans les Pays-Bas17. Son étoile monte encore puisqu’il est nommé une nouvelle fois commissaire à Courtrai en 1679, pour la délimitation des frontières, ses informations étant envoyées à Louvois par l’intermédiaire de Le Peletier de Souzy18. Louvois le traite comme un ami et n’est pas étranger à son élévation au titre de baron19. Nous retrouverons Woerden un peu plus tard, car son rôle occulte ne s’arrête pas là.

Louvois dispose à Liège d’un autre informateur de choix : Louis Bruant Descarrières. Cet homme a fait partie de la clientèle de Fouquet et a été obligé de fuir la France à la chute de ce dernier en 1661. Nommé par Louis XIV résident auprès du chapitre de Liège en 1674, il est en contact régulier avec Louvois pour des négociations secrètes avec le chapitre de la ville20, étant en particulier en relation avec un chanoine de la cathédrale nommé Quevin. Louvois se sert de cet homme en temps de guerre pour faire parvenir des lettres en sûreté à ses généraux. Il lui écrit le 17 décembre 1672 : "Je vous envoye un pacquet pour M. de duc de Duras qu’il est très important que vous luy envoyez par quelqu’un d’intelligent, et vous l’ouvrirez pour en faire trois coppies que vous luy envoyerez par des gens différends"21. Le ministre prend toutes ses précautions, et il fait bien, car le marquis de Villars, ambassadeur de France en Espagne à cette époque, se plaint, en février 1673, que "le courrier qu’à fait dévaliser le comte de Monterey [gouverneur des Pays-Bas] quasi en sa présence est une continuation des attentats espagnols sur lesquels il espère peu de réparation…"22.

Comme l’a montré Lucien Bély, autour de l’ambassadeur gravitait une nébuleuse de faux secrétaires, d’agents infiltrés, surtout lors des congrès et des négociations. Louvois ne saurait se passer de cet "honorable espion" et est en contact avec la plupart des ambassadeurs, envoyés, résidents et chargés d’affaires en Europe. Sa tendance à accaparer les dossiers et à vouloir mêler diplomatie et guerre explique sa volonté d’être renseigné par les agents des affaires étrangères. Au début d’une guerre, et avant même qu’un des deux camps ait pris le dessus et fasse prévaloir ses exigences, les négociations pour la paix s’engageaient. La correspondance de Louvois conservée à Vincennes comprend donc un grand nombre de lettres des diplomates français en service du temps du secrétaire d’État de la guerre. Pour la Hollande, nous citerons surtout Jean-Antoine de Mesmes, comte d’Avaux, plénipotentiaire du roi à Nimègue puis son ambassadeur à La Haye de 1678 à 1688. Il fait aussi partie de la clientèle de Louvois et est de ses correspondants les plus assidus.

Hors de toutes les catégories citées précédemment, un personnage appartient exclusivement à Louvois. Il s’agit de Joachim d’Alencé, issu d’une famille de marchands parisiens, faisant partie de la bourgeoisie de la capitale23. Il pourrait être né vers 1630. Son père, Martin d’Alencé, devint "chirurgien ordinaire du roy"24 dans les années 1650. Joachim est titulaire d’une charge de secrétaire du roi, au moins dès 1663, quarante de ces charges ayant été mises en vente en 1655. Il est difficile de savoir s’il l’a lui-même achetée, mais il apparaît plus vraisemblable que ce soit son père qui lui ait transmis, soit par résignation, soit à sa mort. Comme beaucoup de roturiers qui avaient des fonds importants, Martin d’Alencé aspirait à la noblesse, et la charge de secrétaire du roi avait l’avantage de la conférer dès la première génération, au bout de vingt années d’exercice, d’où son surnom de "savonnette à vilains". D’Alencé commence sa carrière comme commis de Loménie de Brienne, secrétaire d’État des affaires étrangères de 1643 à 1663. Puis il passe au service du chancelier Pierre Séguier comme secrétaire, sans doute en 1663. En 1672, lorsque le chancelier disparaît à son tour, Louvois le prend à son service au département de la guerre25. Affaires étrangères, justice, guerre, voilà un homme dont les compétences semblent variées et reconnues, puisqu’il a travaillé sous les plus grands commis de l’État de son époque.

Dès 1684, Louvois l’envoie en Hollande, où il reste jusqu’en 1688. De cette période, très peu de lettres de d’Alencé à Louvois nous sont restées. Seuls les brouillons des minutes de Louvois subsistent. On suppose que d’Alencé correspond peu avec le ministre, mais plutôt avec son premier commis, La Chapelle. Pendant ces quatre années, il se charge essentiellement des recherches d’ouvrages et d’objets d’art, sur ordre de Louvois, qui veut augmenter la valeur du cabinet du roi et du sien. Depuis la mort de Colbert en septembre 1683, Louvois, devenu surintendant des Bâtiments, arts et manufactures, prend soin de la Bibliothèque du roi, du Cabinet des médailles et du Jardin du roi. En janvier 1685, d’Alencé part pour Nuremberg, afin de rédiger un mémoire des médailles qu’un marchand de la ville possède26, avant d’aller à Augsbourg chez un lapidaire dans le cabinet duquel il découvre un vase d’agate oriental. Louvois s’en porte acquéreur à condition "de convenir avec luy d’un prix raisonnable"27. Il parcourt les foires de Francfort à la recherche de livres rares, organise un échange entre le jardin des simples d’Amsterdam et le Jardin du roi. D’Alencé y gagne des ananas28. C’est lors de cet échange qu’il fait la connaissance du sieur Comely, conseiller de la ville d’Amsterdam29. L’année 1688 marque pour d’Alencé la fin de ses activités de fournisseur des bâtiments du roi. En effet, la guerre reprend et précipite son départ. Très surveillé, il en devient dangereux pour son entourage. "Quelques personnes des Estats et mesme quelques-uns de la Régence d’Amsterdam, que je voyais familièrement et qui marquoient avoir pour moy de l’amitié, m’ont dit depuis plusieurs jours qu’on leur avoit reproché qu’ils me voyaient souvent et mesme chez eux, que cela les pouvoit rendre suspects au Prince [d’Orange] auquel le rapport et le mesme reproche a esté fait à des marchands et à de simples ouvriers que je faisoit travailler"30. L’ambiance à Amsterdam se dégrade, puisque l’informateur du marquis de Seignelay, un certain Le Danois, songe à partir. Le comte d’Avaux va faire de même, entraînant avec lui le sieur Chabert, consul. Comment maintenir une liaison avec la Hollande pour continuer à être renseigné ?

