LA FRANCE ET LA LIQUIDATION DE L’AFFAIRE HOLLANDO-BELGE LE TRAITÉ DU 19 AVRIL 1839

 

Hervé Robert

 

 

Le 14 mars 1838, le ministre du royaume des Pays-Bas à Londres, Dedel, remettait aux plénipotentiaires autrichien, français, prussien, russe et au chef du Foreign Office, lord Palmerston, une note au surprenant contenu : le roi Guillaume Ier faisait savoir son intention d’adhérer au Traité des 24 articles du 15 novembre 1831 après plusieurs années de refus1. Paris en prenait connaissance par une dépêche du baron Mortier son représentant à La Haye. L’initiative hollandaise plaçait de nouveau la Belgique sur le devant de la scène internationale. Depuis 1831 Guillaume s’était campé dans une ferme position de refus ; il n’acceptait point le démembrement de son royaume. Contraint par les forces anglaises et françaises conjuguées d’évacuer les terres reconnues belges, il avait laissé investir la place d’Anvers. Mais son obstination dut céder devant des considérations économiques impérieuses : le blocus maritime établi ruinait le commerce néerlandais. Le mécontentement grondait. Il fallait transiger. Finalement le royaume des Pays-Bas signait, le 21 mai 1833, avec la France et l’Angleterre un traité par lequel il s’engageait à ne pas reprendre les hostilités contre la Belgique, mais ne reconnaissait ni l’indépendance du nouvel État ni la couronne de Léopold. Cette convention prévoyait en son dernier article la reprise des négociations pour arriver à une solution définitive à l’exclusion des dispositions territoriales. Le traité du 21 mai n’était qu’une solution provisoire mais préservait la paix. Elle imposait au royaume néerlandais une position telle qu’elle devait souhaiter conclure au plus vite. Talleyrand écrivait au duc de Broglie son ministre : "Il résulte de cette convention que la Belgique est dans la position la plus favorable, et que celle des Pays-Bas est tellement défavorable qu’il doit être promptement amené à demander lui-même un traité définitif. L’ouverture de l’Escaut et le non-paiement de la dette par la Belgique lui en imposeront l’obligation"2. Les parties du Limbourg et du Luxembourg que la Conférence de Londres avaient reconnues hollandaises demeuraient sous administration belge3. Mais Guillaume Ier qui spéculait sur une guerre européenne, surprit les chancelleries par son obstination. La solution provisoire dura ; elle acquit une trompeuse stabilité. Les 300 000 habitants du Limbourg et du Luxembourg s’habituèrent à "être belges". "Le Traité du 15 novembre 1831 fut donc généralement mis en oubli et l’on s’habitua à considérer comme définitif le statu quo garanti par la Convention du 31 mai 1833"4. Illusion que le roi des Pays-Bas vint détromper. Son obstination menaçait, il est vrai, de lui aliéner sa population par ses désastreuses conséquences économiques. Sa nouvelle détermination surprit toutes les capitales. "Vif étonnement" des plénipotentiaires des cinq Cours à Londres5 ; "grand étonnement" et "incrédulité générale" à Bruxelles6. De Paris le comte Molé écrivait : "La démarche du cabinet de La Haye est quelque chose de bien inattendue et cache probablement quelque arrière-pensée"7. Le roi Louis-Philippe lui-même ne cachait pas sa surprise de cette volte-face hollandaise : "Je vous remets ci-joint la dépêche du général Sébastiani avec l’étonnante note de M. Dedel annonçant l’intention du roi des Pays-Bas de signer les 24 articles, c’est-à-dire le Traité du 15 novembre 1831 qu’il refuse depuis sept ans !"8

La diplomatie française n’en était pas moins convenablement armée pour faire face à la situation nouvelle. L’ambassadeur de France à Londres n’était autre que le général comte Sébastiani, ancien ministre des Affaires étrangères. Titulaire du portefeuille du 7 novembre 1830 au 10 octobre 1832, il avait conduit avec quelque habileté les relations extérieures dans la question belge9. Son rebondissement ne le laissait nullement démuni. Le maroquin des Affaires étrangères était détenu en 1838 par le comte Molé qui avait occupé l’hôtel du boulevard des Capucines au tout début de la monarchie de Juillet. Il lui était revenu de définir la politique de non-intervention au lendemain de la révolution bruxelloise10. Mais la ligne diplomatique de la France se dessinait essentiellement aux Tuileries. Louis-Philippe, fidèle à la vieille école diplomatique et à la tradition bourbonienne, comptait comme principale préoccupation et premier devoir la conduite de la politique extérieure11 Il se faisait remettre par ses ministres les dépêches en provenance des principales capitales, suivait avec assiduité les affaires internationales, entretenait avec son ministre des relations épistolaires quotidiennes où conseils, recommandations et instructions voisinent sans que l’on puisse nettement les distinguer. "On sait que le roi ne négligea pas un seul jour d’user de son droit et de diriger ainsi, sous la responsabilité du ministre spécial, qui s’y prêtait avec plus ou moins de grâce, les rapports de la France avec l’Europe"12. Molé se prêta avec quelque complaisance au jeu du roi, qui ne dissimulait pas son contentement de posséder un ministre d’une pâte si malléable ; il se montra "toujours plus fonctionnaire zélé, pourvu de qualités appréciables, que chef de gouvernement"13. Durant la crise belge de 1838 il refusa de prendre aucune initiative sans en avoir préalablement référé au roi14 Louis-Philippe conduisait alors réellement la diplomatie française. Cet interventionnisme, si contraire au gouvernement de cabinet, assurait une continuité politique et une stabilité de conception remarquables.

À Paris, on n’attendit guère pour fixer la ligne diplomatique de la France dans l’affaire belgo-hollandaise. La révolution bruxelloise avait offert à la monarchie de Juillet naissante l’opportunité de rassurer les puissances sur sa nature conservatrice et profondément pacifique. Ce fut aussi l’occasion pour le nouveau régime de jouer un rôle influent dans les affaires continentales. La création de l’État belge avait concrétisé un rapprochement avec l’Angleterre15. Certes la Convention de la quadruple alliance avait scellé par un traité une alliance encore tacite mais dans de médiocres conditions. L’amitié franco-anglaise était difficile à entretenir : Talleyrand s’en était convaincu et avait plaidé pour un rapprochement avec les puissances continentales16. En vain, Louis-Philippe tenait par principe à "l’entente cordiale", fondement de l’équilibre européen et de la poursuite de la paix. En février 1836 il écrivait à Sébastiani une véritable profession de foi : "L’ordre au-dedans, et la paix au dehors, voilà mes bases et notre but. L’union, l’intimité, la parfaite entente avec l’Angleterre, voilà ce que je crois le meilleur moyen de l’atteindre en dédaignant et écartant les influences de journaux et de tribunes qui tendent toujours à allumer la guerre. C’est contre elle que vous devez continuer à nous prémunir de Londres"17. En mars 1838, la première préoccupation du gouvernement du roi était donc simple : le rebondissement d’une affaire qui avait été bénéfique à l’influence française en Europe ne devait pas nuire aux relations franco-anglaises. L’indépendance de la Belgique se posait en préalable et en symbole de l’action commune. "Il faut (...) tâcher que l’on comprenne chez nous que la stabilité de l’indépendance belge est la pierre angulaire de notre système politique et la clef de notre union avec l’Angleterre, et par conséquent celle de la paix du monde et de la conservation de l’ordre social"18. La collaboration franco-britannique, inaugurée en 1830 dans la question belge, devait se poursuivre. Les gouvernements britannique et français auraient à cheminer d’un même pas dans les négociations futures qui décideraient des conditions de la solution définitive. La France aurait à conformer sa position à celle de l’Angleterre, puisque leurs intérêts face à la Belgique étaient identiques. Elle devait éviter d’être placée dans l’affaire "en tête de colonne"19. Sébastiani se montrait d’une confiance débordante : "S’il y a une question au monde sur laquelle on fût assuré d’avance à Londres de marcher de concert avec la France sans la précaution d’une entente préalable, c’était cette même question belge"20.

En fait, les dispositions britanniques étaient moins favorables qu’elles ne le semblaient à première vue. Lord Palmerston avait retrouvé en avril 1835 le Foreign Office qu’il avait quitté moins d’un an auparavant. Il ne cachait pas son hostilité envers Molé, son homologue français, qu’il qualifiait d’ennemi de l’Angleterre et qu’il poursuivait d’une animosité personnelle21. Son estime pour l’alliance française, dans laquelle il avait placé beaucoup d’espoir en 1833 et 1834 pour contrecarrer l’impérialisme russe en Orient et parvenir à l’avènement de monarchies constitutionnelles dans la péninsule ibérique, s’était fâcheusement dégradé. Il est vrai qu’il entendait les rapports franco-anglais comme foncièrement inégaux et Louis-Philippe n’acceptait pas d’être le valet continental de la diplomatie anglaise. En refusant obstinément d’intervenir militairement en Espagne aux côtés de la reine Christine, il fit preuve d’une indépendance qui exaspéra Palmerston22. Après 1837, ce dernier fut saisi par ses vieux démons. La France lui apparut n’être partout qu’une indécrottable rivale. "Il y a réellement chez lui, de l’animosité, de la haine contre la France, un de ces sentiments irréductibles passés à l’état d’instinct, qu’on peut masquer, qui resurgissent toujours"23. Au moment où l’affaire belge rebondissait, lord Palmerston était médiocrement disposé pour le gouvernement de Louis-Philippe ; la Belgique aurait à en supporter les naturelles conséquences. Les événements ne devaient guère tarder à le montrer. Premier symptôme : après réception de la note hollandaise, Palmerston se décida sans consulter Paris à convoquer la Conférence. Louis-Philippe s’en plaignit amèrement à Molé24. Même si Palmerston fit bientôt savoir à Sébastiani sa volonté de se concerter avec lui, la première initiative laissait un goût amer et laissait présager de futures difficultés25.

