Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

L’armée, le Prince et ses sujets : le financement de la guerre aux Pays-Bas bourguignons après la mort de Charles Le Téméraire, 1477-1482

 

Amable Sablon du Corail

 

Le 5 janvier 1477, Charles Le Téméraire était battu et tué sous les murs de Nancy par le duc de Lorraine et ses alliés suisses. Quelques jours plus tard, Louis XI ordonnait à son armée d’envahir les possessions de son ancien ennemi, alors que la fille unique de Charles Le Téméraire, Marie de Bourgogne, se trouvait réduite à l’impuissance par la révolte générale de ses sujets, déterminés à renverser les réformes autoritaires et centralisa­trices du défunt duc. Les états généraux des pays de “par-deçà”, qui rassemblèrent en janvier et février 1477 les représentants des provinces septentrionales de la jeune duchesse, rétablirent l’ensemble des privilèges municipaux et provinciaux qu’avait supprimés ou restreints le duc Charles. Un Grand privilège, solennellement scellé le 11 février, devait en garantir le maintien et obliger la duchesse et ses successeurs à mieux prendre en compte les aspirations de leurs sujets.

L’armée permanente de Charles Le Téméraire, qui depuis 1471 avait été à l’origine d’une pression fiscale sans précédent autant que le signe tangible de l’arbitraire princier, ne fut pas reconstituée. Alors que les Français frappaient aux portes de la Flandre et du Brabant, cœur des possessions bourguignonnes, il était inévitable que la défense des provinces et le financement de la guerre des Pays-Bas bourguignons constituât l’un des principaux enjeux de cette redéfinition générale des rapports entre le prince et ses sujets. Les Valois de Bourgogne traversèrent entre 1477 et 1482 une crise très semblable à celle que connut la monarchie française après la défaite de Poitiers et la capture de Jean le Bon. Les rois de France la surmontèrent et réussirent à mettre à leur service une administration fiscale au début contrôlée par les États généraux réformateurs de 1356-1359. Ils purent ainsi trouver les ressources qui rendirent la victoire possible.

Marie de Bourgogne et son mari Maximilien de Habsbourg, qu’elle avait épousé en août 1477, tentèrent de les imiter, mais échouèrent. Le traité d’Arras, qui mit fin en décembre 1482 à la guerre pour la succession de Bourgogne, consacrait la victoire des rois de France sur la maison de Bourgogne, après plusieurs décennies d’un conflit qui prenait ses racines au début du xve siècle, lorsque Armagnacs et Bourguignons se disputèrent le gouvernement du royaume. Le traité entérinait le rattachement du duché de Bourgogne, de la Picardie et du Boulonnais au domaine royal, et prévoyait le mariage du dauphin Charles, futur Charles VIII, avec Marguerite de Habsbourg, fille de Marie et Maximilien. Elle amenait avec elle l’Artois et la Franche-Comté, provinces également promises à l’annexion une fois le mariage consommé. Cet article se propose de découvrir les raisons de cet échec final et d’analyser les différents modèles d’organisation militaire mis en place entre 1477 et 1482 par ce qu’il est encore convenu d’appeler les Bourguignons, qui furent le résultat de contraintes tant politiques que financières et stratégiques.

Des opérations militaires d’envergure

Entrecoupé de deux longues trêves et d’autres plus limitées dans le temps et dans l’espace, l’état de guerre dura environ trois ans et demi. Les opérations militaires, comme c’était très généralement le cas dans les conflits médiévaux, se résumaient le plus souvent à des escarmouches et à des chevauchées plus ou moins importantes en territoire ennemi, qui, pour ravager les terres, terrifier les populations et suspendre l’activité agricole et commerciale, ne pouvaient en aucun cas forcer la décision et contraindre l’un des belligérants à la paix. Les grandes campagnes, celles qui rassemblaient des armées de plusieurs milliers ou dizaines de milliers de combattants, qui consumaient les ressources financières des princes en quelques semaines, étaient évidemment beaucoup plus rares. De par leur rareté, l’issue de ces grandes confrontations était sinon décisive, au moins lourde de conséquences, même lorsqu’elles ne débouchaient sur aucun résultat militaire tangible, bataille rangée ou conquêtes de villes et de provinces. La meilleure manière d’illustrer et de dépasser ces considéra­tions générales est sans doute de les passer rapidement en revue, en insistant sur les effectifs alignés et surtout la durée des campagnes, qui constitue sans doute l’indicateur le plus significatif de l’intensité des opérations militaires.

Les Bourguignons ne furent en mesure de disputer l’initiative à leurs adversaires que longtemps après le début de l’invasion française. Les pays de “par-delà”, Bourgogne et Franche-Comté, furent conquis sans coup férir, pendant qu’au Nord, les villes de Picardie ouvraient leurs portes aux troupes royales. Le roi de France s’employa ensuite à la conquête de l’Artois et du Boulonnais, achevée au début de mai 1477, avant d’entrer dans le Hainaut sans presque rencontrer d’opposition. Après avoir conquis la frange méridionale de cette province, Louis XI s’en retourna en Artois pour tenter le siège de Saint-Omer, en août 1477. Après trois semaines d’efforts infructueux, les Français levèrent le siège et Louis XI regagna le val de Loire après avoir installé de très fortes garnisons à Béthune, Arras, Tournai et Le Quesnoy. Exploit sans précé­dent pour l’époque, le roi avait mené campagne sans discontinuer pendant plus de six mois, à la tête d’une armée dont les effectifs devaient dépasser les 20 000 hommes, sans subir de pénurie de ravitaillement et sans que les gens de guerre n’aient à subir de retards de paiement excessifs.

Les Bourguignons, quant à eux, n’avaient pu leur opposer des effectifs semblables que pendant moins d’un mois en tout. En juin 1477, les Flamands levèrent une armée de 18 000 à 20 000 hommes, principalement des piquiers, commandée par Adolphe de Gueldre, pour chasser les troupes royales de Tournai[1]. Une poignée de Français parvint à les repousser, profitant de la mort du duc de Gueldre au cours d’une escarmouche, puis des rivalités entre Brugeois et Gantois pour les battre en détail. Une autre armée flamande, forte de plus de 20 000 piquiers, tenta de lever le siège de Saint-Omer en août 1477[2]. Louis XI, à la tête de 3 000 lances et de 8 000 à 12 000 francs-archers, les mit en déroute en trois batailles sanglantes.

L’arrivée de Maximilien et la normalisation des rapports entre Marie de Bourgogne et ses sujets, à la fin de cette même année, mit un terme à l’absolue liberté d’action dont avaient jusqu’alors bénéficié les Français. Durant la deuxième quinzaine de février 1478, première manifestation concrète de ce sursaut, Maximilien faisait la tournée des places frontières à la tête de 10 000 à 15 000 hommes, et ravageait le plat pays de Tournai. À l’été suivant, Louis XI ne put s’emparer que de la petite place de Condé, avant d’abandonner toute la partie du Hainaut conquise en 1477 devant l’armée rassemblée par Maximilien. Les adversaires se retrouvèrent ensuite en Artois, après avoir concentré tous les gens de guerre à leur disposition, environ 30 000 hommes chacun, Maximilien près de Lens, Louis XI à Arras. Après un face-à-face d’un mois, Louis XI et Maximilien, refusant de tenter la fortune dans une bataille rangée, signèrent une trêve d’un an en juillet 1478. Maximilien avait fait campagne pendant deux mois, Louis XI trois mois.

