Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

Un combat pour l’Europe : le siège de Vienne, 1683

 

Jean Nouzille

 

Le siège de Vienne par l’armée turque, en 1683, constitue une menace considérable pour le Saint-Empire romain germanique et pour l’Europe occidentale. La levée du siège grâce à la victoire remportée le 12 septembre par les armées chrétiennes placées sous le commandement de Jean III Sobieski, roi de Pologne, est un des événements essentiels de l’histoire de l’Europe. En effet, cette victoire chrétienne met un terme à la menace que faisaient peser les Turcs sur l’Europe centrale et occidentale et marque le début du recul de l’Empire ottoman en Europe. Elle est aussi le point de départ d’une nouvelle politique danubienne de la maison d’Autriche, la “Südostpolitik” qui va déterminer celle des pays héréditaires des Habsbourg. Enfin, la reconquête de la Hongrie et la prise de l’importante forteresse de Belgrade par les Impériaux vont permettre à l’empereur Léopold Ier d’accepter, à partir de 1688, la guerre sur deux fronts, à la fois contre la France et la Turquie.

Louis XIV n’a pas renouvelé en 1683 son geste de 1664 et n’a pas envoyé de corps expéditionnaire pour aider l’empereur à défendre sa capitale menacée. Il ne faut pas s’en étonner pour deux raisons.

D’une part, depuis François Ier et Soliman le Magnifique, la France et la Turquie s’accordent pour tenir en échec la maison d’Autriche et les rapports franco-turcs restent bons, en particulier au point de vue commer­cial, comme en témoignent les capitulations de 1569 et de 1581. Un refroidissement des relations franco-turques entre 1660 et 1665 est dû à là politique de Mazarin, qui est favorable à la lutte contre les Infidèles et envoie un corps de volontaires - 4 000 fantassins et 2 000 cavaliers - au secours de la forteresse vénitienne de Candie (Iraklion) en Crète, et à la politique de transition de Louis XIV, marquée par l’expédition de Djidjelli en 1663 et par l’envoi d’un corps d’armée au secours des Impériaux en Hongrie en 1664. Mais, à partir de 1665, Louis XIV va essayer d’utiliser les Turcs au mieux de sa politique de prestige pour prendre à revers le Saint-Empire. Il intervient auprès du roi de Pologne en 1675 pour rétablir la paix entre la Pologne et l’Empire ottoman car la guerre entre ces deux puissances est contraire à sa politique qui consiste à créer, en Europe orientale, une alliance entre la Turquie, la Pologne et la Suède pour faire pression sur l’empereur Léopold Ier. Il envoie en même temps des agents en Transylvanie pour pousser les “Mécontents” d’Imre Thököly à la lutte contre les Habsbourg[1]. Le bombardement de Chio par Du Quesne, le 23 juillet 1681, conduit à un nouveau refroidissement franco-turc. Louis XIV fait informer le grand vizir qu’il ne soutiendra pas l’empereur Léopold Ier en cas d’attaque turque, mais qu’il n’est pas question de soutenir les Turcs contre l’empereur[2].

D’autre part, en juin 1682, malgré la menace que fait peser sur le gouvernement de Vienne l’insurrection hongroise du comte Imre Thököly, Léopold Ier a adhéré à la coalition constituée à La Haye, le 10 octobre 1681, par Guillaume d’Orange, stathouder des Provinces-Unies, et Charles XI de Suède pour résister à la politique des réunions pratiquée par le souverain français. En août 1682, à Vienne, l’empereur et ses conseillers délibèrent sur l’opportunité de faire la paix avec la Turquie en renouvelant à l’avance la paix de Vasva’r, conclue pour vingt ans en 1664. Le renouvellement de cette paix permettrait à l’empereur d’attaquer la France pour empêcher la poursuite de ses coups de force[3].

Devant la menace turque, l’empereur comme en 1664, fait appel à l’Europe chrétienne et place Louis XIV devant un choix difficile : ou bien aider l’empereur pour le libérer d’une menace orientale et favoriser ainsi ses plans contre la France, ou bien refuser de participer à la défense de Vienne, bastion de la Chrétienté. Devant ce choix, Louis XIV décide de poursuivre sa politique d’annexions aux Pays-Bas. Finalement, Vienne et l’Empire sont sauvés sans l’aide de la France.

La dérobade de Louis XIV aux appels de l’empereur Léopold Ier, qui inspire à Leibniz son “Mars christianissimus”, et à ceux du pape Innocent XI, qui dans un bref du 20 janvier 1683 l’invite à repousser l’invasion des Infidèles[4], provoque dans le Saint empire une réaction défavorable à la France. Mais le roi très chrétien a voulu maintenir sa politique tradition­nelle d’alliance de revers, qui permet de fixer une partie des forces des Habsbourg en Europe centrale et orientale face à l’Empire ottoman. Mais Louis XIV écrit à son ambassadeur à Rome, le duc d’Estrées, “Je veux bien donner parole positive à Sa Sainteté que je n’entreprendrai rien contre l’Empereur tant qu’il y aura guerre entre l’Empire et le Turc[5].

La guerre austro-turque

Pour la deuxième fois en vingt ans, l’armée ottomane va pénétrer sur les territoires des Habsbourg. Avant d’étudier le déroulement de ce nouveau conflit, il semble intéressant d’en connaître les causes.

Les causes du conflit

Le déclenchement de cette nouvelle guerre est lié à la reprise de l’expansion turque, à l’insurrection hongroise du comte Imre Thököly et à la personnalité du grand vizir.

La reprise de l’expansion turque

La mort de Soliman le Magnifique devant Szigetvar, en 1566, marque pour l’Empire ottoman le début d’une phase de déclin. Avec l’Autriche, le sultan Sélim II signe, en février 1568, un traité de paix valable pour huit ans, qui sera renouvelé en 1575, en 1584 et en 1590. Mais la guerre éclate de nouveau en 1592. Le sultan Ahmet Ier signe avec l’archiduc Mathias, le 11 novembre 1606, la paix de Zsitva-Torok, confirmée par les deux traités de Vienne de 1615 et de 1616. Cette paix modifie peu les frontières des deux Empires, mais elle met les deux adversaires sur un pied d’égalité et instaure une période de calme relatif en Europe centrale pour près d’un demi-siècle. Après une ère de troubles consécutifs à l’assassinat d’Ibrahim Ier, le 8 août 1648, la sultane Tarkhan, mère de Mehmet IV, fait appel à un vieillard énergique et compétent, Mehmet Köprülü Pacha, pour exercer la charge de grand vizir. En cinq ans, il rétablit l’ordre et restaure l’autorité de l’État. Il va ainsi permettre à son fils et successeur, Fazil Ahmet Köprülü Pacha, qui lui succède en octobre 1661, d’ouvrir une nouvelle période de conquêtes pour l’Empire ottoman.

L’expansion turque va se développer dans trois directions, en Méditer­ranée, en Europe centrale et en Europe orientale.

En Méditerranée, la conquête de la Crète, entreprise en 1645, est achevée par la prise, en 1669, de la dernière forteresse vénitienne, le port de Candie, malgré l’intervention d’un corps expéditionnaire français.

En Europe centrale, la progression turque en Hongrie royale est bloquée par les victoires impériales de Léva Szent-Benedek, le 19 juillet 1664, et de Saint-Gotthard-Mogersdorf le 1er août 1664[6], cette dernière avec la participation du corps expéditionnaire français du comte de Coligny-Saligny. Mais les alliés chrétiens ne peuvent exploiter leurs victoi­res sur les Turcs et Ahmet Köprülü obtient sans difficulté de l’empereur Léopold Ier la signature d’une paix pour vingt ans à Vasvar, le 10 août 1664. Cette paix accorde aux Turcs quelques places fortes de Hongrie comme Neuhæusl (Érsekujvar), Drégelyvar et Szécsény. Si Léopold Ier est autorisé à améliorer les fortifications de Szatmar, Karoly, Kallo et Ecsed, par contre, les Turcs ordonnent à l’empereur de raser celle de Uj-Zrinyivar, en Hongrie méridionale, et au prince de Transylvanie celle de Székelyhld. À la suite de la signature de cette paix, les armées des deux empires doivent évacuer les places fortes qu’elles occupaient dans la principauté de Transylvanie.

En Europe orientale, après la prise de Candie en 1669, Achmet Köprülü décide de s’attaquer à la Pologne affaiblie par une longue guerre contre la Russie. En août 1672, l’armée ottomane pénètre en Pologne et vient assiéger les forteresses de Kamieniec Podolski et de Lwow. Un armistice, conclu à Buczacz en 1673, n’est pas accepté par la Diète polo­naise et le commandant en chef de l’armée polonaise, Jean Sobieski, parvient à battre les Turcs à Khotin. Ce succès lui permettra d’être élu roi de Pologne l’année suivante. Mais les Polonais doivent accepter un nouvel armistice à Zorawno, en octobre 1676, par lequel ils cèdent aux Turcs Kamieniec Podolski et une partie de la Podolie et de l’Ukraine. La paix de Constantinople, signée en 1678, confirme les acquisitions turques en Pologne. La guerre entre la Russie et la Turquie, qui se termine par le traité de Bakhtchisarai, le 11 février 1681, laisse à l’Empire ottoman les mains libres en Europe centrale et orientale. Cette paix inquiète le gouvernement de Vienne[7] d’autant plus que les Turcs font des préparatifs de guerre en Hongrie[8].

L’insurrection hongroise

La signature de la paix de Vasvar, en août 1664, a provoqué le mécontentement de la noblesse hongroise, qui n’a pas compris qu’après les victoires remportées Léopold Ier ait cédé des forteresses hongroises aux Turcs. Le palatin de Hongrie, Wesselényi, proteste contre cette paix à la diète de 1665. Une conspiration de magnats hongrois, à laquelle participent notamment les comtes François Rakoczi, François Nadasdy, Pierre Zrinyi et Fran Krsto Frankopan, est déjouée en mars 1670 par le gouvernement de Vienne. Les conjurés sont arrêtés, jugés pour trahison et exécutés à Wiener Neustadt le 30 avril 1671. Le comte Imre Thököly, comte de Késmark, s’enfuit en Transylvanie. Le 31 mars 1672, Léopold Ier supprime la charge de palatin et met en place en Hongrie un “Gubernium” présidé par un Allemand Gaspard von Amspringen. Cette mesure accroît encore le mécontentement des Hongrois et le jeune Imre Thököly décide de créer une armée de “Mécontents” ou “kuruc” pour libérer la Hongrie du joug des Habsbourg. Le roi de Pologne favorise ce mouvement, qui est encouragé par la France. Jean III Sobieski met à la disposition de Thököly le château de Stryj, en Galicie, en 1674. C’est là qu’en mai 1677 le marquis de Béthune, ambassadeur de France à Varsovie et beau-frère de la reine Marie-Claudine de Pologne, rencontre les représentants des Mécontents hongrois. La France s’engage à reconnaître le ‘mouvement des Mécontents comme une puissance alliée et à recevoir Gaspard Sandor comme ambas­sadeur de Hongrie à Paris. L’ambassadeur de France lève 6 000 soldats en Pologne et les fait conduire en Transylvanie par le comte de Forval. Ils y rejoignent les 7 000 soldats hongrois placés sous les ordres du colonel d’Alenduy de Boham[9]. Grâce au soutien financier et militaire de la France, Thököly conquiert en 1678 une partie de la Haute-Hongrie, l’actuelle Slovaquie, notamment les villes de Schemnitz (Banska Stiavnica et de Kremnitz (Kremnica) ainsi que leurs mines d’or et d’argent.

