Géoscopie de la deuxième guerre du Soudan, 1983-2002 

Thierry Braspenning

Depuis 1955, la guerre du Soudan n’a cessé de cris­talliser la scène politique interne autour d’un axe Nord-Sud[1]. L’enchevêtrement insurrectionnel des acteurs aux intérêts nécessairement divergents se situe à deux niveaux qui recouvrent en majeure partie cette polarisation géographique. Le premier est dit “ethnico-religieux” et oppose le Nord arabe et musulman au Sud négro-africain peuplé d’ani­mistes et de chrétiens[2]. L’émergence du second niveau est plus récente. Il s’agit du contentieux économique né de la découverte des gisements pétrolifères dans la région marécageuse du Bar el-Ghazal à partir des années 80.

Il faut dire qu’en dehors d’une timide accalmie entre 1972 et 1983, le Soudan n’a jamais connu de réelle quiétude[3]. Le conflit endémique qui l’affecte peut être divisé en deux grandes vagues, l’une aussi meurtrière que l’autre, la seconde étant néanmoins plus complexe que la première. Cette dernière, déclenchée en août 1955, était animée par une volonté de reconnaissance du Sud[4]. Elle fut essentiellement conduite par les mutins de la garnison de Bor. Le conflit s’est achevé par un accord conclu à Addis Abeba le 3 mars 1972. Quant à la seconde guerre du Soudan, elle a éclaté en 1983[5]. Elle a été provoquée en très grande partie par la remise en cause des accords durement négociés et signés en Éthiopie onze ans auparavant. C’est cette guerre qui sera analysée dans cet article. Nous procéderons en trois étapes. La première dévoile les forces sous-jacentes à la rupture Nord-Sud. La deuxième section, qui se trame à partir des accords d’Addis Abeba, analyse les raisons de la scission de 1983. La dernière discute des facteurs et acteurs du conflit et débouche sur une délimitation de ce que nous appelons “l’enjeu soudanais”. Notre étude se veut donc à la fois géostratégique et géoscopique. Elle est géostratégique, parce qu’elle vise à circonscrire les liens entre ce que les États font et les traits naturels de la géographie. C’est aussi et surtout une géoscopie, parce qu’elle cherche à donner une image de cette guerre en se concentrant sur les rapports entre la situation géographique du Soudan et la physio­nomie du conflit dans un intervalle de temps détermini, à savoir 1983-2002.

Brève généalogie des inimitiés contemporaines

À dire vrai, l’indépendance du Soudan a été le résultat d’un effet de contamination, puisqu’elle n’a commencé à prendre forme qu’après la révolution égyptienne de 1952[6]. Préoccupée par ses propres questions internes, l’Égypte, qui assurait avec la Grande-Bretagne un condominium sur le Soudan depuis 1899[7], a quelque peu desserré son étau autour des exigences d’autonomie affichées par les leaders soudanais. Les élections de 1953 ont été rempor­tées par le Parti National Unioniste (NUP) suivi du Parti Umma (UP)[8]. C’est sous l’impulsion du premier que l’indépen­dance a été votée le 1er janvier 1956, ce qui a entraîné de facto le retrait des troupes britanniques. Cependant, un problème de perception minée par les rivalités Nord-Sud est venu perturber cet accom­plissement de l’autodétermination. En effet, pour le Nord, l’indé­pendance signifiait l’établissement d’un pouvoir politique souve­rain et unitaire au Soudan, dont le Sud fait partie. Ce qui reve­nait à réduire toute revendication d’indépendance séparée, comme cela s’était fait entre l’Inde et le Pakistan, à une atteinte à la sécurité nationale. Par contre, pour le Sud, le retrait du pouvoir colonial marquait le début de la domination arabe, qui mettait son identité et sa survie en péril.

Durant le condominium anglo-égyptien, le Soudan compre­nait deux armées. L’une était stationnée au Nord et l’autre au Sud du pays. Celle du Sud, appelée “Forces de l’Equatoria”, avait été instituée en 1910 par les Britanniques soucieux de contenir les velléités de certaines patrouilles égyptiennes proches du mouvement mahdiste, qui avait déjà secoué Khartoum en 1881. De plus, comme le note Robert O. Collins, “la création du Corps de l’Equatoria, qui comptait 5 000 Sud-Soudanais chrétiens, entraînés et commandés par des officiers britanniques, était un gage en cas d’insurrection musulmane dans le Nord”[9]. L’armée du Nord nommée “Forces de Défense du Soudan” (SDF), était un corps de soldats bien entraînés et très disciplinés, dont la forma­tion remontait à 1924.

La rupture entre les deux forces intervint en août 1955, lors­que les forces de l’Equatoria furent invitées à faire mouvement vers le Nord afin d’aller célébrer l’indépendance du jeune État. Leur refus d’exécuter cet ordre était nourri par une présomption d’absorption et de réduction en esclavage dans les garnisons du Nord. Un soupçon identique a été à la base de l’éclatement de la seconde guerre du Soudan. La guerre qui a débuté en 1955 opposait les mutins des forces de l’Equatoria, qui ont pris le nom d’Anya-Nya[10], aux forces gouvernementales. Elle a duré dix-sept ans et n’a trouvé de solution qu’à l’issue d’âpres négociations dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, le 3 mars 1972.

Les accords d’Addis Abeba

À l’origine, l’accord d’Addis Abeba est considéré comme une réalisation majeure d’apaisement à l’intérieur du système régio­nal pénétré par la guerre froide. Il est décrit comme la victoire de la paix sur les “forces de la tyrannie” et les “forces de l’anarchie”, où les premières désignent la répression menée par une autorité centrale (Khartoum), alors que les secondes relèvent de la violence entre différents groupes, c’est-à-dire une violence décentralisée[11].

Les résultats obtenus au terme de cet accord laissent entre­voir la fin de la guerre, tant ils reconnaissent et intègrent les diversités religieuses et ethniques du Soudan. De plus, ils accor­dent au Sud une place égale à celle du Nord au sein de l’échiquier institutionnel. Ils posent quatre principes :

(1)    le regroupement des trois provinces du Nord (Haut-Nil, Bar el-Ghazal et Equatoria) au sein d’une région ayant sa propre assemblée et un exécutif élu ;

(2)    la capacité juridique, pour la région, de lever l’impôt afin d’assurer la sécurité intérieure et la bonne administration dans les domaines économique, social et éducatif ;

(3)    la reconnaissance de l’anglais comme principale langue du Sud ;

(4)    la reconstitution de la force de l’Equatoria. Elle est donc stationnée au Sud comme elle l’avait toujours souhaité[12]. Cet accord est ratifié par le chef d’Anya-Nya, Joseph Lagu, et le Ministre des Affaires étrangères du gouvernement Neymeri, le 28 mars 1972. Néanmoins, un groupuscule d’Anya-Nya refuse cet accord et prend le nom d’Anya Nya II.

