Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

Diego Ufano et l’artillerie au début du xviie siècle

 

Frédéric Naulet

 

Au début du xviie siècle, l’artillerie des grandes puissances euro­péennes ressemble encore beaucoup à celle du début de la Renaissance, tant par son matériel que par son utilisation. Les pièces des armées d’Henri IV sont sur bien des points semblables à celles de François Ier et certaines sont même encore utilisées ! Le peu de progrès techniques en France est souvent mis sur le compte des guerres de religion, période il est vrai peu propice à de grandes réformes royales réellement applicables. Ainsi, en 1550, le grand-maître de l’artillerie d’Henri II, Jean d’Estrées, essaye de mettre de l’ordre dans le matériel en fixant les dimensions des six calibres qui doivent désormais être fondus dans le royaume mais l’absence de contrôle des artilleries privées et de celles des grandes villes atténue sérieusement la portée de cette réforme. Il en fut probablement de même pour l’édit de Blois de 1572, qui poursuivait les mêmes buts. Il faut attendre la paix et la volonté de Sully pour remettre un peu d’ordre dans l’artillerie du royaume. En effet, si les fonderies ne fabriquent plus que les six calibres autorisés, les places fortes disposent de nombreuses pièces aux dimensions variées qu’il n’est nullement question de refondre, et ce par mesure d’économie.

Malgré tout, la situation politique du royaume n’explique pas tout, car ce préambule sur le matériel français est applicable sur bien des points à l’artillerie espagnole dont l’uniformisation date probablement du début du xviie siècle, sous l’impulsion du comte de Bucquoy[1]. Quatre pièces sont alors retenues :

   le canon de 40 livres ;

   le demi-canon de 24 livres ;

   le quart du canon de 10 livres ;

   le canon de 5 livres.

Preuve de l’absence d’évolution technique majeure au xviie siècle, les dimensions retenues sont celles des canons du règne de Charles Quint. Néanmoins, l’Espagne se distingue des autres pays sur un point : ses théoriciens de l’artillerie.

LES PREDECESSEURS D’UFANO

Si, à cette époque, les écrits d’auteurs français sur cette arme sont rares, des auteurs espagnols publient plusieurs ouvrages. En 1583, Garcia de Palacios, auditeur à l’audiencia de Guatemala puis à celle de Mexico, rédige ses dialogues militaires dont le troisième livre traite ”de la nature et composition de la poudre, du bon usage des arquebuses et de l’artillerie et des règles de perspective avec quelques instruments nécessaires”[2]. Repre­nant les travaux sur la balistique de Nicolo Tartaglia[3], l’auteur s’interroge sur l’utilisation de l’artillerie tant en campagne qu’au cours d’un siège. Sept ans plus tard, Diego de Alava y Viamont publie Le capitaine instruit. Malgré son succès, cet ouvrage n’aura pas l’influence de celui de Louis Collado, ingénieur andalou au service de Philippe II en Lombardie.

En 1586, Louis Collado écrit (en italien) Platica manuale de arti­gleria. Six ans plus tard, une édition augmentée est publiée en espagnol à Milan sous le titre de Practica de artilleria en que se trata del arte militar, de los maquinas de los antiguos, de la invençion de la polvora y un examen de artilleros. L’ouvrage est divisé en 5 livres :

   les machines des anciens ;

   la fabrication des canons ;

   les charges ainsi que les méthodes de pointage et de tir ;

   les mines et les feux d’artifice ;

   un dialogue entre un général d’artillerie et un artilleur.

64 planches complètent l’ouvrage. Comme Collado le reconnaît lui-même, son travail est avant tout le fruit de sa propre expérience, même s’il reprend et critique les travaux de Tartaglia sur la balistique.

Preuve de son succès, ce livre est réédité à deux reprises (1606 et 1641), et François Blondel[4] y fait encore allusion dans son Art de jeter les bombes en 1685. Néanmoins, les propos de ce dernier sur l’ingénieur espagnol sont très durs, jugeant qu’il n’y a pas lieu de s’arrêter “à raison­ner sur le rapport de cet auteur et sur le peu de sûreté qu’il y a de ces expériences”[5]. Mais, même s’il ne “s’y arrête pas”, François Blondel consulte tout de même un ouvrage vieux d’un siècle, preuve de la réputa­tion encore vivace de l’ingénieur espagnol. Incontestablement, Louis Collado a influencé Diego Ufano qui le cite dans son Tratado de la artilleria y usos della platica por el capitan Diego Ufano en las guerras de Flandes publié à Bruxelles en 1613.

UNE CARRIÈRE MÉCONNUE

Malheureusement, nous savons peu de choses sur lui. Mais si, comme Collado, Ufano s’est inspiré de sa propre expérience pour écrire son livre (ce qui est très probable), nous pouvons retracer une partie de sa carrière.

