LA MARINE ET LES INTÉRÊTS FRANÇAIS AUX NOUVELLES-HÉBRIDES (1870-1907)1

 

Jean-Philippe Dumas

 

 

La chute du Second Empire, en 1870, entraîna une profonde mutation de la politique coloniale de la France. Longtemps le fait du Prince, celle-ci avait témoigné, en Algérie, en 1830, ou au Mexique, en 1862, du souci du régime pour sa gloire militaire. Par opposition, la IIIe République, à ses débuts, rejeta toute idée de politique coloniale ; ce fut le "recueillement" défini en 1875 par Decazes, ministre des Affaires étrangères. Mais le régime parlementaire permettait l’expression de l’opinion - et des groupes de pression - et, au Tonkin, dès 1873, comme en Tunisie, en 1881, la France reprit le chemin de l’expansion extérieure.

Pendant les quatre décennies qui précédèrent la première guerre mondiale, la Marine fut une des premières administrations concernées par le débat colonial : un ancien usage lui avait laissé la tutelle des colonies et, même après la soumission de celles-ci à une administration indépendante, en 1894, son concours resta indispensable, notamment dans certaines zones difficilement accessibles de la métropole, comme l’océan Pacifique.

Dans le Pacifique, la France fut l’une des dernières puissances à acquérir des territoires : en 1838, Dupetit-Thouars fit reconnaître les droits français à Tahiti. En 1842, il y imposa le protectorat. Onze ans plus tard, Febvrier-Despointes annexa la Nouvelle-Calédonie. La France s’imposait plus d’un siècle après les Anglais, qui avaient fondé au xviiie siècle une colonie pénitentiaire en Australie et s’étaient établis en 1840 en Nouvelle-Zélande, et bien longtemps après les Espagnols et les Hollandais.

Sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, la France ne chercha pas à développer une politique cohérente dans cette zone. à Guizot, ministre des Affaires étrangères de 1840 à 1848, on doit la doctrine des points d’appui2, qui présentait l’avantage de concilier les intérêts de la politique extérieure et ceux de la Marine. Mais Guizot, impressionné par les protestations qui s’élevèrent lors de l’annexion de Tahiti, désavoua les initiatives prises dans l’archipel par Dupetit-Thouars et renonça à toute acquisition en Océanie. Soucieux d’utiliser la Nouvelle-Calédonie, le Second Empire y développa la politique de la colonisation pénale. Alors que l’emploi des forçats dans les arsenaux avait été un échec, cette initiative, qui déclencha aussitôt la colère des Australiens, hypothéquait les perspectives de développement français tant du point de vue économique, dans l’archipel même, que du point de vue politique, dans le reste du Pacifique occidental.

Décidant la déportation des Communards en Nouvelle-Calédonie, la IIIe République sembla d’abord poursuivre la politique du Second Empire. Contrairement à la pratique antérieure, le nouveau régime choisit pourtant d’envoyer des gouverneurs civils dans l’archipel. Cette initiative fit long feu. Il y renonça en 1876, après l’évasion du journaliste Henri Rochefort.

La neutralisation de l’archipel (1874-1881)

En Nouvelle-Calédonie, sans se soucier des hésitations de la politique élaborée en métropole, le gouvernement local prit de nombreuses initiatives en faveur du développement de la Grande-Terre3. Mais ses efforts, comme ceux dus à l’initiative privée, se heurtaient au manque de main-d’œuvre. Cette difficulté amena les Néo-Calédoniens à s’intéresser aux Nouvelles-Hébrides4. à près de deux mille kilomètres à l’est de l’Australie et de 800 kilomètres à l’ouest des Fidji, cet archipel était constitué d’une vingtaine d’îles principales, d’origine volcanique ou corallienne. à 400 kilomètres au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, il était, pour les partisans de son annexion, une dépendance naturelle de celle-ci, à leurs yeux à peine plus éloignée de la Grande-Terre que les îles Loyauté.

D’après Imhaus, homme d’affaires qui mit le pied aux Nouvelles-Hébrides en 1882, "le recrutement des travailleurs a[vait] toujours été un des aliments les plus actifs de la navigation dans cet archipel"5. La Seconde République avait aboli l’esclavage, mais la traite avait laissé place à d’autres pratiques, presque équivalentes, dont le "recrutement". Dans le Pacifique occidental, des bateaux de recruteurs poussaient les indigènes de certaines îles à conclure des contrats de travail de longue durée en Nouvelle-Calédonie ou au Queensland, dans le Nord-Ouest de l’Australie. La population des Nouvelles-Hébrides constituait pour les recruteurs une proie facile, car elle était dispersée le long des côtes et composée de tribus ou d’ethnies différentes, sans unité politique.

Dans les années 1830, des pasteurs de la London Missionnary Society s’étaient, les premiers, installés aux Nouvelles-Hébrides. Un demi-siècle plus tard, la population blanche de l’archipel, principalement britannique et française, n’excédait pas quelques dizaines de foyers. La terre, le plus souvent grasse et humide, "d’une remarquable fertilité"6, produisait une végétation luxuriante, contrastant singulièrement avec celle de Nouvelle-Calédonie. Mais les riches possibilités de développement agricole qu’elle laissait espérer - et qui rendaient facile la production du coprah - étaient gâtées par un climat chaud et des fièvres paludéennes. De plus les canaques, anthropophages, y étaient, d’après Peter Dillon, qui les observa en 1825, le premier après Cook, "très barbares et de mœurs plus sauvages que partout ailleurs dans le Pacifique"7.

