L’Escadrille Lafayette : 

Unité Volontaire de Combat Oubliée de l’Amérique

 

Chapitre Un

Un mémorial oublié

 

 

Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette est situé à moins de treize kilomètres du centre de Paris. Si on part de l’Arc de Triomphe et on coupe par le Bois de Boulogne, en traversant la Seine au pont de Suresnes ou de St Cloud, il n’y a qu’une courte distance à travers la banlieue nonchalante de St Cloud et Garches pour arriver au Mémorial situé à Marnes-la-Coquette. Après avoir passé la station de train de Garches qui se trouve sur la ligne de Paris - St Nom la Bretèche, il n’y qu’environ 400 m pour aller sur le Boulevard Raymond Poincaré (anciennement Boulevard Michel Brezin). Il faut chercher au numéro 5 sur la gauche – l’entrée du parc du mémorial ; l’entrée était majestueuse mais à présent il faut prêter attention pour voir l’insigne de la Tête d’Indien décolorée – emblème de l’Escadrille Lafayette – sur les colonnes du portail, car il est pris dans une végétation luxuriante (voir photos 1 et 2).

Une fois entré, il faut se garer immédiatement sur la droite car le trafic est interdit dans l’enceinte du parc, excepté lors d’occasions formelles et cérémonies. Les quelques hectares sur lesquels sont situés le parc sont idylliques, les feuillages sont denses et magnifiques, dont on peut profiter en empruntant le chemin de 100 m qui conduit au mémorial. Il faut emprunter le pont qui enjambe l’étang Marche et le lac Villeneuve, et ensuite suivre le chemin sur la droite. Au tournant, se trouve un panneau en français qui indique :

 

Passant

Ici repose côte à côte unis

Dans la mort comme ils furent

Dans l’action, les plus valeureux pilotes

Américains et leurs chefs français

Passant

Respecte leur sommeil, n’entre dans

Ces lieux que pour te recueillir

Médites leur exemple et pries

L’armée de l’air française.

 

Ensuite, lorsqu’on dépasse le panneau à travers la pelouse soignée et épaisse qui couvre la distance jusqu’au Mémorial, on est frappé par la taille et la majesté du monument. Ce Mémorial, construit en l’honneur des aviateurs américains qui ont volé et se sont battus pour la France avant et après l’entrée de l’Amérique dans la Grande Guerre présente un témoignage puissant de l’esprit et du courage des hommes de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette. Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette est étonnamment important considération prise de ce qu’il est si proche des voies publiques mais cependant si complètement caché à la vue des passants.

Le Mémorial est d’un style très caractéristique des années 1920. Il se situe sur une pente et surplombe un plan d’eau. Il est composé d’un arc de triomphe flanqué de part et d’autre de portiques à colonnes, qui sont à leur tour appuyés sur des arcs plus petits. L’arc de triomphe, ou arc central, qui représente exactement la moitié de la taille de l’Arc de Triomphe, domine la construction, surplombant les arcs et portiques latéraux du Mémorial. 1

L’arc central dominant nous donne l’impression de rapetisser au fut que l’on approche, permettant d’apprécier pleinement la grandeur du monument. Le grand nombre de détails ornementaux, d’inscriptions et de gravures qui couvrent densément les façades du monument est impressionnant.  L’arc de triomphe porte en grandes lettres l’inscription suivante sur ses faces avant et arrière :

 

En mémoire des hommes

de l’Escadrille Lafayette

qui sont morts pour défendre

le droit et la liberté.

 

Les « Têtes de Guerriers Indiens Sioux Hurlants » sont aisément identifiables sur chaque arc latéral et sont les reproductions les plus grandes du Mémorial. Une autre Tête d’Indien gigantesque en mosaïque se trouve sur le sol du Mémorial directement sous l’arc central.

Toutes les batailles auxquelles les aviateurs Lafayette ont pris part sont gravées sur le Mémorial et se retrouvent le long des portiques latéraux et entourent les arcs latéraux. Ils se lisent comme une référence encyclopédique à la Première Guerre Mondiale. Même ceux qui ne connaissent rien à l’Escadrille Lafayette et au Corps d’Aviation Lafayette, reconnaîtront certainement et frémiront aux noms qui hantent encore la mémoire collective mondiale : Dunkerque, Soissons, Reims, St Mihiel, Arras, Verdun, Noyons, St Quentin, Flandres, Somme, Aisne, Marne, Vosges, Oise, Alsace, Argonne, Champagne et Mont Didier. Selon cette longue liste de noms, on peut savoir que les hommes ont participé à pratiquement toutes les batailles principales de la Grande Guerre après 1915 et qu’ils ont servi dans tous les secteurs du Front Ouest. C’est quelque chose à quoi peu d’hommes peuvent prétendre.