Diego Ufano, un capitaine d’artillerie. C’est-à-dire qu’il n’a jamais dirigé un équipage en campagne mais a seulement commandé une batterie. L’essentiel de sa carrière se déroule sans doute aux Pays-Bas. Deux hommes vont marquer sa carrière : Dom Louis de Vélasco, marquis de Belveder[6], général d’artillerie des Pays-Bas espagnols, et le comte de Bucquoy, général d’artillerie sous les ordres de Spinola. Ufano participe probablement aux campagnes d’Alexandre Farnèse en Flandres, mais il ne fait pas allusion à l’intervention espagnole en France de 1590 pour faire lever le siège de Paris. En revanche, il est certain qu’il participe à la prise de Calais en juillet 1596 puis à celle d’Amiens en mars 1597. Une fois la paix de Vervins signée, il combat en Flandres et se distingue au siège d’Ostende (1601) puis sur le Rhin. La guerre terminée, Ufano prend en charge l’artillerie du château d’Anvers, où il rédige son traité.

Dans la préface de l’édition française de 1614, l’éditeur, Jean Théo­dore de Bry, nous présente ainsi l’auteur :

Entre tels (des grands personnages), nostre auteur, encor pour le présent capitaine de l’artillerie au chasteau d’Anvers, n’est pas le moindre en ne parlant pas de sa seule théorie et démonstra­tions mathématiques, et de pure pratique et expérience et non seulement du jeu de l’artillerie, mais aussi de tout ce qui tant en un siège qu’en un lieu assiégé est requis au train d’icelle[7].

Même si ces termes élogieux sont sans doute un peu exagérés, il est certain qu’Ufano fût considéré comme un artilleur d’expérience. Cepen­dant, celle-ci reste limitée aux Pays-Bas, au nord de la France et au Rhin, donc à des théâtres d’opération peu accidentés et aux nombreuses voies navigables (si importantes pour le transport de l’artillerie). Il n’a jamais combattu en Italie, n’a pas eu à franchir les Alpes, a essentiellement partici­pé à des sièges et n’a jamais affronté les Turcs ni en Méditerranée, ni en Hongrie.

L’ouvrage se compose de trois traités. Le premier est divisé en neuf chapitres traitant de l’histoire de l’artillerie (invention de la poudre, appari­tion de l’artillerie en Europe, première pièce forgée,...) et des pièces en usage depuis Charles Quint jusqu’au début du xviie siècle (ces dernières étant parfois les mêmes que celles du début du xve siècle). Le second traité, incontestablement le plus intéressant, est un dialogue entre un capitaine expérimenté (Diego Ufano) et un général qui aurait servi dans l’infanterie, en Italie et en Hongrie, avant de découvrir les Pays-Bas. Souhaitant devenir général d’artillerie, ce dernier va poser de nombreuses questions sur tous les domaines touchant à cette arme, parfois de manière décousue, revenant sur certains thèmes comme s’il y avait réfléchi entre deux entretiens. Cette structure ainsi que les détails donnés par Ufano sur l’expérience de son interlocuteur peuvent laisser penser que ce dialogue fut bien réel, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’un exercice de style courant chez les théo­riciens de l’époque. Le troisième traité concerne la façon de mesurer les différentes munitions, de préparer la poudre et les feux d’artifice “pour le consentement de son général qui en recevant son prince ou quelque autre seigneur luy voudra faire l’honneur de quelque salut royal”[8].

PRéSENTATION DE MATÉRIEL AU DÉBUT DU xviie SIÈCLE

L’uniformisation de l’artillerie

Ufano classe les pièces d’artillerie en 3 catégories :

   celles portant des noms d’animaux (dragon, couleuvrine, sacre, fauconneau,...), les plus anciennes mais pour beaucoup encore utilisées dans la première moitié du xviie siècle ;

   les canons, c’est-à-dire les 4 pièces désormais fabriquées dans les fonderies espagnoles ;

   les pièces à tir courbe (les pierriers et les mortiers) et les pétards (charge posée sur une porte ou une palissade pour la faire exploser).

Comme souvent dans ce genre d’ouvrage, l’auteur s’attarde sur quelques pièces remarquables mais anecdotiques, telle cette serpentine de Malaga, pesant 150 quintaux, tirant un boulet de 80 livres et chargée de 64 livres de poudre. Elle fut d’ailleurs transférée à Carthagène “après avoir par son grand bruit et secousse épouvantable fait avorter plusieurs femmes grosses”[9].