Réunie au Foreign Office le 18 mars, la Conférence décida d’exprimer sa vive satisfaction au roi des Pays-Bas de sa nouvelle position et de l’engager à reprendre directement des négociations avec Léopold26. Les travaux traînèrent en longueur. On mit peu d’ardeur à la tâche. Ce fut seulement le 2 avril que cinq plénipotentiaires se retrouvèrent pour discuter des projets concurrents, anglais et prussien, de réponse à la note hollandaise27. La séance du 6 avril vit enfin l’adoption de cette réponse, où les puissances se contentaient de donner acte à la démarche de Guillaume Ier et de déclarer la réouverture de la Conférence. L’attentisme de Palmerston et de Sébastiani l’emporta sur le souci de clore l’affaire avec célérité, commun aux représentants prussien et autrichien28. Naturellement le duo franco-anglais semblait se reconstituer dans ces négociations, comme il avait existé en 1831-1832. Une certaine logique semblait respectée. Chaque puissance convenait qu’il y avait nécessité de modifier le Traité des 24 articles pour prendre en compte les modifications inéluctables que les années avaient fait subir aux situations respectives des royaumes de Belgique et des Pays-Bas. Les clauses financières étaient les premières en cause : il semblait juste de réduire la dette belge puisque la précarité de la paix avait contraint Bruxelles à maintenir sur le pied de guerre un fort contingent. Si le règlement de détail variait, le principe du réaménagement de la dette faisait l’unanimité. La Conférence ne tarda pas à constater que l’opinion publique en Belgique ne songeait qu’à la question territoriale. La perspective de céder les parties du Limbourg et du Luxembourg que le Traité de 1831 avait reconnues néerlandaises, suscita une réelle effervescence nationaliste qui toucha autant les populations que les milieux dirigeants. "De toutes parts arrivaient au gouvernement des pétitions, des brochures, particulièrement nombreuses venant des provinces du Limbourg et du Luxembourg, dont le moindre village envoyait au parlement belge des protestations contre son rattachement possible à la Hollande"29. Le ministre de France à Bruxelles, Sérurier, faisait savoir à Molé que l’état du Luxembourg méritait la plus grande attention30. L’incident de Strassen souleva l’indignation31. À Bruxelles, l’exaspération des passions s’empara de la Chambre des représentants. Après des séances confuses et exaltées, une adresse sans nuances fut votée le 30 avril à l’unanimité : il fallait s’opposer à toute restitution territoriale32. Le roi Léopold répondit évasivement, et quelques jours après, ajourna les Chambres. Le gouvernement de Theux prit néanmoins grand soin de disperser énergiquement les quelques rassemblements signalés dans les rues de Bruxelles pour se prémunir de tout débordement. Il déclarait placer toute sa confiance dans l’union franco-britannique : elle saurait obtenir de la Conférence les nécessaires modifications des clauses territoriales du Traité des 24 articles, pour que Limbourg et Luxembourg demeurassent sous administration beige33. Le gouvernement français était tout disposé à satisfaire les espérances de son homologue belge. En porte témoignage une lettre particulière de Molé à Sébastiani : "Nous ne demandons que des modifications et peut-être en droit rigoureux aurions-nous pu demander un nouveau traité. Les modifications s’appliqueront à la question d’argent, à l’intérêt de la dette et à la question territoriale. Si nous devons faire un sacrifice, j’aimerais mieux que ce fût sur la première que sur la seconde. Le roi Guillaume Ier a grand besoin d’argent et la Belgique peut seule lui en donner. Ne pourrait-on pas profiter en cette circonstance pour obtenir la portion du Limbourg qui rendrait à la Belgique les deux rives de la Meuse et les mines ?"34

Il appartint à Palmerston de décevoir les attentes du gouvernement belge. Depuis le 6 avril la Conférence n’avait pas repris ses travaux. À la fin du mois, le ministre hollandais Dedel recevait l’autorisation de se rendre à La Haye pour affaire de famille. Son retour était prévu au début de juin. Les négociations furent ipso facto suspendues. Palmerston profita de cet intermède obligé pour bouleverser les données diplomatiques. Si le gouvernement français attirait l’attention du roi Léopold et de son gouvernement sur le danger de manifestations aussi tapageuses, le Foreign Office en prit prétexte pour changer d’attitude à leur égard. Sir Hamilton Seymour eut à faire connaître à de Theux que "toute contestation territoriale soulevée en dehors du Traité de 1831 serait considérée comme une atteinte à l’acte même qui avait fondé l’indépendance de la Belgique et qu’il ne pouvait être de son intérêt d’affaiblir le principe même de son existence35. Cette surprenante fermeté rapprochait singulièrement la position anglaise de celle des cours du Nord. Sur la question belge qui avait scellé l’entente cordiale, Palmerston choisissait de se séparer de Louis-Philippe. "C’était le retour à 1815, le triomphe de la politique de Sainte Alliance, par l’œuvre d’un ministère whigh"36. Palmerston, il est vrai, vivement contesté au Parlement par son opposition conservatrice, se voyait reprocher sa politique belge trop téméraire. Il rechercha les bonnes grâces tories en bouleversant sa ligne de conduite. Mais sa nouvelle intransigeance révélait plus profondément les mobiles constants de la diplomatie anglaise. Londres ne voulait pas que la côte européenne entre Helder et Dunkerque tombât sous la domination d’une grande puissance : la création du royaume des Pays-Bas en 1815 avait dressé une barrière devant l’expansionnisme français dans la région. On comprend quel danger avait pu receler la révolution belge. On ne peut contester l’habileté de Palmerston lors de la crise de 1830-1832 : l’État belge neutre et indépendant écartait une nouvelle fois les Français de la précieuse côte de la Mer du Nord. La complaisance britannique pour la Belgique "n’était qu’une précaution contre la France37. En 1838, l’existence du royaume belge n’était point remise en cause ; les intérêts britanniques n’étaient pas menacés. Calculateur, Palmerston jugea qu’il était bien inutile en la circonstance de braver les puissances conservatrices en appuyant les revendications belges. Peut-être craignait-il que la France ne tirât tous les profits si la Belgique obtenait satisfaction. Il ne lui était guère agréable que le gouvernement français pût y accroître son influence"38.

La volte-face britannique menaçait la France d’un fâcheux isolement international si elle se posait en protectrice exclusive de la Belgique. Louis-Philippe fort marri se laissa aller à quelque découragement. "Le Père est au fond fort bien disposé, mais révolté de la mollesse de l’Angleterre qu’il accuse d’avoir ainsi agi pour lui faire une... Il est fort agité, et se promène de long en large, et passe de la grande violence à l’abattement le plus complet"39. Le roi comprenait que ce rebondissement plaçait la diplomatie française dans une situation des plus délicates et que le moindre faux pas pourrait entraîner d’incalculables conséquences. Elle était placée entre le danger d’un nouvel isolement européen et la menace de froisser les susceptibilités belges exaltées par un nationalisme sourcilleux. Les écueils abondaient. Paris ne pouvait se permettre de perdre tout crédit à Bruxelles mais ne pouvait guère plus choisir la solitude internationale. Intimidé par la ferme assurance britannique, le comte Molé se serait contenté de suivre pas à pas Londres, sans l’intervention de duc d’Orléans et du roi son père, plus ferme en la circonstance.

Pour satisfaire son monarque et en parfaite harmonie avec lui40, il élabora une politique recherchant un bien difficile compromis entre des exigences contradictoires : le gouvernement français décidait de ne pas remettre en cause les conditions territoriales du Traité des 24 articles mais concentrait tous ses efforts à obtenir de nets adoucissements dans ses clauses financières41. En aucun cas il n’accepterait d’intervention dans "les territoires provisoirement occupés par les Belges". Dans le même temps, on travaillerait à amener la Belgique aux renoncements nécessaires. Dans sa correspondance avec son gendre, Louis-Philippe ne cessa de prodiguer des conseils de prudence, d’apaisement des passions populaires, en tout, de modération dans les manifestations officielles. Molé adressait dès le mois de mai des instructions à Sérurier les plus explicites pour qu’on ne se trompât pas à Bruxelles sur les intentions de la France. Tous les efforts de la diplomatie française furent consacrés à maintenir une ligne d’équilibre périlleuse pour parvenir à plusieurs fins : tout d’abord tenter de préserver les bonnes relations avec la couronne britannique42, dégager une solution définitive assurant l’existence de la Belgique43, convaincre le Foreign Office de la justesse des réclamations du gouvernement belge sur les conditions financières en le laissant négocier librement et directement avec Londres44. Il fallait éviter à toute force la rupture de la Conférence qui vaudrait l’abandon d’une solution diplomatique et le redoutable péril d’une intervention des troupes prussiennes que Berlin n’hésiterait pas à ordonner pour répondre aux désirs du roi Guillaume, et cela avec la bénédiction britannique. Se profilait même la perspective d’une remise en cause de l’État belge, ... et d’une guerre. "On ne recomposera pas plus la Conférence que le Congrès de Vienne, et si une fois elle était dissoute, elle n’aurait de substitut que le canon et la bayonnette. Tâchons que d’imprudentes et vagues présomptions ne nous plongent pas dans cette épouvantable alternative. C’est notre rôle de l’empêcher et il est beau d’en préserver le monde"45. Attentif et sagace, le roi des Français réfléchit à l’éventualité d’un conflit armé européen. Son fils aîné le duc d’Orléans, interrogé, lui en avait révélé tous les périls : "Vous connaissez, Sire, jusqu’où va mon profond désir de la paix et d’ailleurs indépendamment des obstacles et des dangers sans nombre que ferait naître une rupture tant que Paris ne sera pas fortifié et que nous continuerons de manquer de matériel en armes nécessaires pour organiser notre population civile (près de sept millions d’hommes en état de porter les armes d’après le dernier recensement) nous ne serions pas même en état de lutter avec les forces que la Confédération germanique seule peut mettre sur pied"46. Naturellement pacifique, le roi songea désormais à sauver la France des affres de la guerre. Il ne cachait pas à son gendre l’inquiétude qui était la sienne : "Mais l’Angleterre s’unissant aux autres puissances nous ouvrirait un abîme, il faut donc s’accrocher aux 24 articles pour éviter la rupture de la Conférence et l’annulation du Traité du 15 novembre, car c’est là l’abîme. Il n’y a de salut que par la conservation de votre couronne et le maintien de l’indépendance de votre royaume selon la délimitation des 24 articles. Tout le reste est illusion et chimère"47.

La modification des conditions financières édictées en 1831 sembla recevoir l’agrément de lord Palmerston. Les puissances du Nord avaient conçu quelques illusions sur le renversement d’attitude le plus complet du gouvernement britannique à l’endroit de la Belgique. Palmerston n’entendait pas faire plier Léopold Ier ni se brouiller définitivement avec Louis-Philippe au moment où ses relations avec le tsar restait tendues48. Il tint aux ambassadeurs prussien et russe un langage assez proche de celui du comte Molé. L’Angleterre ne souhaitait nullement contraindre la Belgique à subir purement et simplement les 24 articles et entendait obtenir le bénéfice d’une renégociation des clauses autres que celles concernant les territoires et le principe de la dette. Dans une conversation avec le chargé d’affaires français Bourqueney, il affirma la bonne foi de son cabinet dans son désir de mener les négociations en harmonie avec le gouvernement français. "Nous avons cru cependant agir dans le même esprit, et tendre au même but que le gouvernement français, celui d’éteindre en Europe une dernière étincelle de conflagration générale et de constater sans retour l’entrée du royaume belge dans la famille européenne"49. Palmerston assurait à Sébastiani, puis à Soult quelques jours après, qu’il approuvait ce que Molé envisageait : le respect du statu quo territorial et le nouvel examen du partage des dettes50. Les diplomaties française et anglaise retrouvaient quelque consonance sur la question financière.

La conférence de Londres en 1831 avait partagé par moitié entre le Hollande et la Belgique les dettes du royaume des Pays-Bas avant son démantèlement. On estima les intérêts de cette créance à la somme de 10 100 000 florins ; le passif belge fut fixé à 5 050 000 florins. Lors de sa constitution en 1815, le royaume des Pays-Bas supportait d’autres charges : une dette austro-belge datant du temps des Pays-Bas autrichiens sous domination de la dynastie Habsbourg, une autre inscrite au grand livre de la dette française remontant aux années où la Belgique était scindée en départements français. La première représentait une rente annuelle de 750 000 florins, la seconde s’élevait à 200 000. En outre la Conférence avait constitué la Belgique débitrice d’une rente annuelle de 600 000 florins en compensation des avantages commerciaux et des facilités de navigation sur l’Escaut consentis par le gouvernement néerlandais. Ces divers arrérages équivalaient à une somme de 8 400 000 florins. Ce n’était pas tout : en 1822 Guillaume Ier avait institué un organisme de crédit, intitulé syndicat d’amortissement pour procéder à la liquidation de toutes ses charges. On lui concéda l’administration des domaines de l’État avec autorisation d’aliéner si besoin était. On ouvrit des crédits à hauteur de cent millions. On lui permit d’émettre 116 millions d’obligations. En 1830, ce syndicat poursuivait encore sa mission. Le démantèlement du royaume des Pays-Bas nécessita sa liquidation. La Belgique se vit imputer la moitié des dettes qu’il avait contractées. On lui promettait, s’il ressortait un actif de la liquidation, un partage équitable. Il fallait aussi prendre en considération pour réparation le fait que le long refus du roi Guillaume avait contraint la Belgique à des dépenses militaires supplémentaires. Les chiffres de 1831 méritaient de toute évidence révision. Le protocole 48 du traité de 1833 permettait de revenir sur les dispositions financières. Le comte Molé s’engouffra dans cette brèche51. D’interminables négociations commençaient avec le souci constant d’une démarche belge malencontreuse.

