La géographie militaire suédoise et scandinave dans une perspective historique

Gunnar Åselius[1]

La coutume de présenter les théoriciens militaires classiques Carl von Clausewitz et Alfred Thayer Mahan comme les tenants de points de vue diamé­tralement opposés sur la validité de l’expérience historique. Clausewitz (1780-1831) vivait en un temps de lent progrès technique mais de bouleversements politiques dramatiques. Pour lui, qui insistait sur l’importance de la volonté dans la guerre, les leçons de l’histoire apparaissaient pleinement utilisables sur le plan tactique (à condition d’avoir bien établi toutes les circons­tances particulières entourant chaque exemple historique). Par contre, les vérités stratégiques devaient varier selon les époques, la guerre étant toujours “la continuation de la politique”. Mahan (1840-1914), qui avait vu au cours de sa carrière d’officier de marine les vaisseaux de guerre passer du bois et de la voile au blindage et à la vapeur, considérait en revanche les éléments tactiques fondamentaux tels que la puissance de feu et la mobilité comme des plus variables. Seule l’étude de l’histoire permettait de comprendre les principes stratégiques sous-tendant l’influence des puissances maritimes[2].

En tout état de cause, on peut penser que l’influence de la géographie sur les opérations militaires devrait être la même à différentes époques. Des milliers d’années se passent sans que chaînes de montagne, mers ou fleuves changent de place. Pourtant la perception de la situation de divers pays sur le plan de la géographie militaire a varié. C’est que les jugements à cet égard, représentant en fin de compte une sorte d’analyse politi­que de ce que montre la carte, sont toujours en ce sens des interprétations subjectives. Celles-ci doivent être révisées en permanence, quand des fortifications sont construites, quand les communications et la technologie des armements évoluent ou quand de nouvelles frontières sont tracées entre les États. Considérer dans l’analyse de la situation militaire d’un pays la géographie comme une variable historiquement indépendante est, en réalité, fort contestable.

Dans ce qui suit la géographie militaire de la Suède sera discutée sous l’angle de la stratégie comme de la tactique opéra­tionnelle. La perspective temporelle s’étendant du haut Moyen-Âge à nos jours, le champ géographique traité déborde le territoire actuel de la Suède, incluant en principe aussi le reste de la Scandinavie et la région de la Baltique[3].

Au niveau stratégique, nous nous intéressons aux grandes corrélations géopolitiques. En quoi la position géographique de la Scandinavie au nord de l’Europe a-t-elle influé sur la situation politico-militaire de la Suède ? Au niveau tactique-opérationnel, ce sont les communications, les dimensions logistiques de la géographie ainsi que les conditions de terrain et de navigation qui sont cruciales. Comment se sont présentées les possibilités d’opérations pour les forces armées en Suède et dans la région nordique, et quelle influence la nature a-t-elle eu sur la façon de combattre dans cette partie du monde ?

La géographie stratégique

La masse continentale eurasiatique s’achève à l’ouest par tout un ensemble de péninsules qui constituent notre continent, l’Europe. La plus septentrionale est la Scandinavie qui touche à l’Atlantique à l’ouest, l’Europe centrale au sud et la Russie à l’est. Cette description de sa situation géographique peut aussi servir à illustrer la situation géostratégique de la région à travers les temps : au point d’intersection entre une puissance occidentale (Pays-Bas/Grande-Bretagne/États-Unis), une puissance méridio­nale (Empire carolingien / Hanse / Habsbourg / Napoléon / Prusse / Allemagne / Union Européenne) et une puissance orientale (république de Novgorod/Moscovie/Russie/URSS/Russie).

Tandis que la puissance occidentale était, en général, mari­time, les puissances méridionale et orientale étaient (du moins au cours des cinq cents dernières années) continentales. La rela­tion avec les puissances maritimes n’a pas dans l’ensemble posé trop de problèmes, celle avec les puissances continentales en revanche est apparue plus difficile et elle a poussé à des allian­ces. L’union des royaumes scandinaves au Moyen Âge (1389-1521) constituait pour une part une tentative pour contreba­lancer la Hanse au sud ; l’union personnelle entre la Suède et la Pologne (1592-1599) sous le roi Sigismond Vasa visait à tenir tête à la Russie. Lorsqu’ils recherchaient des alliés hors de la région de la Baltique, les souverains suédois se tournaient soit vers les puissances maritimes à l’ouest, soit vers d’autres acteurs suscep­tibles de rétablir l’équilibre avec les voisins de l’est et du sud, sans égard pour les principes religieux. Des puissances catholi­ques comme la Transylvanie ou la France pouvaient être mobilisées contre les Habsbourg (le premier d’une longue série de traités d’alliance franco-suédois fut conclu en 1542). Des puis­sances musulmanes telles que le khanat tatar de Crimée et l’Empire ottoman étaient, de même que les Cosaques ukrainiens orthodoxes, des alliés valables contre la Russie. Inversement, leur hostilité commune envers la Suède rapprocha à plusieurs reprises le Danemark et la Russie (1493, 1699, 1788, 1808).

La christianisation de la Suède, à partir du ixe siècle, est néanmoins le fait des centres de puissance de l’ouest et du sud, missionnaires de l’évêché de Hambourg et moines venus des îles britanniques entrant en concurrence. Les traces de mission orien­tale orthodoxe à la même époque se limitent à des détails archi­tecturaux dans quelques églises. Pourtant, les contacts orientaux de la Suède n’ont jamais été aussi importants que durant cette première période, fort obscure, de son histoire.

La navigation en Méditerranée s’étant pour un temps trou­vée perturbée au viiie siècle, une partie des échanges commer­ciaux est-ouest passe alors par la Baltique en empruntant les fleuves russes. Pendant deux siècles, la Scandinavie subarctique, périphérique, devient une plaque tournante du commerce mon­dial ; elle ne devait jamais retrouver une situation géographique aussi favorisée. D’énormes richesses s’accumulent en peu de temps et la population croît. Comme ailleurs en Europe, on cons­tate aussi, à partir du ixe siècle, un adoucissement du climat qui permet une forte extension des terres cultivées. Cette prospérité nouvelle est, pour une part, investie dans une expansion agres­sive. C’est le temps des Vikings qui voit les Scandinaves se livrer au pillage le long des côtes de l’Europe de l’Ouest, devenir merce­naires au service de l’empereur byzantin ou pousser jusqu’en Amérique. Divers chefs locaux profitent de ce que les grands courants du commerce international passent par chez eux pour percevoir des droits et monnayer leur protection, étendre de plus en plus leur influence et finalement, avec l’aide de l’église chré­tienne, se proclamer rois.

Il va de soi que ce sont les communications par voie d’eau qui assurent la cohésion des premiers États qui s’édifient en Scandi­navie. Ce n’est pas un hasard si le plus ancien est le Danemark qui naît vers 950 au débouché de la Baltique, région par où passent de nombreux marchands dont on peut exiger le paiement de droits. Ce premier royaume danois s’étend autour de la mer du Nord, englobe le sud de la Norvège et de la Suède actuelles et inclut même quelque temps, au xie siècle, une bonne partie de l’Angleterre. Jusqu’au xviie siècle, le Danemark restera le plus puissant et le plus peuplé des royaumes scandinaves.

Apparaît ensuite la Norvège, le long des côtes de laquelle les liaisons sont faciles et qui est tournée avant tout vers l’ouest. Ce sont des Vikings norvégiens qui repoussent les frontières de l’Europe dans le monde insulaire atlantique, peuplent l’Islande, les Shetlands, les Orcades et les Féroé, colonisent le Groenland et de là s’aventurent jusqu’en Amérique du Nord. On peut voir dans la décision de la Norvège d’aujourd’hui de rester en dehors de l’Union européenne un reflet de sa très ancienne orientation atlantique.