C’est Maximilien le premier qui se décida le premier à rompre les trêves au printemps 1479. Après le Hainaut, c’était l’Artois qu’il comptait reprendre aux Français. Cette fois, Louis XI, affaibli par sa première attaque cérébrale, laissa la conduite des opérations à Philippe de Crève­cœur, son lieutenant général en Artois et Picardie. Maximilien réussit une nouvelle fois à rassembler près de 30 000 hommes, qui rencontrèrent une armée royale légèrement inférieure en nombre à Guinegatte, au sud de Saint-Omer, le 7 août 1479. Il y remporta une victoire à la Malplaquet, aussi coûteuse que limitée. Faute de paiement, ses gens de guerre se déban­dèrent après seulement dix jours de campagne, sans avoir rien conquis. Lorsque Maximilien reconstitua une armée aux effectifs semblables, en octobre suivant, les Français s’étaient repris, et le duc ne put faire autre chose que brûler quelques châteaux, avant que ses troupes ne se dispersent une nouvelle fois, moins de quinze jours après qu’elles eurent quitté leur camp de Saint-Omer.

Jamais Maximilien ne se remit de son échec de 1479. La rupture avec les états généraux qui s’ensuivit se traduisit par un effondrement des rentrées fiscales. En 1480, il s’efforça de réprimer la révolte de barons luxembourgeois menés par Gérard de Rodemack et Guillaume de La Marck. L’armée qu’il avait péniblement rassemblée pour y parvenir ne comptait qu’un peu plus de 5 000 hommes. Pendant ce temps, les Français ravageaient impunément la vallée de la Meuse, sans toutefois prendre de villes importantes. Une nouvelle trêve fut conclue en août 1480, qui dura jusqu’à la mort accidentelle de Marie de Bourgogne, en mars 1482. La guerre reprit alors, tandis que Maximilien se trouvait une nouvelle fois réduit à l’impuissance par la révolte de ses sujets, principalement les Flamands. À la tête de 25 000 hommes, Crèvecœur assiégea Aire-sur-la-Lys, qui capitula en juillet 1482. La chute de cette place, qui avec Saint-Omer protégeait la Flandre des incursions françaises, décida Maximilien à accepter les conditions très dures exigées par Louis XI. La paix fut signée à Arras le 23 décembre 1482.

Après que les états de 1477 eurent sévèrement restreint le pouvoir ducal, Marie de Bourgogne et son époux furent contraints de négocier auprès de leurs sujets les ressources en hommes et en argent nécessaires à la conduite de la guerre. Les députés des états généraux et provinciaux donnèrent à leurs souverains une marge de manœuvre plus ou moins grande en fonction de leurs intérêts et de l’évolution de la situation militaire et politique. Plusieurs options s’offraient à eux. La première consistait à lever eux-mêmes des armées en vertu des obligations féodales qui reposaient sur l’ensemble des sujets, nobles ou non, des pays de par-deçà. Ils y recou­rurent en 1477, puis à nouveau en 1482, mais ces tentatives se soldèrent, on l’a vu, par des désastres sans précédents. Les états pouvaient également lever des impôts, afin de payer des mercenaires, entretenus de façon perma­nente, comme les Français le faisaient, ou seulement quand le besoin s’en faisait sentir, le temps d’une campagne ou d’un siège. Le duc disposait de ces ressources financières dans un cadre préalablement défini avec les représentants de leurs sujets, soit que le type et le nombre de gens de guerre à solder aient été fixés au départ, soit que le duc pût en faire ce qu’il voulait. C’est cette dernière solution qui prévalut de la fin de 1477 à la mort de Marie de Bourgogne, dans un premier temps, de 1477 à 1480, sous le contrôle étroit des états, puis, après 1480, sous l’autorité presque exclusive du duc. À chaque période correspondit donc un mode d’organisation politi­que et militaire spécifique qui modifiait le rapport de force entre le prince et ses sujets d’une part, entre les puissances belligérantes de l’autre.

La réaction contre l’arbitraire princier. Retour aux obligations féodales et aux levées communa­les (janvier 1477 – septembre 1477)

Lorsque les états généraux de 1477 s’occupèrent de rassembler une armée pour s’opposer à l’invasion française, il était prévu qu’elle comp­terait 34 000 combattants dans un premier temps, 100 000 à terme. Il ne s’agissait pas d’une armée placée sous un commandement unique, mais d’une somme de contingents levés par chaque province. La Flandre devait recruter 12 000 hommes, le Brabant 8 000, la Hollande et la Zélande 6 000, le Hainaut 3 000, l’Artois et le Boulonnais 4 000, le comté de Namur 1 000[3]. Comment ces chiffres furent-ils déterminés ? Ils ne coïncident pas avec les quotes-parts traditionnellement payées par les provinces lorsque des impôts directs étaient levés. Ainsi, dans le cadre de l’aide de 500 000 écus (750 000 francs tournois)[4] par an pendant six ans votée en 1473, la Flandre et la Hollande devaient s’acquitter de 127 000 écus chacun, alors que la première était censée fournir en 1477 deux fois plus de combattants. De même, la contribution du Brabant s’élevait à 108 400 écus, soit seule­ment 14,5 % de moins que la Flandre, tandis que le contingent brabançon de 1477 était d’un tiers inférieur à celui des Flamands.

Il semble que les députés des états ont réparti les contingents en fonction du nombre d’hommes valides en âge de porter les armes habitant dans les provinces, comme le montre un extrait du registre aux résolutions de la ville de Mons édité par J. Cuvelier : “et lors avoient lesd. srs de Ravestein et de Liége conclud que ceux doud. pays de Brabant, qui se trouvoient 8 000 hommes, l’un gens aidables de 60 à 80 mil hommes, et environ de 200 à 300 lanches, [...] se joinderoient ensemble pour secourir et aidier led. pays de Haynnau et le pays de Namur, et ceux du pays de Flandres feroient ottel aide et secours aud. pays d’Artois, se affaire en avoient[5]. On aurait donc levé un homme valide sur huit ou dix, les autres devant sans doute se cotiser pour les solder et les équiper, suivant une pratique couramment attestée tout au long du Moyen Âge.

Ces estimations reposant sur le seul potentiel démographique des provinces ont certainement été pondérées par les traditions militaires de chaque pays. On le sait pour la Hollande et la Zélande, dont les 6 000 hommes furent convertis en une flotte de guerre de trente-six vaisseaux servie par 5 000 marins[6]. De même, les villes flamandes, plus nombreuses et plus belliqueuses que leurs homologues de Brabant, pouvaient lever avec plus de facilité des troupes rapidement disponibles. Enfin, le comté de Flandre et le duché de Brabant étaient plus directement menacés par la guerre que les provinces septentrionales. L’idée de lever 100 000 hommes, et même 34 000, paraît pour le moins optimiste, sinon tout à fait illusoire. Elle est pourtant révélatrice des conceptions que les députés des états généraux se faisaient de leur politique de défense contre l’invasion. La levée du ban et de l’arrière-ban, sous la forme d’une levée en masse de piquiers dans les villes de Flandre et de Brabant, devait à leurs yeux rester le moyen privilégié de réunir une armée qu’on licencierait une fois l’ennemi repoussé.