Au grand étonnement de Louis-Philippe, elles ne se déroulèrent point dans le cadre officiel de la Conférence, mais durant des rencontres officieuses des plénipotentiaires52. Palmerston s’attribuait le rôle confortable d’arbitre entre Sébastiani et ses collègues autrichien, prussien et russe. Les plénipotentiaires des trois Cours continentales convinrent à la fin de juillet de partager en trois époques la série des arrérages réclamés par la Hollande : de 1830 à la ratification belge du traité du 15 novembre 1831 ; de cette ratification à celle de la Convention du 21 mai 1833 ; enfin depuis cette seconde ratification. Selon leur idée, seuls les arrérages de la troisième époque ne seraient pas dus. Palmerston se montra décidé à abandonner ceux des deux dernières périodes53. MM. Dujardin et Fallon arrivèrent dans les premiers jours d’août à Londres avec les documents financiers. Leur consultation devait convaincre les membres de la Conférence de la justesse des revendications belges : Bruxelles réclamait un dégrèvement global de 14 millions de florins54. Il y avait dans cette exigence quelque imprévoyance ou désir de faire traîner les choses. La réponse des trois Cours continentales fut une péremptoire fin de non recevoir55 Palmerston et Sébastiani conçurent le projet de réduire la dette belge d’une somme déterminée, moyennant la renonciation par Bruxelles à sa quote-part dans l’actif du syndicat d’amortissement. Mais Molé fit part de son hostilité à cette idée : elle recelait en effet une ambiguïté grave. Si l’on voulait réduire la dette du montant des droits belges dans le syndicat, on abandonnait ipso facto le principe essentiel de révision auquel la France tenait absolument56 En fait, même sur ces données financières, lord Palmerstorn se montrait d’une timidité et d’un manque de détermination inquiétants dans la défense des intérêts belges. Il admettait la révision de la dette si les tableaux hollandais étaient reconnus manifestement inexacts. Il demandait à Bruxelles de proposer un chiffre de référence en laissant de côté les dettes austro-belge et franco-belge57. Le chef du Foreign Office, pressé par l’ambassadeur français dans la voie de la transaction financière la plus complète, craignait le refus catégorique des puissances du Nord, qui auraient toujours le recours de dissoudre la Conférence par leur retrait. Il tomba d’accord avec Sébastiani sur un compromis qui pouvait satisfaire toutes les parties. La dette serait réduite d’une somme à évaluer sur proposition belge en échange d’un renoncement à la question du syndicat d’amortissement (la quote-part belge était évaluée confidentiellement à 2, 4 millions de florins). On transmit à Bruxelles ce projet. Le comte Sébastiani rappela à l’intention de son ministre de tutelle les concessions successives arrachées aux plénipotentiaires du Nord pour lui en prouver les mérites58. Les autorités belges tardèrent notablement à répondre puisque ce fut seulement le 9 octobre que leurs commissaires se présentèrent au Foreign Office. Léopold et la reine Louise-Marie avaient, il est vrai, fait un séjour d’une quinzaine de jours à Windsor. Le roi entendait obtenir de sa nièce Victoria quelque effort pour amener Palmerston à de meilleurs sentiments. En vain59, Dujardin et Fallon présentaient donc les contre-propositions de leur gouvernement : liquidation immédiate du syndicat, révision des dettes franco-belges et austro-belges et création d’une commission arbitrale qui déterminerait la révision de la créance néerlandaise sur la Belgique60. L’ambassadeur belge en place à Londres, Van de Weyer, reconnut lui-même le peu de réalisme de ces sollicitations61. Les représentants autrichien et prussien refusèrent net. Le 11 octobre, une réunion officieuse de la Conférence fut longue et très animée. En conjuguant leurs efforts, Palmerston et Sébastiani arrachèrent une réduction de trois millions de la dette ramenée à 5,4 millions, la renonciation néerlandaise à l’intégralité des arrérages, y compris ceux de la période antérieure à la ratification du traité des 24 articles et l’abandon de toute répétition des revenus perçus sur les terres faisant retour à la couronne des Pays-Bas. Le représentant français se montra satisfait et sollicita l’acceptation de son gouvernement : "J’avoue, Monsieur le comte, que ce résultat a dépassé mes espérances. Témoin des efforts de patience et de fermeté auxquels il est dû, je suis obligé de déclarer que jamais des conditions plus favorables à la Belgique ne seront obtenues des plénipotentiaires du Nord, qu’ils ont donné, outrepassé même, mais engagé le dernier mot de leur Cour. Enfin que le Cabinet anglais ne nous suivrait plus sur un autre terrain que celui sur lequel il considère aujourd’hui la question comme raisonnablement placée et honorablement résolue (...). L’intérêt français obtient le seul succès auquel il lui fut désormais possible de prétendre puisque les clauses territoriales sont reconnues hors de discussions ; un dégrèvement raisonnable et la conservation définitive de l’existence d’un État qu’il a fondé. Hors de ce système la France s’use en vains efforts contre l’action des puissances du Nord, et chacun de ses efforts diminue l’union des deux cabinets dont l’alliance a suffi à peine jusqu’ici à dominer la question et à l’enfermer dans les limites que nous ne voulons pas lui laisser dépasser"62. Mais le roi Léopold séjournait alors à Paris depuis le 8 juillet et détruisait l’effet de cette dépêche en donnant connaissance d’une lettre de son président du Conseil de Theux. Elle rapportait que les commissaires belges avaient protesté contre le chiffre adopté par la Conférence63. Le gouvernement français, fidèle à sa résolution de ne souscrire qu’à des conditions acceptées par la Belgique, refusa son aval au projet de règlement. En s’appuyant sur l’insatisfaction du roi des Belges, Molé transmit à Sébastiani une dépêche nette en insistant sur l’absolue nécessité de rassurer Palmerston de la démarche française. "Il nous est impossible, M. le comte, de regarder la Belgique satisfaite ni de compter sur son actuel consentement. Même en écartant le principe de la révision, ne serait-il pas juste de chercher à ses rendre compte de la vérité des chiffres, ne fût-ce que pour pouvoir ne demander à chacun que des sacrifices raisonnables ? La réduction de trois millions n’apparaît aux Belges que comme une compensation équitable de ce qu’ils avaient lieu d’attendre de la liquidation du syndicat d’amortissement"64. Dans sa dépêche suivante, le général Sébastiani dénonça l’attitude équivoque des commissaires belges qui s’étaient montrés satisfaits de la solution présentée65. Il fallut aussi supporter le rogue mécontentement de lord Palmerston, combattre le projet de protestation des plénipotentiaires du Nord contre le système dilatoire de la Belgique.

Mais la diplomatie française devait œuvrer sur deux places : Londres et Bruxelles. Il aurait été inacceptable de ruiner son crédit en Belgique. Mais les Belges se montraient indépendants, sourcilleux, agités. L’opinion s’émouvait de chaque nouvelle arrivée de Londres. Tous les esprits vibraient d’un nationalisme ravivé. Le parti catholique, mené par le bouillant comte de Mérode, se signalait par son activisme à la Chambre et dans les provinces. Dans les premiers jours de juin, Bruxelles avait été le théâtre de manifestations peu nombreuses mais qui avaient nécessité l’intervention de la troupe66. Dans les territoires menacés d’un retour à l’administration néerlandaise, l’agitation ne cessait de couver67. Un comité révolutionnaire constitué à Arlon ne se cachait pas d’œuvrer à obtenir la conservation de l’intégralité du territoire luxembourgeois. Il était devenu un ferment de passion. Le gouvernement fermait fâcheusement les yeux. Son homologue français s’inquiétait de ces manifestations qui nuisaient aux intérêts bien compris du jeune Etat. Molé sollicita la dissolution du comité d’Arlon, menace pour la tranquillité publique et grave foyer révolutionnaire, au motif que la Belgique ne devait pas s’abandonner à de fâcheuses démonstrations préjudiciables à la conduite des négociations68. Le roi Léopold, de tempérament taciturne, réfléchi et calme, n’était naturellement pas homme à s’enflammer. Il ne cachait pas sa satisfaction des efforts français et le prouva en élevant le comte Molé à la dignité de Grand-Croix de son ordre personnel69. Mais il devait tenir compte de la surexcitation de l’opinion publique pour ne pas sembler étranger aux passions de son peuple. Son trône pouvait se trouver mis en jeu. Son beau-père et Molé usèrent de toute leur persuasion lors de ses séjours parisiens et dans leurs relations épistolaires pour qu’il travaillât à apaiser les velléités déplacées de ses ministres. Les dispositions du cabinet de Theux étaient équivoques : il semblait peu enclin à faciliter une transaction et recherchait de toute évidence la poursuite du statu quo70. Cette volonté dilatoire, que la suite des événements aurait à démontrer, se fit jour quand il déclara n’accepter qu’une dette de trois millions deux cent mille florins71. L’énormité de la réduction sollicitée indisposa la Conférence. Palmerston qualifia la contre-proposition belge de "véritable dérision"72. Molé refusa de s’associer à la démarche anglaise de mise en garde en se réfugiant derrière sa résolution de ne pas se prononcer avant la Belgique. La position française se signalait de nouveau par son inquiétant isolement. Mais Paris tenait bon dans sa défense des intérêts belges.

La situation politique intérieure du jeune royaume vint encore aviver les passions. La session du Parlement belge s’ouvrit le 13 novembre. Le discours de Léopold, dans l’ensemble modéré, contenait des termes propres à enthousiasmer ses auditeurs "Nos différends avec la Hollande ne sont point encore arrangés, les droits et les intérêts du pays sont la règle unique de ma politique, ils ont été traités avec le soin qu’exige leur importance, ils seront défendus avec persévérance et courage"73. Le Sénat rédigea une réponse modérée tandis que la Chambre des représentants adoptait une adresse longue et détaillée qui proclamait le droit de la Belgique à conserver les territoires contestés. "L’adresse des représentants n’est pas seulement un vif plaidoyer en faveur du Limbourg et du Luxembourg en dehors des formes parlementaires, c’est un manifeste énergétique aux Puissances, et dont on se promet un grand effet"74. L’effet fut déplorable75. L’irritation atteignit son apogée à Berlin. L’ambassadeur français en poste dans cette capitale, le comte Bresson, apprit de M. de Werner que le choix s’établissait entre le "dictat" belge et la guerre. Il concluait : "Les Belges sont des alliés à la fois bien incommodes et bien douteux. Dans leurs dangers, ils nous somment de ne pas les abandonner ; dans les nôtres, ils nous abandonneraient"76. Ce jugement sévère n’était pas dépourvu de justesse.