La diète hongroise de 1678, qui se réunit à Presbourg, recommande d’entreprendre des négociations avec les Mécontents mais le président de la chambre des comptes de Hongrie, l’évêque Léopold Kollonitsch, et le chancelier d’Autriche Hocher s’opposent à tout traité avec le luthérien Thököly.

Après la signature du traité de Nimègue en 1679, qui rétablit la paix entre la France et l’Empire, Louis XIV ordonne au marquis de Boham de cesser les hostilités contre les Impériaux en Hongrie. La retraite des troupes auxiliaires du maréchal de camp de Boham provoque la méfiance des Transylvains qui doutent des bonnes intentions de Louis XIV à l’égard des Mécontents et pensent que la protection qui leur a été promise et accordée n’avait eu d’autre vue que de servir d’une occasion et d’une diversion passagère “que le Roy négligerait aussitôt qu’elle ne lui serait plus utile”[10]. Louis XIV continue à fournir un soutien financier à Thököly[11]. Pensant que le grand vizir Kara Mustapha Pacha est réellement anti-français, le gouver­nement de Vienne envoie à Constantinople le baron Georges-Christophe Kunîtz pour demander au grand vizir de renouveler à l’avance la paix de Vasvar qui arrive à expiration en 1684[12]. Dans le même temps, Léopold Ier cherche à mettre fin à l’insurrection hongroise. Après une suspension d’armes entre Thököly et le général impérial Strasoldo à la suite d’incidents entre Mécontents et Turcs à Nagyvarad (Oradea) en avril 1680[13], Léopold Ier envoie en 1681 un émissaire à Thököly, le général Saponaro. Imre Thököly demande à l’empereur le rétablissement de la constitution hongroise, la pleine liberté pour l’exercice du culte évangélique, une amnistie totale et la restitution de leurs biens aux rebelles hongrois. Un armistice est conclu jusqu’en avril 1682. À la diète hongroise de 1681, Léopold Ier fait des concessions qui détachent les modérés de Thököly. Mais, par son intransigeance à l’égard du chef des “Mécontents” et par sa volonté de faire disparaître le protestantisme en Hongrie, Léopold Ier favorise la poursuite de la rébellion, qui est soutenue à la fois par la France et la Turquie. Tandis que le roi de France fait parvenir des subsides au prince de Transylvanie par l’intermédiaire de son envoyé extraordinaire Akakia[14], le sultan envoie au secours de Thököly, en juin 1681, toutes les forces du prince de Transylvanie avec 6 000 soldats chrétiens des princi­pautés de Moldavie et de Valachie - 2 000 Moldaves et 4 000 Valaques - et 3 000 soldats turcs[15], mais ils n’interviennent pas contre les Impériaux. Pour maintenir sa pression sur les confins orientaux des possessions des Habsbourg, Louis XIV demande à son ambassadeur en Pologne et à son envoyé en Transylvanie, M. du Vernay-Boucault, remplaçant d’Akakia, de se concerter pour “toutes les mesures qu’il faut prendre avec le comte Tékéli (Thököly) et les mécontents de Hongrie pour les exciter à bien faire la guerre cette campagne[16], Il demande à son ambassadeur à Constanti­nople, M. de Guilleragues, de faire tous ses efforts pour déterminer le sultan à envahir la Hongrie plutôt que la Pologne[17]. De son côté, le nonce à Varsovie, le cardinal Pallavicini, reproche à Jean III Sobieski de soutenir les hérétiques hongrois contre l’empereur[18].

Le grand vizir

Parmi les causes de la nouvelle guerre austro-turque, il faut égale­ment ajouter la nomination, en novembre 1676, à la charge de grand vizir d’un homme d’État énergique, compétent et expérimenté, Kara Mustafa Pacha, fils adoptif de Mehmet Köprülü Pacha et gendre du sultan Mehmet IV. Dans son instruction au vicomte de Guilleragues, Louis XIV écrit, le 10 juin 1679, que Kara Mustafa Pacha “tient, et par sa charge et par son alliance, la première place dans la confiance de ce prince (Mehmet IV). C’est sur lui qu’il se repose de tous les soins de l’empire et de l’adminis­tration des affaires[19]. Successeur de Ahmet Köprülü Pacha, décédé le 3 novembre 1676, le nouveau grand vizir s’attire rapidement de solides inimitiés au sein même du gouvernement turc par son autorité, son orgueil et son intransigeance[20]. Disposé à entreprendre une guerre de conquêtes[21] et encouragé par Imre Thököly à attaquer l’empereur, Kara Mustafa va provoquer le conflit. Dès le mois de juin 1681, il fait avancer une partie des troupes stationnées à Neuhæusel jusqu’à la rivière Vah et entreprendre des travaux de fortification en face de la forteresse autrichienne de Leopold­stadt en Slovaquie[22]. En septembre 1681, il demande à l’empereur un tribut de 120 000 écus pour la Hongrie royale sans quoi il déclarerait la guerre[23]. En mai 1682, lorsque Thököly se rend à Buda pour y élaborer un projet de traité entre la Hongrie et la Turquie, il l’encourage à faire appel au sultan. En juillet 1682, Thököly fait appel aux Turcs en acceptant d’être le vassal du sultan. Le grand vizir va précipiter les événements en imposant à l’empereur des conditions inacceptables au renouvellement de la paix de Vasvar. Il demande, en effet, à Léopold Ier d’abandonner à l’Empire ottoman plus de 300 villages de la Hongrie royale, de démolir la forteresse de Leopoldstadt et de lui céder celle de Raab (Györ)[24]. Il semble que Kara Mustafa ait cru que Louis XIV attaquerait l’empereur en même temps que les Turcs et c’est peut-être parce qu’il a retenu cette hypothèse qu’il recherche délibérément l’épreuve de force.

Le 6 août 1682, le gouvernement turc, réuni sous la présidence du sultan Mehmet IV au palais de Topkapi, décide de déclarer la guerre à l’empereur Léopold Ier[25], de s’emparer des forteresses de Raab et de Komarom sur le Danube et de concentrer l’armée ottomane et les troupes provinciales à Belgrade le 6 mai 1683.

Le rapport des forces

Quels sont les effectifs approximatifs des forces qui vont s’affronter en Hongrie en 1683 ?

Les armées chrétiennes

L’empereur dispose de deux armées, celle du Saint-Empire ou “Reichsheer” et celle des pays héréditaires, que l’on appellera armée autri­chienne. Il fera appel à des alliés au sein et à l’extérieur de l’Empire.

a) L’armée de l’Empire

Le 30 août 1681, la diète d’Empire siégeant à Ratisbonne fixe les effectifs de l’armée de l’Empire à 40 000 hommes, 28 000 fantassins et 12 000 cavaliers. Ces effectifs ou “Simplum der Reichshülfe” sont répartis entre les cercles d’Empire. En cas de très grand danger pour l’Empire, ces effectifs peuvent être portés à 120 000 hommes ou Triplum”[26]. Le gou­vernement de Vienne doit fournir lui-même un contingent de 2 522 et 5 507 fantassins à cette armée fédérale. Mais les troupes des cercles d’Empire arrivent la plupart du temps incomplètes et en retard sur le théâtre d’opéra­tions qui leur est assigné.

b) L’armée de l’empereur

En 1683, l’armée de l’empereur est estimée à 60 000 hommes répar­tis en 27 régiments d’infanterie, 17 régiments de cuirassiers, 9 régiments de dragons et 3 régiments d’irréguliers croates[27]. Mais les effectifs opération­nels se montent à 37 500 hommes lors de la revue d’effectifs passée à Kittsee, au sud de Presbourg (Bratislava), le 6 mai 1683[28]. L’artillerie impériale possède 72 pièces d’artillerie de campagne et 15 mortiers. En outre, 32 compagnies franches (Frei-Kompagnien), constituées en 1675, sont des troupes de garnisons. La sécurité des frontières est assurée, à l’est et au sud-est, par les confins militaires de Hongrie, divisés en quatre généralats (Raab, villes minières, Haute-Hongrie et Kanizsa et dont les effectifs s’élèvent à environ 14 000 hommes[29]. La Hongrie fournit une armée royale de quelques milliers d’hommes et une armée nationale prove­nant de l’“Insurrectio”, basée sur le système féodal. En 1683, les effectifs des troupes opérationnelles hongroises rassemblées par le palatin de Hongrie à Kittsee se montent à 6 000 cavaliers sur les 8 000 qu’il devait lever[30]. Elles disposent de 14 pièces de canons[31]. L’“Insurrectio” atteindrait 11 000 hommes[32].

La sécurité des frontières méridionales est assurée par les confins militaires de Croatie dont les effectifs sont d’environ 15 000 hommes.

Enfin, selon un accord de janvier 1683, l’empereur lève en mars 1683 un corps de 4 000 Polonais, aux ordres du prince Hieronim Lubomir­ski[33]. Ce corps, constitué de deux régiments de cavalerie, d’un régiment de dragons et de quatre escadrons autonomes de cavalerie est composé de 2 837 officiers et soldats. Il entre dans l’Empire en juin.