En levant les yeux sous l’arc de triomphe, on peut voir le nom de 209 hommes qui se sont battus et dans la plupart des cas, sont morts pour la France. Certains des noms sont sanctifiés et représentent les premiers as américains comme Raoul Lufbery. Certains des noms représentent les familles de l’élite américaine comme Rockwell et Prince. Certains sont très américains : Hall, Johnson, Jones ; dans d’autres cas, des noms comme Genet et Masson sont aussi français que les ancêtres de ces aviateurs. D’autres noms encore comme Hoskier, Soubiran et Pavelka reflètent le melting-pot qu’était et que sera toujours l’Amérique.

En dessous de ce même arc central, en regardant à droite et à gauche, on voit les marches descendant couvertes par les portiques à colonnes qui conduisent aux entrées de la crypte. Ce monument abrite également un caveau souterrain contenant 68 sarcophages de membres de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette. Au dessus des marches conduisant au caveau, on peut lire le verset de la Bible suivant :

 

Ils n’ont pas été séparés par la mort

Ils étaient plus légers que les aigles

Plus forts que les lions.

II Samuel 1.23

 

En descendant l’un quelconque des escaliers, ont arrive aux entrées de la crypte. Aux entrées, on peut lire la plaque suivante :

 

Aux morts de

L’Escadrille Lafayette

Cette crypte est consacrée.

Ils allèrent au trépas de leur plein gré

Pour la cause qu’ils

Avaient embrassée.

Ils reposent dans le sol

Qu’ils ont défendu.

 

L’intérieur de la crypte est austère et tamisé, contrastant avec les ornements caractéristiques du Mémorial situé au dessus. Les cercueils sont placés côte à côte par groupes de quatre, les aviateurs américains et leurs commandants français reposent ensemble dans la mort, aussi près qu’ils étaient les uns des autres quand ils étaient en vie. Les cercueils ne portent qu’une simple plaque. Par jour ensoleillé, la luminosité est très belle et très apaisante car sur le mur opposé de la crypte, loin des sarcophages, on peut voir treize petits vitraux rectangulaires merveilleusement ouvragés. Chaque vitrail recréée une scène de bataille à laquelle l’Escadrille Lafayette a pris part, avec les détails et points de repère des avions et signatures de chaque région de bataille. La lumière de ces vitraux ré-hausse de couleurs resplendissantes le nom des aviateurs ensevelis en face. En fait, dans les 68 sarcophages, se trouvent seulement effectivement 49 hommes mais ceux qui y reposent sont les plus célèbres : Raoul Lufbery, Douglas MacMonagle, Victor Chapman, Edmond Genet, James Rogers McConnell, Paul Pavelka, Andrew Courtney Campbell et le commandant français Georges Thenault.

En montant les marches et en s’éloignant du Mémorial par jour de beau temps, on peut apprécier à sa juste valeur la beauté du monument. La taille et la conception du Mémorial de l’Escadrille Lafayette sont à vous couper le souffle. Sa magnificence est tout à fait impressionnante, blotti majestueusement comme il l’est dans ce parc serein et paisible.

 

Tout n’est pas parfait

 

Cependant, tout n’est pas parfait concernant  ce Mémorial érigé à la mémoire de ces hommes courageux. La condition du monument est scandaleuse. Il se disloque. Son extérieur, comme son intérieur, ne souffrent pas seulement des ravages du temps, mais succombent aux dommages causés par l’eau, la négligence et la pollution.

Les surfaces de granite blanc « Euville » et « Rocheret », naguères immaculées, qui forment la face du monument ont été noircies par la pollution de l’air.  Malheureusement, le Mémorial est entouré et bordé de deux routes – le boulevard Raymond Poincaré et la nationale 407 ; une autoroute importante – la A13 ; et une ligne de chemin de fer double qui dessert la ligne Paris – St Nom la Bretèche. Le trafic sur ces  routes très fréquentées a généré une crasse épaisse et noire qui a obscurci la plus grande partie des surfaces de granite blanc du Mémorial, ce bien qu’il soit entouré par la végétation naturelle et luxuriante du parc.