Léopold, désormais plus obstiné que prudent, ne s’en tint pas là. En justifiant la fixation du chiffre de la dette à trois millions deux cent mille florins, il annonça son projet de transaction directe avec la Hollande : la Belgique rachèterait les portions du Limbourg et du Luxembourg mais la forteresse du Luxembourg avec libre communication demeurerait sous autorité néerlandaise. C’était revenir intempestivement sur la question territoriale officiellement hors de propos pour la Conférence. Le comte Molé ne dissimula pas son chagrin et son inquiétude de voir "le traité du 15 novembre sur le point d’être anéanti". Il mit en valeur le risque incalculable de voir Londres retirer sa garantie de la Convention de 1833 et ainsi la Belgique contrainte militairement d’évacuer les territoires litigieux. Pourtant Molé démontra la sollicitude du gouvernement français envers la Belgique, en donnant instruction au baron Mortier, plénipotentiaire, d’insinuer à La Haye qu’une "transaction quelconque sur une portion des territoires serait de toutes les manières de finir la meilleure, même et peut-être surtout pour la Hollande"77. La démarche de Paris fit long feu. Le roi Guillaume Ier n’entendait nullement transiger. Réjoui des embarras dus au rebondissement de la question belge, il tenait à conserver le Luxembourg pour le phare de la dignité grand-ducale. Au Foreign Office, la présentation du projet de rachat territorial ne fut guère mieux accueillie. Et pourtant le roi des Belges y avait dépêché son homme de confiance Van Praet. Palmerstorn s’irrita même de la démarche française à La Haye78. Il y fit chorus avec l’ambassadeur prussien et autrichien en repoussant la discussion sur la question territoriale79. Devant ce qui paraissait, non sans raison, le système dilatoire de la Belgique, les plénipotentiaires du Nord s’exaspérèrent. Le maître du Foreign Office se laissa sans mal circonvenir. Il fit rédiger une note menaçante à l’intention des autorités belges qui laissait entrevoir la possibilité d’une exécution des clauses territoriales du Traité des 24 articles par l’évacuation forcée des terres luxembourgeoises et limbourgeoises tenues illégalement. Après un conseil de Cabinet réuni le 30 novembre, le gouvernement français arrêta une position courageuse. Ferme, il se trouvait de nouveau à faire front seul. Il refusait de signer le projet de notification se fondant sur le traité de 1833 qui garantissait le statu quo80. La dépêche adressée à Sébastiani rappelait quelle mission avait à assumer la Conférence. "Je crois qu’il est tout à la fois de sa prudence et de sa dignité de persévérer dans le système qu’elle avait d’abord adopté, de travailler à résoudre les questions officiellement posées sans se laisser détourner de cette importante mission par des faits auxquels elle ne saurait s’arrêter et s’attendre pour lutter contre des obstacles nouveaux et hypothétiques, qu’elle ait pu assurer sa marche et rendre toutes ses forces disponibles pour l’entier aplanissement de toutes les difficultés"81. La décision française déclencha les foudres de MM. De Senft et de Bülow. À Bruxelles, elle engendra quelques illusions : le gouvernement qui songeait encore à préserver le statu quo pensait trouver à Paris un allié complaisant. Le roi lui-même s’illusionnait du futur succès de la mission de Van Praet82.

Lord Palmerston perdit sa sœur, ses affaires privées l’éloignèrent un temps des questions internationales. C’était un entracte dans une pièce qui menaçait de mal tourner. "Comment cette malheureuse affaire finira-t-elle ? Dieu le sait. Il en est des affaires gâtées comme des maladies mal traitées : elles s’enveniment à mesure que les forces de résistance diminuent", écrivait le chancelier Metternich à son ambassadeur en poste à Paris83. La situation était effectivement explosive. Les Belges avaient rappelé sous les drapeaux les miliciens de 1837 pour préparer leur pied de guerre. Les Prussiens avaient renforcé leur garnison dans la forteresse de Luxembourg en la portant à 5 960 hommes. Près de la frontière, à Borg sur la route de Trèves à Thionville, ils avaient constitué un camp d’entraînement destiné aux garnisons de Sarrebrück, Sarrelouis et Trèves84. Dans les départements frontaliers de la Belgique et de la Conférence germanique, le gouvernement français entretenait depuis le mois de mai sur le pied de mobilisation environ trente mille hommes ; les grandes places de garnison, Lille, Sedan, Valenciennes, Metz, Givet... avaient ainsi été renforcées de nombreux bataillons. Il devait des preuves de sa détermination. Ne manquait qu’une étincelle pour lancer ces forces à l’assaut l’une de l’autre. La crainte de la conflagration générale ne quitta plus Louis-Philippe. Défendre les intérêts de la Belgique ne pouvait à ses yeux signifier condamner la paix. Il écrivait au comte Molé : "Quant à sa dissertation sur les effets de l’imagination, c’est là surtout où je trouve les illusions dont vous me parlez avec tant de raison. L’empereur ne concevait son trône que par la guerre et ses victoires enivrantes pour notre Nation. Il oubliait que ses sensations s’éteignaient vite chez nous, et que plus elles avaient été élevées plus elles abaissent lorsqu’elles se dissipent et mettent à découvert l’épouvantable prix qu’ont coûté les victoires. Aussi j’ai toujours tenu la paix et la prospérité publique pour la seule base de mon trône"85. La guerre déclencherait invariablement la révolution politique et sociale. Aussi plaida-t-il auprès de son gendre l’acquiescement belge aux propositions de la Conférence. "Vous avez toujours dit, mon cher frère, que je pouvais me fier à vous pour ne pas attirer sur nous la tempête ou la guerre. Eh bien ! C’est cela que je viens réclamer de vous. Je ne vois plus qu’un seul moyen de conjurer l’orage, c’est que vous fassiez déclarer par votre plénipotentiaire que vous êtes prêt à adopter les modifications proposées par la Conférence, si elle consent à réduire la dette de la moitié de la différence qui reste encore entre le chiffre de 3 millions 800 mille florins, et les 5 millions, c’est-à-dire 600 mille florins, en sorte que la fixation fût établie à 4 millions 400 mille florins annuellement, et de renoncer par conséquent à toute illusion sur la question territoriale (...) je vous recommande de ne pas gaspiller l’avenir en poursuivant des chimères"86.

Le général Sébastiani avait bien réaffirmé à Palmerston le désir de la France de voir la question territoriale réglée par une cession à titre onéreux. Il se vit opposer un refus catégorique. La question était réglée à ses yeux, il fallait rechercher maintenant une solution définitive87. Même le cabinet britannique voulait désormais hâter le règlement. Au contraire le gouvernement Molé recherchait au même moment une suspension des travaux de la Conférence. La situation intérieure française s’était notablement dégradée. Le ministère, devenu la cible d’une coalition qui mêlait la gauche dynastique de Barrot et le centre gauche de Thiers aux doctrinaires de Guizot, allait devoir affronter un difficile débat de l’adresse au roi où son existence même semblait menacée. Les journaux d’opposition ne cessaient de vilipender sa politique étrangère humiliante pour la France, dédaigneuse des principes de Juillet88. Cette polémique gênait gravement l’action diplomatique de la France et suscitait craintes et espérances contradictoires chez nos voisins89. D’autre part, Molé souhaitait poursuivre une ouverture assez bien accueillie à Berlin où le projet d’une transaction territoriale limitée à quelques districts du Luxembourg n’avait "pas mis en feu", comme dans le passé, le ministre des Affaires étrangères de Werther. Le président du Conseil décida alors le départ pour Londres d’un important émissaire, Emile Desages, le directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères90. Sa mission consistait simplement à obtenir un ajournement de la Conférence. Mais lord Palmerston avait l’avantage immense que la Conférence se tînt dans sa capitale. Tandis que Desages faisait route, il réunit le 6 décembre les plénipotentiaires en séance plénière. Ils reconnurent que la discussion était épuisée et que "le moment était venu de rentrer dans le rôle officiel". Ils établirent les projets de traité qui reprenaient les dispositions arrêtées le 22 octobre et modifiées en deux points : nouvelle rédaction de l’article 9 déterminant les conditions de navigation sur l’Escaut ; réduction de la dette belge de 5,4 à 5 millions de florins (article 13). Sébastiani, pressé de conclure par ses homologues, obtint un délai pour contresigner le protocole qui conférait caractère exécutoire à ces dispositions, dans l’attente d’une réponse de son gouvernement. Dès le 8 décembre, il céda devant la menace d’une rupture que brandissait lord Palmerston et accepta d’apposer sa signature au bas du protocole91. L’intimidation anglaise avait circonvenu le vieux général corse. Le chantage à la guerre prouvait son efficacité92.

Ce ne fut que deux jours plus tard que Desages arriva à Londres. Dès le 11, il avait en compagnie de Sébastiani une longue conversation avec Palmerston. L’hostilité déterminée de ce dernier à toute idée d’ajournement de la Conférence étonna Desages. Il ne cacha pas qu’il ne voulait pas laisser arriver au pouvoir à Paris un cabinet qui ne serait lié par aucun acte formel de l’administration précédente93. Les protagonistes se séparèrent sans conclure. Ils se retrouvèrent le 13 décembre. Palmerston se montra plus conciliant. Les ministres d’Autriche et de Prusse reconnurent l’impossibilité où ils étaient de forcer les représentants français avant le terme indiqué par eux. Pourtant à la séance de la Conférence du lendemain, les quatre plénipotentiaires réclamèrent de Sébastiani un engagement écrit. Le général argua de l’absence d’autorisation de son gouvernement94. Elle ne vint pas. Molé repoussa les prétentions de la Conférence en des termes catégoriques : "Mais la lettre que vous venez de m’écrire m’apprend que tout est changé et qu’on veut traiter la France comme jamais aucun pays n’a été traité. Si on veut la guerre, M. le comte, on l’aura, rien n’est plus facile. Mais Votre Excellence peut assurer ses co-plénipotentiaires que nous les forcerons à compter avec nous". Si la question territoriale était hors jeu la question financière restait posée. "Cette volonté, M. le Comte, le gouvernement du Roi ne peut s’y soumettre, alors surtout qu’il est convaincu qu’en y consentant, il compromettrait les plus graves intérêts. Il ne signera rien, je dois vous le dire, et vous devez le déclarer, avant l’expiration du délai qu’il avait demandé à ses alliés"95. Surpris de ce ton impérieux, les membres de la Conférence constatèrent dans une note l’accord des cinq puissances mais accordèrent le délai sollicité.