Le pape Innocent XI finance les levées de troupes faites par l’empe­reur et lui assure des subsides pour qu’il dispose pendant trois ans de 30 000 à 40 000 hommes[34]. “Le pape a fait tenir par ce dernier ordi­naire 1 200 000 livres de lettres de change à l’empereur, Voilà 2 000 000 que Sa Sainteté a envoyé, plus 400 000 livres au roy de Pologne[35].

c) Les alliés

Au printemps de 1682, lors d’un voyage d’inspection des châteaux de Podolie, Jean III Sobieski refuse la proposition d’alliance qui lui est faite par le résident impérial Zierowsky. Mais le nonce apostolique à Vienne, Buonvisi, qui était auparavant en poste à Varsovie, réussit à détacher Jean III Sobieski de l’influence française en lui promettant des subsides. En septembre 1682, le roi de Pologne accepte le principe d’une alliance avec l’empereur contre les Turcs malgré les propositions de l’ambassadeur de France et une tentative de complot appuyée par le palatin Jablonowski[36] et éventée grâce à la trahison d’un secrétaire de l’ambassade de France[37]. La diète polonaise accepte, le 27 janvier 1683, l’alliance avec l’empereur. Un accord est conclu le 31 mars 1683, par lequel l’empereur doit fournir une armée de 60 000 hommes contre les Turcs et le roi de Pologne 40 000 hom­mes qui resteront directement sous son commandement. Jean III Sobieski reçoit de Vienne une avance de 200 000 rixdales. Le traité est ratifié par la diète le 17 avril 1683 et par l’empereur le 2 mai 1683. Mais pour les Polonais, la récupération de Kamieniec Podolski et des autres forteresses de Podolie et d’Ukraine perdues en 1676 est le but fondamental de leur intervention.

L’électeur de Bavière s’est engagé à fournir une armée de 8 000 hom­mes et 16 canons[38] en plus des 2 294 hommes qu’il doit envoyer à l’armée de l’Empire. L’électeur de Saxe a promis une armée de 10 000 hommes agissant sous ses ordres. Le duc de Brunswick-Hanovre accepte d’envoyer un corps de 18 000 hommes. Par contre, les trois électeurs rhénans, favora­bles à la France, ne veulent fournir aucun contingent[39]. L’empereur voit l’aide de certains États allemands limitée, “les princes et estats luthériens et calvinistes luy ayant fait signifier que leurs troupes iroient au secours de Vienne, mais point en Hongrie contre les défenseurs de leur religion[40].

Enfin, quelques centaines de volontaires étrangers, comme le prince Eugène de Savoie[41], vont prendre part à la défense de Vienne.

Les ennemis de l’empereur

L’armée ottomane est renforcée par les “Mécontents” de Hongrie ainsi que par les forces armées fournies par les principautés tributaires de la Sublime Porte.

L’armée turque

L’armée régulière turque est estimée à 40 000 hommes par le comte Caprara, ministre plénipotentiaire de l’empereur, qui accompagne la progression de l’armée turque[42]. Le résident impérial Kunitz écrit qu’elle compte 180 000 hommes[43]. Selon le marquis de Sébeville, ambassadeur de France à Vienne, qui est généralement bien informé, elle s’élève à “110 000 bons Turcs[44], soit une armée régulière de 40 000 hommes et 70 000 hommes des troupes provinciales. L’estimation du marquis de Sébeville est confirmée par l’état de l’armée ottomane à la date du 7 septembre trouvé dans les papiers du grand vizir sur le champ de bataille de Vienne. En effet, lors de la revue passée le 7 septembre par le grand vizir, l’armée ottomane compte 106 900 hommes et 138 900 avec ses alliés[45].

Les Tatares de Crimée fournissent 20 000 cavaliers, le prince de Transylvanie 6 000 hommes, le voiévode de Valachie 4 000 hommes et le voiévode de Moldavie 2 000 hommes.

L’artillerie est faible en nombre et en calibre. Elle est légèrement supérieure aux 4 gros canons et 160 canons légers restés sur le champ de bataille de Vienne le 12 septembre 1683.

Il semble que les Turcs aient eu des problèmes de recrutement car la levée à Constantinople n’apporte que 3 000 hommes sur les 15 000 prévus au début de 1683[46].

LesMécontents

Selon un rapport d’Akakia, les forces de Thököly s’élèvent au début de 1681 à 6 000 cavaliers et 3 000 fantassins. La cavalerie comprend 3 000 “confiniaires”, bien armés, bien montés et bien équipés, et 3 000 “campes­tres”. L’infanterie armée d’arquebuse au lieu du mousquet, “ne marche pas en si bon ordre qu’ailleurs et n’est pas si bien disciplinée[47]. Ces effectifs sont assez approximatifs. Le nombre ne peut estre fixé “estant plus ou moins grand selon les finances de la guerre de manière que si les Mécontents avaient de quoy payer tous ceux qui voudraient servir leur pays, ils feroient une armée bien plus considérable[48].

Les contingents chrétiens sont un point faible dans le dispositif otto­man. En effet, “les Moldaves, les Valaques et Transylvains qui avaient traité en argent pour s’exempter de venir à cette guerre, ont esté contraints d’y marcher[49].

Les opérations préliminaires

À partir de mai 1682, rompant la trêve avec l’empereur, Thököly reprend les hostilités contre les forces impériales de Hongrie.

La campagne de 1682

Le traité signé, entre le sultan et Thököly en juillet 1682 reconnaît au chef des rebelles hongrois le titre de prince de Hongrie sous protectorat turc[50]. Les “Mécontents” s’emparent rapidement des villes de Kassa (Kosice Eperjes (Presov) Önod, Szendrö, Putnok, Tokaj et de Leutschau (Levoca). Ils dévastent la région du Zips et contraignent les forteresses de Füclek. (Filakovo) et de Putnok à capituler[51]. Fülek est rasée par les Turcs malgré la protestation de Thököly. Au cours de ces opérations, les Mécontents ont été renforcés par les troupes turques d’Ibrahim Pacha, gouverneur de Buda. Le 15 août 1682, Imre Thököly est proclamé prince de Hongrie à Kassa où il se trouve avec 12 000 “Mécontents[52]. Il est accompagné d’un ingénieur élève de Vauban en vue de fortifier des places de Hongrie[53]. Les insurgés hongrois franchissent la Vac et effectuent des raids dévastateurs en Moravie et en Silésie. En novembre 1682, un armis­tice est conclu entre les Impériaux et. les “Mécontents[54]. À Constanti­nople, “on se plaint du roi de Pologne qui donne en sous-main du secours aux Mécontents[55]

La campagne de 1683

En octobre 1682, le grand vizir confie qu’il est résolu d’assiéger Raab[56]. Kara Mustafa Pacha est peut-être persuadé que, comme en 1664, l’empereur acceptera la paix au prix de sacrifices importants[57]. Selon une vieille coutume turque, le 2 janvier 1683, des queues de cheval, signe d’une guerre prochaine, sont plantées dans le sérail du sultan à Andrinople et devant la résidence du grand vizir. Le 30 mars, l’armée turque quitte Andrinople en direction de Belgrade, où elle arrive le 4 mai. Les prévisions sont légèrement modifiées. L’ambassadeur de France à Constantinople avait informé Louis XIV que “la marche jusques à Belgrade sera de plus de 36 jours ; on mettra les chevaux à l’herbe pour 30 jours suivant l’usage du pays vers le 12e de may et, suivant cette supputation, les Turcs ne peuvent faire aucune entreprise considérable qu’au mois de juillet[58]. Le séjour de l’armée turque dans la région de Belgrade est écourté. Le 14 mai, le sultan Mehmet IV nomme Kara Mustafa Pacha commandant en chef (Serdar-i Ekrem) ou seraskier. Le 22 mai, le sultan passe en revue à Belgrade les troupes qui partent combattre les Impériaux. Le 10 juin, l’armée turque est à Osijek, où la rejoint Thököly avec une escorte de 400 cavaliers. Kara Mustafa décide de former trois corps d’armée, celui qu’il commandera sera de 80 000 hommes, un autre de 40 000 hommes et l’autre de 20 000. “J’ay vu passer quelques troupes en un estat misérable, sans armes à feu, sans chefs et sans discipline. Il y a beaucoup d’apparence qu’une grande partie périra dans les marches. Leurs chevaux sont petits et faibles, leur saleté est incroyable, le nombre de valets et de meschants chariots est excessive[59]. L’armée turque quitte Osijek le 18 juin et arrive le 2 à Székesfehérvár, où Kara Mustafa tient un conseil de guerre pour établir un plan d’opérations contre les Impériaux. Au cours de ce conseil, Kara Mustafa Pacha, auquel Thököly a conseillé de prendre la capitale de l’empereur, déclare que son intention est de s’emparer de Vienne, mais que ses premiers objectifs restent les forteresses de Raab et de Komarom. Le khan de Crimée, Murat Giray, et le gouverneur de Buda, Ibrahim Pacha, ancien aga des janissaires et beau-frère du sultan, s’opposent à cette intention. Ils déclarent qu’une opération contre Vienne doit être décidée en conseil des ministres et qu’elle conduirait les États européens à venir au secours de l’Autriche. Ils estiment qu’il faut se contenter en 1683 de s’emparer des forteresses de Raab et de Komarom et de faire effectuer des raids dévastateurs par la cavalerie tatare dans les territoires de l’empereur. Ils affirment que le siège de Vienne doit être remis à l’année suivante et qu’il faut se contenter de remplir la mission définie lors de la réunion du 6 août 1682. Les autres ministres qui sont présents restent muets et acceptent le fait accompli. Lorsque cette décision du grand vizir est rapportée au sultan six jours plus tard, Mehmet IV déclare “Notre intention était de prendre les forteresses de Raab et de Komarom. Vienne n’était pas men­tionnée du tout. Je ne sais pas ce qui a pu pousser le pacha à se comporter d’une manière aussi irrespectueuse. Je peux seulement prier Allah et lui demander assistance. Mais si on m’en avait parlé plus tôt, je ne l’aurais pas approuvé[60].

Ainsi, contrairement au plan initial adopté en conseil des ministres et sans l’approbation du sultan, Kara Mustafa décide d’assiéger Vienne. Cependant, il semble que le grand vizir avait envisagé depuis un certain temps de s’emparer de la capitale de l’empereur puisqu’il avait menacé le comte Caprara, lors d’une audience à Constantinople au début de l’année, d’assiéger Vienne[61].

Le siège de Vienne

Si le gouvernement turc n’avait pas prévu initialement d’aller assiéger Vienne en 1683, par contre, l’empereur et ses conseillers avaient déjà fait prendre un certain nombre de mesures de précautions. Ainsi, en novembre 1682, “l’on fait travailler en diligence, c’est-à-dire autant qu’on est capable d’en avoir en ce païs, aux fortifications de Leopoldstadt et de Vienne, dont on parle d’élargir encore le glacis en abattant quelques maisons des faubourgs et on fait faire pour un an de provisions aux bourgeois qu’on exerce souvent pour leur apprendre à se servir du mousquet[62]. De plus, “l’on parle fort icy d’acheter des troupes toutes faites à monsieur l’électeur de Bavière et à monsieur l’évesque de Wurzbourg, ne pouvant plus trouver de soldats à cause de la guerre de Hongrie[63]. Dès le mois d’avril 1683, le marquis de Sébeville rend compte à Louis XIV des intentions du commandement autrichien. “Le projet est desjà de jetter 12 ou 13 000 hommes dans Vienne et deffendre autant qu’il sera possible l’entrée des pays héréditaires avec le reste. Il y a présente­ment 7 ou 8 000 hommes tant soldats que paysans qui travaillent autour de la ville à nettoyer les fossés et la contrescarpe et à unir le glacis[64]. Pour prévenir la menace turque sur Vienne, le conseil de guerre a prévu la formation de deux corps d’armée. Un corps principal, aux ordres du duc de Lorraine, fort de 37 800 hommes dont 23 800 fantassins, doit s’opposer à la progression de l’armée ottomane le long du Danube. Un corps secondaire, aux ordres du général Schultz, fort de 11 400 hommes, dont 4 000 fantas­sins et 4 000 Polonais du prince Lubomirski, doit défendre la ligne de la Valh dans la région de Trendin et interdire toute pénétration des Mécon­tents et des Turcs en Moravie.

