Les troupes coloniales dans la Grande Guerre

 

 

ALLOCUTION  INAUGURALE  

 

par M. le colonel Jean-Claude Farinet , Directeur du Mémorial de Verdun

 

Mesdames, Messieurs, 

            Je profite de l’occasion qui m’est donnée puisque aujourd’hui c’est pratiquement l’une des dernières actions du Comité National du Souvenir de Verdun (CNSV) dans le cadre du 80e anniversaire pour faire un bref rappel sur ce qui s’est fait cette année.

            Nous avons eu un colloque sur La bataille de Verdun qui s’est tenu en mai, au Château de Vincennes. Nous avons eu deux journées d’études : une première, le mois dernier, sur L’émergence des armes nouvelles et, aujourd’hui, sur Les Troupes coloniales.

Je rappelle le concours qui a été organisé à l’intention des scolaires qui nous a donné plus que de la satisfaction, qui nous a surtout montré que les jeunes, contrairement à l’idée généralement répandue, s’intéressaient encore et à leur his­toire et à leur patrimoine.

Nous avons eu un festival du film, je reviendrais tout à l’heure dans les perspectives 1997 sur ce festival.

Nous avons eu aussi une cinquantaine d’expositions qui ont été mises en place que ce soit dans la région verdu­noise, sur l’ensemble du territoire français mais aussi à l’étranger puisque nous avons eu des expositions en Hollande, en Suisse et en Italie.

Je dirai aussi que, dans le cadre du 80e anniversaire, le Mémorial s’est beaucoup investi avec l’aide précieuse de l’autorité administrative pour l’accueil des 3 000 jeunes. Là encore nous avons eu la démonstration que lorsqu’on pre­nait les jeunes en main et qu’on leur montrait ce qu’était le devoir de mémoire, ils savaient l’intégrer et je rappelle quelle a été leur attitude lors de la visite du chef de l’Etat à Douaumont. On avait quand même 3 000 jeunes qui sont restés très res­pectueux et, surtout, nous avons tous eu la sensation qu’ils savaient pourquoi ils étaient là.

            Le Mémorial, puisque nous parlons des gens qui sont venus, a accueilli cette année environ 120 000 adultes, plus 60 000 jeunes qui ont été accueillis gratuitement. Là encore vous voyez que l’effort est important, c’est une volonté déli­bérée du Comité National du Souvenir de Verdun, aidé par des Associations d’anciens combattants et en particulier, je tiens à le préciser, par l’Association des Gueules cassées et par la Fédération Maginot. Sans ces deux grosses associations, il aurait été impossible de mener ce genre d’action et il serait impossi­ble d’accueillir chaque année entre 50 000 à 60 000 jeunes gratuitement.

            Je passe très rapidement sur le passeport que nous avons mis en place en partenariat avec le Centre mondial de la paix, avec l’Ossuaire de Douaumont et avec « Connaissance de la Meuse ». Ce passeport a été fait tout simplement pour faire venir des gens chez nous mais, dans mon esprit, il a un but beaucoup plus important, c’est de marquer notre volonté de réunir sur une même ligne la guerre et la paix. Je fais partie de ceux qui pensent qu’on ne peut pas parler de paix si on ne parle pas de guerre. S’il suffisait de dire le mot paix pour y arriver il y a longtemps que ça se saurait. Je pense qu’il était important que le Mémorial, l’Ossuaire et le Centre mondial de la paix soient alliés et qu’on essaye d’attirer, par ce biais, non seule­ment des adultes mais aussi des jeunes pour leur mon­trer le cheminement à suivre.

            Je vous ai parlé tout à l’heure du festival du film pour 1996. Pour 1997, nous allons essayer de changer un peu notre méthode et de nous rapprocher un peu plus d’un vrai festival du film. Sans vouloir copier Avoriaz ou Cannes, l’idée est d’associer la « Connaissance de la Meuse », l’Institut de l’audiovisuel de Nancy de façon à pouvoir organiser la pro­jection de films et, ensuite, des débats animés par d’une part des historiens et, d’autre part, des cinéastes. Ce qui peut nous amener à des débats assez intéressants. En plus, dans le cadre de ce festival du film, nous avons programmé une demi jour­née voire une journée complète à l’intention des professeurs, de façon à leur montrer que nous disposons éventuellement d’un outil pédagogique intéressant passant par l’image.

Nous nous engageons aussi dans un film, en partena­riat bien sûr, qui aura pour vocation de mettre en mémoire les images des vestiges du champ de bataille. On est en train d’y travailler. Je vais me rapprocher du colonel Rodier pour aller plus dans le détail puisque le champ de bataille, les vestiges c’est l’Association nationale du souvenir de la bataille de Verdun (ANSBV). Ce film ayant pour but d’avoir une vision objective du champ de bataille, la caméra remplaçant l’œil du combattant, ayant aussi pour but de préserver l’avenir parce que nous avons actuellement, et je parle sous contrôle du pré­sident de l’ANSBV, des vestiges qui, un jour ou l’autre, dispa­raîtront. Il y en a qui seront entretenus, qui seront main­tenus mais il y en a qui, malheureusement, disparaîtront. Je pense en particulier aux niches à munitions de certaines posi­tions de l’artillerie qui, malheureusement, le temps aidant dis­paraî­tront. Il faut les conserver car c’est un patrimoine important.