Soulagé sur le front londonien, le cabinet Molé pouvait consacrer ses efforts aux débats parlementaires de l’adresse et aux démarches à mener à Bruxelles pour obtenir du gouvernement de Léopold son assentiment au traité révisé. Les dépêches de Molé au comte Sérurier avaient déjà pris la forme de mises en garde sévères : "Il est temps que le gouvernement belge ouvre les yeux et voie où les manifestations qu’il encourage peuvent le conduire", écrivait-il le 8 décembre en énumérant les efforts menés à Londres pour les intérêts du jeune État. "Si la Belgique par une résistance que rien ne justifie compromet sa sécurité et son avenir, elle ne pourra s’en prendre qu’à elle-même. La France, après avoir obtenu pour elle la remise entière des arrérages, la réduction de 3 400 000 florins d’intérêt annuel de la dette, cesserait de faire cause commune avec la Belgique en la voyant méconnaître ses engagements et se soustraire à l’exécution d’un traité auquel elle a dû son indépendance"96. Chaque déclaration et mouvement du gouvernement belge n’excitaient que défiance. On dénonçait ses insupportables manœuvres dilatoires. "Il faut que, cessant de réclamer contre les clauses territoriales, il accepte comme satisfaisantes les modifications pécuniaires que le gouvernement français a réussi, après tant d’efforts et d’insistance et en s’appuyant sur les prévisions mêmes des protocoles de 1831, à obtenir des gouvernements alliés"97. Mais les Belges étaient bien des alliés difficiles. Les objurgations du comte Molé n’avaient guère d’effet. Le 12 décembre le cabinet belge décidait à l’unanimité qu’il ne pouvait adhérer à l’article du traité relatif au Limbourg et au Luxembourg. Il ne dissimulait pas qu’il lui fallait épouser les sentiments des Chambres et les aspirations du pays. Il devait suivre une opinion publique qui ne s’apaisait guère. Les arguments passionnels des partis extrémistes portaient juste. Les modérés se laissaient entraîner, imprudents et oublieux du danger de conflit. Le gouverneur de la Société générale craignait que "l’on fasse ici des sottises"98. Bresson, ambassadeur de France à Berlin, dénonçait à son gouvernement le jeu du parti catholique et les ambitions personnelles de son chef le comte de Mérode. Il mettait en cause l’effervescence populaire qui n’était à ses yeux que battage bien entretenu99. Le plus grave était sans doute que les Belges n’avaient pas les moyens de leur politique de refus obstiné. Les troupes de la Confédération germanique appelées à intervenir balayeraient leurs régiments100. Dans le contexte présent le soutien français était des plus improbables. Une victoire de la Hollande et de la Prusse emporterait un partage du pays.

Peu dociles, les Belges osèrent même intervenir dans la vie politique intérieure de la France et faire pression sur le ministère du roi. Les députés et sénateurs du Limbourg et du Luxembourg avaient constitué un comité parlementaire pour faire entendre la voix de leurs électeurs. Ce comité lançait des proclamations et organisait des manifestations. Le 16, il envoyait à Paris deux de ses membres, le comte Marchant d’Ansembourg et M. de Metz. Leur mission n’était rien moins que de protester auprès du gouvernement et des Chambres contre la cession des territoires. Reçus et déçus par le comte Molé, ils osèrent plaider leur cause dans les milieux d’opposition en offrant des banquets où ils multipliaient les toasts provocants. Ils s’avisaient ni plus ni moins d’exaspérer l’opposition parlementaire au moment de la discussion de l’adresse. Leur but était patent : obtenir le renversement d’un cabinet trop peu complaisant. Exaspéré Molé renonça au projet d’expulsion, de peur de faire des deux parlementaires des martyrs, mais dénonça vigoureusement leurs manœuvres près du cabinet belge101. Le 30 décembre, M. d’Hoffschmidt, représentant luxembourgeois, gagna Paris avec de nouvelles instructions de ses collègues : s’entendre avec les journaux de l’opposition à défendre plus énergiquement la cause belge et constituer à Paris un comité populaire belgo-français. Il commença à distribuer des notes sur le différend hollando-belge pour alimenter l’argumentation des opposants à la Chambre des pairs et des députés. On touchait le fond d’une inacceptable manipulation. La Belgique vivait dans l’attente de l’issue des débats parlementaires français et avait quelques illusions de retournement complet. Mais toutes ces manœuvres se révélèrent insuffisantes. Le comte Molé dut faire face pendant douze jours à un feu croisé de critiques acerbes et vigoureuses qui dénonçaient pêle-mêle le pervertissement du gouvernement représentatif, le ministère de "laquais" ou de "commis", l’influence royale envahissante, la médiocrité avilissante de la politique extérieure de la France102. On vota l’adresse paragraphe par paragraphe, le cabinet arrachant des majorités de cinq ou six voix. Il fut battu sur le chapitre des Affaires étrangères (219 contre 210). Enfin dans le vote final le 19 janvier 1839, 221 députés approuvèrent l’adresse composée des amendements que le cabinet avait fait adopter. Le gouvernement l’emportait mais à quel prix ! Sa situation parlementaire paraissait compromise. Molé, se sachant condamné à brève échéance, voulut clore l’affaire. La meilleure volonté n’aurait pu résister à la politique d’obstination et de criminelle obstruction choisie par Bruxelles. Les malencontreuses interventions dans le jeu politique français étaient source d’irritation. Déçu par les négociations menées par Bresson à Berlin où toute idée de transaction était farouchement repoussée103, le comte Molé avait sollicité l’acceptation belge des projets de la Conférence. Malgré la solide argumentation de la dépêche française, de Theux n’avait pas voulu en entendre parler104. Le 3 janvier 1839 il faisait partir de Bruxelles le comte de Mérode pour Paris et le président de la Cour de Cassation de Gerlache pour Londres, avec le titre "d’envoyé extraordinaire". Le moment était venu, à l’idée du cabinet belge et du roi, de proposer officiellement à la Conférence l’abandon de toute diminution de la dette en échange du Limbourg et du Luxembourg. Léopold adressa une lettre particulière à Molé pour justifier la démarche de son ministre : "Vous paraissez regretter que le gouvernement ici ne marche pas en avant des sacrifices qu’on lui demande. Il subit cependant bien des pertes réelles que nous ferons, sans exposer le gouvernement encore à en supporter tout l’odieux. La mission du comte Mérode a pour but de vous soumettre bien sincèrement ces mêmes difficultés dont je vous avais déjà parlées. Elles sont très grandes"105. Le roi des Belges paraissait fâcheusement céder aux injonctions de son parti extrémiste. Son beau-père Louis-Philippe, qui n’avait jamais interrompu ses conseils de modération et de prudence, s’inquiéta et ne dissimula pas à Molé ses préoccupations : "Comme vous aurez peut-être demain dimanche, le temps de lire les deux incluses, je vous les envoie, en vous priant seulement de me les renvoyer - ou de me les rapporter. Vous n’y verrez que trop d’indices de cette disposition de dégoût du roi Léopold qu’il est bien plus important d’arrêter qu’on ne le croit en général, parce qu’on n’y croit point, et c’est une erreur d’autant plus fâcheuse que s’il plantait là son affaire, les embarras seraient incalculables et la paix serait bien gravement compromise. Son parti révolutionnaire lui donne avec raison beaucoup d’inquiétude et il n’y a que lui qui puisse le mâter. C’est très sérieux et je vous dirai sur cela des choses que je ne peux dire qu’à vous"106. À Londres la mission de M. de Gerlache fit un four : Palmerston se montra rigoureusement hostile. La Conférence repoussa les propositions belges sans examen. À Paris le comte de Mérode et Lehon visitaient successivement Molé et Louis-Philippe tandis que la bataille parlementaire battait son plein. Le gouvernement français refusa de donner son assentiment à la note de son homologue belge, car son seul résultat serait inévitablement d’exacerber l’irritation dans les capitales.

Les trésors de persuasion dépensés par le gouvernement français se révélaient inutiles. Louis-Philippe en tira toutes les conclusions. Au cours d’un conseil de Cabinet tenu le 18 janvier, fut prise la décision de contresigner le protocole. On arrêta aussi la constitution d’un corps de rassemblement sur la frontière du Nord placé sous le commandement du duc d’Orléans, réponse aux concentrations de troupes prussiennes sur grandes échelles près des frontières françaises. Sébastiani en fut informé par dépêche le 20 janvier : "Il a été décidé avant hier, en conseil, que vous seriez autorisé à signer purement et simplement le protocole du 6 décembre et les notes annexées en projet à ce protocole. Les motifs qui nous avaient particulièrement déterminés à différer cette autorisation n’existent plus. Le gouvernement belge n’a pas jugé devoir tenir compte des représentations officielles que par ce délai de quelques semaines nous avions voulu nous ménager la chance de faire prévaloir auprès de lui. Il ne nous reste donc plus qu’à nous associer à la démarche dont vous aviez pris la proposition ad referendum"107. Le 23, au Foreign Office, les plénipotentiaires dressèrent protocole pour constater l’adhésion de la France au protocole du 6 décembre, puis aussitôt après on procéda à la signature définitive. Trois formules de traités à intervenir, entre les cinq puissances et la Belgique, la Belgique et les Pays-Bas, et ces derniers et les puissances furent annexées au protocole d’accord108. Le 3 février un courrier extraordinaire apportait à Dedel l’adhésion pure et simple du gouvernement de Guillaume Ier aux projets de traités qui accompagnaient la note de la Conférence du 23 janvier. Dedel recevait les pleins pouvoirs pour signer le traité avec les puissances et celui avec la Belgique109.

Que ferait cette dernière ? Tout dépendait désormais de son attitude. Sur le moment, les milieux gouvernementaux regrettèrent la décision française et Sérurier reçut les doléances de plusieurs ministres. Mais, dans le royaume, l’état des esprits s’était grandement transformé. On assistait à un profond revirement. Le marasme économique et la crise de confiance frappaient durement industriels et commerçants. Les banques suspendaient leurs paiements. Le parti pacifiste retrouvait son ancienne vitalité. Désormais c’était pour le maintien de la paix que l’on pétitionnait. Van Praet donnait les plus grandes assurances à Louis Richtenberger, représentant de la banque Rothschild à Bruxelles : on était à la paix. Le gouvernement, tenu de souscrire un emprunt pour honorer ses engagements, devait écouter ses bailleurs de fond ! Le président du Conseil de Theux reconnut bientôt la nécessité d’en finir promptement. Il promettait une bonne majorité de "pacifistes" dans les Chambres110. Celles-ci avaient été prorogées après l’accueil houleux réservé le 1er février par les représentants à la notification des protocoles de la Conférence et au rapport du ministre sur toutes les négociations. Le fait que la Belgique ait reconnu désormais nulle et non avenue son acceptation de 1831 exigeait que la totalité du traité fût soumise à l’approbation des Chambres. Louis-Philippe qui craignait encore quelques foucades le regrettait111. Van de Weyer, appuyé sans conviction par le général Sébastiani112, chercha encore à arracher à lord Palmerston quelques modifications favorables à la Belgique : suppression de la taxe de navigation sur l’Escaut de 1,5 florins par tonneau et réévaluation de la dette à 4,4 millions de florins. Le chef du Foreign Office répondit négativement à toutes ces démarches113.

Le 4 mars débuta la discussion générale du projet de loi autorisant le gouvernement belge à accepter le traité. La plus grande tranquillité régnait dans les rues de Bruxelles. Le temps était bien à la paix. Après des débats malgré tout mouvementés, le cabinet de Theux obtint le vote du projet le 19 mars par 58 voix contre 42. Le Sénat suivit en accordant une majorité de 17 voix sur 45 votants114. Fort de ce succès, preuve de bonne volonté, le cabinet belge rechercha encore quelques aménagements avec l’appui déclaré de Louis-Philippe115. Sagement, Van de Weyer et Nothomb, envoyé extraordinaire, se contentèrent bientôt, avec l’accord de leur hiérarchie, d’obtenir des explications sur des articles que leur gouvernement jugeait obscurs. Le 19 avril, les délégués belges et hollandais signaient solennellement le traité des 24 articles remanié. La Belgique accédait définitivement à la reconnaissance internationale. Le comte Molé était tombé depuis plus d’un mois lorsque la nouvelle de cette conclusion parvint à Paris. Ce succès était pourtant aussi le sien.

