Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

Un corps d’armée spécialisé au service de la Reconquête : les ordres militaires dans le royaume de Castille, 1252-1369

 

Philippe Josserand

 

L’histoire de la Péninsule ibérique au Moyen Âge s’est longtemps confondue avec celle de la Reconquête, c’est-à-dire d’une entreprise militaire séculaire poursuivie par les royaumes chrétiens du Nord pour chasser de la terre d’Espagne les musulmans qui s’y étaient établis à la suite de la défaite des Wisigoths au début du viiie siècle[1]. Il en va aujour­d’hui très largement différemment et le renversement de l’historiographie a été si brutal que certains auteurs n’hésitent pas à dénier toute pertinence scientifique au concept de Reconquête affirmant qu’il s’agirait là d’une construction idéologique issue des idées nationalistes des historiens espa­gnols du xixe siècle[2]. Rien n’est plus faux, car si la Reconquête constitue sans nul doute une construction idéologique, son origine remonte pour le moins à la fin du ixe siècle, lorsque les cercles de pouvoir asturiens de l’entourage d’Alphonse III développent le projet de restaurer l’Hispanie gothique qui les amène à lutter contre les musulmans du sud de la Pénin­sule tenus pour l’occuper de façon indue[3]. Né à la cour des rois asturiens, ce programme est fidèlement suivi par leurs successeurs, les souverains de León, puis, à partir du xie siècle, par les rois de Castille qui s’imposent dans la lutte aux autres monarques hispaniques jusqu’à donner un tour décisif à l’avancée du front de Reconquête au milieu du xiiie siècle en limitant au seul royaume de Grenade la présence musulmane dans la Péninsule.

Au fur et à mesure de ces combats, les souverains hispaniques ont dû pour l’emporter sur l’Islam développer un appareil guerrier performant dans lequel, à partir du milieu du xiie siècle, les ordres militaires jouent un rôle essentiel. Aux institutions fondées en Terre sainte, à l’instar du Temple ou de l’Hôpital, se sont très vite ajoutées des milices nées du sol péninsu­laire dont la plus ancienne, Calatrava, bientôt suivie de Santiago et d’Alcántara, fut créée en 1158 pour remédier au déficit d’investissement de ses aînées préoccupées surtout par l’Orient latin[4]. Du milieu du xiie siècle aux années centrales du siècle suivant, le développement des ordres mili­taires concorde avec une période d’intense activité frontalière, au terme de laquelle l’Islam se trouve confiné dans la Péninsule ibérique au seul royaume nasride de Grenade. C’est pourquoi à partir des années 1250, lorsque la Reconquête marque une pause après l’intégration des bassins du Segura et du Guadalquivir au territoire de la Castille, de nombreux auteurs ont parlé d’un déclin des ordres dont ils postulent que l’engagement militaire s’est tari au profit d’une immersion croissante dans le jeu politique interne aux royaumes chrétiens[5]. Une telle affirmation mérite pour le moins d’être nuancée et s’il n’est pas le lieu ici d’opérer une révision qu’il m’a été donné de conduire par ailleurs[6], il est néanmoins souhaitable de relever combien, même après le milieu du xiiie siècle, les ordres militaires gardent une place particulière au sein des armées mobilisées par les souverains castillans contre l’Islam aux frontières méridionales de leur royaume.

La question des effectifs

Juger de la place des ordres militaires dans le combat contre l’Islam, c’est d’abord, ainsi que l’a mis en relief Alain Demurger pour la Terre sainte, “se poser la question des effectifs qu’ils peuvent aligner”[7]. Il n’échappera à personne qu’il n’est pas possible en la matière de parvenir à une conclusion satisfaisante. Les difficultés de traitement des données chiffrées fournies par les sources médiévales sur le nombre des combattants ont été soulignées à l’envi[8]. Pour la Péninsule ibérique, plus encore que pour la Palestine, les informations qui figurent dans les chroniques sont trop partielles pour permettre une mesure exacte des contingents engagés par les ordres militaires sur la frontière. À la rareté des précisions chiffrées, il faut ajouter la difficulté créée par la confusion en un même ensemble des compagnies mises sur pied par ces institutions et d’autres, d’origine séculière, qui se joignent à elles, le temps d’une mission ponctuelle comme en 1246, lors du premier assaut contre Carmona[9], ou, l’année suivante, lors de l’occupation de l’Aljarafe sévillan, conduite par le maître de Santiago Pelayo Pérez Correa, avec l’appui d’une troupe de deux-cent quatre-vingts chevaliers, entre freyres et seglares, dont il est impossible de déterminer l’exact statut[10].

En l’absence de données comptables, les effectifs des ordres militaires ont été surévalués par une historiographie qu’a fasciné durant toute l’épo­que moderne leur combat. Les chroniques intéressant ces institutions exagèrent leur rôle belliqueux pour l’offrir en modèle à un public très sensible à l’idée de guerre sainte. Elles contribuent ainsi à diffuser un topos, repris dans de nombreux ouvrages, à l’instar du nobiliaire de Gonzalo Argote de Molina, écrit à la fin du xvie siècle, dans lequel Cala­trava figure, à l’occasion de la défense de Martos en 1235, comme un appui aussi primordial pour la chrétienté que l’est l’Ordre de Malte du vivant de l’auteur[11]. Dans la seconde moitié du xixe siècle encore, Auguste Beau­mier, dans la traduction du Rawd al-Qirtas, ne craint pas de décrire les frères des ordres militaires comme formant l’essentiel de la cavalerie d’élite évaluée à dix mille combattants dont Alphonse VIII, selon Ibn Abi Zar, aurait disposé à la bataille d’Alarcos[12]. De tels chiffres, qui continuent d’être avancés dans les travaux de divulgation, ne sont plus aujourd’hui recevables. En aucun cas, pour la Castille, le nombre des frères ne saurait être évoqué en milliers.

La présence des ordres militaires dans la Péninsule ibérique, Alan Forey l’a bien montré, ne peut être comparée à celle qui est la leur en Palestine où la défense des États latins, faute d’autorité publique, leur incombe dans une large mesure à partir du xiiie siècle[13]. Les effectifs y sont par conséquent quelque peu inférieurs. Il revient à Carlos de Ayala Martínez d’avoir le premier tenté d’en offrir une véritable estimation quan­titative[14]. Prenant appui sur la modestie des mentions chiffrées portées dans les chroniques, comme sur l’usage d’entretenir deux chevaliers par com­manderie, attesté au début du xive siècle pour Santiago[15], l’auteur conclut à la faiblesse du nombre des frères qui ne peut selon lui excéder la centaine pour les ordres les plus importants au moment de la prise de Séville[16]. Compte tenu de la nature des sources sur laquelle elle prend appui, l’estimation peut bien évidemment faire l’objet de critiques[17], notamment lorsqu’elle accorde crédit à l’affirmation des chroniques selon laquelle la plupart des frères de Santiago seraient morts à Moclín[18], sans relever qu’il s’agit là d’un topos employé en d’autres occasions[19]. Il convient donc de corriger légèrement à la hausse les chiffres avancés par Carlos de Ayala Martínez, mais sans qu’il faille en aucun cas remettre en cause l’enseigne­ment de sa démonstration : du point de vue des effectifs, les ordres mili­taires sont très largement minoritaires au sein des armées castillanes des xiiie et xive siècles.

Bien que les frères forment le seul contingent des ordres militaires dont il est possible de fournir une estimation chiffrée, celui-ci n’est pas le seul à travers lequel ces institutions concourent à la défense du royaume. Nous avons vu qu’au moment de l’occupation de l’Aljarafe sévillan en 1247, Pelayo Pérez Correa et les membres de Santiago étaient accompa­gnés d’un certain nombre de chevaliers séculiers. De la même façon, il a récemment été suggéré qu’au sein des mill cavalleros freyres e fijosdalgo, dont le maître Juan Osórez argue auprès de Jacques II en 1301 afin qu’il respecte les possessions murciennes de Santiago, dépeintes comme indis­pensables à l’entretien des membres de l’Ordre[20], figurent au côté des frères profès des chevaliers de naissance noble, liés à l’institution selon différents degrés de confraternité[21]. Ainsi, les membres des ordres mili­taires forment uniquement une fraction des troupes engagées par ces milices contre l’Islam, dont rien ne prouve qu’elle soit la principale.

Au sein du contingent des frères, les chevaliers constituent assurément une élite particulièrement aguerrie au combat. Ils disposent d’un équipe­ment lourd, qualifié alors en Castille d’armement a la guisa, par opposition à l’armement a la jineta, calqué sur le modèle musulman, moins coûteux et plus largement répandu[22]. Ainsi du moins le prévoient deux actes de donation consentis par Alphonse X en 1253 à Alcántara et à l’Hôpital pour qu’en échange de biens fonciers situés à la périphérie de Séville, chacun des ordres s’engage à tenir prêt un chevalier entièrement équipé[23]. Il semble que non seulement les frères se soient attaché à servir de la sorte, dans la mesure où plusieurs documents se rapportent à l’acquisition d’un armement lourd, en particulier de cottes de mailles[24], mais qu’ils aient fourni une part prépondérante de la cavalerie castillane équipée a la guisa. Peut-être est-on fondé à en relever un indice dans une miniature de la Gran Conquista de Ultramar, datant du début du xive siècle, dans laquelle, lors de l’assaut d’une ville musulmane, les seuls chevaliers chrétiens figurés avec un heaume de plaques complet sont des chevaliers d’ordre militaire, reconnaissables à la croix qui les distingue des autres combattants, munis pour leur part d’un simple casque[25].

Les sergents forment à côté des chevaliers l’autre groupe de guerriers issus directement des ordres militaires. Ils ne jouissent pas dans la Péninsule d’un éclairage aussi soutenu qu’en Terre sainte. Le mot lui-même y est rarement utilisé[26]. Le plus souvent, la documentation lui préfère le terme d’escudero[27]. En dépit du silence des sources, l’institution ne semble pas avoir été aussi marginale qu’on pourrait le croire à première vue[28]. On peut lui étendre le constat établi pour les turcopoles utilisés par les ordres en Palestine, dont le poids est bien supérieur à ce que laissent entendre les chroniques[29]. Rien n’autorise en effet à penser que le nombre des sergents en Castille ait été négligeable. Il se pourrait même, si l’on s’en tient aux statuts santiaguistes de 1274, qu’il fût plus important que celui des chevaliers, dans la mesure où les normes régissant la suite des principaux dignitaires de l’Ordre prévoient pour chacun d’eux un nombre au moins égal de sergents[30]. Aussi ont-ils pu jouer un rôle militaire, rarement illustré dans la chronique[31], mais dont tout porte à croire qu’il ne se distinguait guère de celui des chevaliers dont ils partageaient, tout comme en Terre sainte, l’essentiel de l’armement lourd[32].