Comme on le sait, l’écart est grand entre les principes et les faits, entre l’abstrait et la pratique, bref, entre l’aspiration à un idéal démocratique inscrit dans des accords difficilement négo­ciés, et la réalisation d’une relation équitable. Il est donc peu étonnant de voir comment le cadre pacifique des accords d’Addis Abeba a volé en éclats sous les coups de boutoir répétés du gouvernement de Neymeri qui , après son coup d’Etat du 25 mai 1969, avait tiré une grande partie, sinon toute sa légitimé internationale de la conclusion de cette entente fraternelle. Par ses actions opportunistes, Neymeri a continuellement miné et provoqué l’érosion progressive des fondations d’Addis Abeba, jusqu’à l’émiettement physique et institutionnel[13].

L’inéluctable reprise du conflit s’explique par deux couples cardinaux de raisons directes et indirectes. Les causes indirectes peuvent être considérées à leur tour comme des mobiles utilisés par le gouvernement sous la forme que nous appelons “causes directes” du second conflit soudanais. La première est associée à la découverte de gisements pétrolifères dans la région de Bentiu dans le Bar el-Ghazal. Cette découverte pousse Neymeri à crain­dre que le Sud ne puisse atteindre une certaine autosuffisance économique, grâce à cette source de revenues annuels fixes. Il décide par conséquent d’instituer une nouvelle région qui comprend les réserves de pétrole, tout en prenant soin de la rattacher directement au pouvoir central de Khartoum dont il est le maître. Ceci ouvre une première brèche de ressentiment au Sud qui voit dans cette réforme administrative très ciblée, une volonté de spoliation de la part du Nord. Ce ressentiment est aggravé par la construction d’un oléoduc chargé d’acheminer le brut extrait vers Port Soudan, au bord de la mer Rouge. Para­doxalement, la deuxième cause indirecte de rupture est inhérente aux groupes du Sud. Elle touche à deux points. D’une part, la confiscation des postes administratifs et politiques par les Dinkas entre 1972 et 1983 et, d’autre part, la fracture de génération entre anciens leaders du groupe rebelle Anya-Nya qui se sont embourgeoisés, et des recrues aspirant au même confort de vie.

Les causes directes de la cassure sont tributaires des deux précédentes. En effet, le gouvernement de Khartoum, sous prétexte de “dé-dinkaïser” la région autonome du Nord, va fragili­ser le socle des accords d’Addis Abeba. Les manquements à ces accords recouvrent deux volets, politique et militaire. Au niveau politique, l’accord prévoyait un double quorum (référendaire -3/4- et parlementaire -2/3-) afin de pouvoir modifier le statut de la région du Sud. Malgré ce verrou institutionnel, Neymeri décide, en mars 1981, de dissoudre cette région et de ré-instaurer trois provinces distinctes, rétablissant par ce biais la situation antérieure à 1972. Au niveau militaire, le texte ratifié le 28 mars 1972 prévoyait que les garnisons sudistes resteraient stationnées dans leur région d’appartenance. Le président ordonne néan­moins aux bataillons 105 (Bor), 110 (Aweil) et 111 (Rumbek) d’entamer leur transfert vers le Nord. La deuxième cause directe de la rupture se situe dans l’adoption des lois de septembre 1983 instituant la loi islamique (Charia) et officialisant la volonté d’arabisation de tout le Soudan et ce, malgré l’opposition du pouvoir judiciaire et de certains musulmans du Nord[14].

En fait, sous Neyme, le processus d’islamisation a commencé dès 1977, avec notamment l’interdiction de vendre et de consom­mer de l’alcool, ainsi que l’imposition de la zakat, un impôt religieux. De plus, Neymeri a mis en place une cour de compa­rution rapide (court of prompt justice) et nommé de nouveaux juges, plus favorables à sa politique, afin de faire respecter l’application des nouvelles lois[15]. Ces nouvelles institutions ont été les instruments de l’appareil répressif neymerien qui, en retour, ont progressivement et irréversiblement érodé son pou­voir. À ceci s’est ajouté l’échec des projets agro-industriels et la corruption massive de l’État, qui ont consolidé le méconten­tement populaire culminant dans un soulèvement, dont la consé­quence immédiate a été la perte des rênes du pouvoir par Neymeri le 6 avril 1985.

Constitution de la SPLA/M

Les bataillons 105, 110 et 111 sont attaqués par celui de Juba. Beaucoup de soldats sont capturés ou tués, mais la grande majorité de ces garnisons et celle de Pochala s’enfuient en Éthio­pie, emportant tout le matériel militaire. Au mois de juillet 1983, après d’intenses discussions, quatre officiers, William Nyuon Bani, John Garang de Mabior, Kerubino Kwanyin et David Rieck fondent l’Armée de Libération des Peuples du Soudan (SPLA), dont l’aile politique prend le nom de Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (SPLM)[16]. Le commande­ment de ces troupes est assuré par le colonel John Garang.

Une déclaration de John Garang résume les objectifs du SPLM. Celui-ci a pour but d’instituer “un Soudan uni au sein d’un système socialiste qui assure la démocratie et le respect des droits de l’homme à toutes les ethnies et de garantir la liberté à toutes les religions, croyances et points de vue”[17]. Le manifeste du SPLM affirme que son combat est d’abord politique. Il vise à libérer tout le Soudan de ses ennemis que sont la bourgeoisie, l’élite du Nord et du Sud-Soudan, le fondamentalisme religieux et les commandants réactionnaires d’Anya-Nya II[18]. En d’autres termes, le SPLM, mouvement mu par l’idéologie socialiste, ne recherche pas du tout la scission du pays. Dans sa vision, le Nord et le Sud forment le Soudan et toute partition ne ferait que desservir la vraie cause de la guerre révolutionnaire en cours, opposée à la reproduction des schémas de fragmentation colo­niale[19]. La crédibilité du mouvement repose sur l’établissement d’un nouvel ordre sociopolitique, basé sur la remise en cause du pouvoir monopolistique exercé par les familles, les partis politi­ques, les sectes et l’armée. On pourrait rétorquer que la lutte armée n’est pas le meilleur moyen pour atteindre des objectifs politiques. À cela, le SPLM répond que toute négociation politi­que sans contrôle territorial n’est ni tenable ni coercitive dans le long terme.

Durant les années 80, le SPLA/M travaille sur un double front, politique et militaire. Le premier versant (politique) est concentré autour de la recherche d’alliés, tant internes qu’exter­nes. La SPLA réussit, grâce à l’aide de l’URSS, à obtenir l’appui du gouvernement éthiopien dirigé par Mengistu. De plus, il parvient à obtenir le ralliement plus de la moitié des troupes d’Anya-Nya II. Le restant des troupes d’Anya-Nya se transmue en combattants supplétifs de Khartoum. Sur le second volet (militaire), la SPLA arrache de nombreuses victoires qui lui permettent de s’installer dans le Haut-Nil, en Equatoria et dans le Bar el-Ghazal. Vers la fin des années 80, la SPLA contrôle plus de 90% de la région sudiste.

La transition manquée de Sadiq eL-Mahdi

Après le renversement de Neymeri, l’opinion internationale espérait que les lois de septembre 1983 seraient abrogées et que le pays retrouverait le chemin de la démocratie et de la paix. C’est dans cet esprit qu’en mai 1986, alors que le gouvernement transitoire se mettait en place, le SPLM s’était retrouvé avec d’autres partis politiques à Koka Dam en Éthiopie. À l’issue de cette rencontre, les participants avaient adopté la déclaration de Koka Dam qui exigeait : (1) la reconnaissance de l’opposition au pouvoir comme phénomène national et non pas simplement régional ; (2) la levée de l’état d’urgence ; (3) l’abrogation des lois de septembre 1983 ; (4) l’annulation des pactes militaires qui violaient la souveraineté nationale ; (5) la conclusion d’un cessez-le-feu ; et (6) le rétablissement de la Constitution transitoire de 1956 telle qu’amendée en 1964.

