Revue Internationale d'Histoire Militaire

 

La France et la crise politique en Europe centrale en 1938

 

Viorica Moïsuc

 

Dans l’histoire de la diplomatie européenne d’après la Première Guerre mondiale, la position de la France par rapport à ses anciens alliés de l’Europe centrale a évolué selon les objectifs de sa propre sécurité. Le composant principal de cette sécurité était la neutralisation du péril allemand. Ce composant a posé son empreinte sur les rapports politiques et diplomatiques de la France avec les États de la zone. Il faut préciser que plus d’une fois une certaine incompatibilité est intervenue entre la concep­tion française de la sécurité et celle de ces États.

Dans cet ensemble complexe de problèmes, l’année 1938, dominée par la crise tchécoslovaque, présente encore, certains points d’interrogation. Nous allons arrêter notre attention sur certains d’entre eux. 

Dans la Revue de Paris de novembre 1947, Georges Bonnet, ancien ministre des Affaires étrangères du cabinet Daladier, personnage principal pendant les événements de la crise tchécoslovaque a publié l’article “Un point d’Histoire”, se référant à l’impossibilité pour la France de mettre en application son traité d’assistance avec la Tchécoslovaquie, bloqué à cause de l’impossibilité de l’URSS d’honorer ses obligations envers la Tchécos­lovaquie, la Pologne et la Roumanie refusant le transit des troupes soviéti­ques sur leur territoire. Adrien Thierry, ministre de France à Bucarest à ce moment, donna une réplique dure à son ancien chef, sous la forme d’une lettre ouverte publiée dans Le Monde du 18 novembre 1947. Le 9 juillet 1938 – écrit Thierry –, il avait envoyé une documentation complète sur la question du passage des troupes, contenant aussi une étude stratégique intitulée L’impossibilité de passage vers le quadrilatère de Bohême rédigée par le général Delmas, attaché militaire à Bucarest, dans lequel il démon­trait qu’il faudrait 29 jours aux troupes soviétiques pour traverser la Roumanie jusqu’à la frontière de la Tchécoslovaquie[1]. Le refus de la Roumanie, précisait Thierry, “se limitait à l’Armée de terre. Au cours de la session de septembre de la Société des Nations, Thierry eut des pour­parlers avec Mircea Cancicov, ministre des Finances et par intérim aux Affaires étrangères, sur la même question. Le 12 et 16 septembre 1938, le ministre de France expédia à son chef deux télégrammes[2] en précisant que “le gouvernement roumain ne fait aucune opposition au survol des avions soviétiques. On sait – précisait Thierry dans sa lettre – le fait que des avions russes en panne de moteur avaient atterri en Roumanie pour répara­tions avant de s’envoler, le général Delmas étant mis au courant. “Lors de la réunion des quatre à Munich, environ deux cents avions soviétiques se trouvaient déjà en Tchécoslovaquie” – précisait le ministre. À la fin de sa lettre, Thierry pose la question suivante : “Comment fut alors perdue cette occasion d’obtenir le concours immédiat et déclaré de l’URSS et de faire ainsi échec à la première manifestation violente des ambitions territoriales de Hitler ? On ne peut s’empêcher de songer au parti que notre pays aurait pu tirer du consentement roumain, tardif mais essentiel, qui eût permis de mettre en œuvre l’aide considérable de la puissante aviation soviétique à la cause des Alliés ! !

Confirmant les témoignages de Thierry, le 11 décembre 1947, l’an­cien ministre roumain des Affaires étrangères, Nicolae Petrescu-Comnène publia dans Le Monde l’article “L’Attitude de la Roumanie en 1938”. Se référant à la situation internationale de l’été 1938, aux revendications de l’Allemagne s’ajoutaient à celles de la Hongrie et de la Pologne, Comnène précisait les deux aspects de la question de l’aide soviétique par la Roumanie : 1. La voie terrestre – par la Roumanie il ne passait aucune route directe vers la Tchécoslovaquie  ; “une seule ligne de chemin de fer à voie unique, longue et compliquée, comportant un nombre infini d’ouvra­ges d’art pouvant être détruits en quelques heures par l’aviation du Reich, de la Hongrie et de la Bulgarie coopérant ensemble” 2. La voie aérienne – le survol des avions soviétiques a été admis par le gouvernement roumain : “Les témoignages de l’ambassadeur Thierry et de son attaché militaire à Bucarest, le général Delmas, en font foi…par ailleurs, pourquoi la France et l’URSS n’ont-elle pas saisi la balle au bond et profité du précieux concours de la Roumanie pour aider l’infortunée Tchécoslovaquie à résister à la menace hitlérienne ? Pourquoi dédai­gnaient-elles l’aviation et insistaient-elles sur le transit terrestre qu’elles savaient inopérant ?”. Ces aspects étaient très connus à Paris et à Prague[3].       

Comnène jugeait qu’à ces questions il n’y a qu’une seule réponse : “Ni la France, ni les soviets, ni la Grande-Bretagne n’étaient en mesure de se battre”. Dans cette situation, “on est en droit de se demander : est-ce bien le concours de la Roumanie qu’on recherchait en 1938 ou bien plutôt son refus ? Était-ce bien un oui inefficace qu’on espérait d’elle ou un non qui créait alibi ? Et lorsque la Roumanie ouvrait son espace aérien aux avions soviétiques, cette preuve d’amitié était-elle agréable à Moscou, à Paris et à Londres ? Ne risquait-elle pas de priver les grandes démocraties d’une excuse et de mettre à nu leur impuissance ?” Il considérait que “continuer en 1947 à laisser entendre que l’attitude négative de la Roumanie a été l’une des causes indirectes de Munich me semble plus qu’une injustice, une impiété”.

