La coopération anglo-américaine en Méditerranée
sud-orientale de 1948 à 1955 :
une réalisation inaboutie
[1]

Anne-Claire de Gayffier-Bonneville

 

La poussée soviétique dans le Nord du bassin méditerranéen en 1946 a favorisé le rétablis­sement de la “relation spéciale” anglo-améri­caine. Elle fait craindre de nouvelles tentatives expan­sionnistes de la part de Staline plus au Sud, de façon à s’en prendre aux intérêts vitaux de l’Occident. L’enjeu d’une coopération anglo-américaine en Méditerranée sud-orientale est d’empêcher Moscou de prendre pied dans la région. Il s’agit de défendre l’accès aux champs pétroli­fères : le Moyen-Orient détient 60 % des réserves mon­diales de l’époque, or le rôle des hydrocarbures dans le développement économique de l’Occident est considérable et l’Europe est tout à fait dépendante de ses approvision­nements extérieurs. Le second point sensible dans la zone sud-orientale de la Méditerranée est le canal de Suez, voie économique et stratégique essentielle aux yeux des Occidentaux.

Le canal de Suez, en réduisant de moitié la durée des trajets entre la métropole britannique et les Indes, a été considéré par les Anglais, du temps de la grandeur impériale, comme le pivot des communications de l’em­pire et à ce titre, son contrôle revêtait une importance capitale. L’émancipation du sous-continent indien après la guerre ne remet pas en question l’importance de cet axe, à telle enseigne que le trafic britannique à travers le canal progresse de 39 % entre 1946 et 1952[2]. Le Royaume-Uni continue à entretenir d’étroites rela­tions économiques avec ses anciennes dépendances colo­niales dans le cadre de la “zone sterling” et du Common­wealth. Le canal de Suez est d’autre part, et surtout, la principale voie d’acheminement du pétrole moyen-oriental en direction de l’Europe libérale. L’essentiel de la production du Golfe arabo-persique destinée à l’Europe n’emprunte pas le réseau de pipelines installé à partir de 1935 dans la Péninsule arabique mais bien la route maritime qui, du golfe, rejoint la Méditerranée par la Mer Rouge et le canal de Suez. La part du pétrole dans le trafic sud-nord du canal passe d’un quart du tonnage avant la Seconde Guerre mondiale (période 1933-1937) à plus des trois quart (79 %) en 1950[3].

Dans un contexte de raidissement des relations est-ouest, il paraît essentiel aux Occidentaux d’assurer la défense de ce couloir pétrolier contre toute tentative éventuelle de mainmise soviétique d’autant plus que la dernière guerre a montré combien le contrôle des champs pétrolifères et de leur accès avait pesé sur l’issue du conflit. Les Britanniques sont précisément installés en Égypte depuis 1882 et le traité de 1936 a donné à leur présence une sanction juridique : ils sont en charge de la défense du canal en coopération avec les troupes égyp­tiennes “en attendant … que l’armée égyptienne se trouve en état d’assurer par ses propres moyens la liberté et l’entière sécurité de navigation du canal” (art. 8). La présence militaire britannique sur les rives du canal de Suez retrouve une justification que la fin de la Seconde Guerre mondiale avait ébranlée, ajouté au fait qu’elle offre au bloc occidental la possibilité d’une intervention rapide en cas de menace soviétique sur l’un des États de la région. L’État-major britannique est très clair sur ce point :

Notre exigence stratégique fondamentale n’est pas tant la défense du canal de Suez que le maintien d’une base en Égypte susceptible de se déployer rapidement au cas où une guerre se déclencherait, de façon à soutenir une campa­gne dans le Moyen-Orient et à protéger la base elle-même contre une attaque aérienne[4].

La base de Fâyid sur la rive occidentale du canal où, durant l’année 1946 et le premier trimestre de l’année 1947, se sont recentrés les Britanniques - dont les instal­lations étaient jusqu’alors dispersées sur le territoire égyptien - s’intègre parfaitement à la stratégie d’endigue­ment du communisme.

Si Américains et Britanniques mesurent, l’un et l’autre, l’importance d’une coopération surtout depuis les initiatives soviétiques en Turquie, Grèce et Iran, celle-ci n’est cependant pas facile à établir. Elle doit prendre en compte, en premier lieu, le souci du Royaume-Uni de maintenir son rang de “grande puissance”, ce qui dans le cas présent signifie pour le Foreign Office laisser la Grande-Bretagne “occuper la première place dans les affaires égyptiennes[5]. Les Américains, peu enclins par tradition à s’engager hors d’Amérique, accèdent facile­ment à cette requête et contrairement aux calculs de Staline[6], ne cherchent pas à disputer aux Anglais leur prééminence dans la région. Ils considèrent d’autant plus facilement l’Égypte comme le domaine réservé des Britanniques qu’ils veulent éviter de “créer un précédent qui pourrait affecter leur propre position à Panama[7]. L’engagement américain en Asie à partir de 1950 conduit plus encore les États-Unis à se reposer sur les Britanni­ques pour la défense de l’Égypte et du canal de Suez. Lors de sa venue au Caire en avril 1950, le général Collins, chef d’État-major de l’armée américaine, s’entre­tient avec le roi Farouk des problèmes de sécurité au Moyen-Orient et souligne tout l’intérêt que les États-Unis portent à cette région, mais ne manque pas de faire remarquer leur incapacité à “assumer la responsabilité de défense à travers le monde entier”. Il ajoute que les Américains “considèrent de l’ordre des responsabilités britanniques la sécurité du Moyen-Orient[8]. Mais, si cette division de la tâche de défense du monde libre entre partenaires anglo-saxons satisfait les Britanniques et leur propre perception de la grandeur du Royaume-Uni[9], elle ne favorise pas le développement d’une coopération militaire anglo-américaine réelle en Méditerranée sud-orientale.

