La Géographie militaire au Portugal

João Vieira Borge

Pour faire revivre l’histoire de la géographie militaire au Portugal (en se souvenant que depuis le xiie siècle le Portugal est un État-nation tourné vers l’Europe et le monde, vers un espace qu’il a découvert, conquis et marqué...), il faut envisager, à la fois, l’œuvre accomplie et la généalogie des penseurs qui ont le plus influencé les théories et l’enseignement militaire. Cette recherche constitue un premier pas vers un travail plus large et rigoureux à développer dans (et avec) le temps.

En termes méthodologiques, nous avons choisi de poser les limites les plus significatives de la géographie au Portugal (liée plutôt aux sciences militaires), pour comprendre ensuite l’origine et le développement de la géographie militaire. Les liens entre la cartographie et la géographie ayant toujours été assez étroits (encore plus anciens que la matière scientifique elle-même), il est impossible d’aborder la géographie militaire sans effectuer une révision temporelle, pour avoir une plus grande compréhension du phénomène. Notre formation et la nature plus terrestre des études géographiques et militaires, nous a donné une vision plus orientée vers la cartographie que vers l’hydrographie, et vers les militaires et les écoles de formation des officiers de l’armée, au détriment d’éventuels travaux réalisés et publiés dans d’autres cadres.

La périodisation de la cartographie portugaise de Armando Cortesão (enfance, apogée[1], stagnation[2], rénovation[3] et contempo­raine[4]) ne coïncide pas nécessairement avec les périodes que nous avons choisies, pour caractériser la géographie militaire au Portugal. Toutefois, nous pouvons affirmer que les périodes de l’enfance et de l’apogée ont été très importantes pour l’empathie géographique militaire-civile, cette liaison s’étant consolidée à partir de la fin du xviiie siècle, de pair avec l’évolution de la géographie comme science sociale. Pour cette raison, nous allons décrire la période des découvertes et la contribution des Portu­gais à la découverte du monde connu, pour aborder ensuite la période des campagnes d’Afrique de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle, et terminer par le développement de la géographie militaire au Portugal.

Le Portugal est un pays ultra-marin, avec des ressortissants dispersés aux quatre coins du monde, de l’Afrique jusqu’en Amé­rique, en Asie et en Océanie, avec l’un des théâtres d’opérations les plus étendus du monde pendant la période de la guerre coloniale (1961-74). Cela rend toute étude de cette nature trop réductrice face à l’énormité du travail à développer. Nous espé­rons que, dans l’avenir, la géographie militaire aura une place privilégiée dans les sciences militaires, pour des décisions straté­giques et politiques plus adaptées.

Des découvertes au xviiie siècle

Comme le mentionne René Clozier dans son Histoire de la Géographie, l’Europe et la civilisation européenne sont les responsables de la place privilégiée qu’occupe la Géographie parmi les domaines du savoir de l’humanité. Depuis les savants grecs, comme Pythagore, Eratosthène, Hipparque, Posidonios et Aristote, qui ont apporté la représentation rationnelle de la superficie terrestre (avec l’aide de mesures d’astronomie), le calcul des latitudes et l’utilisation de coordonnées terrestres, jusqu’au xixe siècle, au cours duquel elle a atteint sa pleine signifi­cation, passant de la description à la compréhension des faits localisés, la Géographie a parcouru un long chemin. Dans ce chemin, les Portugais ont eu leur part, durant les différentes étapes de la découverte de la Terre et du monde connu.

Depuis le xixe siècle, avec le progrès des sciences naturelles et la révolution technicienne, l’évolution a été encore plus rapide, dans le sens d’une plus grande connaissance géographique du monde et d’une plus grande systématisation de la Géographie elle-même (qui jusqu’alors n’était rien d’autre qu’une large com­pilation destinée à établir une carte du monde de l’époque). C’est à ce moment-là que l’individualisation de la Géographie militaire a pris une plus grande acuité.

Bien que l’histoire du Portugal remonte au xiie siècle il faut mettre l’accent sur la période d’or des découvertes[5], au cours de laquelle les Portugais ont largué les amarres de la Méditerranée et se sont aventurés en haute mer à la découverte des océans et des continents.

Peuple de bergers et de viticulteurs jusqu’au xve siècle, plutôt préoccupés par la conquête et la consolidation de leurs frontières, les Portugais ont débuté en 1412 (avec moins de 2 millions d’habitants !), voire avant, leurs essais de reconnais­sance de la côte occidentale d’Afrique. Ils ont découvert les îles de l’Atlantique, ont passé le Cap Bojador (Gil Eanes en 1434), ont visité la Côte de l’Or, la Sénégambie, la Guinée, le Congo, le Bénin et ont passé le cap de Bonne-Espérance (Bartolomeo Diaz en 1497). Toutefois, les étapes les plus significatives concernent la découverte de l’Amérique, par Christophe Colomb, en 1492 (au service des rois d’Espagne), et la découverte de la route maritime vers l’Inde, par Vasco de Gama, en 1497. En 1500, Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil, Gaspar Côrte-Real aborde Terre Neuve et traverse avec son frère l’isthme du Panama, et Magellan (Fernão de Magalhães), au service de l’Espagne, effectue le premier voyage autour du Monde, entre 1519 et 1522. Entre-temps, les Portugais connurent de nouveaux peuples et de nou­velles terres : la Chine, le Japon, l’île de Formose, les Moluques et autres îles de l’Australasie, et parcoururent l’Abyssinie.

Ainsi, les océans cessaient d’être des obstacles pour devenir des moyens de communication, des bases de conquête importan­tes, mais aussi de développement et de connaissance (aussi et surtout géographique). Ce sont fondamentalement des raisons d’ordre commercial, technique (les caravelles, les progrès de la navigation et de l’astronomie nautique), scientifique et même religieux, qui offrirent les conditions, en peu d’années, pour que soient faites des découvertes aussi importantes pour l’humanité, doublant ainsi l’étendue des terres connues des Européens. Comme l’affirme Armando Cortesão dans son História da carto­grafia Portuguesa[6], “le fait que le Portugal soit la plus occidentale de toutes les nations européennes, située vraiment sur l’extrême sud-ouest du continent, face au grand océan Atlantique et dotée de nombreux bons ports naturels, d’estuaires de fleuves qui dans les millénaires et les siècles passés s’étendaient bien plus qu’aujour­d’hui vers l’intérieur, peut aider à expliquer pourquoi ce petit pays a joué un rôle aussi important dans l’histoire de la découverte géographique du monde”.