Il fait mauvais être Français en Hollande en cette fin d’année 1688. D’Avaux et Le Danois "ont fait l’un et l’autre tout leur possible pour trouver en ce pays quelqu’un qui voulût correspondre avec Messeigneurs de Croissy et de Seignelay, ce qu’ils n’ont pu trouver"31. Apparemment, les candidats manquent, et même l’envoyé extraordinaire du roi de Pologne se voit proposer des correspondances, ce qu’il refuse. Croissy et Seignelay se retrouvent provisoirement sourds et aveugles, tandis que Louvois peut compter sur les capacités de son agent. D’Alencé estime avoir ses chances avec l’envoyé du roi de Pologne. "Je me flatte, écrit-il à Louvois, que si, estant obligé de partir d’icy, je faisois une pareille proposition de vous, il l’accepteroit avec joye. Je ne me suis ouvert en rien à luy sur cela, et je n’en feroy l’ouverture que quand j’en auroy vostre ordre. Il est icy considéré et estimé de la plupart des députés des Estats, qu’il connoist particulièrement, il est en très bon commerce avec tous les autres ministres estrangers. Il a outre cela pratiqué plusieurs habitudes par le moyen desquelles il est informé de ce qui se passe de plus secrets dans les Estats32. Au départ du comte d’Avaux, Louvois seul est en état de maintenir le circuit de l’information. Par la suite, d’Alencé est en contact permanent avec un informateur anonyme, qui le renseigne sur les délibérations des États généraux, ce qui permet de penser que la proposition à été acceptée par l’envoyé du roi de Pologne.

Avant de partir pour Lille sur les ordres de Louvois, d’Alencé se met en relation avec un certain Mondotiquy, "marchand françois habitué d’Amsterdam, et cy devant correspondant de feu Monsieur Sadoc"33, banquier juif d’Amsterdam, correspondant et bailleur de fonds du ministre pour ses trafics de poudre. Il garde aussi d’autres contacts à Amsterdam, en particuliers avec le sieur Comely, et à Rotterdam. Le sieur Guillaume Redj34 reste un de ses correspondants les plus assidus, dont les compétences vont être utilisées par la suite. Il s’agit encore d’un marchand de Rotterdam. D’Alencé reçoit encore la proposition de service du sieur Montigny, toujours de Rotterdam. Il écrit à Louvois : "Ledit Montigny me marque qu’il faut qu’il me vienne trouver pour me dire des choses qui ne peuvent estre escrites d’où il est. Je luy manderay de venir et luy payeray son voyage, qu’il peut faire pour cinq ou six pistoles"35. Louvois, toujours prêt à économiser l’argent du roi, confirmait déjà à d’Alencé qu’il n’a "qu’à faire scavoir au sieur de Montigny qu’il peut [lui] mander les nouvelles qu’il aura et que si elles sont bonnes, on luy donnera quelque chose par mois"36. Après que Montigny lui a rendu visite à Lille37, d’Alencé, convaincu par le bonhomme, confirme son opinion au secrétaire d’État : "Comme il connoist la Hollande et l’Angleterre, et qu’il souhaite de se donner entièrement à vous, pour faire tout ce que vous luy ordonnerez, sans aucune réserve, et qu’il a assez d’intrigue et d’esprit pour se tirer d’affaire lorsqu’il lui en arrivera, j’ay cru qu’il seroit plus à propos qu’il vous allast trouver luy-mesme, pour vous dire en quel estat il a laissé les choses en Hollande, dont il paroist assez bien instruit, et recevoir vos ordres. Il ne refusera rien de ce que vous luy proposerez et vous servira avec toutte la fidélité possible. Son nom est Allaire"38. L’affaire parvient à son terme, et Louvois conseille alors à d’Alencé de s’organiser pour l’envoi des lettres39. D’Alencé garde aussi des contacts dans la province de Zélande, notamment avec un des bourgmestres de Middelbourg40. À Lille, il reçoit souvent la visite de deux marchands de la ville, les frères Tauiel, ou reste en contact avec eux par un commerce de lettre41. Ces marchands ont plus d’une corde à leur arc et entretiennent eux-mêmes des relations autres que commerciales avec des marchands étrangers.

Après la disparition de Louvois, d’Alencé reste au service de son fils le marquis de Barbezieux. Il continue son activité de renseignement et met fin à la contrebande de poudre. Il entre au service de Chamillart en janvier 1701 et meurt avant 1714.

Le renseignement diplomatique et militaire

Louvois conçoit la guerre comme un administrateur. Malgré sa fougue naturelle, il est surtout un temporisateur, qui évite de laisser au hasard le sort d’une campagne, d’où la nécessité d’être parfaitement renseigné. D’autre part, la préférence donnée désormais à la guerre de siège sur les batailles, contre la volonté de Turenne, voire à la guerre d’usure, va dans le sens de la recherche de l’information et de la priorité donnée au secret.

Le ministre le déclare souvent au roi : la guerre contre la Hollande sera une guerre-éclair. Pour cela, il doit savoir quel est l’état des forces des Hollandais et l’importance de l’aide qu’ils reçoivent. Jean Heiss paraît bien informé grâce aux diverses correspondances qu’il entretient dans les évêchés rhénans où les Hollandais possèdent plusieurs places fortes. Ce diplomate était résident de l’électeur de Trèves à Paris, mais il passa au service de la France pour quelques missions à Mayence (1671) puis à Trèves (1673). Jusqu’en 1688, date à laquelle Louvois le nomme intendant de l’armée française en Allemagne puis commissaire des guerres dans le pays de Cologne, il joue le rôle d’informateur exclusif du ministre. Malgré son rôle de diplomate, il n’entretient pas de correspondance avec le secrétaire d’État des affaires étrangères.

Pendant le conflit, les agents de renseignement de Louvois font fonctionner leur réseau pour renseigner le secrétaire d’État de la guerre. Mais parfois les informations se révèlent erronées ou sont mal analysées, comme c’est le cas en la fin de 1672. Stoppa, gouverneur d’Utrecht, prévient Louvois que "presque toute leur cavalerie [des Hollandais] et quatorze régimens de leur infanterie estoient marchés du costé de Breda"42. Le dessein de leur entreprise n’est pas connu, encore moins la cible : Bois-le-duc, Maastricht, Tongres, Liège ou bien encore Crèvecœur. Une rumeur circule selon laquelle ces troupes seraient envoyées en quartier d’hiver en Zélande ou en Brabant "pour décharger la Hollande qui crie fort et qui ne les veut pas recevoir dans les ville", ce qui peut les emporter. Le 11 novembre 1672, le dessein du prince d’Orange et des États généraux n’est toujours pas connu, "mais la plus commune opinion est qu’ils n’en ont point d’autre que de jetter un gros convoy dans Maastricht"43. Stoppa ne croyait pas que les Espagnols aideraient le prince d’Orange, et que ce dernier ne tenterait rien dans l’immédiat à la fin de l’année 1672. Grosse erreur, puisque Guillaume d’Orange, avant de prendre ses quartiers d’hiver, met le siège devant Charleroi, aidé des Espagnols. Il espère, une fois la ville tombée, faire sa jonction avec les armées de l’Empereur et de l’électeur de Brandebourg, dont Turenne retarde justement la progression. L’alerte a été chaude, mais la place résiste, et Guillaume doit en lever le siège le 2 décembre 1672. Voilà une occasion où le renseignement s’est révélé inefficace.