Dans son ouvrage La Décadence, Jean-Baptiste Duroselle écrit : “Dans l’atmosphère de l’après-guerre, où l’on cherchait les responsables, les coupables, on s’est naturellement acharné sur l’équipe Daladier-Bonnet qui arrive au pouvoir le 12 avril 1938. Notre propos ici n’est ni de les accuser, ni de les défendre[4]. D’autant plus après plus de six décennies de ces événements tragiques, il ne peut plus être question que de la connais­sance et de la compréhension des phénomènes politiques et diplomatiques dans toute leur complexité.

Après la consommation de la tragédie tchécoslovaque dans sa pre­mière phase (Munich), l’Union des intellectuels français pour la justice, la liberté, la paix envoya au président de la République, au président du Sénat et au président de la Chambre des Députés, un Mémoire (7 pages) signé par de grandes personnalités de la science et la culture française et mondiale, dont Irène Joliot-Curie, Frédéric Joliot, Langevin, Henri Pieron[5] etc. Se référant à “l’inquiétude du peuple français et l’indéniable malaise de l’opinion publique, le Mémoire considérait que s’était produit “l’effondre­ment des bases essentielles de la sécurité française”, comme “conséquence de la disparition de l’amitié tchécoslovaque ; il y a le risque d’un encer­clement de la France, la menace, en cas de conflit, d’une troisième frontière à défendre les Pyrénées…, l’affaiblissement de nos alliances et de nos amitiés en l’Europe centrale et balkanique, la diminution du pres­tige moral de la République française”. Axant ses préoccupations exclusi­vement sur la crise tchécoslovaque, l’Union des intellectuels saisissait deux attitudes contradictoires du gouvernement français en particulier du ministère des Affaires étrangères  : d’une part “jusqu’à la fin de septembre 1938 a été affirmée constamment la fidélité de la France à ses traités d’alliance avec Prague” et, d’autre part, “les faits venus à notre connais­sance nous donnent irrésistiblement l’impression que tout s’est passé comme si M. Bonnet, dès son entrée en fonctions, s’était décidé à aban­donner la Tchécoslovaquie et avait accepté l’idée de son démembrement[6].

Le Mémoire pose 21 questions relatives aux modalités suivant lesquelles la diplomatie française a apprécié le déroulement des événe­ments des mois avril-septembre 1938.

Le point 4 du Mémoire faisait référence au fait qu’on avait caché à l’opinion publique française la disponibilité de l’URSS et de la Roumanie de collaborer à l’aide de la Tchécoslovaquie. “Les faits permettaient incon­testablement de compter sur une étroite collaboration entre l’Union Sovié­tique et la Roumanie en cas de conflit germano- tchécoslovaque. De même, la presse officieuse…a déclenché une campagne contre l’URSS[7].

Dans l’état d’esprit caractéristique d’après-guerre quand, selon J.-B. Duroselle, on cherchait les responsables des tragédies subies non seule­ment par la France, mais par tous les peuples atteints par l’aile de la guerre, l’Enquête parlementaire sur les événements survenus en France de 1933 à 1945 s’est longuement arrêtée sur les événements de 1938, examinant à la loupe l’activité des hommes politiques et des diplomates français, impli­qués d’une manière directe et indirecte dans ces événements. Dans ce but on a recouru à tous les documents se trouvant encore dans les archives du Quai d’Orsay après leur destruction catastrophique de 1940. Les documents originaux du ministère de Georges Bonnet n’existant plus, la seule source d’information étaient devenues les copies des archives personnelles de l’ex-ministre des Affaires étrangères. À la séance de la commission d’enquête parlementaire du 15 mars 1951, quand il fut interrogé, Georges Bonnet raconta qu’en juin 1940 il avait transporté une partie de ses archives à la frontière avec l’Espagne, confiant ces documents au consul de France à San-Sébastien. Une autre partie de ces archives, déposée dans trois valises, fut enterrée dans le jardin de sa maison. Plus tard, “j’ai remis, pendant l’Occupation même, l’ensemble de ces papiers à M. Rochat, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères pour qu’il en fît des copies pour le Quai d’Orsay[8]. Ces copies ont été recueillies dans la Reconsti­tution Fouques-Duparc.

Malheureusement, les archives de l’ambassade de France à Prague n’ont pas pu couvrir les lacunes de renseignement relatives à l’année 1938. À son départ de Prague, en avril 1939, raconte Victor de Lacroix, l’ambassadeur français : “les archives de notre chancellerie ont été brûlées. Je n’ai rien rapporté en France car lorsque j’ai quitté Prague en avril 1939, j’ignorais que c’était à titre définitif[9].

Il faut mentionner et retenir qu’aux cours des auditions effectuées par la commission parlementaire, ont été relevées certaines incompatibilités. Par exemple, Georges Bonnet a contesté l’authenticité des textes des télé­grammes envoyés à la Wilhelmstrasse par Welzeck, l’ambassadeur d’Allema­gne racontant ses pourparlers avec Bonnet du 2 septembre 1938[10].

