L’Escadrille Lafayette : 

Unité Volontaire de Combat Oubliée de l’Amérique

 

 

Chapitre Trois

Courte Histoire de l’Escadrille Lafayette

 

Une brève histoire de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Lafayette sera présentée pour rappeler au  lecteur ses origines, ses accomplissements et ses contributions à l’effort de guerre. Cette histoire ne sera pas très poussée et présentera seulement un bref résumé de l’unité. Le but ici n’est pas de recréer l’histoire de l’Escadrille Lafayette – que l’on peut trouver partout.

 

Les origines de l’Escadrille Lafayette

 

Lorsque les armées d’Europe sont entrées en conflit en août 1914, l’Amérique en tant que nation a décidé de rester neutre. Ceci ne correspondait pas aux aspirations de certains de ses citoyens qui pensaient que l’Amérique devait choisir l’un ou l’autre des belligérants. Les citoyens américains pour nombre de raisons se sont précipités pour rejoindre les deux côtés du combat. Certains hommes Américains, qu’ils se soient trouvés en Europe au moment de la guerre, ou qu’ils aient rejoint l’Europe autrement, ont cherché une façon d’aider dans le combat. Certains ont entendu l’appel, poussé par leur sens du droit et de la liberté ; certains étaient des aventuriers et cherchaient la gloire et la fortune ; d’autres encore étaient des jeunes hommes curieux – mais quelque soit le cas, ils venaient pour se battre ou pour offrir leurs services.

Bien sûr, la question de la neutralité était un problème pour ces Américains, et la nationalité en était un autre. Le Président des Etats Unis Woodrow Wilson avait déclaré :

 

« Personne sur le territoire et sous la juridiction des Etats Unis ne prendra part, directement ou indirectement à la guerre, mais observera une neutralité stricte et impartiale. »1

 

L’article 6, Chapitre 1 de la Convention V de 1907 de la Haye a expressément traité le problème de ressortissants étrangers combattant pour d’autres pays ; les personnes étaient autorisées à offrir leurs services à l’un des belligérants, sans pénalité. Cependant, l’Article 4 de la même Convention interdisait aux pays de recruter des candidats auprès de pays neutres. De plus, une loi américaine votée en 1907 déclarait que tout Américain qui s’enrôlait ou prêtait serment auprès d’un service étranger « serait considéré comme s’étant expatrié. » 2

Dans le cas des Français, afin de contourner le problème de citoyenneté, il était généralement admis qu’en joignant la Légion Etrangère Française, on n’était pas déchu de sa nationalité parce que le serment d’allégeance n’était pas fait à un autre pays, mais seulement  à l’unité de combat elle-même.3 Certains robustes Américains ont trouvé leur entrée dans les forces française de cette façon. Au tout début du conflit, quelques Américains se battant sous la Légion Etrangère ont eu l’idée de créer une unité d’aviateurs américains volontaires. L’origine de cette unité est généralement attribuée au Légionnaire William Thaw qui était pilote avant la guerre. Au même moment, un jeune homme du nom de Norman Price était également de son côté en train de réfléchir à l’idée. Prince avec vécu ici et là en France la plus grande partie de sa vie et son père détenait des propriétés à Pau dans le sud de la France. Son idée était de former une escadrille américaine au sein du Service d’Aviation Français en utilisant comme noyau d’autres jeunes hommes qui aimaient l’idée y compris les légionnaires volontaires qu’il avait rencontrés à son arrivée en France, hommes tels que William Thaw, Elliot Cowdin, Frazier Curtis, Bert Hall et Didier Masson. 4

Prince devait venir en France au début de l’année 1915 et à raison de l’influence et de la fortune de son père, il a commencé à songer à l’idée d’une unité d’aviation. Ses efforts ont tout d’abord été repoussés parce que la neutralité des Etats Unis était un problème et parce que le service d’aviation à ses débuts en France avait largement assez de pilotes. Prince a fini par rencontrer un M. Jarousse de Sillac qui s’est épris de l’idée du jeune homme. M. de Sillac, qui était le Sous-Secrétaire du Ministre français des Affaires Etrangères, avait une position qui lui permettait de faire connaître cette idée et en février 1915, il persuadait le Ministre de la Guerre de permettre aux Américains de s’enrôler dans l’Aviation Française. A la fin mars 1915, les pilotes Thaw, Hall, Cowdin, Curtis, Prince et James Bach étaient affectés aux écoles d’aviation françaises et les détails de l’unité devaient être mis en place. 5