En second lieu, l’adhésion des Américains à un système d’alliance en temps de paix hors de leur conti­nent est une donnée toute nouvelle de la politique exté­rieure américaine. La résolution Vandenberg qui précisé­ment permet “l’association des États-Unis” aux pactes de défense mutuelle régionaux - structure compatible avec la Charte des Nations Unies - dès le temps de paix, date de juin 1948. Si elle ouvre la voie à l’Alliance atlantique en raison des pressions soviétiques sur l’Europe, il apparaît toutefois que les Américains doivent intégrer cette évolution fondamentale de leur politique extérieure. Aussi des réticences s’expriment-elles lorsque est évoquée la possibilité d’une intégration des États-Unis dans d’autres systèmes d’alliance régionaux. À la fin de l’année 1949, la conférence des ambassadeurs et ministres améri­cains au Moyen-Orient réunie à Istanbul explique qu’“il serait prématuré pour les États-Unis d’examiner une association avec un quelconque groupement régional dans cette aire géographique”. Une note confidentielle ajoute :

L’adhésion américaine au pacte de l’Atlantique constitue une orientation radicalement nouvelle de la politique extérieure des États-Unis et […] tout nouvel engagement américain de cette nature ne pourra être pris sans un examen très approfondi de tous les éléments qu’il implique[10].

Le troisième écueil est constitué par la divergence des points de vue anglais et américain sur la question de Palestine. Les Britanniques expriment un certain désap­pointement devant l’attitude américaine dans le premier conflit israélo-arabe[11] : non seulement l’administration américaine leur paraît trop complaisante à l’égard d’Israël, mais ils s’estiment également malmenés par leur allié outre-atlantique. Le soutien américain à Israël qui mène une politique systématique du fait accompli et défie le Conseil de sécurité, dépite les Britanniques qui craignent une mise en cause de la crédibilité de l’ONU. Bien plus, il leur est insupportable de voir leur projet échafaudé autour du désert de Néguev s’effondrer du fait de la poussée des Forces de Défense Israéliennes en direction du Sud et du revirement soudain des Améri­cains quant au soutien accordé au second plan Berna­dotte qui entérinait un Néguev aux mains des Arabes[12]. En effet, à bien des égards, il paraît de la plus haute importance aux Britanniques de pouvoir contrôler le désert du Néguev : non seulement, cet espace commande l’axe de communication entre le golfe d’Aqaba et la mer Méditerranée, représente un couloir de communication entre les deux grands pôles de la présence britannique au Proche-Orient, mais il donne une profondeur stratégique plus grande que le seul Sinaï pour la défense du canal de Suez. L’irritation britannique se fonde également sur l’impression de se voir disputer leur domination sur l’aire sud-orientale de la Méditerranée par la puissance améri­caine. En février 1948, le vote américain en faveur du plan de partage de la Palestine fait dire à l’État-major britannique que la “politique actuelle [américaine] s’effor­ce d’affaiblir la position militaire britannique au Moyen-Orient[13]. En décembre 1948, après l’entrée des Israé­liens en territoire égyptien, le gouvernement britannique fait transmettre au gouvernement provisoire israélien, par l’intermédiaire du gouvernement américain, un ultimatum. L’objectif de la démarche est notamment d’interpeller l’administration américaine sur la politique menée dans la région.

L’extrême sensibilité des Britanniques sur la ques­tion de leur image de grande puissance, leur souci de rester, depuis l’effacement de la France dans la région, la puissance dominante ne sont pas de nature à faciliter la mise en place d’une coopération anglo-américaine, qui par nature implique un partage des responsabilités ou au moins une participation des Américains à la gestion des questions de sécurité dans cet espace.   