L’ambassadeur de France à Prague, Victor de Lacroix, à son tour, accusait le Quai d’Orsay d’avoir falsifié des télégrammes et des rapports qu’il avait envoyés de Prague. Au cours de son audition par la commission le 16 mars 1948, se référant à une déclaration que lui avait été faite par le président de la Tchécoslovaquie, Edvard Beneš et communiquée à titre “très secret” à G. Bonnet, l’ambassadeur précisait : “Je me suis aperçu que mon télégramme avait été falsifié de façon qu’on pût croire que le souvenir évoqué par M. Beneš était une solution qu’il proposait[11].

Un autre télégramme envoyé au ministre des Affaires étrangères, dans lequel de Lacroix relatait sa conversation avec le chef du Cabinet tchécoslovaque, Milan Hodza, suite à la rencontre franco-britannique de Londres de septembre a été – soutenait de Lacroix – amputé : “J’estime que la mutilation de mon télégramme est une lourde charge pour le gouver­nement français car elle semble indiquer que, sans vouloir l’avouer, il n’était pas décidé à tenir ses engagements[12].

Dans sa déposition, Georges Bonnet fait référence aussi à la position de la Roumanie et de la Pologne dans l’éventualité de l’aide soviétique à la Tchécoslovaquie. Le ministre soviétique des Affaires étrangères, Litvinov avait déclaré à Genève qu’il était : “prêt à tenir ses engagements, mais il se refusait à faire franchir avec ses troupes les frontières polonaises et roumaines, ou à faire survoler par ses avions, les territoires polonais ou roumains tant qu’il n’aurait pas obtenu le consentement de la Roumanie ou de la Pologne”. Aussi, Litvinov aurait demandé à Bonnet d’intervenir dans ce sens. Le ministre roumain des Affaires étrangères, a déclaré Bonnet, “me répondit par un non formel. Il déclara que jamais la Roumanie ne pourrait tolérer l’entrée des Russes dans le pays et qu’il n’était pas davantage possible de tolérer le passage des avions[13]. Dans sa déposition, Bonnet revient plusieurs fois sur cette question, lui donnant une grande ampleur dans l’ensemble de la situation de la Tchécoslovaquie  ; il répète avec obstination que “la position du gouvernement roumain n’a pas changé – refus qui pesait lourdement dans la perception de l’ancien ministre français de Affaires étrangères sur le dénouement connu de la crise politique de septembre 1938. Les conclusions de Georges Bonnet sont bien construites :

-    la France était prête à intervenir à l’aide de la Tchécoslovaquie si l’URSS le faisait ;

-    l’URSS serait intervenue à l’aide de la Tchécoslovaquie si la Roumanie et/ou la Pologne avaient accordé officiellement le droit de passage sur leurs territoires aux troupes soviétiques de l’armée de Terre et de l’Air ;

-    le refus de la Roumanie et de la Pologne a bloqué l’action des deux Puissances en les mettant dans l’impossibilité de pouvoir respecter leurs engagements envers la Tchécoslovaquie.

En même temps, Bonnet rejeta comme non fondée la proposition de Litvinov de convoquer d’urgence la Société des Nations pour décider l’application de l’article 16 du Pacte de la SDN. L’objection était motivée par l’appréciation que la SDN était un organisme “délabré, qui n’avait résolu aucune des crises européennes antérieures. Le gouvernement français – répétait Bonnet – a fait des efforts permanents pour convaincre le gouvernement roumain de changer sa position, mais sans succès : “La France était seule avec la Tchécoslovaquie”.

Victor de Lacroix, le diplomate dont la mission auprès du gouverne­ment de Prague avait été plus qu’ingrate, tint un tout autre discours devant la commission d’enquête parlementaire. Interrogé sur les intentions du gou­vernement français dans l’éventualité d’une guerre, l’ambassadeur de Lacroix répondit : “Le Gouvernement écartait cette hypothèse. Je fus char­gé de faire des pressions sur le gouvernement tchécoslovaque pour qu’il fasse des concessions en faveur des Sudètes”. Il faut rappeler qu’interrogé plusieurs fois au cours de l’audition pour savoir si le ministère des Affaires étrangères avait exercé des pressions sur le gouvernement tchécoslovaque, Bonnet nia avec ardeur, considérant la question comme une accusation.

Relativement à la mise en application du traité qui engageait la France à soutenir la Tchécoslovaquie, de Lacroix précisait : “Le drame, c’est précisment que ce traité n’a pas joué, parce que nous avons obligé la Tchécoslovaquie à céder[14]. L’ambassadeur ajoutait un témoignage qui venait en contradiction totale avec les affirmations de Bonnet, selon lequel l’URSS n’aurait eu intention à soutenir la Tchécoslovaquie par l’applica­tion du traité en vigueur. À la question si “l’URSS serait intervenue en cas de conflit” ? La réponse a été “Certainement. Malheureusement notre attitude à Munich l’a détaché de nous. D’ailleurs – ajoutait l’ambassadeur – l’état-major français était assez peu disposé à collaborer avec l’armée rouge, bien que j’aie insisté auprès de M. Daladier pour qu’on étudie avec les Soviets un plan d’opérations militaires combinées[15].