La situation géographique et la population des Nouvelles-Hébrides pouvaient justifier leur annexion par la France comme par la Grande-Bretagne. C’est pourquoi, quand l’Angleterre voulut, en 1874, renforcer sa présence dans le Pacifique occidental, elle choisit d’étendre son protectorat sur les Fidji, où la France ne pouvait opposer de prétentions. La France aurait pu profiter de cette annexion pour faire valoir ses droits aux Nouvelles-Hébrides, mais, dépourvue de grand dessein dans le Pacifique, tout à ses préoccupations continentales, elle n’osa se démarquer d’une ligne politique orientée uniquement vers la Revanche. Le parti "impérialiste" alors au pouvoir en Angleterre chercha à exploiter ce silence en sa faveur. En 1878, après que l’opinion publique australienne se fut émue des rumeurs d’annexion de l’archipel par la France, il somma le ministère des Affaires étrangères français de faire connaître officiellement ses prétentions sur les Nouvelles-Hébrides. Celui-ci ne pouvait se permettre, vis-à-vis de l’opinion française, de se lancer dans une reprise de l’expansion coloniale. La Grande-Bretagne arriva donc à ses fins : le 15 janvier, l’ambassadeur de France à Londres fit savoir que son gouvernement n’avait pas "le projet de porter atteinte à l’indépendance des Nouvelles-Hébrides"8 ; le 26 février, le Foreign Office lui répondit en termes similaires. Cet échange de lettres consacra la neutralisation de l’archipel.

En octobre 1878, soucieux de préciser sa position dans cette affaire, le ministère de la Marine envoya une mission aux Nouvelles-Hébrides, conduite par l’amiral Dupetit-Thouars. Arrivé sur place en mars 1879, celui-ci ne vit pas "dans l’archipel une position stratégique importante"9. L’établissement d’un point d’appui aux Nouvelles-Hébrides devait même poser, à l’entendre, des problèmes considérables, l’île militairement la plus intéressante étant Sandwich, occupée par des missionnaires protestants. Dupetit-Thouars proposa au ministère de concentrer ses efforts sur la Nouvelle-Calédonie en renforçant sa valeur stratégique10 et en continuant à appliquer la politique de colonisation pénitentiaire. Chargé de mettre en œuvre ces orientations, le contre-amiral Courbet, nommé gouverneur de la Nouvelle-Calédonie en 1880, y mena une politique conservatrice, opposée au recrutement, et rompit tout lien avec les Nouvelles-Hébrides, renonçant à l’annexion de l’archipel11.

Les essais de "prise de possession pacifique" des Nouvelles-Hébrides par la France (1881-1887)

Dans les années 1880, le lobby colonial français commença à se structurer. Son champion dans le Pacifique occidental, un brasseur d’affaires anglais, John Higginson, après avoir réussi en Nouvelle-Calédonie - il y fonda, à son apogée, la société Le Nickel12 - avait été naturalisé français en 1876. dès les années 1870, Higginson s’était pris de passion pour les Nouvelles-Hébrides. Il bénéficiait d’appuis politiques à Paris, mais, conscient du désintérêt de la Marine et des Affaires étrangères pour l’archipel, il préféra y imposer la présence française par l’initiative privée : en décembre 1882, il fonda, avec l’appui de notables néo-calédoniens, la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides, espérant, par des acquisitions massives de terrains et des services rendus aux colons, exclure les Anglais de l’archipel. Les initiatives d’Higginson rencontrèrent un certain succès auprès de nombreux colons européens, que l’accord de 1878 laissait, en partie, démunis dans leurs démêlés avec les indigènes.

D’autres arguments jouaient en faveur de la France : les officiers français avaient la réputation d’être "de rapports plus agréables que les Anglais, un peu trop enclins à traiter les colons comme s’ils étaient des beachcombers [pilleurs de plage]"13 et le recrutement était plus facile sous pavillon français, car moins contrôlé. Mais la "politique de prise de possession pacifique"14 des Nouvelles-Hébrides ne donna pas les résultats escomptés : les achats de terres stagnaient, la concurrence des colonies australiennes, tout aussi libres d’acheter, était forte, sans compter que celles-ci, étant donné l’absence de publicité foncière dans l’archipel, pouvaient acquérir exactement les mêmes propriétés que la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides.

En 1885 et 1886, au cours des négociations qui suivirent la conférence de Berlin, le ministère des Affaires étrangères ne tint pas compte des initiatives de Higginson et préféra sacrifier la protection des intérêts français aux Nouvelles-Hébrides à des concessions aux Îles-sous-le-Vent, à proximité de Tahiti, et à Terre-Neuve. Le Foreign Office était prêt à accepter un développement modéré de la France dans le Pacifique oriental - il le jugeait d’ailleurs inéluctable - mais entendait, autant que possible, se réserver le Pacifique occidental, ne fût-ce que pour ménager l’opinion australienne. Le 29 octobre 1886, il fournit donc au ministère des Affaires étrangères les bases d’un accord prévoyant le maintien de la neutralisation des Nouvelles-Hébrides. Afin d’améliorer la position des colons installés dans l’archipel, les deux puissances s’entendirent cependant pour un renforcement de la "protection des personnes et des biens des sujets britanniques et des citoyens français dans les Nouvelles-Hébrides". La France avait en effet envoyé dans l’archipel, durant les négociations, un détachement chargé de réprimer les crimes commis par des indigènes contre des ressortissants français. Si le motif de cette intervention était difficilement contestable, il fallait, à l’avenir, éviter les malentendus que pouvaient engendrer de telles démonstrations. Le ministère des Affaires étrangères et le Foreign Office étaient tous deux de cet avis, mais ils se montrèrent chacun soucieux d’éviter, vis-à-vis de leur opinion comme de leurs partenaires, toute impression de collaboration diplomatique aux Nouvelles-Hébrides et a fortiori toute idée de colonisation commune. C’est pourquoi ils réduisirent l’ampleur des problèmes susceptibles de se poser dans l’archipel à "une affaire de police maritime à confier à des bâtiments légers et [...] par conséquent, [qui] devait être étudiée par des officiers de Marine". Ce fut par cet euphémisme que les diplomates se défaussèrent sur les marines française et anglaise de la gestion des Nouvelles-Hébrides. La convention qui instaura une commission navale mixte franco-britannique dans l’archipel fut signée le 16 novembre 1887.