"Ainsi se termina cette grande affaire qui, depuis huit ans tenait en échec l’Europe entière. L’indépendance et la neutralité de la Belgique étaient reconnues aux conditions posées en 1831 par les Vingt-quatre articles. C’est le plus grand résultat obtenu pendant le règne de Louis-Philippe, le seul qui semble aujourd’hui à l’abri d’un bouleversement révolutionnaire. Une puissance amie a remplacé sur la plus menacée de nos frontières celle que le traité de Vienne avait élevée en haine de la France. Ce changement s’est opéré sans coup férir, et la diplomatie a conquis pacifiquement un de ces succès qui d’ordinaire sont achetés par des guerres terribles. À toutes ses phases l’affaire avait été conduite par nos ministres avec habileté et énergie, mais l’honneur principal en revient au comte Molé qui l’a commencée en 1830 et finie en 1839 au prix de son existence ministérielle. L’évacuation d’Ancône et l’exécution du traité du 15 novembre 1831 ont été reprochées par ses adversaires comme des forfaitures. L’Histoire les rappellera comme des titres de gloire"116. En écrivant ces lignes, le comte de Sainte-Aulaire faisait preuve d’une excessive confiance dans la reconnaissance que la postérité vouerait à l’œuvre diplomatique du gouvernement de Juillet.

Au terme de cette étude, une conclusion vient tout naturellement à l’esprit : il est urgent de reconsidérer sous un jour nouveau la diplomatie de la monarchie orléaniste. Durant la seule crise européenne de 1838, souvent oubliée ou négligée malgré son importance dans les histoires du règne de Louis-Philippe, la position française se signala constamment par son honnêteté, sa droiture, un juste sens de l’honneur national et un honorable souci de paix et de sécurité. Comme la qualifia Molé à plusieurs reprises, ce fut une politique "raisonnable", ou encore une diplomatie "du possible". En grande part le mérite en revient au roi des Français. Son gouvernement se tint tout au long des négociations à ses objectifs et ses alliances, recherchant une difficile conciliation d’impératifs que les circonstances opposaient : sauvegarder "l’entente cordiale", défendre les justes intérêts de la Belgique sans se laisser aller à la démagogie, préserver l’Europe de la guerre. Cette attitude ne dissimulait aucun double jeu. Les intentions et les positions officielles ne révélaient aucune contradiction. La France de Louis-Philippe avait une politique extérieure réellement droite et sérieuse, soucieuse de paix et du respect de ses devoirs internationaux. Comment accepter aujourd’hui quelques affirmations péremptoires d’historiens par trop imprudents ? Il est inacceptable d’affirmer que "Louis-Philippe ne fit rien pour défendre les thèses belges. Depuis plusieurs années, il cherchait à se rapprocher de ses Frères, Empereurs et Rois, qui s’obstinaient à l’ignorer. Il n’était nullement disposé à courir le moindre risque pour répondre aux demandes de son gendre"117. La France fit tout ce qui était raisonnablement en son pouvoir pour défendre la cause de la jeune Belgique. La politique de Louis-Philippe n’est pas plus cette "diplomatie de liquidation" dénoncée avec parti pris par le républicain Charléty118. On a affirmé qu’après 1835 Louis-Philippe travailla à desserrer les liens tissés avec l’Angleterre pour promouvoir un rapprochement avec les puissances continentales119. Toute sa correspondance prouve le contraire : le roi tenait par-dessus tout au maintien des meilleures relations avec Londres. Si par quelques mesures, Molé poursuivit la politique de rapprochement avec Metternich que Thiers avait inaugurée120, Louis-Philippe ambitionnait à nos yeux de réaliser le grand projet défendu par le comte de Sainte-Aulaire : réussir la combinaison de l’alliance intime de la France et de l’Angleterre avec le maintien de bonnes relations avec l’Autriche. "L’alliance intime des deux grands états constitutionnels ne pouvait donc manquer d’inspirer des soupçons sur le continent, si elle n’était tempérée par l’action d’un cabinet purement monarchique. Celui de Vienne était éminemment propre à remplir ce rôle"121. Le grand historien anglais Charles Webster se montre fort présomptueux en imputant exclusivement à l’attitude française l’échec de "l’entente cordiale", entente à laquelle lord Palmerston aurait attaché le plus grand prix. Ce fut Louis-Philippe et non Palmerston qui détruisit l’alliance, concluait-il en substance dans sa grande histoire de la diplomatie anglaise entre 1830 et 1841122. Ne faut-il pas inverser les termes ? Notre étude nous y inviterait assez.

Dernière révision nécessaire à apporter : peut-on encore laisser croire que le véritable créateur du royaume belge fut "lord Pierre-Ponce"123 ? Son "affectueuse sollicitude" s’est surtout affirmée lorsqu’elle ne contrariait point les intérêts bien entendus de l’Angleterre. Suivons Carlier et Discailles dans leur dénonciation de la légende de "l’indéfectible protecteur constamment désintéressé"124. La Belgique doit autant, sinon plus, au roi des Français qu’au bouillant diplomate anglais.

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Notes:

1 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 14 mars 1838, folios 222-223.

2 Prince de Talleyrand, Mémoires publiés avec une préface, des notes par le duc de Broglie, Paris, Calmann-Lévy, tome V, 1892, p. 168, dépêche du prince de Talleyrand au duc de Broglie, Londres 21 mai 1833.

3 Le traité des 24 articles divisait le Luxembourg et réservait la partie allemande à Guillaume Ier comme grand-duché et à titre personnel. Tout le Limbourg de la rive droite de la Meuse était reconnu hollandais.

4 Marquis de Noailles, Le comte Molé 1781-1855, Sa vie, ses mémoires, Paris, Champion, tome VI, 1930, p.47.

5 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Sébastiani au comte Mollé, Londres 16 mars 1838, folios 224-225.

6 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 28 mars 1838, folio 81-92.

7 Arch. Aff. étr. , Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Molé à Sébastiani, Paris 19 mars 1838, folios 226-227.

8 Arch. nat., 300 AP 111 37, lettre autographe de Louis-Philippe au comte Molé, Paris 18 mars 1838.

9 Cf. Camille Piccioni, "Le général Sébastiani ministre des Affaires étrangères et ambassadeur à Londres", Revue d’histoire diplomatique, 1930, pp. 35-46.

10 Mathieu comte Molé avait été en charge du portefeuille des Affaires étrangères du 12 août au 3 novembre 1830. Sur la définition de la politique de non-intervention, cf. John W. Rooney Jr., Revolt in the Netherlands Brussels-1830, Lawrence Kansas, Coronado Press, 1982, pp. 123-126.

11 Hervé Robert, "Louis-Philippe, le roi paradoxal", Monarchies constitutionnelles. Etudes et documents, n°1, 1996, pp.42-43.

12 Comte de Montalivet, Fragments et souvenirs, Paris, Calmann-Lévy, 1899, tome II, p. 5. Montalivet était l’un des plus proches collaborateurs du roi des Français, autant comme ministre de l’Intérieur que comme intendant général de la liste civile.

13 Raymond Hayem, Le conseil des ministres sous Louis-Philippe, Paris, Librairie sociale et économique, 1939, p. 80. Pour le duc de Castries, le comte Molé était "l’homme lige du roi et cela sans mérite" (Louis-Philippe, Paris, Tallandier, 1972, pp. 257-258).

14 Cf. par exemple Arch. Aff. étr, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Molé à Sébastiani, Paris 6 septembre 1838, folio 156-157.

15 Pierre Renouvin, Le xixe siècle. 7 - De 1815 à 1871, l’Europe des nationalités et l’éveil de nouveaux mondes, tome V de l’Histoire des relations internationales, Paris, Hachette, 1954, p. 68.

16 David H. Pinkney, Decisive years in France 1840-1847, Princeton, Princeton University Press,1986,, p. 129

17 Archives nationales, 364 mi 1, collection d’autographes Da Rocha Carneiro, lettre de Louis-Philippe au comte Sébastiani, Paris, 28 février 1836. Voici ce que le comte de Sainte-Aulaire, ambassadeur de France à Vienne puis à Londres, écrivait de l’alliance anglaise dans ses mémoires : "L’alliance russe répond pour nous à des combinaisons de conquête, l’alliance anglaise à des époques de progrès intérieur, appuyées l’une sur l’autre, la France et l’Angleterre garantissent la paix de l’Europe" (Comte de Sainte-Aulaire, Souvenirs, op. cit., p.13).

18 Archives nationales, 300 AP 111 36, lettre de Louis-Philippe au comte Molé, 30 mars 1838, publiée par nos soins dans la revue Mémoire, 1985, n°5, pp. 99-100.

19 On trouve dans cette expression dans une lettre de Louis-Philippe à Molé (Arch. nat., 300 AP III 36, lettre du 16 avril 1838).

20 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Sébastiani au comte Molé, 21 mars 1838, folios 230-234.

21 Cf. Roger Bullen, Palmerston, Guizot and the collapse of the entente cordiale, Londres, The Athlone Press, 1974, p. 16 ; Paul Thureau-Gangin, Histoire de la monarchie de Juillet, Paris, Plon-Nourrit, 1884-1892, 7 vol., tome III, p. 277.

22 Roger Bullen, Palmerston, Guizot (...), op. cit., pp.8-16 ; Jasper Ridley, Lord Palmerston, Londres, Constable, 1970, pp. 216-217.

23 Charles H. Pouthas, "Sur les rapports de la France et de l’Angleterre pendant la monarchie de Juillet d’après des ouvrages récents", Revue d’histoire moderne, novembre-décembre 1927, n° 12, p. 465. Voir aussi André Artonne, "La politique extérieure de Palmerston de 1830 à 1841", Revue d’histoire diplomatique, janvier-mars 1953, p. 81.

24 Louis-Philippe écrivait au comte Molé : "J’aurais cru que Lord Palmerston aurait au moins allongé, retardé et évité une réunion immédiate, qu’il aurait dit qu’il voulait se concerter avec nous ! ...Mais non, les voilà réunis mardi et Sébastiani sans instruction ! Tandis qu’assurément les trois autres en ont et sont prêts ! Tout cela est assez grave" (Arch. nat., 300 AP 111 36, lettre du 18 mars 1838).

25 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 21 mars 1838, folios 230-234.

26 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, 19 mars 1838, folios 228-229.

27 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 3 avri 18381, folio 254-255.

28 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 6 avril, folio 258-259.

29 Charles H. Pouthas, Le royaume de Belgique de 1830 à 1848, Paris, CDU "Cours de Sorbonne", 1956, p. 114.

30 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 4 mai 1838, folios 114-118. Issu d’une vieille famille de robe, Louis Sérurier (1775-1860) avait joué un rôle capital comme chargé d’affaires en Hollande sous Napoléon lors de la réunion du royaume de Louis à l’Empire français. Il fut ministre de France de 1811 à 1815 et de 1830 à 1835. Pair de France en 1837, il représenta la France en Belgique de 1836 à 1840. Il reçut le titre héréditaire de comte en juin 1839.

31 Les habitants de Strassen, localité située à quelques kilomètres de la forteresse de Luxembourg et donc dans son rayon stratégique, plantèrent un arbre de la liberté surmonté d’un drapeau belge pour fêter l’installation de leur bourgmestre. Le général prussien Dumoulin commandant la place les somma d’enlever le drapeau. Confronté à un refus, il ordonna à ses hommes d’exécuter son ordre. Ils le firent avec vigueur.