Enfin, les projets de coopération militaire anglo-américains s’élaborent naturellement à partir du pôle de présence britannique dans la région, l’Égypte, mais ils se heurtent là au fort courant nationaliste égyptien qui réclame l’évacuation de la Vallée du Nil par les forces britanniques. Les revendications égyptiennes à une souveraineté pleine et entière s’étaient tues après la signature du traitée anglo-égyptien de 1936 qui stipulait dans l’article premier que “l’occupation militaire de l’Égypte par les forces de Sa Majesté le Roi et Empereur” avait pris fin et dans l’article 4 que “le Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni [reconnaissait] l’Égypte comme un États souverain et indépendant”. L’incident d’`Abdîn en février 1942 au cours duquel l’ambassadeur britannique était venu imposer au roi Farouk avec l’appui de blindés le nom du nouveau président du Conseil avait relancé la question nationale en Égypte. Il était désormais évident pour l’opinion égyptienne que la tentation resterait grande pour les Britanniques d’inter­venir dans les affaires intérieures du pays tant qu’il leur serait possible de faire appel à des forces stationnées sur le territoire égyptien. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Égyptiens pressent leurs dirigeants d’obtenir au plus vite le départ des troupes britanniques d’Égypte.

La première réalisation en matière de coopération militaire en Méditerranée sud-orientale est la Déclara­tion tripartite du 25 mai 1950. Il s’agit pour les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France de régler la ques­tion de l’approvisionnement des États de la région en armements. Un embargo sur les armes à destination du Proche-Orient avait été mis en place à la fin de l’année 1947 en raison de la montée des tensions entre les communautés juive et arabe en Palestine et du risque de voir les futurs belligérants s’affronter avec du matériel fourni de part et d’autre par les deux alliés anglo-saxons. L’armistice conclu, une reprise des livraisons d’armes est envisagée sans que les données du problème initial soient pour autant modifiées. Les Américains résument la question en ces termes :

Les conséquences [de la levée de l’embargo] seraient de ranger les deux grandes démocraties alliées dans deux camps opposés environ trois ans après le 8 mai 1945[14].

Il ne paraît cependant pas possible qu’un seul pays - américain ou britannique - devienne le pourvoyeur en armes de la région sans créer de nouvelles tensions. Le roi `Abd Allah de Transjordanie prendrait pour un coup de poignard dans le dos des livraisons d’armes britanni­ques à Israël et inversement les Américains se verraient vertement tancés par Israël s’ils fournissaient des armes aux États arabes. D’autre part, et l’argument n’est pas des moindres, les Occidentaux ont bien conscience qu’en dépit des traités qui lient les Britanniques et certains pays arabes en matière de fourniture d’armements[15], les États de la région n’hésiteront pas à s’adresser à un autre interlocuteur si l’embargo n’est pas levé. La menace d’une immixtion du bloc soviétique dans les affaires moyen-orientales par le biais du matériel de guerre est sérieusement prise en considération par les deux alliés anglo-saxons et la France.

La coopération militaire s’établit dès lors a minima à travers la décision tripartite de reprendre les livraisons d’armes, dans le dessein, précise le texte, de permettre aux États de la région “d’assurer leur sécurité intérieure, leur légitime défense et […] le rôle qui leur revient dans la défense de l’ensemble de la région”. Les livraisons sont subordonnées à “l’assurance que l’État acheteur n’entend entreprendre aucun acte d’agression à l’égard d’un autre État[16]. Au regard de l’Union soviétique, la Déclaration tripartite apparaît comme une coopération positive dans la mesure où il s’agit de tenir le bloc soviétique à l’écart de la Méditerranée sud-orientale. Certains contempo­rains arabes font la même analyse : Salâh al-Dîn Bitâr, fondateur du parti ba’th, fustige le communiqué qui “tend à écarter l’Union soviétique de tout débat sur les affaires de la région. Il en découle, nous le comprenons, que les Trois considèrent que l’adhésion des États arabes au bloc occidental est un fait acquis qui ne nécessite même pas qu’on les consulte[17].

Quelques mois plus tard, l’idée d’une coopération militaire plus étroite entre Britanniques et Américains est lancée ; elle s’inscrit dans un contexte de reprise des pourparlers anglo-égyptiens à propos de la révision du traité de 1936, traité qui sanctionne la présence militaire britannique sur les rives du canal de Suez. Les discus­sions entre Égyptiens et Britanniques débutent en mars 1950 mais les deux partenaires défendent des positions très éloignées les unes des autres et il apparaît très vite que les négociations ont peu de chances d’aboutir. L’idée vient naturellement aux Égyptiens comme aux Britanni­ques de sortir d’un tête-à-tête stérile.

En mai 1950, l’État-major britannique produit un document définissant le “but final” :

La solution militaire idéale au Moyen-Orient serait un pacte régional comprenant le Royaume-Uni, la Ligue des États arabes, Israël, la Turquie, la Perse, éventuellement la Grèce et dans lequel l’Égypte, en tant qu’associé de plein gré, fournirait les installations nécessaires[18].

