Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

Les représentations sociales de la guerre dans l’imaginaire collectif roumain

 

Lavinia Betea

 

Entre l’histoire personnelle et la grande histoire

L’histoire d’une famille peut offrir des donnés importantes pour l’histoire d’une collectivité : dans la littérature sociologique, on connaît les études sur des familles d’émigrants américains. D’ailleurs, M. Djilas dit (1958), “l’histoire d’une famille peut être le portrait en miniature d’un pays”.

Dans la maison de mon enfance existe une seule photo de l’époque de la jeunesse de ma grand-mère. Elle la présente avec sa fille - ma mère, alors une enfant âgée de quatre, cinq ans. C’est à cette image que je dois l’unique représentation perceptive que j’ai sur son passé et, d’une manière implicite, de sa représentation sur la guerre.

La photo a accompagné mon grand-père dans la guerre - de son village des montagnes des Carpates Occidentales jusqu’à Stalingrad - avec une étape dans un hôpital de Bucarest, ensuite la campagne de Budapest et enfin son retour dans le village resté presque inchangé de sa naissance jusqu’à sa mort.

Ma grand-mère et les femmes des autres villages appartenant à la commune, dont les époux étaient partis en guerre, furent annoncées à venir avec leurs enfants, à un moment donné, à la mairie de la commune d’Hălmagiu. Elles devaient s’habiller avec les meilleurs vêtements, les enfants devaient porter les costumes nationaux car tous seraient photographiés pour “la lettre” pour leurs époux. Où se trouvaient alors leurs maris ? Qui du village aurait pu connaître une autre réponse que la “guerre” ? C’est le souvenir de ma mère Rozalea relatif à la deuxième guerre mondiale. Les jeunes femmes de son hameau avaient déjà connu le mal quand elles avaient dû se cacher avec leurs chevaux dans les montagnes, dans la forêt. “Pour n’être pas prises” par les soldats russes - elles et leurs chevaux - quand ceux-ci passaient “sans nombre sur la route de Şortoc” Vers Berlin, demandais-je ? “Le vent seul le sait !” - répondait au souvenir ma grand-mère. Elle n’en avait vu aucun de près. Qui risquait de rompre avec les siens et de rentrer, à partir des forêts, dans le village ? Ils étaient eux aussi des hommes comme tous les autres ! Ils avaient pris des chevaux, mais les Russes n’étaient pas venus suivre les habitants. Elle pleurait son cheval Suru, réquisitionné par la mairie pour les Soviétiques. Mon grand-père, appelé par ses petits-fils selon l’habitude du village, taicu/le père Antone, ne voulait rien dire de la guerre. Je l’ai entendu évoquer un événement avec son beau-frère, du même âge et dans le régiment sur le front, événement qui me sembla, à moi, l’enfant, plutôt un conte. Comment Dieu avait annoncé la guerre. Ils se trouvaient, taicu et deux autres gars pendant la nuit, avec les chevaux aux pâturages. Et soudain, à l’est, au dessus du Cime Găina, trois épis ont commencé à monter sur la ligne de l’horizon bordant, depuis on ne sait pas combien de générations, leur monde. De gauche à droite. Et en arrière. Et encore une fois a droite et en arrière. Il leur semblait que la tempête se déchaînait. Les chevaux se sont effrayés comme à l’approche des loups. Et ces grands épis (“comme les peupliers”) perturbés par le vent soufflant, essayaient lui résister. Toujours plus lents et hésitants (“ils marchaient lentement”), allant d’une direction à l’autre. Quand ils sont tombés (“à genoux”), on ne voyait plus rien.

Alors ils ont su que le mal aller arriver. Dieu ne pouvait plus endurer les pêchés des hommes et il aller les punir d’une manière quelconque. Devant Dieu, personne ne peut se cacher. Personne ne peut se sauver de colère du Dieu. Sauf toujours sa miséricorde. Il annonçait son châtiment par la guerre.

S’agissait-il d’un rêve ultérieur aux événements par lequel le subcons­cient de mon grand-père attribuait une causalité aux réalités épouvantables vécues pendant la guerre ? Ou une suggestion provoquée par le mélange du réel et de l’imaginaire collectif de ces communautés archaïques sur le fond d’une nuit avec du brouillard ? Ou s’agissait-il seulement des vapeurs de l’alcool de prune, toujours présent dans les rencontres des jeunes hommes ? Mais le conte était approuvé par tout le village.

Quand j’ai commencé l’école primaire, le père/taicu lisait mes livres empruntés de la bibliothèque. Je croyais que les romans de guerre allaient lui plaire. Mais il restait un lecteur de contes. “Un vieil homme avec des problèmes à la tête”, ironisait grand-mère, et avec elle, tous leurs voisins de même âge. “Car Dieu n’aime pas ça, le grondait-elle. Les Écri­tures ne notent-elles pas, « Heureux les cœurs purs », ils verront Dieu » formule que répète chaque dimanche, le seul personnage officiel intégré dans la collectivité du village, le prêtre orthodoxe.