En citant toutes les pièces existantes (avec leur poids, leur charge et leur portée), Ufano veut non seulement faire preuve d’exhaustivité mais aussi démontrer la nécessité d’uniformiser l’artillerie. Il est vrai qu’entre les pièces légitimes (aux dimensions prescrites), les pièces amoindries (allégées) ou renforcées, les pièces bâtardes (plus courtes) et les pièces extraordinaires (plus longues), il n’existe pas moins de 90 modèles différents (et encore si toutes les pièces avaient été fondues correctement). “De cette relation, le lecteur (...) entendra facilement de combien l’antique façon (lorsque l’on fondait autant de canons) est devancée par la moderne (depuis l’uniformisation des pièces). Car pour les anciens en si grande diversité et confusion des pièces, il y falloit beaucoup de peine et labeur pour aproprier leurs munitions”[10]. À en croire l’auteur, ce temps était révolu comme si la décision de ne plus fabriquer que quatre calibres avait réglé la situation en quelques années. En fait, la réalité était toute autre.

Uniformiser l’artillerie et la réduire à quelques modèles comprenait de ne plus fabriquer que ceux-ci, mesure immédiatement et facilement appli­cable, mais aussi de refondre les anciennes pièces donc de réformer des canons encore utilisables et parfois en parfait état. Or, cette décision avait un coût (difficilement chiffrable) qui la rendait inapplicable en si peu d’an­nées. Dans ces conditions, seules les pièces hors de service étaient retirées des places fortes au fur et à mesure. En France, il fallut près de 80 ans pour faire aboutir l’édit de 1601 voulu par Sully.

Si l’application d’une telle mesure était si longue, c’est qu’il fallait aussi compter avec les prises de guerre (et pour la France, elles furent nombreuses au xviiie siècle). Cela compliquait donc l’uniformisation de l’artillerie, qui fut apparemment particulièrement difficile en Espagne. Lorsque Philippe V monta sur le trône, Jean Orry fut envoyé à Madrid pour réformer l’administration et les finances espagnoles. Il adressa plusieurs rapports à Chamillart, secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV, sur l’état de l’artillerie, dans lesquels il exprima son inquiétude, en particulier sur la diversité des modèles. Il faut dire qu’il n’était pas rare de trouver dans la péninsule ibérique des pièces de 35, de 43, de 45 et même de 60, alors que tous ces canons étaient censés ne plus être fabriqués depuis un siècle ! L’enthousiasme d’Ufano doit donc être tempéré.

En présentant les différentes pièces, l’auteur aborde également un thème essentiel même s’il ne s’étend guère sur ce sujet : la mobilité de l’artillerie. Tous les décideurs et théoriciens de l’époque se sont trouvés confrontés à ce dilemme : faut-il alléger les pièces pour les rendre plus manœuvrables au risque de perdre de la puissance de feu ou plutôt privilégier ce dernier point mais faire de l’artillerie une arme statique sur le champ de bataille et un fardeau pour une armée en campagne ? Une première réponse sera apportée par un compatriote d’Ufano, Antonio Gonzalez, avec la création de pièces légères reprises en France par Frézeau de la Frézelière[11] en 1670. Néanmoins, il faudra attendre le milieu du xviiie siècle pour voir apparaître une artillerie puissante et mobile avec les pièces autrichiennes de Liechtenstein, prussiennes ou françaises du système Gribeauval (quelques années plus tard). Au début du xviie siècle, les pièces légères (amoindries) n’ont guère fait leurs preuves en raison d’un manque de puissance réel. Aussi sont-elles fermement condamnées par Ufano. Selon lui, cette artillerie oblige à tirer beaucoup plus longtemps pour pratiquer une brèche et donc, soit à utiliser plus de pièces, soit à rallonger la durée d’un siège sans jamais être sûr de parvenir à ses fins.

UNE MÉCONNAISSANCE DE LA BALISTIQUE

Ufano explique ce manque de puissance par la faible quantité de poudre utilisée mais, comme tous ses contemporains, il ignore presque tout du phénomène de la combustion et donc que les fortes charges ne sont que gaspillage. Pourtant, il constate bien la présence de poudre non consumée après le départ du projectile mais il se trompe dans ses conclusions, pensant qu’il ne s’agit que d’un problème de tassement au fond de l’âme.

Sur la poudre, Ufano apporte peu d’éléments si ce n’est sur sa compo­sition, moins riche en salpêtre qu’à la fin du xviie siècle, ce qui explique peut-être la faiblesse des portées (de 200 à 300 mètres de moins en moyenne). Pour la compenser, les artilleurs augmentaient démesurément les charges, lesquelles allaient de la moitié du poids du boulet (12 livres pour une pièce de 24) à la totalité de ce dernier (5 livres pour la pièce de 5). Naturellement, l’échauffement du canon les contraignait à plus de modéra­tion, mais cette tendance à la surconsommation perdura jusqu’aux décou­vertes de Bélidor en 1740[12]. 

Reprenant les théories erronées de ses prédécesseurs, Ufano pense que la trajectoire d’un projectile se divise en trois phases :

   le projectile suit une trajectoire rectiligne en sortant de l’âme.

   en perdant de sa vitesse, il commence à descendre en décrivant une courbe.

   rapidement, sa chute devient verticale.