Un peu plus tard, en juillet 1950, le maréchal Slim, l’un des membres de la délégation britannique en charge des négociations, expose son point de vue : premièrement “les Britanniques doivent complètement abandonner l’idée d’une « occupation » de l’Égypte”, deuxièmement “une appro­che totalement nouvelle de la défense fondée sur une alliance sur pied d’égalité de l’Égypte et de la Grande-Bretagne sur le modèle du Pacte de Défense atlantique doit être adoptée[19]. Dressant brièvement un bilan des discussions anglo-égyptiennes, le compte-rendu du Conseil des ministres britanniques indique : 

Il y avait en réalité bien peu de possibilités d’obtenir un accord de défense bilatéral satis­faisant avec l’Égypte. Notre meilleur espoir de trouver une solution à ce problème repose dans le fait d’élargir le dispositif à la défense du Moyen-Orient, de telle sorte que l’Égypte ne puisse pas se tenir à l’écart. Nous devrions être capables d’orienter dans cette direction l’intérêt croissant que le gouvernement américain mani­feste pour la défense du Moyen-Orient[20].

L’idée de mettre en place une structure semblable à celle du Pacte de l’Atlantique pour assurer la défense de la région chemine au cours de l’année 1950. Les Égyptiens, de leur côté, évoluent dans le même sens. Le ministre des Affaires étrangères égyptien suggère à Ernest Bevin le 28 septembre 1950 une participation de l’Égypte au pacte de l’Atlantique nord ou un traité simi­laire dans le Moyen-Orient. Cette proposition intervient 9 jours après l’invitation transmise par Dean Acheson à Ankara de collaborer à l’élaboration d’un plan de défense du Moyen-Orient[21].

Alors que la question d’une éventuelle extension du Pacte de l’Atlantique aux rivages de la Méditerranée sud-orientale est évoquée du côté américain[22], les Britanniques se montrent dès l’origine favorables à une organisation distincte de l’OTAN afin de pouvoir conser­ver la main haute sur cette structure, les États-Unis exerçant pour leur part une influence prépondérante dans le cadre de l’OTAN. Le projet de création d’un Commandement allié du Moyen-Orient, Allied Middle East Command, s’élabore[23]. Les Britanniques espèrent, à travers cette structure de défense régionale élargie à de tierces puissances, sortir de leur tête-à-tête avec les Égyptiens et trouver un compromis qui leur permette de se maintenir sur les rives du canal de Suez.

Force est toutefois de constater que le projet ne suscite pas l’adhésion totale des États-Unis. L’ambassa­deur américain en Égypte, Jefferson Caffery, se fait l’avocat du projet britannique auprès de son administra­tion. Présent sur le terrain, il est en mesure d’apprécier le degré de désaffection dont souffrent les Britanniques dans l’opinion égyptienne ; il lui apparaît également que la seule issue aux négociations anglo-égyptiennes est l’introduction d’un tierce partenaire. Au regard des inté­rêts américains dans la région, il suggère précisément une réévaluation du rôle des États-Unis. L’argumen­tation de Caffery trouve une oreille attentive en George C. McGhee, sous-secrétaire d’État et directeur de la section des Affaires proche-orientales et africaines. S’il n’était pas dès l’origine acquis au projet de coopération militaire anglo-américain en Méditerranée sud-orientale, il s’y rallie et ses arguments emportent à son tour l’adhésion de Dean Acheson. Il met notamment en avant l’idée selon laquelle, en cas de guerre, il n’est pas assuré que les États du Moyen-Orient se maintiennent dans le bloc occidental, ou le réintègrent après une éventuelle invasion soviétique, si l’Ouest ne s’est pas inquiété auparavant d’en assurer la défense. Les retombées stra­tégiques, économiques et psychologiques en seraient considérables. McGhee ajoute, par ailleurs, que la nou­velle structure de coopération militaire anglo-américaine “ne remettrait pas en cause le fait que le Royaume-Uni et le Commonwealth gardent la responsabilité principale de la défense de la zone[24]. L’administration américaine se laisse convaincre, mais l’État-major américain adopte, pour sa part, une attitude de refus obstiné à tout engage­ment en Méditerranée sud-orientale.

L’opposition des chefs d’État-major des armées est toutefois levée en avril 1951, dans la mesure où le projet britannique de Commandement allié du Moyen-Orient apparaît comme le moyen adéquat de régler la crise qui secoue l’OTAN depuis février 1951, depuis la nomination de l’amiral américain William M. Fechteler comme Supreme Allied Commander, North Atlantic, SACLANT. Les Britanniques envisagent très mal de voir leur flotte placée sous un commandement américain : ceci est perçu comme une atteinte “au prestige national et à la gloire” du pays. Herbert Morrison, ministre britannique des Affaires étrangères, n’hésite pas à expliquer aux Commu­nes en avril que l’amiral britannique dans l’Atlantique Nord garderait de toutes façons tous ses pouvoirs. Parallèlement Londres exige en compensation de cette vexation la nomination d’un officier supérieur britanni­que à la tête d’un commandement suprême en Méditer­ranée, indépendant du SACEUR. Les Américains, pour leur part, entendent garder un contrôle direct sur leur flotte en Méditerranée. Se greffe sur cette question de préséance celle de l’entrée de la Turquie dans l’OTAN qui refuse de placer ses forces sous le commandement d’un officier supérieur britannique. La crise est sérieuse et Eisenhower craint qu’elle ne provoque le départ des Britanniques de l’OTAN.