la difficile action de la commission navale mixte (1887-1898)

La convention de 1887 aurait pu ménager la voie à une coopération étroite entre les marines française et anglaise. En effet, le fonctionnement de la commission navale mixte devait reposer sur la collaboration continuelle des officiers français et anglais : la commission était "composée de deux officiers de marine français et de deux officiers de marine anglais nommés par leurs gouvernements respectifs ; la présidence de la commission [appartenait] alternativement et pour des périodes d’un mois, à l’officier commandant les forces navales françaises dans l’archipel et à son homologue britannique"15. Mais la méfiance qui avait présidé au rapprochement franco-anglais risquait de faire évoluer la collaboration initialement prévue en contrôle mutuel et réciproque bien davantage qu’en répartition du travail et des tâches. Les règlements pour servir d’instructions à la commission navale mixte, signés par les deux puissances à Paris, le 26 janvier 1888, visaient essentiellement à prévenir toute action isolée de l’une des deux puissances. Sauf cas d’urgence, "aucun commandant de bâtiment, soit anglais, soit français, ne pourra engager une action indépendante ou isolée".

Compte tenu de ces facteurs, et malgré l’organisation occasionnelle d’expéditions conjointes contre les indigènes16, les relations entre officiers français et anglais restèrent, semble-t-il, durant les premières années, formelles et distantes. L’enseigne de vaisseau Beaune, entré major à l’École navale en 1887, effectua, en 1891 et 1892, onze croisières d’une vingtaine de jours chacune dans l’archipel. Beaune raconta qu’il fut frappé de "désenchantement"17 en apprenant sa nomination sur l’aviso-transporteur la Saône, affecté aux Nouvelles-Hébrides. Dans l’ouvrage qu’il publia à son retour, Beaune n’évoquait pratiquement pas les officiers anglais de la commission mixte, sinon pour critiquer "la raideur britannique de l’antipode"18. Les anecdotes qu’il rapportait sur le comportement des Anglais lui avaient été racontées par des missionnaires19. Les navires français et anglais qui se relayaient pour la surveillance de l’archipel ne faisaient, le plus souvent que se croiser ; à l’époque des fortes chaleurs, au mois de février, "les navires de la commission mixte [allaient] hiverner dans leurs stations respectives, les français en Nouvelle-Calédonie, les anglais en Australie"20. Pendant leurs courtes croisières, ils apparaissaient occupés à la visite des îles, au règlement des conflits, à l’hydrographie de l’archipel.

Cette pauvreté apparente des contacts entre Français et Anglais, quelle que fût leur cordialité formelle21, reflétait les tensions européennes d’alors, dont les conséquences s’étendaient jusque dans le Pacifique. Le rapprochement franco-russe de 1893 fut accueilli avec hostilité par l’Angleterre. En 1894, contraint de considérer les Anglais comme d’éventuels adversaires, l’état-major général de la Marine définit, dans une étude secrète, destinée notamment aux officiers français allant dans le Pacifique occidental, les bases d’une politique vigoureusement anti-britannique dans cette zone. Comme lors du rapport de Dupetit-Thouars sur les Nouvelles-Hébrides, la Marine se montrait peu intéressée par les quelques archipels du Pacifique occidental encore libres de domination. L’Australie était le seul objectif digne d’intérêt de la région : "[encourager le séparatisme australien] mettrait à notre merci les immenses richesses naturelles ou accumulées de l’Australie"22. En cas de rupture entre celle-ci et la Grande-Bretagne, les considérants stratégiques d’une éventuelle conquête de ce pays par la France étaient même envisagés : la population actuelle de l’Australie, "moins nombreuse que celle de la Sicile", n’était pas assez importante pour assurer seule la défense de son territoire et les fortes tendances centrifuges des colonies susceptibles de fonder une fédération australienne ne faisaient que renforcer la vulnérabilité de celle-ci. La portée de ces spéculations, pour surprenantes qu’elles fussent, ne devait pas être exagérée. Elles renseignaient surtout sur l’importance que l’état-major général de la Marine accordait alors au bloc australien : faire d’une rupture entre l’Australie et l’Angleterre un préalable absolu à toute action offensive, c’était remettre une intervention navale dans le Pacifique occidental à un avenir bien improbable !