L’encerclement de Vienne

Tandis que les Turcs préparent leur offensive contre Vienne, les Autrichiens s’apprêtent à freiner leur avance.

La défensive autrichienne

Le 9 mai 1683, à Vienne, un conseil de guerre réuni sous la prési­dence de l’empereur décide de freiner l’avance turque en deux phases. La première, offensive, vise à s’emparer des forteresses turques d’Esztergom et de Neuhaeusel avant l’arrivée des Turcs afin de ralentir leur avance le long du Danube et de gagner les délais nécessaires à l’arrivée des renforts de l’Empire. La deuxième phase, défensive, consiste à interdire à l’ennemi le franchissement des vallées de la Vah, au nord du Danube, et de la Raba, au sud du Danube[65].

Parti le 11 mai de Kitsch, le duc de Lorraine progresse prudemment en direction de l’est et arrive à Komarom le 26 mai, ayant parcouru 130 kilomètres en 16 jours. Il effectue une reconnaissance de la forteresse d’Esztergom mais, apprenant le 30 mai les intentions du commandement ottoman, il décide d’aller assiéger Neuhaeusel. Il fait franchir le Danube à son armée sur les ponts de bateaux de Komarom et atteint Neuhaeusel dont il commence le siège le 3 juin. Mais, le 5 juin, le conseil de guerre de Vienne lui envoie un message pour l’informer de l’avance turque en direc­tion de la Styrie et lui demande s’il est utile de poursuivre l’investissement de Neuhaeusel. Dans la nuit du 8 au 9 juin, il lève le siège et se replie sur Komarom. Le 18 juin, Thököly envoie deux émissaires à Raab pour annoncer la rupture de la trêve entre les “Mécontents” et L’empereur. À l’annonce de cette nouvelle menace et préférant rester sur la défensive en attendant les renforts de l’Empire et des alliés, le duc de Lorraine renforce les garnisons de Komarom et de Raab et se replie derrière cette dernière forteresse. Disposant de 12 500 fantassins et de 9 500 cavaliers, il fait passer son infanterie dans l’île de Schutt et garde sa cavalerie au sud du Danube pour couvrir la Basse-Autriche contre les raids des cavaliers tatares.

Ne rencontrant aucune résistance, l’armée turque va progresser rapide­ment et s’emparer très facilement des palanques de Tata, Veszprém et Papa.

L’offensive turque

L’armée ottomane progresse de part et d’autre du Danube, qui est son axe logistique.

Au nord du Danube, un corps d’environ 30 000 hommes, Turcs et Mécontents, placé aux ordres de Yör Hüseyin Pacha, gouverneur d’Eger, a pour mission de progresser sensiblement à hauteur du gros de l’armée, sur l’axe Nitra-Presbourg-Vienne.

Au sud du Danube, le corps principal, progresse en trois colonnes en direction de Vienne, l’aile droite étant constituée par les janissaires.

Au sud du corps principal, la flanc-garde est assurée par 20 000 cavaliers tatares du khan de Crimée qui, partant du lac Balaton, progressent sur l’axe Papa-Sopron-Wienener Neustadt en lançant des reconnaissances profondes en Basse-Autriche.

Partant de Székesfehérvar, le gros de l’armée turque se dirige dans un premier bond vers Raab, incendiant au passage la palanque de Szent-Marton. Le 1er juillet, le grand vizir décide de fixer la forteresse de Raab par un corps de 10 000 hommes aux ordres d’Ibrahim Pacha, gouverneur de Buda, et franchit immédiatement la Raba sur une douzaine de ponts de bateaux. Le 2 juillet, le corps du duc de Lorraine est bousculé sur la rive occidentale de la Raba et se replie sur Berg, au sud-ouest de Presbourg. Les Turcs reprennent leur progression le 5 juillet, marchant quatre à cinq heures par jour et parcourant des étapes moyennes de 20 kilomètres. Le 6 juillet, le duc de Lorraine, qui est à Deutsch-Altenbourg, envoie le général Andreas Caprara à l’empereur pour lui rendre compte qu’il est persuadé désormais que l’objectif des Turcs est Vienne. Les Turcs occupent successivement Ungarisch-Altenbourg (Magyarova) le 10 juillet, Gattendorf et Hainbourg dont ils rasent la palanque le 11 juillet[66], Wildungsmauer sur le Danube le 12 et Schwechat le 13. Le mercredi 14 juillet, l’armée turque arrive devant Vienne. Le grand vizir fait appeler les officiers généraux et, après avoir effectué avec eux une reconnaissance des fortifications de la ville, répartit entre eux les secteurs qu’ils devront tenir pendant le siège.

Le Siège de Vienne

Désormais encerclée, la garnison de Vienne doit faire face aux Turcs avec tous ses moyens humains et matériels.

Les fortifications

Les fortifications de Vienne, qui ont été aménagées aux xvie et xviie siècles, comprennent 12 bastions angulaires construits en brique et reliés entre eux par des courtines. Les mortiers installés sur les bastions ont une portée de 300 à 400 mètres, les mousquets environ 300 mètres. Les murs d’enceinte, larges d’environ 20 mètres, ont une hauteur de 6 à 8 mètres. Les fossés en avant des murs ont une largeur d’environ 20 mètres et une profondeur de 6 à 8 mètres. Avant l’arrivée des Turcs, des palissades ont été installées sur le glacis pour protéger le chemin couvert et les faubourgs ont été incendiés.

Les assiégés

Le gouverneur de Vienne, le comte Ernst Rüdiger von Starhemberg, est un général expérimenté et courageux “fort brave et fort estimé”[67]. Son adjoint, le comte Zdenko Kaplirz Sulevic, est le vice-président du conseil de guerre. “Le général Capliers paroist estre le plus habile qu’ils aient icy pour la guerre, mais mauvais courtisan... fort vieux estant officier de cava­lerie avant la mort de Wallenstein dont il estoit le parent[68]. Le bourg­mestre Andreas von Liebenberg, un vieillard de 72 ans, reste dans la ville.

Au début de l’investissement de la capitale par les Turcs, 60 000 civils sont dans la ville. Ils appartiennent aux classes pauvres ou sont des réfugiés de la Basse-Autriche. Les effectifs de la défense sont estimés entre 16 000 et 19 600 hommes. 82 compagnies appartenant à 11 régiments sont entrées dans Vienne le 14 juillet. Selon le trésorier des guerres, les effectifs soldés s’élevaient à cette date à 13 500 hommes, y compris la garde bourgeoise du marquis degli Obizzi. La milice de la ville, divisée en huit compagnies, compte 1 815 hommes. La milice des marchands totalise 1 300 hommes répartis en six compagnies. La milice de l’université regrou­pe 700 étudiants en trois compagnies. La milice de la cour est composée de 960 hommes en quatre compagnies. L’artillerie du colonel von Börner compte 312 canons de une à deux cents livres. En se repliant, les troupes impériales ont conduit des troupeaux de bétail dans la ville afin d’assurer le ravitaillement de la garnison et de la population. Cette dernière participe aux travaux de défense.

Les assiégeants

Dès le 14 juillet, le grand vizir a réparti ses troupes autour de la ville en fixant trois secteurs principaux :

   au nord-ouest de la ville, l’aile gauche de l’armée turque, aux ordres du beylerbey de Ienö (Ineu), le vizir Ahmet Pacha, comprend les troupes provinciales de Caramanie et de Sivas et 20 compagnies de janissaires appuyées par 25 canons ;

-    à l’ouest et au sud-ouest, le centre de l’armée, aux ordres du grand vizir auquel est adjoint l’aga des janissaires, Bekri Mustafa Pacha, com­prend des troupes régulières et provinciales de Roumélie et 20 compagnies de janissaires appuyées par 25 canons ;

   au sud, l’aile droite, aux ordres du beylerbey de Diyarbekir, le vizir Kara Mehmet Pacha, est constituée par des troupes régulières et provinciales d’Anatolie et de Syrie et 20 compagnies de janissaires appuyées par 25 canons[69].

Selon la tradition, le grand vizir fait sommer la garnison de se rendre, ce que rejette Starhemberg. Le grand vizir fait approcher les canons et ouvrir le feu contre la ville par trois canons de chaque secteur.

Le déroulement du siège.

Le grand vizir décide d’attaquer la ville par le sud-ouest. Au nord et à l’est, la proximité du canal du Danube et de la rivière Wien ne permettent pas d’entreprendre des travaux d’approche. Le grand vizir “suivit entière­ment la pensée de son ingénieur qui a reconnu la place y estaient entré déguisé en valet”. L’ingénieur Ahmet bey a en effet affirmé au grand vizir, d’une part, qu’en conduisant une guerre de mines, il perdrait moins de monde et que, d’autre part, les alliés de l’empereur ne pouvant intervenir avant la fin du mois de septembre, la ville serait prise avant[70]. Le grand vizir ne veut pas prendre la ville par un assaut général, mais la contraindre à capituler pour récupérer le butin au profit de l’État. Il concentre les opérations de siège sur le secteur sud-ouest, non loin du château impérial, où, à l’aide de l’artillerie, de travaux de mines et d’assauts limités, il pense s’emparer rapidement du fossé et de deux bastions, ceux appelés “Burgbastei” et “Loebelbastei”. La tactique adoptée par le grand vizir provoque des critiques dans le camp turc. “Le vizir de Bude s’est aussi fort brouillé avec le grand vizir ayant mandé au Grand Seigneur que de la manière dont il attaquait la place, il ne la prendrait pas, voulant aller sous terre suivant le sentiment de son ingénieur, qui est un capucin renégat de Venise, au lieu de suivre la pensée de l’ingénieur général qui est, à ce qu’on dit, français qui voulait attaquer la ville le long du Danube... d’une manière qui aurait esté plus vite que par les mines qui donneraient le temps à la Chrestienté de s’assembler et de venir au secours[71].