La Suède est le dernier royaume à se former, vers l’an 1000. Son cœur est constitué par quatre grands lacs avec les plaines voisines : d’une part le Vänern et le Vättern (c’est la région nommée Götaland), d’autre part le Mälaren et le Hjälmaren (le Svealand). Selon les plus anciennes lois, le roi élu doit être conduit en procession entre ces quatre lacs afin d’être acclamé par le peuple au cours d’un tour du royaume appelé Eriksgata. Il s’agit de régions agricoles populeuses assurant de bonnes ren­trées fiscales. Les lacs sont, en outre, des voies de transport commodes, été comme hiver. Les inscriptions des pierres runi­ques dressées en grand nombre au xie siècle, dans la province d’Uppland au nord du Mälaren surtout, évoquent avec une fréquence remarquable la création de chemins et la construction de ponts. De tels travaux relient entre elles les différentes régions et facilitent le contrôle du pouvoir royal sur le pays[4].

Comme l’a souligné le pionnier suédois de la géopolitique Rudolf Kjellén (1864-1922), “ce qui frappe avant tout dans la physionomie naturelle de la Suède, c’est qu’elle n’est rattachée au continent que du côté de la Baltique. La longueur de sa côte orientale, où est située la capitale, accentue encore cette orienta­tion vers l’est”[5]. Les expéditions tant guerrières que commerciales des Vikings suédois sont dirigées avant tout vers l’est, emprun­tant les fleuves russes pour gagner la mer Noire. Une tradition contestée prête à la plus ancienne dynastie russe, les Riourikides, une origine suédoise. L’orientation vers l’est reste sensible au xiie et au xiiie siècles où une série de croisades permet à la Suède de conquérir la Finlande actuelle. La population des côtes finlan­daises est déjà de langue suédoise et ces expéditions ne sont pas tant dirigées contre les Finnois que contre les Novgorodiens orthodoxes à l’est. Les Suédois poussent aussi vers le sud du golfe de Finlande, mais ils échouent dans leurs tentatives pour prendre pied en Estonie (1220) et à l’embouchure de la Neva (1301). À la suite du traité de paix de 1323 avec la république de Novgorod, leur poste avancé à l’est restera pour trois siècles Viborg sur le golfe de Finlande.

La conquête précoce de la Finlande fait que la concentration de la population et les circuits économiques dans le royaume suédois vont suivre un axe est-ouest, depuis le golfe de Finlande et Viborg vers Åbo (Turku), par les îles d’Åland et Stockholm, vers le Mälaren et le Hjälmaren. Cette zone pivot se divise alors en deux branches, l’une au nord-ouest vers le district minier des provinces de Västmanland et Dalécarlie (Bergslagen), l’autre au sud-ouest vers les riches plaines autour des lacs Vänern et Vättern (Götaland). L’accès à la mer à l’ouest comme au sud est toutefois contrôlé par le Danemark et la Norvège (la seule position sur l’Atlantique, la forteresse d’Älvsborg, sur le site actuel de Göteborg, se révèle à chaque guerre indéfendable). C’est pourquoi rompre l’encerclement dano-norvégien constitue au xvie et au xviie siècle un enjeu majeur dans la politique des rois suédois. Avec les paix de Brömsebro (1645) et Roskilde (1658), la Suède obtient enfin le contrôle de ses côtes au sud et à l’est. Elle supplante du même coup le Danemark en tant que puissance dominante en Scandinavie. L’orientation est-ouest de la Suède persiste jusqu’en 1809, date à laquelle la Russie lui arrache la Finlande (un tiers de son territoire d’alors). C’est à partir de là que s’est développée l’identité géographique nord-sud, toute en longueur, constitutive de la représentation que se font aujour­d’hui de leur pays la plupart des Suédois[6].

Avant le xixe siècle en revanche, l’axe est-ouest et la volonté de contrôler les courants commerciaux dans la Baltique tiennent une place majeure dans la politique étrangère suédoise. L’aven­ture impériale autour de la Baltique débute au milieu du xvie siècle, lorsque la décomposition de l’État médiéval des chevaliers teutoniques crée un vide dans les pays baltes actuels. La puis­sance continentale orientale, la principauté de Moscou, pousse alors ses positions en s’emparant de la ville de Narva (1558). La riposte suédoise consiste à offrir sa protection à Reval (Tallinn) en 1561. Après des décennies de guerre, la Russie doit céder en 1617 tout le pourtour du golfe de Finlande. La Pologne se voit de même contrainte en 1629 à céder Riga ainsi que le gros de ses ports et de ses revenus douaniers en Prusse. La troisième étape de l’expansion autour de la Baltique est constituée par l’interven­tion dans la guerre de Trente Ans, en 1630. Celle-ci est dirigée contre la puissance continentale méridionale, les Habsbourg, qui, en étendant progressivement leur pouvoir vers le nord, ont inquiété les Suédois. Sans doute les armées suédoises, soutenues par la France, opèrent-elles jusqu’en Bohème et en Forêt-Noire, mais les véritables objectifs de la Suède sont les embouchures des fleuves de l’Allemagne du Nord qu’elle tente de s’assurer aux traités de Westphalie en 1648. La conquête sur le Danemark en 1658 des provinces constituant aujourd’hui le sud de la Suède fait pratiquement de la Baltique un lac suédois. Toutefois les tentatives dans les années 1650 pour s’emparer des derniers ports prusso-polonais et de ce qui reste du Danemark échouent, pour une large part du fait d’interventions extérieures[7].

La question de savoir s’il faut considérer la Baltique comme une mer intérieure nord-européenne bien délimitée ou comme un golfe de l’Atlantique est, l’historien suédois Alf W Johansson l’a souligné, capitale dans toute discussion sur l’importance géopoli­tique de la région. Il va à cet égard de soi que ce qui compte n’est pas le point de vue des géographes mais celui qu’il était possible à telle ou telle époque de défendre politiquement[8].

Les puissances dominantes dans la région ont pour leur part toujours soutenu que la Baltique est une mer fermée (mare clausum), à laquelle les puissances extérieures ne doivent pas avoir accès. Les plus anciens prétendants à l’hégémonie, les souverains danois, commencent en 1429 à percevoir des droits de douane sur les navires empruntant l’Öresund (ils continueront jusqu’en 1857). Dans le traité de Roskilde en 1658, la Suède exige du Danemark qu’il ne laisse aucune force navale étrangère pénétrer dans la Baltique. La Russie ayant remplacé au xviiie siècle la Suède en tant que première puissance de la région, le cabinet de Saint-Pétersbourg organise en 1780 et 1800 les États de la Baltique en une ligue des neutres qui patrouille dans ses eaux. Il y aura encore des tentatives pour faire reconnaître à la Baltique le statut de “mare clausum” dans la période soviétique, sous le couvert des formules lancées par Khrouchtchev et Brejnev de “Baltique, mer de paix” et “zone dénucléarisée nordique”.

En face de la volonté des puissances hégémoniques régiona­les de fermer militairement la Baltique aux autres pays, on note une tendance historique tout aussi nette de la part des puis­sances maritimes extérieures à s’y opposer et à affirmer son statut de mer libre (”mare liberum”). Des flottes hollandaises s’opposent aux tentatives suédoises pour liquider le Danemark en 1658-1659. La flotte britannique intervient près d’une vingtaine de fois dans la Baltique avant 1814, pour contrer les velléités de domination russe surtout. L’exemple le plus récent de démons­tration de la part d’une puissance maritime occidentale visant à défendre le principe de la mer libre est la croisière du cuirassé américain Iowa dans la Baltique à l’automne 1985[9].

Au temps de la marine à voile, les puissances maritimes ont une raison particulière de s’intéresser à la région. Pays-Bas et Angleterre importent des ports de la Baltique cordages, chanvre, lin, goudron et bois, tous produits servant à construire des vaisseaux de guerre. L’historien danois Knud V. Jespersen a comparé la Baltique au xviie siècle au golfe Persique aujourd’hui. De même que la dépendance occidentale du pétrole amène les États-Unis à intervenir pour maintenir l’équilibre des forces dans le Golfe à la fin du xxe siècle, leur dépendance des matières premières des vaisseaux conduit les Pays-Bas à soutenir d’abord la Suède contre le Danemark en 1643, puis le Danemark contre la Suède en 1658, et à nouveau la Suède contre le Danemark en 1700[10].