Le point de vue exprimé par J.-B. Duroselle dans l’ouvrage précité retient l’attention dans cet ordre d’idées. Considérant qu’alors, en été 1938, “il subsistait un mystère, et de taille  : les Soviétiques interviendront-ils en faveur de la Tchécoslovaquie ?[16], l’auteur embrasse le discours de Bonnet relatif à cette question : L’URSS serait intervenue “à condition que la France intervienne(en conformité avec les clauses du Pacte soviéto-tchécoslovaque de mai 1935). Mais, n’ayant pas de frontières communes avec la Tchécoslovaquie, “il fallait passer par la Pologne ou à la rigueur, par la Roumanie. Or, on savait que ces pays refusaient obstinément le passage”. À Genève, au mois de septembre, Comnène aurait assuré Bonnet “d’une tolérance pour le survol de son pays par les avions soviétiques[17]. En même temps, Duroselle révèle une information selon laquelle le commandant de l’armée de l’Air tchécoslovaque en visite à Moscou “se heurta à des réponses dilatoires” (note n° 155, p. 354) Le document-source de cette information est le télégramme n° 709 du 21 septembre 1938, envoyé par Coulondre de Moscou[18], dans lequel l’ambas­sadeur présente une nouvelle fournie par un informateur, relative à la visite à Moscou du commandant en chef tchèque. La nouvelle ne se retrouve pas, confir­mée ou non dans les autres dépêches de Coulondre, ni dans d’autres docu­ments du Quai d’Orsay, ni dans les documents diplomatiques roumains.

Je ne peux que remarquer le fait que, dans le même paragraphe de son livre, Duroselle présente une nouvelle très importante : “Beneš obtint de l’URSS l’assurance qu’elle enverrait bien des avions – mais fondée sur une archive qui n’existe pas. Le document auquel il fait référence (la note n° 154, p. 354), le télégramme n° 2187 du 19 septembre 1938 envoyé de Prague par de Lacroix[19] décrit en réalité la Proclamation de la population allemande de Tchécoslovaquie annonçant la constitution du Conseil national des Allemands sudètes, donc sans aucun rapport avec les pourparlers tchéco-soviétiques relatifs à la question des livraisons d’avions. Par la suite, nous apprenons que l’attaché militaire de France à Prague, le colonel Palasse, savait que les Soviétiques ont envoyé “quelques maigres renforts sur leurs frontières polonaises”, nouvelle fondée sur le contenu du télégramme n° 710-712, du 22 septembre 1938 envoyé de Moscou par l’ambassadeur Coulondre[20] ; en réalité, il était question de la Note 4 de ce document, qui faisait part d’une information “de seconde main, reçue par le colonel Palasse relative au “renforcement des circonscriptions militaires de Russie Blanche et de Kiev…des unités ont été poussées en avant sur une ligne Vinitza-Vitebsk et des stocks importants d’approvisionnement ont été constitués”. Les différences sont évidentes – le contenu du document invoqué par l’auteur ne s’accorde pas avec les propos du texte.

Dans la période d’après-guerre, quand la société française issue d’une longue période d’occupation allemande, accompagnée de privations et d’humiliations de toutes sortes, essayait de mettre de l’ordre dans son histoire récente et de discerner la vérité du mensonge, les confrontations entre les anciens acteurs des événements d’avant-guerre étaient dictées en grande mesure – ce qui est de règle après de grands bouleversements politiques et militaires – par le désir de justifier chacune des actions entreprises, d’éviter d’assumer une responsabilité quelconque. Édouard Daladier, le chef de l’équipe gouvernementale de l’année 1938 soutenait totalement les points de vues exprimés par son ministre des Affaires étrangères.

Le 19 avril 1946, l’ancien chef du gouvernement publiait dans le journal Minerve, l’article “De Munich au pacte germano-russe[21]. Préoccupé par la question de la responsabilité dans l’abandon de la Tchécoslovaquie, Daladier écrit : “Il faut que la Roumanie ou la Pologne consentent à laisser passer sur leur territoire les armées soviétiques ou qu’elles autorisent l’aviation russe à traverser leur ciel… Mais, en dépit de l’insistance de la France, ni le gouvernement roumain, ni le gouvernement polonais ne consentent à accorder cette autorisation…Ils s’opposaient également au libre passage de l’aviation soviétique. Il fut impossible au gouvernement français, malgré tous ses efforts, de dissiper les craintes et de réduire les hostilités. Or l’URSS n’envisageait aucune autre interven­tion en faveur de la Tchécoslovaquie … Que devait faire la France, alors que la Roumanie et la Pologne se refusaient à laisser passer les Armées russes sur leur territoire et que la Russie ne voyait autre issue que la mise en marche du mécanisme délabré de Genève ? Déclarer seule la guerre avec l’Allemagne ? Affronter seule ses armées et ses aviations ? À la fin, Daladier souligne l’idée essentielle de son exposé  : “L’on peut dire que la France ne porte aucune responsabilité dans l’échec de cette politique”.

En 1961, Daladier reprend et renforce dans une ample étude intitulée Munich (29 pages), gardée dans ses archives privées, la thèse de l’impossibi­lité pour la France et l’URSS d’agir pour soutenir la Tchécoslovaquie, à cause du refus de la Roumanie d’accepter le passage de l’armée de Terre et même des avions soviétiques : “Litvinov déclarait que l’URSS était prête à remplir ses engagements envers Prague à condition que la France tienne d’abord les siens et que les troupes russes puissent passer par la Pologne ou par la Roumanie. Beck revendiquait le bassin de houille de Teschen et Comnène aurait peut-être fermé les yeux sur le passage de quelques avions russes, mais il s’opposait, ainsi que le Roi et le gouvernement à l’entrée des troupes russes dans son pays qui avait annexé la Bessarabie au détriment de l’URSS en 1919[22].