Concomitamment et indépendamment des efforts de Prince et des autres, un autre Américain vivant à Paris, le Dr Edmund Gros, un des hommes en charge du Corps d’Ambulances Américain, a eu une idée similaire d’organiser une unité d’aviation américaine. Il avait pensé que les nombreux volontaires qu’il avait rencontrés dans le corps d’ambulances seraient d’excellents candidats pilotes pour l’unité d’aviation française, alors il a entrepris d’utiliser ses contacts et son prestige à Paris pour former une unité. 6

Par chance, le Dr Gros avait rencontré Curtis et certains des autres aviateurs débutants et par leur intermédiaire, M de Sillac. M. de Sillac et le Dr Gros ont commencé à fomenter l’enthousiasme nécessaire pour supporter leur idée. Finalement, le 8 juillet 1915, le Général Hirschauer, Chef de l’Aviation Militaire Française a rencontré le Dr Gros et M. de Sillac ; bien qu’au début complètement opposé à l’idée d’un groupe d’aviateurs américains sur le front pour des raisons diplomatiques, il a considéré les avantages d’avoir une telle unité. Il a accepté de donner des ordres pour la formation d’une escadrille américaine qui serait connue sous le nom de « l’Escadrille Américaine ».7

Ce n’est qu’en avril 1916 que l’unité a été en fait mise en place et désignée comme « Nieuport 124 » ou « N-124 » escadrille de chasse. Le 21 mars 1916, des ordres officiels étaient reçus du Département de l’Aviation, indiquant que le Commandant en Chef avait finalement approuvé la formation de N-124, mais qu’il faudrait encore un moment pour réunir les pilotes américains. Les pilotes qui devaient former le noyau de la nouvelle unité étaient dispersés dans des écoles en France à Buc, Pau et Avord et certains d’entre eux comme Thaw volaient déjà avec les unités françaises sur le front. Les candidats ont été réunis à Plessis Belleville. Le capitaine Georges Thenault devait commander l’escadrille ; son assistant serait le lieutenant deLaage de Meux. La liste initiale des pilotes était la suivante, et il est généralement admis que ces sept hommes étaient les pilotes d’origine de l’Escadrille Lafayette : William Thaw, Elliot Cowdin, Kiffin Rockwell, Norman Prince, Bert Hall, Victor Chapman et James Rogers McConnell.  Malheureusement, Eugene Curtis, blessé lors d’un entraînement de vol, était dans l’incapacité de voler et James Bach s’est écrasé et est devenu prisonnier de guerre. 8

Pour assister l’unité qui commençait à attirer pas mal d’attention, le Dr Gros et M. de Sillac ont fondé le « Comité Franco-américain » (qui devait devenir par la suite le « Corps d’Aviation Franco-Américain »), comité destiné à gérer les finances et les affaires des Américains qui auraient besoin d’argent en plus de ce que les Français leur allouaient pour les uniformes, les frais et divers. Il était composé du Dr Gros, de M. de Sillac et de divers bienfaiteurs fortunés et hommes d’affaires américains de haut standing intéressés par la France comme William K. Vanderbilt et J. Pierpont Morgan qui finançaient et se préoccupaient du bien être des pilotes de l’Escadrille Américaine. 9

Le Corps d’Aviation Franco-Américain a également facilité les démarches pour les candidats aviateurs potentiels américains. Un formulaire d’enrôlement spécial était adopté avec les Français, qui permettait au candidat de s’enrôler mais qui lui donnait également de façon non équivoque le droit de retourner aux Etats Unis sans pénalité et sans coût s’il devait s’avérer inapte en tant qu’aviateur. Pour ce qui est de la nationalité, le candidat n’était pas tenu au serment d’allégeance aux Français mais devait promettre d’obéir aux ordres et de se soumettre à la discipline – il ne perdrait pas sa nationalité américaine. 10