Il existe en fait aussi une voie maritime septentrionale pour accéder aux produits stratégiques russes. Dès 1556, les Anglais ont découvert qu’en contournant la presqu’île de Kola on pouvait atteindre Arkhangelsk sur la mer Blanche, mais les communi­cations avec l’intérieur de la Russie sont difficiles et le port est bloqué par les glaces six mois par an. Arkhangelsk ne pourra donc jamais avoir la même importance économique que les ports de la Baltique. L’existence de cette voie septentrionale vers la Russie n’en est pas moins importante sur le plan stratégique. Les souverains suédois s’irritent de la possibilité qu’elle offre de tourner le cordon douanier qu’ils veulent mettre en place le long des côtes de la Baltique. Dans les négociations de paix avec la Russie en 1595 et 1617, la Suède tente en vain d’obtenir Arkhangelsk et sa région[11].

L’intervention hollandaise en 1658-1659 met un terme à l’expansion territoriale de la Suède. La grande puissance sué­doise est réduite à la défensive et la grande guerre du Nord (1700-1721), lui fait perdre au profit de la Russie sa prédomi­nance dans la région de la Baltique. En territoire conquis sur la Suède dans le golfe de Finlande, Pierre le Grand fonde en 1703 Saint-Pétersbourg, à l’embouchure de la Neva ; dans les années suivantes, il conquiert Viborg, Reval, Riga et les autres posses­sions suédoises des pays baltes. Les tentatives malheureuses de revanche sur la Russie (1741-1743, 1788-1790) incitent celle-ci à s’emparer de la Finlande au cours des guerres napoléoniennes, afin de créer un glacis défensif devant sa capitale. Vue sous cet angle, la fondation de Saint-Pétersbourg apparaît comme un événement majeur dans l’histoire de la Scandinavie. Elle ne décide pas seulement de la séparation de la Finlande d’avec la Suède et de sa transformation en nation. Le sort de la Finlande indépendante au xxe siècle sera lui-même, dans une large mesure, déterminé par la proximité de la grande ville sur la Neva.

La conquête de la Finlande est en rapport direct avec la rencontre de Tilsit entre Napoléon et Alexandre Ier en 1807. L’entente entre les puissances continentales orientale et méridio­nale s’avère fatale pour les royaumes scandinaves qui ne peuvent plus espérer voir leurs puissants voisins se neutraliser l’un l’autre. Cette situation catastrophique se reproduira dans la région en 1939 avec le pacte germano-soviétique, à la suite duquel Staline et Hitler vont en moins d’un an assujettir la Pologne, les États baltes, la Finlande, la Norvège et le Danemark.

La Suède, déjà en guerre (pour des raisons avant tout idéologiques) avec la France de Napoléon au moment du traité de Tilsit, se trouve, dans les années 1808-1809, dans la situation peu enviable d’être en guerre à la fois avec la puissance du sud et celle de l’est. Cela entraîne la perte non seulement de la Finlande mais aussi bientôt de ce qui restait des possessions en Allemagne remontant à la guerre de Trente Ans. Le royaume doit sa survie à la puissance maritime de l’ouest, dont la flotte protège la Suède propre de l’invasion. Le Danemark lui-même, s’étant retrouvé à la suite de Tilsit dans le mauvais camp, en fait les frais et doit céder la Norvège en 1814. Après les guerres napoléoniennes, les deux royaumes scandinaves ne sont plus que de petits États sur la scène politique européenne[12].

Le début du xixe siècle voit par ailleurs le rôle de la région de la Baltique dans le commerce mondial se modifier. Ayant acquis au siècle précédent une façade sur la mer Noire, la Russie ne dépend plus autant des voies maritimes du nord. De plus, au cours des décennies suivant les guerres napoléoniennes, les voiliers disparaissent ; les produits d’exportation traditionnels de la Baltique perdent de ce fait leur importance stratégique. Les céréales, qui occupent désormais la première place dans les exportations russes, sont cultivées dans les plaines du sud de la Russie et de l’Ukraine, plus près des ports de la mer Noire que de ceux de la Baltique. En 1800, 70 % des exportations de la Russie passent par la Baltique. En 1890, à peine 30 %. Ainsi, les intérêts politiques de la Russie en Europe se déplacent au xixe vers la mer Noire et les Balkans. Les tensions en Europe du Nord s’atténuent[13].

Avec l’accord de la Russie, la Suède conquiert la Norvège au cours de l’été 1814 ; elle n’a plus depuis été en guerre. Du fait de la moindre importance stratégique du commerce de la Baltique et du fossé croissant que creuse l’industrialisation entre petits États et grandes puissances, la question de la paix et de la guerre n’apparaît plus au xixe siècle pour la Suède autant qu’auparavant liée à la rivalité économique ou aux conflits frontaliers avec ses voisins. Désormais, ce sont les antagonismes entre grandes puissances dans le monde qui sont déterminants. Au xixe et au xxe siècle, il s’agit de rivalités ouest-est (Grande-Bretagne contre Russie de 1833 à 1907, États-Unis contre URSS de 1945 à 1989), ouest-sud (Grande-Bretagne contre Allemagne, 1890-1945), et sud-est (Allemagne contre Russie/URSS, 1890-1945). Toutes les alliances avec ses voisins scandinaves dont discute la Suède au cours de la période (Danemark 1863, Finlande 1938-1940, Danemark et Norvège 1948-1949) sont conditionnées à une forme ou une autre de réassurance ou du moins de consentement de la part des grandes puissances voisines. Faute d’un tel soutien, la Suède reste sans attaches.

L’enfoncement de leur pays au cœur de la Scandinavie contribue d’ailleurs aux possibilités pour les Suédois de rester à l’écart des conflits. L’union personnelle suédo-norvégienne en 1814 donne à la défense de la Suède une bien plus grande profondeur stratégique, tandis que le territoire tampon qu’a créé à l’est la perte de la Finlande en 1809 permet des rapports plus détendus avec le voisin oriental. Seul l’archipel finlandais d’Åland, à quelques heures de navigation de Stockholm, semble encore constituer un problème. Le petit État qu’est la Suède a tout intérêt à ce que la puissance occidentale puisse évoluer librement dans la Baltique et, durant la guerre de Crimée, les modalités de la neutralité suédoise sont formulées d’une manière qui facilite les opérations des flottes alliées. Les vaisseaux de guerre français et britanniques ont pu utiliser Fårösund au nord de l’île de Gotland comme base pour leurs opérations dans la Baltique en 1854-1855. En contrepartie, la Grande-Bretagne et la France garantissent le territoire de la Suède-Norvège contre les velléités russes d’expansion par le traité de novembre 1855 (resté formellement en vigueur jusqu’en 1907)[14]. C’est à cette époque que l’on commence à prêter à la puissance orientale le dessein de s’ouvrir une voie vers les ports de l’Atlantique à travers la Scandinavie, soupçon qui persistera jusqu’à la fin du xxe siècle. Par le traité qui met fin à la guerre de Crimée, les puissances occidentales contraignent le tsar à démanteler toutes les fortifica­tions d’Åland. La population de l’archipel étant de langue suédoi­se, la Suède tente de le récupérer après la Première Guerre mondiale. En vain, mais le fait que dans la Finlande devenue indépendante Åland reste zone démilitarisée est en soi satisfaisant.