Si le bagage d’informations offert par les copies du fonds Reconsti­tution Fouques-Duparc souffre encore de beaucoup de lacunes, les archives militaires françaises ouvrent de nouveaux horizons de connaissance.

Le général Jules-Marie Delmas, très actif attaché militaire à Bucarest, a envoyé des rapports et des informations très détaillées relatifs aux problèmes de nature militaire et politique de la Roumanie, présentant souvent des raisonnements de valeur, d’une remarquable lucidité. Dès le 12 février 1938, dans un long rapport intitulé Note sur les chemins de fer roumains, Delmas informait qu’au nord du pays on travaillait au raccord Vişeul de Jos- Salva “qui doit relier le réseau tchécoslovaque avec le Nord de la Transylvanie et assurera la ligne Dej-Dărmăneşti ; une fois cette dernière ligne terminée, une communication va exister entre la Tchécoslo­vaquie, la Bucovine et la frontière russe. Le tronçon est fait avec le concours financier de la Tchécoslovaquie[23]. Dans le même rapport précise que “la partie orientale du réseau de fer roumain qui a été portée à l’écartement européen est d’une assez faible densité. Il faut remarquer en premier lieu qu’il n’existe sur le Dniestr, de la frontière polonaise à la mer Noire, qu’un pont pour voie ferrée, à Tighina. C’est la seule liaison actuel­lement existante entre l’URSS et la Roumanie[24].

En même temps, anticipant presque ce que Thierry allait dire neuf années plus tard, racontant d’une part l’inquiétude profonde qu’il constatait dans le pays, suite à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne et à l’inac­tion de la France et de la Grande-Bretagne et d’autre part l’attitude nettement hostile envers la Tchécoslovaquie, exprimée sans équivoque par Arciszewski, le ministre polonais à Bucarest, et aussi par l’attaché militaire hongrois, Delmas disait : “Peut-on d’ailleurs attendre de la Roumanie non menacée directement, qu’elle prenne seule en Europe centrale une position hostile à l’égard de l’Allemagne, en dehors d’une coalition puissante ? Delmas soulignait à la fin de son rapport : “Ce qui parait indispensable c’est de dissiper l’inquiétude européenne, de sonner le ralliement des alliés autour des Puissances occidentales et de dresser devant l’expansion allemande une barrière capable de l’endiguer[25].

   En tenant compte de toutes les informations existantes, l’EMA et le 2e bureau ont fait une analyse détaillée de l’ensemble des problèmes concernant le même sujet. Dans les documents intitulés Concours pouvant être apporté à la Tchécoslovaquie par l’URSS et la Roumanie en cas d’une agression allemande et Examen des possibilités d’intervention de l’armée soviétique en cas de conflit, du début de l’année 1938, en parlant des conditions défavorables en Roumanie, on souligne que le passage des Carpates représente un obstacle important pour les blindés et que la frontière roumano-soviétique est barrée par le Dniestr et qu’il n’y existe qu’un seul pont. Du point de vue technique, l’écartement des voies ferrées russes, différent des européennes, posait aussi de sérieux problè­mes de transbordement, en précisant encore un autre aspect important : “pour des raisons de calibre, les munitions soviétiques sont inutilisables pour l’Armée tchèque”. La conclusion était que “l’Armée rouge ne pourrait fournir qu’un appoint minime à l’Armée tchèque[26].

Cependant, entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie, à partir de 1936 même, on discuta l’éventualité d’une crise politique au centre de l’Europe qui aurait posé la question d’une collaboration avec l’URSS. Zdenek Fierlinger, ministre de la Tchécoslovaquie à Moscou, reprit en mars 1938 les discussions avec les dirigeants soviétiques sur “la question du passage des troupes russes à travers la Roumanie[27]. Au cours d’un entretien avec l’ambassadeur Coulondre, Fierlinger a précisé qu’en 1936 avaient eu lieu des pourparlers tchéco-roumains, achevés “avec un arrangement aux termes duquel celle-ci (la Roumanie) devait procéder à la réfection du réseau ferroviaire en Bucovine moyennant une contribution financière de Prague, contribution qui avait été effectivement fournie. Depuis lors, les missions techniques de contrôle, envoyées à intervalles en Roumanie avaient constaté que les travaux se poursuivaient, mais à un rythme très ralenti”. En ce qui concerne “le concours de l’aviation soviéti­que, il avait été également envisagé dans les entretiens de 1936”. Fierlinger a obtenu en avril 1938 “une promesse de livraison immédiate de 60 avions soviétiques de bombardement bimoteurs, modèle S.B. (bombardiers rapides)”[28]. 20 avions acquis par la Tchécoslovaquie étaient déjà livrés, 40 autres allaient être fournis.

Il est intéressant de retenir que Bonnet a donné une importance parti­culière au contenu de ce télégramme parvenu de Moscou, mais que dans toutes ses déclarations et documents il “omet” les informations reçues par tant de canaux concernant la position de la Roumanie par rapport à son allié.