Les Allemands ont protesté à raison de la neutralité américaine et demandé que la référence aux Etats Unis dans l’Escadrille Américaine soit stoppée. Peu de temps après, les Français ont changé le nom pour adopter « Escadrille de Volontaires » . Mais comme les Américains détestaient ce titre, on leur a permis de le changer au profit du titre diplomatique mais cependant très symbolique de « Escadrille Lafayette ». Ceci a été officiellement accepté. 11

 

L’escadron en combat

 

L’Escadrille Lafayette aura été transférée onze fois et aura servi dans neuf lieux différents pendant sa période de service d’environ vingt trois mois sur le front, afin de se trouver à proximité de la plupart des combats. En conséquence, ils volaient sur tout le secteur du Front Ouest. Le lecteur pourra se référer aux Cartes Un et Deux. 12

L’unité était à l’origine stationnée à Luxeuil-les-Bains, ancienne ville d’eau aux pieds des Vosges, près de la frontière suisse du 20 avril au 19 mai 1916. L’escadron partageait le terrain d’aviation avec des aviateurs anglais du Service d’Aviation de la Royal Naval et les unités devaient protéger les bombardiers du Capitaine Felix Happe, de Farnam et Bequet lors de raids. L’escadron a effectué sa première patrouille officielle le 13 mai et a marqué sa première victoire par Kiffin Yates Rockwell le 18 mai qui a abattu un avion de reconnaissance. 13

L’unité est partie pour Bar-le-Duc, dans le Secteur Verdun, du 19 mai au 14 septembre 1916 afin de prendre part à la Bataille de Verdun  où elle a intégré le Groupe de Combat 12. Raoul Lufbery, Clyde Balsley, Chouteau Johnson, Lawrence Rumsey, Dudley Hill, Didier Masson et Paul Pavelka ont rejoint l’escadron à Bar-le-Duc, portant le nombre des pilotes à 16. Le 22 mai, Bert Hall a enregistré la seconde victoire de l’escadron et le 24 mai, William Thaw a marqué la troisième. Le 17 juin, Victor Chapman a enregistré sa première victoire mais a été tué au dessus de Haumont le 23 juin, premier disparu de l’escadron. Deux jours plus tard, Elliot Cowdin a été transféré de l’unité « pour raisons de santé ». Le 23 juillet, Bert Hall a enregistré un second avion abattu ; deLaage en a abattu un autre le 27 juillet. Les 30 et 31 juillet, Raoul Lufbery a abattu les deux premiers de ce qui allait devenir une longue liste. Lufbery devait enregistrer deux autres points, Norman Prince un et Bert Hall son 3ème durant le mois d’août. Norman Prince et Kiffin Rockwell ont réussi à abattre des avions le 9 septembre. Pendant la bataille de Verdun, l’unité a pris part à 146 combats, enregistrant 13 victoires confirmées, déplorant un mort et trois blessés. L’escadron a également cédé ses vieux Neuport 11 à une autre escadrille et adopté les nouveaux Nieuport 17. 14

Du 14 septembre au 18 octobre 1916, l’unité N-124 était de retour à Luxeuil, dans le Secteur des Vosges. Robert Rockwell, le cousin éloigné de Kiffin Rockwell, a rejoint l’unité lors d’un passage à Paris et l’unité est retournée à Luxeuil le 19 septembre 1916. Là encore, l’unité devait assurer la protection des bombardiers anglais et français. Le 23 septembre, Kiffin Rockwell, un des membres les plus populaires de l’escadrille, était tué en combat près de Rodern et le 12 octobre, Norman Prince, un autre membre bien connu de l’Escadrille était mortellement blessé dans un crash en revenant d’une mission de combat, après avoir lui-même abattu un avion au cours de sa mission. Lufbery est devenu un as avec son 5ème avion abattu lors de cette même mission avec Prince. De Luxeuil, l’unité a été transférée à Cachy. 15