François Blondel (le premier à décrire la bonne trajectoire) fustige les erreurs du capitaine espagnol dans son Art de jeter les bombes de 1685, tout en reconnaissant que “ce sentiment lui est commun avec la plupart des ingénieurs et canoniers italiens et allemands qui n’ont jamais compris que la gravité n’est jamais oisive”[13].

Avec une telle méconnaissance de la balistique, il ne faut pas s’étonner de l’imprécision du tir et surtout de l’inutilité des méthodes avancées par les théoriciens.

Si Ufano ne donne pas à proprement parler de tables de tir, il expose néanmoins une règle :

La règle commune par laquelle l’artillier cognoistra quelle sera la portée de sa pièce et de degré à degré de l’élévation d’icelle est qu’il regarde de combien de pas elle sera selon la mire commune, lesquels elle divisera par cinquante et multipliera le quotient par onze qui sera le nombre de la plus grande disgression, lequel il divisera de rechef par quarante-quatre, dont ce quotient sera justement le nombre de pas que la balle perdra es autres disgressions, degré à degré[14].

Nous imaginons difficilement des artilleurs maîtrisant peu les sciences, appliquer ces recommandations en pleine action, mais elles ont au moins le mérite d’insister sur l’importance des mathématiques dans cette arme, idée qui ne s’imposera réellement qu’à la fin du xviie siècle. Cette règle n’empêche pas Ufano de rappeler que le tir se fait essentiellement par tâtonnement.

Améliorer la fabrication des pièces

Pour bien tirer, tout bon artilleur se doit de connaître son canon et surtout ses défauts. Dans les trois parties de son ouvrage, Ufano traite de la fonte, preuve de l’importance qu’il accorde à ce sujet, tout en avouant son peu de connaissance en la matière “n’ayant jamais esté emploié en cette charge”[15]. Le monde fermé et restreint des fondeurs explique cette ignorance commune à la plupart des artilleurs, les fabricants de canons gardant jalousement secret leur technique transmise de père en fils “qui dans le berceau en apprennent le maniement”[16]. Cette technique était d’ailleurs bien imparfaite et même les plus célèbres fondeurs fournissaient des pièces avec de nombreux défauts dont Ufano dresse la liste :

   les pièces tordues (la barre métallique autour de laquelle est fondu le canon est souvent à l’origine de cette malformation) ;

   les pièces poreuses ou chambrées à cause d’un métal mal préparé ;

   des pièces trop faibles (pas assez épaisses) crevant après seulement quelques tirs ;

   des pièces de mauvaises dimensions ou au poids inégalement réparti. Certains canons avaient une culasse trop lourde, rendant le pointage difficile. D’autres avaient une bouche trop chargée en métal, ce qui faisait pencher la pièce vers l’avant. Pour y remédier, certains artilleurs attachaient à la culasse une corbeille remplie de balles de plomb pour faire contrepoids ;

   enfin, certaines pièces avaient une âme qui se rétrécissait en leur milieu, bloquant le projectile.

Que des pièces soient défectueuses n’a rien de surprenant[17] mais nous sommes étonnés de voir le nombre de ces canons acceptés par l’artillerie, laquelle ne semble même pas demander leur refonte. Pour Ufano, les deux fautifs sont :

   les fondeurs, premiers responsables de ces défauts et parfois coupables d’entente avec les artilleurs chargés de recevoir les pièces (les fondeurs demandaient parfois aux artilleurs de réduire la charge destinée à éprouver la pièce afin que celle-ci supporte le test) ;

   les généraux d’artillerie qui reçoivent ces pièces parfois sans les avoir examinées sérieusement. L’auteur condamne d’ailleurs cette attitude, considérant qu’un bon officier devrait non seulement éprouver les nou­velles pièces mais aussi surveiller la fonte en examinant les moules et l’alliage. Malheureusement, une telle recommandation exigeait des connaissances en métallurgie que les théoriciens étaient bien incapables de donner. Preuve de leur ignorance, Ufano est incapable de donner le bon alliage et cite les différents avis :

   160 livres de cuivre, 10 livres d’étain et 8 livres de laiton pour les experts ;

   100 livres de cuivre, 20 livres d’étain et 5 livres de laiton pour certains théoriciens ;

   100 livres de cuivre et 8 livres d’étain pour Collado ;

   100 livres de cuivre, 8 livres d’étain et 5 livres de laiton pour Ufano, lequel reprend donc la proposition de Collado mais en lui ajoutant du laiton. Cette matière n’a qu’une propriété : donner plus d’éclat à une pièce, d’où son utilisation fréquente au xviie siècle. Mais elle peut aussi la fragiliser en provoquant des chambres, petites cavités à l’intérieur de l’âme, et pour cette raison, la France finira par en interdire l’utilisation au début du xviiie siècle. Collado était donc très en avance sur son temps.