32 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 30 avril 1838, folio 112. Voir aussi Lettres adressées à la maison Rothschild par son représentant à Bruxelles..., présentées et annotées par Bertrand Gille, Louvain, Nauwelaerts, 1961, 3 vol. tome I, p. 42, lettre de Louis Richtenberger en date du 30 avril 1838.

33 Ibid, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 9 avril 1838, folios 93-94.

34 Marquis de Noailles, Le comte Molé.... op. cit., tome VI, p. 52, lettre du 4 avril 1838. Archives de Champlâtreux.

35 Ibid, p. 55.

36 Elie Halévy, Du lendemain de Waterloo à l’avènement de sir Robert Peel (1815-1841) (la crise du Reform bill), tome II de Histoire du peuple anglais au xixe siècle, édition corrigée, Paris, Hachette, 1974, p. 529.

37 Charles-H. Pouthas, "Sur les rapports de la France et de l’Angleterre pendant la monarchie de Juillet d’après des ouvrages récents", art. cit., p. 466.

38 Léopold écrivait au comte Molé : "La défection prématurée de lord Palmerston s’explique en partie par la peur qu’inspire au gouvernement anglais la force des tories, et ensuite par cette misérable jalousie contre la France, que nous avons si souvent cherché à modifier sans jamais y réussir complètement" (Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 65, lettre du 27 mai 1838, Laeken).

39 Archives nationales, 300 AP IV 153, lettre du duc d’Orléans à sa sœur la reine Louise, 15 mai 1838. Dans sa correspondance avec sa sœur, Ferdinand-Philippe se pose comme l’avocat des intérêts belges près le roi son père et le gouvernement français.

40 On trouve régulièrement dans la correspondance entretenue par le roi avec son ministre des Affaires étrangères des formules comme : "Vous savez que je partage votre opinion sur ce que nous pouvons et sur ce que nous ne pouvons pas obtenir de la Conférence pour la Belgique" (28 mai 1838) ; "Je pense tout à fait comme vous" (6 septembre 1838) : "Vous appliquez l’épithète de chef d’œuvre à ma dernière épître à Léopold, la vôtre la mérite bien mieux que la mienne. Elle est parfaite et ne laisse rien à désirer" (20 novembre 1838).

41 Louis-Philippe confia quelques mois plus tard à son gendre Léopold qu’il n’avait jamais cru à la possibilité d’une révision des clauses territoriales. "J’ai toujours cru qu’il n’y avait que la fixation de la dette sur laquelle nous puissions espérer quelque succès, parce que là l’équité était de notre côté, tandis qu’elle était évidemment contre nous dans la question territoriale. Il y a plus, je la croyais d’abord sans intérêt réel, et ensuite aussi impossible à soutenir en arguments que par la force des armes" (Revue rétrospective. Archives secrètes du dernier gouvernement (1830-1848), Paris, Paulin, 1848, p. 331, lettre de Louis-Philippe à Léopold, Paris 8 décembre 1838).

42 Archives royales de Belgique, fonds Léopold Ier, copies manuscrites de la correspondance échangée entre la famille de Belgique et la Maison de France, section V, cahier 639, lettre de Louis-Philippe à Léopold, "Neuilly mardi soir 29 mai 1838" : "... afin que nous soyons parvenus, à faire se peut, ce dont je ne désespère pas, à ramener l’Angleterre à agir d’accord et de concert avec nous".

43 Revue rétrospective..., op. cit., p. 330, lettre de Louis-Philippe à Léopold, "Neuilly mardi 5 juin 1838" : "... Et loin de gagner par l’illusion de courir après la conservation du provisoire qui est une chimère complète".

44 Archives nationales, 300 AP 111 37, lettre de Louis-Philippe au comte Molé, 6 septembre 1838.

45 Archives nationales, 300 AP 111 37, lettre de Louis-Philippe au comte Molé, Neuilly 20 juin 1838 soir.

46 Archives nationales, 300 AP IV 54, copie manuscrite de lettre de duc Ferdinand-Philippe d’Orléans à Louis-Philippe, Tuileries 4 août 1838.

47 Revue rétrospective ..., op. cit., p. 330, lettre de Louis-Philippe à Léopold, Neuilly 5 juin 1838

48 Le tsar profita de cette crise de confiance entre Londres et Paris en proposant une ouverture à Palmerston. À l’occasion d’une rencontre avec l’ambassadeur de sa gracieuse Majesté à Vienne Lamb, le ministre des Affaires étrangères russe Nesselrode invita le Foreign Office à renoncer à l’alliance franco-anglaise. Son chef réserva sa réponse mais hésitait à rompre avec le gouvernement de Louis-Philippe (Cf. Jasper Ridley, Lord Palmerston, p. 218).

49 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Bourqueney au comte Molé, Londres 1 "juin 1838, folios 315-321.

50 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 650, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 15 juin 1838, folios 341-342. Ibid, n° 651, dépêche du maréchal Soult au comte Molé, Londres 13 juillet 1838, folios 23-24 (Soult avait été désigné comme ambassadeur extraordinaire pour représenter le roi des Français au couronnement de Victoria).

51 Le 31 mai 1838, le comte Molé écrivait au roi Léopold : "À vrai dire la question financière me parait celle où doivent se réunir nos plus énergiques défenses. Toutes les raisons indiquées par votre Majesté et qui sont puisées principalement dans un protocole dont je crois le numéro 48, ces raisons me paraissent d’une grande force et de nature à embarrasser beaucoup nos adversaires" (Marquis de Noailles, Le comte Molé.... op. cit., tome VI, p. 67. Archives de Champlâtreux).

52 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche du comte Molé à Sébastiani, 29 juillet 1838, folios 56-57.

53 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, 1er août 1838, folios 60-62.

54 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, 6 août 1838, folios 67-69.

55 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres, 22 août 1838, folios 82-84.

56 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche du comte Molé à Sébastiani, Paris 27 août 1838, folios 122-123.

57 Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 84.

58 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 3 septembre 1838, folios 150-155.

59 "La publication récente des lettres échangées en 1838 et 1839 entre la reine Victoria et Léopold Ier nous laisse voir que la jeune Reine, en dépit des sentiments affectueux qu’elle ne cessait et ne cessera de témoigner à son oncle, suivit en réalité l’impulsion des ses ministres, le jour où ils estimèrent que les convenances politiques et les intérêts de l’Angleterre lui commandaient de ne pas soutenir la cause des Belges qui comptait tant pour elle" (Ernest Discailles, Un diplomate belge à Paris de 1830 à 1864, Bruxelles, G. Van Gest, 1909, tome I, p. 148).

60 Ces propositions furent soumises à la Conférence par note verbale le 11 octobre (Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, lettre particulière de Sébastiani au comte Molé, Londres 12 octobre 1838, folio 195).

61 Van de Weyer se prononçait pour une réduction transactionnelle de la dette de 3,4 millions de florins (Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 12 octobre 1838, folios 203-204).

62 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n°651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 16 octobre 1838, folios 205-208.

63 Marquis de Noailles, Le comte Molé...., op. cit., tome VI, pp. 86-87.

64 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche du comte Molé à Sébastiani, Paris 26 octobre 1838, folios 240-250.

65 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 29 octobre 1838, folios 257-261. Le comte Bresson, ambassadeur de France à Berlin, n’hésitait pas à écrire : "Je n’ai pas été surpris de la contradiction que signale la dépêche de Votre Excellence à M. le comte Sébastiani entre les paroles écrites et les écrits de M. Van de Weyer et des commissaires belges. Pareille chose m’est plus d’une fois arrivée en Belgique ! Le même homme qui dans un entretien privé avec moi s’était montré raisonnable, modéré et convaincu allait quelques minutes après sacrifier, à la tribune du Congrès, à l’esprit révolutionnaire, à une vaine popularité" (Marquis de Noailles, Le comte Molé,.., op. cit., tome VI, p.88).

66 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 2 juin 1838, folios 152-156 ; Bruxelles 7 juin 1838 ; folios 158-161. Voir aussi les Lettres adressées à la maison Rothschild, tome I, p. 53. Lettre du 8 juin 1838.

67 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 9 septembre 1838, folio 244-245 ; copie de lettre du préfet des Ardennes au ministre de l’Intérieur, Mézieres 13 juin 1838, folio 167.

68 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 16, dépêche du comte Molé à Sérurier, Paris 18 juin 1838, folios 170-174.

69 Le comte Molé l’apprit par une lettre du roi le 22 juillet 1838 (Arch. nat., 300 AP III 37). Son homologue belge de Theux donna la confirmation officielle de cette nouvelle le 28 juillet (Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 74).

70 Louis Richtenberger écrivait à la maison Rothschild de Paris : "Les ministres belges croient toujours que l’affaire pourra s’arranger avec de l’argent mais ne réussirait-on pas de cette manière pour la question du territoire à céder, ils espèrent que cette partie de la question resterait en litige, jusqu’à un temps reculé et que les événements pourraient en changeant la face des choses laisser le territoire à la Belgique ou à toute autre puissance" (Lettres adressées à la maison Rothschild..., tome I, p. 71, lettre du 18 novembre 1838).

71 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 17, dépêche du comte Molé à Sérurier, Paris 15 novembre 1838, folios 11-15.

72 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 16 novembre 1838, folios 278-280.

73 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 17, discours du roi Léopold, folio 10. "La presse s’attacha bientôt à présenter le discours comme un engagement de défendre la question territoriale et la réduction de la dette" (Correspondance politique Belgique n° 17, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 15 novembre 1838, folios 16-20).

74 Ibid, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 22 novembre 1838, folio 27-31. L’adresse des représentants mécontenta le roi Léopold : Cf. Lettres adressées à la maison Rothschild-, tome I, p. 71, lettre du 22 novembre 1838.

75 Malgré les efforts de Sébastiani, la Conférence adopta une note condamnant vigoureusement l’adresse des Chambres belges (Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 27 novembre 1838, folios 291-293).

76 Marquis de Nailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, pp. 92-93.

77 Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, pp. 93-98. Lettre de Léopold au comte Molé, 15 novembre 1838. Lettre du comte Molé à Léopold, 20 novembre 1838, Archives de Champlâtreux. Molé avait quelque confiance dans le succès de cette démarche : "Si on voulait m’en croire sur la Belgique, tout sera bientôt terminé. Il suffirait pour cela, d’accepter une forte indemnité pécuniaire de la Belgique pour quelques portions de territoires inutiles à la défense" (Baron de Barante, Souvenirs (1782-1866), publiés par son petit-fils Claude de Barante, Paris, Calmann-Lévy, 1890-1901, 8 vol., tome VI, p. 159, lettre de Molé à Barante, 3 décembre 1838). En revanche, Louis-Philippe ne concevait guère d’illusion sur une improbable réussite : "Quant à la demande d’une extension du territoire au moyen d’un sacrifice pécuniaire, je ne crois guère à son succès, et je crois plutôt que si elle réussissait, ce que vous acquerriez ne compenserait pour la Belgique ce qu’elle aurait payé pour l’avoir" (Revue rétrospective..., op. cit., p. 348, lettre de Louis-Philippe à Léopold, 11 décembre 1838).

78 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 27 novembre 1838, folios 291-293.

79 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 5 décembre 1838, folios 318-321.