Le Mémorial, enfin le CNSV, s’est engagé aussi dans la coproduction d’un film sur les Américains dans la Grande Guerre, avec les gens avec qui nous avons fait cette année, en coproduction, les armes de Verdun, donc sur l’artillerie. Puis, nous allons nous engager dans une politique de rencontres franco-allemandes. 1997, pour nous, commence en fait dès cette semaine, puisque nous recevons 45 étudiants allemands qui sont guidés par le professeur Gerd Krumeich de Fribourg, un spécialiste de la bataille de Verdun, un spécialiste de la Première Guerre mondiale. Pour eux c’est un voyage initiati­que, c’est-à-dire que dans les deux jours où ils vont être là, on va leur montrer le champ de bataille, l’Argonne, Verdun avec la visite du Centre mondial de la paix. C’est une idée qui est initiée cette année, nous verrons comment cela fonctionne.

Pourquoi ces rencontres franco-allemandes ? D’abord parce que je pense qu’il est nécessaire que nous ayons des contacts avec nos amis allemands et puis aussi cela nous donnera, peut-être, l’occasion de découvrir des archi­ves, des documents qui sont pratiquement inconnus pour l’instant.

A moyen terme, le CNSV a plusieurs actions en route. Vous savez que nous avons lancé une souscription nationale à l’intention des maires car il est apparu au Comité National du Souvenir de Verdun que si l’on voulait assurer la pérennité du Mémorial de la mémoire, il fallait que les maires s’investissent. D’ailleurs l’ANSBV a eu une grande idée sur cette affaire de monuments aux morts qui vient nous conforter un peu dans l’idée première. Malheureusement, pour des rai­sons techniques, les lettres ne sont pas arrivées comme on l’aurait voulu et je profite pour lancer aujourd’hui un appel. Si vous connaissez dans vos différentes communes un conseiller municipal, un maire, dites lui bien que ce n’est pas une sub­vention qu’on lui demande, c’est simplement une souscription et que si tous les maires de France donnaient 300 francs, la souscription serait un succès. Si la souscription est un succès, nous aurons une Fondation puisque nous sommes intégrés à la Fondation de France. Nous avons fait une Fonda­tion du Sou­venir mais qui ne pourra exister que si nous avons la somme minimum parce qu’on ne peut pas toujours être des quêteurs. On ne peut pas tous les jours être à la porte des Gueules cas­sées ou à celle de la Fédération Maginot en disant : « S’il vous plaît, aidez-nous », ce n’est pas possible et, qui plus est, ces grandes associations disparaîtront un jour ou l’autre. C’est comme ça, c’est la vie et si elles disparaissent, si on n’a pas pris nos précautions, le Mémorial disparaîtra. C’est clair, alors entendons-nous bien, le Mémorial n’est pas en péril, pour l’instant nous vivons, la preuve. Ceci dit nous tra­vaillons pour les 20 ans à venir. Moi, j’ai une hantise depuis que je suis au Mémorial, c’est qu’on se retrouve dans 20 ans dans la situation des musées de 1870 qui, pendant une certaine période ont été abandonnés, on ne s’en est pas occupé c’était très bien comme ça et puis tout d’un coup on a dit : « C’est notre histoire, c’est notre patrimoine », mais trop tard. Les collections avaient été pillées, le souvenir était passé, on ne peut pas relancer les musées. Un musée qui s’écroule, on ne peut plus le relancer.

Le Mémorial c’est autre chose qu’un musée, c’est plus qu’un musée. Autour il y a toute une structure de mémoire, il faut donc la maintenir. Je profite un peu de l’occasion qui m’est donnée pour lancer un appel. Il est dommage de cons­tater que des maires de Meuse ne se sentent pas concernés par cette affaire-là. Il faudra qu’on m’explique. Il ne faut pas avoir un discours en disant : « La mémoire c’est important, les jeu­nes doivent savoir » et, d’un autre côté, hésiter à donner 300 francs. J’habite dans une commune qui n’est vraiment pas riche, mais enfin donner 300 francs c’est possible.

Je vous ai parlé de la souscription, je vous ai parlé de la Fondation, il faut aussi que je vous parle d’une grande idée, c’est de mettre en place un Centre universitaire de recherches. Un Centre universitaire de recherches, là encore c’est la mémoire mais cela exige de nous de le préparer. On ne dit pas un jour : « Tiens, on va faire un Centre universitaire de recherches ». Il faut qu’il y ait une pierre angulaire à ce Cen­tre universitaire de recherches et cette pierre angulaire c’est tout simplement le Centre de documentation qui existe déjà au Mémorial mais, maintenant, il faut qu’on lui donne un accès plus facile.