Au Portugal c’est la dynastie des Avis, et particulièrement l’un des enfants de D. João I, l’Infant D. Henrique, qui mena les Portugais vers la mer et qui très vite attira l’attention de carto­graphes et de savants, comme le Vénitien Andréa Biancho, qui en 1436 fit figurer sur un portulan (carte maritime de l’époque) les premières découvertes des Portugais.

Bien que la Géographie ait été l’une des premières sciences à avoir été enseignée dans les monastères et les universités du Portugal, ce n’est qu’avec nos navigateurs qu’est apparue la navi­gation scientifique en haute mer, moyennant l’usage de l’aiguille de navigation (boussole) et de l’astrolabe pour mesurer les latitu­des. La cosmographie et la géographie physique accompagnaient l’évolution des découvertes (les navigateurs ont élaboré des tables de déclinaison solaire, connaissaient la déclinaison magnétique, comprenaient la théorie des alizés, des moussons et des autres vents des tropiques et de l’équateur, connaissaient certains cou­rants maritimes) suivant un développement scientifique, issu de l’école de Sagres et du Conseil des mathématiciens ou cosmo­graphes (comme Diogo Ortiz, Maître Rodrigo ou Maître Nunes).

Au cours de cette période (xive et xve siècles), le Portugal avait l’une des plus importantes écoles cartographiques du monde. Beaucoup de cartes et de manuscrits portugais sont dis­persés partout dans le monde (outre les cartes, des astrolabes, des balestrilles et d’autres instruments nécessaires à la naviga­tion étaient construits), contenant des narrations et des analyses détaillées, exceptionnellement bien racontées par Armando Cortesão et A. Teixeira da Mota dans les six volumes de l’ouvrage de référence Portugaliae Monumenta Cartographica (1960-1962).

La prépondérance de la cartographie portugaise résulte autant de la quantité de cartographes au travail que de la perfec­tion technique, géographique et artistique atteinte. En un peu moins d’un siècle, depuis le passage du Bojador au milieu du xvie siècle, les Portugais firent le premier relevé hydrographique de la plupart des côtes africaines, d’une grande partie de celles d’Asie et d’Insulinde, de celles du Brésil et de nombreuses îles, pour un total de plus de 60 000 km de côtes (une moyenne de 500 km par an !).

La plupart des travaux portugais des xvie et xviie siècles portaient sur la cartographie nautique, mais il en existe quelques-uns de nature topographique (des plans de bourgs ou de forteresses). La première carte (connue) du Portugal a été élabo­rée par Fernando Álvaro (ou Álvares) Seco en 1561, la plus connue, elle sera l’image du Portugal pour les Européens pendant un siècle) et la deuxième par Pedro Teixeira Albernaz en 1662 (membre illustre de la famille des cartographes Teixeira, qui a vécu et travaillé à Madrid). L’Atlas Universel de Diogo Homem[7] (de 1564) constitue également un monument de la carto­graphie portugaise de cette époque[8].

De bons recueils géographiques et ethnologiques sont consti­tués par les nombreuses chroniques et livres de voyage, pas toujours exploités scientifiquement, comme les travaux de Gomes Eanes de Zurara, João de Barros, Diogo do Couto[9], Damião de Góis, Duarte Pacheco Pereira, Fernão Mendes Pinto, António Galvão, Pedro Nunes[10], etc. Les célèbres Lusiades de Luís Vaz de Camões constituent un appel permanent à l’espace, à l’expansion vers la mer et, simultanément (selon Adriano Moreira), le pre­mier manifeste d’un projet politique européiste et mondialisant.

On peut affirmer que la coopération entre géographes et cartographes, militaires et civils, s’est développée à partir du xve siècle, dans le contexte des voyages maritimes des Portugais, et fut approfondie au fur et à la mesure que l’échelle de l’entreprise s’élargissait, se projetant de l’Atlantique vers l’océan Indien et le Pacifique.

La relation entre la géographie et la “chose militaire” a une signification spéciale au cours de cette période : les conquêtes de l’espace et de la connaissance étaient garanties par la force militaire. Le grand problème d’un petit pays comme le Portugal, a précisément été le besoin de maintenir, normalement par la force, un empire aussi vaste, ce qui réduisait l’investissement pour l’exploration et pour une meilleure connaissance de l’inté­rieur des terres et des peuples.

Toutefois, ces découvertes n’avaient comme objectif que les pays et leurs richesses et non pas leurs peuples : ce n’est que plus tard, au siècle des Lumières (xviiie siècle des explorateurs...), que la géographie acquerra ses lettres de noblesse. En outre, la période d’occupation espagnole (1580-1640), entraîna une stagna­tion dans la connaissance géographique et dans l’exploration des différents territoires dispersés dans le Monde, dont une grande partie fut occupée par d’autres puissances.

Les travaux effectués au xviiie siècle au Brésil (jusqu’à l’indépendance en 1822) par des ingénieurs militaires illustres (João Teixeira), essayant de représenter le plus rigoureusement possible les territoires sur lesquels le Portugal prétendait exercer sa tutelle, doivent également être étudiés plus en détail.

Ainsi, nous pouvons conclure qu’avec des chroniqueurs et des hommes d’action, comme Vasco de Gama, l’Infant Don Henrique et Pedro Alvares Cabral, qui sans être des géographes étaient des hommes dotés du sens de l’espace, le Portugal a su marquer l’histoire de la géographie (et des sciences auxiliaires comme la cartographie et l’hydrographie). Pour la conquête postérieure des territoires, pour leur occupation, leur maintien et leur adminis­tration, les Portugais furent des hommes d’action plutôt que des penseurs et c’est pour cela que nous trouvons plus de topogra­phes, d’ingénieurs géographes et de découvreurs et d’explora­teurs, que de penseurs portugais de la Géographie.

Du xviiie siècle aux explorations d’Afrique

Selon René Clozier, le xviiie siècle fut le siècle de l’explo­ration des océans (avec les expéditions vraiment scientifiques de Cook), mais aussi le siècle de l’élaboration du matériel cartogra­phique, des sciences physiques et naturelles qui préparèrent les voies pour la géographie moderne.

C’est l’époque contemporaine (xixe siècle) qui fut l’étape déci­sive de la connaissance géographique de la terre, avec les explo­rations des régions les plus hostiles à l’homme. Avec de nouveaux moyens de transport (issus de la révolution industrielle), de nou­veaux processus de recherche, de nouveaux moyens de commu­nication et de nouvelles motivations politiques et stratégiques, les explorateurs du xixe siècle et du début du xxe siècle permirent une meilleure connaissance du Monde et de l’Homme.