Au mois de mai, lorsque la crise politique s’approfondissait, Delmas revenait sur le problème de la situation des États du centre de l’Europe dont l’inquiétude devant le péril croissant d’une agression germano-hongroise grandissait de plus en plus. “Ici c’est une attitude de crainte : la consti­tution d’une coalition puissante, solide, agissante, décidée à recourir aux armes s’il le faut, pour endiguer l’Allemagne. Les éléments existent – disait Delmas : il y a le bloc occidental – l’Angleterre, la France, et le bloc de l’Europe centrale – la Petite Entente. Désunis, ils sont impuissants…il faut donc de toute nécessité souder le bloc occidental et le bloc d’Europe orientale…[29].

Delmas n’était pas le seul militaire français en mission dans les pays de l’Europe centrale à envoyer à Paris de telles informations relevant l’inquiétude accrue des cercles politiques et de l’opinion publique. Le général Eugène Faucher, chef de la Mission miliaire française en Tchécos­lovaquie, sensible à la détérioration progressive de l’image de son pays, écrivait en mars 1938 : “Le prestige français a baissé”. Il soulignait la décision des Tchèques de ne pas accepter les prétentions territoriales de Hitler, mais l’opinion publique désirait constater la fermeté de la France[30]. Le 22 septembre, dans un ample rapport intitulé Premières conséquences et résultats de la Conférence de Londres, Faucher, se référant aux interven­tions et pressions de Londres et Paris sur le Gouvernement de Prague souligne que celles-ci “ont produit dans le pays et en particulier dans les milieux militaires une violente indignation…La France est la prin­cipale coupable  : c’était l’Alliée. L’offre de la garantie des nouvelles frontières est jugée avec une ironie sévère[31]. Le contenu de ce rapport très critique à l’adresse de la politique française attira la colère du général Gamelin, qui envoya à Prague la dépêche suivante : “Si les Tchécoslova­ques pensaient ainsi, nous n’aurions qu’a les abandonner à leur sort. Mais je ne le crois pas et je suis certain qu’ils se rendront compte des efforts que fait la France pour les sauver.

Je vous inflige le blâme du chef d’état-major général et vous invite à continuer à faire votre devoir de général français[32].

Quelques jours plus tard, le 6 octobre, quand la tragédie munichoise fut devenue fait accompli, Faucher envoyait un rapport confidentiel La Tchécoslovaquie après la Conférence de Munich (6 pages) où il décrit en détail la réaction violente des Tchèques envers la France, l’indignation des milieux militaires, de la presse et de l’opinion publique. Le mot trahison est le plus souvent utilisé pour caractériser la position de la France[33].

Un très intéressant document daté du 10 septembre 1938, provenant des archives militaires françaises et intitulé Note sur le concours militaire que la France peut attendre de l’URSS dans le domaine aérien[34] a conclu au caractère inefficace pour la France d’une éventuelle aide aérienne soviétique. Partant de l’idée que “les préparatifs sont excessivement longs, compliqués et coûteux”, on montrait que la force aérienne soviétique dispo­sait à ce moment de 4130 avions dont : 990 avions de chasse, 2 280 avions de bombardement, 860 avions de renseignement. L’action proprement dite de cette force dépendait “avant tout de la mise en œuvre des bases étran­gères. “Les trois puissances sur le territoire desquelles les forces aérien­nes soviétiques pourraient être basées dans un conflit contre l’Allemagne, sont la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie, qui, à la connaissance de l’état-major de l’armée de l’Air, n’ont actuellement, ni l’une ni l’autre des conventions militaires avec l’URSS”. Quant aux bases de la Tché­coslovaquie, elles auraient pu être opérationnelles si l’URSS avait obtenu “la liberté de survol de la Pologne ou de la Roumanie. Dans l’hypothèse de l’organisation des bases aériennes soviétiques en Pologne, l’appréciation était qu’il n’y ait pas des difficultés, car les deux pays sont liés par de nombreuses routes et voies ferrées. En ce qui concerne la Roumanie, les choses seraient plus compliquées pour deux raisons :

 1)   “Une seule voie ferrée relie la Roumanie et l’URSS mais la différence d’écartement des voies entre les deux réseaux impose un transbordement pour franchir le Dniestr ;

 2)   Le nombre des bases aériennes de Roumanie est très limité dans la Transylvanie, seule région présentant un intérêt pour baser l’aviation soviétique (quelques bases nouvelles sont actuellement en cours d’aména­gement  ; elles ont été choisies par une mission française en octobre 1937).

D’ailleurs, les bases de la Roumanie ne présenteraient qu’un intérêt réduit car elles ne faciliteraient l’action des bombardiers soviétiques que contre les objectifs situés en Hongrie, en Autriche et en Silésie”.

En ce qui concerne la Tchécoslovaquie, ses bases aériennes sont considérées comme faibles et peu nombreuses donc on ne pose le problème que du déplacement de quelques formations de chasse.

En conclusion, on précisait que “pour toutes ces raisons, l’aide que peut attendre la France de l’armée de l’Air soviétique dans un conflit européen, sans être négligeable, ne peut être que limitée et subordonnée à certaines mesures préalables”.

Les réticences de la France envers la collaboration avec l’URSS, affirmées dans l’étude précitée étaient de longue date. Elles sont formulées par les dirigeants français à partir de 1935 ; une ample étude du 24 avril 1935 intitulée Note sur les avantages et les inconvénients de l’alliance russe[35], qui analysait les aspects multiples d’une éventuelle coopération avec l’URSS, s’achevait avec la conclusion suivante :

L’Alliance est peu tentante.