De toutes ces exigences, la troisième posait problème. En effet, au Nord, quelques leaders éclairés ne pouvaient concevoir que l’islam fût séparé de la politique. Ils trouvaient inopportune l’idée de laïcité de l’État. Elle était, selon eux, une importation occidentale qui ne cadrait en rien avec le contexte soudanais. Bien que partageant un tel entrelacement entre religion et pouvoir politique, le nouveau premier ministre, Sadeq el-Mahdi, membre du parti Umma, élu en 1986, voulait se présenter comme un conciliateur scrupuleux et soucieux de l’unité nationale. Il défendait un islam libéral, dont le premier pilier était le respect de la liberté religieuse. Ce qu’il fallait combattre, selon lui, c’était à la fois le racisme de la SPLA et l’intolérance de ses frères musulmans. Il reprochait à Neymeri l’instrumentalisation de l’islam en vue d’occulter les problèmes réels du peuple soudanais. el Mahdi promettait donc de concilier l’islam avec le caractère plurireligieux du Soudan. Cependant, ces aspirations se sont heurtées à l’exercice du pouvoir au sein d’une coalition. el Mahdi devait, en effet, partager le pouvoir avec la Front National Isla­mique (NIF), moins disposé à lâcher du lest sur le plan religieux. De plus, le fait qu’aucun des partis signataires de la déclaration de Koka Dam n’ait obtenu un nombre suffisant de suffrages pour faire pression sur le gouvernement a entraîné un approfondis­sement du clivage Nord-Sud[20], dans la mesure où l’Etat est resté organisé selon les principes théologiques dictés par l’intelli­gentsia islamique de Khartoum.

La jonction avec le NIF, en 1988, avait pour but de créer un système légal régi par les principes de l’Islam. Cet accord NIF-Parti Umma entraîna une crispation violente à l’intérieur du gouvernement. En novembre 1988, le Parti Démocratique Unioniste (DUP), animé par la peur d’être marginalisé, passa un accord avec le SPLM. L’objet de cette entente était de juguler l’avancée islamique et de réduire la fracture du Soudan. Le texte commun qui en a résulté demandait au pouvoir de suspendre les lois de septembre 1983 et d’organiser une conférence nationale constitutionnelle. Comme cela était prévisible, les recomman­dations du DUP et du SPLM ont été rejetées par le NIF et l’UP. Les membres du DUP ont démissionné du gouvernement en décembre 1988, laissant ainsi le champ libre à tous les abus de Khartoum[21].

Le 30 juin 1989, le Soudan a connu un changement brutal de régime politique, suite à un coup d’État militaire qui a propulsé le lieutenant-général Omar Hassan el Béchir au sommet de l’état, secondé par Hassan el Tourabi, l’idéologue du NIF. Cette confusion des genres politique, militaire et religieux constituera, tout au long des années 90 et jusqu’en 2000, l’une des principales sources de dissension à l’intérieur de l’appareil gouvernemental, el Tourabi, président du Parlement, se prenant parfois pour une sorte d’Ayatollah soudanais, chapeautant le pouvoir politique et militaire. La chape de plomb idéologique est posée en 1991, à la suite de la proclamation de la République Islamique du Soudan en 1991.

Les soutiens externes du SPLM

La SPLA aurait pu gagner la guerre durant les années 90. En effet, durant cette période, elle a atteint sa maturité politique et militaire. Son armée, très structurée et bien équipée[22], comptait plus de 45 000 hommes et put obtenir l’allégeance des tribus Nubas installées dans le Darfour. Dans la foulée, le SPLM a repris politiquement position dans le Nord, puisqu’il a mis en place, avec les divers partis politiques opposés à el Béchir, l’Alliance Démocratique Nationale (NDA). La SPLA contrôlait un cinquième du territoire national, même si les villes garnisons du Sud, telles que Juba, Malakal et Wau, lui résistaient encore. Par ailleurs, les hommes de la SPLA ont également réussi à stopper le projet de barrage de Jonglei[23], sur lequel John Garang avait rédigé sa thèse à l’Université de l’Iowa aux États-Unis[24]. Enfin, le SPLM a réussi à s’insérer au sein d’un réseau constitué de l’Éthiopie, de l’Ouganda, du Tchad, du Kenya, de l’Égypte, d’Israël, des États-Unis et de l’Arabie Saoudite, viscéralement opposés au régime islamiste de Khartoum.

L’Éthiopie a été l’alliée le plus précieux du SPLM. Son soutien n’était pas aveugle, encore moins injustifié. En effet, pour Mengistu, soutenir le SPLM, c’était faire obstacle et répondre au gouvernement de Khartoum qui avait aidé les sécessionnistes érythréens. L’aide de Mengistu avait trois dimensions : (1) offrir un sanctuaire au SPLA ; (2) lui servir de base politique sûre ; et (3) lui fournir un appui logistique. De plus, le SPLM disposait d’une station de radio puissante qui émettait à partir du territoire éthiopien. Celle-ci avait deux objectifs : assurer une information continue des activités du SPLM et convaincre les nordistes du bien-fondé de leur combat. En d’autres termes, la radio jouait un double rôle de propagande et de légitimation.

(1)    Sanctuaire : l’Éthiopie de Mengistu offrait au SPLA la sur­face nécessaire à la construction de ses camps d’entraîne­ment. C’était aussi une base à partir de laquelle les attaques étaient lancées vers le Soudan. Ainsi, en janvier 1990, plusieurs attaques victorieuses ont-elles été menées en Equatoria contre les garnisons de Kaya et de Yei. C’est également à cette époque que le plateau de Kajo Kaji fut pris.

(2)    Base politique : en plus de ses bureaux de liaison à Nairobi et à Londres, le SPLM avait son siège politique à Addis Abeba. Elle jouissait d’une sorte de reconnaissance diplomatique de la part du pouvoir en place.

(3)    Appui logistique : même si cela n’est pas formellement établi, on soupçonne Mengistu d’avoir fourni avions, hélicoptères et camions afin de transporter les troupe de la SPLA à l’Ouest de l’Éthiopie, et peut-être même à l’intérieur du Soudan. Ce qui est par contre certain, c’est que la SPLA a bénéficié de l’appui de l’artillerie éthiopienne, ce qui lui a permis de bombarder régulièrement les villes soudanaises à partir du sol éthiopien, sans risque de représailles.