À côté des membres des ordres militaires, de nombreux combattants laïcs s’intègrent aux troupes que mettent sur pied ces institutions pour défendre la frontière méridionale du royaume. Les raisons de leur engage­ment sont très diverses. Certains, obéissant à un mobile spirituel, espèrent que le service armé qu’ils font vœu de prêter contre l’Islam leur vaudra la rémission de leurs péchés. À plusieurs reprises, pendant le xiiie siècle, la papauté offre une indulgence plénière à ceux qui promettent de lutter au côté des frères de Calatrava ou de Santiago[33]. Au début du xive siècle, celle-ci est même étendue à quiconque finance l’envoi dans les châteaux frontaliers de combattants auxquels est garantie une grâce similaire[34]. Ainsi est attestée en Castille une catégorie de guerriers volontaires servant au côté des frères des ordres militaires, à l’instar des milites ad terminum de Palestine, dont il faut à leur exemple très certainement revoir le nombre à la hausse[35], dans la mesure où leur présence dans les sources narratives est abondante tant dans les textes chrétiens qui en font état à différentes reprises[36], que dans les récits arabes, à l’ordinaire pourtant moins diserts[37].

Les volontaires ne constituent cependant qu’une minorité des laïcs associés à l’effort de guerre des ordres militaires. Ces derniers sont pour l’essentiel constitués de vasallos astreints à un service armé en vertu des devoirs seigneuriaux qui les lient à l’institution à laquelle ils sont soumis au plan juridictionnel[38]. La plupart des fueros concédés par les ordres rappel­lent, à l’instar de celui d’Uclés, les modalités auxquelles doivent se plier les dépendants dans le cadre du fonsado, précisant parfois la nature de l’équi­pement que doivent entretenir les combattants[39]. L’importance de ces levées est très difficile à évaluer. Il semble qu’elles soient encore utilisées fréquemment au début du xive siècle, où plusieurs actes font état de la collaboration militaire des dépendants, parfois récompensée comme en 1320, lors de l’expédition du maître d’Alcántara contre Grenade, par l’octroi d’un privilège d’immunité[40]. D’autres éléments corroborent le prix que les maîtres attachent au service de leurs vasallos, qu’ils essayent de stimuler à la faveur d’exemptions fiscales[41], et le cas échéant de défendre contre les atteintes de la juridiction royale, également soucieuse de compter sur leur appui[42].

Quelle qu’ait été l’ampleur de la contribution militaire des dépendants des ordres militaires, ils ne pouvaient fournir les troupes spécialisées dont ces institutions avaient besoin pour accomplir leur mission efficacement. Il semble pour ce faire que, malgré les doutes exprimés par Alan Forey[43], se soit développé rapidement le recours à des soldats stipendiés. Rien n’indi­que assurément que les mercennarii, cités au début du xiiie siècle dans les statuts de Calatrava, aient satisfait un usage militaire[44]. Mais, dans les décennies suivantes, plusieurs indices attestent l’existence de mercenaires parmi les contingents des ordres militaires. Les premières mentions se réfè­rent à des troupes spécialisées, en priorité à des arbalétriers[45], dont certains, impliqués en 1242 dans une échauffourée avec des gens de l’archevêque de Tolède, sont musulmans[46]. Passé le milieu du xiiie siècle, le recours au mercenariat semble s’être imposé, malgré les protestations récurrentes des chapitres généraux, comme une pratique fréquente des ordres militaires, qui leur permettait de recruter les piétons formant au combat le gros de leurs compagnies[47], comme les alcaides, chargés de la défense des châteaux, dont une part importante est extérieure à l’institution[48].

L’atout de l’expérience

Plus que dans l’ampleur de leurs effectifs, la valeur des ordres mili­taires réside dans leur expérience de la lutte contre les musulmans. Le fait a été souligné par la plupart des historiens qui se sont intéressés à la dimen­sion guerrière de leur mission dans la Péninsule ibérique, sans qu’il ait toutefois rencontré un même intérêt que pour la Terre sainte[49]. Le prix attaché au concours des ordres militaires découle en premier lieu de leur réputation de spécialistes du combat. Cette qualité me semble d’autant plus essentielle au milieu du xiiie siècle que le traité militaire, formant le noyau du Libro de los doze sabios[50], insiste sur la nécessité pour le roi de disposer de troupes aguerries dont la qualité prime sur le nombre[51]. En cela, l’œuvre se fait l’écho d’un sentiment largement répandu[52]. Il a été suggéré tout récemment qu’elle aurait été composée à la requête de Santiago pour l’instruction d’Alphonse X[53]. En l’absence d’éléments de preuve, ce lien demeure à l’état d’hypothèse. Pour autant, l’accent placé dans le traité sur les corps spécialisés résonne comme un éloge des ordres militaires, quali­fiés dans les chroniques de caballeros escogidos[54].

À plusieurs reprises, les membres de ces institutions sont dépeints comme sabidores de guerra[55]. L’étendue de leur savoir militaire est la raison de leur présence systématique aux assemblées dans lesquelles sont débattues à l’initiative du souverain les décisions stratégiques et tactiques à mettre en œuvre dans le cadre de la lutte contre l’Islam. L’importance du conseil de Pelayo Pérez Correa lors des dernières campagnes andalouses de Ferdinand III a été soulignée à l’envi[56]. Le récit élaboré par la Primera Crónica General accorde au maître une influence décisive sur le futur Alphonse X, qu’il assiste dans la conquête du royaume de Murcie[57], comme sur son père qu’il décide à entreprendre sans plus attendre les sièges de Jaén et de Séville, obtenant même dans ce dernier cas que son avis prévale contre celui de la majorité[58]. Le cas de Pelayo Pérez Correa est assurément singulier dans la mesure où aucun autre maître n’a pesé dans les choix stratégiques avec une telle force. Tous furent cependant étroite­ment associés aux décisions de la monarchie depuis que Ferdinand III, lors de la curia de Carrión en 1224, a décidé de reprendre l’offensive contre l’Islam[59], jusqu’à ce qu’Alphonse XI, par la victoire de Tarifa, mette le royaume à l’abri des invasions marocaines, concluant près d’un siècle de luttes pour le contrôle du Détroit[60].

Les sollicitations adressées par le pouvoir royal aux ordres militaires ne se limitent pas à leur demander conseil. Il leur revient en effet de pren­dre une part active à la politique africaine mise en place par Alphonse X au début de son règne[61]. Dans un contexte où la mer s’impose comme une nouvelle frontière, essentielle à la sécurité des régions méridionales du royaume, il me semble révélateur de l’estime portée par le roi aux ordres militaires qu’ils soient les premières forces impliquées dans un projet de défense navale cohérent. Le fait a été décrit à plusieurs reprises[62]. Dès 1253, l’effort pour obtenir de Santiago l’armement d’une galère, qui servi­rait trois mois par an avec un équipage de deux cents hommes[63], témoigne d’un dessein monarchique consacré, deux décennies plus tard, par la fonda­tion de l’Ordre de Santa María de España, dédié exclusivement aux fechos del mar[64]. L’échec du projet n’a pas mis fin à l’association des ordres militaires à la guerre maritime contre les Mérinides. Au xive siècle encore, Alphonse XI confie le commandement de la flotte au prieur de l’Hôpital Alfonso Ortíz Calderón[65], cherchant à utiliser au bénéfice du royaume l’expérience que le dignitaire a acquise lors de son séjour à Rhodes[66], où il fut mêlé selon toute vraisemblance à la lutte sur mer menée par l’Ordre contre les Turcs[67].

Appréciée par le pouvoir royal, l’expérience guerrière des ordres militaires provient de leur habitude du combat contre l’Islam acquise à la faveur d’un contact presque quotidien avec les musulmans. Comme Alan Forey l’a relevé, leur opposition n’interdit pas qu’une collaboration puisse se développer en des cas ponctuels comme, en 1225, lorsque des troupes de Santiago et de Calatrava aident le souverain maure de Baeza à s’emparer de plusieurs places de son rival sévillan[68]. Il semble que dans la Péninsule ibérique, comme en Palestine, les ordres militaires aient appris au contact des musulmans à contrer, voire à utiliser, leurs tactiques de combat[69]. Le meilleur exemple en est la pratique du al-karr wa-l-farr, connue en Castille sous le nom de torna fuye, qui consiste à provoquer une troupe ennemie, en règle générale supérieure en nombre, par une charge de cavaliers légers qui affectent de fuir soudainement afin d’attirer leurs poursuivants sur un terrain difficile où les attend le gros de l’armée placé en embuscade[70]. Fin tacticien, Juan Manuel décrit le stratagème comme l’arme la plus redou­table dont disposent les musulmans, lui attribuant la déroute essuyée en 1319 par les tuteurs du jeune Alphonse XI dans la Vega de Grenade[71].

Il n’est sans doute pas anodin que les ordres militaires, à en croire le récit du siège de Séville rapporté dans la Primera Crónica General, consti­tuent dans le camp castillan l’élément qui domine le mieux la tactique du torna fuye. Leurs supérieurs sont capables de déceler l’intention de l’enne­mi à l’instar du prieur de l’Hôpital, désireux de mettre fin à une poursuite trop facile, lorsque les piétons de sa compagnie le dépassent pour donner dans une embuscade, l’obligeant, afin de leur porter secours, à accepter le combat avec une troupe plus nombreuse[72]. Ils semblent même maîtriser le stratagème avec une aisance suffisante pour pouvoir le retour­ner contre les musulmans. Plusieurs embuscades mises en œuvre par les maîtres sont ainsi rapportées, à l’exemple de celle que conduit Pelayo Pérez Correa pour empêcher une opération de secours de ravitailler Aznalfa­rache[73], ou d’une autre réalisée, quelques jours plus tard, par le supérieur du Temple, Martín Núñez, pour s’opposer à une sortie des Sévillans[74].

Ces actions révèlent, par-delà l’anecdote, la capacité des ordres mili­taires à tirer le meilleur profit de l’utilisation de troupes équipées a la jineta. Plus que d’une nouvelle façon de monte, il s’agit là d’une manière distincte de penser l’usage tactique de la cavalerie[75]. Les ordres en ont bien compris le profond intérêt dans le contexte stratégique de la frontière nasride. Plusieurs documents en attestent, soit que les frères adoptent la nouvelle pratique de monte, soit qu’ils s’appuient, comme ce fut le cas le plus fréquent, sur des contingents de jinetes mercenaires, à l’instar de García López de Padilla, lors d’une expédition contre Andarax en 1309[76]. Il est rare que la chronique prête attention à de tels coups de main. L’entrée réalisée contre Grenade en 1342 par le commandeur santiaguiste de Segura de la Sierra, Fernán Ruiz de Tahuste, d’une durée de quatre jours, fait presque figure d’exception du fait qu’Alphonse XI, bloqué devant Algési­ras, en espère un affaiblissement déterminant de la position nasride[77]. En cela, le récit n’est guère représentatif du quotidien de la frontière, fait d’affrontements dans lesquels les ordres militaires jouent un rôle essentiel[78].

En Terre sainte, la valeur militaire reconnue aux ordres ressort à l’envi des missions de responsabilité qui leur sont confiées. Certaines charges, comme Alain Demurger l’a mis en évidence[79], leur incombent d’une façon systématique dont on ne saurait trouver de pendant absolu dans la Pénin­sule ibérique. Il semble cependant que ces institutions y ont été également associées à des fonctions requérant une compétence particulière. Plusieurs passages chronistiques les décrivent en charge de l’arrière ou de l’avant-garde de l’armée castillane auxquelles Juan Manuel recommande d’intégrer les troupes les plus aguerries[80]. C’est ainsi que les membres de Calatrava prennent part, en 1333, à la protection de l’avancée castillane vers Gibraltar[81], et que, sept ans plus tard, les santiaguistes ouvrent la charge, en compagnie de Juan Núñez de Lara, lors de la bataille décisive du Salado[82]. Il semblerait même, à en croire un accord passé entre la plupart des ordres militaires en 1224, que la conduite de l’arrière et de l’avant-garde  relève lors des campagnes de leur responsabilité ordinaire[83].