Le 15 juillet, les Turcs déclenchent leur premier bombardement qui a pour objectif principal le bastion du château (Burgbastei). En même temps, les travaux d’approche sont entrepris tandis que le grand vizir fait incendier les faubourgs qui n’avaient pas encore été détruits par les Impériaux[72]. Les assiégés tirent sur les travaux d’approche et les camps turcs. Le 16 juillet, Kücük Pacha, beylerbey de Roumélie, est tué dans sa tente par un boulet. Les travaux d’approche sont effectués en trois directions et répartis en trois secteurs d’approche. L’aga des janissaires est responsable de l’approche en direction du ravelin du château, le gouverneur de Damas, Hassan Pacha, du secteur d’approche du bastion du château et le gouverneur de Temesvar, Ahmet Pacha, de celui de la “Loebelbastei”. Dans la nuit du 18 au 19 juillet, le comte Guido von Starhemberg effectue une sortie pour détruire une partie des travaux d’approche. Le 23 juillet, entre 18 et 19 heures, deux mines explosent à la contrescarpe de la “Burgbaste” et de la Loebelbastei. Trois assauts de janissaires sont repoussés. Le 26 juillet, les assiégés font exploser une contre-mine dans le secteur de l’aga des janissaires. Le 29 juillet, les Turcs font exploser une mine tandis qu’un envoyé de Thököly vient rendre compte au grand vizir que le chef des “Mécontents” s’est emparé de la ville de Presbourg et que les forteresses impériales de Léva et de Nitra se sont rendues à lui[73]. Le 30 juillet, les Turcs font exploser une mine tandis que les assiégés en font sauter également une. Le lendemain, une contre-mine éclate dans le secteur de Kara Mehmet Pacha et un combat de cinq heures oppose Turcs et Autrichiens sur la palissade. Les Turcs assiègent la palanque de Gitzendorf sur la Leitha. Le 2 août, une nouvelle contre-mine explose sans provoquer de dégâts chez les Turcs. Le 3 août, une contre-mine blesse une dizaine de Turcs vers midi. Dans la journée, les palanques de Pottendorf et d’Ebreichsdorf capitulent. Dans la soirée, après quatre assauts consécutifs, les Turcs parviennent jusqu’à la contrescarpe. Le 11 août, deux contre-mines blessent une dizaine de Turcs qui creusaient une tranchée d’approche[74]. Le 6 août, les palanques autrichiennes de Schottwien et d’Ebenfurt situées au sud-est de Vienne, se rendent. Le 7 et le 8, les Turcs font exploser des mines. Le 12 août, après avoir fait sauter trois mines, les Turcs ont pris la contrescarpe, ont fait sauter “la demi-lune près de la porte des Écossais du costé du château, qu’ils ont voulu se loger dessus et qu’ils ont été repoussés mais que le combat ayant duré plus de six heures, les assiégés avaient perdu près de 1 000 hommes et entre autres trois lieutenants-colonels, un commandant et un ingénieur que Mr de Mannsfeld avait fait sortir de France[75]. Le 18 août, dans la matinée, une sortie aux ordres du colonel Dupigny, échoue avec de lourdes pertes[76]. Une nouvelle sortie est effectuée dans la nuit du 22 au 23 août et dans la nuit du 23 au 24. Le 1er septembre, une sortie effectuée par le général Serényi avec 600 hommes est repoussée par une contre-attaque turque et les Impériaux abandonnent sur le terrain 21 cadavres qui sont décapités. Les pertes sont lourdes de part et d’autre et, dès le 26 août, “les janissaires parurent extrêmement rebutés et ne voulurent plus rien faire, disant qu’ils avaient fait leur devoir[77]. Le 27, une nouvelle mine explose, mais en raison des pertes le grand vizir suspend l’assaut. Le 28, les janissaires refusent de combattre, rappelant que le corps des janissaires ne doit pas être employé plus de quarante jours au siège d’une forteresse. Seul l’espoir d’un pillage de la ville les maintient au combat[78]. De son côté, “le comte de Starhem­berg se loue au dernier point non seulement des officiers mais même des soldats... depuis le début du siège jusqu’au 18 août, il a perdu 3 015 hommes[79]. Le 3 septembre, les Turcs s’emparent de l’ensemble du ravelin du château. La ligne des fortifications est sur le point d’être brisée et les défenseurs se préparent derrière des barricades dans les rues de la ville. Il n’y a presque plus de munitions[80]. Le commandement autrichien est infor­mé de la situation à l’intérieur de la ville par des messagers qui parviennent à franchir les lignes turques, de même que le comte de Starhemberg est au courant de la concentration de l’armée de secours[81].

Au soir du 11 septembre, les défenseurs de Vienne aperçoivent les feux de bivouac de l’armée de secours sur le Kahlenberg. La bataille du lendemain va mettre fin à 59 jours de siège. Les pertes de la garnison s’élèvent à 53 officiers et 5 000 hommes parmi les troupes régulières et 1 650 hommes parmi les milices. Les pertes civiles sont beaucoup plus importantes. “Il est mort plus de 22 000 personnes depuis le commence­ment du siège tant de blessure que de maladie[82]. À la fin du siège, il meurt en moyenne 60 personnes par jour de dysenterie[83].

Les opérations de l’armée impériale

Au début du mois de juillet, les troupes impériales doivent abandonner la Hongrie royale. Quatre places fortes, Leopoldstadt, Gutta (Kolarovo), Nitra et Szatmar restent aux mains des Impériaux au nord du Danube. Sur le Danube, Komarom, Raab et Presbourg continuent à résister. Au sud du Danube, la place de Wiener Neustadt et un certain nombre de palanques restent à l’Empereur. Près de Vienne, deux régiments tiennent une tête de pont près de Jedlesee, où une attaque turque est repoussée le 16 juillet. Le duc de Lorraine installe une garnison d’infanterie dans l’abbaye de Klosterneubourg, à deux heures du camp turc, afin de contrôler le Danube. Ayant regroupé ses forces le 23 juillet, le duc de Lorraine se dirige vers la basse vallée de la March pour se rapprocher de Presbourg avec l’intention d’attaquer les arrières turcs et de gêner leur ravitaillement. Thököly, ayant franchi la Vah, progresse en direction de Presbourg après avoir occupé Trnava. Le 28 juillet, le duc de Lorraine franchit la March à gué et lance ses dragons en direction de Presbourg, qui est occupé. Le 29 juillet, les Impériaux, 106 compagnies de cuirassiers et 30 compagnies de dragons et le corps polonais de Lubomirski mettent en fuite les Mécontents. Thököly laisse sur le terrain 150 tués et prisonniers[84], 500 chariots et 900 paires de bœufs sont récupérés[85]. Les rebelles hongrois se replient à Trnava. Le duc de Lorraine installe un camp entre Stillfried et Angern au bord de la March, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Presbourg. Le 6 août, il envoie à Passau le général Palffy pour faire part de son plan d’opérations à l’empereur. Se maintenant au nord du Danube pour assurer la sécurité des communications avec la Pologne, il compte franchir le Danube à Krems avant la fin du mois d’août dès qu’il aura pu rassembler 25 000 hommes. Ensuite, il pénétrera dans le Wienerwald afin d’y organiser une position défensive. Le 19 août, sans avoir reçu de réponse de l’empereur, le duc de Lorraine quitte son camp des bords de la March et se dirige vers l’ouest en passant par Wolkersdorf. Le 21, il est à Stockerau et atteint Tulln le lendemain. Le 24 août, le duc de Lorraine attaque avec 13 000 hommes le corps de Kör Ussein Pacha opérant au nord du Danube et le bat à Langenzersdorf[86], où le pacha d’Eger est tué. Les Turcs et les “Mécontents” se replient en direction de Trnava. À Volkersdorf, le duc de Lorraine apprend l’arrivée de l’armée polonaise qui approche des frontières de la Basse-Autriche et envoie le prince Lubomirski à Nikolsbourg (Mikulov) pour y saluer le roi de Pologne. La concentration des troupes alliées va permettre d’envisager la bataille qui doit rompre l’encerclement de Vienne.

La contre-offensive alliée

La concentration

En vue de leurs futures opérations contre les Turcs, les Impériaux tiennent deux têtes de pont sur le Danube, l’une à Krems, l’autre à Jedlesee tandis que l’abbaye de Klosterneubourg défendue par des moines et des paysans est renforcée par 300 fantassins et dragons au début du mois d’août[87]. Les Turcs, qui se dirigent vers le pont de Krems pour le détruire, se contentent de dévaster la campagne environnante[88] poussant des pointes jusqu’à une centaine de kilomètres à l’ouest de Vienne, notamment jusqu’à Amstetten, à 60 kilomètres à l’est de Linz, et Opponitz, dans la haute vallée de l’Ybbs.

L’alliance défensive conclue en janvier 1683 entre Léopold Ier et Max-Emmanuel de Bavière prévoit la mise à disposition de l’empereur de 8 200 soldats bavarois, 4 800 fantassins et 3 400 cavaliers, accompagnés de 10 canons. Le commandement de ce corps et du contingent bavarois du Simplum doit être assuré par le général Hannibal von Degenfeld et celui-ci ne doit obéir qu’au duc Charles de Lorraine, lieutenant général de l’empereur. Le corps bavarois comprend quatre régiments d’infanterie, quatre régiments de cuirassiers, un régiment de dragons et, au titre du “Simplum”, un régiment du cercle de Bavière, un régiment salzbourgeois et un régiment du Palatinat-Neubourg. Le 23 juillet, l’infanterie bavaroise embarque à Straubing et arrive à Passau le 2 août. Le 24 juillet, la cavalerie se rassemble à Schärding et arrive quatre jours plus tard à Linz. Le 30 juillet, les troupes des cercles quittent Braunau. Le 16 août, le corps bavarois est à Mautern, à proximité de Krems. Le 21 août, 6 000 fantassins et 2 000 cavaliers des cercles de Souabe, de Franconie et de Hesse-Cassel, aux ordres du prince de Waldeck, maréchal de l’Empire, arrivent à Passau. À la suite d’un accord conclu le 30 juillet à Dresde, l’électeur de Saxe met en route le 23 août un corps de 7 000 hommes[89], qui atteint Waidhofen an der Thaya le 1er septembre. Le duc de Brunswick-Hanovre s’était engagé en janvier 1683 à fournir 18 000 hommes à l’empereur, mais il n’envoie finalement que 600 cavaliers avec son fils Georges, le futur roi Georges Ier d’Angleterre.