Après 1871, la puissance du sud, l’Allemagne qui vient de s’unir, apparaît en outre comme une réassurance de plus en plus importante. L’union avec la Norvège ayant été dissoute en 1905 (non sans bruits de sabre), les Suédois peuvent rester à l’écart de la rivalité germano-britannique en mer du Nord dans la première moitié du xxe siècle. Comme la Suède se trouve sensiblement dans la même dépendance économique de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne, la neutralité est le seul choix rationnel lors des deux conflits mondiaux. Le minerai de fer de Laponie est particulièrement important pour l’Allemagne, ce qui en fait à la fois un atout et un problème pour la Suède dans ses relations avec les belligérants. L’antagonisme entre les puissances du sud et de l’ouest apparaît préoccupant, dès lors qu’il réduit les chances d’obtenir un soutien contre celle de l’est. Ce problème ne disparaît qu’au temps de la guerre froide, les puissances de l’ouest et du sud étant liées au sein de l’Alliance atlantique[15].

S’agissant de la dimension rivalité sud-est dans les conflits mondiaux, l’attitude de la Suède est plus ambiguë. La politique de neutralité à l’est entre 1914 et 1917 a une forte tonalité pro-allemande, celle des années 1939-1942 est favorable au camp finno-allemand. Durant la guerre d’hiver de 1939-1940, la posi­tion officielle de la Suède n’est pas “neutre” mais “non-belligé­rante”, et en juin 1941, l’Allemagne obtient l’autorisation d’utili­ser les voies ferrées suédoises pour transférer des troupes de Norvège vers le front finlandais.

L’issue de la Seconde Guerre mondiale réduit l’influence de la puissance du sud, surtout en Scandinavie, les régions de l’Allemagne qui avaient les contacts les plus denses au nord se retrouvant sous domination soviétique. C’est maintenant le face-à-face est-ouest qui domine. Sur la carte, la Suède avec ses 1500 km de long constitue la moitié de la ligne de front entre les sphères d’influence de l’OTAN et du pacte de Varsovie. Toutefois le fait que les États-Unis n’ont pas de bases en Norvège ou au Danemark, ni l’URSS en Finlande (après 1956), et que la Suède sans alliances est au milieu assure une transition entre les blocs plus en douceur en Scandinavie que dans d’autres secteurs. La région se trouve par ailleurs sur les axes de pénétration aérienne entre l’Amérique du Nord et l’ouest de la Russie. En cas de frappes nucléaires mutuelles est-ouest, bombardiers et missiles stratégiques traverseront l’espace aérien suédois, aussi les Suédois, bénéficiant d’un soutien technologique de l’ouest, se dotent-ils dans les années 1950 de la quatrième armée de l’air occidentale. Dans la dernière phase de la guerre froide, la tension autour de la Suède augmente encore à cause des sous-marins stratégiques soviétiques basés à Mourmansk et de la présence américaine de plus en plus active dans l’Atlantique-Nord.[16]

La fin de la guerre froide et l’entrée de la Suède dans l’Union européenne en 1995 redonnent son importance à la dimension de la puissance méridionale. L’UE comprend certes d’autres États nationaux puissants que l’Allemagne réunifiée, mais il est incontestable qu’elle a son centre de gravité au sud de la Suède. Le lien avec l’ouest a néanmoins la vie dure. Comme le Royaume-Uni, la Suède attend pour rejoindre l’union monétaire euro­péenne et, dans les efforts visant à mettre en place une capacité de gestion de crise commune, elle a insisté sur la nécessité de coopérer avec l’OTAN ainsi que sur l’importance du maintien de la présence américaine en Europe. Dès lors cependant que la puissance orientale ne peut plus guère être décrite comme expan­sionniste et menaçante, il y a lieu de penser que l’intégration entamée au sud ira en s’approfondissant dans l’avenir[17].

La géographie tactique-opérationnelle

Sir John Keegan identifie un secteur de l’hémisphère nord délimité par le 90e méridien Est et le 135e méridien Ouest, les 10e et 55e parallèles, comme la zone des guerres par excellence. Là se sont livrées presque toutes les batailles de l’histoire ; il y en a eu très peu ailleurs. Un tiers seulement du tiers du globe que constituent les terres émergées se prête aux opérations militaires de grande envergure. Le reste est trop montagneux, trop aride ou trop froid[18].

On peut inclure presque toute la Scandinavie dans ces espaces difficiles. Les trois quarts environ de la Suède, les cinq sixièmes de la Norvège et toute la Finlande se trouvent même au nord du 60e parallèle. La Norvège et le nord-ouest de la Suède sont dominés par les Alpes scandinaves. La végétation est alpine avec forêt de bouleaux clairsemée, mousses et lichens. La majeure partie du reste de la Suède ainsi que la Finlande appartiennent à la zone forestière boréale, région de bas plateaux que recouvrent conifères et terrains marécageux. Le peuplement, réduit, se concentre sur les côtes ou dans les vallées des fleuves qui entaillent le paysage sauvage.

La Scandinavie est ainsi une région presque vide où les routes sont rares et les possibilités d’approvisionner une armée réduites. Tous les cent ou deux cents ans, il est vrai, un hiver rigoureux ouvre de nouvelles voies imprévues sur les eaux peu salées de la Baltique. En janvier 1658, le Grand et le Petit Belt étant gelés, les Suédois peuvent lancer une attaque surprise contre Copenhague. Pendant l’hiver 1809, des troupes russes s’emparent des îles d’Åland et envahissent le nord-ouest de la Suède, là encore en passant sur la glace. Au cours du rude hiver 1940, des camions suédois peuvent apporter à la Finlande en lutte des produits de première nécessité par la même voie.

Ce n’est toutefois que dans le sud de la Scandinavie, au Danemark et dans les provinces danoises acquises par la Suède en 1645-1658, que l’on trouve un terrain fait de vastes champs et de forêts de feuillus, semblable aux grandes plaines des théâtres d’opérations européens classiques (Ukraine, Flandre, nord de la France, Italie du Nord). Là se sont livrées les grandes batailles historiques entre Suédois et Danois. La vulnérabilité du plat pays danois face à un agresseur déterminé venant du sud a été démontrée à maintes reprises : 1626 (Wallenstein), 1643, 1657, 1813 (armées suédoises en Allemagne), 1864 et 1940 (Allemands).

Ce que l’on connaît à l’extérieur de l’histoire militaire de la Suède s’est donc déroulé hors des frontières nationales. La victoire remportée en 1631 par le roi Gustave-Adolphe sur les Impériaux à Breitenfeld en Saxe est de fait la plus grande bataille en Europe depuis Pavie, un siècle plus tôt, en 1525. La condition de la présence des Suédois en Europe centrale est cependant que la guerre puisse s’entretenir elle-même. Lorsque, sous Charles X Gustave, ils attaquent la Pologne en 1655, ils s’aperçoivent, comme Napoléon le fera en 1807, qu’il est bien plus difficile de subsister dans cette partie de l’Europe que dans les plaines fertiles de l’Allemagne. La grande entreprise guerrière suivante en Europe, menée par Charles XII (1697-1718), a aussi pendant des années la Pologne pour théâtre. Lorsque le roi se retourne contre son principal ennemi, la Russie, il lui faut se diriger vers le sud et l’Ukraine fertile, la route de Moscou ayant été dévastée. Un hiver épouvantable l’y attend, puis la défaite finale à Poltava en 1709. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une armée suédoise est engloutie par les steppes orientales. Cent ans plus tôt, en 1610, une armée commandée par Jakob de La Gardie (le fils d’un officier français passé au service de la Suède) a réussi à entrer à Moscou, mais au retour elle s’est égarée ; elle a été battue et il n’en est revenu que de petits groupes isolés. Les dernières expéditions militaires suédoises sur le continent ont lieu durant la guerre de Sept Ans et les guerres napoléoniennes. Prussiens (1757-1762) et Français (1805-1807) sont engagés sans grand succès dans des combats de position contre les possessions suédoises en Poméranie. Un corps expédi­tionnaire symbolique participe enfin à la campagne de 1813-1814, mais le gros des troupes de l’Armée du Nord placée sous commandement suédois est constitué de Prussiens et de Russes.