Alexandre de Humboldt (1769-1859), avec Cosmos, et Carlos Ritter (1779-1859), avec la Géographie Comparée, sont reconnus comme les fondateurs de la géographie moderne : ils ont établi de nouveaux principes, qui se traduisent dans l’utilisation, par la Géographie, des résultats des sciences de la nature et de l’homme. Après la mort des deux illustres géographes en 1859, l’enseignement universitaire général a commencé à faire place à la géographie, de nature explicative et plus seulement descrip­tive, la faisant devenir une science appliquée avec certaines caractéristiques de prévision. L’augmentation du champ de con­naissance et d’action a élargi l’espace liaison avec des sciences comme la géodésie, la géomorphologie, la géologie, la pédologie, l’hydrologie et l’océanographie, la climatologie et la météorologie, la botani­que, la zoologie, la géopolitique, etc.

Sont alors apparues les différentes écoles géographiques (allemande, française, américaine...), et les perspectives globales de la pensée géopolitique, par exemple, des déterministes Mahan et Spkyman, souvent exploitée par les régimes politiques pour atteindre des objectifs déterminés, justifiés par les sophismes les plus variés. Par ailleurs, l’étude plus détaillée a entraîné les sub­divisions nécessaires (géographie générale ou géographie régio­nale, physique, humaine, économique, politique...). C’est à ce moment que la géographie militaire s’est individualisée, spéciale­ment après l’ouvrage de Sironi[11], à la fin du xixe siècle. La carto­graphie était placée à un niveau inférieur (l’art et la technique du dessin des atlas et des cartes), elle était englobée dans la géogra­phie mathématique et comprenait la topographie et l’hydro­graphie.

La cartographie[12] et la topographie ont connu un grand développement. L’élan a été donné par le général Filipe Folque (dont le travail a été récompensé à plusieurs reprises au niveau international). Ce mouvement a abouti à la création de plusieurs sociétés et commissions et à de nombreux travaux de terrain (la triangulation générale du royaume, commencée en 1843) qui se sont traduits, par exemple, par la publication de cartes topogra­phiques (la carte au 1/500 000 du Portugal avec le travail de terrain terminé en 1864 et publiée en 1865, comprenait déjà des courbes de niveau). Certaines d’entre elles étaient destinées à des usages militaires : itinéraires militaires, travaux pour l’exécution d’un plan de défense du pays. Des militaires (notamment António José Pery, C.A. da Costa, Gerardo Augusto Pery et l’ingénieur militaire Neves Costa[13], du Corps Royal des Ingénieurs) et des civils travaillaient alors ensemble, dans une tradition qui s’est maintenue jusqu’aujourd’hui[14] avec des résultats très positifs. Au niveau militaire, toute l’information nécessaire aux études géographiques était ainsi facile d’accès.

La Société de Géographie de Lisbonne (SGL), créée le 10 décembre 1875, a apporté un autre instrument pour la connais­sance du nouveau monde, en appuyant et en encourageant une connaissance plus grande et plus détaillée des espaces occupés, avec une priorité pour le continent africain. Destinée à promou­voir le progrès des sciences géographiques et collectives dans le pays[15], la SGL a constitué un centre de synergies dans le cadre de la Géographie au Portugal, rassemblant en elle les personnalités les plus illustres, notamment : António Enes, Sousa Viterbo, Carlos Ribeiro, Eduardo Coelho, Luciano Cordeiro, Ernesto de Vasconcellos, Marquis de Sá da Bandeira, Teófilo Braga...

Les expéditions scientifiques envoyées en Afrique avec l’appui de la SGL, ont consolidé des territoires et des objectifs politiques nationaux[16], grâce à l’action de personnalités comme Serpa Pinto[17], Hermenegildo Capelo[18] et Roberto Ivens[19].

A la fin du xixe siècle, et spécialement lors de la Conférence de Berlin de 1885, la Société de Géographie de Lisbonne a joué un grand rôle, démontrant clairement l’importance de la recher­che scientifique et des travaux juridiques pour la défense des droits internationaux, face aux revendications d’autres États.

Parmi ses commissions et ses sections, elle avait une section de géographie et statistique militaire (dont faisait partie le propre président de la SGL, José Moraes Sarmento). Sa préoccu­pation fondamentale était “l’analyse de l’enseignement de la géo­graphie dans les écoles militaires[20] et la diffusion de cette nou­velle branche des sciences militaires.

Au début du xxe siècle, des Portugais, militaires pour la plupart, comme Brito Capelo, Ernesto de Vasconcelos, Gago Coutinho[21] et Sacadura Cabral, donnèrent encore d’importantes contributions à la géographie, par leurs explorations et leurs écrits. D’autres, également militaires pour la plupart, dispersés aux quatre coins du monde et particulièrement sur les terres d’Afrique, au cours d’une période de pacification, d’organisation et de colonisation, ont fait des explorations et produit des écrits (souvent critiques à l’égard du pouvoir central de Lisbonne) qui seront postérieurement utilisés pour les études géographiques et militaires, comme par exemple l’ouvrage du général João de Almeida sur le Sul de Angol[22].

La Géographie militaire au Portugal

Au début du xxe siècle, des géographes militaires étrangers (les Italiens Sironi et Porro, les Espagnols Lopez Moreno et Diaz Villegas, entre autres), servaient de référence dans les écrits et les programmes des matières des écoles militaires d’enseigne­ment supérieur au Portugal. Un effort considérable fut alors fait par l’État, les militaires et même la société civile, tout spécia­lement la SGL, pour donner une formation géographique à tous ceux qui se consacraient à la carrière des armes.

La géographie militaire, considérée alors comme une nouvel­le branche de la géographie générale qui étudiait l’influence des éléments géographiques sur les opérations militaires, cherchait dans les autres branches de la géographie les bases de son étude. Le sens plus large des analyses (par rapport à la topographie ou à la cartographie...) et le caractère synthétique des études caractérisaient la géographie militaire qui ne devait pas aborder les détails sous peine de rester cantonnée à la tactique. D’où l’approche courante (école italienne de Porro et Sironi) des relations entre la Géographie militaire, l’Histoire et la Stratégie, qui la faisait regarder alors comme l’une des branches les plus utiles et intéressantes de la science de la guerre.