Les intendants des provinces frontières sont mis à contribution. Le Peletier de Souzy envoie souvent des hommes en mission de reconnaissance ou de renseignement dans les Pays-Bas espagnols44, parfois sur les ordres de Louvois qui lui écrit que le seul "moyen d’empescher la continuation des désordres que font les petits partis qui vollent à la campagne, c’est que les gouverneurs des places de l’obéissance de Sa Majesté envoient de fréquens partis dehors pour essayer d’attraper ces voleurs-là"45. À partir de 1673, le roi entretient dans les places frontières de petits groupes de partisans, gens connaissant bien le pays voisin, qui peuvent fournir des informations sûres. Ces hommes reçoivent une solde et des rations de fourrage régulières, des gratifications pour les nouvelles importantes qu’ils rapportent et une part des prises lorsqu’ils en font. Lambert, gouverneur d’Arlon, entretient "des gens dans le pays, fidèles et instruits, qui [lui] font sçavoir touttes choses"46. Ces gens, ce sont bien sûr des partisans qui, outre leur rôle de guide pour les soldats que l’on envoie en reconnaissance au delà des frontières, renseignent des gouverneurs de places fortes sur les mouvements des troupes ennemies, les déserteurs et la contrebande.

Mais il ne suffit pas d’espionner les mouvements de troupes pour être efficacement renseigné, et surtout avec un temps d’avance suffisant pour agir en fonction de ces informations. Louvois bénéficie d’un réseau qui encadre très bien les États généraux et possède des informateurs jusque dans l’entourage proche du prince d’Orange. De Lannoy nous fournit le plus bel exemple qui soit d’un informateur infiltré au rôle très ambigu. Pour André Corvisier, il s’agit d’un agent de Louvois, placé dans la domesticité du prince d’Orange, qui correspond avec le secrétaire d’État de la guerre par l’intermédiaire du comte d’Estrades, gouverneur de Maastricht. La réalité semble un peu différente, puisqu’il est difficile de considérer cet homme comme un agent de Louvois alors qu’il n’entretient pas de correspondance directe avec le secrétaire d’État et qu’il est intervenu par l’intermédiaire du comte d’Estrades. De Lannoy est un valet de chambre du prince d’Orange47 dont le comte d’Estrades s’était rapproché lorsqu’il était ambassadeur extraordinaire en Hollande de 1663 à 166848. Il se met à correspondre avec d’Estrades à partir de 1674, le renseignant sur le nombre de vaisseaux et de troupes que le prince d’Orange fait lever. Conscient de l’intérêt d’avoir dans son camp une intelligence aussi bien placée, d’Estrades en fait part à Louvois. Le comte est un ami de la famille Le Tellier et a toujours entretenu une correspondance fournie avec le secrétaire d’État. Il convient de ne pas perdre ce de Lannoy, et d’Estrades le rappelle à Louvois49. De Lannoy demande à d’Estrades la conservation du caractère secret de leur correspondance50, mais le doute s’installe dans l’esprit de Louvois au sujet de la confiance que l’on peut accorder à cet homme et s’il ne travaille pas en fait pour son maître, qui pourrait alors pratiquer une intoxication des plus efficaces. Il se pose des question sur la copie d’une lettre soi-disant écrite par le comte de Monterey, gouverneur des Pays-Bas, adressée au prince d’Orange, et que de Lannoy aurait recopiée. Se la procurer paraît faisable, puisque l’homme est le valet de chambre du prince, mais le contenu de la lettre suscite des interrogations. Cette dernière porte sur "l’emploi d’une flotte et de 16 000 hommes de guerre dessus qui ont ordre de faire une descente en France"51. Louvois met Louis XIV au courant de cette lettre, mais le roi "a bien de la peine à se persuader que Monsieur de Monterey fasse de pareilles propositions à Monsieur le prince d’Orange dans le tems qu’il ne fait aucuns préparatifs pour la campagne prochaine et au contraire il fait partir avec une diligence inconcevable tous les équipages pour l’Espagne"52. Le roi soupçonne alors de Lannoy d’être l’auteur des lettres soit-disant écrites par le comte de Monterey53. Finalement, les troupes dont parlaient de Lannoy arrivent en mai 1676, non pas à Dunkerque, mais près de Valenciennes, où une armée de 50 000 Hispano-Hollandais est attendue. L’existence des lettres du comte de Monterey n’est alors plus remise en cause et de Lannoy va être utilisé par le ministre pour des négociations secrètes avec le prince d’Orange.

Louvois a une forte propension à accaparer les dossiers, notamment ceux des affaires étrangères, dans lesquelles il intervient régulièrement. La collaboration de de Lannoy va lui permettre d’intervenir parallèlement aux négociations qui se déroulent à Nimègue de 1675 à 1678. Le comte d’Estrades et Louvois vont se servir du valet de chambre pour influencer, sans succès, le prince d’Orange, qui hait Louis XIV, ce qui dessert les tentatives de négociation françaises. Il faut d’abord persuader le prince d’Orange des bons sentiments du roi à son égard, ce dont ce dernier doute fort54. Sachant bien que la correspondance que le comte d’Estrades entretient avec le valet de chambre est en partie connue du prince, Louvois en profite pour souligner les sentiments de Louis XIV55. Il espère que le maître de de Lannoy sera réceptif aux bonnes paroles transmises par son valet56. C’est là toute l’ambiguïté d’une relation avec un valet de chambre censé renseigner, mais dont le maître n’est au courant que d’une partie de la correspondance qui le lie au maréchal d’Estrades. Toutefois, les contacts durent puisque c’est encore par cet intermédiaire qu’une autre négociation s’engage.

Beverningk, le représentant des États généraux à Nimègue, a déjà confié au maréchal d’Estrades que les États souhaitent signer une paix séparée avec la France. Cela n’empêche pas d’Estrades de poursuivre des pourparlers secrets, entamés en 1674, avec Pesters, l’intendant de l’armée de Guillaume d’Orange, le tout caché aux plénipotentiaires des diverses nations présentes à Nimègue. Le prince d’Orange propose ainsi un entretien secret à d’Estrades par l’intermédiaire de Pesters57, entretien qui permet à Louvois de faire valoir ses prétentions et d’intervenir indirectement dans des négociations dont on retrouvera les effets à la signature de la paix en août 1678. D’estrades écrit ainsi à Louvois : "Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien m’honorer de vos avis et de vos lumières en cas que le Roy trouve bon que je voye Monsieur le prince d’Orange et que je le puisse disposer à rompre avec l’Espagne et de me faire sçavoir aussy quel partage Sa Majesté voudroit luy donner en cas de rupture ou de séparation avec les Espagnols, parce que je sçais à n’en pouvoir douter que quelque traitté que ce prince fasse avec Sa Majesté, il demandera toujours plus"58. Louvois aura joué un rôle important dans le respect des objectifs territoriaux de la France à Nimègue. Si les préoccupations défensives de consolidation des frontières l’emportent, c’est grâce à lui et au travail du comte d’Estrades, sans que l’on puisse évaluer avec certitude la part qu’ont prise ces négociations secrètes dans les décisions finales.