Là, je voudrais rendre hommage au colonel Rodier qui, pendant 25 ans de sa vie, a recueilli une masse considérable d’objets, de documents. Malheureusement, quand il a fait ce recueil, l’ère de l’informatique n’était encore pas là. Quand on parlait informatique, on utilisait des appareils de grande taille, qui coûtaient très cher. Maintenant, avec l’informatique il faut arriver à saisir tout ce que l’on a de façon à le rendre accessi­ble. C’est pourquoi, nous avons décidé de faire un effort que je qualifie d’assez important puisqu’une employée du Mémo­rial a repris des études aux frais du Mémorial, pour un an à l’Université de Nancy où elle étudie tout ce qui concerne la documentation, la saisie, etc. C’est un effort important pour un organisme comme le nôtre mais qui nous semble néces­saire si on veut effectivement créer le Centre universitaire.

Et puis, je voudrais dire aussi, qu’à moyen terme, c’est déjà en route, les liens avec l’ANSBV et le colonel Léon Rodier se resserrent. Nous sommes tous les deux parfaitement conscients que l’entretien du terrain donc la survie de l’ANSBV passe par le Mémorial et que le Mémorial, lui aussi, passe par l’entretien du terrain, parce que c’est un avantage que nous avons à Verdun. Nous avons un champ de bataille, nous avons une preuve tangible de ce qui s’est passé sur le terrain et il est de notre devoir de continuer à entretenir cela alors contre vents et marées parfois contre des vents très forts. Nous nous battrons la main dans la main, mon Colonel, pour perpétuer un travail qui a été fait pendant 25 ans, je dirai avec une seule tête le colonel Rodier. Maintenant, c’est bicéphale mais je crois qu’on travaille vraiment dans des conditions où nous nous comprenons très bien même si on peut avoir des divergences. Nous avons un accord total sur la préservation de la mémoire, sur la nécessité de continuer une œuvre qui a été entreprise et qui a été voulue par les anciens combattants, je n’insisterai jamais assez là-dessus. Nous ne sommes pas une entreprise commerciale, nous ne sommes pas quelque chose qui a été fait parce que tout d’un coup il fallait faire quelque chose. Nous sommes une entité qui existe et qui a été voulue par les anciens combattants, qui a été voulue par Maurice Genevoix, par d’autres encore, qui sont venus sur le terrain et qui nous ont dit - je m’inclus dans le nous - : « Il faut faire ça ».

Les premières paroles que le colonel Rodier m’a dites lorsque je suis entré dans son bureau le 1er novembre 1994 lorsque je suis arrivé au Mémorial, il m’a dit : « Il faut conti­nuer à entretenir le terrain et croyez-moi, on se battra pour l’entretenir »

Pourquoi un colloque sur Les Troupes coloniales ? La question m’a été posée tout à l’heure.

D’abord lorsqu’on a eu la première réunion en préfecture à Bar-le-Duc pour préparer le 80e anniversaire, le préfet de région de l’époque avait dit : « On oublie très souvent les troupes coloniales dans le souve­nir ». Je me suis donc entretenu avec Monsieur le doyen Pedroncini. On a dit : « Oui on pourrait faire un colloque ». C’était l’une des premières raisons.

La deuxième raison, c’est que le Mémorial voudrait bien qu’on traite les sujets qui sont peu abordés, qui sont parfois oubliés. C’est-à-dire que très souvent on fait des colloques qui balayent l’ensemble de la bataille de Verdun ou l’ensemble de la Première Guerre mondiale. Nous essayons de cibler et il nous a semblé que l’une des premières cibles importantes c’étaient les troupes coloniales parce que leur action a été déterminante et puis, il faut quand même se rappeler, que ce sont des gens qui sont venus se battre sur un terrain totalement inconnu, très loin de chez eux et que, très souvent, nous, au Mémorial, on rappelle la souffrance des combattants. Je pense, quand on arrivait d’Indochine, du Maroc, d’Algérie, de Somalie pour combattre à Verdun et qu’on passait le mois de novembre ou le mois de décembre dans des trous cela devait être encore plus dur que pour le paysan meusien, le paysan de la Creuse ou le Parisien. Donc il faut quand même qu’on s’en rappelle.

Et puis, à titre personnel, je dirai que je suis très atta­ché aux troupes coloniales car j’étais un peu dans les troupes coloniales et, surtout, j’avais un frère, qui a donné sa vie, bien sûr pas pendant la Première Guerre mondiale, mais dans les autres guerres, dans les troupes coloniales. Donc, c’est pour moi un plaisir d’entendre parler aujourd’hui des troupes colo­niales.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

 

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