Au départ, la géographie militaire était considérée comme une branche de la géographie générale qui décrivait et discutait des grands accidents du sol, du point de vue de leur importance et de leur action individuelle et collective dans les opérations militaires (Sironi). Elle était divisée en géographie : mathéma­tique (astronomie, géodésie et cosmographie) ; physique (météo­rologie, climatologie, géologie, orographie, hydrographie) ; politi­que (géographie historique, ethnographie, géographie admi­nistrative) ; économique (géographie agricole, minérale, indus­trielle, commerciale, statistique). Toutes ces branches de la géo­graphie traitaient de sujets concernant les opérations militaires, c’est-à-dire la “science positive de la guerre” (Sebastião Telles). Il était donc nécessaire de réunir en un corps de doctrine unique tout ce qui concernait la science militaire et se trouvait dispersé dans les autres branches de la géographie générale. Par ailleurs, la Géographie militaire était divisée en deux parties ou branches différentes, mais étroitement liées entre elles : la Géographie militaire descriptive qui consistait dans l’étude descriptive et systématique des lignes fondamentales de la région et dans l’étude statistique des données génériques et économiques ; et la Géographie stratégique en rapport avec l’analyse et la stratégie.

Dans Introdução ao Estudo dos Conhecimentos Militares (1887), le général Sebastião Custódio de Sousa Telles énonce l’idée que les connaissances militaires (dans lesquelles il com­prend la Géographie militaire) devraient être considérées comme une science et non pas un art, constituant la “science positive de la guerre”.

Pour Telles, la géographie militaire “est parfaitement repré­sentée par les travaux de reconnaissances militaires et les études de défense des États, qui existent dans la littérature militaire, et doit être considérée comme une application de la science positive de la guerre à la description du terrain ou à la géographie phy­sique, cette application ne devant pas concerner uniquement la tactique et la fortification, mais toutes les parties de cette science[23]

L’objet de la Géographie militaire, selon l’école portugaise[24], consistait à fournir aux décideurs stratégiques les éléments indispensables à la prise de décision. L’étude géographique et militaire d’alors comprenait l’approche d’un pays, d’une région ou d’un théâtre d’opérations, en termes physiques, de ressources et de population, toujours avec une application à la préparation et à la conduite de la guerre.

Les écoles militaires portugaises d’enseignement supérieur qui incluaient la géographie (topographie et géodésie) dans leurs programmes, de l’Académie Royale de Fortification, Artillerie et Dessin (fondée par D. Maria I, en 1790), à l’Ecole de l’Armée (fondée en 1837 par le Marquis de Sá da Bandeira), ont commen­cé à inclure la Géographie militaire dans leurs programmes à partir de 1863. Ainsi, à l’École de l’Armée, la matière “Géogra­phie et Statistique Militaire” apparaît après la réforme de 1863 et la “Géographie, Histoire et Statistique Militaires”, à partir de 1864 (avec la géodésie pratique et la topographie). Dans l’organi­sation de 1894 la 1ère chaire concernant les “Notions d’Histoire et de Géographie militaire” était maintenue ; elle fut transformée en 1911 en “Histoire et Géographie militaires”. En 1930 elle absorba la chaire “Organisation des armées, organisation mili­taire portugaise, stratégie, géographie et histoire militaires”, et en 1940 la chaire, dénommée “Eléments de géographie militaire de la péninsule ibérique et histoire militaire portugaise”. En 1947, la Géographie militaire fut incluse dans la 5e chaire, dénommée “Eléments de géographie militaire coloniale”. Avec la création de l’Académie Militaire, en 1959, “l'Histoire et Géogra­phie militaires” devint désormais la 24e chaire puis, dans les années 90, une chaire semestrielle individualisée de “Géographie militaire”, pour être finalement incluse, à partir de 2000, dans celle de “Géopolitique”.

Ainsi, la Géographie militaire a fait partie de la formation des Officiers de l’Armée portugaise depuis 1863, même si la géographie, la topographie et la géodésie faisaient déjà partie des programmes. Toutefois, les différentes matières étaient normale­ment associées à la statistique, à l’histoire ou à la stratégie. Indépendamment de la théorie, les espaces les plus étudiés comprenaient le continent portugais et les anciennes colonies de manière très détaillée (espace d’intérêt vital pour le Portugal de l’époque).

Les officiers formés dans les écoles militaires portugaises avaient ainsi plus de capacités pour participer aux études de planification et utiliser toutes les données pour la prise de déci­sions opérationnelles, de l’Afrique en Asie, jusqu’en Europe elle-même, où des troupes portugaises ont participé à des opérations militaires de grande envergure (durant la Première Guerre mondiale).

Une fois reconnu le besoin d’en faire une science individua­lisée[25], la géographie militaire est également devenue objet d’étude à l’Institut des Hautes Etudes Militaires (IHEM - dont l’Ecole Centrale d’Officiers créée en 1911 fut le prédécesseur), d’où sont issus les principaux professeurs de la fin de la deuxième moitié du xxe siècle. Dans cette école (IHEM), la Géographie militaire était normalement associée à la tactique et à la straté­gie, notamment dans les thèmes tactiques de défense du terri­toire national, où la menace la plus probable venait de l’Est...

L’évolution des cours d’état-major, avec un poids plus grand de la stratégie, a conduit l’Ecole de l’Armée à investir surtout dans la composante théorique de la Géographie militaire et l’IHEM à se pencher plutôt sur les études géographiques et militaires.

Le colonel Tasso de Miranda Cabral fut l’une des grandes figures de la Géographie militaire au Portugal. Professeur de Stratégie et de Géographie militaire à l’Ecole Centrale des officiers et ensuite à l’IHEM, Cabral jugeait qu’il était impératif pour un Officier de connaître intégralement le terrain de son pays (au moins). L’importance de l’étude de Miranda Cabral (publiée en 1932 avec le préface du général Ferreira Martins, historien militaire connu) fut reconnue par tous les auteurs d’ouvrages de géographie militaire, et devint une référence indis­cutable, surtout au niveau du théâtre d’opérations national, et l’est aujourd’hui encore. Rigueur, sens géostratégique et créati­vité furent les éloges les plus fréquents. De sa division du conti­nent en plusieurs théâtres d’opérations ressortait le nouveau critère scientifique, qui ne se limitait pas aux fleuves, aux bassins hydrographiques et aux provinces politiques mais aux régions naturelles (indépendamment des frontières). Dans cette perspective, il divisa le territoire national en 6 théâtres d’opérations (Nord du Douro, Beira Alta, Beira Baixa, Alentejo, Algarve, Extremenho), conjuguant l’histoire et la séquence et la finalité des opérations à réaliser sur chaque théâtre.