De Lannoy n’est pas le seul intermédiaire de Louvois auprès du prince d’Orange et des États généraux. Le comte d’Avaux a joué un grand rôle d’observateur, en plus de celui de négociateur, surtout pendant la courte guerre qui a opposé la France à l’Espagne de septembre 1683 à juin 1684. Les troupes françaises entrent dans les Pays-Bas espagnols en septembre 1683. D’Avaux informe alors Louvois, en même que le secrétaire d’État des affaires étrangères, des décisions prises par l’assemblée. Le marquis de Grana, gouverneur des Pays-Bas, a réclamé une aide armée aux États et le prince d’Orange brûle d’intervenir. Seulement, ce sont les députés des Provinces-unies qui possèdent l’autorité nécessaire pour envoyer des soldats. D’Avaux écrit à Louvois en premier "pour informer Sa Majesté de la résolution qui vient d’estre prise dans les Estats de Hollande de donner un secours de 8 000 hommes aux Espagnol"59. Pendant ces événements, d’Avaux utilise la voie de Liège pour faire passer les nouvelles, au lieu de celle de Lille, plus dangereuse car les courriers à destination d’une place française sont susceptibles d’être ouverts60. Dans un souci d’efficacité, il informe directement au maréchal d’Humières, qui commande l’armée d’invasion, des décisions des États et des mouvements de troupes.

Finalement, seul un secours de 8 000 hommes sera envoyé, non sans que le comte en ait prévenu les premiers concernés. Cette activité d’informateur, Guillaume d’Orange est conscient qu’elle fait partie des attributions officieuses du comte d’Avaux et, lorsque la guerre de la Ligue d’Augsbourg est sur le point d’éclater, et qu’il projette de débarquer en Angleterre, le prince met sous surveillance l’ambassadeur. Personne n’entre ni ne sort de chez lui "sans que ces gens [les gens du parti et les émissaires du prince d’Orange] n’en soient avertis par leurs espions, qui observent et suivent aussy les personnes de sa maison, et mesme seulement ceux qui ont quelque relation avec luy"61. Le prince d’Orange isole l’ambassadeur qui ne peut plus prendre contact avec les relations d’intérêts qu’il a, c’est à dire les intelligences qu’il entretient par des gratifications. Il ne peut plus commanditer d’espions ni s’entretenir de leurs découvertes ; en outre ses correspondances ne sont plus sûres puisque ses domestiques ne peuvent se rendre au bureau de poste sans qu’il n’en soit fait mention auprès des émissaires du prince. De plus, même si le comte d’Avaux tentait de s’entretenir avec des amis afin de se tenir au courant des bruits et rumeurs qui circulent, ce serait peine perdue puisqu’on a "fait dire […] à tous les Hollandois catholiques et autres, et mesme à ceux d’autres nations qui visitoient quelquefois Monsieur l’Ambassadeur ou qui alloient dans sa chapelle, de s’en abstenir car il leur susciteroit quelquefois de mauvaises affaires"62.

Mais Louvois a encore d’autres cordes à son arc, il dispose de d’Alencé. Ce dernier tente d’offrir au secrétaire d’État ses informations sur les États généraux, mais se fait rebuter63. Il faut dire que Louvois reçoit encore les nouvelles du comte d’Avaux. En revanche, pour la première fois, il confie à d’Alencé une mission de renseignement à caractère militaire. Au courant depuis au moins décembre 1687 du projet de Guillaume d’Orange de débarquer en Angleterre, le ministre ordonne à d’Alencé, en août 1688, d’aller observer le camp du prince d’Orange, près de Nimègue64. Réfugié à Lille au début de l’année 1689, d’Alencé reste encore le meilleur informateur de Louvois sur les affaires de Hollande. Il apprend ainsi que le prince de Waldeck, qui est passé au service de Guillaume d’Orange depuis peu, est allé à Liège pour demander des renforts à l’évêque, ce qu’il n’a pas obtenu65. Les provinces sont loin d’être toutes favorables au prince. Le sieur Redj parle "d’une grande mésintelligence entre le prince de Nassau et la province de Groningue, et que les Estats de Frise refusent toujours fermement de payer la solde des troupes suédoises"66. Tous les renseignements propres à déstabiliser l’adversaire sont à exploiter67.

Louvois est au courant de tous les mécontentements, si bien que d’Alencé se voit proposer par le bourgmestre de Midelbourg de participer à l’échange de prisonniers que veut organiser l’amirauté de Zélande avec le roi. Le bourgmestre conseille à d’Alencé de demander "un passeport pour aller en Zélande sous prétexte de traitter de l’eschange de ces prisonniers. Il est persuadé que cette province seroit capable de prendre quelque forte résolution, et entendroit aussy volontiers des propositions sur le rétablissement du commerce"68. L’affaire reste sans suite, puisque Louvois préfère garder son agent à Lille, d’autant plus que la ville d’Amsterdam se raccommode avec les Etats généraux.

Un autre problème survient pour d’Alencé : le commerce des lettres peut être interrompu à tout moment à la sollicitation du prince d’Orange, mande Guillaume Redj69. Le sieur Tauiel voit ses correspondants en Hollande lui demander de ne plus leur écrire pendant un moment, car ils savent que l’on ouvre toutes les lettres70, ce que d’Alencé confirme peu après71. C’est d’ailleurs à cause de cela qu’il perd un correspondant : le sieur Haguens, dit "la rose de Bordeaux", qu’il avait envoyé à la recherche de poudres en Zélande. Dugué de Bagnols l’avait déjà envoyé à Liège en 1689, puis à Bruxelles en tant qu’informateur. Il a été arrêté le 22 octobre 1689, et condamné le 15 avril 1690 aux galères pour dix ans, sur des lettres que d’Alencé lui a écrites concernant un trafic de poudre72. Ce dernier ne désespère pourtant pas de s’en servir s’il se sortait d’affaire.

Des réseaux d’action.

Pour vérifier l’efficacité de ces réseaux, il faut suivre les hommes qui les composent dans l’action. Leur capacité à conserver le secret et à manier des informations dangereuses en fait des agents destinés à l’action clandestine.

La guerre psychologique est déjà pratiquée, bien qu’à un niveau moindre que ne le permettent les infrastructures actuelles de la propagande. Le but en est de démoraliser les populations qui soutiennent l’effort de guerre. Il faut donc que les informateurs y soient suffisamment immergés pour en connaître les opinions. Stoppa, gouverneur d’Utrecht depuis juin 1672, reçoit les échos de la "populace" hollandaise. "L’on continue de plus en plus à murmurer contre le prince d’Orange de ce qu’il n’entreprend rien. L’on a affiché devant l’hostel de ville de La Haye un écrit qui dit que le peuple luy fait savoir que, s’il ne fait bientôt quelque chose, qu’on luy ferait à luy ce qu’il a fait faire aux de Witt"73. Par cet assassinat, dont les Hollandais attribuent la responsabilité au prince d’Orange, ce dernier s’est trouvé libéré d’un homme puissant, mais l’opposition des républicains modérés reste vive. Les marchands parlent contre lui ; "il n’y a rien de si asseuré que les principaux officiers de l’armée murmurent contre le Prince d’Orange"74. Stoppa surveille les correspondances, source de nombreuses informations sur l’état d’esprit des habitants. Il apprend qu’une polémique est apparue au sujet du stathouder. "Les calvinistes qui estoient les plus affectionnés à son party et qui ont le plus contribué à son establissement, commencent à s’aliéner de luy, parce qu’ils voient qu’il a donné sa confiance entière au jeune rhingrave, qui est catholique, et qu’il affecte de prendre pour ses gardes le plus de catholiques qu’il peut"75. Tout ceci ajouté à la disette que décrit Stoppa donne de la matière à l’appareil de propagande français qui s’organise en Hollande.