L’armée de Jean III Sobieski compte en temps de paix 12 000 Polonais et 6 000 Lituaniens[90]. Les troupes qui seront fournies par le roi de Pologne comprennent, outre ces 18 000 hommes, 7 000 Lituaniens et 4 000 Cosaques Zaporogues. La concentration des troupes polono-lituaniennes s’effectue à Cracovie sous les ordres du prince Jablonowski, grand hetman de la couronne. Le 15 juillet, Jean III Sobieski quitte Varsovie. Les 24 et 25, il fait halte à Czéstochowa pour y prier la Vierge noire. Le 29, il arrive à Cracovie. Le 11 août, l’avant-garde polonaise quitte la ville et le roi se met en route le lendemain. L’armée polonaise est à Bytom le 19, à Troppau (Opava) le 22 et à Olomouc le 26. “Les Polonais passant en Silésie et en Moravie ont pillé tout ce qu’ils ont pu... ils ont fait autant de mal que les Tatares... les Saxons ont fait autant en Bohême et ont mesme brulé par mégarde quelques villages[91]8 000 Polonais arrivent à Lintz le 23 août[92] tandis que le gros arrive le 31 août à Hollabrunn, où le roi de Pologne et le duc de Lorraine se rencontrent. Pendant ce temps, le Père Marco d’Aviano, légat pontifical, réussit à convaincre Léopold Ier de confier le comman­dement des armées alliées à Jean III Sobieski, homme de guerre expéri­menté. Le 3 septembre, à Stetteldorf, entre Stockerau et Tulln, se tient un conseil de guerre auquel participent le roi de Pologne, le duc de Lorraine, l’électeur de Saxe, le général von Degenfeld pour la Bavière et le prince de Waldeck, commandant de l’armée de l’Empire. Au cours de ce conseil, la décision est prise de débloquer Vienne par l’ouest. Le roi Jean III Sobieski accepte sans réserves les décisions prises par le conseil de guerre de Stetteldorf, notamment ce qui concerne les questions techniques comme le ravitaillement des troupes pendant l’opération, le franchissement du Danube, les reconnaissances des positions adverses, la sécurité des dépla­cements à travers la forêt viennoise et la protection de la rive gauche du Danube pendant l’opération. Après la réunion du conseil de guerre, les troupes alliées se concentrent dans la plaine de Tulln[93]. Les effectifs chrétiens s’élèvent alors à 65 000 hommes.

Le 6 septembre, les ponts de bateaux construits par les Impériaux près de Tulln sont prêts. Le même jour, les forces polonaises franchissent le fleuve. Le lendemain, c’est le tour des troupes impériales. Le 8 septembre, les Bavarois et les taxons franchissent le Danube à Krems.

La bataille du Kahlenberg

En vue de la bataille décisive qui doit être livrée pour délivrer Vienne de la menace turque, le conseil de guerre de Stetteldorf a décidé de faire occuper les collines qui dominent le bassin de Vienne au sud du Danube. Une avant-garde de 3 000 cavaliers, aux ordres du général de Mercy, traverse le Wienerwald, occupe Feuerbach le 9 et envoie des reconnaissances jusqu’à Hütteldorf et Baumgarten, sur la Wien, sans rencontrer de troupes turques[94]. Simultanément, le duc de Lorraine fait renforcer l’abbaye de Klosterneubourg. Le 10 septembre, le gros des forces alliées pénètre dans le Wienerwald. Le duc de Lorraine arrive à Kloster­neubourg dans l’après-midi. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, des unités de dragons, aux ordres du colonel Heister, s’emparent du Kahlenberg qui était tenu par 60 janissaires[95]. Dans la journée du 11 septembre, les forces alliées s’installent sur la chaîne de hauteurs qui s’étend entre le Danube et le Vogelsang. Dans l’après-midi, le roi de Pologne réunit les commandants des forces alliées sur le Kahlenberg pour y faire un tour d’horizon et indiquer son idée de manœuvre en fixant les objectifs à atteindre.

Les forces en présence le 12 septembre

L’armée ottomane

Bien renseigné sur le volume et les mouvements de l’armée de secours des alliés, le grand vizir tient un conseil de guerre dans son camp “auf der Schmelz” afin de communiquer ses intentions à ses subordonnés. Le 8 septembre, Ibrahim Pacha a rejoint le camp du grand vizir avec 8 000 hommes. Le plan du grand vizir consiste à accepter la bataille avec l’armée de secours tout en maintenant le siège de Vienne, dont il attend chaque jour la capitulation. Ibrahim Pacha, gouverneur de Buda, estime que la garnison est trop épuisée pour pouvoir tenter une sortie et que les Turcs doivent lever le siège pour s’installer défensivement avec le maximum d’effectifs sur la chaîne de collines qui domine à l’ouest la plaine de Vienne afin d’interdire aux Chrétiens le débouché dans la plaine. Au cours de ce conseil, le grand vizir affirme que, malgré la perte de près de 50 000 hommes il peut maintenir le siège avec 30 000 hommes et résister aux Chrétiens avec 100 000 hommes. Il ordonne de mettre en place dès le lendemain un corps d’armée entre Nussdorf et Dornbach face au nord-ouest. Le grand vizir repousse les suggestions d’Ibrahim Pacha, mais pour se couvrir face au nord, il ordonne au khan de Crimée d’aller tenir les rives du Danube au sud de Stockerau afin d’interdire aux Impériaux de franchir le Danube en direction du sud. Mais la rancune qu’il porte à Kara Mustafa pour différentes raisons et la crainte qu’il en a poussent le khan des Tatares à la trahison. Décidé à frustrer le grand vizir de son titre de conquérant de Vienne, il ne s’oppose pas au franchissement du Danube par les alliés et se replie[96].

Les “Mécontents hongrois” ne participeront pas à la bataille du Kahlenberg et Thököly reste sur les bords de la March[97].

L’armée alliée

Le dimanche 12 septembre, à 4 heures du matin, le Père Marco d’Aviano célèbre la messe à proximité du cloître incendié des Camaldules sur le Kahlenberg et bénit les soldats de l’armée alliée.

Le déroulement de la bataille

Le 12 septembre, de bon matin, l’aile gauche alliée composée des Autrichiens et des Saxons, attaque en direction du Lüssberg, qui domine le village de Nussdorf qui sera occupé vers midi. Malgré les contre-attaques turques, les Saxons enlèvent les villages de Heiligenstadt et de Grinzing vers 13 heures. Les Turcs concentrent le maximum de troupes contre l’aile gauche alliée commandée par le duc de Lorraine. Kara Mehmet Pacha, qui commande l’aile droite turque, parvient à bloquer l’avance des Austro-saxons. Cependant, le centre allié, aux ordres du prince de Waldeck, progresse en direction de Sievering, avançant lentement dans un terrain vallonné et couvert de vignes qui freine les mouvements. À l’aile droite alliée, l’armée polonaise se dirige en deux colonnes l’une vers le Schafberg, l’autre vers Pötzensdorf, qui tombent vers 14 heures après de furieux assauts. La droite de l’armée polonaise commandée par Jablonow­ski progresse en direction de Dornbach tandis que la cavalerie de Rafal Leszczynski repousse les Tatares, qui avaient tenté timidement d’attaquer le flanc des forces alliées. Il semble que dans le courant de l’après-midi les Turcs aient envisagé une défaite, car “on voyait vers Fischau et Laxen­bourg une grosse poussière qui faisait juger que les bagages s’enfuyaient desjà[98].

Vers 16 heures, l’armée polonaise commence à former un front en se joignant à la ligne constituée par les unités de l’aile gauche et du centre alliés. De son côté, Kara Mustafa Pacha procède également à un regrou­pement de ses forces, consolidant son aile gauche pour empêcher que les Polonais ne lui coupent la retraite vers les ponts de la rivière Wien. Cela s’opère au détriment de son aile droite. Kara Mustafa concentre le gros de ses forces entre Gerstdorf et Ottakring. Ses réserves se tiennent devant les camps près de Währing et d’Hernals. Profitant du changement de dispositif des troupes turques, le duc de Lorraine lance une nouvelle attaque au sud d’Heiligenstadt, brise la résistance ottomane et progresse vers le sud-ouest sur les arrières des Turcs après s’être emparé de Döbling. Après avoir été bloqués par les contre-attaques turques, les Polonais vont repartir à l’attaque. Constatant qu’il était possible de terminer la bataille le jour même, Jean III Sobieski donne l’ordre d’attaquer les Turcs avec toute la cavalerie de l’aile droite et du centre des alliés vers 17 heures. En partant du Schafberg, les Polonais chargent en direction d’Hernals, tandis que la cavalerie impériale s’élance en direction de Gerstdorf et de Weinhaus. Cette charge de cavalerie est décisive. Le marquis de Sébeville écrit à Louis XIV “qu’à 19 heures les janissaires ont abandonné la tranchée, qu’il y a eu environ 6 000 Turcs tués et le reste s’estant retiré en bon ordre on n’avait pas osé les attaquer, leur nombre estant de beaucoup supérieur[99].

Le grand vizir tente d’organiser une résistance autour de ses camps pour permettre à l’armée ottomane de battre en retraite. Les cavaliers polonais de Jablonowski tentent de cerner le camp turc par Breitensee et Penzing et de couper la retraite aux Turcs, mais ces derniers parviennent à se replier au sud de la Wien. Jean III Sobieski, arrivé vers 18 heures au bord de la Wien, arrête ses forces, mais interdit vainement à ses soldats de pénétrer dans le camp turc. “Ce pillage empescha le lendemain le roy de Pologne de poursuivre les fuyards, voulant assurer et mettre en marche auparavant le gain qu’il avait fait. On se plaint fort en mesme temps de leur peu de discipline, volant et tuant les officiers allemands jusquà la vue de leur roy, qui ne saurait les en empescher. Cette armée, qui est composée de 14 000 ou 15 000 hommes, conduit avec soy plus de 10 000 chariots vides dont ils ont pris une grande partie dans la Silésie et dans la Moravie afin de remporter leur pillage[100].

La lutte contre les forces turques aux abords de Vienne dure jusque vers 22 heures. Les 3 000 Turcs qui restaient dans les tranchées d’approche sous les murs de Vienne sont tués ou faits prisonniers par les dragons du margrave Louis-Guillaume de Bade[101].

L’armée turque se replie en direction de Kaiserebersdorf et de Raab. “Les Turcs disent qu’ils ont perdu une partie de leur infanterie, leur bagage et leur artillerie[102].

Les pertes turques pendant la bataille ne semblent pas dépasser 15 000 hommes, celles des alliés s’élèvent à 1 500 tués et de nombreux blessés.

Le butin le plus précieux se trouve dans le camp pris par les Polonais. Presque toute l’artillerie conquise, 12 pièces de batterie sur la tranchée et 70 pièces d’artillerie légère[103], les réserves de munitions et le matériel de guerre sont livrés à l’arsenal de Vienne. Une partie considé­rable des vivres est distribuée à la population. “Le roy de Pologne trouva 800 000 ducats en or... une si grande quantité de vivres que la ville en est remplie et l’armée pourvue en abondance, c’est-à-dire de riz et de farine en prodigieuse quantité[104].