Une inspection plus détaillée du Mémorial révèle qu’il est en piteux état. Les marches qui mènent au mémorial sont fissurées et la maçonnerie s’effrite. Les carreaux de la terrasse arrière du Mémorial sont cassés à de nombreux endroits, laissant apparaître des trous béants disgracieux. Les gigantesques blocs de granite du mémorial ne sont pas seulement noirs de pollution, ils présentent également des fissures importantes sur leur longueur. Des moisissures et mauvaises herbes balafrent également les énormes blocs de granite. Ceci continue à gâcher la beauté esthétique du granite déjà endommagé. L’intérieur des arcs et des portiques est resté blanc mais les plafonds sont écaillés et des morceaux sont tombés, laissant apparaître les armatures métalliques rouillées ce qui, à son tour, a décoloré les surfaces alentour.

La crypte est un désastre. Il n’y a pas de mots pour décrire correctement la façon dont les dommages dépouillent le lieu de repos de ces héros de son caractère sacré. Les entrées de la crypte sont couvertes de fissures. Le plafond de la crypte est littéralement un danger pour les visiteurs. Des surfaces importantes des arcs blanc qui constituent l’intérieur de la crypte se sont effritées comme atteintes d’un cancer de la peau et offrent à l’œil la vision disgracieuse de briques et mortier utilisés pour les fondations. Le sol de la crypte est jonché de flaques d’eau importantes, même en période sèche, et on a l’impression de se trouver dans un grand réseau souterrain d’égouts ou de conduites d’eau. Les sarcophages sont mis en danger par l’eau ; des efforts ont été faits pour consolider les dommages et arrêter le suintement mais les tentatives ont été bâclées et réalisées par des non-professionnels. La riche mosaïque composant le sol de la crypte, travail d’art sans prix, a été abîmé par le drainage ; le dommage est irréversible. Pour ajouter aux malheurs de la crypte, les alcôves qui étaient destinées officiellement à abriter des chapelles et sanctuaires de réflexion, sont vides car l’eau endommagerait tout ce qui serait placé dans leurs renfoncements.

Les superbes vitraux sont couverts de toiles d’araignées et crasseux. Par le passé, on a tenté de les recolorer mais le travail a été fait de façon non professionnelle et les vitraux sont pires à présent. La beauté originelle époustouflante a été affaiblie par le travail bâclé. A l’extérieur du monument, à l’arrière, où la crypte a une douve destinée à recueillir et canaliser les eaux, c’est  une horreur et un cauchemar architectural. La rouille et les dommages sont très importants et ce sera une entreprise très importante que de palier à l’effet nuisible qu’elle a sur le bâtiment.

A condition du Mémorial de l’Escadrille Lafayette est une honte. Le parc est vide toute l’année et le nombre des visiteurs atteint à peine 100 personnes. 2  Le Mémorial a été oublié.

 

Le Mémorial de Suresnes : une brève comparaison

 

Un peu plus près de Paris, mais toujours dans la même région que le Mémorial de l’Escadrille Lafayette, on trouve le Cimetière Américain de Suresnes qui se trouve dans la banlieue parisienne du même nom (voir photo 1).

Ce cimetière d’environ trois hectares est également situé de l’autre côté de la Seine , bien que sur une colline qui surplombe la ville. Ce cimetière contient les tombes de 1.541 Américains qui sont morts pendant la Première Guerre Mondiale et 24 Américains inconnus morts pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les tablettes de bronze sur les murs de la chapelle listent les noms de 974 disparus, perdus ou abîmés en mer. Ce cimetière est également entouré par des routes et exposé aux éléments, sans toutefois avoir la végétation dense qui cache le Mémorial de l’Escadrille Lafayette. 3

Pourtant, ce cimetière est immaculé. Les stèles sont blanches et semblent avoir été érigées il y a peu de temps. Les rangs de tombes se trouvent sur des pelouses soignées, dont la rigueur des rangs et colonnes est très militaire. Le mémorial et la chapelle sont dans les mêmes conditions parfaites. Les ravages du temps et des éléments ont été tenus à distance ici et il faudrait regarder de très près pour savoir si le temps a endommagé l’endroit et ce qu’il contient.

Le Cimetière de Suresnes se trouve sur un site qui contraste violemment avec le Mémorial de l’Escadrille Lafayette à Marnes-la-Coquette et c’est l’exemple le plus direct et parlant de ce que quelque chose ne va pas ou est oublié au Mémorial des vaillants aviateurs de l’Escadrille .