Ma famille, au niveau présenté dans l’évocation antérieure, peut être considérée comme représentative de l’ethnie roumaine d’une communauté de la Transylvanie. Les membres du micro-groupe appartenaient à la population de Roumanie qui savait lire et écrire quand, selon le recense­ment de 1930, 44 % de la population de la Munténie, Moldavie et Dobroudja était analphabète, de même 62 % de la population de la Bessarabie, 34 % de celle de Bucovine et 33 % de Transylvanie[1]. Tout comme les ancêtres mentionnés, les paysans étaient alphabétisés en étu­diant une à quatre années à l’école primaire, les cas de commencement du lycée étant rares et la finalisation exceptionnelle. Les soldats paysans ayant traversé l’Europe, de Stalingrad à Prague ou Budapest, ne savaient pas consulter une carte géographique. Ils n’avaient pas de représentations géographiques ou historiques. Par conséquent, pour eux, était inconnue la vision de l’espace et celle temporelle sur les endroits traversés. Le temps de leur travail d’agriculteurs, caractéristique de l’immobilisation de la “longue durée” de l’histoire au Moyen-Âge, était mesuré jusqu’alors selon les saisons et les astres célestes[2]. La perception temporelle et celle spatiale de la population roumaine de la période de l’entre-deux-guerres méritent des études élargies.

Étape spéciale de vie vécue par les Roumains ayant connu la Seconde Guerre mondiale, les événements de la guerre se sont fixés différemment, en fonction des moments et de ses interprétations.

Mémoire individuelle, mémoire collective et représentations sociales

Comment c’est produit l’acculturation des Roumains après la Seconde Guerre mondiale dans le sens de la modification du rapport de la mémoire individuelle et la mémoire collective ? Comment le régime politique réussit-il à exploiter les événements de l’histoire au bénéfice de l’idéologie et de son pouvoir ?

Tout d’abord en exerçant - par les institutions d’enseignement et avec des moyens de propagande spécifiques - des pressions permanentes pour la reconstruction du “sens commun”, c’est à dire le substrat des images et significations dont le groupe dominant le projette sur les choses constituant la réalité commune. Les termes utilisés par les psychosociologues pour désigner ce processus se rapportent à la formation des représentations so­ciales, des mentalités, des clichés et des stéréotypes de réflexion et d’atti­tude. En ce qui nous concerne, nous apprécions le concept de représen­tation sociale pour sa potentialité opératoire, due aux théories et aux expéri­mentations qui l’explicitent.

Que sont les représentations sociales ou collectives ? Si la réalité sociale est facile à réaliser dans le carrefour psychologie-sociologie - observait S. Moscovici (1976) - le concept[3] n’est pas simple à définir. Le terme de représentation s’applique à la fois aux représentations des images, à celles conceptuelles et aussi aux variantes intermédiaires. On parle de représentations sociales dans le sens de produits générés d’une manière collective, distribuées dans un groupe plus large par diffusion, propagande et échanges interpersonnels. Dans la psychologie classique, le phénomène de la représentation est un processus de médiation entre la notion et la perception ayant des propriétés mixtes. Tout comme dans le cas de la perception sociale, on met en évidence deux facettes de la représentation collective : l’une figurée, l’autre sémantique, ayant à faire avec un assem­blage sui generis entre le concept et l’icône ou le schéma figuratif.

Dans les rapports avec l’idéologie, les représentations sociales peu­vent être définies comme des images mentales de la réalité sociale, réunis­sant le consensus d’un groupe. La mémoire sociale est aussi circonscrite à l’analyse de la formation des représentations sociales.

Par le terme général de mémoire on entend des comportements diffé­renciés par la perspective de l’observation commune, difficiles pour l’explication psychosociologique. À la recherche des mécanismes du rapport entre la mémoire individuelle et la mémoire collective, la contribu­tion de M. Halbwachs reste significative. Notre connaissance du passé étant le résultat d’une reconstitution, la conservation des images dans l’esprit est contestée par l’auteur. La mémoire n’est pas une opération mécanique, mais une fonction symbolique. Les moyens de réflexion sont fournis par la société, le langage étant le premier instrument qu’elle met à notre disposition. Nous parlons à nos souvenirs avant de les évoquer ; le langage qui se solidarise avec le système entier des conventions sociales nous permet à chaque instant de reconstruire notre passé, affirme l’auteur[4].

Les théories énoncées antérieurement se rapportent à la relation “naturelle” entre la mémoire individuelle et la collective. Mais dès l’Anti­quité, on a attribué à l’histoire des fonctions patriotiques et moralisatrices, fait conduisant à la restructuration et à la définition des événements en fonction des exigences politiques ou religieuses admises ou prétendues par les élites au pouvoir. Dans l’espace français, par exemple, depuis le xve siècle, l’histoire du présent se confond avec ce que sera plus tard appelé la propagande. Dès ce moment, tous les régimes, non seulement ceux totali­taires, mais notamment ceux-ci, ont abusé des interprétations de propagande[5].