Certains épisodes de la guerre de Hollande ont amené la guerre psychologique à son paroxysme. Suite au pillage du bourg de Swammerdam en 1673 par l’armée du maréchal de Luxembourg, des cris de vengeance fusent de toutes part. À l’instigation de Guillaume d’Orange, une pluie de libelles s’abat sur les Provinces-Unies et l’Allemagne. En insistant sur les horreurs commises, peut-être en les exagérant, les Hollandais donnent à ce massacre une résonance politique considérable76. Face à cela, l’appareil de contre-propagande s’organise autour de Stoppa, de Luxembourg et de Bernartz. Né sujet des Provinces-Unies, ce dernier a été employé par Jacques-Auguste de Thou, ambassadeur en Hollande entre 1657 et 1662, comme secrétaire sachant le flamand. Tenu à l’écart par le comte d’Estrades, qui accorda sa confiance à Abraham de Wicquefort, autre agent de renseignement aux intérêts de la France, il reprit du service actif avec Pomponne qui le nomma secrétaire d’ambassade et auquel il fournissait toutes sortes de documents secrets. Cette confiance l’opposa à Wicquefort, qui se plaignit d’être délaissé par Pomponne. Cette hostilité eut pour conséquence l’arrestation de Bernartz, dénoncé par ce même Wicquefort en 1669. Pour pouvoir le protéger, Pomponne dut demander pour lui un brevet d’agent du roi à La Haye. En 1670, Wicquefort perdit sa pension tandis que Bernartz recevait une gratification. Ce dernier dut quitter la Hollande au mois de juin 1672 et se mettre en sûreté à Clèves, mais il revint avec l’armée victorieuse de Turenne. Il s’installa à Utrecht et, grâce aux amis conservés à La Haye, continue de jouer le rôle d’agent informateur.

Louvois fait circuler chez les Hollandais des libelles, cherchant à saper leur moral, à réveiller chez eux les haines nationales et religieuses contre les Espagnols et à leur faire sentir qu’il vaut mieux transiger avec le roi de France qu’avec les anciens maîtres des Pays-Bas. Il sait que, contrairement à la monarchie française, la république marchande des Provinces-Unies est plus sensible aux plaintes de ses habitants, et que son commandant militaire n’est le chef des armées que sur ordre des États généraux, qui peuvent lui retirer son commandement à tout instant. Dans une lettre à Stoppa, Louvois propose que, dans ces libelles, on prouve "que ce sont les Espagnols qui sont les véritables ennemis de la Hollande, puisque, en ayant été autrefois maîtres, ils ont toujours dans l’esprit qu’ils doivent le redevenir ; qu’ils sont les plus cruels ennemis de leur religion, puisqu’ils ne la tolèrent point et la persécutent en tous lieux, au lieu que la France la souffre dans le royaume et vient présentement de conseiller au roi d’Angleterre d’abandonner l’intérêt des catholiques, ce qui fait bien voir qu’elle est persuadée qu’il ne faut pas penser à abolir la religion protestante, et qu’au contraire il faut la conserver"77. Stoppa devient le principal relais de la dispersion de libelles à travers toutes les Provinces-Unies78.

Woerden a aussi mis en place un petit réseau : "J’ay receu vingt-quatre exemplaires de nos imprimés. J’en débiteray icy neuf ou dix. Il en faut douze à Monsieur Favier, qui en establit merveilleusement la réputation. Il en faut envoyer à Gand, à Bruges, mesmes à Bruxelles, aussy il en faudroit une seconde voiture par le retour"79. Il devient son propre éditeur, puisque la plupart des libelles sont rédigés de sa main. Il contribue à la célébration de la gloire royale en rédigeant les inscriptions latines de la Ferme de Fives et la porte de Paris à Lille, et en publiant en 1684 son Journal historique contenant les événements les plus mémorables de l’histoire sacrée et profane et les faits principaux qui peuvent servir de mémoires pour l’histoire de Louis Le Grand. Cet ouvrage est composé en latin et, selon l’auteur, "ne sera, par conséquent, pas fort à la mode à la cour mais, en eschange, il sera bien plus recherché chez les estrangers et portera bien plus loin la gloire du roy"80.

Par la suite, le secrétaire d’Etat de la Guerre doit gérer un surcroît d’activité pamphlétaire lié à l’exode des protestants vers les Provinces-Unies après la révocation de l’Édit de Nantes. Le comte d’Avaux, ambassadeur à La Haye, s’efforce de maintenir un parti francophile en Hollande, défendant la politique religieuse de Louis XIV contre les écrits et les rumeurs. Il recommande à Louvois une "contre-offensive psychologique" face aux bruits que les huguenots de France réfugiés en Hollande font courir81. Tous les jours, d’Avaux mène des enquêtes sur la littérature anti-catholique publiée dans les Provinces-Unies et expédiées en France, il n’hésite pas à faire des recherches chez les libraires. De plus, depuis que la révocation de l’édit de Nantes a accéléré le départ des fidèles de la Religion prétendue réformée, il s’efforce d’être informé de leurs arrivées, de leurs démarches et de leurs projets. Il fait surveiller les officiers huguenots qui viennent se mettre au service du Prince d’Orange, les décrivant comme violents et débauchés.

L’accord règne entre Louis XIV, Louvois et Vauban au sujet de la guerre de matériel. Pour le secrétaire d’Etat, les bombardements sont un bon moyen d’intimidation, depuis le siège d’Aire (1676) jusqu’à celui d’Alger et de Gènes, en passant par le bombardement de la ville de Luxembourg82. Cela entraîne Louvois dans une véritable guerre de la poudre pour laquelle il a mis à contribution une partie de son réseau, diplomates, banquiers, munitionnaires, intendants, commissaires des poudres et officiers. La préparation de la guerre de Hollande est l’un des épisodes où les intrigues de Louvois ont été les plus nombreuses et tortueuses. Il a chargé un certain Berthelot de trouver de la poudre et du blé. Il est possible que cet homme soit François Berthelot de Saint Laurent, qui, par un bail du 13 décembre 1664, avait acquis le monopole de la fabrication de la poudre et des salpêtres dans le nord de la France. Il deviendra commissaire général des poudres en 1678. Berthelot doit se procurer poudres et grains à l’étranger, et pour cela, suivant les recommandations de Louvois, des sacs d’argent sont cachés dans le fond des bateaux chargés d’artillerie qui passent le Rhin, sachant que les électeurs de Trèves et de Mayence laisseront passer les bateaux83. Mais, comme il a une célébrité compromettante, il se fait appeler Lefèvre. L’homme prend ses ordres du comte de Chamilly et de l’évêque de Strasbourg et est chargé d’aller à Liège pour passer un marché avec le sieur Bouhon, marchand de la ville, pour l’achat de blés84. Parallèlement, Louvois a négocié avec l’électeur de Cologne le stockage des munitions et des grains dans ses places85. Berthelot réussit d’ailleurs fort bien puisque, apprenant "que la meilleure partie des blés venant de Hollande sont arrivés à Kaiserswerth, le manque de lieux à loger [lui] donne bien de la peine"86.