Courant mai 1951, les discussions anglo-améri­caines portent sur un “marché global[25] dans lequel les Britanniques lèveraient leur opposition à l’intégration de la Turquie et de la Grèce dans l’OTAN tandis que les Américains soutiendraient la création du Commande­ment allié du Moyen-Orient. Le Département d’État américain précise, au cours de ces pourparlers, qu’il ne pourra accepter une extension de la zone de solidarité atlantique à la Méditerranée sud-orientale. Non seule­ment l’opinion américaine s’y opposerait, mais ce serait commettre également une erreur diplomatique : une telle extension donnerait à penser aux États de la région que le bloc occidental ne s’intéresse à leur défense que dans la mesure où ils assurent la protection du flanc méridional de l’Alliance atlantique.

En juillet 1951, Américains et Britanniques par­viennent à s’accorder sur la création du Commandement du Moyen-Orient et sur ses structures, indépendantes de celles de l’OTAN. À la tête du Commandement est placé un SACME (Supreme Allied Commander Middle East) britannique ; l’état-major international est constitué d’officiers britanniques, américains, français, turcs et du Commonwealth ; le quartier général sera installé en Égypte, ou à défaut à Chypre. Les États de la région sont invités à adhérer à cette organisation de défense com­mune. Les préventions américaines à l’encontre de l’orga­nisme se lisent dans la constitution même du Comman­dement qui n’inclut aucune force américaine. La coopéra­tion militaire anglo-américaine en Méditerranée sud-orientale est réduite à la portion congrue ; la défense de la zone demeure du ressort quasi exclusif des Britanniques.

Au moment où Britanniques et Américains parvien­nent à mettre sur pied une structure de défense collec­tive, le gouvernement égyptien choisit la rupture avec les Britanniques, pressé par la rue qui constate, un an après le début des conversations anglo-égyptiennes, qu’aucun progrès n’a été fait au sujet de la présence britannique en Égypte, stimulé également par l’exemple iranien, le gouvernement Mossadegh ayant osé s’en prendre aux intérêts pétroliers britanniques[26]. En août 1951, le prési­dent du Conseil égyptien, Nahhâs Pasha, ferme officiel­lement “la porte aux pourparlers[27] et le 8 octobre, invite les parlementaires à dénoncer le traité de 1936 et les deux conventions de 1899 relatives à l’administration du Soudan. Condamnant l’initiative égyptienne, la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Turquie propo­sent, le 13 octobre 1951 à l’Égypte, d’entrer “comme partenaire et sur un pied d’égalité avec les autres membres fondateurs” dans le Commandement du Moyen-Orient, c’est-à-dire que l’Égypte intégrerait l’état-major international. En temps de paix, l’Égypte fournirait au Commandement “les facilités de défense stratégique indis­pensables à l’organisation de la défense du Moyen-Orient” et en cas de guerre ou de crise internationale, elle accor­derait “toutes les facilités et l’assistance nécessaire, y compris l’usage des ports égyptiens, des aérodromes et des moyens de communication”. La base de Fayîd a ainsi vocation à se transformer en base alliée. En échange, les Britanniques concèdent la fin de la validité du traité de 1936 et le retrait des troupes qui ne seraient pas affectées au Commandement[28]. Aux yeux des Égyptiens, l’intégration dans le Commandement du Moyen-Orient revient à échanger une occupation britannique par une occupation internationale[29]. Le projet est immédiatement rejeté par Le Caire, dont la position est soutenue par l’opinion publique des États arabes voisins[30]. L’offre d’adhésion au Commandement est à son tour adressée aux gouverne­ments de la région qui n’osent pas prendre position : ils font savoir qu’une participation à une défense commune ne pourra être envisagée qu’après le règlement du conflit anglo-égyptien[31]. La politique de temporisation adoptée par les États de la région provoque l’abandon du Commandement du Moyen-Orient. En outre, la Turquie réaffirme, au milieu du mois d’octobre 1951, son refus catégorique de voir ses forces placées sous le commande­ment d’un officier britannique, fût-il SACME[32].

L’évolution des États de la région, l’attitude de défi adoptée à l’égard de l’Occident alarment les États-Unis. La nouvelle administration républicaine qui arrive au pouvoir en 1953 estime que les États-Unis ont un rôle spécifique à jouer dans la région et qu’il est nécessaire de se désolidariser de Londres et de Paris dans les questions relatives à la Méditerranée méridionale. S’il ne s’agit pas de “briser l’ossature de l’unité occidentale”, du moins est-il important d’adopter une politique plus nuancée et de soutien moins absolu que par le passé. John Foster Dulles expose les nouvelles orientations de la politique américaine au retour de son voyage dans la région, le 1er juin 1953. À propos des projets de défense collective - dont il semblerait qu’ils aient été au cœur des préoccu­pations de Dulles pendant sa tournée au Moyen-Orient - il signifie qu’il est important de les remettre en selle pour faire pièce aux ambitions des “maîtres du Kremlin”. Il précise :

Une organisation de la défense du Moyen-Orient est une possibilité future plutôt qu’immé­diate. Plusieurs pays membres de la Ligue arabe sont si absorbés par leurs querelles soit avec Israël, soit avec la Grande-Bretagne, soit avec la France, qu’ils prêtent peu d’attention à la menace du communisme soviétique. […] Il existe un vague désir de disposer d’un système de sécurité collective. Mais un tel système ne peut être imposé de l’extérieur. Il devrait être organisé et naître du sentiment intime d’une destinée commune et d’un danger commun[33].