Si les sources narratives ne permettent pas de vérifier qu’une telle mission ait réellement pesé sur les ordres avec la régularité dont ils arguent, elles révèlent en revanche d’autres tâches auxquelles ils semblent avoir été associés de manière plus systématique. Ce sont en priorité des fonctions logistiques dont Alain Demurger a bien illustré pour la Palestine à la fois le caractère vital et le danger[84]. La principale a trait à la protection du bétail et, plus encore, des fourrageurs chargés de ramasser l’herbe qui lui est nécessaire. C’est au cours de l’une de ces expéditions, dont il protège le retour au camp, que le maître de Santiago Gonzalo Ruiz Girón est surpris, près du château de Moclín, par un contingent de cavaliers musulmans qui l’attire dans une embuscade où il trouve la mort en compa­gnie d’une cinquantaine de ses frères[85]. Les responsabilités logistiques confiées aux frères ne se limitent pas au ravitaillement. Ainsi, lors du siège d’Algésiras, tandis que la garde des moissons est dévolue aux supérieurs de Calatrava et d’Alcántara[86], le maître de Santiago reçoit d’Alphonse XI la tâche de surveiller les engins balistiques dressés contre les murs de la ville[87].

En plusieurs cas, des missions militaires de la plus haute importance sont confiées aux ordres militaires. L’exemple le plus connu en est la défense de l’Aljarafe, déléguée dès l’origine du siège de Séville à Pelayo Pérez Correa et à ses frères[88]. De la capacité du maître à mener à bien l’entreprise dépend en totalité le succès de l’assaut contre la ville. Situé sur la rive droite du Guadalquivir, sous la menace de la forteresse d’Aznalfa­rache, l’espace dévolu aux santiaguistes est essentiel pour achever le blocus de Séville en l’isolant de Niebla. Coupés du camp de Tablada, où stationne l’armée de Ferdinand III, installé sur l’autre rive, exposés à un double danger, les frères sont bien près de céder sous le nombre[89]. Il n’a tenu qu’à leur attitude héroïque que le siège de Séville puisse continuer et déboucher, un an plus tard, sur la reddition de la cité[90]. De telles actions d’éclat ne sont pas rares. Toutes n’ont pas été, loin de là, récompensées du même succès et plusieurs n’ont guère apporté aux frères que les palmes du martyre, à l’instar de l’opération de secours, prise en charge par Calatrava au siège de Gibraltar en 1333, pour ravitailler une île située de l’autre côté du Guadarranque[91].

Le gage de l’obéissance

L’expérience des ordres militaires, dans le cas de la Péninsule ibéri­que, se double d’une soumission aux directives du pouvoir royal qui expli­que en grande partie le prix attaché à leur contribution. On sait qu’ils n’ont jamais bénéficié en Espagne d’une indépendance similaire à celle dont ils jouissent en Palestine et en Baltique[92]. À diverses reprises, pourtant, les ordres ont été amenés à agir en marge de l’armée royale castillane comme au moment de la conquête de l’Estrémadure[93]. Il semble même que le pouvoir monarchique ait voulu encourager une telle initiative. Plusieurs concessions réalisées au bénéfice de ces institutions leur font don des forteresses qu’elles pourront enlever aux musulmans, accordant parfois de les leur remettre toutes[94], ou établissant au contraire celles qui leur seront abandonnées[95]. D’autres faveurs leur reconnaissent une participation dans le butin prélevé au cours des expéditions royales ou dans le prix de rachat des musulmans capturés par leurs soins, dont la moitié est laissée aux frères de Calatrava en vertu d’un privilège d’Alphonse VIII[96].

De telles mesures ne signifient pas que les membres des ordres mili­taires disposent d’une totale autonomie de combat. Ils ont certes coutume d’agir ensemble et de se prêter mutuellement assistance, comme l’attestent les accords successifs, appelés hermandades, qu’ils passent au cours de la première moitié du xiiie siècle[97]. Divers règlements cherchent ainsi à déve­lopper une unité d’action totale entre les frères d’un même Ordre comme entre les membres d’institutions différentes[98]. L’idée d’un front commun semble s’être largement imposée dans la mesure où, au début du xve siècle encore, l’abbé de Morimond rappelle aux frères de Calatrava la nécessité de combattre ensemble sous la bannière de l’Ordre[99]. Elle n’implique pas toutefois que les ordres disposent d’une spécificité au sein des armées chrétiennes comparable à celle qui est la leur en Terre sainte. S’ils combattent à l’ordinaire ensemble, ils sont soumis au cours de la bataille à un commandement militaire qui, à Las Navas de Tolosa ou au Salado, leur échappe pour être exercé par un proche du roi[100].

Les ordres militaires apparaissent ainsi tributaires d’un contrôle royal très étroit. Ils sont liés par nature au monarque qu’ils doivent servir en temps de paix et de guerre en vertu d’une obligation, magistralement étudiée par Hilda Grassotti[101], qui se reflète dans la plupart des donations dont ils font l’objet. Lorsqu’Alphonse IX remet la place d’Alcántara aux frères de Calatrava en 1217, il leur intime que semper guerram et pacem de ea quandocumque et quibuscumque mandavero faciatis[102]. Astreints à entrer en guerre à la requête du souverain, les ordres militaires doivent également respecter, au besoin malgré l’opposition du pape, les trêves conclues avec les musulmans[103]. Plusieurs plaintes des frères élevées à Rome témoignent de l’impossibilité de répliquer aux attaques adverses sans l’aval du roi[104]. Au milieu du xiiie siècle, la subordination de l’activité militaire des ordres à la volonté royale est un fait acquis dont se fait l’écho le projet de défense de l’Empire latin d’Orient, élaboré par Santiago en 1246, lorsqu’il impose aux frères, secundum quod consueverint in Yspania, de se plier aux décisions stratégiques de Baudoin II et de prendre en compte l’utilité de ses états au moment de lancer des chevauchées de leur propre chef[105].

Fidèles à la cause de la monarchie, les ordres militaires se distin­guent, aux dires de la plupart des auteurs, par une rapidité de mobilisation qui rend leur concours d’autant plus précieux. Alain Demurger a même relevé, sur la base du récit d’Olivier le Scholastique, l’existence en Terre sainte d’un bataillon d’intervention rapide composé de frères du Temple[106]. Aucune force comparable n’est attestée dans les chroniques de la Péninsule ibérique. Pour autant, la promptitude des ordres militaires à équiper leurs contingents constitue l’une de leurs qualités les plus estimées dans un contexte où le roi est presque entièrement démuni de troupes perma­nentes[107]. Le fait a été souligné par Alan Forey à partir du récit de l’offen­sive chrétienne de 1233 contre Burriana, fait par Jacques Ier d’Aragon[108]. À croire la chronique royale, aucun des nobles attendus à Teruel n’était présent au jour fixé pour la revue. Campant devant Murvie­dro, l’actuelle Sagonte, les maîtres des ordres militaires avaient alors déjà entrepris d’affronter les musulmans de Valence, comme ils le font savoir au roi, en sollicitant des renforts qui leur permettent de faire face à des troupes bien supérieures en nombre[109].

Un tel épisode est loin d’être une exception. À plusieurs reprises, en effet, les chroniques castillanes font état de l’intervention des ordres militaires dès l’instant où prend forme la campagne chrétienne. Le siège de Séville en offre sans conteste l’un des exemples les plus notables. Une fois Pelayo Pérez Correa établi sur la rive droite du Guadalquivir, dans le but d’isoler la ville de son environnement en fermant l’accès qui lui restait sur Niebla, Ferdinand III ordonne de creuser un fossé profond autour du camp de Tablada où il s’était récemment installé[110]. Par ce biais, il cherche à protéger son armée encore peu nombreuse des coups de main des assiégés en attendant qu’elle se renforce des milices urbaines dont très peu sont arrivées sur place[111]. Alors que le souverain ne dispose pas, un mois après le début du siège de Séville, de l’ensemble de ses troupes, les maîtres des ordres militaires se trouvent déjà à ses côtés, manifestant par là cette complète disponibilité qui fait leur force.

Il a été suggéré par Alan Forey que, passé les décennies centrales du xiiie siècle, un tel avantage tend à s’estomper[112]. Plusieurs éléments indui­sent selon moi à nuancer cet avis. À deux reprises, en 1285 et en 1333, lors des expéditions de secours lancées pour délivrer Jérez et Gibraltar, mena­cées tour à tour de tomber au pouvoir des Mérinides, les ordres militaires font partie des premières forces castillanes à répondre à l’appel du roi[113]. Dans le second cas, la coordination des opérations de frontière leur est même confiée, en étroite collaboration avec les nobles et les villes d’Anda­lousie, en attendant la venue d’Alphonse XI[114]. Il semble donc que les ordres n’aient rien perdu de leur rapidité à réagir. Pour l’Aragon, les registres de la chancellerie en livrent des preuves qui n’ont pas leur pareil en Castille faute de source similaire avant le règne des Rois Catholiques. En cas d’alerte sur la frontière, c’est à leurs supérieurs que le roi fait appel en premier lieu, à l’exemple d’Alphonse IV qui enjoint en juin 1334 au maître de Montesa de gagner Orihuela pour faire face à la menace grena­dine, avant de se raviser une semaine plus tard, lorsque cessent les bruits d’attaque contre Carthagène et Lorca, tout en lui signifiant de continuer à se tenir prêt[115].

Au même titre que leur rapidité à réagir, la continuité de service des ordres militaires représente pour le monarque un atout essentiel que n’offre aucune des forces qu’il peut mobiliser au titre de l’aide vassalique. Francisco García Fitz a bien montré, à la faveur du règne de Ferdinand III, l’inconvénient que suppose pour l’autorité royale la limitation temporelle du service de la noblesse comme des milices urbaines[116]. Les ordres militaires ne présentent pas pour leur part une telle limite. Ils sont, ainsi que l’a souligné Eloy Benito Ruano, “le lien entre une action et l’autre, l’élément qui donne sa continuité au mouvement entre la recrudescence intermittente de deux expéditions[117]. À ce titre, il n’est guère surprenant que les frères de Calatrava et de Santiago comptent parmi les contingents que Ferdinand III, à la fin de sa première année de campagne en Anda­lousie, laisse sur la frontière pour défendre les places conquises par les Castillans et tenter d’affaiblir le souverain musulman de Séville dans la perspective d’une reprise des hostilités au printemps suivant[118].