On revenait ainsi à l’idéal du rassemblement en armes des hommes libres telle que pouvaient le concevoir les rois carolingiens. Bien qu’il eût été remis au goût du jour par les semonces générales et les convocations de l’arrière-ban auxquelles les rois de France et d’Angleterre eurent recours à partir début du xive siècle, une fois leur autorité affermie, une telle concep­tion pouvait paraître, au vu des évènements de la guerre de Cent Ans, passablement réactionnaire. Pourtant, après l’expérience du Téméraire, il n’était plus, il ne pouvait plus être question d’une armée permanente et professionnelle, tant elle avait été peu édifiante, les somptueuses compa­gnies bourguignonnes s’étant débandées presque sans combat à Grandson, avant de se faire anéantir à Morat. L’exemple même des Suisses avait en vérité valeur de modèle pour les Flamands. Non seulement ils les avaient débarrassés d’un souverain autoritaire, mais ils avaient en plus démontré avec éclat, pensaient-ils, la supériorité des milices de piquiers sur les compagnies d’ordonnance princières, qui reposaient sur l’emploi combiné d’hommes d’armes et d’archers. Les Flamands, se remémorant les glorieux souvenirs de la bataille de Courtrai, effacés depuis par tant de défaites et d’humiliations, comptaient bien faire subir aux armées de Louis XI le même sort. Ils trouvaient enfin dans la disparition de l’armée permanente la justification des privilèges qui leur avaient été accordés par Marie de Bour­gogne, puisque c’était sur eux que reposait désormais la défense des possessions de la duchesse. Ce renouveau de l’arrière-ban et des milices communales, au premier abord parfaitement rétrograde, était donc le fruit d’une réflexion politique autant que militaire. Les députés des états géné­raux s’aperçurent cependant qu’ils n’avaient pas tiré toutes les consé­quences de la guerre de Charles Le Téméraire contre les Suisses.

D’emblée, la mise en œuvre des dispositions prises en 1477 par les états généraux se heurta à d’insurmontables difficultés. L’Artois et le Boulonnais, presque entièrement occupés par l’armée royale, ne purent pas participer à l’effort commun. Le Hainaut devait pourvoir à la sécurité de ses places, notamment de Valenciennes, que les Français avaient presque complètement isolé du reste du comté. Les Hollandais s’occupaient d’armer leur flotte. Il ne restait donc plus que la Flandre et le Brabant pour rassembler et mettre en campagne une armée, l’effectif initial de 34 000 hommes tombant ainsi à 20 000. Finalement, en l’absence d’un prince capable de commander l’armée, la collaboration militaire entre provinces se limita au soutien de l’Artois par la Flandre et du Hainaut par le Brabant.

Le Brabant ne put finalement faire plus que renforcer à la hâte quel­ques garnisons. Rares sont les mentions de leur participation aux com­bats du printemps et de l’été 1477. Le 8 mars, les Brabançons avertirent les représentants du Hainaut que 200 lances, 200 arbalétriers et 400 piquiers arrivaient à leur secours[7]. La garnison d’Avesnes comptait effectivement 500 ou 600 Brabançons dans ses rangs lors du siège que la ville dut subir en juin 1477[8]. Encore le chroniqueur bourguignon Molinet en stigmatisa t-il la lâcheté, à l’origine selon lui de la prise d’assaut de la cité par les Français. Les villes de Malines et Anvers envoyèrent par ailleurs à Valen­ciennes à la fin du mois de juillet 1477 500 piétons et 30 lances. Même en supposant que les états de Brabant avaient également soldé les 120 lances qui, toujours d’après Molinet, y étaient déjà arrivées en juin, on était loin du compte. Quant aux Flamands, qui mirent en ligne des effectifs tout à fait considérables, n’ayant rien à envier aux Français, les piquiers hâtivement levés parmi les gens des métiers ne supportaient pas la comparaison avec les rudes montagnards suisses. À cela s’ajoutait l’absence criante de coordination entre les différents contingents urbains. Prenant tardivement conscience de tout cela, les députés des états se résolurent à revenir à des solutions éprouvées, à défaut d’être très satisfaisantes pour eux.

L’union du prince et de ses sujets contre les Fran­çais. Armée permanente et levées communales en­cadrées par les officiers ducaux (novembre 1477 – janvier 1480)

On convint, devant la multiplication des raids français, qui dévastaient les campagnes et se jouaient des sorties maladroites des milices urbaines, de l’utilité d’une armée permanente et mobile. Cela signifiait la mise sur pied de compagnies d’ordonnance, et donc la levée d’impôts. Marie de Bourgogne et Maximilien, plutôt que de convoquer une nouvelles session des états généraux, consultèrent individuellement les provinces, qui se résignèrent à accorder au duc leur part de l’aide 500 000 écus en vigueur de 1473 à 1477, ressuscitant ainsi de fait cette contribution honnie[9]. On ne sait pas pour combien d’années elle devait avoir cours, mais sa périodicité pluriannuelle ne fait pas de doute. Après une éclipse de huit mois, ces mesures marquaient le retour en force du système mis en place par le Téméraire, qui, comme en France, se fondait sur une armée permanente dont le paiement était assuré par des ressources régulières.

La taille de la nouvelle armée était réduite, puisqu’elle ne comptait en novembre 1477 que 800 lances d’ordonnance, soit près de trois fois moins que sa devancière[10]. En outre, la lance de 1477 n’était composée que d’un homme d’armes à trois chevaux, de deux archers à cheval et d’un archer à pied, alors que la lance bourguignonne de 1473 disposait, en plus de l’hom­me d’armes, d’un coutillier armé, de trois archers à cheval, d’un arba­létrier, d’un piquier et d’un couleuvrinier. La “nouvelle ordonnance” de 1477 se rapprochait donc du modèle français, avec sa lance à un homme d’armes et deux archers montés. Surtout, différence fondamentale, alors que les com­pagnies d’ordonnance de Charles Le Téméraire constituaient l’intégralité de l’armée bourguignonne, rassemblant cavaliers et fantassins selon un ratio fixé à l’avance, celles de 1477 se limitaient aux troupes montées, les gros bataillons de piétons étant toujours constitués par les piquiers des villes de Flandre. L’archer à pied, qui distinguait encore les ordonnances de Marie de Bourgogne de celles du roi de France, n’avait dans ces conditions plus tellement de raison d’être, et les sources montrent qu’il disparut peu à peu des compagnies bourguignonnes. L’armée de Marie de Bourgogne, comme celle de Louis XI, associait ainsi cavalerie professionnelle et fantassins levés au nom d’obligations d’origine féodale. Au contraire de l’armée française, où les compagnies d’ordonnance rassemblaient la moitié des effectifs combattants, la balance penchait chez les Bourguignons fortement en faveur des piétons. Il est vrai que les pi­quiers flamands compensaient leur manque d’entraînement par la cohésion à toute épreuve que leur donnaient de très anciennes solidarités urbaines. Elles faisaient d’eux de bien meilleurs combattants que les francs-archers français, qui, institués d’autorité par Charles VII, manquaient de l’un et de l’autre.

Plus modeste, l’armée permanente de Marie de Bourgogne corres­pondait aussi beaucoup mieux aux ressources financières de ses sujets. L’entretien de 800 lances revenait en effet à 192 000 écus par an, soit environ 40 % du revenu provenant des impôts directs. Après la banque­route qui avait frappé Charles Le Téméraire dans les dernières années de son règne pour avoir voulu compenser la faiblesse structurelle de ses revenus annuels par un recours forcené à l’emprunt, ce n’était que raison[11]. Au lieu de déterminer le montant de l’argent à trouver en fonction de l’armée que l’on voulait entretenir, on préféra adapter l’armée aux subsides que les sujets de Marie de Bourgogne pouvaient fournir. Du reste, avec la prorogation de l’aide de 500 000 écus, les impôts directs restaient au niveau record des dernières années du Téméraire, qui en dix ans de règne avait exigé et obtenu de ses sujets presque autant que son père en quarante-huit ans. La levée de l’aide se fit d’ailleurs avec difficulté, au point que la duchesse dut fondre une partie de sa vaisselle pour fournir le premier mois de solde de la nouvelle ordonnance[12].