Cependant, les accords de 1887 entraînèrent une véritable détente franco-anglaise. Spuller, ministre des Affaires étrangères, recommandait à son collègue de la Marine d’observer "une réserve absolue" dans les affaires qui pourraient laisser penser à des visées annexionnistes de la France. Il demandait aux officiers de la commission navale mixte de "demeurer fidèle[s] à l’esprit comme à la lettre des engagements de 1887-1888 aussi longtemps que l’Angleterre s’y conformera de son côté". La même bienveillance était présente du côté anglais. La France s’était sentie mise en cause par l’arrivée d’un consul anglais dans l’archipel. Cette initiative était à ses yeux contraire aux accords conclus entre les deux pays : un consul pouvait être installé dans un État reconnu diplomatiquement, or les Nouvelles-Hébrides n’appartenant à aucune puissance et étant dépourvues d’organisation politique, ne pouvaient être considérées comme telles. C’est pourquoi il n’y avait pas lieu, selon elle, d’y dépêcher de représentants. Pressée de trancher cette question, l’Angleterre céda aux instances de la France et accepta de retirer son consul, le 31 décembre 1889.

Du point de vue des colons, qui avaient misé majoritairement sur la prise de possession par la France, une grande déception suivit l’accord de 1887. Prenant acte du refus des puissances, certains d’entre eux essayèrent d’organiser par eux-mêmes le développement de l’archipel. Ce fut la période des "tentatives spontanées d’administration autonome"23. à Port-Vila, des rivaux de la Compagnie calédonienne des Nouvelles-Hébrides érigèrent, en juin 1889, la commune de Franceville. Cette initiative originale, qui se voulait dans son principe favorable à la France, rencontra l’indifférence de l’administration ; l’officier français qui apprit le premier ce projet ne put "qu’engager [son animateur] à la prudence"24 et la belle union, qui avait accompagné le développement de la commune, ne dura pas longtemps. Sans aide extérieure, les colons ne réussirent pas à surmonter leurs rivalités internes : dès octobre 1889, un rapport au ministre de la Marine signalait que "la commune de Franceville se désagrégeait" et, plus tard, on notait que "les colons de Port-Vila, qui avaient essayé de s’organiser, se découragaient en ce moment ; ils se pillaient, se volaient, s’insultaient, n’ayant aucun moyen, malgré leurs bonnes intentions, pour faire appliquer les décisions de quelques arbitres qu’ils avaient choisis entre eux"25. L’absence de soutien accordé à Franceville découragea les tendances francophiles de bien des colons britanniques. Les accords de 1887 eurent pour conséquence l’accroissement des divisions entre colons, si bien qu’à partir de 1890, les officiers de Marine, renonçant à l’éventualité d’une annexion par la France, se firent de plus en plus l’écho de projets de partage de l’archipel26.

Pendant ce temps, en métropole, Higginson, qui n’avait pas renoncé à ses projets, réussit à obtenir, alors même que ses affaires dans l’archipel étaient au plus mal, une décision en sa faveur du ministère des Colonies. "Après d’interminables négociations, on aboutit le 30 [mars] 1894, à une convention où l’État s’engageait, moyennant certaines conditions (assumer le service postal, etc.) à verser pendant quinze ans 350 000 francs à une nouvelle société, la Société française des Nouvelles-Hébrides, à laquelle était dévolu l’actif de la Compagnie calédonienne". Un commissaire du gouvernement était établi auprès de la nouvelle société qui devait acquérir des terres et les céder à titre gratuit ou onéreux aux colons qu’elle y installait. Il faut dire que, loin de la réalité locale, le mouvement colonial commençait à être bien structuré en métropole, autour d’une administration autonome et de groupes de pressions, comme l’Union coloniale française. Il se forgeait même une doctrine à laquelle répondaient parfaitement les projets d’Higginson. En 1897, l’Union coloniale française publia un Guide de l’émigrant aux Nouvelles-Hébrides, destiné à essayer de relancer la colonisation libre dans l’archipel.

La marche à l’Entente cordiale (1899-1907)

Delcassé, l’homme de l’Entente cordiale, avait été, à deux reprises, responsable de l’administration des Colonies. à ce titre, il connaissait bien les Nouvelles-Hébrides, ayant mis en œuvre les décisions prises en 1894 concernant la Société française des Nouvelles-Hébrides.

Au moment où Delcassé arriva aux Affaires étrangères, les Colonies et la Marine étaient en conflit ouvert sur la politique à mener dans l’archipel. Fidèles au choix fait en 1894, les ministres des Colonies accordaient leur soutien inconditionnel à la Société française des Nouvelles-Hébrides. Mieux renseigné sur la situation locale, le ministère de la Marine était des plus circonspects sur l’action menée par la Société. Les rapports des officiers français de la commission navale mixte étaient remplis de plaintes contre les agissements de celle-ci : exploitant ses travailleurs27, les accablant de mauvais traitements, elle contribuait à créer des conflits et à déshonorer la France aux yeux des indigènes de l’archipel, qui, du coup, "refus[aient] de s’engager comme travailleurs chez des Français et n’accept[aient] que de se rendre au Queensland"28. Toutes les plaintes de la Marine contre la Société française des Nouvelles-Hébrides étaient résumées dans la réponse d’un officier français aux accusations formulées par celle-ci contre lui : "je considère comme un éloge pour l’accomplissement de ma mission aux Nouvelles-Hébrides les attaques à mon égard de la Société française qui voudrait régner en maîtresse absolue dans l’archipel, sans contrôle aucun, et qui confond trop ses étroits intérêts commerciaux et l’intérêt général français"29.