Une fois encore, le récit du siège de Séville, tel qu’il nous est rapporté par la Primera Crónica General, illustre bien l’avantage qu’offre pour le roi le service armé des ordres militaires, susceptibles d’être requis à discrétion. Pendant l’été 1248, alors que les opérations de siège durent depuis près d’un an, l’archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle est amené à quitter l’armée castillane. Il semble que la maladie ait joué dans cet abandon un rôle essentiel[119]. Il n’en reste pas moins que le départ conjoint de ses hommes, dont on sait qu’ils étaient arrivés récemment, incite à penser que le terme ordinaire de leur service, généralement fixé à quarante jours, était échu[120]. Le fait que Pelayo Pérez Correa soit dépêché avec vingt-cinq de ses frères pour prendre en charge le secteur du mur laissé sans protection me paraît particulièrement remarquable[121]. On a pu s’étonner du petit nombre de chevaliers qui l’accompagnent pour l’occa­sion[122]. Il convient toutefois de rappeler que la plupart des frères sont engagés au même moment, sur l’autre rive du Guadalquivir, dans le secteur de l’Aljarafe.

Pas plus que la promptitude à réagir des ordres militaires, la continuité de leur service ne paraît avoir faibli passé le milieu du xiiie siècle. Ils restent des outils à l’entière disposition du roi qui peut, à l’instar d’Alphonse IV d’Aragon, les commettre à sa place pour s’acquitter de sa promesse de participer en 1330 à l’offensive préparée par Alphonse XI contre le royaume de Grenade[123]. En Castille, leur disponibilité n’est pas moindre. Elle appert des différentes responsabilités confiées à leurs maîtres dans la protection de la frontière, notamment en qualité d’adelantados[124]. Au cours de l’hiver 1337, c’est même le système de défense tout entier qui est dévolu par le souverain à la surveillance du supérieur d’Alcántara, Gonzalo Martínez de Oviedo, auquel il ordonne que chacun obéisse comme à lui-même[125]. La gloire obtenue par le maître dans la lutte contre les Mérinides est enviable. Elle reflète, au-delà de la valeur d’un homme sur la louange duquel s’accordent les contemporains[126], la qualité d’institutions qui restent au milieu du xive siècle des garants essentiels du dispositif déployé par le royaume de Castille à ses frontières méridionales.

*
*     *

Le nombre ne saurait renseigner seul sur la valeur militaire des contin­gents rassemblés par les ordres militaires contre les musulmans[127]. Il ne fait pas de doutes qu’ils représentent une part réduite des armées castillanes réunies par le souverain. On pourrait en discuter la proportion exacte dans la mesure où les travaux les plus récents, attentifs en priorité aux frères, en ont à mon sens exagéré la faiblesse. Il est néanmoins plus intéressant d’en souligner la qualité et, à un degré encore supérieur, la constante disponi­bilité qui font de ces institutions fort longtemps après la conquête de Séville, au milieu du xiiie siècle, un instrument tout à fait essentiel dans l’entreprise monarchique de défense du royaume de Castille contre l’Islam.

 



[1]          L’archétype de cette tradition historiographique est représenté par le travail monu­mental de Claudio Sánchez-Albornoz, España, un enigma histórico, Barcelone, 2 vol., 1956.

[2]        Pareille position a été poussée récemment jusqu’à l’outrance par Josep Torró, “Pour en finir avec la “Reconquête”. L’occupation chrétienne d’al-Andalus, la soumis­sion et la disparition des populations musulmanes (XIIe-XIIIe siècles)”, Cahiers d’histoi­re. Revue d’histoire critique, 78 (2000), pp. 79-97, en particulier pp. 80-85 et 93.

[3]        Ainsi l’ont bien relevé les travaux récents de Pierre-Alexander Bronisch, Recon­quista und Heiliger Krieg. Die Deutung des Krieges im christlichen Spanien von den Westgoten bis ins frühe zwölfte Jahrhundert, Münster, 1998, ou encore de Thomas Des­warte, “La pensée politico-religieuse de la « Reconquête » dans le royaume d’Oviedo-León (viiie-xie siècles) : de la destruction à la restauration”, thèse de doctorat inédite, Paris, université de Paris-IV, 2000.

[4]          L’implantation des ordres dans la Péninsule ibérique a été magistralement étudiée par Alan Forey, The Miliary Orders from the Twelfth to the Early-Fourteenth Centuries, Londres, 1992, pp. 23-32.

[5]        Les plus grands spécialistes se sont faits l’écho de cette idée à l’image de Derek Lomax, “Algunos estatutos primitivos de la Orden de Calatrava”, Hispania, 21 (1961), p. 490, “Pedro López de Baeza. Dichos de los santos padres (siglo XIV)”, Miscelánea de Textos Medievales, 1 (1972), p. 156, ou “La historiografía de las Órdenes Militares en la Península Ibérica, 1100-1550”, Hidalguía, 23 (1975), p. 712. De ce point de vue, il est à mon sens significatif qu’il ait choisi 1275 comme terme de sa thèse de doctorat, La Orden de Santiago, 1170-1275, Madrid, 1965. Affirmée avec force, une telle opinion a largement influencé l’historiographie espagnole comme en attestent les travaux de Milagros Rivera Garretas, “Los ritos de iniciación en la Orden Militar de Santiago”, Anuario de Estudios Medievales, 12 (1982), p. 288, et La encomienda, el priorato y la villa de Uclés en la Edad Media (1174-1310). Formación de un señorío de la Orden de Santiago, Barcelone-Madrid, 1985, p. 4 : “El retardo de la actividad reconquistadora que motivaron las victorias de Fernando III en Andalucía pusó fin a la canalización hacia la frontera musulmana de la vocación guerrera de la Orden, vocación de recon­quista que le había dado razón de ser. Estas energías bélicas se canalizaron, desde fines del siglo XIII, hacia el interior del reino, es decir, hacia la lucha faccional y nobiliaria entre cristianos. Durante el siglo XIV, la Orden de Santiago dejó de ser una institución de frontera para convertirse en un grupo nobiliario de estatus dedicado fundamentalmente a la política de corte”.

[6]        Réviser pareille opinion a très largement inspiré ma démarche durant mes années de doctorat. Je me permets donc de renvoyer au travail qui en est issu et dont les pages suivantes sont pour une large part extraites. Philippe Josserand, “Église et pouvoir dans la Péninsule ibérique. Les ordres militaires dans le royaume de Castille (1252-1369)”, Thèse de doctorat inédite, Nantes, 3 vol., 2000, notamment I, pp. 277-300, à paraître dans la collection de la Casa de Velázquez.

[7]        A. Demurger, “Templiers et Hospitaliers dans les combats de Terre sainte”, dans Le combattant au Moyen Âge, (éd. M. Balard), Paris, 1991, p. 79.

[8]           Ainsi l’a illustré Martín Alvira Cabrer, “La muerte del enemigo en el Pleno Medievo : cifras e ideología (el modelo de Las Navas de Tolosa)”, Hispania, 55 (1995), pp. 403-423.

[9]        Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1072, p. 747.

[10]         Ibid., II, chap. 1081, pp. 750-751 : “don Pelay Correa maestre de la orden de Ucles, con su caualleria, que eran entre freyres et seglares dozientos et ochenta caual­leros, fue pasar el rio et paso allende de la otra parte so Eznalfarax, a gran peligro de si et de los que con el eran”.

[11]         G. Argote de Molina, Nobleza de Andaluzía, Séville, 1588, rééd. Jaén, 1957, p. 237 : “por ser una de las mayores fuerzas en toda la frontera, y en quien los reyes de Granada tenían puestos los ojos, como hoy los tienen los enemigos de la santa fe en los caballeros de la isla de Malta”.

[12]         A. Beaumier, Roudh El-Kartas. Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, Paris, 1860, p. 319, n° 1 : “L’auteur entend parler ici des chevaliers des ordres religieux de Calatrava, de Saint-Jacques et de Saint-Julien, qui composaient en grande partie la cavalerie d’Alphonse à la bataille d’Alarcos”.

[13]       A. Forey, “The Military Orders and the Spanish Reconquest in the Twelfth and Thirteenth Centuries”, Traditio, 40 (1984), pp. 226-227, reproduit dans Id., Military Orders and Crusades, Aldershot, 1994, V. Une vision générale utile du rôle dévolu aux ordres militaires dans la défense des États croisés est offerte par A. Demurger, op. cit., pp. 79-81, et Christopher Marshall, Warfare in the Latin East, 1192-1291, Cambridge, 1994, pp. 56-67.

[14]       C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, pp. 155-161.

[15]       C. de Ayala Martínez, “La escisión de los santiaguistas portugueses : algunas notas sobre los establecimientos de 1327”, Historia. Instituciones. Documentos, 24 (1997), pp. 57-60.

[16]       C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, pp. 158-161.

[17]       Ainsi, pour l’Hôpital, Carlos Barquero Goñi, “Los Hospitalarios en el reino de León (siglos XII-XIII)”, dans El reino de León en la Alta Edad Media, León, IX, 1997, p. 408, fait mention d’un nombre de frères supérieur par commanderie.

[18]         Crónica del rey don Alfonso décimo, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de los Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 74, p. 58 : “murieron y todos los más de los frailes de la orden de Santiago”. Le chiffre exact des pertes santiaguistes est connu à travers la mention de l’obituaire d’Uclés. Il s’élève à cinquante-cinq frères, en plus du maître Gonzalo Ruiz Girón, selon la transcription faite par Morales dans la seconde moitié du xvie siècle, publiée deux cents ans plus tard dans Opúsculos castellanos de Ambrosio de Morales, (éd. F. Valerio Cifuentes), Madrid, II, 1793, p. 25. Si l’on accepte la chronique royale dans le sens où la prennent A. Forey, op. cit., p. 226, C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 157, ou Manuel González Jiménez, “El final de la expan­sión : las Órdenes Militares en Andalucía (1225-1350)”, dans Las Órdenes Militares en la Península Ibérica. I. Edad Media, (éds. R. Izquierdo Benito et F. Ruiz Gómez), Cuenca, 2000, p. 623, il ne fait alors aucun doute que les chevaliers santiaguistes étaient moins d’une centaine à prendre part au combat. Il me semble cependant possible d’interpréter ce passage de façon distincte, non plus comme la preuve que moururent à Moclín la plupart des santiaguistes, mais comme l’indice que les principaux dignitaires de l’Ordre y perdirent la vie. Cette lecture me semble corroborée par le récit postérieur de Francisco de Rades y Andrada, Chrónica de las Órdenes de cavallerías de Sanc­tiago, Calatrava y Alcántara, Tolède, 1572, rééd. D. Lomax, Barcelone, 1976, I, fol. 35v. : “en su tiempo fueron muchos de los trezes y comendadores referidos en el capitulo ante deste y todos murieron en la refriega donde su maestre fue herido de muerte”.

[19]       Ainsi, la même expression est employée par F. de Rades y Andrada, op. cit., II, fol. 50r., à l’occasion de la défaite du maître García López de Padilla à Baena en 1325 : “murieron en ella los mas de los freyles caualleros de esta Orden y otros muchos seglares”.

[20]       Archivo de la Corona de Aragón (ACA), Cart. Reales, Jaime II, doc. 1351, publ. Juan Torres Fontes, Documentos del siglo XIII, Murcie, 1969, (Colección de Docu­mentos para la Historia de Murcia, 2), pp. 151-152, doc. 147, et Régina Sáinz de la Maza Lasoli, La Orden de Santiago en la Corona de Aragón. La encomienda de Motalbán (1210-1327), Saragosse, 1980, pp. 334-335, doc. 142 : “Et sennor, sea la vuestra merced mandadnos dar et enparar todo lo nuestro, ca mill cavalleros freyres et fijosdalgo qui son en nuestra Orden para cada día fueron fechos a serviçio de Dios et de los reyes et a defendimiento de la christiandad si viesen perder las alimosnas que les fizieron los reyes onde vos venides et do ellos an a guaresçer non podia ser que non punnasen en las defender”.