Le soutien de la Libye était motivé par la volonté de nuire à Neymeri, qui avait permis au Front National de Libération Libyen, de diffuser des diatribes anti-Kadhafi à partir d’une radio émettant de Khartoum. La Libye a fourni matériel, argent et camp d’entraînement aux forces opposées à Neymeri. Mais ces relations ont évolué en faveur de Khartoum à partir de 1985, avec l’arrivée au pouvoir d’el Mahdi. Dans le cadre du protocole militaire signé avec le gouvernement transitoire, Kadhafi a fourni, non seulement des armes en grande quantité, mais aussi des avions Mig qui ont bombardé les positions tenues par la SPLA. el Mahdi a ouvert les portes du Soudan à Kadhafi, permettant à la Lybie de stationner ses troupes dans le Darfour afin de porter main forte à la guérilla tchadienne. Sous la pres­sion égyptienne et américaine, le Soudan a demandé à Khadafi de retirer ses troupes du Darfour en 1988. Ceci n’a pas empêché les relations des deux Etats de continuer à s’améliorer, même si Kadhafi est resté réservé sur l’association du Front National Islamique du gouvernement.

Le rôle de l’Égypte s’est d’abord limité à la recherche d’une solution pacifique entre les parties au conflit. Deux tentatives de médiation méritent d’être signalées. La première a eu lieu au sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine en juillet 1986. Le Caire a permis au SPLM et à Sadiq el Mahdi de se rencontrer et de discuter d’un réglement de la guerre. La deuxième tentative notable venant du Caire est intervenue entre 1987 et 1988. Toutefois, les deux essais se sont soldés par des échecs.

Les années 90 ont été marquées par un revirement anti-Khartoum. Deux événements semblent expliquer ce repositionne­ment. D’une part, le soutien du Soudan à Saddam Hussein durant la guerre du Golfe, matérialisé par l’abstention active de Khartoum lors du vote de la Ligue arabe en août 1990 condam­nant l’invasion du Koweit. D’autre part, l’implication soudanaise dans la tentative d’assassinat de Moubarak en Éthiopie en mai 1995.

La position de l’Ouganda est moins claire. Même si la con­quête de la région de l’Equatoria doit beaucoup à l’aide ougan­daise, surtout en matière de ravitaillement, Kampala a toujours pu garder un certain équilibre, gérant au mieux ses rapports de force avec Karthoum. D’ailleurs, Museveni a proposé ses bons offices aux deux principaux belligérants, el Béchir et Garang, sans grand succès.

Les raisons d’un enlisement

Malgré cet avantage en termes militaires, la SPLA ne remporte pas la guerre aussi rapidement qu’elle et ses parrains l’espéraient. De fait, des événements inattendus vont profondé­ment et durablement modifier la scène conflictuelle soudanaise. Trois faits majeurs expliquent la modification de l’écart des capa­cités entre adversaires, entraînant un enlisement du conflit[25].

(1)       L’aide iranienne. Téhéran achète du matériel militaire chinois pour plus de 400 millions de dollars pour le compte de Khartoum, lui offre des conseillers militaires, crée les Forces de défense nationale, très motivées, qui assistent les forces gouvernementales et leur permettent de se reposition­ner avantageusement sur le terrain de bataille en quelques mois.

(2)       La chute de Mengistu. Alors que la SPLA engrangeait quel­ques victoires remarquables, le départ précipité et forcé de Mengistu en mai 1991 a provoqué un renversement de tendance. Les réfugiés sudistes ont été chassés, la radio et les camps d’entraînement de la SPLA ont été démantelés. Par ces actions, le nouveau régime d’Addis Abeba a marqué sa reconnaissance à l’égard de Khartoum, qui lui a apporté son assistance tout au long de sa progression vers la capitale éthiopienne.

(3)       La scission du SPLM. La perte d’influence du SPLM occa­sionnée par la chute du régime de Mengistu, principal allié, exacerbe les velléités internes jusqu’à la décomposition du SPLA/M comme une poupée gigogne. Tout s’enchaîne très rapidement. Deux grandes  cassures vont se réaliser au sein du mouvement de John Garang. La première commence en 1991 et s’achève en 1994, alors que la seconde est plus ponctuelle et date de 1993.

Tout commence le 28 août 1991, lorsque trois officiers de la région de Nasir, Lam Akol, Gordon Kong et Rieck Machard, décident de prononcer sans appel la destitution de John Garang, accusé de trahir les principes de la rébellion, de diriger celle-ci de façon autocratique, de manquer de vision politique, bref, de mener la SPLA à une perte certaine. Dès lors, la guérilla sudiste se fractionne. Deux groupes naissent de cette division : la faction Nasir et la faction Torit. La première, qui est constituée par une succession de divisions, est animée dans un premier temps par Lam Akol et Rieck Machar. En 1992, Nuyon Bani s’écarte de la faction Nasir pour former les Forces de l’Unité (FU). La contre-dissidence s’organise au cours d’un meeting tenu à Torit entre le 6 et le 12 septembre 1991, d’où le qualificatif de “faction Torit” qui l’accompagne. Pour contrer le radicalisme indépendantiste de la faction Nasir, les fidèles de John Garang regroupés au sein de la faction Torit élargissent leurs objectifs. Le spectre des revendi­cations va de l’exigence d’un Soudan laïc, unitaire et démocra­tique, à l’association de deux États ou l’autodétermination, en passant par l’idée de confédération. Bref, ce qui est inédit, c’est que la possibilité d’une rupture physique entre le Nord et le Sud est désormais inscrite dans l’agenda politique du SPLM.

Durant les mois suivants, les affrontements entre la faction Nasir et la faction Torit se doublent d’un enjeu ethnique oppo­sant essentiellement les Dinkas, représentés par John Garang, aux Nuers sous la conduite de Rieck Machar. Après avoir écarté Lam Akol en février 1994, Machar dirige tout seul son mouve­ment, qu’il appelle dans un premier temps la SPLA Unifié (SPLA-U) et, dans un second temps, le Mouvement pour l’Indépendance du Sud-Soudan (SSIM). Le tableau devient encore plus trouble en décembre 1994, au moment du schisme interne au SSIM. Une partie des troupes de Machar rejoint Lam Akol, qui forme son mouvement et reprend le nom abandonné par Machar, SPLA-U. Pour distinguer les deux SPLA-U, nous dési­gnons celui de Machar par l’indice 1 et celui d’Akol par l’indice 2. Un autre groupuscule coupe ses liens d’avec le SSIM et prend le nom de SPLM/Bahr el-Ghazal (SPLM/BGG). Il sera placé sous le commandement de Kerubino Kwanin Bol.

La deuxième secousse interne à la SPLA intervient en 1993. Le bloc politico-militaire qui en résulte se baptise Mouvement Patriotique de Résistance (PRM). Implanté dans l’Equatoria, ce groupe dispose de sanctuaires en Ouganda et défend un SPLM pluriethnique assurant l’égale représentation de tous les autres groupes ethniques.