Parallèlement à cette aide permanente, les états de Flandre votèrent en février 1478, à l’occasion du voyage armé que fit Maximilien sur les fron­tières de Flandre, la levée de 5 000 hommes payés 4,5 l. de Flandre (5,625 f.) par mois. Comme en 1477, les Flamands les levèrent et les soldè­rent eux-mêmes, sous l’autorité des officiers locaux du duc. Jean de Dadizeele, grand bailli de Gand, commanda ainsi les 1 600 hommes du contingent de Gand[13]. Enfin, lors de la campagne de mai-juin 1478, sans conteste la plus réussie de Maximilien, l’armée ducale comptait dans ses rangs 15 000 Flamands recrutés et payés par les villes, des milliers de Brabançons et de Hennuyers également levés au nom des obligations féo­dales et après accord des provinces, plus de 4 000 mercenaires suisses et allemands, et bien sûr les compagnies d’ordonnance. Cette magnifique armée, qui utilisait au mieux les ressources financières et humaines des Pays-Bas bourguignons, était le produit d’un consensus fort entre le prince et ses sujets. En ce sens, elle disposait d’un avantage décisif sur l’armée royale, qui, associant des compagnies d’ordonnance hautement entraînées à une infanterie de francs-archers de très médiocre qualité, n’avait pas la même homogénéité ni la même polyvalence.

À l’été 1478, auréolé de ses récents succès, Maximilien se sentit suffisamment fort pour négocier avec l’ensemble des provinces un impôt général. La première session des états généraux se tint en septembre dans une atmosphère euphorique. Le duc n’eut aucun mal à faire accepter aux députés le vote des subsides nécessaires à l'entretien de 1 000 lances et 3 000 archers pendant la durée de la trêve avec les Français. La lance doit ici être comprise dans son sens restrictif d’homme d’armes accompagné de ses deux satellites, valet et coutillier, les archers venant ensuite compléter la lance au sens administratif du terme, qui comptait, comme cela a déjà été dit, deux archers à cheval et un archer à pied. En cas de guerre, les effectifs de l’armée de campagne devaient être portés à 24 000 hommes. Cependant, lors de la session suivante, au début du mois d’octobre, les députés, qui avaient entre-temps consulté les assemblées des provinces qu’ils représen­taient, refusèrent de payer les frais de la maison ducale. Ils décidèrent de supprimer 500 des 1 000 lances de l’armée permanente, le duc devant entretenir son hôtel avec les économies ainsi réalisées[14]. Ainsi, au lieu de recruter 200 lances supplémentaires, il fallut licencier 300 des 800 lances de la nouvelle ordonnance, mesure qui fut effectivement appliquée pendant l’hiver 1478-1479[15]. Les raisons de ce revirement restent quelque peu obscures, mais il est probable qu’une fois de plus, la crainte d’un renfor­cement excessif du pouvoir ducal l’avait emporté sur la peur des Français.

Lors de la séance suivante des états généraux, en février et mars 1479, les différends parurent s’aplanir. Maximilien fit miroiter aux repré­sentants des provinces l’espoir d’une paix rapide et victorieuse, pour peu que l’on réussît à reconquérir l’Artois comme on avait repris le Hainaut en 1478. Le Brabant accepta dans un premier temps de payer 5 000 hommes pour six mois, et la Flandre 9 000 combattants. Finalement, la Flandre et le Brabant s’accordèrent pour solder chacun 7 000 hommes[16]. Cette contribution était levée “oultre l’aide generale” de 500 000 écus, qui courrait toujours[17]. À la différence des 5 000 hommes votés par la Flandre en 1478, les 7 000 hommes ne furent pas levés et les états de Flandre se contentèrent de lever les sommes correspondant à leurs soldes, soit 23 000 écus environ par mois. Elles servirent à payer les compagnies d’ordonnance, qui atteignirent alors les 1 100 lances[18], dont 800 participèrent à la bataille de Guinegatte. Maximilien s’était donc libéré des entraves que le principe de la stricte affectation d’une recette à une dépense particulière lui avait jusque là imposées.

L’armée de Guinegatte était cependant beaucoup plus monolithique que l’année passée. Les contingents de piquiers des villes de Flandre, mieux encadrés et entraînés qu’en 1477, constituaient la très grande majo­rité des 27 000 hommes rassemblés par Maximilien, en dehors des 800 lances de l’ordonnance, soit 3 200 combattants, et de quelques centaines de mercenaires anglais et allemands. L’élément professionnel y était donc sous-représenté, surtout en comparaison de l’armée française, forte de 1 800 lances et 8 000 francs-archers. La cavalerie lourde française dispersa du reste aisément les gens d’armes bourguignons disposés sur les ailes, mais se lança entraîner fort loin du champ de bataille au cours de la poursuite. Maximilien dut son salut à la résistance de la masse des piquiers flamands, qui prirent le meilleur sur les francs-archers. Les états de Flandre votèrent quelques jours plus tard une aide supplémentaire de 100 000 écus, remplaçant et complétant l’aide des 7 000 hommes pour six mois, qui n’eut donc finalement cours que pendant quatre mois, d’avril à août[19]. On n’eut pas le temps de les lever et de les faire parvenir à Maximilien, de sorte que la rallonge de 100 000 écus, qui devait servir à payer les arriérés de solde et permettre la reconquête de l’Artois à la faveur de la désorganisation des Français, n’empêcha pas les gens de guerre de quitter en masse et sans contrôle l’armée ducale. L’impôt direct, s’il constituait de loin le moyen le plus sûr de financer une guerre à long terme, était un instrument moins bien adapté que l’emprunt pour mobiliser rapidement des liquidités.

La déception des provinces fut à la mesure des espoirs suscités par Guinegatte. En décembre 1479, les Flamands suspendirent brutalement toutes les levées d’impôt. Après d’âpres négociations, ils accordèrent une aide de 1 850 hommes pour l’hiver. Cela représentait une aide de 7 400 f. à 9 250 f. par mois, selon que les députés avaient prévu de verser 4 f. ou 5 f. par mois et par homme, de quoi entretenir de 250 à 300 lances[20]. Les états de Brabant leur emboîtèrent le pas, et ne voulurent solder que 400 lances pendant l’hiver[21]. On était revenu à un strict contrôle des dépenses, d’autant plus que les Brabançons payèrent les soldes mois par mois, et refusèrent de s’engager pour une durée plus longue avant qu’une nouvelle session des états généraux ne s’ouvrît. Celle-ci se tint à Malines du 5 au 18 janvier, puis à Anvers du 30 janvier au 15 mars 1480. Lorsque Maximilien leur demanda le rétablissement d’une aide de 500 000 écus pour trois ans, les députés, conduits par les Gantois, se braquèrent et rejetèrent toutes les demandes du duc. La rupture était consommée, et les états ne furent plus convoqués avant la mort de Marie de Bourgogne, en mars 1482. C’en était fini de l’union entre le prince et ses sujets, qui, malgré le caractère chaotique qu’elle avait toujours gardé, avait permis d’endiguer l’invasion française et même de reconquérir une partie du terrain perdu en 1477.