Si toutefois les avantages qu’elle présente sont jugés suffisants pour que nous traitions avec la Russie, toutes les précautions devraient être prises pour réserver dans tous les cas notre liberté d’intervention”.

Les documents présentés, et on peut ajouter beaucoup d’autres, prouvent sans aucun doute qu’une éventuelle coopération militaire franco-soviétique n’était prise en considération sous aucune forme et dans aucune hypothèse. Dans ce cas, le tapage et les spéculations autour de la question du transit de l’armée soviétique par la Roumanie n’avaient pour base qu’un terrible désir de justifier à tout prix la politique d’abandon de la Tchécos­lovaquie en 1938, d’autant plus qu’à partir du mois de novembre 1938, la mutilation de ce pays était entrée dans une nouvelle phase, quand le groupe des “pacifistes” Chamberlain-Daladier-Halifax-Bonnet fut complètement exclu. “La paix pour une génération” dont parlaient les artisans de Munich avait duré moins de trente jours.

J.-B. Duroselle, dans son ouvrage, se référant précisément à l’hypothétique coopération militaire franco-soviétique pendant la crise de 1938, soumet à l’analyse les conclusions de la visite du général Joseph Vuillemin, le chef de l’état-major de l’armée de l’Air[36] en Allemagne, entre le 16 et le 21 août 1938. L’auteur souligne : “Cette visite joua un rôle exceptionnel. Les Allemands étalèrent devant ses yeux la puissance vraiment impressionnante de la Luftwaffe, la production des usines, etc. Comment la malheureuse aviation française que Vuillemin connaissait trop bien, pourrait-elle affronter l’énorme et redoutable machine ?[37]

Selon notre opinion, la visite en Allemagne du général Vuillemin n’a fait que renforcer les autorités françaises dans leur décision, prise déjà depuis longtemps.

Mais, il ne faut pas ignorer qu’à l’époque, on entendait aussi des opinions différentes. Nous avons déjà cité les généraux Faucher, Delmas et l’ambassadeur Adrien Thierry. J’ajouterais les jugements très lucides du général Ionescu, chef de l’état-major de l’armée roumaine, lequel, le 28 septembre 1938, au cours d’un entretien avec l’attaché militaire français, Delmas, disait :

1)    L’Annexion des Allemands de Tchécoslovaquie n’est qu’une étape et l’Allemagne est en effet résolue à conquérir l’Europe centrale et partie de l’Europe orientale ; elle cherchera à mettre la main sur tous les pays dont la possession lui est nécessaire pour s’agrandir au maximum pour dominer le Continent…”.

2)    La Tchécoslovaquie “était la dernière occasion d’arrêter l’expansion allemande. Si on la laisse passer, on ne pourra endiguer l’Allemagne et, en tout cas, cela exigera des sacrifices énormes, alors qu’aujourd’hui la victoire parait certaine”.

3)    Il ne croyait pas que le conflit éclaterait, “car je pense que l’Allemagne n’est pas en état, ni au point de vue économique ni au point de vue militaire de s’engager avec chance de succès dans un conflit contre la France et l’Angleterre”.

4)    Si la Hongrie attaque la Tchécoslovaquie, “la Roumanie interviendra, ainsi que la Yougoslavie[38].

La conclusion de Delmas sur cet entretien était ainsi exprimée : “La Roumanie sera fatalement entraînée à entrer dans la guerre, si elle éclate, et à se ranger, conformément à sa tradition historique, à côté de la France et de la Grande-Bretagne”.

Delmas connaissait sans doute très bien l’esprit public et les mentalités de Roumanie pour émettre de tels jugements. Ici, il y a une précision à faire. La France et ces alliés de la Première Guerre mondiale ont été dominés par la mentalité de la surévaluation des instruments politiques et diplomatiques lesquels, par leur jeu, rendent l’agression impossible en minimisant le rôle du facteur militaire dans la défense et le soutien de la politique de sécurité. À cette mentalité s’est ajoutée, à partir des années 1924-1925, la création d’un “système occidental de sécurité” en éludant l’Europe située à l’est du Rhin. Les exigences de préservation de la paix à n’importe quel prix pour l’Occident ont eu comme continuation le sacrifice, l’un après l’autre, des pays de l’Europe centrale. Finalement, le rouleau compresseur de la guerre n’a pas tenu compte de la “frontière” du Rhin.



[1]        Le télégramme du 9 juillet 1938, auquel Thierry fait mention, est publié dans DDF, 2, t. X, Paris, Imprimerie Nationale, 1976, doc. n° 182  ; il n’est pas accompagné par l’intéressant rapport du général Delmas.

[2]        Ils ne sont pas publiés dans DDF et on ne fait aucune allusion à ces documents dans les autres documents publiés dans la collection nationale française.

[3]        En mars 1938, le général Gamelin a précisé devant le Comité de la Défense natio­nale que “le transfert des troupes russes par la seule et mauvaise voie ferrée roumaine n’était pas à envisager”.

[4]        J.-B. Duroselle, La Décadence 1932-1939, Imprimerie nationale, Paris, 1979, p. 333.

[5]         Fondation nationale des sciences politiques, Archives privées-Archives Daladier (FNSP-Daladier), vol. II, DA 4 Dr 4 sdrp.

[6]        Ibidem.

[7]        Ibidem.