La plupart des études étaient basées sur une méthodo­logie assise sur le relevé des différents facteurs (physique, humain, politique et économique) par pays, par région du globe ou par théâtre d’opérations, et leur lien avec les opérations militaires, le Portugal se situant toujours à l’épicentre. Les études du Portugal[26], de la Péninsule Ibérique et des Colonies (spéciale­ment au cours de la période de la guerre coloniale, entre 1961 et 1974), ont dominé la Géographie militaire au Portugal dans les écoles militaires. Ce n’est qu’à partir des années 60, avec le début de la guerre coloniale, que des études géographiques et militaires ont commencé sur d’autres unités politiques, directement ou indirectement liées à la guerre menée par le Portugal sur plusieurs théâtres d’opérations[27] (cas de l’URSS et de la Chine qui appuyaient alors des mouvements de libération des ex-colonies, et des États-Unis comme acteur principal de la guerre froide...).

La plupart des études effectuées et publiées jusqu’aux années 80 (celle du général Horácio de Sá Viana Rebelo[28], profes­seur à l’IHEM, en 1949-50 ou du général Alberto Andrade e Silva[29], également professeur à l’IHEM, dans son “TO de Portu­gal”, 1950 ou du général José Lopes Alves) incluaient le facteur physique[30] (situation, extension et limites ; orographie ; hydro­graphie ; climat), humain (croissance de la population ; natalité et mortalité ; loi de distribution de la population ; la race ; la langue ; possibilités de mobilisation), économique et com­mercial (agriculture, industrie, communications) et militaire, avec des conclusions sur les intérêts stratégiques de la Péninsule Ibérique (PI) ou du Portugal. Dans le cas du Portugal ou de la Péninsule Ibérique, l’étude était faite par régions géographiques et mili­taires (ou par théâtres d’opérations identifiés selon des critères physiques et historiques), les conclusions prenaient toujours en compte la situation du Portugal ou de la Péninsule Ibérique en Europe et dans le Monde, les grands objectifs militaires (Lisbon­ne et Gibraltar...), les capacités et les limitations, les lignes d’invasion et l’intérêt général stratégique du Portugal.

L’étude de Andrade e Silva, par la richesse des annexes, avec des lignes d’opérations à travers la frontière, des communications et points de pénétration, des historiques de campagnes, et une carte-croquis du théâtre d’opérations du Portugal, est devenue une référence durant trois décennies.

En 1982, à l’époque de la démocratie et après la décoloni­sation, l’État-major de l’Armée a édité une autre étude de réfé­rence, produite par un groupe de travail coordonné par le Briga­dier Loureiro dos Santos[31] (avec, parmi d’autres officiers, le lieutenant-colonel Martins Barrento[32]), intitulée “Elementos para a Defesa da Zona de Operações Terrestre (ZOT) de Portugal”. Cette étude géographique et militaire, avec un sens géopolitique et géostratégique marqué, était organisée selon le plan suivant : caractérisation générale ; la menace ; manœuvres possibles de réponse aux menaces ; niveaux d’organisation des forces ; articu­lation des moyens ; unités modèle ; besoins des forces ; positions défensives ; accès maritime ; accès aérien ; cartes, annexes et transparents. Cette étude classifiée a servi de référence pour tout le cycle de planification stratégique nationale, allant du concept stratégique de défense nationale au concept stratégique militaire, au système de forces et au dispositif national.

Tant au cours de la période de la guerre coloniale que durant les années 80, ces études ont été très importantes, compte tenu des moyens toujours faibles, de l’évolution des facteurs stratégi­ques (d’un empire dispersé aux quatre coins du monde jusqu’au triangle stratégique défini par le Continent, Madère et les Açores...), de nouveaux moyens (aériens), de nouveaux concepts et même de nouvelles méthodologies.

D’autres études géographiques et militaires ont été élaborées en tenant compte de ces références, spécialement celles concer­nant les différents théâtres d’opérations africains (où le rôle des services cartographiques de l’Armée, créés en 1932, a été très important lors de la guerre coloniale) par des officiers qui ont élaboré des écrits de géopolitique et géostratégie, comme le général Belchior Vieira, le général José Lopes Alves, le général Abel Cabral Couto et le général Pedro Cardoso, entre autres.

L’étude de la géographie militaire a évolué, partant d’acteurs du domaine de l’ingénierie et de l’artillerie (officiers plus techni­ciens et ayant plus facilement accès aux mathématiques et aux statistiques...) vers d’autres acteurs plus liés à l’état-major et au domaine des sciences sociales, ce qui a “dilué”, surtout durant ces vingt dernières années, la géographie militaire dans d’autres sciences militaires comme l’histoire militaire[33], la stratégie mais, surtout, ces dernières années, dans la géopolitique et la géostratégie.

Alors que l’histoire militaire a réussi à percer, y compris dans le milieu académique civil, la géographie militaire ne s’est pas imposée au Portugal, sauf par l’intermédiaire de ses jeunes sœurs comme la cartographie ou la topographie, à travers l’action importante d’officiers de l’Institut Géographique de l’Armée.

L’avenir de la géographie militaire est peu souriant au Portugal, bien que ces dernières années, le Portugal se soit engagé en Afrique, dans le cadre de la coopération technique et militaire, et sur plusieurs théâtres d’opérations, dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, de la Bosnie à Timor, en passant par le Maroc. Les études élaborées par plusieurs institu­tions civiles ou militaires, n’ont pas toujours la rigueur scienti­fique nécessaire et adaptée aux militaires en opérations. La solu­tion, largement justifiée par une diversité plus grande de théâ­tres d’opérations, se situera quelque part dans la consolidation en termes théoriques et conceptuels dans les écoles d’enseignement militaire supérieur et, en termes pratiques et opérationnels, par un investissement plus grand dans les instituts de hautes études militaires, avec la réalisation d’études géographiques et mili­taires régulièrement mises à jour et compatibles avec les nouvelles technologies du xxie siècle.

Considérations Finales

Les Portugais de la géographie ont été plutôt des hommes d’action et des rêveurs actifs, des découvreurs, des cartographes, des topographes, des inventeurs et des conquérants, que des penseurs ou des créateurs de doctrine. Les noms de Vasco de Gama, Pedro Alvares Cabral, Álvaro Seco, Gil Eanes, Sacadura Cabral et Filipe Folque, se superposent à ceux de penseurs ou d’écrivains de la géographie ou de la géographie militaire, qui ont toujours pris leurs réfé­rences théoriques à l’étranger, dûment améliorées et adaptées par les actions des Portugais sur le terrain.