Le prince face à des sujets divisés. Mercenariat et expédients (1480 – 1482)

Après la fin de non-recevoir opposée par les députés des états au duc, il fallut substituer aux négociations générales des discussions directes avec les provinces et les villes, comme en septembre 1477. Le Brabant accepta de payer à nouveau sa part de l’aide de 500 000 écus, soit 108 400 écus. En Flandre, Gand refusa d’emblée de participer aux réunions des états, où ne siégèrent plus que les représentants de Bruges et d’Ypres[22]. Ceux-ci accor­dèrent au printemps 1480 une aide de 120 000 écus[23]. La part de la Flandre était donc très proche des 127 000 écus auxquels elle avait été astreinte en 1473 et de 1477 à 1479, avec un très léger rabais qui compen­sait mal la défection de Gand. On ne parvint finalement à lever que 80 000 écus, tant l’effort de 1479 avait été durement ressenti[24].

Si la contribution générale de 500 000 écus avait été reconduite, c’était sous la forme d’une aide extraordinaire, car l’argent récolté devait servir à payer les soldes des gens de guerre du mois de mai au mois de septembre 1480, alors que l’aide qui eut cours de 1477 à 1479 avait été accordée à titre ordinaire pour plusieurs années. En outre, il n’est pas évident que les autres provinces acceptèrent de payer leur quote-part des 500 000 écus. Ainsi, le comté de Namur, dont la part s’élevait en 1473 à 6 300 écus, n’en accorda en 1480 que 1 250 par an pour trois ans, qui, au vu de la modicité du total, furent levés en une fois[25]. Maximilien devait donc se contenter d’un impôt peu productif, auquel on ne reconnaissait même plus le caractère semi-permanent qu’il avait auparavant.

Les conséquences de cet effondrement des rentrées fiscales se firent rapidement sentir. Il n’était plus question de rassembler une grande armée qui eût pu affronter celle de Louis XI. O, a vu que l’armée levée contre les rebelles du Luxembourg n’excédait pas les 5 000 hommes, dont un millier de mercenaires allemands. Les gens de guerre, qui n’avaient été payés que très irrégulièrement, échappèrent à tout contrôle et mirent les provinces environnantes à feu et à sang, tandis que les mercenaires germaniques déclenchèrent une violente émeute à Luxem­bourg. Aussitôt les trêves signées avec les Français, Maximilien licencia près de la moitié de ses ordonnances, ramenées ainsi à un effectif de 600 lances, soit un cinquième seulement de l’armée royale.

Les impôts versés par le Brabant et la Flandre, insuffisants en 1480, furent ridicules en 1481. Les Brabançons accordèrent 1 000 combattants pour la reconquête du Luxembourg, 500 à cheval et 500 à pied[26], soit environ 20 000 écus en tout. Bruges et Ypres votèrent un impôt de 50 000 écus pour 1481[27]. C’était deux fois et demi moins qu’en 1480, treize fois moins qu’en 1479. La situation s’améliora très légèrement en 1482, Brugeois et Yprois s’engageant pour 75 000 écus[28]. À cela s’ajoutait une aide ordinaire pour l’entretien de l’hôtel du duc, payée par la Flandre et le Brabant. Ce n’était pas assez pour éloigner le spectre de la banqueroute, ni même pour ralentir la détérioration des finances bourguignonnes. Les années passées, il n’était pas rare de voir les villes consentir à faire des avances au duc, mais ce procédé connut alors une terrible extension. Le duc dépensait deux ou trois ans à l’avance les recettes d’impôts dont le montant était incertain, puisqu’il n’avait pas été validé par les états[29]. Il fallut alors emprunter ouvertement et massivement.

La mort de Marie de Bourgogne précipita la crise. Bruges et Ypres suspendirent le paiement de l’aide de 75 000 écus. Comme en 1477, les Flamands reprirent en main la défense de leur comté et chassèrent les mercenaires allemands pour les remplacer par des contingents commu­naux[30]. En attendant la réunion des états généraux, il fallut comme au cours de l’hiver 1479-1480 négocier avec les provinces pour arracher des avances sur les aides futures. Le paiement de l’armée dut être fractionné à l’extrê­me, et les représentants du duc en furent réduits à mendier auprès des villes, des nobles et du clergé le paiement des gens de guerre mois de solde par mois de solde, poignée d’hommes par poignée d’hommes. Olivier de La Marche obtenait ainsi en avril 1482 des états de Hainaut le versement d’un mois de solde de cinquante lances en garnison au Quesnoy, à Aymeries et à Chimay, contre la promesse que les 1 500 écus avancés seraient déduits des aides que les députés des états voteraient à l’avenir[31].

Les états généraux, qui se tinrent à Gand du 28 avril au 3 mai, à Alost du 19 au 29 mai, puis à Anvers en juin 1482, consacrèrent la division entre provinces rebelles, au premier rang desquelles la Flandre, et provinces restées loyales, menées par le Brabant. Le Brabant promit de payer 1 000 cavaliers et 4 000 fantassins, soit une contribution de 25 000 francs par mois. On ne sait combien de temps elle devait durer, sans doute cinq ou six mois, comme en 1479 et 1480, ce qui représentait une somme de 80 000 à 100 000 écus. La Flandre, refusant de donner des fonds dont elle ne contrô­lerait pas l’usage, affirma qu’elle entretenait déjà 10 000 combattants sur les frontières, et s’engagea à continuer. Le Hainaut, peu menacé depuis 1478, ne vota que 500 cavaliers[32]. La guerre se terminait donc sur une faillite financière autant que politique.

Une déroute financière

Pour mener la guerre, il faut des hommes et de l’argent, et au Moyen Âge, de l’argent plus encore que des hommes, puisque, on l’a vu, les effectifs mobilisés ne représentaient qu’une faible part de la population masculine, alors que seuls des moyens financiers très importants permet­taient de soutenir un effort prolongé. Le fédéralisme excessif des posses­sions bourguignonnes, né du mouvement de révolte de 1477, fut en grande partie à l’origine des difficultés financières de Marie et Maximilien, aggra­vées de surcroît par la gabegie qui présida aux campagnes de 1479.

Le duché de Brabant et le comté de Flandre supportèrent presque tout le poids de la guerre contre la France. La Hollande et la Zélande, qui contribuaient à l’aide de 500 000 écus pour plus du tiers, furent confrontées à de graves problèmes intérieurs et extérieurs. Depuis longtemps, la popu­lation des principales villes de ces deux provinces était divisée entre partisans des Hoeks (hameçons) et Kabeljauws (cabillauds). Cette rivalité perdurait, alors que son origine, à la fois sociale et politique, s’était perdue dans le temps, et que personne ne savait au juste pour quoi on se battait, comme en Italie les Guelfes continuèrent de s’opposer aux Gibelins bien après la fin de la querelle pour la couronne impériale. Dès que Charles Le Téméraire eut rendu l’âme, la guerre civile reprit, plongeant la Hollande et a Zélande dans l’anarchie. Au début de 1480 encore, la Hollande votait une aide de 5 000 combattants à pied pour la réduction de Leyde[33], dont les Hoeks, adversaires du duc, s’étaient emparés. Le duché de Gueldre, con­quis par les Bourguignons en 1473, révolté en 1477, repris en 1479-1480, venait à peine d’être pacifié que la révolte d’Utrecht éclatait, obligeant même le duc à distraire des troupes engagées contre les Français. Les principautés du Nord, au lieu de soutenir l’effort commun, étaient ainsi devenues un centre d’instabilité et une source de dépenses supplémentaires. Le Luxembourg, qui ne participait à l’aide générale de 1473 qu’à hauteur de 12 000 écus, se trouvait dans la même situation.