Au niveau de la diffusion du message, intervient la propagande, un processus psychosociologique tout aussi difficile à définir que l’idéologie ou les représentations sociales. Si les autres formes de communication (les informations, par exemple) servent seulement à la formation des attitudes, la propagande conduit à ce qu’on peut appeler la réponse - action. D’ailleurs, dans ce qu’on a appelé “la pratique de parti”, donc la propa­gation de l’idéologie communiste dans la foule, on a attribué toujours à la propagande “un rôle de mobilisation”. Dans ce cas, les processus psycho­logiques, cognitifs ou affectifs, impliqués dans l’établissement d’une connexion immédiate entre les stimuli et la réponse, doivent conduire à la création d’un stéréotype. La condition de sa création consiste dans la définition de la situation d’une telle manière qu’elle ne permette que deux solutions possibles. Cette dualité correspond, en partie, à la nature des stéréotypes qui mettent en jeux deux réponses, soit l’adhésion sans réserves du sujet, soit son refus total. C’est ainsi que la propagande crée des stéréotypes de réflexion et d’action.

Le passage de “la représentation-expression” à “la représentation-instrument d’action” est fait par des processus cognitifs dont le support est le langage. Même le processus d’ancrage de la représentation sociale est un processus d’élaboration des médiateurs verbaux, sans lesquels la représen­tation ne peut se développer et on ne peut la retenir. Par conséquent, l’étude d’une représentation sociale signifie aussi l’analyse de son langage. Dans la communication, le langage a le rôle d’un véhicule, mais d’un véhicule à lois spécifiques, étudiés par la linguistique, science plus développée que la psychologie sociale, laquelle peut ainsi clarifier certaines des questions des psychologues.

La formation des représentations qui correspondent au stéréotype d’action proposé constitue la dimension fondamentale de la propagande. Ce n’est pas par hasard que dans les régimes totalitaires la propagande a été la seule forme officielle de communication. L’organisation de ses messages a visé l’édification d’une représentation de l’objet, conformément aux exigences de l’unité du champ social et de l’action du parti.

 Dans ce qui suit, nous allons essayer un découpage de la modification “des cadres sociaux de la mémoire” par l’intermède des représentations sociales de la guerre, modifiées par la propagande en fonction de l’idéolo­gie du moment.

23 août 1944 - la vérité historique et la représenta­tion sociale

À présent, nous pouvons dire en consultant les productions culturelles et de propagande que dans le mental collectif autochtone, “la campagne de l’Est” de la deuxième guerre mondiale a été considérée au moment de son déroulement comme la dernière “guerre sainte” de l’histoire des Roumains.

L’année qui commence est un moment crucial et de résurrection, déclarait le maréchal Antonescu dans la Proclamation au pays prononcée à l’occasion du Nouvel An de 1941. Dans les futures maisons du monde, liés avec honnête honneur de ses constructeurs, nous pourrons accomplir, avec notre action, non seulement la résurrection roumaine, mais une maison de la civilisation européenne. Secouez l’inquiétude inscrite sur votre front ; préparez-vous à lutter courageusement, prêts au sacrifice ; renforcez vos cœurs par la foi ! Le pays a besoin de toutes les âmes, de tous les bras, de toutes les forces. Une Nouvelle Année avec une nouvelle action ! Roumains, avec Dieu en avant crions-nous : Vive Sa Majesté le Roi ! Vive Sa Majesté la Reine ! Vive la Roumanie ![6]

Les textes typiques de la propagande à l’époque de la dictature d’Antonescu, portés à la connaissance des soldats par leurs commandants et renforcés par la bénédiction des prêtres des régiments, seront exprimés et commentés par tout le clergé orthodoxe roumain au cours des services religieux de toutes les églises de Roumanie. Avec une rhétorique adéquate, d’où “Le Satan bolchevique” n’aurait pas fait défaut - syntagme bien conservé dans la mémoire individuelle. C’est un exemple de la théorie psychosociologique selon laquelle, ce qui se passe dans la mémoire ressem­ble bien à ce qui se passe dans la perception par l’organisation des détails autour d’un élément significatif (F. C. Bartlett, 1932)[7].

Synthétisant les interprétations de la deuxième conflagration mondiale dans l’histoire et la littérature roumaines, on remarque dès le début, que le statut de vaincue de guerre avec lequel la Roumanie a participé aux négociations de la Conférence de Paix de Paris de 1946 a été occulté. La récupération de la Transylvanie a été présentée comme preuve de la “victoire” obtenue suite au combat à côté des Alliés, la contribution de l’armée roumaine dans la période août 1944-mai 1945 étant présentée comme “décisive”. La première partie de la guerre (juin 1941 – août 1944), quand les armées roumaines ont été l’avant-garde des troupes hitlériennes dans leur marche vers Odessa et Stalingrad, et aussi leur retraite ont été présentées après 1944 comme “le crime contre l’URSS” dont les respon­sables étaient les dirigeants - les représentants de la bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers. De plus, la guerre a été une “heureuse” occa­sion pour les soldats roumains de connaître les réalités soviétiques. Convertis à l’idéologie et au programme communiste, les prisonniers roumains seront présentés à leur retour au pays comme des militants actifs pour communiser la Roumanie. Analysant “les stéréotypes narratifs” créés par la littérature, M. Iorgulescu (2003) remarque le modèle diffusé par le roman Mitrea Cocor de Mihail Sadoveanu.