À la fin du xixe siècle, la géographie militaire s’est individua­lisée au Portugal comme science militaire, tant dans l’enseigne­ment militaire supérieur que dans l’action, consolidée par le rôle déterminant des militaires (ingénieurs militaires et autres) pour les relevés topographiques, les cartes des nouveaux et des anciens espaces, les explorations et l’intervention sociale et politi­que (cas de la Société de Géographie de Lisbonne). Par ailleurs, l’élargissement des théâtres d’opérations a augmenté la capacité d’intervention dans l’espace et le besoin de le connaître suffi­samment à l’avance.

Au cours du xixe siècle et au début du xxe siècle, la pensée militaire géographique s’est progressivement consolidée, en par­tie en raison de l’évolution même des moyens de représentation terrestre, des nouvelles technologies et du besoin de transmettre l’information avec le maximum de rapidité, précision et confiden­tialité. La géographie militaire, encadrée à un plus haut niveau pour l’appui à la prise de décision, était au programme des écoles militaires d’enseignement supérieur (Ecole de l’Armée et IHEM) et même dans la Société de Géographie de Lisbonne, associée à la statistique, dans une première phase, puis à l’histoire militaire et à la stratégie. La pratique, consolidée par les différentes études géographiques et militaires et les rapports des campagnes et explorations en terre d’Afrique, a contribué alors de manière significative à une meilleure connaissance de ce continent et de la géographie en général.

L’analyse des programmes des différents cours enseignés au Portugal dans les écoles militaires, montre qu’à partir des années 1950 les études de géographie militaires ont eu un impact direct sur la connaissance du théâtre d’opérations portugais (guerre coloniale 1961-1974), et sur le cycle de planification stratégique nationale. Un autre aspect à souligner est la réduction des espa­ces qui avaient été l’objet des études géographiques et militaires, confinés à partir de 1982 au territoire national (triangle stratégi­que national Continent - Madère - Açores), après plusieurs années où priorité était donnée aux colonies, à la Péninsule Ibérique et à l’Espagne (et parfois aux superpuissances, États-Unis et Union soviétique, étudiées dans le cadre de la Guerre froide). Les plus grands penseurs ont été simultanément des acteurs directs et des professeurs dans les écoles militaires. À l’origine, la géographie militaire était le fait d’officiers ingénieurs plutôt liés aux mathématiques, après les années 1950 puis la géographie militaire fut dominée par des officiers d’état-major, plutôt tournés vers l’histoire militaire et la stratégie.

Un constat valable pour toute la période étudiée est le lien privilégié entre instituts militaires et civils, qui a facilité l’élabo­ration de travaux cartographiques et d’études géographiques et militaires, avec des résultats très positifs pour les personnes, les institutions et le Portugal. Des cartes de navigation et des itinéraires militaires jusqu’aux systèmes d’information géogra­phiques actuels, ce fut un long parcours, au cours duquel la géographie et la cartographie se sont développées, en théorie, en technique et en applications. L’utilité civile des résultats de la coopération entre militaires et civils a été évidente : dans la planification et l’aménagement du territoire, dans le développe­ment économique, dans la prévention des risques et des catastro­phes, dans l’enseignement et la recherche.

Actuellement, la géographie militaire n’est pas assez mise en évidence, peut-être en raison de sa dilution dans l’histoire mili­taire, dans la stratégie, dans la géopolitique et dans la géostra­tégie. Mais les nombreux espaces d’intervention dans lesquels le Portugal a marqué sa présence dans le cadre d’opérations de maintien de la paix et de coopération technique et militaire (les nouvelles “frontières des services”, ne coïncidant pas nécessaire­ment avec les anciennes “frontières de sang”), et la nouvelle conflictualité, dominée par le terrorisme omniprésent sur tout espace (et d’autres menaces non-identifiables mais aussi incer­taines, imprévisibles et insécurisées), renforcent l’importance de la Géographie militaire.

La géographie mal comprise ou mal employée peut rendre inutiles les meilleurs efforts dans le sens d’une stratégie plus efficace. Correctement utilisée, elle peut et elle doit préciser les affaires stratégiques, augmenter les possibilités et réduire les vulnérabilités politiques, économiques ou militaires. Comme l’armée des États-Unis le fait depuis plusieurs années, pour créer une citoyenneté comprenant une meilleure connaissance géogra­phique du pays et du monde, le Portugal et les pays européens doivent élargir ces actions à l’université et à l’école, en sus des établissements d’enseignement militaires supérieur (où la théorie devrait être circonscrite aux Académies, et les études d’appli­cation aux Instituts de Hautes Etudes Militaires).

Malgré l’abondance d’information et de haute technologie à la disposition de ceux qui décident, le secret du succès demeurera dans l’utilisation et l’exploitation des données et des études, parmi lesquelles sont à inclure celles de géographie militaire. Il est donc nécessaire de donner une continuité à la géographie militaire, sous d’autres formes qui, éventuellement, pourront exiger une réflexion théorique[34] pour atteindre de nouveaux objectifs dans ce nouveau monde, car l’espace et le temps conti­nueront d’être des variables stratégiques décisives.

chronologie

1510-1519 : Cartes de Jorge Reinel ;

1513 :    Cartes de Francisco Rodrigues ;

1514 :    Publication du Livre de l’Art de la Navigation de João de Lisboa ;

1519 :    Atlas de Lopo Homem-Reinéis ;

1537 :    Pedro Nunes s’occupe pour la première fois, sur des bases scienti­fiques, de la nature de la carte de navigation ; Pedro Nunes publie les tables du Soleil ;

1542-1616 : Publication de Décades de Diogo do Couto ;

1547 :    Pedro Nunes est nommé Grand-Cosmographe ;

1554 :    Planisphère de Lopo Homem ;

1559 :    Création du Cours du Grand-Cosmographe, sous les auspices de Pedro Nunes ;

1560 :    Atlas de Fernão Vaz Dourado (publié à Madrid en 1568) ;

1561 :    Publication de la première carte du Royaume du Portugal, de Fernando Álvares Seco ;

1561 :    Publication à Vienne de l’Atlas Universel de Diogo Homem (à Dresde en 1568) ;

1563 :    Publication de l’Atlas de Lázaro Luís ;

1564 :    Atlas Universel de Diogo Homem ;