L’activité guerrière normale sur terre en Scandinavie, où les rares routes à travers forêts et massifs montagneux que peuvent emprunter les armées sont aisément barrées par des fortifica­tions, consiste en sièges et en escarmouches, en coups de main et en ravages. La principale tâche des armées est de détruire les bases de ravitaillement de l’adversaire de l’autre côté de la frontière afin de prévenir les invasions ; c’est la ”tactique de la terre brûlée” mais en territoire ennemi. Ainsi, au cours de la guerre contre le Danemark en 1563-1570 (guerre de Sept Ans nordique), il n’y a qu’une seule grande bataille sur terre (Axtorna, 1565). En revanche, rien que du côté suédois, neuf villes et plus de 7 000 fermes sont mises à sac. Le long de la frontière orientale de la Finlande au tracé incertain, un conflit quasi permanent oppose les populations locales vers la fin du Moyen Âge et au xve siècle. Les raids de pillage au delà de la frontière sont considérés un peu comme une source de revenus. De temps en temps, on permet une escalade qui transforme ces conflits locaux en guerre régulière, sanctionnée officiellement[19].

Les grands mouvements de troupes au nord, au-delà du 60e parallèle, sont particulièrement difficiles. Les poussées suédoises vers Arkhangelsk de 1590 et 1703 sont des expéditions très modestes, qui échouent. Lorsque Charles XII se lance en 1718 avec 50 000 hommes dans sa dernière campagne, contre la Norvège impénétrable, des stocks énormes de fourrage et de ravitaillement ont été constitués au préalable sur la frontière, en tout 65 000 tonnes. La mort du roi met fin à la campagne. L’armée du nord qui assiège Trondheim sur l’Atlantique en Nor­vège centrale, en est informée avec retard ; surprise dans la mon­tagne par une tempête de neige, elle est anéantie. Plus de 3 000 hommes périssent.[20]

En liaison avec la conquête russe de la Finlande en 1808-1809, le nord-est de la Suède est lui-même envahi par un corps russe de 10 000 hommes. Il s’agit d’unités très aguerries pour avoir lutté contre les Français en Pologne durant l’hiver 1807. Pourtant ces vétérans endurcis doivent, malgré des succès sur le terrain, se replier, faute de trouver à manger. De 50 à 60 000 hommes au maximum sont engagés de part et d’autre dans les combats en Finlande et dans le nord-ouest de la Suède en 1808-1809. Un théâtre d’opérations aussi étendu que l’Allemagne parvient tout juste à faire vivre des forces correspondant à peine à deux corps d’armée de la Grande Armée de Napoléon. À la même époque sur le continent, des douzaines de tels corps peu­vent opérer dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres[21].

Ce n’est qu’au xviiie siècle, quand chemins de fer et véhicules automobiles facilitent les transports terrestres, que des opéra­tions militaires de grande envergure peuvent être menées dans cette région. Le combat décisif dans la guerre civile finlandaise en 1918 se déroule devant Tampere. C’est la plus grande bataille jusque-là sur le sol scandinave et elle oppose au total quelque 30 000 hommes. Au regard de ce qui se passe au printemps 1918 sur les champs de bataille de France et de Belgique, c’est fort peu de chose[22].

Les déboires de l’Armée rouge dans la guerre contre la Finlande en 1939-1940 font à bon droit sensation ; il n’est pas du tout sûr pourtant que l’armée d’une autre grande puissance aurait été alors mieux préparée et équipée pour combattre dans ces contrées désertes. Dans la phase finale de la guerre, pas moins de 58 divisions soviétiques sont engagées, avec 960 000 hommes, 3 000 chars et 3 200 avions, avant tout dans les combats qui ont pour cadre l’isthme de Carélie. L’armée finlan­daise dispose d’un peu plus de 340 000 hommes, moins de cent avions et une dizaine de chars. Que les Finlandais aient tenu 105 jours témoigne certes de leur héroïsme, mais aussi de ce que les possibilités de mouvements tournants et de poussées rapides sont réduites sur les étroits chemins forestiers. Il faut à la grande puissance assaillante à la fois une supériorité écrasante et beaucoup de temps[23].

Cela vaut aussi pour la percée des lignes finlandaises dans l’isthme de Carélie en juin 1944 (supériorité de un à quatre en hommes, un à six en artillerie, un à cinq en blindés, un à quinze en avions). L’attaque soviétique est en outre précédée par une des plus intenses préparations d’artillerie de toute la Seconde Guerre mondiale sur quelque théâtre que ce soit.

En octobre 1944, l’Armée rouge lance une nouvelle grande offensive dans la région, tout au nord, près de l’océan Arctique, contre le XIXe corps d’armée de montagne allemand. Là encore les rapports de force sont favorables : supériorité de un à quatre en hommes sur l’axe principal, supériorité de un à quatre en artillerie, un à cent en blindés, un à quatre en aviation. Mais les Russes n’ont qu’une seule grande voie d’approvisionnement. Le matériel doit être transporté à dos de rennes, parachuté ou traîné par les soldats qui ploient sous des charges de 50 à 60 kilos. Les forces allemandes légèrement armées leur échappent et peuvent ensuite s’accrocher dans le massif de Lyngen en Norvège jusqu’à la fin de la guerre. Pendant la guerre froide, ces mêmes monta­gnes constituent, dans les plans de l’OTAN pour la défense du nord de la Norvège, la position défensive naturelle contre une attaque venant de l’est[24].

Au regard des combats de la Seconde Guerre mondiale en Finlande et sur ses marges, la campagne de Norvège au prin­temps 1940 fait modeste figure. La force d’invasion allemande, dispersée d’Oslo au sud à Narvik au nord, s’élève à quelque 80 000 hommes, les secours alliés à environ 20 000. Avec une mobilisation norvégienne plus résolue l’issue aurait fort bien pu être toute différente[25].

La configuration du terrain peut expliquer pourquoi au Moyen Âge le système féodal ne s’est jamais bien établi en Scandinavie. Ce n’est pas seulement que les possibilités de faire vivre une aristocratie de guerriers à cheval sont limitées. Dans ce paysage de montagnes et de forêts sans chemins, la cavalerie lourde ne sert pas à grand chose. Des forces irrégulières tirant partie du terrain peuvent, en revanche, remporter des succès notables. Guerres et soulèvements populaires en ont apporté maintes fois la preuve : soulèvement d’Engelbrekt en 1434-1436 (qui s’étend à toute la Suède), révolte de Dacke en 1542-1543 (province de Småland), Gudbrandsdalen en 1612 (où des mercenaires écossais recrutés par la Suède sont anéantis par des paysans norvégiens), Finlande en 1808 (où les paysans mènent avec succès une guérilla contre l’armée d’occupation russe)[26].

La guerre russo-finlandaise de 1939-1940 offre le plus bel exemple des possibilités tactiques de la lutte dans une région sauvage. Au cours des combats de Suomossalmi et de Raate, des unités finlandaises à ski encerclent deux divisions motorisées soviétiques sur les routes et les scindent en petits groupes cernés qu’elles anéantissent l’un après l’autre. Des milliers de soldats soviétiques succombent à un froid glacial, trop démoralisés par l’ennemi invisible pour oser faire du feu. Durant la guerre froide, ces événements ont un impact considérable sur la façon dont l’armée suédoise conçoit les possibilités de faire face à une attaque soviétique. Dans les plans d’acquisition de matériel la priorité est donnée aux véhicules légers tous terrains sur les blindés modernes[27].

C’est juste après les guerres napoléoniennes que les Suédois ont commencé à voir dans la rudesse du pays un atout sur le plan militaire. Clausewitz note lui-même dans De la guerre que la Suède est le seul pays en Europe à qui sa situation permette de reprendre le principe de défense russe de 1812. Dans l’intérieur des terres, entre les lacs Vänern et Vättern, est entreprise en 1819 la construction de la formidable forteresse de Karlsborg. Les plaines fertiles alentour peuvent aisément subvenir à l’entretien de forces considérables. Près d’elle passe le canal de Göta, reliant la Baltique à l’Atlantique à travers le pays et assez large pour livrer passage aux canonnières de la flotte suédoise. C’est là que, selon le principe de la “défense centrale” qui domine la pensée militaire suédoise jusqu’à la fin du siècle, le gros de l’armée suédoise doit se retirer, avec le roi, les administrations et le Parlement, en cas d’invasion. Une fois la puissance offensive de l’agresseur émoussée et ses lignes d’opération distendues, Karlsborg servira de base pour la contre-attaque destinée à le rejeter à la mer[28].