L’ensemble de l’opération nécessite des fonds. Louvois s’adresse donc à un banquier juif d’Amsterdam, Sadoc, que le secrétaire d’État charge de la plupart de ses achats en Hollande87. Dans un souci de sécurité, il signe ses lettres sous le nom de Delamare88. L’acheminement des poudres se fait autour du triangle formé par Sadoc, l’évêque de Strasbourg et le duo Berthelot-Joly (commissaires des poudres). Sadoc a ordre d’acheminer les munitions et les grains dans les places de l’archevêque électeur de Cologne. Sa technique d’achat est la suivante : sous prétexte de réunir des munitions pour le compte de la Flandre espagnole ou de villes allemandes comme Francfort ou Mayence, il achète d’énormes quantités de poudres, salpêtres, mèches, plombs et boulets qu’il fait passer dans l’électorat de Cologne. Il attache une grande importance au secret de l’affaire, comme il le confirme à Louvois : "Soyez assuré, Monseigneur, que par ma personne, ny par ceux qui me servent dans mes achapts, ny par ceux qui les transportent, il est impossible que vos desseins soient traversés, quoy qu’asseurément dans l’estat présent des affaires, l’entreprise soit grande et bien délicate"89. Son rôle principal a été de lancer la machine, puis il peut rentrer à Paris, restant en contact avec les protagonistes90.

L’invasion de la Hollande a été assez facile et surtout rapide. Il reste une quantité de poudre considérable lorsque l’ordre est donné d’évacuer la province. Le surplus est enfermé dans la forteresse de Grave qui, le 29 mai 1674, apparaît sur le point d’être investie, sans qu’il soit possible d’évacuer les munitions. Les armes doivent être détruites, mais que faire de la poudre ? Louvois écrit alors à Chamilly, gouverneur de la ville, de s’en débarasser d’une certaine façon : "Voyez si vous ne pourriez pas, faisant semblant que vous la voleriez au roi, la vendre un peu plus cher aux ennemis, c’est-à-dire aux Hollandois. Vous pourriez leur en vendre la moitié de ce que vous avez, il vous en restera toujours suffisamment"91. Le 12 juin, Chamilly annonce à Louvois qu’il a vendu la moitié des 800 milliers de poudre.

Sadoc n’est pas le seul banquier auquel Louvois ait fait appel. Lambert Clerx, banquier liégeois d’origine parisienne, fait des affaires en Alsace et à Strasbourg. Il met au service du secrétaire d’État le réseau de correspondants qu’il a dans les grandes villes européennes. En 1681, il avance des fonds à Louvois pour la démonstration qui permet l’annexion de la ville. Il sert aussi d’homme de paille au ministre en faisant venir par le Rhin dans la province des poudres achetées sous son nom dans les Provinces-Unies92.

Mais qu’en est-il de notre aimable espion, le sieur d’Alencé ? Lui aussi se lance dans l’aventure à partir de 1688, la guerre venant de reprendre. Les réseaux ont parfois la vie longue puisque Louvois cherche à connaître le prix que demanderait Mondotiquy pour livrer des marchandises de contrebande93. Ce dernier était le correspondant de Sadoc, décédé depuis. Rien ne se passe jusqu’en octobre 1689. Mais Louvois a été tout récemment l’objet de remontrances de la part de Louis XIV, suite aux chutes de Mayence et de Bonn. Accusé d’avoir insuffisamment garni en poudre les magasins de ces villes et d’avoir choisi d’obséquieux valets pour généraux, il se retrouve sur la sellette94. Il écrit alors à d’Alencé d’écrire à ses amis en Hollande "pour scavoir s’il n’y en avoit point qui se voulut charger de livrer des salpêtres à Gennes et à quel prix"95. Mondotiquy et Guillaume Redj cherchent toutes les solutions pour trouver un port capable d’accueillir les poudres. Gènes et Lisbonne sont envisagées. Redj propose "de faire achepter à Hambourg ce qu’il auroit de salpestres en Allemagne"96. D’autres marchands cherchent des poudres à Hambourg pour le compte de d’Alencé, il s’agit des frères Tauiel. Ces derniers en arrivent à la même conclusion que Guillaume Redj : il n’y a que par Hambourg qu’ils pourront faire sortir des poudres de Hollande. Eustache Tauiel a déjà un projet de convoi en tête ; deux bateaux qui ne seront chargés que de voiturer des poudres de Hollande à Hambourg, puis à Dunkerque. Le trajet semble plus étudié que les tentatives précédentes. D’Alencé décide alors de mettre en rapport les sieurs Redj et Tauiel "pour convenir ensemble de l’affaire des salpêtres"97. Les frères Tauiel s’en remettent à leur correspondant à Hambourg, le sieur Smit. Ce dernier a frété un vaisseau de cinquante tonneaux nommé Les douze apôtres, commandé par le capitaine Jacob Laurens Decker. Par forme, le bateau est consigné pour Nieuport, dans les Pays-Bas espagnols, mais il a pour véritable destination Dunkerque. Il est chargé de "diverses marchandises avec des potasses dans le milieu desquelles est le salpêtre"98.

Le 2 avril 1690, d’Alencé reçoit nouvelle que le navire "est parti dudit Hambourg le 27 mars, par un bon vent, qu’on espéroit qu’il pouvoit estre entré dans la mer le 28 et estre présent bien près de Dunkerque"99. La traversée s’effectue sans heurts, mais ce n’est malheureusement pas à Dunkerque que le vaisseau accoste, mais à Nieuport100. Eustache Tauiel s’adresse alors à un de ses correspondants à Nieuport, qu’il charge de retirer du vaisseau les neuf tonneaux de poudre pour les faire passer à Gand puis à Courtrai, ce qui permettra de les faire passer en France par petites quantités afin d’ôter tout soupçon101. Une fois à Gand, les ennuis ne sont pas terminés. La France a fermé ses frontières aux soies et draps de Flandre. D’Alencé, lui-même affecté à la surveillance des frontières, en sait long sur le sujet. Or les transporteurs ont des permissions pour ces marchandises, détail qui met la puce à l’oreille des Espagnols. Il aurait mieux valu que ces marchandises suivent le chemin de la contrebande. Le temps de faire passer à Lille les 7 100 milliers de poudre, par petites quantités, Tauiel n’en dispose que début août102. Il aura fallu plus de quatre mois pour faire voiturer la poudre : le dispositif n’est pas assez fiable. Par la suite, d’Alencé privilégiera la contrebande avec l’Angleterre.

Contrairement à ce qui a été écrit dans plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire globale du renseignement, Louvois ne disposait pas d’un service de renseignement. Il s’est servi des structures existantes, réseaux de particuliers, de diplomates ou de militaires, leur laissant une grande autonomie tant que les résultats étaient au rendez-vous. Louvois s’attachait plutôt à créer des réseaux dans des lieux où il avait des commodités d’action.