Que restait-il donc de l’aide de 500 000 écus, qui, si l’on excepte les contributions extraordinaires versées en 1478 et 1479, a fourni la majeure partie des ressources fiscales du duc ? En additionnant les parts de la Flandre, du Brabant, du Hainaut, du Namurois et de ce qui restait de l’Artois, c’est-à-dire Aire et Saint-Omer, on arrive à environ 270 000 écus par an, dont 87% à la charge des deux premières provinces. Or, le paiement de 1 000 lances d’ordonnance en coûtait 240 000 par an[34]. Il fallait égale­ment payer de nombreuses garnisons, composées essentielle­ment d’archers à pied et d’arbalétriers, ainsi que l’artillerie. La situation fiscale était donc tendue à l’extrême, même lorsque l’impôt rapportait les sommes prévues, ce qui cesse d’être le cas dès 1480.

Au vu de ces chiffres, il apparaît très clairement que les campagnes de 1479, qui d’un point de vue strictement militaire apparaissent blanches, voire très légèrement favorables aux Bourguignons, mirent en réalité à genoux le trésor ducal. Les sommes dépensées se passent de tout com­mentaire. Si l’on prend l’exemple de la Flandre, aux 127 000 écus de l’aide ordinaire s’ajoutèrent l’aide des 7 000 hommes, se montant à 92 000 écus, et la rallonge de 100 000 écus pour un total de 319 000 écus, soit 478 500 francs. On sait que Bruges, dont la quote-part représentait 40% du total, en paya effectivement la totalité. La contribution du Brabant, en supposant que le duché ait accordé un supplément semblable après Guinegatte, et en se fiant à sa portion de l’aide de 500 000 écus en 1473, a pu s’élever à 300 000 écus, soit 450 000 francs. La Flandre et le Brabant ont donc fourni près d’un million de francs en 1479. Quand on sait que les revenus annuels du roi de France étaient seulement de trois à quatre fois supérieurs pour une population plus de dix fois supérieure à celle des deux provinces, on mesure l’ampleur des sacrifices consentis par les habitants des Pays-Bas bourguignons.

Le surcoût énorme qu’elles ont provoqué, deux ans d’aide ordinaire pour la Flandre, a prématurément consommé les ressources des pays de par-deçà, déjà très inférieures à celles qui permirent au roi de France d’entretenir 4 000 lances jusqu’en octobre 1478, 3 000 ensuite. La gloire douteuse de Guinegatte a débouché sur la paix d’Arras. Maximilien ne comprit pas que l’effort financier consenti par ses sujets en 1479 était exceptionnel, et qu’il n’avait pas le droit de le dilapider en se contentant de ravager l’Artois sans même tenter de siège. La campagne de 1479 montre à quel point la levée d’une grande armée était, au regard des ressources limitées dont disposaient les souverains médiévaux, un véritable coup de poker, dont l’échec pouvait être lourd de conséquences. Ainsi, édouard III mit près de six ans à surmonter la crise financière provoquée par la vaine et coûteuse campagne de 1340, qui précipita dans la faillite son principal bailleur de fonds, le banquier florentin Peruzzi.

Un échec politique : armée ducale ou armée des ÉTATS généraux ?

La guerre franco-bourguignonne se termina sur une crise politique majeure, qui allait tourner à la guerre civile à peine deux ans plus tard. Le prince et les états généraux n’étaient parvenus ni à trouver un terrain d’entente durable, ni à faire triompher leur point de vue de façon suffisam­ment nette pour empêcher le conflit de se rallumer. Les atouts des deux parties s’équilibraient trop pour que l’une ou l’autre ait été en mesure de prendre le contrôle de l’ensemble de la chaîne des éléments constitutifs de la puissance armée et susceptibles d’attribuer à un seul acteur le monopole de l’usage de la force. Tout d’abord, le commandement de l’armée en campagne était naturellement dévolu au duc, et personne n’a jamais sérieusement discuté cette prérogative. Même les états de janvier-mars 1477 prévoyaient de faire prêter serment les gens de guerre à la duchesse, quoiqu’elle ne fût pas en mesure de diriger l’armée en personne[35]. La fidélité de la noblesse militaire allait toujours de préférence au duc, malgré les trahisons parfois retentissantes de certains grands seigneurs, comme Philippe de Clèves ou le comte de Romont, qui prirent le parti des rebelles flamands en 1483-1485. Le net redressement de la situation militaire après l’arrivée de Maximilien en 1477 montre toute la force de ce sentiment qui faisait du duc le pasteur d’un troupeau de brebis bien promptes à s’égarer.

En revanche, les assemblées d’états restèrent toujours maîtres des moyens humains et financiers mis à la disposition du duc. Le moins qu’on puisse dire est que jamais Maximilien ne se trouva en position de réduire leur consultation à une simple formalité, comme Charles Le Téméraire avait pu le faire durant une brève période. On a vu qu’on pouvait distinguer au cours de la période étudiée trois systèmes militaires différents, carac­térisés par le type et la quantité des ressources accordées à Marie de Bourgogne et Maximilien de Habsbourg, et qu’à chaque système corres­pondait un rapport de force spécifique entre le prince et ses sujets. Entre 1477 et 1482, Marie et Maximilien eurent à leur disposition des hommes, ou des hommes et de l’argent, ou de l’argent seulement ; des hommes lorsque les habitants des pays de par-deçà étaient au bord de la révolte, des hommes et de l’argent quand prince et sujets étaient réconciliés et unis contre la menace extérieure, de l’argent lorsque jouant de la division de leurs sujets, les princes arrachaient des subsides aux provinces les plus fidèles.

L’impression générale qui domine est que, une fois l’armée perma­nente rétablie, la dépendance financière du prince à l’égard de ses sujets n’a cessé de s’aggraver. D’une aide générale entre 1477 et 1479, on passa à des aides votées chaque année, puis ponctuellement, pour des périodes de plus en plus courtes, avant que les aides ne se transforment en avances, puis en emprunts. De même, les états provinciaux ont toujours pris en charge la perception des aides et subsides, de la détermination de l’assiette à leur levée. En Flandre, Bruges, Gand et Ypres levaient les impôts dans l’ensemble de leur ressort, campagnes incluses, et nommaient à cette fin des commis en charge pour un an[36], que chapeautait un receveur général[37]. La seule tendance favorable au prince a été que la relation entre le revenu des impôts et le nombre de gens de guerre soldés s’est estompée, pour devenir purement indicatif de l’effort consenti par les provinces. On l’a constaté pour la contribution de 7 000 hommes assise sur la Flandre et le Brabant en 1479, les 1 850 hommes accordés par la Flandre pour l’hiver 1479-1480. Le lien était encore plus ténu lorsqu’en 1480, on désignait dans les comptes ducaux la part de la Flandre indifféremment sous le nom d’aide de 6 000 hommes ou de 120 000 écus. Il disparaissait totalement en 1479, lorsque après Guinegatte, les députés laissaient toute latitude au duc pour dépenser les 100 000 écus qu’ils avaient décidé de lever, de sorte que ce furent les clercs ducaux, et non plus les villes, qui payèrent les piquiers.

Si la définition des moyens, sur laquelle on a largement insisté, constituait la partie la plus cruciale et la plus connue de la compétition entre le prince et ses sujets, il y avait bien d’autres sujets qui fâchaient et qui laissaient le champ libre à des interprétations contradictoires, où chacun pouvait pousser ses pions. Les montres d’armes, en particulier, qui compre­naient à la fois la revue et le paiement des gens de guerre, se trouvaient à mi-chemin entre les compétences des uns et des autres, après la levée des impôts par les états et avant que le duc ne prenne en main les opérations militaires.