80 Louis-Philippe écrivait le 29 novembre à son ministre des Affaires étrangères : "Ceci est un rude coup, car il ne faut pas nous dissimuler que si nous ne pouvons pas adhérer à la Note telle qu’elle est rédigée ou formulée, et cela me paraît impossible comme à vous, mon cher comte, nous devons seulement en donner les raisons" (Arch. nat., 300 AP 111 37). L’héritier du trône de Juillet avait semble-t-il, notablement influencé la détermination de son père. "Non seulement l’Angleterre retire sa garantie à la Convention de 33, mais elle agit de toutes ses forces sur le cabinet français pour déterminer à en faire autant. Selon moi toute la question est dans le maintien ou l’abandon de cette garantie et dans sa manière de voir, c’est sur son maintien uniquement qu’il faut insister auprès du Roi. C’est ce que j’ai fait de mon mieux, mais sans obtenir de réponse claire" (Arch. nat., 300 AP IV 153, lettre du duc d’Orléans à sa sœur Louise-Marie reine des Belges, 22 novembre 1838.

81 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Molé à Sébastiani, Paris 2 décembre 1838, folios 306-314.

82 Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 113. Lettre de Léopold au comte Molé, 1er décembre 1838. Archives de Champlâtreux.

83 Prince de Metternich, Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich chancelier de Cour et d’Etat, publiés par son fils le prince Richard de Metternich classés et réunis par M. de Klinkomtroem, Paris, Plon, 1880-1884, 8 vol., tome VI, p. 292. Lettre de Metternich au comte d’Apponyi, 6 décembre 1838.

84 Service historique de l’armée de terre (S.H.A.T.), E2 4, lettres du commandant de la troisième division militaire au ministre de la Guerre, 13 juillet et septembre 1838.

85 Arch. nat. 300 AP 111 37, lettre de Louis-Philippe au comte Molé, 2 décembre 1838. Cette missive a été publiée par nos soins dans la revue Mémoire, n° 2, 1985, pp. 100-101. Le roi répondait à un argument de Léopold qui avait été écrit à Molé : "Selon moi, il faut qu’un gouvernement en France parle un peu à l’imagination d’un peuple vif et intelligent qui tient avec raison à son importante position. L’Empereur attachait toute son attention à ce système et il avait, je pense raison" (Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 116. Lettre du 1er décembre 1838. Archives de Champlâtreux).

86 Revue rétrospective..., op. cit., pp. 332-333. Lettre de Louis-Philippe à Léopold, Paris 8 décembre 1838.

87 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 5 décembre 1838, folio 318-321.

88 La polémique se nourrit principalement de la critique de la décision d’abandonner la place d’Ancône. Le comte Molé avait fait évacuer par nos troupes la ville qu’elles occupaient depuis avril 1832. Il répondait au retrait autrichien de Bologne selon le principe de réciprocité généralement admis. Mais on s’indigna en France de ce que le gouvernement pût ainsi laisser Vienne décider seul sans aucune concertation le moment de cette évacuation. Molé chercha à éviter ces critiques assez spécieuses en accordant officiellement notre reflux à la demande papale et non à celle de Metternich.

89 Malgré les mises en garde de leur chargé d’affaires à Paris Lehon, qui prédisait le peu d’effet d’un changement de ministère sur les dispositions de la France à leur endroit, les Belges comptaient beaucoup sur l’avènement d’un ministère de coalition de gauche (Voir E. Discailles, Un diplomate belge à Paris de 1830 à 1864, op. cit., tome I, p. 149 ; Henry-Thierry Deschamps, La Belgique devant la France de Juillet. L’opinion et l’attitude françaises de 1839 à 1848, Paris, Les Belles Lettres, 1956, p. 4, note 1). Au contraire, Palmerston avait cette perspective en horreur et ne songeait qu’à hâter les choses.

90 Emile Desages (1791-1850), conseiller d’état et ministre plénipotentiaire, conserva jusqu’à la révolution de 1848 la direction des Affaires politiques du ministère des Affaires étrangères. Hors de la vie politique, il influença la marche de la diplomatie française d’une manière souvent décisive. Au lendemain de son décès, dans les Débats du 27 novembre 1850, Edouard Thouvenel lui rendait un bel hommage : "Pendant vingt ans, M. Desages a été initié à tous les actes, à tous les secrets de la diplomatie française et il n’est pas un Ministre des Affaires étrangères du roi Louis-Philippe qui n’ait été heureux à son entrée au pouvoir de rencontrer auprès de lui un conseiller si discret et si sûr, un collaborateur si intelligent et si infatigable" (Henri Martineau, Petit dictionnaire Stendhal, Paris, Le Divan, 1948, pp. 180-182 ; Les Affaires étrangères et le corps diplomatique français, Paris, CNRS, 1984, tome I : De l’Ancien Régime au Second Empire, pp.627-632).

91 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n’651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 7 décembre 1838, folios 323-325.

92 Le matin du 8 décembre, Palmerston avait répondu à Van de Weyer que le refus français de s’associer à la démarche des quatre puissances équivaudrait à une déclaration de guerre (Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 8 décembre 1838, folios 326-328).

93 Marquis de Noailles, Le comte Molé.... op. cit., tome VI, p.128, lettre de Desages au comte Molé, Londres 11 décembre 1838. Archives de Champlâtreux.

94 Ibid, pp. 130-132, lettres de Desages au comte Molé, Londres 14 et 15 décembre 1838. Archives de Champlâtreux ; Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 651, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 17 décembre 1838, folios 330-332.

95 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 17, dépêche du comte Molé à Sébastiani, Paris 18 décembre 1838, folios 342-346.

96 Ibid, dépêche du comte Molé à Sérurier, Paris 11 décembre 1838, folios 45-49.

97 Ibid, dépêche du comte Molé à Sérurier, Paris 11 décembre 1838, folio 62-66.

98 Lettres adressées à la maison Rothschild..., op. cit., tome I, p.78, lettre particulière du 14 décembre 1838.

99 Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 141.

100 Louis-Philippe écrivait au comte Molé : "En vérité plus on considère la composition de l’armée belge, et celle des Territoires qu’elle aurait à défendre, moins on comprend comment cette défense serait possible" (Arch. nat., 300 AP 111 37, "dimanche 2 décembre 1838 4 h. d. s.").

101 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n°17, dépêche du comte Molé à Sérurier, Bruxelles 25 décembre 1838, folios 90-93. Stupéfaite par les manœuvres belges, la princesse de Lieven écrivait à lord Aberdeen : "Les Chambres de Bruxelles ont envoyé une députation auprès des principaux membres de la Chambre des députés en France. C’est en. vérité un spectacle nouveau. Un Parlement traitant avec un autre Parlement ! En réalité, c’est une comédie qui n’aboutira à rien du tout qu’à prouver à ces messieurs qu’ils s’en iront comme ils sont venus" (The correspondance of lord Aberdeen and princess Lieven 1832-1854, edited for the Royal Historical Society by E. Jones Parry, Londres, Office of the Royal Historical Society, tome I, 1938, p. 122, lettre du 22 décembre 1838).

102 Voir en particulier Pierre de La Gorce, Louis-Philippe 1830-1848, Paris, Plon 1931, pp. 152-153 ; Maurice Deslandres, Histoire constitutionnelle de la France de 1789 à 1870, Paris, A. Colin, 1932, tome II, pp. 224-227 ; Jean-Jacques Chevalier, Histoire des institutions et des régimes politiques, Paris, Dalloz, 1967, pp. 1207-1208 ; Paul Bastid, Les institutions politiques de la monarchie parlementaire française 1814-1848, Paris, Sirey, 1954, p. 130 et p. 287 ; Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 1994, pp.799-802 ; Hervé Robert, La monarchie de Juillet, Paris, PUF, 1994, pp.41-42.

103 Voir Marquis de Noaille, Le comte Molé..,, op. cit., tome VI, pp. 147-150.

104 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n°17, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 30 décembre 1838, folio 108-114. La dépêche de Molé était du 28 décembre 1838.

105 Ibid, dépêche de Serrurier au comte Molé, Bruxelles 3 janvier 1839, folio 125. La note belge consistait dans une protestation contre le protocole du 6 décembre et repoussait le chiffre de 5 millions. Le gouvernement se déclarait prêt à accepter la dette telle qu’elle était et à verser un capital de 50 millions de francs payables immédiatement, si la Conférence lui reconnaissait sa souveraineté sur les territoires contestés.

106 Marquis de Noailles, Le comte Molé.... op. cit., tome VI, p.158, lettre du 13 janvier 1839. Archives de Champlâtreux. Le roi des Belges se montrait critique de la politique poursuivie par le comte Molé qu’il qualifia de "bon petit garçon de la Conférence". "Car de voir un ministre donner un coup de masse sur la tête d’un ami, ôter du chemin de ses antagonistes une difficile question, et ensuite donner sa démission (Louis-Philippe la refusa), paraît monstrueux et d’un assez grand ridicule" (Arch. nat., 300 AP 111172, lettre de Léopold au duc d’Orléans, Laeken 18 février 1839, évoquée par Jean Stengers, "Léopold Ier et le duc d’Orléans (1831-1842)", Museum dynasticum, 1993, n°1, p.28).

107 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 652, dépêche du comte Molé à Sébastiani, Paris 20 janvier 1839, folios 7-8.

108 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 24 janvier 1839, folios 9-11.

109 Ibid, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 4 février 1839, folios 18-20.

110 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n°17, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 11 février 1839, folios 220-223, Sérurier rapporte les propos d’une conversation avec de Theux du 10 février. Lettres adressées à la maison Rothschild, tome I, p.132, lettre particulière du 14 février 1839. Louis Richtenberger rapporte une conversation avec de Theux du 14 février.

111 Revue rétrospective..., op. cit., p. 361, lettre de Louis-Philippe à Léopold. Paris jeudi 7 février 1839.

112 Ibid. Louis-Philippe n’avait guère d’espoir dans le succès de cette démarche.

113 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 652, dépêche de Sébastiani au comte Molé, Londres 5 mars 1839, folios 53-57.

114 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Belgique n° 17, dépêche de Sérurier au comte Molé, Bruxelles 19 mars 1839, folio 332. 26 mars 1839, folios 343-344.

115 Archives Affaires étrangères, Correspondance politique Angleterre n° 652, dépêche du duc de Montebello à Sébastiani, Paris 5 avril 1839, folio 92.

116 Marquis de Noailles, Le comte Molé..., op. cit., tome VI, p. 164. Extrait des Mémoires du comte Sainte-Aulaire.

117 Robert Demoulin, "L’influence française sur la naissance de l’État belge", Revue historique, tome 223, 1960, p. 18.

118 Sébastien Charléty, La monarchie de Juillet 1830-1848, tome V de l’Histoire de la France contemporaine d’Ernest Lavisse, Paris, Hachette, 1921, p. 152. Les thèses défendues par Charléty, héritier des historiens polémistes du xixe siècle, conservent encore une autorité très contestable.

119 Philippe Vigier, La monarchie de Juillet, Paris, P.U.F., 1976, p. 102.

120 Sur la politique étrangère des ministères Thiers (1836) et Molé (1836-1839), voir Paul Thureau-Dangin, Histoire de la monarchie de Juillet, tome III, pp. 48-73 et pp. 268-313.

121 Comte de Sainte-Aulaire, Souvenirs..., op. cit., , p. 16.

122 Charles K. Webster, The foreign policy of Palmerston 1830-1841, Londres, 1952, 2 vol. in-8°.

123 Les tenants de cette thèse sont Webster et Lannoy. Cf. Charles Webster, op. cit. et G. de Lannoy, Histoire diplomatique de l’indépendance belge, Bruxellesn 1930.

124 E. Discailles, Un diplomate belge à Paris de 1830 à 1864, op. cit., tome I, p. 148.

 

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