Ne bénéficiant pas d’une organisation spécifique, le ministre s’appuyait sur des hommes pour qui le renseignement n’était pas l’activité première. Ces diplomates, militaires et autres agents se sont révélés de bons informateurs. C’est dans l’action que nous avons pu le mieux évaluer la cohérence de ces réseaux. Lorsque la tête d’un de ceux-ci disparaît, l’existence même de ce réseau est remise en cause, ce qui n’est pas le cas de nos services modernes de renseignement. Le renseignement n’est pas encore un métier, et les motivations sont rarement patriotiques. Le lien est tissé avec un homme dont l’informateur reste l’obligé, espérant gratification ou promotion sociale.

Un homme pourtant échappe à ce modèle. D’Alencé appartient à Louvois et s’est spécialisé dans le renseignement et l’action clandestine. Pourtant, à la mort du ministre, il reste en place à Lille, changeant de patron, mais pas d’activité. Il représente l’embryon de ce que va devenir l’espion moderne, bie que ne faisant encore partie d’aucune organisation.

En France, il faudra attendre le xviiie siècle et la création du "secret du roi"103 par Louis XV pour trouver un service de renseignement centralisé et cautionné par la monarchie.

 

 

 

 

 

 

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Notes:

1 Le présent article fait suite à un mémoire de maîtrise soutenu à l’université de Paris-I-Sorbonne en 2001 : "Le réseau de renseignement européen de Louvois, 1671-1691", sous la direction de M. le professeur Alain Cabantous.

2 André Corvisier, Louvois, Paris, 1983, p. 75.

3 SHAT, A1 467, pièce 98, De Bomont à Louvois, Turin, 16 avril 1675.

4 SHAT, A1 280, pièce 132, Stoppa à Louvois, Utrecht, 11 novembre 1672.

5 Ibid.

6 SHAT, A1 671, pièce 90, Lambert à Louvois, Arlon, 13 octobre 1681.

7 Ibid.

8 SHAT, A1 671, pièce 122, Fontel à Lambert, Liège, 25 octobre 1681.

9 4 juillet 1669, dans Albert Croquez, Histoire politique et administrative d’une province française, La Flandre, Paris, 1912, p. 216.

10 Le Peletier de Souzy à Louvois, 28 juillet 1668, dans Albert Croquez, op. cit., p. 41.

11 SHAT, A1 615, pièce 239, Le Peletier de Souzy à Louvois, Gand, 28 août 1678.

12 Albert Croquez, op. cit., p. 41.

13 Ibid., p. 217.

14 Traduction du terme anglais de "broker" (Sharon Kettering, Patrons, Brokers and Clients in Seventeenth-Century France, New York, 1986).

15 SHAT, A1 448, pièce 83 bis, Woerden à Louvois, Lille, 3 février 1675.

16 SHAT, A1 494, fol. 23 et suiv.

17 SHAT, A1 739, pièce 11, Woerden à Louvois, Courtrai, 11 mars 1682.

18 SHAT, A1 671, pièces 26, 126…

19 Marquis de Roux, Louis XIV et les provinces conquises, Paris, 1938.

20 SHAT, A1 467, pièce 8, Descarrières à Louvois, Liège, 15 janvier 1675.

21 SHAT, A 1 270, fol 288, Louvois à Descarrières, Versailles, 17 décembre 1672.

22 SHAT, A1 356, pièce 35, Villars à Louvois, Madrid, 15 février 1673.

23 B.N.F., C.d.T., P.O. 962, pièces 21 et 233.

24 B.N.F., C.d.T., P.O. 32, pièce 163.

25 SHAT, A1 1080, pièce 76, d’Alencé à Barbezieux, Lille, 21 juillet 1691.

26 SHAT, A1 745, fol. 349, Louvois à d’Alencé, Versailles, 16 mai 1685.

27 SHAT, A1 743, fol. 119, Louvois à d’Alencé, Versailles, 6 mars 1685.

28 Thierry Sarmant, Mars à la truelle, Louis XIV, Louvois et la surintendance des bâtiments du roi, 1683-1684, thèse de doctorat de l’École pratique des hautes études, Paris, 2002.

29 SHAT, A1 802, fol. 321, Versailles, 17 mars 1688.

30 SHAT, A1 837, pièce 115, d’Alencé à Louvois, La Haye, 3 décembre 1688.

31 Ibid.

32 Ibid.

33 SHAT, A1 867, pièce 32, d’Alencé à Louvois, Lille, 14 mai 1689.

34 Ibid.

35 SHAT, A1 958, pièce 170, d’Alencé à Louvois, Lille, 26 juillet 1690.

36 SHAT, A1 922, fol. 507, Louvois à d’Alencé, Versailles, 14 juillet 1690.

37 SHAT, A1 923, fol. 568 ; A1 958, pièce 209.

38 SHAT, A1 958, pièce 304, d’Alencé à Louvois, Lille, 4 octobre 1690.

39 SHAT, A1 930, fol. 11, Louvois à d’Alencé, Versailles, 1er novembre 1690 : "Je vous renvoie le sieur de Montigny auquel le Roy a bien voulu régler cent francs par mois pour sa subsistance, à commencer du 1er de celuy cy, afin que vous luy donniez les instructions nécessaires pour qu’il puisse donner avis de tout ce qui se passera de nouveau en Hollande, où je luy ay dit de s’en retourner au plus tost. Convenez avec luy des adresses nécessaires pour recevoir les lettres et luy faire venir les vostres, et ayez soin de me faire passer diligemment ce qu’il vous mandera".

40 SHAT, A1 867, pièce 32, d’Alencé à Louvois, Lille, 14 mai 1689 : "Le bougmeistre de Zélande me marque que luy et ses amis continuent toujours dans leurs bonnes intentions dont ils me donneront des preuves quand on les en requérera…"

41 SHAT, A1 1016, pièce 153, d’Alencé à Louvois, Lille, 23 septembre 1690.

42 SHAT, A1 280, pièce 38, 4 novembre 1672.

43 SHAT, A1 280, pièce 132, Stoppa à Louvois, 11 novembre 1672.

44 SHAT, A1 437, fol. 274, Le Peletier de Souzy à Louvois, Lille, 23 février 1675.

45 SHAT, A1 484, fol. 329, Louvois à Le Peletier de Souzy, Versailles, 14 septembre 1676.

46 SHAT, A1 671, pièce 38, Lambert à Louvois, Arlon, 5 septembre 1681.

47 SHAT, A1 386, fol. 493, De Lannoy à d’Estrades, La Haye, 16 avril 1674.

48 Ibid.

49 SHAT, A1 387, fol. 495, d’Estrades à Louvois, Maastricht, 6 mai 1674.

50 SHAT, A1 386, fol. 493, De Lannoy à d’Estrades, La Haye, 16 avril 1674 : "J’espère que vous mesnagerez mon nom et ma personne et qu’on ne sçaura pas le commerce de lettres que j’aye avec vous, car ce seroit ma perte".