En raison notamment du recrutement, qui avait fait diminuer dans des proportions importantes la population indigène des Nouvelles-Hébrides30, les problèmes de l’archipel avaient considérablement évolué en quelques années. Les dispositions prises en 1887 et 1888 étaient essentiellement destinées à assurer la protection des Européens ; or, au tournant du siècle, tous les observateurs s’accordaient à reconnaître que "le temps des grosses difficultés avec les indigènes [était] passé et [que] celles de l’heure présente pro[venaient] surtout des différends que les européens [avaient] entre eux, différends souvent impossibles à trancher en l’absence d’une autorité judiciaire réelle établie dans l’archipel"31.

Le commandant de l’Eure coprésida, pendant l’année 1898, la commission navale mixte des Nouvelles-Hébrides. Outré par le mauvais comportement des colons, il voyait dans l’inaction de la commission autant de dénis de justice préjudiciables à l’influence française auprès des indigènes. Cet officier français s’entendait parfaitement bien avec son homologue anglais. Plutôt favorable aux indigènes et éloigné des colons, il analysait, à la différence de plusieurs de ses prédécesseurs, la situation des Nouvelles-Hébrides sur le plan des principes, en dehors de toute visée annexionniste. Après avoir fait le constat de l’action, somme toute bénéfique, de la commission navale mixte, il suggéra une extension des accords franco-anglais aux problèmes liés à la colonisation, notamment aux différends relatifs à la propriété des terres dans l’archipel32. Alors que toute colonisation avait été écartée par les deux puissances en 1887-1888, cette proposition montrait l’intérêt d’un certain nombre d’officiers de Marine français pour l’administration et la mise en valeur de ces territoires.

à la fin de l’année 1898, le ministre de la Marine fit réunir, sous la présidence du vice-amiral Parrayon, ancien commandant de la division navale du Pacifique et inspecteur général de la Marine, une commission interne composée d’un certain nombre d’officiers ayant été affectés aux Nouvelles-Hébrides. à rebours de la politique voulue par le lobby colonial, le capitaine de vaisseau Bénier, dans un rapport préliminaire, émit "d’une façon ferme le vœu qu’on renon[çât] à l’annexion partielle ou totale des Nouvelles-Hébrides33". Il prédisait à l’annexion un échec économique assuré, comparable à celui que la France essuyait alors en Nouvelle-Calédonie et susceptible de nuire à tout jamais au prestige de celle-ci dans le Pacifique. Reprenant les sentiments exprimés plus tôt par le commandant de l’Eure, le commandant Bénier rappelait par ailleurs l’importance de l’"entente amicale entre les représentants [français et anglais dépêchés dans l’archipel], seul ressort de l’action commune [aux Nouvelles-Hébrides]"34. Cette remarque est intéressante car elle témoigne des liens qui se développaient alors, aux antipodes de leur pays d’origine, entre les officiers des deux marines, par la pratique du même métier et la confrontation aux mêmes situations. Les Anglais, grâce à leur expérience de l’administration coloniale et sous l’influence des lobbies protestants, avaient été les premiers à organiser une police du recrutement efficace, à s’attaquer aux trafics d’armes et d’alcool avec les indigènes et - même s’ils ne négligeaient pas la répression - à renoncer aux expéditions punitives menées contre les villages où venaient se réfugier les suspects. Il est curieux de voir les officiers français citer alors en exemple dans leurs rapports le pragmatisme de l’administration anglaise, inciter la direction des colonies à calquer ses mesures sur celles des Britanniques, demander, enfin, à leur exemple, une plus grande indulgence à l’égard des indigènes. Il semble bien que certains officiers français et anglais en vinrent progressivement à posséder des conceptions assez proches de ce que devait être leur rôle tant vis-à-vis des indigènes que des colons.

Cette proximité de points de vue contribua à créer, dans la marine française en tout cas, un état d’esprit favorable à un renforcement de l’action aux Nouvelles-Hébrides. La Commission réunie par le ministre de la Marine s’attaqua à la position défendue par les Colonies, affirmant que le "régime actuel du condominium d[evait] être continué et que la France d[evait] s’y attacher"35. Mais surtout, elle demanda au ministère des Affaires étrangères, à qui il appartenait de statuer de concert avec le Foreign Office sur le statut de l’archipel, une impulsion forte capable enfin de fédérer tous les intérêts français dans la zone, de "donner une unité de direction"36 à la politique française.

Ces propositions allaient exactement dans le sens de la politique que Delcassé entendait mener à cette époque. Au lendemain de l’affaire de Fachoda, l’un de ses premiers objectifs fut, à rebours de l’opinion, de créer les conditions d’une entente franco-anglaise par la résolution méthodique des conflits qui opposaient les deux puissances. Quand il nomma Paul Cambon ambassadeur de France à Londres, où celui-ci prit ses fonctions le 7 décembre 1898, il lui donna des instructions très précises en ce sens37. Pour hâter la résolution de ces conflits, Delcassé avait chargé Biard d’Aunet, consul général de France à Sydney, d’étudier spécialement les intérêts de la France dans le Pacifique et leur lien éventuel avec le projet, alors en discussion, de fédération des colonies anglaises d’Australie. Dans les premiers rapports qu’il envoya à Delcassé, Biard d’Aunet avait du mal à faire la synthèse des actions menées sur place par la France. Il se déclarait même effaré par la différence des politiques menées sur place par les départements ministériels français : "je crois [...] que le point de départ nécessaire d’une action efficace dans le Pacifique serait une détermination plus précise des conditions de cette action entre les départements ministériels intéressés, accompagnée d’instructions tendant à créer entre les agents de ces départements le sentiment et la pratique d’une mutuelle assistance et à établir entre eux, chacun restant dans sa sphère, une collaboration à l’œuvre commune"38.