L’unité a reçu des pilotes de remplacements William Haviland, Frederick Prince (le frère de Norman Prince) et Robert Soubiron en allant à Cachy, Secteur de la Somme, où l’unité devait être stationnée du 18 octobre 1916 au 26 janvier 1917. Elle a été assignée au Groupe de Combat 13 et devait y demeurer pour le reste de son existence pendant la guerre. De la mi-novembre à la mi-janvier, il n’a été possible de voler que douze jours au cause du temps. Le 1er novembre, Bert Hall a dû quitter l’unité à la demande de ses collègues d’escadron, à raison de conflits de personnalité et autres problèmes. Le 16 novembre, comme mentionné ci-dessus, l’escadron a dû changer son nom pour adopter celui d’Escadrille Volontaire à raison de la pression diplomatique. Le 6 décembre, elle était renommée Escadrille Lafayette sur la suggestion d’un de ses membres et était officiellement reconnue en tant que tel à partir de ce moment. Lawrence Rumsey a dû quitter l’unité après son transfert à Cachy et Paul Pavelka a quitté l’unité de son propre gré pour être transféré dans une unité d’aviation du Front Est dans les Balkans. Pendant cette période, les pilotes remplaçants Russell Hoskier, Edward Genet et Edward Parsons ont également rejoint l’unité. Lufbery a enregistré les seuls avions abattus pendant cette période , en descendant un avion le 27 décembre et le 24 janvier. 16

L’escadron a été transféré dans les Secteurs de l’Oise et de l’Aisne à Saint Juste (Ravenel) du 26 janvier au 7 avril 1917. Edward Hinkle, Stephen Bigelow, Walter Lovell, Harold Willis, Kenneth Marr, William Dugan et Thomas Hewitt ont rejoint l’escadron alors qu’il se trouvait stationné à Ravenel, alors que Didier Masson et Frederick Prince l’ont quitté pour devenir instructeurs d’aviation. Le 19 mars 1917, James Rogers McConnell était tué au combat. Pendant cette période, l’ennemi était dans un mouvement de repli vers la ligne Hindenburg et l’Offensive Neville devait connaître des résultats désastreux. Mais rapidement, Ravenel s’est avéré comme étant trop éloigné du front et l’unité a une fois encore été transférée à Ham. 17

Le transfert de l’Escadrille Lafayette à Ham dans le Secteur de la Somme a duré du 7 avril au 3 juin 1917. Le 16 avril, premier anniversaire de l’escadron, Edmond Genet a été tué par un obus anti-aérien. Le 23 avril, Ronald Hoskier était tué. Le 23 mai, le commandant en second de l’escadron Alfred de Laage a été tué alors qu’il effectuait une acrobatie au dessus du terrain d’aviation de Ham dans son nouvel avion de combat Spad VII. Andrew Courtney Campbell, Ray Bridgman, Carl Dolan, John Drexel et Henry Jones ont rejoint l’Escadrille Lafayette alors qu’elle était stationné à Ham. L’unité à pris part à 66 combats aériens pendant cette période de deux mois, abattant officiellement 7 avions ennemis. Lufbery a abattu 3 avions durant cette période, alors que William Thaw, Chouteau Johnson et Willis Haviland abattaient les autres. 18

Après Ham, l’Escadrille Lafayette était envoyée à Chaudun, Secteur de l’Aisne, du 3 juin au 17 juillet 1917. Pendant cette période, seul Lufbery a descendu un avion . James Norman Hall, Douglas MacMonagle, David Peterson et James Ralph Doolittle ont rejoint l’unité à Chaudun. Didier Masson a également réintégré l’unité après sa mission d’instructeur d’aviation. 19

L’unité a été envoyée à Dunkerque (St Pol sur Mer) dans le Secteur des Flandres du 17 juillet au 11 août 1917. L’Offensive des Flandres était lancée le 31 juillet 1917 mais la participation de l’escadron était maintenue à un minimum à raison d’un mauvais temps sur le secteur et aucun avion n’a été abattu. James Doolittle a été gravement blessé et n’a pas pu voler pour l’unité pendant cette période. 20

L’unité est retournée dans le Secteur de Verdun pour participer à l’Offensive de Verdun du 11 août au 28 septembre 1917. L’escadron a pris part à 150 combats au dessus de Verdun et Douglas McMonagle et Victor Campbell ont été tués au combat. Harold Willis a été abattu par l’ennemi et fait prisonnier de guerre et Stephen Bigelow a été suffisamment gravement blessé pour devoir quitter l’unité. L’unité devait abattre sept autres avions pendant cette période. 21

Du 29 septembre au 3 décembre 1917, l’unité a rejoint le Secteur de l’Aisne pour prendre part à l’Offensive Malmaisons. Raoul Lufbery a descendu six avions ennemis pendant cette période, en abattant quatre le même jour. Kenneth Marr, Walter Lovell et Chouteau Johnson ont quitté l’unité pendant cette période et Christopher Ford est arrivé en tant que nouveau pilote le 8 novembre, devenant le dernier pilote de remplacement de l’unité. 22