[8]        Les Événements survenus en France de 1933 à 1945. Témoignages et documents recueillis par la commission d’enquête parlementaire, t. IX , Presses universitaires de France, Paris, séance du jeudi 15 mars 1951 (présidence de M. Gérard Jacquet), pp. 2604-2605.

[9]        Ibidem, Rapport de M.Charles Serre, Député, au nom, de la commission d’enquête parlementaire, t. Ier, p. 268. Séance de Mardi, 16 mars 1948 (présidence Michel Clemenceau). Audition de M. de Lacroix.

[10]       Ibidem, p. 2001. La variante française de cet entretien relatée par Bonnet devant la Commission n’est pas publiée par DDF dans le tome X. L’absence dans la collection française d’un tel document d’importance capitale est étonnante, d’autant plus que, la variante allemande, accusatrice pour la diplomatie française, publiée dans la collection allemande est restée jusqu’à aujourd’hui sans réplique.

[11]       Ibidem, t. Ier pp. 267-268. Dans le télégramme de de Lacroix il s’agit d’un entre­tien confidentiel avec Beneš. Ce dernier, se confiant au ministre de France, explique qu’en 1919 “il avait envisagé la possibilité de ne pas inclure dans les frontières de son pays quelques régions situées au Nord-Ouest et au Sud-Ouest de Bohême. De Lacroix accuse Bonnet d’avoir présenté cette confidence faite par Beneš au gouvernement anglais comme une décision récente de céder à l’Allemagne la région sudète.

[12]       Ibidem, p. 268.

[13]       Ibidem, t. IX, p. 2618. Séance de jeudi 15 mars 1951 (présidence de M. Gérard Jacquet). Audition M. Georges Bonnet.

[14]       Ibidem, t. Ier, pp. 268-269.

[15]       Ibidem, p. 269.

[16]       J.-B. Duroselle, op. cit., p. 353-354.

[17]       Ibidem.

[18]       DDF, 2, T. XI, doc. 267, p. 413.

[19]       DDF, 2, T. XI, doc. 216, p. 339.

[20]       DDF, 2, T. X, doc. 292, pp. 446-447.

[21]       FNSP –Daladier, vol. II, 2 DA 2 Dr 3 2dra.

[22]       Ibidem, vol. III, 2DA 1 Dr 2 S de. Il est difficile à comprendre qu’un homme politique de la dimension de Daladier n’ait pas su que son pays avait signé en octobre 1920, avec la Grande-Bretagne, l’Italie et le Japon, un traité international reconnaissant la Bessarabie comme “territoire roumain” arraché par force par la Russie en 1812 et le droit des Roumains de cette province à l’autodétermination et à l’union avec la Patrie selon la décision du Conseil du Pays (Sfatul Ţării) de 27 mars 1918 et non de 1919.

[23]       État-major de l’armée de Terre. Service historique, Vincennes (SHAT, Vincennes), 7 N-3052 (non paginé), rapport n° 11/s, Bucarest, 12 février 1938, signé Delmas, pour le ministère de la Défense nationale, état-major, 2e bureau. Secret. Non publié dans DDF.

[24]       Ibidem.

[25]       Loc. cit., 7N-3052, rapport n° 29. Les Conséquences de l’Anchluss, Bucarest, 20 mars 1938, signé Delmas, pour le ministère de la Défense nationale et de la Guerre, état-major 2e bureau. Secret. Non publié dans DDF.

[26]       Ibidem, EMA, 2e bureau, 7N-3131. Documents datés “Au début de 1938”.

[27]       Quai d’Orsay, Archives Diplomatiques, Papiers 1940, Reconstitution Fouques-Duparc, Dossier Georges Bonnet, vol. 61, pp. 32-36. Tel. n° 122, Paris, 18 avril 1938, signé Bonnet-Coulondre, pour Varsovie, Berlin, Londres (retransmission d’un télégram­me sans date de Moscou, signé Coulondre) ; contient les déclarations faites au ministre français par Fierlinger, le ministre de Tchécoslovaquie à Moscou. Non publié dans DDF.

[28]       Ces appareils pouvaient s’envoler jusqu’à une hauteur de 1 200 m, avaient une vitesse de 600 km/h et transportaient jusqu’à ½ t bombes.

[29]       SHAT Vincennes, 2e bureau, EMA, 7 N-3052, Rapport n° 34 /S : Le danger allemand, Bucarest, 14 mai 1938, signé Delmas, pour le ministère de la Défense natio­nale, état-major de l’armée, 2e bureau. Secret. Non publié dans DDF.

[30]       Ibidem, 7 N-3073, 2e bureau. Mission militaire française auprès de la République Tchécoslovaque, Rapport n° 2864/SE, Prague, 5 avril 1938, secret, signé Faucher. Non publié dans DDF.

[31]       Ibidem, 7N-3097, 2e bureau, Rapport n° 3196, Prague, 22 septembre 1938, signé Faucher. Non publié dans DDF.

[32]       Ibidem, télégramme n° 2447 /EMA /SAE, 28 septembre 1938, du général Gamelin au général Faucher.

[33]       Ibidem, Rapport n° 3199/ Cab, Prague, 6 octobre 1938, confidentiel, signé Faucher.

[34]       Ibidem, 7N-3131, EMA, 2e bureau, Non publié dans DDF.

[35]       Ibidem.

[36]       DDF, 2, T. X, pp. 788-791 et 938-951.

[37]       J. -B. Duroselle, op. cit., p. 341.

[38]       DDF, 2, T. X, p. 688.

 

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