En réclamant un meilleur contrôle des fontes, Ufano est un précurseur mais il doit néanmoins se résigner à se servir des pièces défectueuses pour lesquelles il donne des règles d’utilisation :

  bien laver l’âme des pièces crevassées après chaque tir pour y éteindre toute flamme souvent responsable d’accidents lors de l’intro­duction de la charge ;

  mesurer l’âme des pièces à la bouche élargie pour éviter d’y introduire un boulet trop gros ;

   se servir de boulets du plus petit calibre possible pour les pièces tordues[18].

Cette présentation du matériel du début du xviie siècle montre bien les faiblesses de cette arme et permet de mieux comprendre la difficulté que rencontrait les artilleurs de l’époque pour toucher leurs cibles. Aussi, le bon tireur a-t-il tout intérêt à se faire remarquer pour être récompensé :

Au siège de Sienne, il y avoit une pièce longue sur l’ambulacre de l’église majeure, de laquelle l’armée assiégeante recevoit beaucoup de dommages. Mais enfin s’y trouve un artillier alleman que d’un coup non seulement démonta mais aussi fit voler l’artillier et tous ceulx qui estoient avec luy en l’air. Ce que voyant, le marquis de Martinian, général de l’armée, luy pleut tellement qu’il osta une chaîne de son col et la donna au dit artillier, en récompense de ce brave coup[19].

L’UTILISATION DE L’ARTILLERIE

Composer un équipage

Dans la partie dialoguée de l’ouvrage, la première question posée par le général à Ufano porte sur le nombre de pièces à emporter lors d’une campagne. Ce dernier estime qu’une armée de 40 000 hommes doit avoir à sa suite 30 canons (soit 0,75 pièce pour 1 000 hommes), proportion légè­rement inférieure à la coutume (1 pièce pour 1 000 hommes) et loin de celle des équipages du début du xvie siècle. En effet, pour sa campagne de Marignan, François Ier avait emporté 72 pièces pour une armée de 30 000 hommes, soit 2,4 pièces pour 1 000 hommes. Pour retrouver un tel rapport il faudra attendre la guerre de Sept Ans.

L’étonnement du général devant le peu de canons emportés permet à Ufano de justifier son choix en mettant l’accent sur le manque de mobilité de l’artillerie, aussi bien sur le champ de bataille où “par subites ren­contres de l’ennemi , on ne peut s’en servir”[20], qu’à la suite de l’armée pour laquelle elle constitue une charge. Sur ce dernier point, nous pourrions objecter que conduire 30 canons ou bien 40 ne représente aucune différence pour la progression des troupes mais l’auteur insiste sur le problème des chevaux. Emporter 10 pièces supplémentaires exige de se doter des ani­maux de trait et du fourrage en conséquence, “chose à laquelle le prudent général doit avoir toujours l’œil ouvert”[21]. En effet, il ne faut pas moins de 23 chevaux (30 en terrain difficile) pour tirer une pièce de 40 car, fait incroyable, Ufano préconise d’emporter 9 canons de ce type. Pourquoi prendre de tels engins (dont il est aisé d’imaginer les difficultés des transports) alors qu’une pièce de 24 peut rendre les mêmes services lors d’un siège ?

La réponse de l’auteur est pour le moins curieuse mais révélatrice des pratiques de l’époque. Lors d’un combat, surtout durant un siège, les belligérants avaient l’habitude de récupérer les projectiles tirés par l’adversaire or, en utilisant des pièces d’un calibre supérieur à celles de son adversaire, il était possible de réutiliser les boulets de ce dernier sans qu’il puisse en faire autant. Charles Quint aurait utilisé cette méthode contre les Français, laquelle ne devait certainement pas améliorer la précision du tir. Dans ces conditions, nous pouvons nous demander quel était l’intérêt d’établir des méthodes de tir ? Était-il si nécessaire de s’encombrer de telles pièces pour obtenir un avantage qui est loin de nous paraître décisif ? La carrière d’Ufano nous apporte peut-être une réponse.

Selon nos connaissances, le capitaine espagnol réalise l’essentiel de sa carrière aux Pays-Bas, donc dans une région peu accidentée, traversée par de nombreux cours d’eau, lesquels sont autant de voies de communi­cation[22]. Le transport  d’une pièce de 40 sur un fleuve ou une rivière n’était guère plus pénible que celui d’une pièce de 24. Aurait-il eu les mêmes idées s’il avait dû faire manœuvrer un équipage à travers les Alpes ou, pire, en Catalogne et dans le Roussillon ?