L’escadron a été transféré encore une fois à Chalons et La ferme  la Noblette dans le secteur de Campagne, du 3 décembre 1917 au 18 février 1918, son dernier jour d’existence officielle. Seul James Norman Hall a abattu un avion pendant cette période, descendant un avion le 1er janvier 1918. A leur arrivée à Chalons, les pilotes américains ont été libérés du Service Aéronautique Français pour passer sous commandement américain. Tous les pilotes ont été relevés, sauf Edward Parsons qui était retourné aux Etats Unis en permission. Du 1er décembre 1917 jusqu’à ce que leurs papiers soient en règle, les pilotes américains ont volé en tant que civils. Le 16 janvier, le Capitaine Georges Thenault a quitté l’unité et William Thaw l’a remplacé au commandement. Au 18 février 1918, tous les ordres de missions étaient arrivés. A cette date, l’Escadrille Lafayette est passée sous commandement américain et est devenue le 103ème Escadron Américain de Poursuite Aérienne. 23

Les accomplissements de l’Escadrille Lafayette

 

Les accomplissements de l’Escadrille Lafayette pendant un an, dix mois et 28 jours de service n’étaient pas prodigieux, mais ont contribués à l’effort de guerre. Pendant cette période les 42 pilotes de l’Escadrille ont effectué plus de 3.000 sorties de combat et ont enregistré officiellement 40 avions abattus. Neuf hommes ont été tués dans l’action ; un a trouvé la mort dans un accident, cinq ont été blessés, dont deux sont restés invalides. Trois ont été faits prisonniers de guerre. Les pilotes américains ont enregistré trente cinq de ces 40 avions abattus et les officiers français ont enregistré les cinq autres. Le célèbre Charles Nungesser, pilote en visite qui n’a effectué d’une seule sortie en vol avec l’Escadrille Lafayette, a abattu un de ces avions. Raoul Lufbery a abattu 17 de ces 40 avions. 24

Le nombre total d’avions descendus par l’Escadrille Lafayette excède sans doute 40 et les « probabilités » sont de l’ordre de 100 avions au total. Mais le Service d’Aviation Français était très strict quant à la politique de confirmation ; en conséquence, un grand nombre d’autres avions probablement abattus par l’unité n’ont pas pu être revendiqués. Conformément au règlement, pour qu’un avion, un dirigeable ou un ballon d’observation soient considérés comme ayant été abattus, ils devaient tomber sur les lignes françaises et la destruction devait être attestée soit en vol, soit au sol par une personne autre que le pilote lui-même ou un de ses coéquipiers d’escadron.

Ainsi qu’il a été dit précédemment, l’Escadrille Lafayette a participé à des actions dans tous les secteurs et a pris part à la plupart des offensives majeures, de 1916 au début 1918.

Bien sûr, la plus grande contribution que l’Escadrille Lafayette ait offerte était sa participation même, d’une qualité incommensurable. La présence de l’escadron, représentant les Américains, a donné à ceux qui combattaient, une lueur d’espoir que leur cause était juste et l’espoir qu’un jour l’Amérique se joindrait au combat.

 

Escadrille Lafayette par opposition au Corps d’Aviation Lafayette

 

Au cours des années, il y a eu une grande confusion  entre les noms Escadrille Lafayette et Corps d’Aviation Lafayette. L’Escadrille Lafayette est l’unité elle-même, établie à l’origine le 16 avril 1916 et dissoute le 18 février 1918. Ses membres étaient composés uniquement des 38 Américains et 4 Français qui ont volé pour l’Escadrille pendant cette période. Comme indiqué ci-dessus, l’Escadrille a été dissoute et recomposée pour former le 103ème Escadron Américain de Poursuite Aérienne.