Dans une deuxième étape idéologique, la Roumanie manifeste ses ten­dances d’autonomie envers Moscou, le modèle mentionné étant abandonné à la faveur du “militaire patriote et viscéral anti-fasciste”. Le coup d’État du 23 août 1944 devient “la révolution populaire de libération nationale et sociale, anti-fasciste et anti-impérialiste”, le moment étant considéré comme un événement déterminant dans la victoire sur l’Allemagne nazie. Après la chute du communisme, on est revenu à la première représentation sociale : “la guerre sainte contre le bolchevisme[8].

Quand la guerre fut finie, la Roumanie entra dans une nouvelle étape, que nous délimitons, en respectant la chronologie de Braudel, à la durée d’histoire conjoncturelle mesurée en décennies. Les deux étapes de la guerre sont segmentées par le moment du 23 août 1944. L’événement a été annoncé publiquement le jour même de son déroulement, par occultation de la vérité. Dans la Proclamation au pays de Sa Majesté le Roi, transmise à la radio, on dit que “la Roumanie a accepté l’Armistice offert par l’URSS, la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique”, le peuple devant faire de grand pas “vers la route de la Roumanie de demain, une Roumanie libre, forte et heureuse[9].

En réalité, l’Armistice a été signé seulement au milieu de septembre.

La conséquence de cette réalité, dont des générations des Roumains n’ont rien appris pendant le régime communiste, a eu comme effet de dramatiques confusions sur le front. Le journaliste Pamphile Şeicaru note que les troupes roumaines se retrouvant sur le front ont été cernées, désarmées et faites prisonnières. “Dans les premières heures, il y avait plus de 130 000 prisonniers roumains. Après deux jours, le total des prison­niers avait dépassé 175 000”[10]. Il est vrai que des écrits qui se rapportent aux Mémoires historiques parus après la chute du régime communiste prouvent que de nombreux soldats roumains sont restés, suite à “l’Armistice” de 23 août 1944, en captivité en URSS[11] .

Très vite, l’interprétation de l’événement a été modifiée par la propagande, diffusant des représentations sociales avec d’autres signi­fications. La manière dont la vérité a été falsifiée est circonscrite à une technique de manipulation très utilisée par le pouvoir dans tous les temps, les régimes totalitaires excellant dans son perfectionnement - la technique de réécrire l’histoire[12].

Deux années après, le 23 août 1946, le général Sǎnătescu notait dans son journal, à propos de la fête organisée pour l’anniversaire : “Le gouvernement insinue qu’à cet acte ont participé les ouvriers, quand en réalité il s’agissait de l’œuvre du Roi et de l’armée[13]. Une année plus tard, le même témoin des événements note : “le jour du 23 août a été fêté avec assez de faste, mais on n’a pas du tout mentionné le rôle du Roi et de ses collaborateurs. Le journal communiste « Scânteia » écrit que l’action du 23 août est due au Parti communiste et que Gheorghiu-Dej, qui se trouvait en prison, a conduit les opérations[14].

Après moins de trois décennies, le nom de Gheorghiu-Dej a été effacé lui aussi de la description des événements de ce jour. Dans les décennies suivantes, les événements de 23 août 1944 ont été réinterprétés, dans leur description étant utilisées des syntagmes comme “la révolution de libéra­tion nationale, anti-fasciste et anti-impérialiste du peuple roumain” “œuvre du peuple entier, dirigée par le Parti communiste roumain” “l’aspiration des siècles des aspirations de toute la nation”, etc.

Le soldat soviétique comme représentation de l’homme “nouveau”

Le but déclaré de l’idéologie communiste a été la création de “l’homme nouveau Du point de vu psychosociologique, “l’homme nouveau a une valeur d’idéal, et sa représentation sociale suit le processus idéologique sujet - le moi idéal. Ce prototype humain de “l’homme nouveau” est considéré comme supérieur à tous les individus ayant peuplé la planète dans les époques historiques précédentes. Les représentations du concept ont été diffusées par la propagande communiste avec référence surtout à quelques prototypes, le soldat soviétique étant parmi les premiers.

Les modèles utilisés étaient tirés de la littérature soviétique, traduite massivement dans les pays allant entrer dans la sphère d’influence du Kremlin. La littérature soviétique axée sur le thème de la guerre civile, met en relief quelques figures héroïques de comandants, dont l’officier de cavalerie Boudienny, devenu plus tard, maréchal de l’Union soviétique. Comme la majorité des commandants de l’Armée Rouge - avec en tête le général Toukhachevski - ces héros périront victimes des épurations stali­niennes, dans la quatrième décennie. La deuxième guerre mondiale se déroulant en plein culte de la personnalité de Staline (présenté aussi comme le génial stratège de la victoire), le soldat russe apparaît comme un simple membre de la collectivité ; mais une collectivité d’élite, caractérisée par l’esprit illimité du sacrifice, au nom de l’amour pour la patrie socialiste.