[21]         C. de Ayala Martínez, “Las órdenes militares en la conquista de Sevilla”, dans Sevilla 1248. Congreso conmemorativo del 750 Aniversario de la conquista de la ciudad de Sevilla por Fernando III, rey de Castilla y León, (éd. M. González Jiménez), Madrid, 2000, p. 175.

[22]         Cette différence a été bien relevée par Miguel Ángel Ladero Quesada, “La organi­zación militar de la Corona de Castilla durante los siglos XIV y XV”, dans Id., La incorporación de Granada a la Corona de Castilla, Grenade, 1993, p. 212.

[23]         M. González Jiménez (éd.), Diplomatorio andaluz de Alfonso X, Séville, 1991, pp. 47-48 et 93-95, docs. 50 et 90. Les deux documents, à peu de différences près, reprennent cette même formule : “E mando que por este heredamiento que vos yo do, que me tengades un ome guisado de cavallo e de armas e de fuste e de fierra pora sienpre en Sevilla”.

[24]         Ainsi, pour Santiago, les statuts édictés à León en 1266 prévoient d’affecter la moitié des revenus prélevés au titre des montazgos à l’achat de cottes de mailles. Biblioteca Nacional de Madrid (BNM), Ms. 8582, fol. 63r., publ. Ph. Josserand, op. cit., III, p. 713.

[25]         BNM, Ms. 1187, fol. 2r. Récemment, la miniature a été reproduite en couverture de l’édition de la thèse de doctorat de Francisco García Fitz, Castilla y León frente al Islam. Estrategías de expansión y tácticas militares (siglos XI-XIII), Séville, 1998.

[26]         Pour l’Hôpital, C. Barquero Goñi, op. cit., p. 408, en a relevé une unique occur­rence dans la documentation des xiie et xiiie siècle dans un acte de 1293, établissant qu’un clerc ou bien un sergent devra à l’avenir être nommé à la tête de la baylie de Puente Fitero. Archivo Histórico Nacional (AHN), Órdenes Militares (OM), carpeta 575, doc. 39.

[27]         C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de Historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, p. 162.

[28]         Ainsi l’a bien relevé C. de Ayala Martínez, “The Sergents of the Military Order of Santiago”, dans The Military Orders. Warfare and Welfare, (éd. H. Nicholson), Aldershot, 1998, p. 227, au prix d’une révision de sa position précedente : “the profile remains obscured of an institution that was certainly more important that the poor documental trail allows us to trace”.

[29]         Yuval Harari, “The Military Role of the Frankish Turcopoles : a Reassessment”, Mediterranean Historical Review, 12.1 (1997), pp. 75-116.

[30]         BNM, Ms. 8582, fol. 47r-v., publ. Ph. Josserand, op. cit., III, p. 719. Les dispo­sitions prises par les statuts de Santiago prévoient un rapport de un à dix pour le maître, de un à six pour les grands commandeurs, de un à trois pour les prieurs et de un à un pour les commandeurs. Elles utilisent pour désigner les sergents l’expression d’escu­deros de cavallo, voire dans l’article consacré aux commandeurs celle d’omes de caval­lo dont C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 229, a justement fait valoir qu’elles recou­vraient une même réalité.

[31]         Il est possible de retenir à titre d’exemple la réaction qu’a opposée le prieur de l’Hôpital à l’attaque perpétrée par les musulmans de Séville contre le camp de Tablada au début de 1248. Dans la riposte se sont illustrés plusieurs sergents hospitaliers. Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chaps. 1098-1099, pp. 757-758.

[32]         C. de Ayala Martínez, op. cit., pp. 229-230, et C. Marshall, op. cit., p. 57.

[33]         En attestent deux actes publiés dans I. J. Ortega y Cotes, J. Álvarez de Baquedano et P. de Ortega-Zúñiga Aranda (éds.), Bullarium Ordinis militiæ de Calatrava (BC), Madrid, 1761, rééd. D. Lomax, Barcelone, 1981, pp. 55-57 et A. Aguado de Córdoba, A. Alemán y Rosales et J. López Agurleta (éds.), Bullarium equestris Ordinis sancti Iacobi de Spata (BS), Madrid, 1719, pp. 181-182, rapportés par F. García Fitz, “Las huestes de Fernando III”, Archivo Hispalense, 76 (1994), p. 171.

[34]         AHN, Sellos, caja 18, doc. 3, publ. Antonio Benavides, Memorias de don Fernando IV de Castilla, Madrid, II, 1860, p. 515, doc. 348 : “É para bastecer é mantener los castiellos de la frontera los apostoligos de Roma dieron sus cartas […] en que otorgan é dan perdon de todos los pecados, asi como aquellos que van á socorrer é visitar la santa tierra de Jerusalen, á todos aquellos que van con el maestre o con los freyres de la cavalleria de Santiago á la frontera, é á aquellos que embian omes lidiadores, é á aquellos que son embiados por espensas agenas, é á aquellos que embiaren é dieren sus averes é ayuda convenible de los bienes que les Dios diere”.

[35]         Ainsi l’a montré Giuseppe Ligato, “Fra Ordini Cavallereschi e Crociata : milites ad terminum et confraternitates armate”, dans “Militia Christi e Crociata nei secoli XI-XIII. Atti della undecima settimana internazionale di studio de Mendola, Milan, 1992, pp. 645-697, en particulier pp. 665-668.

[36]         La présence de laïcs combattant avec les frères est ainsi rapportée pour Calatrava par Rodericus Ximenii de Rada, Historia de rebus Hispanie, (éd. J. Fernández Val­verde), Turnhout, 1987, livre VIII, chap. 14, p. 278, comme par Pedro Marín, “Los milagros romanzados de como sacaba Santo Domingo los captivos de captividad”, dans Vida y milagros de el thaumaturgo español, Moysés segundo, redemptor de cautivos, abogado de los felices partos, sto. Domingo Manso, abad benedictino, reparador del real monasterio de Silos, (éd. S. de Vergara), Madrid, 1736, pp. 136-137. Il n’est pas exclu que des chroniques étrangères à la Péninsule y fassent allusion. Il semble en effet que l’on puisse assimiler à ces volontaires les socios des frères de Calatrava dont Aubry de Trois-Fontaines rapporte la participation au siège de la ville de Cordoue en 1236. Alberici monachi Triumfontium Chronicon, (éd. P. Scheffer-Boichorst), dans Monu­menta Germaniæ Historica, Hanovre, 23, 1874, p. 939.

[37]         En fait état une lettre écrite à la suite de la prise d’Alcaudete par le sultan nasride Muammad II en 1300, publiée par Melchor Martínez Antuña, “Conquista de Quesada y de Alcaudete por Mohámed de Granada”, Religión y Cultura, 20 (1932), p. 389. Ibn al-Jatib, al-Lamha al-badriyya fi l-dawla al-nasriyya, (éd. J. M. Casciaro Ramírez et E. Molina López), Grenade, 1998, p. 50, se réfère à la défense des habitants d’Alcaudete sans qu’il soit possible à partir de son récit d’identifier si des volontaires aident les frères pour l’occasion.

[38]         Le fait a été souligné par F. García Fitz, op. cit., pp. 170-171, et C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, pp. 164-165.

[39]         M. Rivera Garretas, op. cit., p. 451, doc. 236 : “toto cavallero que in villa moraret et casa populata tenuerit cum mulier et filios et cavallo de sela tenuerit sine albarda et que lanca azulada et scuto et espada et espuelas habuerit, siat escusado de pecto”.

[40]         Jacinto Arias de Quintanadueñas, Antigüedades y santos de la muy noble villa de Alcántara, Madrid, 1664, fols. 137v-138r., se réfère à un privilège, aujourd’hui perdu, concédé par le maître Suero Pérez aux habitants d’Alcántara, à titre de récompense pour leurs services contre les maures, afin qu’ils ne puissent plus être emprisonnés sinon pour une dette avérée. Six ans plus tôt, le maître de Calatrava Garcí López de Padilla avait mené contre Grenade une offensive similaire “con pieza de sus vasallos”. AHN, OM, Libro 1345, fols. 110r-112r.

[41]         Ainsi le maître de Santiago, Pedro Núñez, a concédé en 1281 une franchise aux cavaliers d’Ocaña “por que el concejo de Ocanna nos mostraren que los caualleros dende non avien las ffranquiçias e las libertades asi como los otros de Estremadura et que por esta razon non nos podien seruir en ffecho de las huestes con tan bonos cauallos e con tantas armas como nos seruirien si las ovieren”. AHN, OM, carp. 243, vol. I, doc. 18. Un tel cas n’est pas une exception. Des exemptions similaires ont été mises en évidence pour l’Hôpital et Alcántara par C. Barquero Goñi, “Algunos datos sobre la Orden del Hospital en Andalucía (1235-1352)”, dans Actas del II Congreso de Historia de Andalucía. Historia Medieval, Cordoue, II, 1994, pp. 40-41, et Feliciano Novoa Portela, “El proceso de señorialización concejil en el abadengo de la Orden de Alcántara”, dans Actas del III Curso de Cultura Medieval. Repoblación y reconquista, Aguilar de Campoo, 1994, pp. 204-205.

[42]         AHN, OM, Libro 1344, fol. 244r-v. En 1300, Alfonso Díaz, sous-commandeur d’Alcañiz, et Vicente Pérez, procureur du maître, protestent au nom du maître de Calatrava contre la mobilisation ordonnée par Jacques II des vecinos d’Alcañiz dans l’offensive contre Teruel : “dixieron en nombre e en raçon de la dicha orden que non consentian como fuese la dicha huest en preiudicio e en menguamiento de la señoria de la dicha orden e en cara contra toda igualdad de raçon et asi incontinent protestaron en nombre e en raçon del dicho señor maestre e de la dicha orden que non consentian en el mandamiento del señor rey ni en la yda que facian los omes de Alcañiz e de sus aldeyas en la dicha huest”.

[43]         A. Forey, op. cit., p. 221, argue pour la Péninsule ibérique, à la différence de la Terre sainte, du défaut de toute référence à des mercenaires dans la documentation des ordres militaires pour les xiie et xiiie siècle. L’affirmation a été corrigée par C. de Ayala Martínez, op. cit., pp. 163-164.

[44]         La mention se trouve dans les plus anciens statuts de l’Ordre publiés par D. Lomax, “Algunos estatutos primitivos de la Orden de Calatrava”, Hispania, 21 (1961), p. 493 : “Similiter propter infamiam deuitandam consulimus ut magister et seniores in commune decernant et prouideant unde mercede mercennariorum suorum quam eis soluere tenentur habere ualeant”. Le texte ne précise pas la nature de l’emploi de ces mercennarii. Il apparaît dès lors téméraire, comme l’a justement relevé A. Forey, op. cit., p. 221, n° 141, de leur attribuer un rôle militaire. Il me semble donc impossible de suivre sur ce point de l’avis de D. Lomax, op. cit., p. 490, en dépit de l’appui que lui a récemment apporté C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 163.