Au début du xviie siècle, les équipages ne sont pas encore constitués pour un siège ou une bataille mais pour une campagne au cours de laquelle ils peuvent être amenés à participer à ces deux types d’action. Cela explique la diversité des calibres de l’équipage proposé par Ufano :

   9 pièces de 40 avec 3 affûts de rechange et 5 000 boulets (soit 8 par pièce et par jour en moyenne) ;

   8 pièces de 24 avec 6 affûts de rechange et 12 000 boulets (soit 10 par pièce et par jour) ;

   6 pièces de 10 avec 4 affûts de rechange et 14 000 boulets (soit 12 par pièce et par jour) ;

   7 pièces de 5 et 16 000 boulets (soit 14 par pièce et par jour) ;

   267 chariots pour les outils, la poudre, les munitions, les mous­quets et les arquebuses ;

   41 chariots pour les bagages ;

   1 524 chevaux.

Nous pouvons nous étonner du peu de pièces de 5, les plus légères, qui deviendront les pièces maîtresses de l’artillerie au cours d’une bataille dans la seconde moitié du xviie siècle[23]. En fait, ces pièces n’ont d’autre rôle que de protéger la marche de l’armée et le camp en cas d’attaque surprise, c’est-à-dire dans toutes les situations d’urgence. Au cours d’une bataille, la mobilité n’a plus aucune importance, l’artillerie ne manœuvrant pour ainsi dire pas. De plus, ce genre d’action, peu fréquent aux Pays-Bas, n’inspire guère Ufano, lequel reconnaît n’avoir participé qu’à deux batailles.

L’artillerie dans la bataille

Selon lui, dans ce genre de circonstances, le général doit avoir deux soucis :

             placer au mieux ses canons avant l’engagement ;

             éviter qu’ils ne tombent entre les mains de l’adversaire.

Compte tenu de sa faible portée, l’artillerie ne peut avoir qu’un rôle défensif et tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître que les premiers tirs, avant toute manœuvre des troupes adverses, n’ont  pour but que de rassurer les soldats de son propre camp. Le manque de mobilité interdisant pratiquement tout mouvement au cours de l’action, le général doit veiller à protéger ses canons par son infanterie. Dans ces conditions, il n’a guère le choix pour placer ses pièces. Traditionnellement, les ailes sont tenues par la cavalerie, laquelle débute souvent le combat. Située à cet endroit, l’artille­rie n’aurait pu ni soutenir une attaque, ni réellement retarder une charge de l’adversaire et se serait retrouvée rapidement sans soutien. Il ne reste donc que le centre où les canons peuvent être placés sur le front des troupes ou entre les bataillons de mousquetaires et de piquiers, solution privilégiée par Ufano mais sans réellement la justifier.

Quant à la sauvegarde de l’artillerie, bien peu d’armées vaincues ont la chance de quitter le champ de bataille avec leurs pièces, les artilleurs ne pouvant plus les atteindre après le repli des fantassins. Si Ufano parle si peu de la bataille, c’est que son arme, avec tant de handicaps, ne pouvait y jouer qu’un rôle mineur, même s’il n’est pas totalement négligeable comme se plaît à le souligner l’auteur : “l’ennemi s’appercevant que le front seroit sans artillerie, il prendroit tant plus de courage de l’affaiblir et l’enfoncer”[24].

L’artillerie dans la guerre de siège

L’artillerie est réellement une arme de siège et il suffit de regarder le nombre de pages consacrées à ce sujet pour s’en convaincre.

Ufano se place d’abord du côté de l’assiégeant, lequel doit être le mieux renseigné possible sur les défenses de la place. Après avoir choisi son camp à l’abri des tirs des défenseurs, le général doit installer son artillerie le plus rapidement possible afin d’impressionner l’adversaire et soutenir les travaux d’approche. Les théoriciens du xviie siècle sont divisés sur l’utilité de la première batterie et surtout sur la distance à laquelle elle devait être établie. Selon Vauban et Surirey de Saint-Rémy, à plus de 600 pas, le tir n’a aucune efficacité et pourtant de nombreux généraux en faisaient construire au-delà. Selon Ufano, une bonne batterie ne doit pas être installée à plus de 300 pas, preuve supplémentaire de la très faible portée utile des pièces de cette époque.

Sur l’attaque des places, l’originalité de son œuvre réside dans la volonté d’attaquer les courtines, plus vulnérables aux coups de canon, et non les bastions comme cela se pratiquait traditionnellement. Une telle attaque est inévitablement exposée aux feux croisés des bastions mais, selon l’auteur, ces ouvrages sont trop éloignés les uns des autres pour se soutenir et gêner la progression de l’assaillant. Là encore, seule la portée réduite des canons peut expliquer et autoriser un tel choix.

Dans la défense d’une place, le premier souci d’un général doit être de se munir de suffisamment de canons, soit 60 pièces pour Ufano. D’après les inventaires du xviie siècle qui nous sont parvenus, peu de villes ont disposé d’une telle artillerie. En 1668, la plupart des places fortes fran­çaises possèdent moins de 50 bouches à feu (sauf pour Metz) et la situation est sensiblement identique en Hollande comme peuvent s’en rendre compte les troupes royales lors de leur invasion de 1672. Même une place de l’importance du Luxembourg n’a que 51 canons pour sa défense en 1684. la situation n’est probablement pas meilleure dans les places espagnoles au début du siècle. Ufano est donc sans doute au-dessus des capacités de son pays, même s’il souhaite n’armer ainsi que les places les plus exposées.