Etant donné la position adoptée par les États arabes au sujet d’une défense commune, John Foster Dulles juge nécessaire de commencer par lever l’hypothèque que le conflit anglo-égyptien fait peser sur la constitution d’un pacte régional antisoviétique et propose ses bons offices à l’Égypte et à la Grande-Bretagne[34]. Débutées en avril 1953, reprises en mars 1954, les nouvelles conversations anglo-égyptiennes débouchent en juillet 1954 sur un accord qui met fin au traité de 1936 et prévoit l’éva­cuation des troupes britanniques de la Vallée du Nil dans un délai de 20 mois. Quant à la base de Fayîd, les Britanniques obtiennent qu’elle soit “maintenue dans un ordre de fonctionnement efficace et en état d’être immé­diatement utilisée” afin qu’en cas de guerre contre un État arabe ou la Turquie, elle puisse être réoccupée par les forces britanniques. C’est un compromis entre les aspirations égyptiennes à une souveraineté pleine et entière et les préoccupations occidentales de sécurité. Le développement des armes thermonucléaires et la nécessi­té où se trouvent les Britanniques de réduire leurs dépenses expliquent pour beaucoup la nouvelle orienta­tion de la politique britannique au Moyen-Orient[35].

La signature de ce traité, grâce à la médiation efficace des États-Unis[36], n’est pas issue d’une coopéra­tion militaire à proprement parler entre Anglais et Américains, mais elle permet d’envisager dorénavant, dans un esprit serein, une défense du Moyen-Orient. Eisenhower n’a pas caché, dès les premières prises de contact entre Égyptiens, Britanniques et Américains en mars 1953, que l’objectif, à terme, des négociations est la mise en place d’une structure de défense collective du Moyen-Orient. Le 24 mars 1953, il écrit au général Nagîb[37] :

Mon grand espoir c’est qu’immédiatement après avoir conclu un accord entre l’Égypte et le Royaume-Uni au sujet de l’évacuation et de l’entretien dans l’avenir de la base du canal, vous discutiez du problème plus vaste de la défense de la zone du Moyen-Orient. Nous pen­sons que cela est dans l’intérêt de nous tous.

Le grand projet américain - qui se substitue au plan britannique de Middle East Defense Organisation (MEDO) échafaudé en juin 1952, à la suite de l’échec du Commandement du Moyen-Orient, et dont la logique demeure celle d’un partenariat avec l’Égypte - consiste en l’édification d’une “défense linéaire du rempart nord[38] à laquelle les États du Moyen-Orient seront invités à se joindre. Anthony Eden se rallie à ce nouveau program­me[39]. Toute la subtilité de la politique anglo-saxonne repose sur l’idée de téléguider en sous main les États du bassin méditerranéen pour les faire adhérer à un pacte régional de sécurité collective auquel est convié “tout État intéressé au maintien de la paix et de la sécurité dans cette région du monde”, c’est-à-dire aussi bien les États de la région que les puissances occidentales. Le Premier ministre irakien, Nûrî Saîd, endosse le rôle de promoteur de l’organisation d’un système de défense du Moyen-Orient. Il signe le 24 février 1955 avec la Turquie un traité de coopération pour la sécurité et la défense des deux pays, bientôt connu sous le nom de pacte de Bagdad. Ni la Grande-Bretagne, ni les États-Unis ne jouent effectivement de rôle officiel dans la signature de l’alliance turco-irakienne. Pour l’Égypte il est hors de question de répondre favorablement à l’invitation de se joindre au Pacte : cette organisation est, à ses yeux, une forme nouvelle et déguisée de tutelle occidentale. D’ailleurs, la Grande-Bretagne, à laquelle l’offre est faite d’adhérer au Pacte, en devient membre le 5 avril 1955, au même titre que le Pakistan et l’Iran les mois suivants. Quant aux États-Unis, ils ne participent pas directement à l’organisation de façon à ne pas provoquer l’Union soviétique ; ils ne veulent pas non plus heurter leur allié israélien en paraissant s’afficher ouvertement dans le camp arabe. Toutefois un représentant américain siège au Comité militaire en raison de “l’aide généreuse” fournie par les États-Unis “sous forme d’armes et autres équipements militaires” (art.14).