 

 

 

Arbre des scissions du SPLA/M

 

Au total, le théâtre conflictuel du Sud Soudan offre un panorama assez confus, que nous essayons de démêler schémati­quement comme suit[26] :

De la petite guerre à la privatisation du conflit

Sous l’autorité d’el Béchir, la nouvelle armée, dont le but est de conquérir et de soumettre le Sud au nom du Jihad, reste incapable d’atteindre ses objectifs, et ce pour deux raisons. La première est géographique. Les soldats du Nord, habitués au Sahel, ne connaissent pas les méandres et les pièges des marécages du Sud. La seconde raison est plus technique, mais tout aussi critique pour l’armée de Khartoum. Cette dernière est équipée par l’Iran et, parfois, par l’Irak. Le problème est qu’elle n’a pas reçu l’instruction nécessaire au maniement des armes fournies. Cette double impasse, dont les conséquences sont désavantageuses sur le terrain, amène el Béchir à changer de mode de guerre. Le conflit quitte le champ de ce que Calwell appelle les “petites guerres”[27]. Khartoum réoriente et/ou renforce sa politique militaire dans un triple sens, “civiliation”, subversion et privatisation. Le volet “civiliation” consiste à armer les populations civiles afin d’en faire des milices pro-gouverne­men­tales. L’État central habilite les civils, par un arsenal juridique taillé sur mesure, à agir en son nom. Par exemple, le National Popular Defense Act du 6 novembre 1989 permet aux forces paramilitaires d’opérer avec l’armée au niveau de la zone tampon entre le Nord et le Sud. La “subversion” consiste à se rallier les faveurs des anciens compagnons de John Garang, qui deviennent des forces supplétives de Khartoum. Le volet “privatisation” consiste à impliquer massivement les mercenaires des compa­gnies pétrolières. Ces trois points ressortissent à deux facteurs, l’économique et le religieux. Ci-dessus, nous dévelop­pons brièvement la civiliation et la subversion. La privatisation sera analysée au niveau du facteur économique.

(1)    La civilisation. Un exemple marquant de ce procédé est celui des razzieurs baggaras, des milices murahéléennes, des groupes toposas et Béchir. En réalité, les razzieurs baggaras sont un legs du gouvernement de Sadiq el Mahdi. Face aux victoires des forces de la SPLA et de son avancée soutenue vers le Nord, le général Burina Nasr de l’ethnie baggara (éleveurs musulmans arrivés dans le Sud du Kordofan au XVIIIe siècle) avait poussé el Mahdi à fournir des armes à son ethnie afin d’endiguer et de harceler en permanence les troupes de Garang, qui se faisaient de plus en plus mena­çantes pour Khartoum. Les baggaras continuent d’opérer essentiellement dans le Bahr el-Ghazal[28]. Khartoum s’est acheté les services des milices murahéléennes qui procèdent, depuis les années 80, à des opérations de nettoyage dans la région du Darfour. Le gouvernement d’el Béchir s’est également assuré le soutient des milices toposas qu’il arme depuis 1991 et dont le rôle est de faire pression sur les Dinkas. Enfin, la milice Béchir, évoluant aux alentours de Juba, composée d’islamistes éclairés et ultra orthodoxes, prêts à tout pour le gouvernement de Khartoum, se croit investie d’une mission prophétique.

(2)    La subversion. Elle est plus subtile et peut-être davantage pernicieuse. Le but d’el Béchir est de montrer aux différents belligérants et à la communauté internationale qu’il est disposé à faire la paix. Au niveau interne, Khartoum réactive l’administration tribale créée en 1922, afin de montrer à ses détracteurs qu’il est un gouvernement démocratique, respec­tueux des traits spécifiques des différentes familles ethniques et religieuses. Par ailleurs, au mois de septembre 1994, un Haut Conseil pour la Paix, dirigé par un Dinka, a été mis en place. Son but officiel était de ramener les groupes rebelles autour d’une table de négociation. Toutefois, dans les faits, il jouait un rôle de subversion, signant des accords de paix séparée avec certaines forces rebelles, qu’il mettait ensuite à son service. Ainsi, le 10 avril 1996, le SSIM de Rieck Machar a signé un accord de cessez-le-feu avec Khartoum. Le SPLMBGG a suivi la même voie. Ces ralliements ont entraî­nés des dissidences internes, certains voyant en ces accords, à juste titre, une trahison du Sud[29]. Ils sont venus étoffer la liste des forces supplétives qui gravitent autour d’el Béchir.

Les facteurs qui alimentent la guerre

Le facteur économique

En exportant ses premiers barils de pétrole le 30 août 1999, le Soudan est entré sur le marché des matières premières les plus rentables. En moins de 3 ans, le gouvernement de Khartoum a réussi à réaliser et maintenir une moyenne d’exportation respectable, 15 000 barils par jour, pour des recettes annuelles d’environ 500 millions de dollars.

Les premières réserves de pétrole sont découvertes par Chevron Overseas en 1967, à la frontière entre le Kordofan et le Bahr el-Ghazal. Si ces réserves sont facilement accessibles, étant donné qu’elles se situent entre le Nord et la savane du Sud, les découvertes ultérieures entraînent Chevron plus au Sud, près de la région de Bentiu. La compagnie déplace donc son camp à Rubkona dans le Bhar el-Ghazal. Cependant, en 1984, suite à une attaque des forces de Anya-Nya II, Chevron se retire. La concession pétrolière connaîtra bien d’autres fortunes. Signalons simplement qu’elle passera de Chevron à un consortium entière­ment soudanais en 1991, avant de devenir la propriété d’Arakis, une compagnie canadienne. Pour des raisons techni­ques, tribu­taires elles-mêmes de raisons financières, Arakis est revendu en 1998 à une autre compagnie canadienne, la Talisman Energy Inc. qui, par ce truchement, acquiert aussi 25 % des parts de la Greater Nile Petroleum Company. Comme pour consolider sa position, la Talisman se lie avec d’autres partenaires tels que la China National Petroleum Corporation, Petronas et Sudapest qui est la partie soudanaise de cette association. Contrairement à Chevron qui projetait de construire un oléoduc le long de la fron­tière éthiopienne, Talisman Energy Inc et ses partenaires déci­dent de l’établir à l’intérieur, sur une distance de près de 1 600 kilomètres. Cet oléoduc couvert acheminera le brut vers Port Soudan, sur la mer Rouge.

Il existe une corrélation très forte entre l’augmentation des dépenses militaires et l’accroissement des pétrodollars. Entre 1998 et 2000, le budget de la défense est passé de 170 à 340 millions de dollars, c’est-à-dire qu’il a englouti plus de la moitié des recettes du pétrole. Khartoum achète armes et munitions, paie ses milices, son armée et veut mettre en place une industrie d’armement pour venir plus rapidement à bout de la guérilla sudiste. Par ailleurs, le gouvernement d’el Béchir encourage la privatisation de la guerre. En avril 2001, le rapport de Georgette Gagon a bien mis à jour les exactions et les crimes commis par la Talisman à partir d’hélicoptères de combat qui cherchent à vider le périmètre des champs de pétrole de ses populations. Les compagnies Talisman Energy (canadienne), Petrochina, Lundin Oil (suédoise) travaillent de concert. Elles brûlent des villages, bombardent le bétail, pour affamer la population et nourrissent les conflits interethniques en finançant les milices pro-gouvernementales.

Entre le 11 et le 14 juin 2001, des affrontements violents ont lieu dans la région de Wau et de Bor. Ceci est certainement justi­fié par le désir de Khartoum de libérer ces zones dans lesquelles la compagnie française Total/Fina/Elf possède une immense concession pétrolière, la plus vaste au Soudan. Même si, au début juin, elle déclarait ne pas être prête à exploiter cette concession, il est difficile de croire que les bombardements très ciblés de l’armée du Nord n’étaient inscrits que dans le cours “normal” de la guerre[30].