Les travaux de Karlsborg se poursuivent jusqu’en 1909, mais depuis longtemps déjà, le centre de gravité géographique de la défense suédoise tend à se déplacer ver le nord. Du fait de l’exploitation de la forêt, de l’énergie hydraulique et des gise­ments ferreux à la fin du xixe siècle, les régions sauvages du nord s’intègrent au reste du pays et, avec la construction de voies ferrées, elles commencent à apparaître comme des zones d’opéra­tion potentielles. En 1882 débutent les travaux de la ligne est-ouest Luleå-Narvik reliant les mines de fer de Kiruna aux ports de chargement du minerai sur l’Atlantique et la Baltique (achevée en 1902, elle excite durant l’hiver 1940 la convoitise des stratèges alliés). Dans le même temps, de part et d’autre du golfe de Botnie, les lignes ferroviaires suédoise et finlandaise progressent vers la frontière. En 1887, le chef d’état-major général suédois met en garde contre les possibilités accrues de concentration de troupes de l’est et réclame des contre-mesures. Le parlement décide finalement en 1900 de fortifier la localité de Boden, située à une centaine de kilomètres au sud du cercle polaire et à 100 km à l’ouest de la frontière finlandaise. Boden va devenir la plus grande ville de garnison suédoise. Les derniers forts sur les hauteurs qui l’entourent ne seront évacués qu’en décembre 1997[29].

Tandis qu’ils fortifient Boden, les Suédois retardent le plus possible la jonction des lignes côtières suédoise et finlandaise. Ce n’est qu’en 1915 qu’est inauguré à la frontière le pont de chemin de fer sur le fleuve Torne. Pour plus de sûreté, on entreprend alors la construction dans l’intérieur d’une voie de réserve qui atteindra la frontière exposée tout en étant à l’abri des tirs depuis la mer et des débarquements. Ce second axe ferroviaire ne sera achevé qu’en 1937.

Malgré le chemin de fer, approvisionner le nord de la Suède par voie terrestre depuis le sud paraît difficile et la planification militaire montre qu’on en est conscient. Les voies de ravitaille­ment les plus sûres passent par l’ouest et le port norvégien de Trondheim sur l’Atlantique. De même qu’en 1718 Charles XII envoie une armée s’emparer de Trondheim pour couper la Nor­vège par le milieu, cette ville figure en tant qu’objectif à attaquer dans les plans de guerre suédois lors de la crise de l’union en 1905. En 1942 encore, alors que la Norvège est occupée par les Allemands et que les perspectives semblent bien sombres pour la Suède, on prévoit en cas de guerre avec l’Allemagne de lancer une offensive contre Trondheim afin d’atteindre l’Atlantique et d’établir le contact avec les alliés. Pendant la guerre froide enfin, les troupes suédoises du nord ont ordre de se replier en cas d’attaque soviétique non vers le sud mais vers l’ouest, sur Trondheim, leur base de maintenance secrète. Lorsque l’État suédois, dans les années 1950, commence, sans autres explica­tions, à établir des dépôts de carburant dans cette ville, cela soulève un certain émoi[30].

Le développement de la défense de la Suède septentrionale au xxe siècle ne reflète pas seulement l’importance économique croissante de la région, mais aussi l’ambition de s’assurer à nouveau une sorte de marche protectrice face à la Russie, comme l’avaient été auparavant les solitudes finlandaises. La sérénité relative avec laquelle les dirigeants de Stockholm ont considéré l’occupation russe des provinces finlandaises en 1714-1721 comme en 1741-1743 est à cet égard significative[31].

Après la Première Guerre mondiale, la Russie ayant été refoulée vers l’est, l’état-major général suédois dresse, en accord avec ses collègues finlandais, des plans afin de faire passer l’armée de campagne suédoise dans l’isthme de Carélie en cas d’attaque soviétique contre la Scandinavie. La marine envisage quant à elle d’envoyer ses bâtiments de défense côtière affronter une flotte d’invasion soviétique à la sortie du golfe de Finlande plutôt qu’au large des archipels suédois. Pendant la guerre froide, ce sont les sous-marins et les avions de combat lourds qui doivent s’opposer à une invasion dans la Baltique, tandis que le rôle des grands navires de surface est réduit. Jusqu’au milieu des années 60, on songe à équiper ces avions et sous-marins d’armes nucléaires tactiques, mais l’hostilité de l’opinion et les contrain­tes budgétaires l’empêchent[32].

Du fait du manque de routes, une coopération étroite entre forces terrestres et navales a toujours été importante en Scandi­navie. La capacité d’opération amphibie supérieure des flottes vikings face aux royaumes de l’Europe occidentale s’expliquait ainsi. Les armées ont longé les côtes, assistées par des unités de marine pour les transports, la maintenance et l’appui de feu. Durant les guerres de l’union au Moyen Âge, les souverains danois s’emparent à maintes reprises de Stockholm par la mer. Inversement, ce n’est qu’après avoir acquis ses propres forces navales que Gustave Vasa - le noble suédois qui brise définitive­ment l’union et fonde une nouvelle dynastie - est en mesure de reprendre Stockholm en 1523. Au xvie siècle, les rois de Suède et de Danemark sont parmi les premiers en Europe à se doter de marines de guerre permanentes. Ils savent que sans elles aucune projection de puissance militaire sur terre n’est possible et, leurs pays n’ayant pas de grand secteur maritime civil à mobiliser en cas de besoin, il leur faut disposer dès le temps de paix de forces navales. La course aux armements navals qui s’engage ainsi entre Danois et Suédois dans la Baltique ne prend fin qu’après les guerres napoléoniennes. Une condition à la suprématie de la Russie en Europe du Nord est de même la création de la base navale de Kronstadt en 1703. La Pologne qui n’a jamais acquis de forces navales ne sera à aucun moment, malgré sa population, un acteur de poids dans la politique nord-européenne.

Les nombreuses îles, les détroits resserrés et les courtes distances de côte à côte impliquent, comme en Méditerranée, que les forces navales dans la Baltique soient à faible tirant d’eau et puissent manœuvrer dans des chenaux étroits. Aussi les galères à rames jouent-elles un rôle central dans les opérations jusqu’aux guerres napoléoniennes. En tant que grande puissance ayant des ambitions européennes, la Suède est amenée au xviie siècle à consacrer une part toujours croissante des ressources de la marine à de grands bâtiments à voile, laissant péricliter sa flotte de galères. La Russie, elle, se dote d’une capacité considérable pour les opérations amphibies. Dans la phase finale de la grande guerre du Nord, les flottes de galères russes peuvent sans encombre s’emparer de la Finlande, dévaster les villes suédoises de la côte de la Baltique et menacer Stockholm. Les vaisseaux suédois beaucoup plus gros ont du mal à opérer dans l’espace resserré des archipels. Au xviiie siècle, la Suède fait donc à nouveau porter ses efforts sur les galères. Sous le nom de Flotte de l’Armée (1756-1824), cette branche de la défense joue un rôle majeur dans les guerres de 1788-1790 et 1808-1809 contre la Russie. Le second conflit surtout montre l’importance de la flotte de galères, la défense de la Finlande s’effondrant lorsque capitule la forteresse navale de Sveaborg devant Helsinki. Plus grave que la perte de la forteresse est celle des 110 canonnières et navires à rames qui tombent entre les mains des Russes. Sans eux, les Suédois ne peuvent opérer dans le pays manquant de routes qu’est la Finlande[33].