Dès mai 1899, Paul Cambon entama des conversations informelles sur les Nouvelles-Hébrides avec le marquis de Salisbury, connu pour être francophile. À partir des rapports fournis par les officiers français de la commission mixte, il put aborder des questions comme celles de la police de l’archipel et des mesures judiciaires que les deux nations étaient d’accord d’appliquer de concert. Salisbury reconnut que la question des pouvoirs judiciaires de la commission navale mixte devait être réexaminée et qu’il était prêt à modifier ses attributions sur ce point, à condition que la France reconnût le bon vouloir de l’Angleterre et acceptât, par exemple, d’adopter les mesures qu’elle-même avait prises en vue d’interdire la vente d’armes et d’alcool aux indigènes des Nouvelles-Hébrides. Le début de la guerre des Boers, en octobre 1899, coupa net le déroulement de ces entretiens, qui, de toute façon, n’avaient jamais eu qu’un "caractère purement privé"39. Dès la fin de 1899, Delcassé dut renoncer, compte tenu de l’état de l’opinion dans les deux pays, à la conclusion d’un quelconque accord franco-anglais.

Tout espoir de règlement rapide par la voie diplomatique du statut des Nouvelles-Hébrides ayant disparu, le gouvernement entreprit de faire voter un projet de loi visant à renforcer le contrôle exercé par l’État sur les citoyens français des Nouvelles-Hébrides. La loi du 30 juillet 1900 étendit les pouvoirs administratifs du gouverneur de la Nouvelle-Calédonie sur les citoyens français résidant aux Nouvelles-Hébrides ; elle leur permettait de se déclarer à l’état civil à Nouméa et, en droit pénal, elle donnait la possibilité à la justice de sanctionner les colons. Il s’agissait de mesures calquées sur celles en vigueur du côté anglais et réclamées dès l’institution de la Commission navale mixte par les officiers français chargés du contrôle de l’archipel40. Permettant enfin une action efficace de l’administration aux Nouvelles-Hébrides, elles étaient un indéniable succès pour Delcassé et pour la politique qu’il avait lancée.

À la suite d’un litige immobilier ayant opposé sur place des missionnaires anglais à la Société française des Nouvelles-Hébrides, Paul Cambon reprit, en février 1901, des discussions sur les problèmes de l’archipel avec Lord Lansdowne, en charge du Foreign Office. Malgré les tensions franco-anglaises et les projets d’alliance entre l’Angleterre et l’Allemagne, grâce à l’obstination de Cambon et de Delcassé, les négociations entre Paris et Londres sur cette question allèrent bon train pendant l’année 1901. En 1902, Cambon délaissa les Nouvelles-Hébrides pour s’attaquer à de plus gros dossiers : durant l’été 1902, il commençait en effet à songer à un arrangement franco-anglais permettant de régler définitivement les questions marocaines et égyptiennes en satisfaisant les deux pays41.

La lenteur avec laquelle progressaient les discussions concernant les Nouvelles-Hébrides n’était toutefois pas pour satisfaire les officiers de la Commission navale mixte. En novembre 1903, le capitaine de vaisseau Adigard, chef de la division navale de l’océan Pacifique, demanda au ministre de la Marine d’insister auprès de son collègue des Affaires étrangères pour que la question des litiges terriens, "dont la solution a été si longtemps différée, fût enfin réglée"42. La politique de clémence à l’égard des indigènes, appliquée à partir de 1898 par les navires de la commission mixte, à l’instigation de l’Angleterre, rencontrait également ses limites : en 1904, une goëlette et un cotre français furent consécutivement pillés et leurs équipages massacrés. Adigard se plaignait amèrement que "les actes de meurtre et de pillage se multipliaient [...]. Les indigènes ne voulaient que tuer des blancs, et ils le proclamaient sans ambages. [Ils] se moquaient aujourd’hui ouvertement [de notre pavillon], déclarant à qui voulait l’entendre qu’ils n’avaient plus peur des navires de guerre"43.

La déclaration franco-anglaise du 8 avril 1904 qui, réglant les litiges coloniaux entre la France et l’Angleterre, créa l’Entente cordiale, intervint, alors que les discussions sur les Nouvelles-Hébrides entre les deux puissances étaient depuis longtemps au point mort. Les dispositions contenues dans cette déclaration concernant l’archipel furent donc extrêmement limitées : si le principe d’un "arrangement en vue de mettre fin aux difficultés provenant de l’absence de juridiction sur les indigènes"44 était acquis, les deux puissances convenaient de n’"impliquer aucune modification dans le statu quo politique" des Nouvelles-Hébrides : les dispositions prévues en 1887, notamment la commission navale mixte, n’étaient pas supprimées, mais seulement complétées. Chaque puissance signataire demeurait souveraine vis-à-vis de ses propres nationaux ; le régime de la personnalité des lois, qui soumettait Français et Anglais aux seules dispositions en vigueur dans leurs pays respectifs, était maintenu.