Au total, les compagnie impliquées sont représentées dans le tableau suivant[31] :

 

Pays

Compagnies impliquées

Allemagne

Mannesman Handel

Argentine

Techint International Construction SA

Australie

OMV Aktiengesellschaft. Exploite le Bloc 5A en partenariat avec Lundin Oil et Petronas

Canada

Talisman Energy

Roll’n Oil

Nova Gas

Lundin Oil

Laidlaw Corporation sous le contôle de Talisman. Les deux compagnies ont le même directeur.

Denim Pipeline Construction Ltd.

Chine

China National Petroleum Corporation

China Petroleum Technology Corp.

China Petroleum Engineering Construction Corporation

États-Unis

Concorp International. Filiale de la compagnie soudanaise du même nom. A racheté une partie des concessions qui appartenaient à Chevron.

Chemex Inc. A racheté une partie des concessions de Chevron et surtout des parts de raffineries au Soudan en 1996 et 1998. Ce qui veut dire qu’elle violé les sanctions économiques décrétées par les États-Unis à l’égard du Soudan.

Mobil Oil

Trafigura

Goldman Sachs, qui travaille avec l’aide de Price Waterhouse Coopers.

Laidlaw Corporation

Grande-Bretagne

Weir Pumps Ltd.

Allan Power Engineering Ltd.

Trafig ura. Se charge de la vente du brut soudanais

France

TotalFinaElf. N’exploite pas sa conces­sion pour le moment.

Italie

Agip

Malaisie

Petronas

Pays-Bas

Royal Dutch Shell

Trafigura Beheer BV

Suède

Lundin Oil

Soudan

Concorp International

L’internationale islamiste

Les lois de septembre 1983, qui n’ont jamais été abolies, sont on ne peut plus explicites. Elles visaient à faire de l’islam la religion de tous les Soudanais qui, de plus, devaient adopter l’arabe comme langue officielle. Ces lois ont été renforcées par la proclamation de la République Islamique du Soudan en 1991. Le but de cette partie est de montrer les rouages de cet islam politique et de montrer sa volonté d’expansion régionale, dans la perspective de ce que l’on peut appeler une internationale islamiste.

En tenant une Conférence populaire arabo-islamiste en 1991, le NIF et le gouvernement d’el Béchir sont sortis de l’ombre, manifestant avec plus de véhémence leur identité isla­miste. Cette affirmation émergeait en même temps que l’opposi­tion de Khartoum à la guerre du Golfe et le soutien apporté au Ba’ath irakien. Ceci pourrait paraître paradoxal, vu l’oppression que Saddam Hussein faisait subir aux potentiels islamistes irakiens. Sur quoi reposait donc le soutien du Soudan ? On peut dire qu’il était guidé par un opportunisme politique. En effet, pour le gouvernement de Khartoum, qui participait à un échange d’officiers en vue de stages avec Bagdad, s’allier à l’Irak, c’était marquer clairement, sans complaisance, son anti-américanisme, et prendre le leadership d’une telle opposition, afin de créer, in fine, les conditions propices à l’élaboration d’un nouvel ordre au Proche-Orient. Pour assurer une telle position, le Soudan se proposait, à la fois, de récolter des fonds à travers la zakat et la manne du pétrole et de construire des relations avec les mouve­ments islamistes de la région, leur ouvrant même son territoire afin qu’ils puissent s’y entraîner et y développer leurs activités en toute liberté. Sous la houlette d’el Tourabi, le Soudan a établi des liens de coopération islamique avec le Parti du travail et le Jihad Islamique égyptiens, le groupe tunisien En-Nahda, le Hamas palestinien, le parti yéménite Al-Isla. Le tout a été couronné par un accueil très fraternel des groupuscules afghans, qui ne pouvaient plus se rendre ni en Syrie ni en Irak, et encore moins en Libye, pour des raisons liées à la conjoncture de l’époque. En effet, la Syrie se rapprochait des États-Unis sur la question du Golan et voulait donc ménager Israël ; le gouvernement irakien était confronté à une perturbation islamiste interne ; et la Libye était en pleine turbulence face à une coalition internationale menaçante.

Le plus célèbre des hôtes de l’État soudanais sera le Saou­dien Oussama Ben Laden. Il va conclure quelques affaires avec le régime qu’il finance, notamment pour la construction de routes. C’est à partir de là qu’il lance son attaque terroriste contre les bases américaines en Arabie Saoudite en novembre 1995. L’autre hôte de Khartoum, Cheikh Omar Abd-el-Rahman du Jihad Isla­mique égyptien, sera condamné pour l’attentat contre le World Trade Center en janvier 1995. Enfin, Khartoum sera impliquée dans la tentative d’assassinat perpétrée à l’égard du président Moubarak en Éthiopie.

Ces politiques de Khartoum entraînent une rupture avec certains alliés, une attitude plus tranchée de certains États, et favorisent surtout une reconstruction de la SPLA. Cette recons­truction se fait grâce à la politique des États-Unis, de l’Égypte, de l’Éthiopie et de l’Érythrée.

La recomposition du SPLM

À l’exception d’une aide alimentaire énorme, mais qui transitait par le gouvernement islamiste, la politique américaine est restée très attentiste, à cause, au départ, d’un manque d’intérêt stratégique. Cette passivité était aussi guidée par une perception biaisée de la situation et des capacités du couple el Tourabi-el Béchir. Washington croyait que le nouveau gouverne­ment de 1989 serait de courte période. Une série d’actes portant atteinte aux vies, mais surtout aux intérêts américains sont venus changer la donne. Les États-Unis ont pris une position plus radicale, amorcée dès l’attentat du World Trade Center du 26 février 1993, qui impliquait des individus en possession de passeport soudanais. Le Département d’État américain classe de facto le Soudan dans la catégorie des “Rogue States” (États voyous). Il est désormais considéré comme une plaque tournante du terrorisme international, du blanchiment d’argent servant à financer ces groupes radicaux, bref, comme un paradis pour l’anti-américanisme. Cependant, cette politique manque de constance, parce que les États-Unis mettent toujours en avant le positionnement économique. Ainsi, en août 1996, le président Clinton fait suspendre la loi antiterroriste, afin de permettre à l’Occidental Petroleum de passer un accord d’exploitation de 2,5 milliards de barils de pétrole avec le gouvernement d’el Béchir[32]

Le gouvernement égyptien est devenu véritablement pro-Alliance Démocratique Nationale [33] lorsque la commission d’enquête éthiopienne a démontré que le Soudan avait abrité les terroristes qui avaient essayé de tuer Moubarak. Il s’est montré plus intransigeant sur le différend territorial concernant le “triangle de Halaib”, une bande de 17 000 km au Nord-Est du Soudan, s’ouvrant sur la mer Rouge. L’Égypte a voulu aussi pousser Khartoum à accepter une solution pacifique avec la SPLA, parce qu’elle savait qu’une sécession serait dommageable pour la répartition des eaux du Nil. Ces relations vitales avec le voisin soudanais expliquent sans doute la position égyptienne lors du vote sanctionnant le Soudan en 1996 à l’ONU [34]. En effet, l’Égypte n’a pas voulu que ces sanctions touchent à l’économie. Elles ont donc été limitées au volet politique, ce qui en a réduit la portée.