Pour le choix des calibres, là encore, la puissance de feu est privilé­giée avec 12 pièces de 40 et 18 de 24, toutes destinées à détruire les batteries et les tranchées de l’assiégeant. En apparence, utiliser des canons de fort calibre pour tenir éloigné le plus longtemps possible l’assaillant semble logique, mais tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître la supériorité du feu de l’attaquant sur celui du défenseur. Les pièces établies sur les bastions étaient donc rapidement démontées et il était bien difficile de réparer les dégâts au cours du siège. Conscient de ce problème, Ufano recommande de les retirer dès que l’assaillant établit ses batteries mais, sachant cette manœuvre délicate, il prévoit de conserver 20 pièces de 5 et 10 de 10 pour défendre les brèches et les remparts. Même s’il souhaite démontrer le rôle essentiel de l’artillerie dans la guerre, il  n’en exagère pas démesurément l’importance, recommandant même de garder la poudre pour le mousquet, arme infiniment plus dangereuse pour l’adversaire que le canon.

L’un des intérêts de ce traité est également le passage sur le mortier. Si le principe remonte au Moyen Âge, les premières pièces modernes sont mises au point à la fin du xvie siècle en Gueldres. C’est donc une arme relativement récente à laquelle s’intéresse l’auteur. Selon lui, elle ne peut servir qu’à la défense d’une place forte, soit pour jeter des projectiles divers et variés (artifices, pierres, clous,...) dans la tranchée adverse, soit la nuit pour éclairer les travaux d’approche, autant de fonctions qu’elle conservera au xviie et au xviiie siècle. En revanche, Ufano ne perçoit absolument pas les possibilités de cette arme pour l’assaillant, en particulier pour tuer un maximum de défenseurs sur les remparts, brûler une ville, toucher des greniers ou des magasins à poudre. L’un des grands promoteurs du mortier en tant qu’arme offensive est Francis Malthus, gentilhomme anglais au service de la France à partir de 1634, avant que Vauban en généralise l’utilisation.

Un dernier point mérite notre attention. Ce sont les relations entre les ingénieurs et les artilleurs. Dans sa préface, Ufano précise le rôle de l’un et de l’autre :

“C’est de l’office de l’ingénieur, de mesurer les distances, tracer les tranchées, dresser des plates formes et autres semblables choses apparte­nant à la défence et fortification”[25]. Quand à l’artilleur, il doit “scavoir de si bien placer les pièces que sans aucune perte, il puisse offenser l’enne­mi”[26]. Que les deux fonctions soient complémentaires était une évidence pour tout général en charge d’une armée (surtout lors d’un siège) mais les officiers des deux corps, souhaitant avoir la primauté, n’en étaient pas tous persuadés. La conduite d’un siège était traditionnellement confiée à un ingénieur qui devait disposer les batteries mais répugnait souvent à acquérir les connaissances rudimentaires en artillerie. Cette situation pouvait conduire à de véritables conflits entre deux corps jaloux de leurs préroga­tives. Pour Ufano, ces querelles sont ridicules, stériles et même dangereu­ses pour la bonne conduite des opérations. En s’instruisant sur les compé­tences de l’un et de l’autre, l’artilleur et l’ingénieur ne peuvent tirer que “grand honneur et avantage”[27]. Vauban reprendra cette idée et fustigera l’ignorance des officiers de son corps en matière d’artillerie.

L’ouvrage d’Ufano n’est pas révolutionnaire même si il apporte quelques innovations (attaque des courtines, nombre de pièces à utiliser pour la défense d’une place, ...). C’est surtout l’esprit dans lequel il a été écrit qui est intéressant. L’auteur veut avant tout rassembler les con­naissances de l’époque afin de les diffuser aussi bien auprès des artilleurs (lesquels étaient loin de totalement les maîtriser) que des ingénieurs et des généraux en charge d’une armée. Le souci de rationaliser (nous pourrions presque dire professionnaliser) l’artillerie est omniprésent (contrôle de la fabrication des pièces, conduite d’un équipage, utilisation des canons,...) même s’il se heurte aux lacunes de l’époque, notamment en matière de balistique. Pour toutes ces raisons, ce traité connut un grand succès.