Le rôle des forces amphibies dans la région est encore illustré dans les guerres du xxe siècle. Le débarquement allemand dans le golfe de Riga à l’automne 1917 est, après l’expédition alliée des Dardanelles, la plus grande opération du genre de la Première Guerre mondiale. Faute de routes pour les mouvements tournants, les Russes lancent, au cours de leurs offensives dans l’isthme de Carélie et sur la côte de l’océan Arctique en 1944, des opérations de débarquement sur le flanc et dans le dos de l’adver­saire. La menace des forces amphibies fait par contre qu’en Russie comme dans les pays scandinaves les batteries d’artillerie côtière fixes restent jusqu’à la fin de la guerre froide un élément important dans la défense contre les invasions, alors que dans d’autres régions du monde on les a depuis longtemps démante­lées comme ayant fait leur temps[34].

Conclusion

Cet aperçu de la géographie militaire de la Suède et de la Scandinavie du point de vue stratégique et tactique-opérationnel confirme l’assertion qu’on ne saurait considérer dans l’analyse de la situation militaire d’un pays la géographie comme une variable historiquement indépendante. Cela n’empêche, bien entendu, pas la perspective historique, dans ce contexte comme dans d’autres, de s’avérer précieuse.

En ce qui concerne la géostratégie, on peut créditer les centres de puissance à l’est, à l’ouest et au sud qui ont agi autour de la Scandinavie (au cours des 500 dernières années du moins) d’une certaine continuité. En même temps, les rapports de force et les antagonismes entre grandes puissances dans la région ont varié selon les époques. Jusqu’au xixe siècle, les puissances locales sont elles-mêmes des acteurs importants, et la lutte pour les courants d’échanges et les produits stratégiques est une cause majeure de conflits. Ce sont par la suite les antagonismes entre grandes puissances dans le monde qui créent des tensions autour de la Scandinavie et de la Baltique. Avec la fin de la guerre froide et l’élargissement de l’OTAN (qui inclura sans doute un jour les États baltes eux-mêmes) la ligne d’affrontement entre puissance occidentale et puissance orientale ne passe plus à travers la Baltique mais plus loin à l’est. Encore le terme affrontement apparaît-il aujourd’hui moins adéquat pour décrire la relation entre la Russie et l’Europe. Par ailleurs, en ce début du xxie siècle, l’entente entre puissance orientale et puissance occiden­tale/puissance méridionale ne semble plus être un problème pour les petits États de la région comme elle le fut en 1807 ou 1939. À l’idée ancienne d’équilibre de forces tend à se substituer dans l’Europe actuelle la conception d’une communauté de forces ; dans une telle perspective, il va de soi qu’une relecture de la géographie politique et stratégique de l’Europe du Nord s’impose.

Pour autant, un retour aux rivalités du passé autour des matières premières et des courants commerciaux ne saurait naturellement être exclu.

Après la guerre froide, le marché russe s’étant résolument ouvert au monde extérieur, la Baltique est, en effet, redevenue une grande voie du commerce. Une part croissante des exporta­tions russes passe aujourd’hui par les ports de la Finlande et des États baltes. On discute en Russie s’il ne vaudrait pas mieux accroître la capacité portuaire autour de Saint-Pétersbourg que continuer de dépendre du transit à travers les pays voisins. La vieille crainte d’une poussée russe vers la mer peut-elle resurgir ? La concurrence pour le marché russe va-t-elle à nouveau impri­mer sa marque aux relations entre États de l’Europe du Nord ?

L’attention se porte aussi sur l’Atlantique-Nord, où les pourparlers russo-norvégiens au sujet des droits d’exploitation du gaz, du pétrole et de la pêche en mer de Barents sont une source potentielle de conflits. La Norvège, qui souhaite avoir l’appui des États-Unis et de l’UE dans les discussions avec son puissant voisin, aurait en même temps gros à gagner à un accord bilatéral excluant la participation d’autres acteurs à l’exploitation. Il n’est pas sûr que le vieux schéma de la distribution des rôles entre puissances de l’est, de l’ouest et du sud permette encore d’analy­ser de façon pertinente les conflits de l’avenir.

En ce qui concerne la dimension tactique-opérationnelle de la guerre, l’influence de la géographie demeure un facteur plus constant que dans la dimension stratégique. De tous temps, la rudesse du paysage scandinave a limité les possibilités d’opéra­tion des unités militaires. Étant donné que les systèmes d’armes deviennent de plus en plus complexes techniquement et exi­geants en matière de maintenance, il se peut que dans l’avenir les grandes distances et les particularités du terrain voient leur importance croître plutôt que diminuer. Les détecteurs, les satellites et les technologies modernes de l’information peuvent bien permettre de prendre une meilleure vue d’ensemble du champ de bataille, les hélicoptères accroître la mobilité de l’infan­terie ; l’appui feu et le transport du ravitaillement n’en restent pas moins tributaires du réseau routier insuffisant.

S’il nous faut prendre position sur la question de la validité des expériences historiques, il semble donc bien que Carl von Clausewitz ait été meilleur juge qu’Alfred Thayer Mahan. Opéra­tions et tactique visent à résoudre des problèmes pratiques. Ces activités restent, de ce fait, solidement ancrées dans la réalité physique. La stratégie, par contre, est une sorte d’analyse politi­que partant des abstractions que constitue toute représentation cartographique. Il s’ensuit que la stratégie doit aussi, néces­sairement, varier en fonction des époques et des milieux.



[1]        Traduction : Alain Rousseau.

[2]        Cette opposition est soulignée par Wayne P. Hughes, Fleet Tactics : Theory and Practice, Annapolis, 1986, 140-142. Clausewitz discute des exemples historiques dans De la guerre, livre II, chapitre 6. Mahan formule sa conception, entre autres, dans la préface de The Influence of Seapower upon History 1660-1783 : ”The principles which should direct all great naval combinations have been applicable to all ages, and are deducible from history, but the ability to carry them out with little regard to the weather is a recent invention”, cité d’après A.T. Mahan, Mahan on Naval Strategy, Annapolis, 1991, p. 23.

[3]        On ne dispose pas de véritable manuel de géographie militaire pour la Suède ou la Scandinavie. Toutefois l’article de Jan Glete, ”Östersjön som maritimt operationsområde - ett historiskt perspektiv”, Tidskrift i Sjöväsen­det 1999 :3, constitue un travail important ; Hugh Faringdon, Strategic Geography : NATO, the Warszaw Pact and the Superpowers, Londres, 1989, pp. 282-317, décrit les conditions en Scandinavie à la fin de la guerre froide ; Per Dahl (dir.), Svensk militärhistorisk atlas. En guide till klassiska slagfält och krigsskådeplatser i Sverige, Stockholm, 2000, est un guide centré sur l’histoire.

[4]        Introduction au débat sur les origines du royaume suédois dans Peter Sawyer, Kings and Vikings : Scandinavia and Europe AD 700-1100, Londres, 1982.

[5]        Rudolf Kjellén, Sverige, Stockholm, 1917.

[6]        Matti Klinge, “Om begreppen Sverige och Finland”, Runebergs två fosterland, Borgå, 1983 ; l’interprétation de Klinge a été contestée par Jonas Nordin, Ett fattigt men fritt folk. Nationell och politisk självbild i Sverige från sen stormaktstid till slutet av frihetstiden, Stockholm, 2000, pp. 322-324.

[7]        Introduction à la période de domination suédoise sur la Baltique dans Michael Roberts, The Swedish Imperial Experience, 1560-1718, Cambridge, 1979.

[8]        Alf W Johansson, “Östersjöproblematiken i ett historiskt perspektiv, sedd ur svensk synvinkel”, Gotlands roll i Östersjön i historiskt perspektiv och nutid, Bihäfte till Kungl. krigsvetenskapsakademiens handlingar och tidskrift, vol. 190, 1986.

[9]        Introduction à l’histoire stratégique de la Baltique dans Johan Engström & Ole L Frantzén (dir.), Øresunds strategiske rolle i et historiskt perspektiv, Lund 1998.