Les relations avec l’Érythrée et l’Éthiopie ne sont guère paisibles. En effet, depuis l’attentat manqué de 1995, les rapports avec l’Éthiopie sont devenus très froids. De son côté, Asmara a accusé Khartoum d’apporter de l’aide au groupe rebelle du Jihad erithrea. La rupture a été consommée en janvier 1997, lorsqu’el Béchir a accusé l’Éthiopie et l’Érythrée de soutenir la SPLA en lui permettant d’ouvrir de nouveaux fronts militaires, notam­ment à l’Est du pays.

C’est dans ce climat qu’a lieu la renaissance de la SPLA depuis 1995, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Soudan. Du point de vue interne, la SPLA bénéficie de deux évolutions favo­rables. D’un autre côté, la SPLA a vu se recomposer l’opposition nordiste au sein de l’Alliance Démocratique Nationale, avec laquelle il partage un certain idéal démocratique. Les compo­santes les plus actives de la NDA sont : le Parti Umma (UP), le Parti Démocratique Unioniste (UDP), le Parti Communiste Soudanais (SCP), le Congrès Bedja (BC) et le Commandement Légitime formé en 1990 par des officiers attachés à la démocratie. Le siège de PNDA se trouve à Asmara dans les locaux de l’ancienne ambassade soudanaise. La branche armée de la NDA est constituée du SCP ; des forces du BC et de la SPLA. Dans les faits, c’est la SPLA qui dirige les opérations. Le plus passif de tous est le PC qui dit attendre l’extension du conflit aux zones urbaines qu’il a infiltrées. Par contre, les forces du BC sont plus actives et attaquent les forces armées soudanaises à partir de l’Erythrée. Il est aussi remarquable que le Congrès des tribus Bedja, fondé en 1958, soit resté longtemps très pacifique. Il n’est entré en rébellion qu’à la suite d’expropriation de terrains menée par le gouvernement au profit de particuliers. notamment Ben Laden. Autre trait interne. après le décès de Rieck Machar, le SSIM s’est rattaché au SPLA.

Au niveau externe, des changements remarquables sont intervenus à partir de mai 1995. La SPLA a pu revenir à Addis Abeba et de consolider la coalition internationale contre le gouvernement de Khartoum. Celle-ci est surtout faite d’anciens “parrains” qui n’attendaient qu’une occasion pour légitimer leur soutien au SPLM. Soutenue par les États-Unis, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie et l’Ouganda, la SPLA a pu étoffer sa logistique et reprendre pied sur les terrains militaire et politique.

Changer d’image

En 1999, el Béchir a lancé une offensive diplomatique sur plusieurs fronts, visant à modifier son image auprès d’autres États, ainsi qu’auprès du Fonds Monétaire International (FMI). Au niveau régional, a réussi à rétablir des relations diploma­tiques avec l’Érythrée d’Issayas Afeworki. Les deux États ont agrémenté ce rapprochement d’un accord de coopération en mai 1999. En retour, l’ambassade érythréenne a pu rouvrir ses portes à Khartoum le 20 janvier 2000. Avec l’Ouganda, Khartoum a décidé de signer un pacte de non-ingérence et de non-subversion. Chacun des partenaires s’est promis de s’abstenir de soutenir la rébellion opposée à l’autre État. Ainsi, l’Ouganda devait aban­donner son aide à la SPLA. Quant au Soudan, il devait suspendre et arrêter son soutien à l’Armée de Résistance du Seigneur de Joseph Kony. Cet accord est resté très formel et fragile, les deux pays s’accusant régulièrement de ne pas respecter leurs engage­ments. Enfin, l’Égypte et la Libye ont apporté une “vision arabe de la paix” au Soudan en août 1999, sans grand succès.

Le Soudan, pays surendetté – pour 25 milliards de dollars environ – cherche aujourd’hui a regagner la confiance du FMI, qui a adopté une position plus critique à son égard à la fin des années 90. Grâce à des réformes économiques et sociales, l’infla­tion est passée de 133 % en 1996 à 14 % en 1999. Face à ces efforts, le FMI a accepté de renégocier avec le Soudan en mars 1999, établissant un programme de deux ans. Il faut dire que, malgré les sommes consacrées à la poursuite de la guerre, l’économie­nomie soudanaise est alimentée par les revenus du pétrole dont le pays exporte désormais près de 18 000 barils de brut par jour.

Ces efforts d’el Béchir ne doivent pas masquer la crise que traverse l’État soudanais depuis l’accession au pouvoir du tandem el Tourabi-el Béchir. En effet, il a toujours existé entre les deux hommes une rivalité portant sur le contrôle effectif du pouvoir. Même après la transformation du NIF en Parti National du Congrès (NPC) en 1992, la répartition des fonctions entre les deux, bien qu’officiellement claire, est restée une source de perplexité pour les Soudanais, et une source de conflit entre l’idéologue, chef du parlement, et le militaire devenu politique, maître de l’exécutif. Ces dissensions sont devenues manifestes à la fin de l’année 1999, lorsqu’el Tourabi a voulu passer une réforme qui lui tenait à cœur. Celle-ci comportait deux points : le rétablissement du poste de premier ministre et l’élection des gouverneurs des 26 provinces soudanaises, qui sont nommés par le président. Le refus d’el Béchir a conduit à un raidissement des deux parties. Cependant, le 24 janvier 2000, tout était revenu dans l’ordre. el Tourabi restait chef du Parti National du Congrès et continuait d’assurer la direction idéologique du gouvernement.

La rupture définitive est néanmoins intervenue entre Tourabi et el Béchir en 2001. En effet, Tourabi a été incarcéré le 21 février 2001, après avoir signé un accord avec la SPLA de John Garang qui exigeait une solution pacifique de la guerre. Si l’on considère attentivement cet accord, on comprend qu’il servait qu’un seul but pour el Tourabi renverser el Béchir. Tout laisse croire que, si cela avait fonctionné, la guerre du Sud n’aurait probablement pas connue d’issue favorable, puisqu’el Tourabi serait revenu aux idéaux islamistes qui constituent la toile de fond de son action politique et sur lesquels il a construit son image internationale auprès de partenaires tels que l’Iran. Enfin, il semble que les événements du 11 septembre 2001 aient scellé définitivement le sort de l’ancien leader de l’intégrisme islami­que[35]. Nul n’ose croire que Tourabi puisse revenir au pouvoir à Khartoum face à la nouvelle politique américaine, réactive à tout ce qui arbore un parfum islamique.

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*     *

La guerre du Soudan est d’abord un phénomène social qui s’enracine dans son histoire, se déploie dans une division ethni­que et religieuse, et s’inscrit dans une géographie déterminée par le champ des instruments militaires. À cet égard, l’intervention croisée et intéressée des différents acteurs politico-militaires, que ce soit pour des motifs économiques, raciaux ou religieux, écorche de manière vive le désir d’émancipation et de développement des populations soudanaises animées par des idéaux d’égalité et d’équité, bref, par la volonté de reconnaissance politique.