Sous le titre de “libérateur”, la figure du soldat soviétique s’impose dans les pays de l’Europe qui entraient sous la tutelle soviétique par la suite de la présence de l’Armée Rouge. Le stationnement sur leurs territoires sera présenté par la propagande comme preuve de “l’amitié soviétique”. La propagande dotera le soldat russe d’autres qualités imprévisibles, dont on ne se doutait pas, son amour pour la culture, par exemple. C’est ainsi que la revue Veac Nou du 13 mai 1945 publie une photographie avec des soldats soviétiques qui, arrivés à Vienne, dans leur parcours glorieux vers Berlin, nettoient le tombeau du compositeur Johann Strauss et y déposent des fleurs.

Dans les pays allant être soviétisés sont entrées comme noyaux des futures armées nationales les divisions constituées d’anciens soldats prisonniers en URSS, organisées et endoctrinées selon le modèle de l’Armée Rouge. C’est ainsi le cas des divisions roumaines “Tudor Vladi­mirescu” et “Horia, Cloşca et Crişan”, unités où le rôle et l’autorité des commissaires politiques dépasseront les attributions des commandants militaires. Ceux-ci représenteront le prototype du soldat roumain formé suivant les canons du soldat soviétique.

L’histoire non officielle du Parti communiste roumain, dans le démontage de la légende de l’Armée Rouge “libératrice, a retenu quelques épisodes significatifs. Par exemple, les troupes de l’Armée Rouge sont entrées le 30 août 1944 à Bucarest, accueillies parmi d’autres par les communistes illégalistes Gh. Gheorghiu-Dej et Gh. Apostol. Bien que les troupes allemandes se soient retirées de la capitale de la Roumanie suite à l’action de l’armée roumaine, les Soviétiques avaient remis aux délégués venus les accueillir à la barrière du Nord de la ville, le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, en exprimant le vœu qu’il soit hissé sur la plus haute construction de la ville. Cela a été refusé avec diplomatie[15].

Un autre épisode a été décrit dans “l’enquête Pãtrăşcanu” de 1948-1954. En qualité de président de la commission envoyé de Moscou le 25 août 1944 pour signer l’armistice avec l’URSS, Pătrăşcanu a déclaré que la délégation roumaine a été renvoyée à plus d’une quinzaine avant d’être reçue par les autorités soviétiques. Dans la soirée de l’entretien, dans l’anti­chambre où se trouvaient les Roumains, un fonctionnaire soviétique a ouvert largement les fenêtres pour leur montrer le ciel sillonné par les artifices. La fête était “à l’honneur de la libération de Bucarest par l’Armée Rouge” mentionne un autre membre de la délégation[16].

Le stationnement des troupes soviétiques en Roumanie a commencé aussi par une contre-vérité. Selon le récit fait dans son journal par le général C. Sănătescu, Premier ministre de la Roumanie à l’époque, le président de la partie soviétique de la Commission alliée de contrôle, le général Sousaïkov a demandé la préparation des casernes pour l’hivernage des troupes en 1944-1945[17]. Après l’hiver, les troupes soviétiques sont restées plus d’une décennie. Jamais on n’a écrit dans la presse de l’époque et on n’a rendu public dans un discours le nombre des soldats soviétiques stationnés en Roumanie dans la période de 1944 à 1958 et quels ont été les coûts de leur entretien.

Les documents existant dans les archives du ministère de la Défense nationale, provenant de la Commission roumaine pour l’application de l’armistice, relèvent que pour la seule période du 1er septembre 1944 au 31 janvier 1945, les incidents provoqués par les soldats soviétiques dans le pays sont chiffrés à 2 532, dont : 334 meurtres accompagnés par pillage, 258 violences et viols, 525 pillages avec des blessés, mauvais traitements et attaques, 822 ravages, destructions et incendies[18].

Dans la mémoire collective des Roumains, le soldat russe est resté un personnage pittoresque : amateur de spiritueux, de montres et de la volaille, les jeunes femmes cachées pour éviter les viols. Des témoignages de l’humour noir avec lequel il a été accueilli se retrouvent dans les quatrains attribués à Păstorel Teodoreanu : “Sur le chemin d’un hameau/ Hier, venaient un Russe et un canon. /Le canon - russe/ Le Russe - canon” [canon - en jargon, ivre - n.r.] Ou : “Soldat russe, soldat russe/ Tu t’es élevé tellement haut / Pour que les peuples te voient/ Ou parce que tes pieds puent ?