Trois ans après sa première édition, l’ouvrage fut réédité en espagnol mais aussi en français (Francfort en 1614, Zutphen en 1621 et Rouen en 1628), en allemand (Francfort en 1614 et en 1621 et Zutphen en 1630) et des extraits furent même traduits en anglais dans The gunners glass de William Eldred, en 1646. Selon son auteur, cet ouvrage avait pour but d’éviter à ses lecteurs “toutes les erreurs communément commises par les artilleurs malhabiles”[28]. Cette reconnaissance de l’œuvre d’Ufano, 33 ans après sa première édition, prouve que le capitaine espagnol avait atteint son but : écrire un vrai manuel d’artillerie. À la fin du xviie siècle, Surirey de Saint- Rémy reprendra cette idée et son ouvrage (plus complet) jouera le même rôle jusqu’au milieu du xviiie siècle.

 



[1]         Charles Bonaventure de Longueval, comte de Bucquoy (1571-1521), rejoignit les troupes de Francisco de Mendoça en Gueldres, en 1598. Il participa au siège de Nieu­port puis à celui d’Ostende en 1601. Après avoir été envoyé à Bois-le-Duc, il devint le général d’artillerie de Spinola. En 1605, il participa à une campagne sur le Rhin.

[2]         J.-P. Le Flem, “Diego Garcia de Palacios et l’artillerie, un précurseur de la balistique moderne ?”, in J. Bérenger (dir.), La révolution militaire en Europe (xve-xviiie siècle), Economica, 1998.

[3]         Niccolo Fontana dit Tartaglia (1499-1557), mathématicien italien, fut l’un des premiers à résoudre une équation du troisième degré. Il appliqua ses connaissances à la balistique et publia La nova scientia.

[4]         Nicolas-François Blondel (1618-1686) commença sa carrière comme comman­dant d’une galère royale et fut diplomate entre 1657 et 1659. Architecte, ingénieur et mathématicien, il dessina les plans de Rochefort avec le chevalier de Clerville, puis fut admis à l’Académie des sciences en 1669. Sous-précepteur de Monseigneur en 1673, il fut le premier directeur de l’académie d’architecture. Parmi ses principales réalisations figure la porte Saint-Denis à Paris. Blondel rédigea plusieurs ouvrages dont un Cours d’architecture, un Cours de mathématique et son Art de jeter les bombes.

[5]         François Blondel, L’art de jeter les bombes, La Haye, 1685, p. 41.

[6]         Luis de Velasco, marquis de Belveder, combattit en Flandres sous les ordres d’Alexandre Farnèse. Il participa à la guerre contre la France, en particulier lors du siège de Calais. Général d’artillerie des Pays-Bas, il assista à l’acte solennel de la paix de Vervins (1598). Il fut sous les ordres de Spinola, en particulier au siège d’Ostende. 

[7]         D. Ufano, Artillerie, c’est-à-dire Vraye instruction de l’artillerie et de toutes ses appartenances, Francfort, 1614.

[8]         D. Ufano, op. cit., préface.

[9]         D. Ufano, op. cit., p. 17.

[10]       D. Ufano, op. cit., p. 16.

[11]       François Frézeau, marquis de la Frézelière (1624-1702), issu d’une famille de militaire, commença sa carrière sous les ordres de Turenne durant la guerre franco-espagnole. Au lendemain de la guerre de Hollande, il devint lieutenant général d’artille­rie des places de l’est du royaume (Alsace, comté et duché de Bourgogne et les places de la Sarre). En 1679, il appliqua les théories d’Antonio Gonzalez et créa un matériel plus léger, appelé pièces de la nouvelle invention. Celles-ci eurent un succès certain dans les équipages mais la mort de leur instigateur entraîna leur disparition à la fin de la guerre de Succession d’Espagne.

[12]       Bernard Forest de Belidor (1696-1761), professeur de mathématique à l’école de La Fère de 1720 à 1741, fut l’auteur de nombreux ouvrages sur l’artillerie et le génie. Il fit de nombreuses expériences sur l’effet de la poudre et découvrit que la bonne charge était au tiers du poids du boulet.

[13]       Ufano Diego, op. cit., p. 24.

[14]       D.Ufano, op. cit., p. 134.

[15]       D. Ufano, op. cit., p. 97.

[16]       D. Ufano, op. cit., p. 18.

[17]       Il faudra attendre la nouvelle méthode de Maritz au xviiie siècle pour voir leur nombre diminuer considérablement.

[18]       Nous pouvons nous étonner que de telles pièces aient été utilisées.

[19]       D. Ufano, op. cit., p. 138.

[20]       D. Ufano, op. cit., p. 31.

[21]       D. Ufano, op. cit., p. 31.

[22]       Pour les transports terrestres, Ufano recommande l’utilisation de chariots pour porter le fût des grosses pièces afin d’éviter d’endommager les affûts, technique courante à l’époque.

[23]       L’armée française choisira la pièce de 4.

[24]       D. Ufano, op. cit., p. 46.

[25]       D. Ufano, op. cit., préface.

[26]       D. Ufano, op. cit., préface.

[27]       D. Ufano, op. cit., préface.

[28]       W.Eldred, The gunners glasse, Londres, 1646.

 

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