Le conflit soudanais est devenu un cas typique de ce que nous appelons un “conflit enlisé”. Les raisons de cet enlisement peuvent être résumées en trois points. Premièrement, la confu­sion entre l’ordre religieux et l’ordre politique et la dépendance du second à l’égard du premier ; deuxièmement, l’imbrication opportuniste de l’économique et de l’ethnique ; troisièmement, la conduite, par les belligérants, d’un jeu politique à somme nulle. Ce jeu leur semble être l’unique moyen de sauvegarder leur identité respective et de survivre aux assauts réguliers des autres adversaires. Les forces en présence ont toujours cru aux vertus des capacités militaires, pensant qu’une victoire serait rapide et les dispenserait de tout compromis véhiculé par la négociation. On peut ajouter à ces facteurs d’enlisement l’indif­férence manifeste de la communauté internationale qui, en quarante ans, n’a proposé aucune solution à la solution du conflit. À cet égard, il n’est pas cynique de dire que le malheur du Soudan, c’est que son existence n’est réelle que pour les compa­gnies pétrolières et les sociétés de mercenaires qui sécurisent leurs concessions. En investissant chaque année plus de la moitié des revenus pétroliers dans l’achat de matériel militaire, l’accroisement des effectifs de l’armée, le recrutement des milices, le Nord ne fait que contribuer, de manière spécifique, à l’enlisement d’une guerre que le Sud croit pouvoir remporter sans appel. Ce qui nous incite à penser que la situation actuelle mène inévitablement à la division du Soudan. Un Soudan uni restera donc comme le pâle reflet d’un vieux rêve auquel personne, sauf peut-être John Garang, n’aura cru.


[1]      Le Soudan est devenu indépendant le 1er janvier 1956. Sa superficie est de 2 505 813 km2.

[2]      Les principales ethnies sont les Dinkas, les Nuers et les Chillouks.

[3]      Cecile Eprile, War and Peace in Sudan, Londres, David and Charles, 1974.

[4]      William Deng, The Problem of Southern Sudan, Londres, Oxford University Press, 1963.

[5]      Ann Mosely Lesch, “Confrontation in the Southern Sudan”, Middle East Journal, vol. 40, n° 3, été 1986, pp. 410-428.

[6]      Cf. Carolyn Fluehr-Lobba, Richard A. Lobban et John Obert Voll, Historical Dictionary of the Sudan, Londres, The Scarecrow Press, 1992, pp. xcvii-cvii.

[7]      Sur l’Egypte et le Soudan, cf. entre autres, Richard Hill, Egypt in the Sudan, 1820-1881, Londres, Oxford University Press, 1959 ; Hans-Heino Kopietz et Pamela Ann Smith, “Egypt, Libya and the Sudan”, in Michael Crowder (éd.), The Cambridge History of Africa 8, : From c. 1940 to c. 1975, Cambridge, Cambridge University Press, 1989. Sur la Grande-Bretagne, voyez Muddathir Abdel Rahim, The Development of British Policy in the Southern Sudan, 1899-1947, Khartoum, Khartoum University Press, 1968 ; Mekki Shibeika, British Policy in the Sudan 1881-1902, Oxford, Oxford University Press, 1952 ; Peter Woodward, “Nationalism and Opposition in the Sudan”, African Affairs, vol. 80, n° 3, octobre 1980, pp. 178-192 ; idem, Sudan, 1898-1989 : the Unstable State, Londres, Lynne Rienner, 1990.

[8]      Les sigles sont indiqués en anglais pour aider le chercheur à se retrouver dans la littérature et les documents officiels concernant le conflit.

[9]      Robert O. Collins, “La guerre du Soudan : une histoire sans fin”, Géopolitique africaine, n° 4, novembre 2001, p. 147.

[10]     C’est le nom d’un serpent venimeux du Sud-Soudan.

[11]     Cf. Barnabas L. Wama, “Prolonged Wars : The War in Sudan”, Research Paper Presented to the Research Department. Air Command and Staff College, March 1997.

[12]     Cf. Draft Organic Law to organize regional self-government in the Southem provinces of the Democratic Republic of the Sudan, 1972.

[13]     William Deng, The Problem of Southern Sudan, Londres, Oxford University Press, 1963.

[14]     Gabriel Warburg, “The Sharia in Sudan : Implementation and Reper­cussions, 1983-1989”, Middle East Journal, vol. 44, n° 4 , automne 1990, pp. 624-637.

[15]     Anthony Sylvester (ed.), Sudan Under Nimeiri, Londres, Bodley Head, 1977.

[16]     Par la suite, le sigle SPLA/M indiquera la conjonction du politique et du militaire.

[17]     Discours de John Garang de Mabior le 3 mars 1984. Cité par Khalid Mansour (ed.), John Garang Speaks, Londres, Kegan Paul, 1987, p. 21.

[18]     Abel Alier, Southern Sudan : Too Many Agreements Dishonoured, Exeter, Ithaca Press, 1990.

[19]     Barnabas L. Wama, “Prolonged Wars : The War in Sudan”, op. cit., p. 16.

[20]     Par exemple, le Parti National Soudanais et la coalition des partis africains n’ont pu engranger que 17% des sièges au Parlement.

[21]     Ahmed et Soboro (éds.), Management of the Crisis in the Sudan, Bergen, Center for Development Studies-University of Bergen, 1989.

[22]     Elle dispose de mortiers, de pièces d’artillerie et même de missiles anti-chars.

[23]     Une très bonne discussion des enjeux de ce barrage est offerte par Bernadette d’Armaillé, “Le Nil : veine jugulaire de l’Égypte”, Stratégique, 57, 1/95, pp. 121-143.

[24]     John Garang de Mabior, Identifying, Selecting, and Implementing Rural Development Strategies for Socio-Economic Development in the Jonglei Project Area, Southern Region, Sudan, Iowa State University, 1981.

[25]     “Soudan”, in Jean-Marc Balencie et Arnaud de la Grange (éds.), Mondes Rebelles. Acteurs, Conflits et Violences Politiques, Paris, Michalon, 1996, pp. 470-484.

[26]     La faction Torit représente l’orthodoxie du mouvement. Elle est n’est donc pas représentée dans ce schéma qui illustre ce que l’on peut qualifier “d’arbre des scissions”.

[27]     Charles Calwell, Petites guerres, Paris, Économica, Bibliothèque stratégique, 1998.

[28]     Robert O. Collins, “La guerre du Soudan : une histoire sans fin”, op. cit., pp. 150-151.

[29]     “Soudan”, Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange (éds.), Mondes rebelles. Acteurs, conflits et violences politiques, op. cit., p. 479.

[30]     Victor Lugala, The East African, Kenya, 4-10 juin 2001.

[31]     Source : http ://www.vitrade.com/countries involved.htm.

[32]     Roland Marchal et Oussama Osman, “Les ambitions internationales du Soudan islamiste”, Politique africaine, n° 66, 1997, pp.75-87.

[33]     À sa création en 1985, les différents partis et syndicats qui lui avaient donné corps se promirent de sauvegarder la démocratie et l’unité nationale. Toutefois, après le coup d’État de 1989, le NIF l’a complètement marginali­sée. À notre avis, le NIF n’a fait que parachever un travail de sape entrepris de l’intérieur par les rivalités personnelles, la religion et d’autres opportunités politiques.

[34]     Résolution 1054.

[35]     Vigilance Soudan, 101-102, avril-mai 2001.

 

 

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