[10]       Knud V Jespersen, “Rivalry without End. Denmark , Sweden and the Struggle for the Baltic”, 1500-1720”, Göran Rystad, Klaus R Böhme & Wilhelm M. Carlgren (dir.), In Quest of Trade and Security. The Baltic in Power Politics, 1500-1990 I : 1500-1890, Stockholm , 1994, pp. 163-164.

[11]       Artur Attman, The Struggle for Baltic Markets. Powers in Conflict 1558-1618, Göteborg, 1979, 159-207.

[12]       Pour une vue d’ensemble moderne de l’histoire de la Suède et de la Scandinavie au cours de la période, voir Johan Engström & Fred Sandstedt (dir.), Between the Imperial Eagles. Sweden’s armed Forces during the Revolutionary and Napoleonic Wars, 1780-1820, Stockholm , 2000.

[13]       Artur Attman, Ryssland och Europa, en handelshistorisk översikt, Göteborg, 1973.

[14]       Sur la genèse du traité de Novembre, voir Carl Fredrik Palmstierna, Sverige, Ryssland och England 1833-1855 : kring Novembertraktatens förutsättningar, Stockholm, 1932.

[15]       Les relations des grandes puissances avec la Scandinavie dans les pre­mières décennies du xxe siècle sont traitées en détail dans Patrick Salmon, Scandinavia and the Great Powers, 1890-1940, Cambridge, 1997.

[16]       Tableau à jour de la politique de sécurité suédoise au xxe siècle dans Wilhelm Agrell, Fred och fruktan. Sveriges säkerhetspolitiska historia 1918-2000, Lund, 2000 ; la coopération suédoise secrète avec les occidentaux au cours de la guerre froide est aussi mise en lumière dans le rapport de commission d’enquête officielle SOU 1994 :11 Om kriget kommit. Förbere­delser för mottagande av militärt bistånd 1949-1969, Stockholm , 1994 (traduction anglaise intitulée Had there been a War…).

[17]       Dernière vue d’ensemble de l’histoire de la politique de neutralité suédoise : Mikael af Malmborg, Neutrality and State-Building in Sweden, Basingstoke, 2001.

[18]       John Keegan, A History of Warfare, Londres, 1993, pp. 68-73.

[19]       Les conséquences des raids de pillage au cours de la guerre nordique de Sept Ans sont examinées dans Eva Österberg, Gränsbygd under krig. Ekonomiska, demografiska och administrativa förhållanden i sydvästra Sverige under och efter Nordiska Sjuårskriget, Lund, 1971 ; pour la situation à la frontière orientale au Moyen Âge et au xvie siècle, voir Eirik Hornborg, Sverige och Ryssland genom tiderna, Helsinki, 1941.

[20]       Sur les préparatifs de la campagne de Norvège en 1718, voir Jan Lin­degren, ”Karl XII”, dans Anders Florén, Stellan Dahlgren & Jan Lindegren, Kungar och krigare. Tre essäer om Karl X, Karl XI och Karl XII, Stockholm, 1993 ; l’étude la plus détaillée de la catastrophe au nord demeure Torsten Boberg & Erik Maijström, Tretusen man kvar på fjället, Stockholm, 1944.

[21]       Martin Hårdstedt, ”Living off the country - Logistics, Local Resources and Civil Society in the North of Sweden during the Swedish-Russian War of 1808-1809”, Engström & Sandstedt (dir.), Between the Imperial Eagles ; sur les problèmes logistisques en Finlande au cours des guerres antérieures, voir Christer Kuvaija, Försörjning av en ockupationsarmé. Den ryska arméns underhållssystem i Finland 1713-1721, Åbo, 1999.

[22]       Heikki Ylikangas, Vägen till Tammerfors. Striden mellan röda och vita i finska inbördeskriget 1918, Stockholm, 1995, p. 449.

[23]       Ohto Manninen, ”Mojnoie sovetskoie nastuplenie” Ohto Manninen & Oleg Rzhezhevsky (réd), Zimnaia voina 1939-1940 I, Moscou 1999, pp. 307, 322.

[24]       Rapport des forces en juin 1944 d’après Erik Appel, ”Stormen bryter lös”, Finland i krig 1944-1945, Esbo, 2001, p. 15 ; l’offensive de la 14e armée est étudiée par James F. Gebhardt dans The Petsamo-Kirkenes operation : Soviet breakthrough and pursuit in the Arctic, October 1944, Fort Leavenworth, 1990.

[25]       Stellan Bojerud, ”Norgefälttåget 1940. Ett operativt misslyckande”, Bo Hugemark (réd.), Urladdning. 1940 - blixtkrigens år, Stockholm, 1990.

[26]       Lars-Olof Larsson, Engelbrekt Engelbrektsson och 1430-talets svenska uppror, Stockholm, 1984 ; Lars-Olof Larsson, Dackeland, Växjö, 1992 ; Rudolf Muus, Skottertoget til Norge 1612, Kristiania, 1912 ; Anders Persson, 1808 : gerillakriget i Finland, Stockholm, 1986.

[27]       Kai Brunila, ”Landstridskrafterna”, Finland i krig 1939-1940, Esbo, 2001, pp. 113-116, Anssi Vurenmaa, ”Finländsk och sovjetisk taktik i vinterkriget”, ibid., pp. 158-161 ; Gunnar Åselius, ”Småstatsstrategins logik : tre perspektiv på Sveriges försvar under det kalla kriget” Lars Wedin & Gunnar Åselius (réd.), Mellan byråkrati och krigskonst. Svenska strategier för det kalla kriget, Stockholm, 1999, pp. 95-102.

[28]       Opinion de Clausewitz sur la Suède dans De la guerre, livre VI, chapitre 3 ; sur la doctrine de la défense centrale, voir Allan Jansson, Försvarsfrågan i svensk politik från 1809 till Krimkriget, Uppsala, 1935.

[29]       B. O. Nyström & Sven Skeppstedt (réd.), Boden : Fästningen – Garni­sonen - Samhället, Boden, 1990 ; Gunnar Åselius, The Russian Menace to Sweden : the Belief System of a Small Power Security Elite in the Age of Imperialism, Stockholm, 1994.

[30]       L’évolution de la planification militaire suédoise jusqu’aux années 1970 est exposée dans Lennart Rosell, ”Sveriges lantförsvar 1873-1905. En studie rörande strategiska principer”, Meddelanden från Krigsarkivet IX, 1982 ; Arvid Cronenberg, The Armed Forces as an instrument of Security Policy”, Neutrality and Defence. The Swedish Experience. Revue Internatio­nale d’Histoire Militaire 57, Stockholm, 1984 ; Bengt Wallerfelt, Si vis pacem. - para bellum. Svensk säkerhetspolitik och krigsplanering 1945-1975, Stockholm, 1999.

[31]       Nordin, ”Ett fattigt men fritt folk”, pp. 267-271.

[32]       Sur la coopération suédo-finlandaise, voir Martti Turtola. Från Torne älv till Systerbäck. Hemligt försvarssamarbete mellan Finland och Sverige 1923-1940, Stockholm, 1987 ; sur la flotte, voir Anders Berge, Sakkunskap och politisk rationalitet. Den svenska flottan och pansarfartygsfrågan 1918-1939, Stockholm, 1987 ; sur les plans nucléaires suédois, Wilhelm Agrell, Alliansfrihet och atombomber : kontinuitet och förändring i den svenska atomvapendoktrinen 1945-1982, Lund, 1985 ; Lars Ulfving, ”Svensk trygghet - Den svenska militärledningens överväganden kring kärnvape­nanskaffning 1954-1961, Kent Zetterberg (réd.), Totalförsvar och atomva­pen, Stockholm, 2001.

[33]       Jan Glete, ”Bridge and Bulwark. The Swedish Navy and the Baltic, 1500-1809”, dans Rystad, Böhme & Carlgren (dir.) In Quest of Trade and Security I ; Hans Norman (réd.), Skärgårdsflottan : uppbyggnad, militär användning och förankring i det svenska samhället 1700-1824, Lund , 2000.

[34]       Faringdon, Strategic Geography, pp. 282-317.

 

 

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