 

La Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette

 

L’inauguration du Mémorial de l’Escadrille Lafayette, dessiné par Alexandre Marcel, Architecte en Chef du Gouvernement Français, a eu lieu le 4 juillet 1928. La « Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette » a été établie peu de temps après en 1930 par William Nelson Cromwell, avocat new-yorkais distingué habitant Paris, en tant que « Fondateur », et sa mission est la suivante :

 

·        Assurer la conservation et maintenance permanente du monument érigé par l’Association du Mémorial de l’Escadrille Lafayette dans le parc de St Cloud sur un terrain cédé par le Gouvernement Français à ladite association, dans le but d’entretenir dans le cœur des hommes l’esprit qui a animé les membres de l’Escadrille Lafayette et le Corps d’Aviation Lafayette, tous les Américains, tous les volontaires pour la cause universelle de la liberté sous le drapeau français avant l’entrée de leur pays dans la Grande Guerre.

·        Prévoir les observances religieuses appropriées dans les lieux.

·        Eduquer la jeunesse française, américaine et d’autres nations sur l’histoire de leurs pays respectifs et des pays des autres, sous forme de discours publics, publications et autres. 4

 

 

L’idée initiale d’un monument en l’honneur du Corps d’Aviation Lafayette a été avancée par un de ses anciens membres, le pilote Edgar Guerard Hamilton, qui avait aidé dans la recherche des corps de ses camarades du Corps d’Aviation Lafayette après l’armistice. Cette récupération laborieuse des corps qui étaient enterrés partout sur le front français, et dans certains cas derrières les anciennes lignes ennemies, lui a donné une idée. Il voulait rassembler les corps de ce groupe unique d’hommes dans un seul et même lieu de repos et à cet effet, il a sollicité l’aide d’officiels américains et français. En mars 1923, une association dénommée « Association pour le Mémorial de l’Escadrille Lafayette » a été fondée afin de donner jour à cette idée. 5

Le monument a été construit dans les années 1927 et 1928. Le Gouvernement Français a donné un parc de quatre hectares et des fonds pour la construction ont été collectés par le biais de souscription publique en France et aux Etats Unis. William Nelson Cromwell a fait donation de la plus grande partie des fonds pour la construction. Après sa mort, il a laissé un trust additionnel de 1,5 million de dollars pour la maintenance du monument à la « Fondation pour le Mémorial de l’Escadrille Lafayette » qu’il avait fondée. 6

Le Mémorial est toujours administré par la même Fondation qui est exonérée d’impôts et sa contrepartie française, « La Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette » est également une association exonérée d’impôts. Les conseils d’administration des fondations sont entièrement identiques et sont composés de trustees français et américains. La Fondation emploie un jardinier et un gardien qui vit sur la propriété moyennant un loyer inférieur à la valeur du marché et s’occupe des lieux. La maintenance de routine du parc et du Mémorial coûte environ 50.000 USD par an en dollars de 2002.7

Le capital du trust original créé par Cromwell a régulièrement diminué au fur et à mesure des années. Ainsi qu’en fait état une étude réalisée par la Commission Américaine des Monuments de Batailles (CAMB), les réparations importantes pour arrêter les infiltration d’eau dans la crypte , les réparations déjà effectuées au fil des années sur la structure, des investissements malheureux  et l’augmentation des coûts de maintenance ont complètement asséché les fonds. La construction originelle a dépassé son budget de 3 millions de dollars, si bien que diverses économies ont été réalisées pour réduire les frais. Sur le long terme, ceci a affecté la structure du Mémorial. Aussitôt après son inauguration, des travaux d’amélioration ont dû être faits entre 1928 et 1936 pour restaurer et améliorer les imperfections et les dommages liés à l’eau à leur début. Des travaux de restauration ont également été entrepris entre 1980 et 1986 et certains des plans d’origine ont dû être changés. 8

En l’absence de fonds propres, le Mémorial de l’Escadrille Lafayette a lentement commencé à s’émietter et à se dégrader.