[45]         AHN, OM, carp. 91, doc. 2, publ. Eloy Benito Ruano, “Balduino II de Constanti­nopla y la Orden de Santiago. Un proyecto de defensa del Imperio latino de Oriente”, Hispania, 12 (1952), pp. 30-34, doc. 3, reproduit dans Id., Estudios Santiaguistas, León, 1978, pp. 54-59, doc. 3. À cette occasion, deux cents arbalétriers font partie du contingent que le supérieur de Santiago, Pelayo Pérez Correa, fait le serment de mettre à la disposition de l’Empereur pour l’aider à affronter ses ennemis. Le chiffre me semble mériter d’être souligné bien que le projet n’ait pu être conduit à son terme.

[46]         AHN, Clero, carp. 3020, doc. 8, publ. M. Rivera Garretas, op. cit., pp. 387-390, doc. 183. Le texte reproduit la déposition du procureur de Rodrigo Jiménez de Rada devant les juges apostoliques chargés du différend : “Et ipsa vero meta invenimus fratres Uclenses qui suam aciem posuerunt contra nos et nostros […] Alioquin nos et alios ingredientes, cum lanceis, lancearent et lanceis nostra latera perforarent, preterea coquinas quas premiseramus ad parandum nobis prandium eiecerint per violenciam extra metas. Insuper, quod est peius, sarracenos ad interficiendum nos irreverenter et inhumaniter induxerunt, prout nobis a pluribus fidedignis qui eos viderant est relatum, et iam balistas suas ad sagitandum contra nos armaverant sarraceni” (p. 389). Il est intéressant de relever que l’usage de soldats musulmans dans les troupes de l’Ordre a été considéré comme normal par Antonio Yelo Templado, “Los vasallos mudéjares de la Orden de Santiago en el reino de Murcia (siglos XIV-XV)”, Anuario de Estudios Medievales, 11 (1981), p. 451.

[47]         Il ressort ainsi que les omes de pie, dont les définitions santiaguistes de 1274 font obligation à chaque dignitaire de s’entourer pour aller au combat, sont selon toute vraisemblance des mercenaires à la différence des escuderos de cauallo dont nous avons vu l’appartenance à l’Ordre. Dans aucun article, il n’est en effet prévu qu’ils puissent être des frères de l’institution. BNM, Ms. 8582, fol. 47r-v., publ. Ph. Josserand, op. cit., III, p. 719.

[48]         Un extrait des comptes de Pelayo Pérez Correa avec ses banquiers juifs se réfère en 1272 de façon explicite aux soldes versées au nom du maître à certains alcaides. BS, pp. 212-213 : “quanto pagastes de las soldatas de los alcaydes deste año”. Il semble que cette pratique de confier les forteresses de Santiago à des personnes extérieures à l’institution était fréquente si l’on en juge par les protestations élevées en chapitre. En témoignent les statuts de 1251 (BNM, Ms. 8582, fol. 58v.), de 1274 (BNM, Ms. 8582, fol. 46r.) et de 1310 (BS, p. 262), qui, pour ces derniers, prescrivent “que en Estepa é en todas las otras encomiendas que pongamos freire por comendador é non por alcaide é non pongamos seglar ninguno”. Les deux premiers ont été publiés par Ph. Josserand, op. cit., III, p. 702 et 717. Pareille coutume est tout aussi courante à l’intérieur de l’Hôpital. Mise en évidence pour le Bas Moyen Âge par C. Barquero Goñi, “Los castillos de la Orden Militar del Hospital en la Corona de Castilla durante la Edad Media (siglos XII-XV)”, dans Mil anos de fortificações na Península Ibérica e no Magreb (500-1500). Actas do simpósio internacional sobre castelos, (éd. I. Ferreira Fernandes), Lisbonne, 2001, p. 902, et Los caballeros hospitalarios durante la Edad Media en España, Burgos, 2003, p. 153, elle est attestée depuis le début du xive siècle au moins comme le révèle un acte publié par Juan Miguel Mendoza Garrido et Luisa Navarro de la Torre, “Unas ordenanzas sobre Alcázar de San Juan a comienzos del siglo XIV”, Cuadernos de Estudios Manchegos, 21 (1991), p. 190.

[49]         L’apport qualitatif des ordres militaires a ainsi été mis en relief par A. Forey, op. cit., p. 127, F. García Fitz, op. cit., p. 169, et C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 166. Aucun de ces auteurs ne lui consacre néanmoins de développements aussi circonstan­ciés que ceux dédiés par A. Demurger, op. cit., pp. 84-92, aux Templiers et aux Hospitaliers de Terre sainte.

[50]         L’œuvre a été étudiée dans sa composition par Hugo Óscar Bizzarri, “La idea de Reconquista en el Libro de los doze sabios”, Revista de Filología Española, 76 (1996), pp. 20-21.

[51]         Libro de los doze sabios o Tractado de la nobleza y lealtad, (éd. John Walsh), Madrid, 1975, chap. 29, pp. 100-101 : “E por ende cunple a la tu merçed de levar contigo los que entendieres que son tuyos e deséante bien e ámante e aman tu onrra. E de los otros mançebos e valientes omnes que desean alcançar onrra e que presumen de sy de la ganar por sus manos, e su codiçia e deseo es fazer fazañas e buenas obras, e detos tales tienes tantos e sábelos buscar, que non dudo que con çinco mill dellos non dieses batalla a todo el mundo en un dia […] Que Jullio Çésar, e Alexandre, e Ponpeo, e Aníbal, e los otros conquistadores con esto fezieron tan grandes fechos por tener gentes que curavan de las onrras e de las fazañas, e aborreçían los tesoros, e vençian con çinco mill fasta veynte mill”.

[52]         L’idée qu’un petit groupe d’hommes vaillants peut s’imposer à une troupe supérieure en nombre est alors fréquente ainsi que l’a bien montré John Walsh, à partir d’exemples tirés du Libro de Alexandre et du Libro del caballero Zifar, dans son édition du Libro de los doze sabios o Tractado de la nobleza y lealtad, p. 101, n° 2.

[53]         H. Bizzarri, op. cit., pp. 27-28.

[54]         Ainsi notamment dans la Crónica del rey don Sancho, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 2, p. 71.

[55]         La formule est notamment utilisée dans la Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1071, p. 747.

[56]         Souligné en son temps par D. Lomax, La Orden de Santiago (1170-1275), Madrid, 1965, p. 14, le fait a été récemment repris par F. García Fitz, op. cit., p. 169, et par C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 149.

[57]         La conquête de Mula passe ainsi dans la Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1065, p. 744, pour avoir été réalisée par l’infant Alphonse “con conseio et con abiuamiento del maestre don Pelay Correa que punno en lo abiuar en este fecho”.

[58]         Ibid., II, chap. 1071, p. 747 : “Mas el maestre de Ucles, don Pelay Correa, et caualleros buenos que auie con el rey sabidores de guerra conseiaronle que fuese çercar Seuilla […] E muchos de los otros que meior era de la correr et de la taiar ante algunas vezes […] Mas el maestre et algunos caualleros que y auia porfiaron con el rey don Fernando deziendol que el tiempo que pornia en corrimientos et en entradas et la costa que farie en çercar los logares, que meior era ponerlo todo en estando sobrella […] que meior era de lo acabar todo por un afan et por un tienpo […] et a este conseio se acordo el rey don Fernando et todos los otros que con el eran en aquel conseio”.

[59]         Crónica latina de los reyes de Castilla, (éd. M. D. Cabanes Pecourt), Valence, 1964, p. 82 : “Nec mora commendator Uclensis mittitur ad archiepiscopum Tolletanum et magistrum de Calatrava, qui erant ultra serram, ut omni mora et excusatione postponita personaliter ad regem Carrionem accederent, ubi rex erat celebratum curiam super hoc facto”.

[60]         À plusieurs reprises, les maîtres des ordres militaires apparaissent dans la chronique associés au conseil du roi. Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 255, p. 260, et chap. 286, pp. 349-350.

[61]         Charles-Emmanuel Dufourcq, “Un projet castillan du xiiie siècle : la « Croisade d’Afrique »”, Revue d’histoire et de civilisation du Maghreb, 1 (1966), pp. 26-51.

[62]         C. de Ayala Martínez, “Las Órdenes Militares castellano-leonesas y la acción de frontera en el siglo XIII”, dans Identidad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XIV), (éds. C. de Ayala Martínez, P. Buresi et Ph. Josserand), Madrid, 2001, pp. 140-141, en a récemment proposé une vision d’ensemble que prolonge l’étude de Ph. Josserand, “Las Órdenes Militares y el mar en el contexto de la batalla del Estrecho”, dans Terceras Jornadas Rubicenses, (éd. O. Brito González), colloque tenu à Yaiza (Lanzarote) en mai 2002, à paraître.

[63]         Julio González González, Repartimiento de Sevilla, Madrid, II, 1953, pp. 172-174, repris par M. González Jiménez (éd.), op. cit., pp. 33-34, doc. 37.

[64]          L’expression est empruntée à un cahier des Cortes de Zamora de 1274, publié dans les Cortes de los antiguos reinos de Castilla y de León, Madrid, I, 1861, p. 94. L’Ordre, fondé en 1272, a fait l’objet d’une remarquable étude de synthèse de J. Torres Fontes, “La Orden de Santa María en España”, Anuario de Estudios Medievales, 11 (1981), pp. 795-821.

[65]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 213, p. 309, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 285, p. 326 : “ayunto quinze galeras e doze naos. Et enbio por gentes para que entrassen en aquellas galeas et en aquellas naos, e fablo con fray Alfonso Ortiz Calderon prior de Sant Joan para que fuesse en ellas por mayoral”. Rien n’atteste toutefois dans le récit le titre d’amiral que lui attribue César Fernández Duro, La marina de Castilla desde su origen y pugna con la de Inglaterra hasta la refundición en la Armada española, Madrid, 1894, pp. 333-334.

[66]         Lors de sa nomination par le maître Hélion de Villeneuve comme prieur en 1335, Alfonso Ortíz Calderón séjournait, selon la chronique royale, à Rhodes. Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 119, p. 252 et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 140, p. 53. En attestent plusieurs documents des archives centrales de l’Hôpital conservées aujourd’hui à Malte. Bibljoteca Nazzjonali, La Vallette, Registri delle Bolle di Cancilleria, vol. 280, fols. 28v. et 33v.

[67]         Plusieurs auteurs ont souligné le développement des activités maritimes de l’Hôpital à partir de la fin du XIIIe siècle, dont atteste la création de la charge d’amiral de l’Ordre en 1299, relevée par Jonathan Riley-Smith, The Knights of St. John in Jerusalem and Cyprus, 1050-1310, Londres, 1967, p. 330, et Anthony Luttrell, “The servitudo marina at Rhodes, 1306-1462”, Serta Neograeca, 10 (1975), p. 50, repris dans Id., The Hospitallers in Cyprus, Rhodes, Greece and the West, 1291-1440, Londres, 1978, IV. L’ultime mise au point en la matière a été rédigée par A. Luttrell, “The Earliest Documents on the Hospitaller Corso at Rhodes : 1413 and 1416”, Mediter­ranean Historical Review, 10.2 (1995), pp. 177-188, repris dans Id., The Hospitaller State on Rhodes and its Western Provinces, 1306-1462, Aldershot, 1999, VIII.