La convention franco-anglaise, paraphée à Londres le 20 octobre 1906, après un protocole signé le 27 février, bénéficiant de deux années d’Entente cordiale, fut beaucoup plus ambitieuse : elle prévoyait une organisation complète des institutions des Nouvelles-Hébrides, avec la nomination de deux hauts-commissaires, l’un français, l’autre anglais, chargés de diriger conjointement les services publics implantés dans l’archipel. Afin d’alléger les tâches de la commission navale mixte, ils disposaient chacun d’une force de police. Celles-ci pouvaient même s’associer sous leur autorité conjointe. Différents tribunaux étaient prévus. Quant aux litiges concernant la propriété des terres, ils allaient être également apurés. Un décret du 11 janvier 1907 promulgua la convention et, le 22 mars suivant, le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie fut investi haut-commissaire aux Nouvelles-Hébrides.

Durant la deuxième moitié du xixe siècle, l’Océanie fut le parent pauvre de l’impérialisme français. Les erreurs commises à la fin du Second Empire et au début de la IIIe République (transportation et déportation), alors même qu’allaient se faire jour d’importantes perspectives de développement pour la Nouvelle-Calédonie, handicapèrent longtemps les positions françaises dans le Pacifique occidental, décourageant la colonisation libre et les soumettant à l’opposition systématique de l’Angleterre et de ses colonies. Malgré un certain volontarisme, le ministère des Affaires étrangères français, qui voulait à tout prix éviter l’affrontement avec l’Angleterre, préféra, durant tout le dernier quart du xixe siècle, adopter une position timorée, effarouchant les colons qui lui étaient favorables, au risque de s’aliéner à tout jamais leur concours. La prudence des diplomates français contrastait singulièrement avec l’audace de leurs homologues anglais, qui, rivalisant avec les Allemands et les Américains dans la course à la colonisation du Pacifique, firent l’acquisition, après la Nouvelle-Zélande, de toutes les terres encore libres dans la zone : Fidji, Santa-Cruz, Tonga, Cook. L’esprit d’initiative anglais domina toute la période, et ce fut d’ailleurs lui qui inspira à la France une de ses rares initiatives heureuses aux Nouvelles-Hébrides, la loi du 30 juillet 1900.

Pour le lobby colonial français, tout à sa volonté forcenée d’expansion, les Nouvelles-Hébrides, qu’il essaya en vain de conquérir pendant trente ans, par tous les moyens imaginables, pouvait sembler le symbole de l’échec de la politique française dans la zone. à ses yeux, l’Angleterre, profitant malignement des crises de timidité de la IIIe République, lia les mains du nouveau régime aux Nouvelles-Hébrides par trois fois, en 1878, en 1887 et en 1906, l’obligeant à renoncer à ses intérêts naturels et évidents. Le lobby colonial ne réussit pas à oublier les concessions imprudemment faites à l’Angleterre, mais, sa faiblesse structurelle, avant la création, en 1894, du ministère des Colonies, puis régionale, avant celle, en 1905, du Comité de l’Océanie française, suffisent à expliquer ses échecs dans la zone.

Aux Nouvelles-Hébrides, le ministère de la Marine, malgré le goût de l’action de certains de ses représentants, choisit d’abord la voie de la prudence, se montrant soucieux de se recentrer sur ses fonctions navales. De ce point de vue, la Marine ne manqua d’ailleurs pas de clairvoyance  : dès 1894, l’état-major général de la Marine, tout en ne croyant pas à une large extension des conflits européens dans le Pacifique, imaginait le scénario de l’attaque allemande, perpétrée en septembre 1914 à Papeete45.

Mais l’aspect le plus intéressant de la politique qu’il mena alors se rattache à ses missions de police maritime et de protection des intérêts nationaux, pour lesquelles il fut constamment sollicité aux Nouvelles-Hébrides. Alors que tout aurait incité à insister sur la rivalité des marines française et anglaise, dès avant le tournant du siècle, et malgré Fachoda, les officiers affectés à la Commission navale mixte ouvrirent la voie, aux Nouvelles-Hébrides, à un retournement des esprits, qui, loin des tensions européennes, permit de faciliter le passage, en quelques années, d’une coopération remplie d’arrière-pensées à l’Entente cordiale.

Aux débuts de la IIIe République, les officiers de Marine pouvaient être mécontents de mettre en œuvre dans le Pacifique occidental une politique de colonisation pénale qu’ils savaient néfaste et qu’ils rejetaient. Au tournant du siècle, alors que leur administration s’était séparée des colonies, certains d’entre eux se sentirent libres de développer leur propre point de vue, distinct de la doctrine coloniale officielle. Poursuivant cette démarche, ils s’attribuèrent un rôle, proche de celui de leurs homologues anglais, à la fois civilisateur et militaire… ô combien plus flatteur que celui qui leur était dévolu auparavant !

 

 

 

 

 

 

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Notes:

1 Version remaniée d’une communication prononcée en juillet 1996 au colloque "Coopération navale franco-anglaise à travers les âges" organisé à l’université d’Exeter (Grande-Bretagne).

2 Cette doctrine mettait en avant l’intérêt stratégique des colonies : les points d’appuis devaient servir à la relâche des bâtiments de guerre ; il fallait donc mettre en valeur et protéger des rades, constituer, à partir du développement de la marine à vapeur, des dépôts de charbon, sélectionner, enfin, des sites où il était possible de se réapprovisionner en denrées et en eau potable.

3 Etienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, 1982, p. 276. Nommé en 1876 gouverneur de la Nouvelle-Calédonie et commandant en chef de la division navale, le contre-amiral de Pritzbuer fut chargé de reprendre en main l’administration de la colonie.