 

La différence à Suresnes : La Commission Américaine des Monuments de Batailles

 

La Commission Américaine des Monuments de Batailles (CAMB) est un petit organisme indépendant de la Division Exécutive du Gouvernement Fédéral des Etats Unis. Cette commission est en charge de l’entretien et de la maintenance des cimetières, monuments, mémoriaux et plaques américains à travers le globe. La Commissions remplit sa mission en :

 

 

·        Dessinant, construisant, faisant fonctionner et assurant la maintenance les cimetières militaires américains dans les pays étrangers ;

·        Etablissant des monuments sur le sol américain lorsque le droit public l’exige et en dehors des Etats Unis où des forces armées américaines ont servi depuis 1917 ;

·        Contrôlant la construction et les changements apportés aux mémoriaux militaires, aux monuments et plaques américains en terre étrangère, par d’autres citoyens ou organisations américains, publics et privés ;

·        Encourageant le parrainage pour entretenir correctement leurs mémoriaux, monuments et plaques. 9

 

La Région Européenne de la CAMB a son principal bureau près de Paris, à Garches, juste en dehors de Paris et du Mémorial de l’Escadrille Lafayette. Elle est en charge de 17 cimetières et 15 mémoriaux, monuments et plaques de Normandie en Tunisie. On y compte les cimetières de la Première Guerre Mondiale à Asine-Marne, Ardennes, Oise-Aisne, Somme, St Mihiel, Suresnes et Meuse-Argonne qui ont également des monuments impressionnants et au total abritent plus de 44.331 morts à la guerre. Le nombre de visiteurs de ces cimetières excède 207.000 en 2000, soit près de 30.000 visiteurs annuels par site (Suresnes a compté 14.662 visiteurs en 2002). 10

Cependant, ces cimetières et autres monuments composant la Région Européenne de la CAMB ne sont pas sans poser de problèmes. Ces sites souffrent d’une exposition extrême et de problèmes de corrosion, mais ainsi qu’il est exposé dans « Exploitation et Gestion des Sites », section du « Rapport Annuel 2000 de la CAMB », ils sont traités de façon agressive. Le degré de manque de réparations n’approche jamais celui du Mémorial de l’Escadrille Lafayette. Financées par le Gouvernement Américain, ces installations sur le sol français n’ont pas le droit d’être oubliées.

C’est impressionnant si l’on considère les distances séparant des Etats Unis. La CAMB gère et assure la maintenance de 24 cimetières militaires américains et de 27 mémoriaux, monuments et plaques dans 15 pays à travers le monde, qui ont reçu 3.998.312 visiteurs en 2000 avec un budget de 128.323.000 dollars. Ceci représente une prouesse considérable puisque seulement 369 employés se partagent ces responsabilités à travers le monde 11

 

* * *

 

Alors, comment se fait-il que le Mémorial de l’Escadrille Lafayette se trouve dans une tel état de décrépitude par rapport au cimetière de Suresnes et autres cimetières et monuments américains  en France ? La différence fondamentale est que le Mémorial, bien que dédié à des Américains, est géré de façon privée par une Fondation qui n’a pas de fonds.

 

Une analogie : Un Monument Oublié et l’Escadrille Lafayette Oubliée

 

C’est un fait que le Mémorial a été négligé. Ce qui est beaucoup plus irrésistible et gênant, est le fait que le sort du Mémorial est une exacte analogie du sort de l’Escadrille Lafayette et des hommes du Corps d’Aviation Lafayette, de leur histoire et héritage. Il est vrai que la Fondation de l’Escadrille Lafayette n’a pas de moyens, mais c’est en partie dû à un public et Gouvernements américains qui ont perdu tout intérêts dans l’histoire de l’aviation Lafayette. La mémoire des hommes de Lafayette, comme le Mémorial, sont pratiquement oubliés et négligés aux Etats Unis.

  1. Etude préalable à la restauration générale du Mémorial de l’Escadrille Lafayette, p. 6.
  2. Le chiffre de visiteurs cité par Secrétaire de la Fondation du Mémorial, 3 septembre 2002.
  3. Visite d’auteur, et l’ABMC Visitor’s Guidebook.  (American Battlefields Monuments Commission ou Commission Américain des Monuments de Batailles en francais)  
  4. Brochure de la Fondation du Mémorial de l’Escadrille Lafayette.
  5. Gordon, Dennis, Lafayette Escadrille Pilot Biographies (Missoula, Montana, 1991), p. 140.
  6. « ABMC Talking Paper » par Mme. Lillian Fluke.
  7. Ibid.
  8. Etude préalable, p. 28.
  9. ABMC Mission and Organization Statement, ABMC 2000 Annual Report. 
  10. Les chiffres viennent d’ABMC 2000 Annual Report.
  11. Ibid.

 

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