[68]         A. Forey, op. cit., p. 227. L’exemple est rapporté par la Crónica latina de los reyes de Castilla, (éd. M. D. Cabanes Pecourt), Valence, 1964, pp. 86-87 : “Remansit preterea tunc temporis in frontaria illa magister et fratres Calatravensis et comendator et fratres Uclensis et quidam alii nobiles qui omnes dampna multa inferebant sarracenis cum rege Biacie cum iam multi milites qui dicuntur alaraves adherebant”.

[69]         Il semble que les historiens militaires aient accordé une importance exagérée à la tactique fondée sur l’effet de choc de la cavalerie lourde au point de la considérer parfois comme exclusive, à l’instar de J. F. Verbruggen, De krijgskunst in West-Europa in de Middeleeuwen (IXe tot begin XIVe eeuw), Bruxelles, 1954, et Claude Gaier, “La valeur militaire des Templiers”, dans Armes et combats dans l’univers médiéval, Bruxelles, 1995, p. 53. En Terre sainte, cette posture classique a été critiquée par John France, Victory in the East. A Military History of the First Crusade, Cambridge, 1994.

[70]         Une description de cette tactique a été réalisée par Jaime Oliver Asin, “Origen árabe de rebato, arrobda y sus homónimos”, Boletín de la Real Academia Española, 15 (1928), pp. 375-377, et reprise par Francisco Franco Sánchez, Vías y defensas andalusíes en la Meseta oriental, Alicante, 1995, p. 109.

[71]         Juan Manuel, Libro de los Estados, (éds. I. Macpherson et B. Tate), Madrid, 1991, chap. 77, pp. 228-229 : “Et sobre todas las cosas del mundo, deven guardar los christianos que non dexen nongunos de los suyos andar con ellos a un trebejo que ellos fazen de tornafuy, ca bien cred que quantos a este trebejo se meten con los moros, que son en ellos en grant peligro, et meten a todos los otros a lugar de ser muertos o desbaratados. Et commo quier que esto deven guardar qualesquier christianos, mucho más los que andan armados commo cavalleros. ca si quiera oí dezir que una de las cosas que más enpesçió quando en la Bega murieron el infante don Johan et don Peidro, fue las espolonadas que fizieron algunos, et después tornavan fuyendo al logar do estavan los pendones. Et por ende se deven mucho desto guardar de lo non fazer sinon commo es dicho”.

[72]         Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1098, p. 757 : “Los moros desque los vieron asi en pos ellos yr, fueron desenparar las uacas en el oliuar, et començaron de yr fuyendo en manera que yuan uencidos. et un escudero del prior tornose con las vacas por un sendero apartado. Et el prior quisierase tornar, mas uio pasar adelante de su conpanna de pie que se adelantaron. et temiendose que los matarien los moros, fueles pasar adelante, et fue dar en una çelada en que auia ciento et cinquanta caualleros, et de pie grant conpanna”.

[73]         Ibid., II, chap. 1088, pp. 753-754.

[74]         Ibid., II, chap. 1106, pp. 759-760.

[75]         Ainsi l’a bien souligné F. Franco Sánchez, op. cit., p. 115.

[76]         Andrés Giménez Soler, Don Juan Manuel. Biografía y estudio crítico, Saragosse, 1932, pp. 363-364, doc. 192. Dans un rapport à Jacques II d’Aragon, un envoyé catalan à la cour de Ferdinand IV fait mention que le “maestre de Calatraua a corregut della en la frontera e a feta gran presa larrais dandaras fo a les corts per manament del senyor rey e atresi ha corregut ab .cccc. genets que te ab si”.

[77]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chaps. 301 et 307, pp. 366 et 370.

[78]         Il me semble de ce point de vue révélateur que le testament d’Alonso Martínez de Olivera, grand commandeur de León de l’Ordre de Santiago, fait en mai 1302, rapporte un affrontement près de Tarifa, dont aucune autre source ne garde la mémoire pour le règne de Ferdinand IV. A. Benavides, op. cit., II, p. 301, doc. 207 : “y por las animas de criados y criadas de doña Juana mi muger, el qual dicho altar yo mandé hacer viniendo de bastecer de Tarifa, por mandado del rey don Fernando mi señor. Acaesció que estando yo en Tarifa fueron á tierra de moros 22 de á caballo, y diez peones de mis criados á traer algun ganado : llevólos un adalid, mal cristiano, y metiólos en Algezira, do los tomaron presos : y como los moros tomaron sabiduria de ellos, otro dia viniéndome, topé con Andulla y Marin, caudillo de Granada, con ochocientos de á caballo y quinientos peones, y con la ayuda de Dios peleé con él con doscientos de á caballo y cien peones ; y fueron los moros todos muertos y cautivos, savo fasta cinquenta que con el caudillo se salvaron”.

[79]         A. Demurger, op. cit., p. 88.

[80]         L’idée est émise par Juan Manuel, Libro de los Estados, (éds. I. Macpherson et B. Tate), Madrid, 1991, chap. 70, p. 212 : “Otrosí, deve poner, eso mismo, recabdo en la çaga, et segund do entendiere do es el mayor reçelo, en la delantera o en la çaga, así deve poner y la más gente et mejor, et los más esforçados, et omnes más de vergüença et más sabidores”.

[81]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 116, p. 249, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 137, p. 43 : “Otrosí envió decir á los de la costanera, en que venía el maestre de Calatrava […] que si los moros veniesen á pelear con los de la zaga, que los de aquella costanera saliesen por en derredor del cabezo de aquella Sierra Carbonera e que les tomasen de delantera”.

[82]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 251, p. 326, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 324, p. 412.

[83]          Amplifiant un pacte souscrit en 1221 entre Santiago et Calatrava, l’accord intéresse, en plus de ces institutions, le Temple et l’Hôpital. AHN, OM, Libro 1342, fols. 84r-85r., publ. Joseph O’Callaghan, “Hermandades between the Military Orders of Calatrava and Santiago during the Castilian Reconquest, 1158-1252”, Speculum, 44 (1969), pp. 617-618 : “Addimus etiam statuendo quod quando isti quatuor ordines uel de illis aliqui fuerint in regum exercitu uel in aliqua caualgada siue exercitum procedendo siue exercitum subsequendo uel in bello etiam de regum beneplacito simul permaneant et consistant”.

[84]         A. Demurger, op. cit., p. 89.

[85]         Crónica del rey don Alfonso décimo, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 74, p. 58 : “en un dia de sábado que era víspera de San Juan, mandó el infante á don Gonzalo Ruiz Giron, maestre de la caballeria de la órden de Santiago, é á don Gil Gomez de Villalobos, abad que era de Valladolid, é á Ferrand Anriquez, é dióles gran compaña de concejos que fuesen con ellos á guardar los herveros, é á los que ivan por leña é por yerva para el real. É llegaron á un castillo de moros que dicen Moclin, que es á dos leguas de Alcalá, é tornáronse los herveros, puestos en salvo, al real ; é á ellos que se tornaban ya, parescieron cerca del castillo de Moclin cient caballeros de moros, é desque los vido este maestre don Gonzalo Ruiz Giron, commo era ome de grand corazon, non atendió ninguno de los otros, ni aún a la su gente mesma, é fuéselos acometer con muy poca gente, é los moros, desque los vieron, comenzaron de fuir é llevaronle á una celada en que estavan dos mill caballeros de moros”.

[86]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 288, p. 358.

[87]         Ibid., chaps. 278, 279 et 304, pp. 351-352 et 368.

[88]          L’épisode a été analysé par F. García Fitz, op. cit., p. 169, n° 34, et plus récem­ment par C. de Ayala Martínez, “Las Órdenes Militares en la conquista de Sevilla”, dans Sevilla 1248. Congreso Internacional conmemorativo del 750 Aniversario de la conquista de la ciudad de Sevilla por Fernando III, rey de Castilla y León, (éd. M. González Jiménez), Madrid, 2000, pp. 172 et 181.

[89]         Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1081, pp. 750-751 : “Don Pelay Correa, maestre de la orden de Ucles, con su caualleria, que eran entre freyres et seglares dozientos et ochenta caualleros, fue pasar el rio, et paso allende de la otra parte so Eznalfarax, a grant peligro de si et de los que con el eran, ca mayor era el peligro desa parte que de la otra […] Los moros eran tantos della, los unos que yazien en Eznalfarax, caualleros grant pieça et de otra gente mucha ademas, los otro que les venien de contra ese Axaraf de muchas partes, que se veyen con ellos en grant coyta, quando con los unos quando con los otros, que nunca uagar auien de folgar”.

[90]             L’héroïsme des santiaguistes dans la défense de l’Aljarafe a été souligné, en accord avec la totalité des auteurs, par C. de Ayala Martínez, “Participación y signifi­cado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de Historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, p. 166.

[91]         Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 117, pp. 250-251, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 138, pp. 47-48.

[92]         Ainsi l’a fort justement relevé A. Forey, op. cit., pp. 218-221. Les points essentiels de sa démonstration ont été repris par l’historien britannique dans sa synthèse, The Military Orders from the Twelfth to the Early-Fourteenth Centuries, Londres, 1992, pp. 50-54.

[93]         En témoignent les annales tolédanes publiées par Julio Porres Martín-Cleto, Los Anales Toledanos I y II, Tolède, 1993, pp. 201-202. Le texte attribue aux ordres la prise de Trujillo, réalisée en 1232 avec le soutien de l’évêque de Plasencia, comme deux ans plus tard, la conquête des forteresses de Medellín, d’Alange et de Santa Cruz.

[94]         En 1173, Calatrava reçoit d’Alphonse VIII un privilège édité par J. González González, El reino de Castilla en la época de Alfonso VIII, Madrid, II, 1960, pp. 305-307, doc. 183, en vertu duquel il promet à l’Ordre “omne castellum quod de Sarracenis deinceps quolibet modo adquirere potueritis”.

[95]             Alphonse X promet ainsi en 1266 à Santiago les villes nasrides d’Antequera et d’Archidona, une fois conquises, offrant, six ans plus tard, dans les mêmes conditions Alcalá la Real à Calatrava. AHN, OM, carp. 313, doc. 13 et carp. 425, doc. 122, publ. M. González Jiménez (éd.), op. cit., pp. 341-343 et 411-412, docs. 314 et 391.

[96]         J. González González, op. cit., II, pp. 714-715, doc. 412, cité par A. Forey, “The Military Orders and the Spanish Reconquest in the Twelfth and Thirteenth Centuries”, Traditio, 10 (1984), pp. 219-220, repris dans Id., Military Orders and Crusades, Aldershot, 1994, V : “de omni mauro qui mille uel ultra mille morabetinos ualuerit et captiuus fuerit a uobis uel ab hominibus uestris, uel ab aliis quibuslibet caualgatoribus quorum uos duces et cabdellos fueritis, medietatem de cetero in perpetuum habeatis”.

[97]         Il n’est guère besoin d’insister sur ce point. Une étude magistrale de ces pactes a été menée par J. O’Callaghan, op. cit., pp. 609-618, dont les enseignements essentiels ont été repris par A. Forey, op. cit., pp. 228-229.