“La guerre froide” et “le national-communisme”

Le terme de “guerre froide” a fait carrière dans la presse et les milieux politiques. Il fut utilisé pour caractériser les relations des deux régimes politiques représentés par les États-Unis et l’URSS. Les conflits entre les deux grandes puissances caractérisant aussi les relations entre l’Est et l’Ouest de l’Europe seront exprimés par l’emploi de tout moyen - la propagande, l’intimidation, la conquête d’un territoire idéologiquement et culturellement, des guerres périphériques locales livrées par des clients interposés et la subversion - à l’exception du la confrontation directe et généralisée.

Le schisme soviéto-yougoslave du printemps 1948 a eu, à son tour, un grand effet sur les relations à l’intérieur des partis communistes. Les rela­tions des Yougoslaves avec les Soviétiques s’étaient dégradées dès la fin de 1947. L’esprit d’indépendance et surtout l’ambition de Tito de créer une fédération dans les Balkans (Yougoslavie, Albanie, Bulgarie et Roumanie), ont contrarié Staline. Le 28 juin, dans la séance du Kominform de Bucarest (le siège de cet organisme avait été prévu, au début, à Belgrade), dans le discours prononcé par Gheorghiu-Dej, “la clique de Tito” a été accusée de “glissement sur la pente du révisionnisme, antisoviétisme et le déviation­nisme”, l’URSS et les États satellites ont imposé à la Yougoslavie un blocus économique, contrecarré par celle-ci en entamant des relations avec les pays occidentaux[19].

En Roumanie, ayant une frontière commune avec la Yougoslavie, on a concentré de grands efforts de propagande typiques de ce conflit. Sous l’accusation de “titistes”, un grand nombre de personnes des villages roumains de la frontière ont été déportées à l’été 1951 ; les villages - à cause des casemates qui venaient d’être construites et des haies à fil de fer barbelé - avaient l’apparence de champs de bataille.

Comme l’accès à l’information était bien censuré, la propagande de l’intérieur du “camp communiste” présentait avec distorsions l’image du conflit des deux systèmes : d’une part, les pays socialistes “luttant pour la paix”, “le bastion” de “la lutte” étant l’URSS, en opposition totale et irré­conciliable avec “les impérialistes”. Dans les pays socialistes, le texte des lettres officielles avait à la fin une formule consacrée “Vive la lutte pour la paix !” Il est sous-entendu que le spectre de la guerre “voulue par les impérialistes”, après les traumatismes subis pendant les années d’occupation et les pertes en vies humaines et en biens matériels, était utilisé comme le procédé de manipulation des masses dans le sens que leur paix menacée était défendue par le régime communiste.

Les campagnes de propagande seront des campagnes portées en apparence par “les travailleurs”, la méthode étant connue comme appar­tenant à la manipulation de “la fabrication du consentement” (E.S. Herman, N. Chomski, 1988)[20]. Les matériaux les plus lus de ce type - écrits bien sûr par des journalistes sous la prétendue signature des ouvriers et des paysans - semblent être ceux écrits dans le style de satire populaire.

Pour illustration, nous proposons, du riche matériel se trouvant à portée de la main des lecteurs des collections des journaux, un article publié dans Scânteia, inscrit dans “la campagne anti-titiste” de l’époque :

Dans la région de Craiova, les travailleurs serbes et roumains expriment leur haine contre les ennemis titistes dans des vers simples, mais émouvants et significatifs. Souvent à la campagne, les Serbes et les Roumains, âgés ou jeunes, chantent :

Outre le Danube, sur la côte,

Un chacal est aux aguets

C’est Tito le voleur, l’espion,

Complètement vide tout comme un ballon,

Ses yeux jètent le feu et la flamme

Il veut détruire notre pays par le feu.

Tito, diable ! N’essaye pas

Toi, pauvre homme, tu seras bien à plaindre !

On entend les jeunes hommes des villages, de plus en plus nombreux, criant en serbe ou en roumain :

Judas Tito, le traître

A vendu son pays, son peuple

Pour trente dollars

Aux plus grands usuriers[21].

De telles techniques ont été utilisées pendant toute l’époque du régime communiste. Par exemple, dans la décennie 1980, ont été organisés en Roumanie de nombreux meetings pour la paix, accompagnés dans la presse “des adhésions des travailleurs” Les pages de politique étrangère des journaux étaient pleines de nouvelles relatives aux conflits des autres zones de la planète et de leur cortège de mauvaises nouvelles. Et tout cela pour que le froid, la crise d’électricité et la crise alimentaire paraissent à la personne qui les subit comme des ennuis insignifiants et passagers, par rapport aux dangers et aux conséquences de la guerre.

Dans l’analyse de cette étape de l’idéologie communiste, focalisée sur “le communisme national” représentée par N. Ceauşescu, la tendance d’identification avec un modèle de réflexion autochtone, avec la genèse et les aspirations locales est remarquable. Le nationalisme roumain s’inscrit dans une étape d’évolution typique des régimes communistes, appelées “nationaux-communistes”. En essence, le phénomène est notable pour sa technique de manipulation des masses, pratiquée par “la réécriture du temps passé au service de la domination du temps présent” (G. Jandot, 1992).