Le rôle de Jean III Sobieski dans cette bataille est relaté dans une lettre du duc de Lorraine datée du 15 septembre. “Le roi de Pologne s’est acquis dans cette rencontre une gloire immortelle d’être venu de son royaume pour une si grande entreprise et d’y avoir agi en roi et en grand capitaine. Je n’y ai agi que par les dispositions qui ont été approuvées et suivies”. Il faut admettre que la gloire de cette victoire doit être partagée entre le roi de Pologne et le duc de Lorraine.

L’accueil chaleureux que les habitants de Vienne firent au roi de Pologne fut terni par 1e froid comportement de l’Empereur lors de la rencontre des deux souverains à Schwechat le 15 septembre, vraisembla­blement parce que Jean III Sobieski essayait d’aboutir à un accord entre l’Empereur et Thököly.

La poursuite

La poursuite n’est pas engagée immédiatement par les alliés pour des raisons tactiques, logistiques et politiques. En effet, “le roy de Pologne et M. de Lorraine n’ayant pas jugé à propos de poursuivre davantage les ennemis à cause du grand nombre des Turcs, de l’ordre de leur retraite, que parce qu’ils estoient eux-mesme fort fatigués et qu’ils n’avaient point de vivres prests à marcher avec eux. Voilà la raison qu’ils en donnent, mais la véritable est qu’ils craignaient par un combat général de perdre l’avantage qu’ils avoient d’avoir secouru la ville où l’Empereur a fait chanter le Te Deum le 14 et le 15[105]. Le gouvernement de Vienne se méfiant du souverain polonais, suspecté d’avoir des contacts avec Thököly et d’avoir peut-être des ambitions en Hongrie, les chefs militaires impé­riaux proposent une offensive limitée contre les forteresses de Neuhæusel et d’Esztergom afin d’assurer des quartiers d’hiver en Slovaquie. “Les Turcs avouent que s’ils eussent esté poursuivis vivement, toute leur armée estoit défaite. Le grand vizir a fait étrangler le gouverneur de Bude, Ibrahim Pacha, et quelques autres officiers accusés de n’avoir pas fait leur devoir[106]. Mais les alliés ne peuvent se lancer dans la poursuite en raison de la force de l’armée ottomane et de la baisse de leurs effectifs. En effet, les Turcs disposent toujours d’un corps d’environ 40 000 hommes, Turcs et Mécontents, qui opèrent en Slovaquie dans la région de Nitra. En se repliant, Thököly pratique la terre brûlée. Il détruit tous les bateaux qui avaient servi à faire le grand pont près de Presbourg, saccage l’île de Schütt et incendie Komarno, fortification élevée face à Komàrom, sur la rive nord du Danube[107]. Le 18 septembre, les troupes alliées quittent la région de Vienne, sans les Saxons qui sont repartis en pillant la Bohême[108], et les Bavarois et le contingent franconien restent près de Vienne. Par l’île de Schütt, les Austro-polonais se dirigent vers Komarom où ils arrivent le 2 octobre. Un conseil de guerre décide d’aller attaquer Esztergom. Le 7 octobre, une attaque de la forteresse de Parkany, sur la rive nord du Danube face à Esztergom, échoue devant la résistance de Kara Mehmet Pacha, nouveau gouverneur de Buda, et 1 500 Polonais sont tués[109]. Le 9 octobre, les forces alliées, dont les effectifs atteignent 31 000 hommes dont 15 000 Polonais, parviennent à rejeter les Turcs et à s’emparer de Parkany dont le pont de bateaux se rompt sous le poids des Turcs en fuite[110]. Esztergom, dont la garnison est forte de 2 500 hommes, capitule le 26 octobre. La garnison sort avec armes et bagages et elle est accompagnée de 4 000 civils[111].

À la fin du mois d’octobre, “la mésintelligence qui est entre les armées de l’Empereur et du roy de Pologne augmente tellement qu’il est presque impossible qu’elles puissent présentement agir ensemble de concert et je crois que c’est une des principales raisons qui les empeschent d’entreprendre quelque chose[112]. Le 2 novembre, l’armée polonaise commence à se replier. Le 9 novembre, elle prend d’assaut la ville de Szécsény. Le 19 novembre, l’armée lituanienne se joint à elle. Le 8 décem­bre, le corps du général Dünnewald, soutenu par Jean III Sobieski, s’em­pare d’Eperjes (Presov). L’armée polonaise repasse la frontière le 13 décembre.

Il est surprenant de constater que les Turcs ne réagissent pas à la progression des alliés. Les Impériaux assiègent Kanizsa et Neuhæusl, qui a été renforcée, et reprennent Léva, Papa et Veszprém[113]. L’armée ottomane va-t-elle se rendre dans ses quartiers d’hiver et attendre l’année suivante pour reprendre le combat contre l’Empereur ? “Le grand vizir avait reçu un renfort considérable de troupes et en mesme temps un ordre du Grand Seigneur de tenter encore une fois le sort d’une bataille... Ce n’est pas que son armée soit assez grande et considérable, mais la consternation y règne et mesme la confusion... On assure que le Cam (Khan) des Tatares, accusé d’intelligence avec le roy de Pologne est déposé et relégué dans l’Isle de Rhodes... Il me semble qu’il s’est commis des fautes devant et durant le siège que l’on ne peut guère excuser[114].

Tandis que les troupes impériales gagnent leurs quartiers d’hiver et font sauter les châteaux de ceux qui ont “assisté le comte Thököly”, l’armée ottomane reste dans ses garnisons et prend ses quartiers d’hiver.

Le 25 décembre, deux envoyés du sultan arrivent à Belgrade et demandent au grand vizir le sceau de l’Empire ottoman, l’étendard du Prophète et la clé de la Kaaba de La Mecque. Kara Mustafa est étranglé.

La victoire des alliés devant Vienne entraîne la constitution d’une “Sainte Ligue” qui groupe, le 31 mars 1684, le Pape, l’Empereur, la Pologne et la République de Venise.

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En conclusion, la campagne de 1683 permet de tirer un certain nombre d’enseignements.

La levée du siège de Vienne est surtout un échec des Turcs. “Il est vray que les Turcs ont déjà tant fait de fautes considérables que l’on doit espérer qu’ils ne profiteront pas de leurs avantages”, écrivait le marquis de Sébeville dans sa lettre du 27 août 1683. Les fautes turques sont d’ordre stratégique, tactique et logistique. Ambitieux, avide de puissance, Kara Mustafa Pacha a voulu s’emparer de Vienne contrairement aux décisions prises par le gouvernement turc avant le début de la campagne. Mais il n’a pas préparé son armée à cette action, sous-estimant vraisemblablement son adversaire. En négligeant de s’emparer des forteresses de Komàrom et de Raab, qui empêchent tout ravitaillement par la voie du Danube, il s’est privé à la fois d’un axe logistique essentiel et a dû laisser auprès de ces forteresses des effectifs importants pour les fixer[115]. Il n’a pas rassemblé l’artillerie lourde qui aurait été nécessaire à la destruction des murailles de Vienne. Voulant profiter du butin de la capitale autrichienne, il préfère la contraindre à la capitulation, plutôt que de la prendre d’assaut, ce qui lui fait perdre du temps et l’oblige à livrer finalement une bataille à fronts retournés. “Mais, comme les Turcs ont peu d’infanterie, on est persuadé qu’ils ne (les défilés du Danube à l’ouest de Vienne) défendront pas et qu’ils se retireront plus près de la ville qu’ils pourront pour laisser devant eux le terrain afin que leur cavalerie qui est nombreuse puisse agir[116]. Ce manque d’infanterie conduit le grand Vizir à faire rejoindre “les Moldaves, Valaches et Transylvains, qui avaient traité en argent pour s’exempter de venir à cette guerre” et dont un envoyé à l’Empereur assure qu’ils se rangeront de son côté en cas d’attaque impériale[117]. Le grand vizir néglige d’assurer sa sécurité éloignée par des patrouilles profondes et surtout en ne faisant pas occuper solidement les points forts du terrain que sont les collines situées à l’ouest de Vienne comme le Leopoldsberg, le Kahlenberg, le Hermannskogel et le Grünberg. Les dévastations réalisées par les Tatares privent l’armée ottomane de ravitaillement et de fourrage sur place. Enfin, les mauvaises relations entre le grand vizir et le khan des Tatares font que ce dernier n’empêche pas les franchissements du Danube par les alliés et ne participe que mollement à la bataille du 12 septembre. Ayant réussi à rassembler son armée à Buda, où il attend pour voir les réactions de l’armée ennemie, le grand vizir “a fait aussi certainement étrangler le vizir de Bude et couper la tête à quatre pachas et à plus de cent officiers de son armée, ayant mandé au Grand Seigneur qu’ils n’avaient jamais voulu combattre, ni mesme s’arrêter auprès de Raab où il voulait rassembler son armée[118]. Ces mesures n’empêchent pas le sultan d’envoyer au grand vizir deux fonctionnaires chargés de lui retirer le sceau de l’Empire ottoman et de le faire étrangler à son tour le 25 décembre 1683 à Belgrade.

Du côté autrichien, la tactique du duc de Lorraine, qui consiste à attendre des renforts de l’Empire et de Pologne, lui fait abandonner les palanques de Hongrie, favorisant la progression rapide des Turcs. Les alliés arrivent au dernier moment pour sauver Vienne dont la chute serait survenue quelques jours plus tard. Les désaccords avec les alliés, comme les Saxons qui quittent Vienne dès le 15 septembre, la mésintelligence avec les Polonais, le refus d’une amnistie totale en Hongrie qui aurait pu entraîner le ralliement de Thököly,[119] l’impréparation logistique des Impériaux, les pertes par maladie et la crainte des Turcs ne permettent pas d’exploiter à fond la victoire du Kahlenberg en poursuivant l’armée ottomane en retraite jusqu’à Buda, qui ne sera pas libérée avant 1686. Néanmoins, cette victoire est d’une grande importance pour l’Europe car l’offensive turque a pu être contenue. L’empereur Léopold Ier reprend l’initiative en Europe centrale, ce qu’il n’avait pas pu ou osé en 1664, et va libérer dans les années suivantes la Hongrie, déplaçant vers le Sud-est de l’Europe le centre de gravité de la monarchie des Habsbourg. Pour conduire cette nouvelle politique danubienne, l’Empereur va développer considérablement sa propre armée dont les effectifs passent de 60 000 hommes en 1683 à 98 000 hommes en 1695 et 125 000 hommes en 1716.

L’empereur Léopold I° témoigne sa satisfaction en élevant à la dignité de maréchal le comte Zdenko Kaplirs de Sulevic et le comte Ernest Rüdiger von Starhemberg. Il fait à ce dernier un don de 100 000 écus et le nomme conseiller secret et chevalier de la Toison d’Or[120].