4 A. Auvray, Les Nouvelles-Hébrides, mémoires de John Higginson, Coutances, 1926, p. 8.

5 E. N. Imhaus, Les Nouvelles-Hébrides, Paris-Nancy, 1890, p. 98.

6 Idem, p. 10.

7 Patrick O’Reilly, Hébridais, répertoire bio-bibliographique des Nouvelles-Hébrides, Paris, 1957, p. 247.

8 Alain Coret, Le Condominium, Paris, 1960, p. 176.

9 Etienne Taillemite, "La mission de l’amiral Dupetit-Thouars aux Nouvelles-Hébrides", Revue Maritime, 1954, p. 1371-1384.

10 Etienne Taillemite, L’Histoire ignorée de la Marine française, Paris, 1988, p. 377. Courbet déclara, quelques années plus tard, que "la défense de Nouméa ne tiendrait pas 24 heures contre un ennemi sérieux".

11 Sur les décisions contradictoires prises alors en matière de recrutement, voir E. N. Imhaus, op. cit., pp. 98-105.

12 Voir Robert Aldrich, The French Presence in the South Pacific, 1842-1940, Londres, 1990, pp. 151-152 et Patrick O’Reilly, op. cit., p. 100.

13 Patrick O’Reilly, op. cit., p. 140.

14 A. Auvray, op. cit., p. 24.

15 Alain Coret, op. cit., p. 177.

16 Service historique de la Marine [désormais : S.H.M.], BB4 1995, rapport du 19 février 1892. Un rapport du 20 décembre 1891 rend compte, par exemple, d’un "débarquement [...] effectué de concert avec les Anglais pour châtier les tribus canaques voisines de Port-Sandwich, reconnues coupables du meurtre de deux européens".

17 Gaston Beaune, La terre australe inconnue, Lyon, Paris, s. d., p. I.

18 Idem, p. 106.

19 Idem, pp. 62-63 et 108-109.

20 Idem, p. 46.

21 S.H.M., BB4 1998. Une lettre du 5 janvier 1897 signale les relations cordiales entre officiers français et anglais, une autre du 22 janvier 1898 mentionne les remerciements adressés par l’amiral Bridge aux officiers français qu’il a rencontrés lors de son commandement dans la zone.

22 S.H.M., BB7 190, Archives confidentielles de campagne, document secret produit par l’État-major général, 1ère section : défense des côtes de l’Australasie, 1894.

23 Patrick O’Reilly, op. cit., p. VI.

24 Ibidem.

25 Idem, p. 40.

26 S.H.M., BB4 1998, lettres du 17 septembre 1895 et du 5 novembre 1897.

27 S.H.M., BB4 1998, rapport du commandant de l’Eure au ministre de la Marine, 31 mai 1898.

28 S.H.M., BB4 1998, rapport du commandant de l’Amiral-Parseval au ministre de la Marine, 20 décembre 1897.

29 S.H.M., BB4 1998, lettre au ministre de la Marine, 20 octobre 1898.

30 S.H.M., BB4 1998, rapport cité, 20 décembre 1897. Enseigne de vaisseau Laurent, "La Colonisation aux Nouvelles-Hébrides", Revue maritime et coloniale, juillet-septembre 1904, p. 85. "Colons et recruteurs s’unissent pour détruire à bref délai la population entière".

31 S.H.M., BB4 1998, rapport cité, 20 décembre 1897 ; voir aussi : rapport du consul général de France à Sydney au ministre des Affaires étrangères, 10 février 1898.

32 S.H.M., BB4 1998, rapport du commandant de l’Eure au ministre de la Marine, 24 novembre 1898.

33 S.H.M., BB4 1998, note annexée à une lettre au ministre de la Marine, 2 novembre 1898.

34 S.H.M., BB4 1998, note citée, 2 novembre 1898.

35 S.H.M., BB4 1998, "Rapport de la commission réunie au ministère de la Marine au sujet des Nouvelles-Hébrides", 26 novembre 1898.

36 Ibidem.

37 Christopher Andrew, Delcassé and the making of the Entente Cordiale, Londres, 1968, p. 112.

38 Rapport du Consul général de France à Sydney au ministre des Affaires étrangères. 8 juillet 1898. S.H.M., BB4 1998.

39 S.H.M., BB4 1998, lettre de Paul Cambon à Delcassé, 14 octobre 1899.

40 Sur le Foreign juridiction act de 1890 et le Pacific order in council du 15 mars 1893, voir Alain Coret, op. cit., pp. 178-179.

41 Christopher Andrew, op. cit., p. 184.

42 S.H.M., BB4 1999, lettre au ministre de la Marine, 6 novembre 1903.

43 S.H.M., BB4 1999, lettre du chef de la Division navale de l’océan Pacifique au ministre de la Marine, 10 octobre 1904.

44 S.H.M., BB4 1999, lettre du ministre des Affaires étrangères au ministre de la Marine, 26 janvier 1905.

45 S.H.M., BB7 190, Archives confidentielles…, rapport cité, p. 35. "Il est certain que l’éventualité de grandes opérations de guerre est fort peu probable aux antipodes de l’Europe [...], mais on peut tout d’abord admettre la possibilité d’un coup demain exécuté par un ou plusieurs croiseurs ayant pour but de rançonner [un port] et de s’y ravitailler de vive force".

 

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