La conclusion est argumentée par l’algorithme à quatre étapes de la réécriture de l’histoire de l’Albanie - similaire au cas de la Roumanie - dans les mêmes buts :

1.   La période des Illyriens (considérés comme les ancêtres du peuple albanais). Tout comme les Daces et les Gètes en Roumanie, en Albanie on écrit que les Illyriens avaient constitué déjà une communauté culturelle, économique et politique avant même l’année 1 de notre ère. Leur résistance face à la conquête romaine est amplifiée.

2.  L’époque à laquelle Gjergi Kastrioti, appelé Skanderbeg, se révolte en 1443 contre les Ottomans, en quittant la cité de Kruje, où il a rassemblé, sous l’unité de la même idée d’indépendance nationale, une grande partie des nobles albanais. L’histoire médiévale des trois provinces roumaines, la Moldavie, la Valachie et la Transylvanie est aussi présentée comme une succession d’alliances et de guerres dans un but de résistance contre l’expansion ottomane.

3.   La renaissance (rilindja) de la fin du xixe siècle, quand les Alba­nais ont manifesté une opposition spirituelle et armée à l’occupation otto­mane, action qui conduira à la proclamation d’indépendance de 1912. La guerre d’indépendance de 1877 et la formation de l’État national unitaire en 1918 sont présentées comme des moments qui couronnent, dans l’espace roumain, les aspirations des classes exploitées des époques antérieures.

4.   La grande lutte antifasciste de libération nationale” (avril 1939 à novembre 1944) qui a permis au peuple albanais, dirigé par le parti communiste de chasser d’abord les Italiens et ensuite les Allemands. “La Révolution nationale anti-fasciste et anti-impérialiste de Roumanie sera, finalement, le coup d’État du 23 août 1944[22].

Si on remplace les donnés et les personnages, “le conte historique” peut être valable avec des motivations identiques autant pour les Albanais que pour les Roumains.

Dans les années suivantes, le culte de la personnalité de Ceauşescu sera construit par la représentation de sa mission de “sauveur” de la nation, dont on peut distinguer les caractéristiques suivantes :

L’idée que le leader communiste est le continuateur des traditions historiques nationales (la lutte pour l’indépendance et pour l’unité des Roumains)

Ceauşescu est présenté suite à la réécriture de l’histoire du pays, comme le brillant successeur “des fondateurs du pays”, Burebista et Décé­bale. Il représente les idéaux d’indépendance et d’unité nationale de l’époque médiévale et de la révolution de 1848. En consonance avec ses aspirations, dans les discours officiels de fond, sont cités les personnalités de l’histoire de la Roumanie. Une analyse d’essence sur les personnalités louées peut conduire à la précision de ces vœux d’identification. Des discours historiques de Ceauşescu recueillis dans une anthologie (1983), il résulte qu’il a fait 20 fois référence à Bǎlcescu, 40 à Michel le Brave et presque 50 à Étienne le Grand et Mircea l’Ancien. Après 1974, l’historiographie roumaine a été dominée par l’image de Ceauşescu. Sur un total de 89 études à caractère monographique parus de 1974 à 1979, 24 sont dédiées au leader. Mais cinq ans plus tard, des 160 œuvres de ce type, plus de la moitié, 89, sont des hommages apportés au dirigeant[23].

Illustre commandant de l’armée

Après l’invasion de la Tchécoslovaquie, parmi d’autres déclarations de succès faites par Ceauşescu dans le discours de 21 août 1968, il y a celle de l’initiative de la création des gardes patriotiques (idée pratiquement reprise en décembre 1989, quand “des gardes ouvrières” d’Olténie ont été envoyées à Timişoara). La doctrine de la “souveraineté limitée”, appliquée par Brejnev à la Tchécoslovaquie, a créé le cadre politique propice à la propagation du péril de l’invasion de la Roumanie. Bien que la situation internationale ne fût plus celle des premières années de “la guerre froide”, en Roumanie s’organisaient de nombreux meetings pour la paix et le désarmement, comme si le sort de la planète avait dépendu des vœux de paix des Roumains. D’ailleurs, Ceauşescu avait introduit dans le programme des citoyens, à la catégorie “obligations civiques”, la formation militaire. Les étudiantes étaient obligées à faire, en dehors des études de spécialité, un stage militaire - un jour par semaine pendant trois ans. Ces pratiques illustraient la conception de “la guerre totale de la défense de la population”, dirigée par le commandant suprême, N. Ceauşescu. La représentation d’un tel avenir est impressionnante : “comme une seule personne” tous les citoyens de la Roumanie, du plus jeune à l’adulte, vont lutter contre l’ennemi[24].