1571 :    Publication du Soldado Prático de Diogo do Couto ;

1572 :    Publication des Lusiades de Luís de Camões ;

1603 :    Edition de Chronographie, Répertoire des Temps, de Manuel de Figueiredo ;

1610 :    Publication de la Description du Royaume du Portugal de Duarte Nunes de Leão ;

1641 :    Création de la Classe d’Artillerie et d’Equerre, première école de l’enseignement militaire au Portugal, sous la direction du Grand-Cosmographe du Royaume, Luiz Serrão Pimentel ;

1647 :    Création à Lisbonne, du Cours de Fortification et Architecture Mili­taire, avec Luís Serrão Pimentel comme premier régent ;

1662 :    Carte de Pedro Teixeira Albernaz ;

1706 :    Publication de la Descripçam Topografica do Famoso Reyno de Portugal, du Père Carvalho da Costa ;

1722 :    Publication à Lisbonne du Traité sur la manière la plus facile et la plus correcte de faire les cartes géographiques, de Manuel de Azevedo Fortes,

1742 :    Publication de la Carte du Portugal Ancien et Moderne, de João Bautista de Castro ;

1761 :    Création du Collège Royal des Nobles ;

1779 :    Création de l’Académie Royale de la Marine ;

1782 :    Création de l’Académie Royale des Enseignes de Vaisseau, dénom­mée, à partir de 1845, Ecole Navale ;

1788 :    Création de la Commission Géodésique du Royaume dont Pedro Folque était membre ;

1790 :    Création de l’Académie Royale de Fortification, Artillerie et Dessin par D. Maria I ;

1798 :    Création de la Société Royale Maritime, Militaire et Géographique pour le Dessin, la Gravure et l’Impression des Cartes Hydrogra­phiques Géographiques et Militaires ;

1837 :    Création de l’Ecole de l’Armée par le Marquis de Sá da Bandeira, devenue Ecole de Guerre en 1911, Ecole Militaire en 1919 et École de l’Armée de nouveau en 1938 ;

1856 :    Début de la publication des Portugaliae Monumenta Historica ;

1875 :    Publication de la Géographie et Statistique Générale du Portugal et des Colonies, de Gérard Péry. Fondation de la SGL ;

1876 :    Proposition en séance de la SGL de la traversée du continent afri­cain par Hermenegildo Capelo, Roberto Ivens et Serpa Pinto ;

1911 :    Création de l’Ecole Centrale d’Officiers, qui sera à l’origine de l’actuel Institut des Hautes Etudes Militaires en 1940 ;

1924 :    Publication du premier Guide du Portugal, dirigé par Raul Proença ;

1932 :    Création des Services Cartographiques de l’Armée (Institut Géogra­phique de l’Armée actuel) ;

1959 :    Création de l’Académie Militaire actuelle ;

1962 :    Portugaliae Monumenta Cartographica, de Armando Cortesão et A . Teixeira da Mota ;

1978 :    Création de l’Académie de l’Armée de l’Air.

Bibliographie

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Cabral, Tasso de Miranda (colonel), Conferências sobre Estratégia, Bibliothèque de l’Ecole de l’Armée, Lisbonne, 1932.

Capelo, H,. Ivens, R., De Angola à Contracosta, Europa-América, 1998.

Capelo, H,. Ivens, R., De Benguela às Terras de Iaca, Europa-América, 1996.

Cortesão, Armando ; Mota, A. Teixeira da, Portugaliae Monumenta Cartographica, Lisbonne, 1960.

Castanos y Montijano, Manuel Maria, Geografia Militar de la Península Ibérica, 1889.

Clozier, René, História da Geografia, Europa-América, Lisbonne, 1988.

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Couto, Diogo de, O Soldado Práctico, Europa-América, Lisbonne, 1976.

Dias, Maria Helena ; Botelho, Henrique Ferreira (coord.), Quatro Séculos de Imagens da Cartografia Portuguesa, Lisbonne, 1999.

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Folque, Filippe, Memórias sobre os trabalhos geodésicos executados em Portugal, Lisbonne, 1841,1849,1852.

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Ribeiro, Orlando, Geografia da expansão portuguesa, Lisbonne, 1961.

Santos, José Alberto Loureiro dos, Como Defender Portugal, IAEM, Lisbonne, 1991.

Silva, Alberto Andrade e, Teatro de Operações de Portugal, ME, Lisbonne, 1950.

Sironi, G. (colonel), Géographie stratégique, Librairie Militaire de J. Dumaine, Paris, 1875.

Vasconcelos, Ernesto de, Subsídios para a História da Cartografia, 1916.

Revues

Boletim da SGL.

Boletim do Instituto Geográfico e Cadastral.

Boletim do Centro de Estudos Geográficos.

Boletim do Serviço Cartográfico do Exército

Finisterra, Revista Portuguesa de Geografia.

Military Review.

Nação e Defesa.

Revista Militar.



[1]        Découvertes du milieu du xve siècle au milieu du xvie siècle.

[2]        De 1580 à 1640, ce qui correspond à la période d’occupation espagnole.

[3]        Au cours de la troisième décennie du xviiie siècle, jusqu’en 1822 (indé­pendance du Brésil), avec un travail effectué surtout par des ingénieurs militaires, qui ont succédé aux anciens maîtres des cartes de navigation.

[4]        Comprend la triangulation géodésique et le relevé cartographique moderne du Portugal.

[5]        Voir Orlando Ribeiro, Geografia da Expansão Portuguesa, Lisbonne, 1961. Pour ce géographe portugais, “l’expansion portugaise marque le début de l’époque moderne, « a changé l’avenir du monde » (H. Pirenne) et est à la base de son organisation actuelle”. Il affirme que “l’expansion portugaise a constitué un fait de la plus grande importance dans l’histoire et la géogra­phie du monde”.

[6]        Volume II, p. 1.

[7]        Considéré par Armando Cortesão comme le plus prolifique des anciens cartographes portugais. Ses services ont été demandés par la Reine d’Angleterre.

[8]        Citons entre autres, l’Atlas de Vaz Dourado, l’Atlas de Lazaro Luiz, l’Esmeraldo de situ orbis de Duarte Pacheco, le Planisphère en noir de Bartholomeu Velho (1561), de Pedro Reynel, cosmographe qui a collaboré avec Magellan, les cartes du fleuve d’Argent de Sebastião da Veiga Cabral (1640), la “Description de tout le Brésil maritime” de João Teixeira, l’Atlas du Vicomte de Rio Branco, la carte du fleuve Amazone de João André Schrebel-(1728, 41 cartes en pastel), etc.