Les projets de coopération militaire anglo-améri­cains ancrés sur une participation des États de la région n’ont pas abouti en Méditerranée sud-orientale ; ils se sont heurtés au nationalisme égyptien. Pour l’opinion publique égyptienne, un accord militaire avec les Bri­tanniques, même dans un cadre élargi, reste trop forte­ment teinté d’impérialisme[40]. C’est, en revanche, à une défense autonome du monde arabe, réalisé par les pays arabes eux-mêmes, dans le cadre d’un pacte de sécurité collective régional, entendu au plein sens du terme, que pensent les responsables égyptiens. Le refus de l’Égypte d’adhérer au Pacte de Bagdad a déplacé le centre de gravité de la coopération anglo-américaine en direction du Nord-Est.

L’éclipse des Britanniques après l’affaire de Suez en 1956 impose aux Américains de prendre seuls la relève au Moyen-Orient. La coopération militaire anglo-améri­caine en Méditerranée sud-orientale fondée sur une participation locale tombe, pour plusieurs décennies, dans les oubliettes de l’Histoire.

La poussée soviétique dans le Nord du bassin méditerranéen en 1946 fait craindre de nouvelles tenta­tives expansionnistes de la part de Staline plus au Sud, en direction des intérêts vitaux de l’Occident, à savoir les champs pétrolifères et le canal de Suez. L’enjeu d’une coopération anglo-américaine en Méditerranée sud-orien­tale est d’empêcher les maîtres du Kremlin de prendre pied dans la région. Celle-ci n’est toutefois pas évidente à mettre en œuvre : des résistances s’expriment tant chez les Britanniques que chez les Américains. En outre, l’expression d’un fort courant nationaliste dans la région vient contrarier la mise en oeuvre de cette coopération. La Déclaration tripartite sur l’approvisionnement de la région en armements ne requérant pas la collaboration directe des États qui bordent la Méditerranée sud-orientale ne rencontre pas d’opposition fondamentale. En revanche, les projets de sécurité collective ancrée sur une participation des États de la région ne parviennent pas à aboutir. Le centre de gravité de la coopération anglo-américaine se déplace dès lors en direction du Nord-Est.



[1]     Ce texte a fait l’objet d’un exposé oral dans le cadre des journées d’études organisées par les Ecoles de Coëtquidan les 26 et 27 mars 2003 sur le thème Les problèmes de sécurité collective et la coopéra­tion militaire en Europe de 1914 à 1955.

[2]     A. Farnie, East and West of Suez . The Suez Canal in History 1854-1956, Oxford , Clarendon Press, 1969, p. 752. Nous avons rete­nu la date de 1946, dans la mesure où le tonnage britannique transi­tant par le canal à cette date est supérieur à celui de l’année 1938.

[3]     C. Issawi , Egypt at Mid Century. An Economic Survey, édition revue, Oxford U.P., 1954, p. 194.

[4]     Extrait de W. Roger Louis, The British Empire in the Middle East 1945-1951. Arab Nationalism, the United States and Postwar Imperialism, Oxford University Press, 1984, p. 172.

[5]     FO371/41327 Political Situation J1350/31/16.

[6]     G-H. Soutou, La guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest 1943-1990, Fayard, 2001, p. 117.

[7]     H.L. Hoskins, “The Guardianship of the Suez Canal ”, p. 143.

[8]     FO371/80373 United States-Egyptian Relations JE10345/14 Campbell to Wright n°1209/5/50G 12 avril 1950.

[9]     J. Kent insiste sur le lien entre, d’une part, les considérations de prestige et de statut du Royaume-Uni sur la scène internationale et, d’autre part, la dénonciation d’une menace soviétique. J. Kent, “The Egyptian Base and the Defence of the Middle East, 1945-1954”, The Journal of Imperial and Commonwealth History, vol. XXI Special Issue Emergencies and Disorder in the European Empires after 1945, septembre 1993, pp. 45, 53.

[10]    “Conclusions of Near East Chiefs of Missions, Istanbul  26-29 november 1949” ; “Recapitulation of Conclusions for Confidential Guidance of Chiefs of Mission in Oral Presentation to Governe­ments”, FRUS, 1949, vol. VI, pp. 168-176.

[11]    A-C. de Gayffier-Bonneville, “L’intervention britannique aux côtés des Égyptiens dans le conflit israélo-arabe de 1948”, à paraître. Sur l’enjeu du désert du Néguev plus précisément, voir M. Oren, “The Diplomatic Struggle for the Negev 1946-1956”, Studies in Zionism, vol. 10, n° 2, 1989.

[12]    Le second plan Bernadotte est élaboré autour de l’idée d’un échange de la Galilée occidentale contre le Néguev. Il avait été agréé par le Secrétaire d’État américain, le général George Marshall, puis quelques jours plus tard récusé par les Américains devant l’Assem­blée générale des Nations Unies.

[13]    FO800/487 Palestine COS(48)45(0) 26 février 1948.

[14]    USSD867N.01/5-2248 box 6765 Douglas to Marshall , Top secret, 22 mai 1948.