Homme politique de niveau mondial

Par l’image dichotomique de la planète selon le schéma socialisme-capitalisme, Ceauşescu était présenté par le discours officiel sous l’hypos­tase d’arbitre de la politique internationale. L’évolution de la politique mondiale des décennies 1970 et 1980 est caractérisée par la doctrine de “la coexistence pacifique” des deux systèmes politiques. Ceauşescu potentia­lise le spectre de la guerre imminente pour mettre en évidence sa contri­bution personnelle au maintien de la paix et à l’apaisement des conflits internationaux. La représentation du leader est enrichie en essence avec la qualité de créateur des principes de la politique étrangère mondiale (en fait les principes Pantcha-Sila), de négociateur de certains conflits comme le conflit américano-vietnamien ou de messager de la paix dans les pays du Moyen-Orient. Même après sa mort, ces qualités lui sont attribuées par des propagandistes de haut niveau, sans qu’elles soient soutenues par des documents révélateurs.

En conclusion, non seulement à chaque étape idéologique corres­pondent des significations adéquates, mais la guerre elle-même est utilisée comme variable de manipulation dans la relation leader - foule, comme péril imminent pouvant troubler la stabilité de la vie, voire la stabilité du pouvoir. Les thèmes mentionnés constituent sans doute un terrain fertile offert à l’investigation psychosociologique par l’histoire immédiate.

 



[1]        M. Doggan, Sociologie politică (Sociologie politique), Édit. Alternative, Bucarest, 1999.

[2]        F. Braudel, Timpul Lumii (Le Temps du monde), Édit. Meridiane, Bucarest, 1989.

[3]        S. Moscovici, La psychanalyse, son image et son public, PUF, Paris, 1976.

[4]        M. Halbwachs, Les cadres sociaux de la mémoire, PUF, Paris, 1952, p. 279.

[5]        J.F. Soulet, Istoria imediată -1944 (Histoire immédiate - 1994), Édit. Corint, Bucarest, 2000, p. 15.

[6]        Apud Gh. Buzatu, Mareşalul Antonescu în faţa istoriei (Le Maréchal Antonescu devant l’histoire), Édit. Helios, Craiova, 2002, pp. 69-70.

[7]        Apud  J. Stoetzel, La Psychologie sociale, Flammarion, Paris, 1978, p. 131.

[8]        M. Iorgulescu, Guerres et Mémoire, Conférence tenue à INALCO, 10 janvier 2003.

[9]        România liberă”/“Roumanie libre” de 23 aout1945.

[10]       Apud, M. Sturdza, România şi sfârşitul Europei (La Roumanie et la fin de l’Europe), Édit. Fronde, Alba Iulia-Paris, 1994.

[11]       A. State, Drumul crucii (Le chemin de la croix), Édit. Litera, Bucarest, 1993.

[12]       L. Betea, Psihologie politică.Individ, lider, mulţime în regimul comunist (Psycho­logie politique; Individu, leader, foule dans le régime communiste), Édit. Polirom, Iassy, 2002, pp. 143-160.

[13]       C. Sănătescu, Jurnalul generalului  Sănătescu (Le journal du général Sănătescu), Édit. Humanitas, Bucarest, 1991, p. 234.

[14]       Ibidem, pp. 254 à 255.

[15]       L. Betea, Maurer şi lumea de ieri; mărturii despre stalinizarea României (Maurer et le monde d’hier; témoignages sur la stalinisation de la Roumanie), Édit. Dacia, Cluj-Napoca, 2001, pp. 85 à 86.

[16]       Arhivele SRI (Les Archives de SRI/Service roumain d’information), fonds P, dossier 40 002, vol. 202, f. 222-224.

[17]       C. Sănătescu, op.cit.

[18]       A. Oşca, M. Chiriţoiu, Consideraţii privind rezistenţa organelor militare ale statului român faţă de ocuparea ţării de către Armata Roşie în 6 martie 1945. Începutul comunizării României (Considérations sur la résistance des organes militaires de l’État roumain face à l’occupation du pays par l’Armée Rouge en 6 mars 1945. Le début de la communisation de la Roumanie), Édit. Enciclopedică, Bucarest, 1995, pp. 262-278.

[19]       J. Karpinski, Istoria comunismului polonez şi mondial (1989) (L’histoire du communisme polonais et mondial), Édit. de Vest, Timisoara, 1993, p. 34

[20]       E.S. Herman, N. Chomski, Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media, New York, 1988.

[21]           Trădătorul Tito (Le traître Tito), dans Scânteia du 25 juillet 1947.

[22]       G. Jandot, Albanie 1944 à 1985. L’édification du national-marxisme, thèse de doctorat, université de Montpellier III, Paris, 1992.

[23]       S. Şerban, Ilegaliştii (Les illégalistes) în Miturile comunismului românesc (dans Les mythes du communisme roumain), Édit. Nemira, Bucarest, 1988, pp. 133-147.

[24]       I. Ceauşescu, Războiul întregului popor pentru apărarea patriei la români. Din cele mai vechi timpuri până în zilele noastre (La Guerre de tout le peuple pour la défense de la patrie chez les Roumains. Des temps les plus anciens à nos jours), Édit. Militară, Bucarest, 1980.  

 

 

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