Le Corps d’Aviation Américain (connu également sous le nom de Corps d’Aviation Franco-Américain) n’a jamais été en lui-même une unité ; c’est un nom utilisé pour désigner tous les pilotes américains, y compris les pilotes de l’Escadrille Lafayette, qui ont volé pour les Français pendant la Première Guerre Mondiale. Le nombre exact de pilotes qui ont effectivement volé pour les Français est une question sans réponse et de nombreux chiffres différents selon les sources, ont été avancés. Les nombres varient de 180 à plus de 300. Le nombre généralement retenu et le plus souvent mentionné d’hommes considérés comme ayant effectivement suivi la formation d’aviation ou reçu leurs « brevets », est de 209. Sur ces 209, 180 se sont effectivement battus sur le Front. Gardant ce nombre à l’esprit, 180 pilotes américains ont volé dans 66 escadrilles de poursuite françaises et 27 escadrilles de bombardiers/observateurs.

Les raisons pour lesquelles les Américains ont volé avec les Français plutôt qu’avec l’USAS après  l’entrée de l’Amérique dans la guerre étaient aussi variée qu’il y avait de pilotes. Certains comme le pilote  de l’Escadrille Lafayette Edward Parsons, préférait rester avec les Français plutôt que de suivre des ordres américains. Certains étaient rejetés par l’USAS aux Etats Unis pour une raison ou une autre et pensaient que c’était plus simple de rejoindre les rangs français. Il y a également ceux qui avaient combattu avec les Français dans la Légion Etrangère sur le terrain et qui pensaient que c’était plus facile de rester dans le système français plutôt que de retourner en Amérique.

Le Corps d’Aviation Lafayette a enregistré un nombre total de victoires confirmées de 199. Treize hommes sont devenus des héros. Trente neuf sont morts au combat et six lors d’accidents d’entraînement. Dix neuf ont été blessés et quinze ont été faits prisonniers de guerre. 25

 

* * *

 

Dans le cadre de cette dissertation, lorsque l’auteur mentionne l’Escadrille Lafayette, il fait référence spécifiquement à l’unité d’origine et aux 42 hommes qui volaient pendant cette période du 16 avril 1916 au 18 février 1918. C’est important parce qu’une grande partie de la discussion traitera de l’Escadrille Lafayette. Lorsque l’auteur parle du Corps d’Aviation Lafayette, il fait spécifiquement référence à tous les Américains qui ont volé pour les Français pendant la guerre. Si l’auteur se réfère aux deux noms dans la même phrase, son but est alors de parler de l’Escadrille Lafayette et du Corps d’Aviation Américain pour une raison ou dans un but bien déterminé.

 

 

  1. Link, Arthur S., The Papers of Woodrow Wilson, 1856-1924, Volumes 40 (Princeton University Press, 1982), p. vi. 
  2. Flammer, Philip M., The Vivid Air (University of Georgia Press, 1981), p. 13, et Robins, Benjamin S., American Angels (University of Nebraska, 2000), p. 2.
  3. Hall, Bert W., One Man’s War (The New Library, NY, 1980), p. 24. 
  4. Gros, Dr. Edmund, A Brief History of the Lafayette Escadrille (Unpublished manuscript, National Archives II, Maryland), p. 2.
  5. Ibid., p. 3.
  6. Ibid., p. 3.
  7. Ibid., p. 4.
  8. Ibid., p. 4 et 5.
  9. Ibid., p. 6.
  10. Ibid., p. 7.
  11. Ibid., p. 9.
  12. Gordon, Pilot Biographies, p. 27.
  13. Ibid., p. 27 ; et Journal des Marches et Opérations : Escadrille N° 124 (National Air and Space Museum Archives (NASMA), Washington, D. C.) ; et Bailey, Frank W. et Christophe Cony, The French Air Service War Chronology (London, Grub Street Press, 2002).  L’auteur a fait la comparaison entre les trois sources pour vérifié les faits. 
  14. Ibid.
  15. Ibid.
  16. Ibid., p. 28 ; et Journal : Escadrille N° 124 ; et The French Air Service War Chronology. 
  17. Ibid., p. 29 ; et Journal : Escadrille N° 124 ; et The French Air Service War Chronology.   
  18. Ibid.
  19. Gordon, Pilot Biographies, p. 30.
  20. Ibid., et Journal: Escadrille N° 124 ; et The French Air Service War Chronology.
  21. Ibid.
  22. Ibid.
  23. Ibid.
  24. Gordon, Pilot Biographies, p. 52. 
  25. Hudson, James J., Hostile Skies (Syracuse University Press, 1968), p. 236. 

 

 

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