[15]    Il s’agit du traité anglo-égyptien de 1936 et du traité anglo-irakien de 1930. Les Britanniques fournissaient par ailleurs le matériel à la “Légion arabe” du royaume de Transjordanie.

[16]    Le texte complet de la Déclaration tripartite en français est reproduit dans M. Colombe, Orient arabe et non-engagement, t. 1, Publications orientalistes de France, 1973, note 30, pp.219-220. Sur la Déclaration elle-même, les négociations qui la précédèrent et les circonstances de son émission, voir W.R. Louis, The British Empire, op.cit., pp. 583-586.

[17]    Salâh al-Dîn Bitâr, al-siyasa al- `arabiyya bayna al-mabda’ wal-tatbik. Trad. M. Colombe, Orient, n°40, pp. 174-177.

[18]    PREM8/1359 Defence Committee, DO(50)40, 19 mai 1950.

[19]    PREM8/1359 Slim to Farouk, 13 juillet 1950.

[20]    CAB128/19 CM39(51), 31 mai 1951.

[21]    M. Colombe, op.cit., p. 89.

[22]    Réunion des ambassadeurs et ministres américains en Israël et dans les pays  arabes et musulmans à Istanbul du 14 au 21 février 1951.

[23]    Voir W.R. Louis, op.cit., pp. 731-747 ; M.J. Cohen, op. cit., pp. 242 suiv ; E. Podeh, “The Cold War in the Middle East : The Western Quest for Regional Defense Organization 1945-1953”, Orient 33, 1992, 2, pp. 270 suiv.

[24]    McGhee-Acheson, 27 december 1950, FRUS, 1951, vol. V, pp. 4-6.

[25]    L’expression est empruntée à Michael Cohen.

[26]    En avril 1951, le Premier ministre d’Iran, Muhammad Mossa­degh, fait voter une loi portant nationalisation de l’industrie pétro­lière iranienne. Le 25 septembre, Mossadegh donne 7 jours aux Bri­tanniques pour quitter Abadan. Le 4 octobre, Abadan est évacué.

[27]    Lettre de Nahhâs Pasha à Sir Ronald Campbell, 26 août 1951.

[28]    M. Colombe, op.cit., p. 119.

[29]    La campagne de presse contre le projet allié de défense au Moyen-Orient débute en septembre. “[…]C’est l’indépendance et non l’occupation internationale que nous recherchons. […] Il sera vrai­ment trop dur de demander aux Égyptiens de soutenir les démocraties occidentales contre leurs ennemis, alors que les Arabes n’ont présen­tement d’autre ennemi que ces mêmes puissances démocratiques […]”. Extrait d’al-Misrî. Archives de l’armée de terre 10T779 E.M.A.T/2° bureau Égypte 1946-1960, dossier 1, Attaché militaire, Naval et de l’Air, 11 octobre 1951, document 677.

[30]    M. Colombe, op. cit., pp. 124-130 ; E. Podeh, op. cit., pp. 271-272.

[31]    La dénonciation du traité anglo-égyptien provoque un soulève­ment spontané des Égyptiens. L’enthousiasme populaire retombe rapidement mais des affrontements parfois meurtriers opposent régulièrement Britanniques et Égyptiens au cours des six mois qui suivent l’abrogation du traité. Les Britanniques sont contraints d’accroître leurs effectifs militaires sur place pour assurer leur défen­se. Voir A-C. de Gayffier-Bonneville, “L’interdépendance économique anglo-égyptienne au moment de l’abrogation du Traité de 1936 par Nahhâs Pasha, le 8 octobre 1951”, Revue historique, n° 591, 1994, pp. 88 et suiv.

[32]    M.J. Cohen, op .cit., p. 288.

[33]    Extrait tiré de M. Colombe, op.cit., pp. 144-145.

[34]    L. Amin Morsy, “The Role of the United States in the Anglo-Egyptian Agreement of 1954”, Middle Eastern Studies, vol. 29, n° 3, juillet 1993, pp. 526-558.

[35]    R. Ovendale, Anglo-American Relations in the Twentieth Century, McMillan-St Martin’s Press, 1998, p.106.

[36]    Les États-Unis accordent une aide de 40 millions de dollars aux Égyptiens en novembre 1954, à la suite de la signature de l’accord avec les Britanniques. Voir D. Eisenhower, Mes années à la Maison Blanche, t. 1, p. 490. L. Amin Morsy indique la somme de 21 millions de dollars auxquels s’ajoutent 25 autres millions l’année suivante (op.cit., p.551 et note 172).

[37]    President Eisenhower to General Naguib, 24 mars 1953, FRUS 1952-1954, vol. IX., n° 1132, cité par L. Amin Morsy, op. cit., p. 534.

[38]    Expression de John Foster Dulles extraite de son discours du 1er juin 1953.

[39]    R. Ovendale, Britain, the United States and the transfer of power in the Middle East, 1945-1962, Leicester UP, 1996, pp. 108 et suiv.

[40]    E. Podeh, op. cit., p.275.

 

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