Le passage en revue des gens de guerre resta tout au long de la guerre la chasse gardée des officiers ducaux issus de la noblesse militaire. C’est ce qui ressort de toutes les montres mentionnées dans les comptes du receveur général entre 1480 et 1482. La plupart d’entre eux étaient les baillis et capitaines de villes où se trouvaient stationnés les gens de guerre. Cela s’explique par le peu de mobilité des compagnies d’ordonnance, qui ont pratiquement toutes passé la guerre au même endroit. On trouve également des capitaines d’ordonnance, ainsi que, de temps à autre, des conseillers et chambellans du duc, sans doute envoyés par le duc pour mieux l’informer de l’état dans lequel se trouvaient ses troupes.

Les députés des états tentèrent de remettre en cause cette hégémonie des hommes du duc. Le 27 avril 1479, l’évêque de Tournai était chargé par le duc de négocier avec les états de Brabant la solde de la compagnie du comte de Chimay, que les députés devaient passer en revue le 1er mai suivant à Namur[38]. De même, lorsque Maximilien obtint en mai 1480 que la compagnie du prince d’Orange, récemment formée, soit soldée par les états de Flandre, celle-ci fut inspectée à Lille par des représentants flamands avant d’être envoyée au Luxembourg[39]. Ces deux événements, à une année d’intervalle, coïncidaient avec l’arrivée de la belle saison et l’entrée en vigueur d’aides nouvellement votées. Il apparaît donc que les députés avaient obtenu le droit de passer en revue au moins une fois par an, au début de chaque campagne, les troupes dont le paiement leur avait été attribué. La rupture des relations entre Maximilien et les états mit très probablement un terme à cette pratique. Les Gantois allèrent plus loin encore, et se permirent en décembre 1481 d’ordonner aux villes de Flandre, hors Bruges et Ypres, de faire la revue des milices communales, en même temps qu’ils convoquaient les états généraux pour le 2 janvier suivant[40]. C’était presque une déclaration de guerre, annonciatrice de la révolte armée qui suivit la mort de Marie de Bourgogne, et que Maximilien allait mettre des années à vaincre.

Après la revue des troupes avait lieu le paiement proprement dit. Entre 1477 et 1480, les états, principalement la Flandre et le Brabant, se sont réparti les compagnies d’ordonnance qui devaient défendre leur province ou celle qui leur était associée, Artois et Hainaut[41]. Dans ce cas, les soldes étaient versées directement aux gens de guerre, sans passer par les officiers ducaux qui en avaient eu la charge sous Charles Le Téméraire, à savoir le receveur général, le receveur de l’artillerie et le trésorier des guerres[42]. Il est pourtant arrivé que le receveur général, homme-clé de l’administration ducale, procédât au paiement de plusieurs compagnies d’ordonnance qui avaient quitté leur province d’attache, notamment à l’occasion des grandes campagnes, ainsi que des bandes de gens de guerre qui n’avaient pas d’affectation particulière, comme les mercenaires allemands. À cela s’ajoute le fait que l’on prenait fréquem­ment l’argent là où il se trouvait. L’exemple des 1 500 archers anglais qui servirent sur le continent en 1480-1481 avec l’accord d’édouard IV est à cet égard très significatif. Ils reçurent un mois de solde des Brugeois, deux mois du receveur général, et deux autres mois du rece­veur de Hollande, où ils faisaient campagne contre les rebelles[43].

Le receveur général suppléait donc de temps en temps aux retards des commis des états. D’une manière générale, on peut dire qu’entre 1477 et 1480, la plus grande partie des fonds étaient immédiatement utilisés pour payer les compagnies à la charge des provinces, tandis que le reste était mis en réserve pour des besoins extraordinaires, et passait pour cela dans les caisses du receveur général, du receveur de l’artillerie ou du trésorier des guerres[44]. L’incapacité des états généraux à mettre en place une adminis­tration fiscale commune à toutes les provinces et susceptible de centraliser une partie du produit des impôts pour engager les dépenses intéressant l’ensemble des pays de par-deça laissait ainsi ouverte une brèche par où s’engouffrèrent les gens de finance du duc.

Ces derniers reprirent progressivement le contrôle de l’ensemble du circuit de redistribution des ressources fiscales. Le receveur général multi­plia les paiements faits aux gens de guerre, y compris les compagnies stationnées en Flandre, Artois, Brabant et Hainaut, et les receveurs des aides de Brabant et de Flandre lui versèrent plusieurs fois des sommes ensuite redistribuées aux compagnies d’ordonnance en garnison dans leur province[45]. Maximilien put également utiliser plus librement l’argent mis à sa disposition. Il s’en servit pour solder un nombre croissant de merce­naires allemands, recrutés pour une campagne ou un siège, licenciés ensuite. Près d’un millier d’entre eux assiégèrent ainsi la place de Waghe­ninghen en Gueldre en mai 1480, et l’armée qui battit les rebelles liégeois en janvier 1483 en comptait 1 500 à 2 000, plus du quart de l’effectif total. Malgré leur solde très élevée, le caractère saisonnier de leurs services rendait leur prix de revient très inférieur à celui d’une armée permanente. Cette formule associait donc professionnalisme, économie et souplesse, puisque le duc levait le nombre d’hommes qui correspondait à ses besoins immédiats.

Marie de Bourgogne et Maximilien réussirent donc à garder le con­trôle de l’armée, que les assemblées d’états ne purent leur disputer autre­ment qu’en entrant en rébellion ouverte. Mais, alors que les rois de France, confrontés au même défi, menèrent le processus de réappropriation du pouvoir royal jusqu’à son terme, les Bourguignons connurent une crise à l’anglaise qui en sonna le glas. Par la suite, les Habsbourgs dominèrent plus ou moins fermement leurs provinces du Nord, mais ne purent jamais imposer la politique fiscale de leur choix. Il est à cet égard intéressant de constater que parmi les nombreux facteurs qui conduisirent à la sécession des Provinces-Unies entre 1566 et 1573, l’un des plus importants fut la tentative du duc d’Albe de lever d’autorité une taxe destinée à l’entretien des garnisons espagnoles.

De cette brève étude, il ressort donc que les rapports entre le prince et ses sujets ont autant ou plus pesé sur l’organisation militaire des Pays-Bas bourguignons entre 1477 et 1482 que les contraintes stratégiques nées de l’invasion française. En l’espace de quelques années, Marie et Maximilien ont expérimenté tous les modèles militaires existant alors en Occident, le plus souvent contre leur gré. De janvier à août 1477, ainsi que de mars à décembre 1482, les jeunes époux ont vu leur échapper la levée des troupes, leur paiement, et même la conduite des opérations, laissés aux factieux des villes de Flandre. Toute l’énergie que ces derniers mirent pour tenter de ressusciter l’arrière-ban montre à quel point le maintien des institutions féodales paraissait être aux yeux des contemporains le plus sûr garant de leurs libertés contre l’arbitraire princier, alors même que les progrès de l’art de la guerre rendaient de plus en plus obsolètes les armées non profes­sionnelles.

D’août 1477 à la fin de 1479, des relations plus paisibles avec les états ont permis de mettre en place un système mixte qui associait armée permanente et arrière-ban. De 1480 à la mort de Marie de Bourgogne, la fin de cette fragile entente se traduisit par une reprise en main des institutions militaires et fiscales par le duc, au prix d’une forte diminution des moyens mis à sa disposition. Malgré la survie de compagnies d’ordonnance de moins en moins nombreuses, malgré la convocation épisodique de l’arrière-ban, Maximilien allait désormais s’appuyer sur des gens de guerre profes­sionnels mais licenciés après chaque campagne. Les lansquenets seront l’expression la plus achevée de cette nouvelle organisation, grâce à laquelle Maximilien put vaincre les rebelles Flamands.