[9]        Diogo do Couto (1542-1616). Dans ses fonctions de chroniqueur et de grand gardien de la Torre do Tombo de l’Inde, il a produit des écrits dont le Dialogo do Soldado Prático, ouvrage indispensable sur l’histoire des Portu­gais en Orient et qui justifie l’importance de l’espace, mais aussi le besoin de son contrôle et le rapport inverse de la puissance et de la distance.

[10]       Fondateur du “Cours du Grand Cosmographe”, en 1559, dans lequel étaient formés les pilotes et autres officiers, avec des disciplines comme les mathématiques et l’astronomie. Premier professeur de cosmographie, ma­thématicien, inventeur, historien et géographe, entre autres, il a établi les bases scientifiques et la nature de la carte de navigation.

[11]       G. Sironi (colonel), Géographie stratégique, Paris, Librairie militaire de J. Dumaine, 1875.

[12]       Il faut rappeler un rôle important du Vicomte de Santarém, créateur d’une histoire de la cartographie. Selon Armando Cortesão (1935) “l’illustre personnalité du second Vicomte de Santarém est tellement liée à l’histoire de la Cartographie que c’est lui-même qui a inventé le mot cartographie...”, dans une lettre envoyée de Paris à Varnhagen, en 1839, où il dit : “... j’invente ce mot puisque tant d’autres ont été inventés là...”. Manuel Francisco Mesquita de Macedo Leitão e Carvalhosa, Vicomte de Santarém (1791-1855) a publié de nombreux ouvrages historiques. Dans le domaine de la géographie portu­gaise, signalons l’Essai sur l`histoire des progrès de la Géographie après les grandes découvertes du xve siècle.

[13]       Voir Maria Helena Dias, “A imagem do Espaço Nacional e o papel da Cartografia Militar Portuguesa”, Revista Militar, janvier 2001, pp. 27-57.

[14]       Institut Géographique de l’Armée, Institut Hydrographique de la Marine et Institut Portugais de Cartographie et du Cadastre.

[15]       Exposition sur la cartographie nationale organisée par la SGL en 1903/1904.

[16]       Le relevé cartographique des territoires disputés sur le continent afri­cain était important, pour prouver leur possession effective ou prétendre à de nouveaux espaces, comme ce fut le cas de la célèbre “carte rose” portu­gaise, élaborée en 1886.

[17]       Pinto, Alexandre Alberto da Rocha Serpa (1846-1900). A participé comme volontaire à l’expédition au Bonga, ayant remonté le cours du fleuve Zambèze. En 1877, il a participé avec Capelo et Ivens à l’expédition portu­gaise au centre de l’Afrique. L’expédition a eu d’immenses résultats scienti­fiques et aussi psychologiques, contribuant à la restauration du prestige international de la Nation.

[18]       Capelo, Hermenegildo Carlos de Brito (1841-1917). Officier de marine et explorateur, a participé à plusieurs expéditions en Afrique. Il a écrit De Benguela às terras de Iaca (1801) et De Angola à Contra-Costa (1806).

[19]       Roberto Ivens (180-1898). Marin et explorateur, a participé à plusieurs expéditions sur le continent africain.

[20]       Rapport et programme des travaux du 9 décembre 1876, publiés dans le premier Bulletin de la SGL.

[21]       Carlos Viegas Gago Coutinho (1869-1958). Amiral, géographe, naviga­teur et historien. A partir de 1898, il s’est fait remarquer par ses relevés géographiques et les délimitations des frontières des provinces d’outremer (il a traversé l’Afrique à pied à deux reprises). A navigué sur tous les océans. En 1925, il est nommé président de la Commission de Cartographie. En association avec Sacadura Cabral, il s’est occupé des études de navigation aérienne (inventant un sextant spécial et utilisant ses propres méthodes d’observation et calcul) et, comme pilote du Sacadura Cabral, a relié pour la première fois le Portugal et le Brésil en hydravion. A produit des écrits d’importance sur l’histoire des découvertes et des navigations des Portugais.

[22]       João de Almeida (General), Sul de Angola : relatório de um governo de distrito (1908-1910), Lisbonne, 1912. Cet ouvrage était divisé en quatre parties : Introduction ; La terre et la population ; La conquête, l’occupation et la colonisation ; Les divisions territoriales et leur évolution ; L’adminis­tration ; Conclusion.

[23]       Sebastião Telles, Introdução ao Estudo das Ciências Militares, 3ª ed., Lisbonne, Edition Cosmos, IDN, 2001, p. 233.

[24]       Voir Oliveira, Hermes de Araújo, “Geografia Militar”, Revista Militar.

[25]       F. Freiria, (lieutenant diplômé d’État-major), “A geographia sob o ponto de vista militar”, Revista Militar, 1909.

[26]       A l’aide d’études géographiques faites par des civils, comme celle d’Orlando Ribeiro (facteur physique) et Jorge Dias (facteur humain), ce dernier étant anthropologue au Centre d’Etudes d’Anthropologie Culturelle.

[27]       Dés les années 58/59, avec Hermes de Araújo Oliveira, à l’IHEM, ont été effectués des travaux sur le potentiel de guerre de chacun des pays euro­péens, de la Chine et de l’URSS, des pays du Moyen-Orient, des États-Unis.

[28]       Il deviendra chef de l’État-major de l’Armée en 1970.

[29]       Il deviendra chef de l’État-major de l’Armée en 1973.

[30]       Naturellement, c’est le facteur physique, parce que “constant” et connu d’avance avec exactitude, qui a eu la priorité dans les différentes études de Géographie militaire.

[31]       Né en 1936, le général Loureiro dos Santos fut ministre de la Défense et chef d’État-major de l’Armée. En tant que commentateur des relations internationales et de la stratégie, il reste un écrivain de référence, qui continue de marquer la pensée portugaise de sécurité et de défense.

[32]       Deviendra chef de l’État-major de l’Armée. Né en 1938, le général Barrento, d’une grande culture historique, continue d’être créatif et de captiver, par ses idées, ses livres et ses commentaires.

[33]       Traditionnellement, il existe une relation directe entre l’histoire mili­taire et la géographie militaire. Dans tout théâtre d’opérations il y a la Géo­graphie et l’Histoire, et deux variables décisives pour le commandement : l’Espace et le Temps.

[34]       David G. Hansen (colonel), “The New Importance of Geography”, Mili­tary Review.

 

 

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