51 SHAT, A1 387, fol. 324, De Lannoy à d’Estrades, La Haye, 25 avril 1674.

52 SHAT, A1 448, pièce 6, Louvois à d’Estrades, Versailles, 1er janvier 1675.

53 SHAT, A1 448, pièce 161, d’Estrades à Louvois, Maastricht, 7 mars 1675.

54 SHAT, A1 387, fol. 495-503, De Lannoy à d’Estrades, La Haye, 30 avril 1674.

55 SHAT, A1 387, fol. 325-326, d’Estrades à De Lannoy, Maastricht, 26 avril 1674.

56 SHAT, A1 387, fol. 171-173, d’Estrades à Louvois, Maastricht, 22 avril 1674.

57 SHAT, A1 542, pièce 106, d’Estrades à Louvois, Nimègue, 15 janvier 1677.

58 SHAT, A1 542, pièce 126, d’Estrades à Louvois, Nimègue, 19 janvier 1677.

59 SHAT, A1 688, pièce 168, La Haye, 9 septembre 1683.

60 SHAT, A1 688, pièces 133, 169 et 174.

61 SHAT, A1 837, d’Alencé à Louvois, La Haye, 3 décembre 1688.

62 Ibid.

63 SHAT, A1 789, fol. 234, Louvois à d’Alencé, Versailles, 17 mars 1688 : "Je ne me soucie point de scavoir des nouvelles de ce qui se passe dans les assemblées des Estats généraux de Holande, mais je vous demande de vous appliquer à descouvrir ce qui se passe dans les manufactures de laine".

64 SHAT, A1 807, fol. 416, Louvois à d’Alencé, Versailles, 25 août 1688 : "Je vous prie de vous rendre à Nimègue quelques jours avant que le camp du prince d’Orange commence pour me mander régulièrement par tous les ordinaires ce que vous pourrez apprendre de ce qui s’y passera, quel sera l’équipage d’artillerie, quels mouvements les troupes y feront, et lorsqu’il se séparera, vers quels lieux lesdites troupes marcheront, et où on remettra les munitions de guerre que l’on y aura receues. Pour estre informé de tout ce que dessus, il ne faut point que vous alliez dans le camp, ny que vous y envoyez personne, mais seulement que vous vous trouviez dans les cabarets où mangeront les officiers qui y vont et viendront, moyennant quoy vous ne courrerez aucun risque, et ne laisserez pas d’estre en estat de me mander des nouvelles de tout ce qui s’y passera".

65 SHAT, A1 867, pièce 32, d’Alencé à Louvois, Lille, 14 mai 1689.

66 SHAT, A1 944, pièce 3, d’Alencé à Louvois, Lille, 7 janvier 1690.

67 SHAT, A1 944, pièce 6, d’Alencé à Louvois, Lille, 14 janvier 1690.

68 SHAT, A1 944, pièce 94, d’Alencé à Louvois, Lille, 21 janvier 1690.

69 SHAT, A1 945, pièce 194, d’Alencé à Louvois, Lille, 18 mars 1690.

70 SHAT, A1 946, pièce 171, d’Alencé à Louvois, Lille, 2 avril 1690.

71 SHAT, A1 946, pièce 172, d’Alencé à Louvois, Lille, 5 avril 1690.

72 SHAT, A1 946, pièce 174, d’Alencé à Louvois, Lille, 22 avril 1690.

73 SHAT, A1 280, pièce 92, Stoppa à Louvois, Utrecht, 8 novembre 1672.

74 Ibid.

75 SHAT, A1 280, pièce 132, Stoppa à Louvois, Utrecht, 11 novembre 1672.

76 Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Paris, 1998, p. 377.

77 Luc-Normand Tellier, Face aux Colbert…, Québec, 1997, p. 236.

78 SHAT, A1 280, pièce 174, Stoppa à Louvois, Utrecht, 15 novembre 1672 : "Je ne manqueray suivant l’ordre que vous m’en donnez de faire dire [les nouvelles] telles que vous me les prescrivez et je trouveray assez de moyens pour les faire semer en Hollande. Vous trouverez cy joins le mémoire que mon frère a faict en forme d’une lettre. Je l’ay faict traduire en flamand. Comme il n’y a guère de personnes à qui j’ay voulu le confier pour le traduire, celui dont je suis sûr me le garde, on commence aujourd’huy à l’imprimer. Il sera achevé dans deux jours, je n’ay pas jugé à propos de le faire imprimer en français, de peur qu’on ne crût qu’il a esté faict par un homme de la nation. Il sera dans quatre jours dans les principales villes des Hollandais…".

79 SHAT, A1 688, pièce 33, Woerden à Louvois, Courtray, 15 mars 1682.

80 SHAT, A1 795, pièce 33, Woerden à Louvois, Lille, 12 septembre 1683.

81 Lucien Bély, Espions et ambassadeurs…, Paris, 1990, pp. 190-191.

82 André Corvisier, Louvois, Paris, 1983, p. 208.

83 Camille Rousset, Histoire de Louvois, Paris, 1862 ; SHAT, A1 260, pièce 260, prince de Fürstenberg à Louvois, novembre 1671.

84 SHAT, A1 265, fol. 33v, Berthelot à Louvois, Bonn, 30 novembre 1671.

85 SHAT, A1 259, pièce 165, l’évêque de Strasbourg à Louvois, Linne, 27 août 1671.

86 SHAT, A1 265, fol. 68, Berthelot à Louvois, Liège, décembre 1671.

87 SHAT, A1 261, pièce 297, Sadoc à Louvois, Amsterdam, août 1671.

88 SHAT, A1 261, pièce 391, Sadoc à Louvois, Amsterdam, 10 septembre 1671.

89 SHAT, A1 261, fol. 39.

90 SHAT, A1 263, fol. 238, Sadoc à Louvois, Paris, 25 octobre 1671.

91 André Corvisier, Louvois, Paris, 1983, p. 209.

92 Thierry Sarmant, Guerre, pouvoir et finance dans l’Alsace du roi-soleil : la famille Dietrich de 1681 à 1715, Vincennes, 2000, p. 51.

93 SHAT, A1 816, fol. 13, Louvois à d’Alencé, Versailles, 26 décembre 1688.

94 Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Paris, 1998, p. 499.

95 SHAT, A1 859, fol. 264, Louvois à d’Alencé, Versailles, 26 octobre 1689.

96 SHAT, A1 891, pièce 310, d’Alencé à Louvois, Lille, 11 novembre 1689.

97 SHAT, A1 944, pièce 170, d’Alencé à Louvois, Lille, 9 février 1690.

98 SHAT, A1 945, pièce 193, d’Alencé à Louvois, Lille 15 mars 1690.

99 SHAT, A1 946, pièce 171, d’Alencé à Louvois, Lille, 2 avril 1690.

100 SHAT, A1 946, pièce 173, d’Alencé à Louvois, Lille, 15 avril 1690.

101 SHAT, A1 946, pièce 174, d’Alencé à Louvois, Lille, 22 avril 1690.

102 SHAT, A958, pièce 198, d’Alencé à Louvois, Lille, 6 août 1690.

103 Gilles Perrault, Le secret du roi, Paris, 1993.

 

  

 

 

 

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