Les Français aussi tirèrent quelques enseignements du conflit. La guerre avait montré l’efficacité de leurs compagnies d’ordonnance, qui, au contraire de celles du Téméraire, trop innovantes, mariaient harmonieuse­ment traditions chevaleresques et progrès administratifs et techniques. Les rois de France pouvaient compter sur une noblesse nombreuse et batail­leuse, tout comme Maximilien avait à sa disposition un réservoir de merce­naires toujours à la recherche d’employeurs. Si la réussite des compagnies d’ordonnance fait écho à celles des lansquenets, l’échec des francs-archers, dissous en 1479, répond à celui de l’armée mixte bourguignonne de 1477-1480. Une réforme militaire réussie s’inscrit le plus souvent dans le prolon­gement de pratiques plus anciennes, sans perturber l’équilibre subtil entre système politique, organisation militaire et société.



[1]        J. Molinet, op. cit., p. 215 et J. Nicolay, Le kalendrier des guerres de Tournay (1477-1478), éd. F. Hennebert, dans Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, Tournai, 1853, t. II, p. 69.

[2]        Lettres de Louis XI, éd. E. Charavay, J. Vaesen et B. de Mandrot, Paris, 1883-1909, t. VI, pp. 216-218.

[3]        A. G. Jongkees, Armement et action d'une flotte de guerre : la contribution des comtés maritimes à l’armée générale des pays de par-deça en 1477, dans Publications du centre européen d’études burgondo-médianes, t. 26, 1983, p. 71.

[4]        Le montant des impôts était fixé en écus, bien que les troupes fussent payées en francs tournois, un écu valant 1,5 f. La monnaie de compte en usage dans les états bourguignons était la livre de flandre, qui valait à cette époque 1,25 f.

[5]        J. Cuvelier, Actes des états Généraux des Anciens Pays-Bas, t. I (1427-1477), Bruxelles, 1948, p. 303-304.

[6]        A. G. Jongkees, op. cit., p. 72.

[7]        J. Cuvelier, ibid.

[8]        J. Molinet, Chroniques, éd. G. Doutrepont et O. Jodogne, Bruxelles, 1935, t. I, pp. 198-201.

[9]        J. de Dadizeele, Mémoires, éd. H. Kervyn de Lettenhove, Bruges, 1850, n° 64, p. 98.

[10]       AD Nord, B 2115, fol. 33v.

[11]       Voir sur le sujet l’article fondamental de Michel Mollat : “Recherches sur les finances des ducs Valois de Bourgogne”, Revue historique, 1958, pp. 285-321.

[12]       AD Nord, B 2116, fol. 3v.

[13]       J. de Dadizeele, op. cit., p. 4-50.

[14]       R. Wellens, Les états généraux des Pays-Bas, des origines à la fin du règne de Philippe le Beau, 1464-1506, Heule-Courtrai, 1974, p. 180.

[15]       AD Nord, B 2118, fol. 85v.

[16]       R. Wellens, op. cit., p. 182-183.

[17]       AD Nord, B 3519, n°124 379.

[18]       AD Nord, B 3519, n°124 374. L’assiette prévue était de 28 000 l. par mois, soit 5 francs par homme et par mois, 140 000 écus en tout. Au terme d’un réajustement, on est finalement arrivé à un total de 25 512 l. par mois. En effet, sur ces 7 000 hommes fictifs, 3 110 furent “transformés” en fantassins payés 4 francs. Ce mode de calcul de l’impôt permettait probablement de rendre plus concrète aux yeux des contribuables la contribution de leur ville ou de leur châtellenie, tout en créant une marge de manœuvre pour les commissaires qui déterminaient l’assiette des impôts.

[19]       AD Nord, B 3519, n° 124 377.

[20]       J. de Dadizeele, ibid, et voir supra, note 19.

[21]       AD Nord, B 2121, fol. 26-v.

[22]       Gand, Bruges et Ypres formaient les Trois membres de Flandre, qui seuls repré­sentaient la province aux états provinciaux et généraux, à l’exclusion donc des autres villes, de la noblesse et du clergé.

[23]       AD Nord, B 2121, fol. 52v.

[24]       AD Nord, B 3519, n° 124 379.

[25]       AD Nord, B 2121, fol. 41.

[26]       AD Nord, B 2124, fol. 27.

[27]       AD Nord, B 2127, fol. 27.

[28]       AD Nord, B 2127, fol. 162v.

[29]       AD Nord, B 2127, fol. 34v-35, aides de Flandre. Le receveur de Flandre donne le 22 janvier 1482 au receveur général 6 000 l. sur la recette de l’année commençant en janvier 1483. Le 10 février 1482, le même verse 5 000 l. sur la recette de l’année commençant en 1484.

[30]       AD Nord, B 2127, fol. 117.

[31]       O. de La Marche, Mémoires, éd. H. Beaune et J. d’Arbaumont, Paris, 1888, t. III, annexe de la notice biographique, p. CLVII-CLVIII.

[32]       R. Wellens, op. cit., p. 184-186.

[33]       AD Nord, B 2124, fol. 30.

[34]       Une lance coûtait 30 f. par mois (un homme d’armes à 15 f., deux archers à cheval à 5 f. et un archer à pied à 4 f., à quoi s’ajoutait la solde du capitaine, 1 f. par mois et par lance). Une compagnie de cent lances revenait donc à 3 000 f. par mois, et 1 000 lances à 360 000 f. par an, soit 240 000 écus.

[35]       J. Cuvelier, op. cit., texte n° 6, pp. 303-304.

[36]       En 1479, il y avait six commis à Gand et six à Bruges (AD Nord, B 3519, n° 124 374).

[37]       En 1479, Jean de Nyeuvenhove, bourgmestre de Bruges, occupait cette fonction aidé de six commis (AD Nord, B 3519, n° 124 377).

[38]       AD Nord, B 2 118 fol. 139v.

[39]       AD Nord, B 2121, fol. 152v-153.

[40]       AD Nord, B 2124, fol. 164v.

[41]       En 1479, la Flandre entretint 525 lances (AD Nord, B 3519, n° 124 274). En 1480, le Brabant devait solder cinq compagnies d’ordonnance et la Flandre sept (AD Nord, B 2121, fol. 52v).

[42]       AD Nord, B 3519, n° 124 381.

[43]       AD Nord, B 2124, fol. 322.

[44]       AD Nord, B 3519, n° 124 374 : en mai 1479, les soldes des 525 lances à la charge de la Flandre représentèrent 17 000 l. Comme la contribution totale s’élevait à 25 000 l. par mois, il est resté 8 000 l. pour le mois de mai, et 14 400 l. pour avril et mai. Le receveur de l’artillerie en reçut 8 000 l.

[45]       En 1479 et 1480, les sommes infimes prélevées par le receveur général sur les aides de Flandre ne servaient qu’à payer des pensions. En 1481, le receveur général reçut du receveur des aides de Flandre 8 120 l. pour le paiement de trois compagnies en garnison à Saint-Omer (AD Nord, B 2124, fol. 29). En 1482, le total des sommes versées par le même au même pour la solde des gens de guerre monta à 36 123 l. (B 2127, fol. 34v-38v).

 

 

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