[98]         Le principe en est déjà arrêté dans l’accord le plus ancien qui nous soit parvenu, ratifié en 1178 par les maîtres du Temple, de l’Hôpital et de Santiago. Il a été publié par José Luis Martín Rodríguez, Orígenes de la Orden Militar de Santiago (1170-1195), Barcelone, 1974, pp. 272-273, doc. 92, et par Rudolf Hiestand, Papsturkunden für Templer und Johanniter, Göttingen, II, 1984, pp. 425-426.

[99]         Le texte en a été publié par J. O’Callaghan, “Las definiciones de la Orden de Calatrava, 1383-1418”, En la España Medieval, 19 (1996), p. 117 : “que no presuman de ir ni se poner debaxo de la vandera de algun señor temporal, quandoquiera que acaeciere haver guerra en el dicho regno por defension de la iglesia del mismo reyno o de la republica o de otra manera, sino todos los dichos cavalleros, freiles vaian debaxo de la vandera de la Orden juntamente si estuviere presente, guardando de contino la unidad de la Orden”.

[100]       Ainsi l’a bien relevé C. de Ayala Martínez, “Las Órdenes Militares castellano-leonesas y la acción de frontera en el siglo XIII”, dans Identidad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XIV), (éds. C. de Ayala Martínez, P. Buresi et Ph. Josserand), Madrid, 2001, pp. 146-147. Cet auteur a repris en partie ses conclusions dans une contribution postérieure, bien que parue précédemment, “Órdenes Militares y frontera en la Castilla del siglo XIV”, En la España Medieval, 23 (2000), p. 273.

[101]       H. Grassotti, “El deber y el derecho de hacer guerra y paz en León y Castilla”, Cuadernos de Historia de España, 59-60 (1976), pp. 221-296. L’auteur a consacré sur ce problème une analyse spécifique aux ordres dans “Facere guerram et pacem. Un deber del que no estaban exentas las Órdenes Militares”, Anuario de Estudios Medievales, 11 (1981), pp. 73-80.

[102]       J. González González, Alfonso IX, Madrid, II, 1943, pp. 453-455, doc. 346.

[103]       A. Forey, op. cit., pp. 220-221, et Ph. Josserand, “In servitium Dei et domini regis. Les ordres militaires du royaume de Castille et la défense de la Chrétienté latine : frontières et enjeux de pouvoir (XIIe-XIVe siècles)”, dans Identidad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XIV), (éds. C. de Ayala Martínez, P. Buresi et Ph. Josserand), Madrid, 2001, pp. 98-99.

[104]       À titre d’exemple peut être citée celle qu’adressent les frères de Calatrava à Honorius III en 1220, publiée par Demetrio Mansilla, La documentación pontificia de Honorio III (1216-1227), Rome, 1965, p. 251, doc. 340.

[105]       AHN, OM, carp. 91, doc. 2, publ. E. Benito Ruano, op. cit., pp. 30-34, doc. 3.

[106]       Olivier de Paderborn, Historia Damiatina, (éd. H. Hoogeweg), dans Bibliothek des literarischen Vereins in Stuttgart, Tübingen, 102, 1894, p. 252, cité par A. Demurger, op. cit., p. 90.

[107]       F. García Fitz, op. cit., p. 165.

[108]       A. Forey, op. cit., p. 229.

[109]       Jaume I, Llibre dels Feits, dans Les quatre grans cròniques, (éd. Ferran Solde­vila), Barcelone, 1971, chap. 154, p. 72, relate en ces termes le message des envoyés des maîtres : “Senyor, saluda-us molt lo maestre del Temple, e de l’Espital, e el comanador d’Alcanís e de Montalbà, e dien que han estat al Puig de les Pasqües, qui és denant Morvedre per tres milles, e han estat aquí així com vós los manàs per dos dies, e corregren a vall de Segon, e ara són aquí, e preguen-vos que anets tost, que si no no hi porien romanir, que ells són pocs, e el poder de València es gran”.

[110]       D’utiles éléments chronologiques sur le déroulement du siège de Séville ont été offerts par C. de Ayala Martínez, “Las Órdenes Militares en la conquista de Sevilla”, dans Sevilla 1248. Congreso Internacional conmemorativo del 750 Aniversario de la conquista de la ciudad de Sevilla por Fernando III, rey de Castilla y León, (éd. M. González Jiménez), Madrid, 2000, pp. 171-173.

[111]       Primer Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1083, p. 751 : “Et el reçelando el poder de los moros que era muy grande et la hueste non muy cresçida, ca non le llegaran aun las gentes nin los conceios de las uillas, synon muy pocos […] mando fazer derredor del logar o posaua grant carcaua”.

[112]       A. Forey, op. cit., p. 229.

[113]       Crónica del rey don Sancho, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 2, p. 71. Leur rapidité à réagir a été signalée par F. García Fitz, “Los acontecimientos político-militares de la frontera en el último cuarto del siglo XIII”, Revista de Historia Militar, 64 (1988), p. 50.

[114]       Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 105, p. 239, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 126, p. 17 : “el rrey enbio a mandar a Vasco Rodriguez maestre de Sanctiago, que era adelantado mayor de la frontera, e a los maestres de las hordenes de Calatraua e d’Alcantara que se fuesen luego para la frontera, e que se ayuntassen con los rricos omes e conçejos que eran en la frontera e que fuesen a desçercar el castillo de Gibraltar que tenian çercado los moros”.

[115]       ACA, Cancillería, reg. 529, fols. 53v. et 56v., cités par R. Sáinz de la Maza Lasoli, “La Orden de Montesa durante el reinado de Alfonso el Benigno. Catálogo de documentos de la cancillería real (1327-1336)”, Miscel.lània de Textos Medievals, 8 (1996), p. 90, docs. 249 et 250.

[116]       F. García Fitz, “Las huestes de Fernando III”, Archivo Hispalense, 77 (1994), pp. 177 et 181-182.

[117]       E. Benito Ruano, “España y los Cruzadas”, Anales de Historia Antigua y Medieval, 2 (1951-1952), p. 114 : “Son el enlace entre acción y acción, el elemento que da continuidad al movimiento entre el recrudecimiento intermitente de dos expediciones”.

[118]       Crónica latina de los reyes de Castilla, (éd. M. D. Cabanes Pecourt), Valence, 1964, pp. 86-87.

[119]       Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, II, 1977, chap. 1117, p. 765 : “Contado auemos de commo el arçobispo de Sanctiago don Johan Arias adoleçio lugo que llego a la çerca de Seuilla. veyendo el rey en commo estaua muy flaco, mandolo tornar para su tierra”.

[120]       Il me paraît difficile, à partir des données de la chronique, de soutenir l’hypothèse, émise dans une récente contribution par C. de Ayala Martínez, op. cit., p. 173, selon laquelle le prélat aurait été victime d’une épidémie étendue à l’ensemble de ses hom­mes. Pour ce qui est du service des milices urbaines, il convient de se reporter à la remarquable étude de James Powers, A Society Organized for War. The Iberian Municipal Militias in the Central Middle Ages, 1000-1284, Berkeley, 1988, surtout  pp. 147-161, pour ce qui concerne les opérations militaires à caractère offensif.

[121]       Primera Crónica General, (éd. R. Menéndez Pidal), Madrid, 1977, II, chap. 1117, p. 765 : “Et desque el arçobispo fur ydo de la hueste, vino el maestre don Pelay Correa posar a aquel logar do el posaua, et estido y con veynte et çinco freyres solos, que y estonçe consigo tenie, et non mas, et de otra caualleria poca”.

[122]       C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las Órdenes Militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de Historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, p. 156.

[123]       ACA, Cancillería, reg. 541, fol. 64v., cité par Francisco de Moxó y Montoliu, “La relación epistolar entre Alfonso XI y Alfonso IV en el Archivo de la Corona de Aragón”, dans En la España Medieval. III. Estudios en memoria del profesor D. Salvador de Moxó, Madrid, II, 1982, p. 181. Le fait avait été précédemment signalé par M. Mahn-Lot, “Philippe d’Évreux, roi de Navarre, et un projet de croisade contre le royaume de Grenade (1329-1331)”, Bulletin Hispanique, 46 (1944), p. 229.

[124]       Le maître de Calatrava, Ruy Pérez Ponce, est le premier supérieur d’un Ordre à avoir été nommé, peu avant la mort de Sanche IV, adelantado mayor de la frontera. Encore en charge le 20 janvier 1296 (AHN, OM, carp. 461, doc. 157), il est tué peu après durant la bataille d’Iznalloz, selon le témoignage de la Crónica del rey Fernando IV, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 1, p. 101. Cinq ans plus tard, le supérieur de Santiago, Juan Osórez, est placé à la tête du même adelantamiento où il demeure au moins du 27 mars 1300 (BS, pp. 246-247) au 27 mars 1301 (R. Sáinz de la Maza Lasoli, La Orden de Santiago en la Corona de Aragón. La encomienda de Montalbán (1210-1327), Saragosse, 1980, pp. 334-335, doc. 142). Pour plus de détails, il est possible de se référer à l’étude de Ph. Josserand, “Les ordres militaires et le service curial dans le royaume de Castille (1252-1369)”, dans Les Servi­teurs de l’État au Moyen Âge. 29e Congrès de la S.H.M.E.S., Paris, 1999, pp. 78-79.

[125]       Crónica de Alfonso XI, (éd. F. Cerdà), dans Biblioteca de Autores Españoles, Madrid, 66, 1953, chap. 196, p. 298, et Gran Crónica de Alfonso XI, (éd. D. Catalán), Madrid, II, 1977, chap. 256, p. 263 : “Pero en tanto que el yua, dexo en la frontera a don Gonçalo Martinez maestre de Alcantara, e dexo con el muchos caualleros de los de la su mesnada, e de los vasallos de sus hijos, anssi que podian ser mas que mill omes a cauallo de buenos caualleros e escuderos ; e mando les que en aquella guerra fiziesen lo que el maestre les mandase, anssi como lo harian por el mesmo”. Ce passage a bénéficié d’un traitement emphatique, exaltant la figure du maître, dans le Poema de Alfonso onceno, (éd. J. Victorio), Madrid, 1991, strophes 701-704, p. 174.

[126]       En atteste notamment une lettre de Benoît XII à Alphonse XI en 1340, tentant d’apaiser sa colère contre le maître, excitée par la favorite Leonor de Guzmán, en lui rappelant la qualité des services qu’il lui a fidèlement rendus. Archivio Segreto Vaticano, Cité du Vatican, Reg. Vat. 134, fol. 133r-134r., publ. Jean-Marie Vidal, Benoît XII (1334-1342). Lettres closes et patentes intéressant les pays autres que la France, Paris, 1935, pp. 766-768, doc. 2631.

[127]       Il me semble ainsi possible d’appliquer aux études d’A. Forey, op. cit., pp. 197-234, et de C. de Ayala Martínez, “Participación y significado de las órdenes militares en la conquista de Carmona”, dans Actas del I Congreso de Historia de Carmona. Edad Media, (éd. M. González Jiménez), Séville, 1998, pp. 147-173, quelles que soient leurs qualités, la critique mise en exergue par A. Demurger, op. cit., pp. 91-92, à l’encontre de la plus ancienne d’entre elles dont il se demandait si elle ne reposait pas trop exclusivement sur la base d’éléments chiffrés.

 

 

 Copyright www.stratisc.org - 2005 - Conception - Bertrand Degoy, Alain De Neve, Joseph Henrotin