Louis XIV ordonne au marquis de Sébeville de féliciter l’empereur “de l’heureux succès de ses armes” et Léopold Ier répond à l’ambassadeur de France “qu’il ne désespérait pas qu’il ne se pût trouver des conjonctures favorables à la Chrétienté qui pourraient donner à Vostre Majesté d’employer ses forces contre l’ennemi commun[121].

C’est à Rome que l’attitude de Louis XIV à l’égard de l’Empereur fut jugée avec le moins de passion. En blâmant le “ fils aîné de l’Eglise ” de l’extrême péril qu’il venait de faire courir à la Chrétienté, Innocent XI lui réserve toujours le premier rang dans la croisade à laquelle il espère entraîner les nations catholiques. “Sa Sainteté me parla de la continuation de la guerre du Turc ; que le roi de Pologne la pourrait faire dans son pays, l’empereur en Hongrie, la République de Venise en Candie (Crète) et Vostre Majesté envoyer de ses forces de mer qui étaient si puissantes à Constantinople, non pas pour la tenter, mais pour l’acquérir et être un jour Empereur d’Orient[122]. Mais Louis XIV refuse d’adhérer à la Sainte Ligue contre l’Empire ottoman en mars 1684 tandis que la trêve de Ratisbonne du 16 août 1684 met fin à la guerre entre la France et l’Espagne et entérine la politique des réunions imposées par Louis XIV depuis la paix de Nimègue de 1679.



[1]        Louis André, Louis XIV et l’Europe, Paris, 1950, pp. 167-170. I. Hudita, Histoire des relations diplomatiques entre la France et la Transylvanie au xviie siècle (1635-1683), Paris, 1937, pp. 192-202 et 255-260.

[2]        Affaires étrangères (A.E.), Paris, Correspondance politique (C.P.) Turquie, volume 16, lettres des 12 décembre 1681, 8 avril 1682 et 30 avril 1683.

[3]        Robert Mandrou, Louis XIV en son temps, Paris, 1017,3, p. 280

[4]        Charles Gérin, “Le pape Innocent XI et le siège de Vienne en 1683”, Revue des questions historiques, tome XXXIX, Paris, 1886, p. 127

[5]           Archives des Affaires étrangères (A.E.), Paris, Correspondance politique (C.P.), Rome, vol. 272, lettre du 28 novembre 1681.

[6]        Kurt Peball, Die Schlacht bei St.Gotthard-Mogersdorf 1664, Vienne, 1964.

[7]        A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 50, folio 66, lettre du 1er mars 1681.

[8]        Ibidem, vol. 50, folios 83, 108, 131, 181 et 194.

[9]        Reinhold Lorenz, Türkenjahr 1683, Vienne, 1934, p. 113.

[10]       A.E., Paris, C.P., Hongrie-Transylvanie, vol. 3, folio 184.

[11]       Ibidem, vol. 3, folios 202-203, 373, 392, 398 et 400.

[12]       Reinhold Lorenz, op. cit., p. 1

[13]       A.E., Paris, C.P., Hongrie-Transylvanie, vol. 3, folio 218.

[14]       Roger Akakia du Fresne, descendant du médecin de François Ier et du médecin de Louis XIII, est secrétaire d’ambassade à Varsovie et spécialiste des affaires d’Europe orientale. Il meurt à Gdansk en 1683.

[15]        A.E., Paris, C.P., Pologne, vol. 69, lettres des 13 et 20 juin et du 18 juillet 1681 et C.P., Autriche, vol. 50, folio 131.

[16]        A.E., Paris, C.P., Pologne, vol. 73, lettres des 19 mars et 2 avril 1682

[17]        A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 16, lettre du 8 avril 1682.

[18]        A.E., Paris, C.P., Pologne, vol. 73, lettre du 17 avril 1682

[19]        A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 16, folios 4-13

[20]        Ibidem, folio 79.

[21]        Ibidem, folio 366, lettre du 15 juin 1682.

[22]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 50, folio 194, lettre du 26 juin 1681

[23]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 16, folio 408, lettre du 13 juillet 1682

[24]       Ibidem, folio 416, lettre du 11 août 1682.

[25]       Général Asir Arkayin, “The second Siege of Vienna (1683) and its conse­quences”, in Revue internationale d’histoire militaire, n° 46, Ankara, 1980, p. 109.

[26]        Feldzüge des Prinzen Eugen von Savoyen, tome I, p. 466.

[27]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 54, folio 256.

[28]        Ibidem, vol. 55, folio 182, lettre du 9 mai 1683.

[29]        Jean Nouzille, Le prince Eugène de Savoie et les problèmes des confins militaires autrichiens 1699-1732, thèse lettres, Strasbourg, 1979, p. 155.

[30]       A.E., Paris, C.P., Autriche, Vol 55, folio 130.

[31]       Ibidem, folio 178.

[32]       Reinhold Loremz, op. cit., p. 170.

[33]       A.E., Paris, CI, Autriche. vol. 5, folio 108.

[34]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 55, folio 113, 21 mars 1683.

[35]       Ibidem, vol. 56, folio 52.

[36]       A.E., Paris, C.P., Pologne, vol. 74, lettre du 5 février 1682.

[37]       Ibidem, lettre du 13 avril 1683.

[38]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 11.

[39]       Reinhold Lorenz, op. cit., p. 139.

[40]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 2.

[41]       Ibidem, folio 39, lettre du 13 août, t. 16.

[42]       Giovanni Benaglia, Ausführliche Reisebeschreibung von Wiennach Constantino­pel und wieder zuruck in Teutschland, Francfort, 1687, p. 100.

[43]       Georg-Christof Kupitz, Diarium, Vienne, 1684, p. 6.

[44]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol.56 folio 50.

[45]       BNF, Paris, Mss Fr. 24482, folios 40-45.

[46]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 491, 12 mars 1683.

[47]       A.E., Paris, C.P. Hongrie-Transylvanie, vol. 5, folio 82.

[48]       Ibidem, folio 83.

[49]     A.E., Paris, CE’, Autriche, vol. 56, folio 77.

[50]       A.E., Paris, Turquie, vol. 17, folio 440.

[51]       A.E., Paris, C.P., Pologne, vol. 73, lettre du 21 août 1682. A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, lettre du 3 octobre 1682. A.E., Paris, C.P., Hongrie-Transylvanie, vol. 6, folios 362, 370, 391 et 398.

[52]       Général Asir Aryayin, op. cit., 110.

[53]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 433, 19 octobre 1682.

[54]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 54, folio 17, 3 novembre 1682.

[55]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 491, 3 novembre 1682.

[56]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 435, 19 octobre 1682.

[57]       Ibidem, folio 420, 5 novembre 1682.

[58]       Ibidem, folio 4-81, 5 mars 1683.

[59]       Ibidem, folio 529, 14 juin 1683.

[60]       Général Azir Arkayin, op. cit., p. 111.

[61]       A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 462, 5 janvier 1683.

[62]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 101. 54, folio 38, lettre du 12 novembre 1682.

[63]       Ibidem, folio 91, Lettre du 13 décembre 1682.

[64]       Ibidem, folio 256, Lettre du 8 avril 1683.

[65]       BN, Paris, Mrs Fr. 22482.

[66]       Richard Kreutel, Kara Mustafa vor Wien, das turkische Tagebuch der Belagerung Wiens 1683, verfasst vom Zereinonienmeister der Hohen Pforte, 3e édition, Gaz., 1966, pp. 24-25.

[67]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 50, folio 144.

[68]       Idem.

[69]       Richard Kreutel, op. cit., pp. 30-31.

[70]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 79.

[71]       Ibidem, folio 78., p. 34.

[72]       Richard Kreutel, op. cit., p. 34.

[73]       Richard Kreutél, op. cit., p. 56.

[74]       Ibidem, p. 65.

[75]       A.E. Paris, C.P. Autriche, vol. 56, folio 46, 22 août 1683.

[76]       Ibidem, folio 59.

[77]       BN, Paris, Mrs Fr., 10685, folio 77.

[78]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 77, 7 septembre 1683.

[79]        Ibidem, vol. 55, folio 285, Lettre du 25 août 1683.

[80]        Ibidem, vol. 56, folio 67.

[81]      Ibidem, vol. 56, folios 4 6 et 75.

[82]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 94.

[83]       Ibidem, folio 72.

[84]       Ibidem, folios 31-32.

[85]       Ibidem, vol. 55, folio 268.

[86]       A.E., Paris, C.P. Autriche, vol. 5, folio 65.

[87]       Ibidem, folio.

[88]       Ibidem, folio 40 Lettre du 13 août 1683.

[89]       A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 21.

[90]       Jan Wimmer, “Le déblocage de Vienne en 1683 et la part que les Polonais y prirent”, in Revue internationale d’histoire militaire, n° 52, Varsovie, 1982, p. 37.

[91]      A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 80.

[92]      Ibidem, folio 62.

[93]      Ibidem, folio 77.

[94]      A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folios 91-92.

[95]      Ibidem, folio 811.

[96]      Général Azir Arkayin, op. cit., p. 114.

[97]      A.E., Paris, C.P., Autriche vol. 56 folio 85.

[98]      A.E., Paris, C.P. Autriche, vol. 56, folio 92.

[99]       Ibidem, folio 04.

[100]     A.E.-Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 103.

[101]     Gertrud Gerhartl, Belagerung und Entsatz von Wien 1683,Vienne, 1982, p. 26.

[102]     A.E., Paris, C.P. Turquie, vol. 17, folio 540.

[103]     A.E. Paris, C.P. Autriche, vol 56, folio 93-98.

[104]     Ibidem, folio 98.

[105]     A.E., Paris, C.P., Autriche, folios 99-100.

[106]     A.E., Paris, C.P., Turquie, vol. 17, folio 540.

[107]     A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folios 109-113.

[108]     Ibidem, folio 145.

[109]     Ibidem, folio 126.

[110]     Ibidem, folio 129.

[111]     Ibidem, folio 158.

[112]      Ibidem, folio 145, lettre du 23 octobre 1683.

[113]     A.E. Paris, Autriche, vol. 56, folio 119 et 165.

[114]      A.E., Paris, C.P., Hongrie-Transylvanie, vol. 7, folio 207.

[115]     A.E.,Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 20.

[116]     Ibidem, folio 77 et 84.

[117]     Ibidem, folio 77 et 79.

[118]     A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 56, folio 119.

[119]     Ibidem, f°100 et 140.

[120]     A.E., Paris, C.P., Autriche, vol. 55, folio 330.

[121]     Ibidem, folio 331, 25 septembre 1663.

[122]      A.E., Paris, C.P., Rome, vol. 288, lettre du 5 octobre 1683 du duc d’Estrées.

 

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